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Consommer et protéger l'environnement

De
204 pages
La montée de préoccupations écologiques et leur écho dans les médias commencent à avoir des répercussions sur les tendances de consommation. Une première évolution porte sur l'apparition d'une consommation contribuant à la diminution des dépenses énergétiques. Une seconde tendance concerne les rapports entre consommateurs et producteurs et passe par l'expression des craintes légitimes des consommateurs concernant l'introduction de poissons génétiquement modifiés (POGM).
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Document :Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 1;Format final: (135.02x215.01 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011-10:41:23Document :Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 2;Format final: (135.02x215.01 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011-10:41:23Document:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 3;Format final: (134.98x215.04 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:23
Consommeretprotéger
l’environnementDocument:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 4;Format final: (135.02x215.01 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011-10:41:24
Collection Dossiers SciencesHumaineset Sociales
Dirigéepar IsabelleGarabuau-Moussaoui
Cettecollection souhaite donner la paroleaux étudiants et
jeuneschercheurs, et leur fournirunespace et un accompagnement
dans un projet de publication, individuel(série«Premières
recherches ») ou collectif (séries RESEO,«Consommations et
Sociétés»ethors série). Sonambition est de fournir un panorama
de la recherche en scienceshumaines et socialesaujourd’hui, et
l’idée de ce qu’elle sera demain, et d’être l’expressiondecequi est
entraind’émerger,enFrance etàl’étranger.
Lespublicationsdes travaux d’enquête des étudiants et des
jeuneschercheurs(àpartirdes résultats condensés de leurMaster,
de leurthèse ou de leurs recherchesprofessionnelles) sont réunies
autour d’un thèmecommun. La coordination peut se faireà
l’initiatived’un enseignant, d’un étudiantoud’un jeunechercheur.
Chaque Dossier regroupeune dizaine de communications,
présentées parleoules coordinateurs dansune introduction de
synthèse.
La Collection DossiersSciences Humaines et Socialesaété créée par
Dominique Desjeux et Sophie Taponier en 1990.
Dernièresparutions
LelongB.,Vérité C. (dir), Communication et sphère privée,2010
Dessajan S., HossardN., RamosE.(dir), Immigrationetidentité
nationale.Unealtérité revisitée,200 9
GorgeonC.,Laudier I. (dir), Territoiresetidentités en mutation,200 9
Clochard F., Rocci A.,Vincent S. (dir), Automobilités et altermobilités,
quels changements ?,200 8
RESEO (dir), Changement technique, changement social,2007
Hossard N., Jarvin M. (dir), “C’est ma ville!”. De l’appropriation et du
détournement de l’espace urbain,2005
FerrandoyPuigJ., Giamporcaro-Saunière S. (dir), Pour une «autre»
consommation.Sensetémergence d’une consommation politique,2005
Diasio N. (dir), Au palaisdeDameTartine.Regards européenssur la
consommation infantile,2004Document :Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 5;Format final: (134.98 x215.04 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011 -10:41:24
Collection«DossiersSciencesHumainesetSociales »
dirigéeparIsabelle GARABUAU-MOUSSAOUI
Sousladirectionde
Sandrine BARREYetEmmanuel KESSOUS
Consommeretprotéger
l’environnement
Oppositionouconvergence?Document :Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 6;Format final: (134.98 x215.04 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011 -10:41:24
©L’Harmattan, 201 1
5-7, ruedel’Ecole-Polytechnique,75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-54180-1
EAN:9782296541801Document :Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 7;Format final: (134.98x215.04 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011-10:41:25
SOMMAIRE
Présentationdesauteurs 9
Introduction.Laconsommationàl’èredudéveloppementdurable :
unepluralitédelogiquesSandrine BARREYETEmmanuelKESSOUS 13
PREMIEREPARTIE.REDUIRELESDEPENSESENERGETIQUES 23
Chapitre1.Prêterattentionàl’environnement:engagementmoral
etréflexivitédestracesénergétiquesEmmanuelKESSOUS 25
Chapitre2.Domestiquerlesolaire:l’exempledelamiseenmarché
duphotovoltaïque Ariane DEBOURDEAU 47
Chapitre3.L’énergieest-elleunenjeudepouvoirdanslafamille ?
Isabelle GARABUAU-MOUSSAOUI 67
Chapitre4.Genèsed’unaffichageenvironnemental,oucomment
incarnerunequalitéécologiqueetsonconsommateur
Roland CANU 91
SECONDEPARTIE.QUESTIONNERLACONSOMMATION 111
Chapitre5.Sedétacherdelaconsommation:enquêteauprèsdes
objecteursdecroissanceenFrance
Eve CHIAPELLOETAnne HURAND 113
Chapitre6.Les AMAPS:uneécologisationnégociéeoudenouvelles
formesdenormalisationinéquitables ?Claire LAMINE 135
Chapitre7.Mangeretacheterlocal:versuneéconomiedela
proximitéauservicedel’environnement ?Marion VIDAL 157
Chapitre8.L’appréhensiondes POGMparlesconsommateurs:des
modesd’existencedelanatureetdumarché
Sandrine BARREY,CatherineMARIOJOULS,ElodiePUCHEU 181Document:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 8;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011 -10:41:25Document:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 9;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date :18Feb 2011 -10:41:25
PRESENTATIONDESAUTEURS
Sandrine BARREY estmaîtredeconférencesaudépartement de
Sociologie-Ethnologie de l’UniversitéToulouse2etmem bre du
CERTOP(UMRCNRS5044). Aprèsavoir étudié le «travail
marchand»dans la grande distribution (marketing,merchandising,
tarification, fidélisation…),elle s’intéresse aux processus de
valorisationdelaqualitéenvironnementale sur lesmarchés,surdes
terrains diversifiés (pisciculture, vini-viticulture, grande
distribution).
Emmanuel KESSOUS estchercheurensociologieéconomique
au centre de recherche et développement de France Télécom
(Orangelabs, laboratoire SENSE) où il animelacommunauté de
rechercheetd'expertise en scienceséconomiquesetsociales. Il a
réaliséune thèsesur la construction du marché européen pardes
normes de sécurité,acoordonné en 2005avecJean-Luc Metzger
un ouvragecollectif sur«le travail avec lestechnologies de
l'information»aux éditionsHermès et en 2007, avec SergeProulx,
un numéro desAnnalesdes télécommunicationssur «lasécurité
dans un monde numérique ». Il travaille actuellement surlanotio n
d'Économiedel'attention (coauteur d'un article dans Sociologie du
travail, vol523/2010)etdes rapports croisés du marché, de
l'intimité et desdonnéespersonnelles.
RolandCANU estmaîtredeconférences en sociologie,
enseigneàl'université Toulouse II.MembreduCentred’Étude et
de Recherche Travail, Organisation, Pouvoir (CERTOP),ilmène
desrecherchesensociologiedumarché et s'intéresse notamment à
l'implication de dispositifs marchandstelsque les publicités dans
l'ajustementdel'offreetdelademande.
Eve CHIAPELLO est professeur àHEC Paris, membre du
GREGHEC(UMR-CNRS 2959). Sestravaux de rechercheportent
sur la sociologiedelacomptabilité et desoutilsdegestion, ainsi
que surl’histoiredumanagement en relation avec lesmouvements
sociauxcritiques del’entreprise. Elleapubliédenombreux articles
9Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 10;Format final: (134.98x215.04 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011 -10:41:25
notamment dans Sociologie du Travail, Critical Perspectives on
Accounting et Accounting, Organizationsand Society. Elle est
l’auteurd’«Artistes versus Managers»(Paris:Métailié, 1998) et
de «LeNouvel Esprit du Capitalisme» (Paris:Gallimard, 1999,
avec Luc Boltanski). Elleaco-fondé en 2006 la spécialisation de
fin d’études «Alternative Management»(http://alternative.hec.fr)
dont l’objectif est d’étudieretd’alimenter les pratiques
réformatricesdel’économieversun mondeplusdurable.
Ariane DEBOURDEAUaconsacré une thèse de science politique
aux dispositifs de normalisation environnementale mobilisés par
lesentreprises. Ses recherches actuelles, conduites au Centre de
sociologiedel’innovation (Mines ParisTech), portent sur l’énergie
solaire photovoltaïque et les réseaux électriques intelligents,àla
croiséedelasociologiedel’innovationetdelasciencepolitique.
IsabelleGARABUAU-MOUSSAOUI,docteur en anthropologie
sociale, est ingénieur-chercheuràEDF R&D, où elleanalyseles
pratiques énergétiques des ménages européens. Elle est chargée de
cours vacatairedansune écoled'ingénieursetresponsabledu
RéseauThématique"SociologiedelaConsommation et des
Usages" àl'AFS. Elle arécemment coordonné un numéro de
Sociologies Pratiques (La consommation (tout) contre la société ?
n°20, avril2010), est co-auteur d'un Que-Sais-Je?sur la recherche
appliquéeensciences sociales (Les méthodes qualitatives, PUF,
2009, avec S.Alami et D.Desjeux)etarédigé plusieurs articles
surses recherches surl'énergie.Elle animelesite www.sociologie-
consommation-usages.fr.
Anne HURAND est une ancienne étudiante d’HEC quiafait la
spécialisation «Alternative Management», et aréalisé son
mémoire de fin d’étude sur les objecteurs de croissance. Elle est
actuellement volontaire de solidarité internationaleauBurundi,
dans une petite ONG locale œuvrant dans les domaines de l'eau, de
l’hygièneetdel’assainissementen milieurural.
10Document:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 11;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011 -10:41:25
ClaireLAMINE,est chargéederecherchesà l’INRA
Écodéveloppement d’Avignon. Aprèsune thèsedesociologie
(EHESS)sur lesmangeursbio «intermittents»,elle travaille
depuis une dizaine d’années surl’alimentation et l’agriculture
biologique ainsi quesur lessystèmes alternatifs mettant en lien
producteurs et consommateurs. Elleseconsacre aujourd’hui plus
largement aux transitions vers des systèmes agricoles et agro-
alimentaires écologiques.
Catherine MARIOJOULS estprofesseuràAgroParisTech, UFR
Développement desFilières Animales, UMR(INRA -
AgroParisTech)SAD-APT(Systèmes AgrairesetDéveloppement-
Activités, Produits, Territoires).Ses travaux de recherche portent
sur lesconditions du développement de l'aquaculture et surle
fonctionnement de la filière des produits aquatiques, notamment la
questiondel'insertiondes produitsdel'aquaculture surles marchés
alimentésàlafoispar lapêche et l'aquaculture.
Elodie PUCHEU est attachée de recherche en Sociologie au
CEMES.Titulaire du MasterdeSociologie «Métiers de
l’évaluation et de la concertation»(UniversitéToulouse 2),ses
recherchesportentaujourd’hui surles dispositifsd’innovation dans
l’agroalimentaireetl’agriculture,àla croiséedelasociologiedes
marchés et del’action publique.
Marion VIDAL est doctorante en sociologieauCERTOP
(Centre d’Étude et de recherche, Travail,Organisation,Pouvoir).
Elle réaliseune thèsesur la mise œuvre d’undispositifde
normalisation environnementale en viticulture(suppression des
herbicides). Cettedémarchedoitpermettrelamiseenlumière de
processusd’ajustement et de concertation, susceptibles de s’établir
entreles différentespartiesprenantes, allant du producteura u
consommateur.
11Document:Consommer et protéger-Version finale.pdf;Page 12;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011 -10:41:25Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 13;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
INTRODUCTION
LACONSOMMATIONAL’EREDUDEVELOPPEMENT
DURABLE:UNEPLURALITEDELOGIQUES
Sandrine BARREYETEmmanuel KESSOUS
Consommer et protéger l’environnement, voilà deux logiques
longuement présentéescomme antagonistes. La critique, depuis la
fin desannées 1960,dénonçait la consommation comme
conduisantà une société de l’éphémère et du superfluqui, au
mieux alimenterait une croissance nécessaire au plein-emploi, au
pirecontribuerait, parunrenouvellement accéléré des produits
pour des raisonsmercantiles,àépuiserles ressourcesd’une planète
dont le stock estfini. Le concept de développement durable, défini
dans le RapportBrundtland en 1987 commeleniveau de
développement permettantderépondre aux besoins des
populations sans réduire lescapacitésdes générations futures de
subvenir aux leurs, vise àrendre compatiblecroissanceet
préservation/renouvellement des ressources naturelles.Ilconstitue
un compromis entre les dimensions sociales, écologiqueset
économiquesdelaproductionet delaconsommation.
L’une dessolutions préconisées par l’actionpublique pour
frayer ce compromis est de s’appuyer sur des marchésrégulés.Si
cette solutionn’estpas nouvellelorsquel’onresitue historiquement
lesmouvements de consommateur (ChesseletCochoy,2004;
Dubuisson,2009),elleapparaîtaujourd’hui diversement outillée en
termededispositifsdejugement, commelenotait déjà Stéphanie
Giamporcaro-Saunière ilya6 ans (Giamporcaro-Saunière, 2005,
p.21). La traduction descontraintesenvironnementalesenlabels,
certifications, et équivalents carbonemet,eneffet, en place ces
équipements qui permettent aux citoyens-consommateurs de
mobiliserleurs compétences indigènes et d’effectuer desarbitrages
entredes produits et desservicesenfonction de leur impact
supposésur l’environnement. Avec les équivalents carbone, les
acteurs disposent d’une seconde monnaie avec laquelleils peuvent
faire descalculs coûts/bénéfices dont le résultatpeut s’avérer fort
13Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 14;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
différent d’un raisonnement purement pécuniaire. Toujours en
suivant lesoutilsdel’économiste, il estpossible de corriger les
plans globaux de consommation, par des «ajustementsfins»
reposant sur des incitations financières.Aveclalogique des
équivalents carbone, le marchédans ce domaine commedans
d’autres, montrerait sa suprématieconcernant l’efficacité de la
régulation des pratiques. L’action publique, conseilléeencelapar
des experts issus des sciences économiquesetdegestion, semble
avoir trouvél’outil miracle permettant de concilier lesintérêts des
consommateurs d’aujourd’hui et ceuxde demain. La représentation
duconsommateur commeunêtreautonomisé défendantsesintérêts
permet d’acceptercette extension du calculàdes domaines(le
social et l’écologie)où pourtant, le sens commun nous laisse à
penserque d’autreslogiquesd’action interviennent:tout cela ne
seraitfinalementqu’unproblèmedecomptabilité !
Lorsqu’ony regardedeprès, leschosessontbienévidemment
pluscomplexes. La première des objections àl’approche
précédente estinterne au raisonnement marchand. Même en restant
dans une logique de traductionmarchandedes contraintes
écologiques, les incitations financières peuvent engendrer des
effetsexternes, pour reprendre lestermesdes économistes,dont les
conséquences ne sont pastoujours évidentes àmesurer. Les
contributions d’ArianeDebourdeau (chapitre 2),sur le domaine de
la production d’énergie renouvelable, et de Roland Canu
(chapitre4),sur la construction d’un indice carbone sur les
produitsalimentairesrenseignentces difficultésdansles
traductions marchandes et sur leurs effets potentiels en termes de
redistributionderichesseoudepouvoir dans unefilière de
production. Unedeuxième objection –s’appuyantsur un
raisonnement externeaumarché cettefois –met l’accent sur
l’ensembledes logiques socialessur lesquelles une réduction de la
contrainte écologique àcelle d’un calcul entredes entitésde
carbone fait l’impasse.Yéchappe, parexemple, surleplandes
économies énergétiques, le retournement desprescriptions entre
enfants et parents surlequelinsiste IsabelleGarrabau-Moussaoui
(chapitre3).Lecalcul économique, lorsqu’il prendlaformed’un
rapport entre nombres, permet d’occulter le recours auxvaleurs sur
lesquelles pourtant le jugement desacteurs repose, y compris
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lorsqu’ilsprocèdentà un acte marchand (cf. la contribution
d’Emmanuel Kessous,chapitre 1).
Sidesfissuresdansl’apaisementde la critiqueapparaissentdéjà
lorsqu’onévoque les questions énergétiques, celle-ci estencore
plus criante lorsqu’on évoque d’autres questions liées àde
nouvellesformesdeconsommation:«authentiques »,
«responsables », «équitables », etc. Ainsi, alorsque les
équivalents carbonevisentà refermer la boitedePandorepour
permettrelacirculationd’unbien,afin de créerdes mobiles
immuables pour reprendre les termes de Bruno Latour (Latour,
1985), la réflexionsur la consommation responsable ou
authentique effectuelemouvement inverse, partant d’un «bien
commun écologique»et visantàredessiner l’ensembledes usages
et despratiques consuméristes.Cette tendance àlapromotion
d’une nouvelle formedeconsommation ne concerneencore que
des publics minoritaires.Elleporte sur la mise en œuvre de
systèmes d’échange et de production alternatifsàlaproduction
extensive, commeles Amaps(cf.lacontribution de ClaireLamine,
chapitre6). Elle se prolongeavec uneremiseencausedel’idéal de
croissance économique en opérant un détachement avec l’idée de
consommation proprementdite (cf.lacontributiond’EveChiapello
et Anne Hurand,chapitre5).Cette critique radicale de la
consommation en tant quepiliercentraldenotre mode de
développement économiqueactuel(DobréetJuan, 2009), oblige
l’analyste àregarder au-delà du marché pour comprendre les
espaces de mobilisationdes consommateurs et saisir l’ensemble
despetits gestesquotidiensetconcretsqui entendent construireune
autreéconomie (Dobré, 2003).D’autres justificationsdepratiques
sont plus complexes commecelles qui revendiquent une
consommation locale, sous couvert d’un meilleur bilan
énergétique,etpeuvent dissimuler des critiques protectionnistes,
domestiquesouindustrielles(cf.l’article de MarionVidal,
chapitre7). La manipulation génétiquefranchit un cran
supplémentaire dans lespeurs collectives sans quepourtant la
critique ne s’appuie sur des élémentsnouveaux dans ses
représentations du marché(cf. la contributiondeSandrine Barrey,
CatherineMariojoulsetElodiePucheu,chapitre 8).
Ce livre exploreces deux directions et entendpointer
différentes constructions existantes entre unecritiqueradicaleet
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une instrumentalisationpar les acteurs de l’offre (FerrandoY Puig,
2005). L’ensemble des contributionsdonneà voirunepluralité et
une hétérogénéité de compromis réaliséspar l’action publique, les
acteurs de l’offreetles consommateurs. Les textes quile
composent proviennentdes rencontres réalisées lors du congrès de
l’Association Française de Sociologie(AFS) qui s’est déroulé du
14 au 17avril2009àl’universitédeParis-Diderot entre le résea u
thématique11(sociologie de la consommation) et le réseau
thématique38 (sociologie de l’environnement), auxquels ontété
ajoutéesdeux contributions portant desthématiquesproches, celles
de RolandCanu et de MarionVidal.Les textes ontété retravaillés
aprèslecongrès.
Tensionsentre consommation et réduction desdépenses
énergétiques
La contributiond’Emmanuel Kessousouvre la première partie
en interrogeanttrois notions centraleslorsque l’onaborde les
rapportsentre la consommationetles tentatives de réductiondes
dépenses énergétiques: la conception de la responsabilité qui
sous-tend la gouvernance environnementale,les jugements moraux
pouvanty afférer, et enfin l’attention énergétique.L’auteurmontre
qu’avec lesécotics(GreenIT)etles traces énergétiques se
développe uneconceptiondelaresponsabilité quinereposenisur
une vision substantielleduprocessus de décision(logique
prudentielle incarnée parune personnemoralement avisée et
responsable de sesactes), ni surune logique assurantielle (prise en
chargecollectived’unrisque objectif),maisplutôtsur «un
processus réflexif reconnaissantune capacité de traitement limitée
de l’information parles individ u s»s’appuyant sur uneacception
limitée de la rationalité. La diffusion desécotics et autres
dispositifs visantàaccroître l’attention énergétique ouvre ainsila
voieàune réévaluation du recoursaux valeurs dansles politiques
de préventionetd’incitationetsuggère de prendre enconsidération
des ordres de grandeurs nonmarchandssur lesquels s’appuie aussi
lejugementdesconsommateurs.
Ce constatd’une nécessité de réouverturedes arrangements des
possibles est partagépar ArianeDebourdeau, qui, dans la seconde
contribution de cette première partie, exploreles ressorts de la
domesticationdu photovoltaïque –notion qui rend compteàlafois
16Document :Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 17;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
de l’apprivoisement parles consommateurs («habilitation du
consommateur àluttercontre le changement climatique ») et à
l’intégration physique du photovoltaïqueaux habitats. Pour
éprouver la concrétisationdusolaire, l’analyse rendcomptedes
modes de politisation, d’économisation (economization)etdemise
en marché (marketization)duphotovoltaïque.Silacréation
volontariste de marchéssoutenuspar unepolitique de subventions
et de tarifs garantis dansuncontexte de dérégulation généralisée
des marchés de l’électricitéabienpermis le développement de
cette nouvelleénergie en France, Ariane Debourdeaumontre aussi
les effets perversd’untel agencement (effets d’aubaine;inégalités
géographiques d’ensoleillement alors que lestarifsrestent
identiques surl’ensembleduterritoire;différences de traitement
pour certainsbâtiments;etc.) susceptiblesd’aggraver lesinégalités
dans l’accès àlaproduction d’électricité photovoltaïque et de
limiterdefaitlepouvoir des consommateursàluttercontrele
réchauffementclimatique.
Cette question du pouvoirdes consommateurs estclairement
poséedanslacontribution d’Isabelle Garabuau -Moussaoui sur
l’attention familiale aux dépenses énergétiques dans la sphère
domestique. Cette enquête menée auprèsdeparents et d’enfants
allant àl’écoleprimaire (où circulent nombre d’injonctions
environnementales en matière de gestion de l’eau,del’énergie et
des déchets)montre d’abordque l’attentionénergétiqueatoujours
été source de relations de pouvoir au sein de la famille,etque ces
dernières sont constitutives de la construction familiale.Ainsi les
politiques actuelles quis’appuientsur lesenfants pour enrôlerles
parents danslagestion desdépenses énergétiques ne sontpas
sources de nouveaux conflits familiaux,maisreconfigurent plutôt
les places de chacun en accordant uneposition plus importante à
celledes enfants.L’étude révèleque lesinstitutionsà l’origine de
ces injonctionsnefournissent toutefois pasles conditions pour
accompagner le changement dans la sphère domestique,
notamment parce que ce quiest intégré commedes normes par les
enfants(àl’origine de «coups d’état des enfants ») est reçu de
manière trèsdifférenciée parles parents, dont certainsconsidèrent
que l’usageetlagestion de l’énergie relèventdel’ordre du privéet
delaresponsabilitédel’adulte.
17Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 18;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
Pour clôturer cette première partie, le chapitre de Roland Canu
restitue la genèse d’un affichageenvironnemental devant poser les
bases d’une prochaineréglementation surles marchés de grande
consommation. Le but de celle-ci est d’informer le consommateur
de la qualitéécologique desproduitsqu’il s’apprêteàacheter.
Cettefois-ci,les tensionsentrelaconsommation et lestentatives
pour maîtriserlesdépensesd’énergiesont abordéesdupointdevue
des professionnels de l’affichageenvironnementaletdeleurs
représentations de la qualité écologique et du fonctionnement des
marchés. L’auteurmontre ainsiles difficultésàtraduirelaqualité
écologiquedans desdispositifs d’affichage: tandis quel’analyse
scientifique des impactsenvironnementaux du cycle de viedes
produits(de la production aux usages)s’appuie surdes
caractéristiques multicritères pouvant apporterdes données
contradictoires et pluslargesque le simple bilan carbone, certains
experts, s’appuyant sur leurreprésentation desmodalités de choix
des consommateurs,préconisent un affichagestandardisé et
simplifié.
Nouveauxmodesdeconsommationécologique
Lestensions entreconsommation écologique et logique
marchande se renforcent-elles lorsque l’on considère lespratiques
et lesreprésentations des consommateurs qui s’engagent dans des
formes de consommation considérées comme«alternatives»? Les
contributions de la seconde partiedel’ouvrageapportent des
éléments deréponseàcettequestion.
Le mouvement des objecteurs de croissanceétudiépar Eve
ChiapelloetAnneHurandexprimeune forteantinomie entre
consommation écologique et logique marchande.Eneffet, ces
consommateurs, valorisantl’impact écologique de leurs petits
gestes quotidiens,s’attaquentdefront aux logiquesconsuméristes
et cherchentàréduire leurs achats et usages de biensmatériels.Les
auteuressoulignentaussi la singularité de ce mouvement par
rapportàd’autresengagementsdeconsommateurs qui détournent
leur consommation vers desproduitsjugésplusresponsables.Cette
contribution révèleaussilesdifficultésressenties parcesobjecteurs
de croissancedans la mise en œuvre de leurcritique du
capitalisme, tant la recherched’une cohérence de leurs idées les
18Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 19;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
amèneàrevoirl’ensembledeleurs pratiques quotidiennes, leur
rapportautemps,autravailetàl’argent.
Les Amaps et autres systèmes d’approvisionnement en paniers
bio constituentunautre mode de consommation et de productio n
qui se penseégalement commealternatif aux marchésclassiques.
Claire Lamine questionnelacontribution de tels dispositifs à
l’écologisation de la production et de la consommation. La mise à
l’épreuvededeux courants théoriquesclassiquesmais développés
àl’aune de la questionenvironnementale –la Modernisation
Ecologique (dans la lignée des travaux de Giddens) et le Treadmill
of Production (d’inspirationmarxiste)permetderepérer les
transformationsopérées dans lesAmaps au niveau dela production
et de la consommation qui contribuentàrepolitiserles questions
agricolesetalimentaires. L’auteuresouligne l’interdépendance de
ces dispositifsausystèmeagro-alimentaire plusglobal qui
contribueà «verrouiller» ces marchés spécifiques en limitant
l’autonomie des producteurs et des consommateurs. Elle metaussi
l’accentsurlesrisquesd’inégalités sociales entreles producteurset
entreles consommateurs générés parles Amaps. Ainsiest
relativisée la portée«alternative» aux marchés classiques de tels
modes de consommation et de production, bien quequelquespistes
de«déverrouillage»des marchéssoientdélivréesen conclusion.
La contributiondeMarionVidal sur la «consommation
locale»apporteàlaquestiondes rapportsentre logique marchande
et consommationalternative une réponse plus nuancée. En se
focalisantsur les significations et lespratiquesque les
consommateurs associentàl’idéede«local », et en mobilisantles
notionsforgées par le courantdel’économie des conventions,
MarionVidal montre que la consommation locale n’estpas
spontanémentabordéecommelaconsommationdeproduitsconçus
et consommésdans un périmètre géographiquerestreint (cequi
constituerait unebonnetraductiondes objectifsduGrenellede
l’environnement parlaréduction des distances parcourues parles
marchandises). Au contraire,laconsommation locale est mise en
œuvre àtravers descompromis entre des ordres de grandeurs
distincts (s’appuyant sur la cité domestique mais parfois aussi
industrielle). L’analyse fait ainsiémerger trois régimesd’action de
la consommation localeetsoulignela prégnance de l’économie de
la proximité relationnelledans les représentationsetles pratiques
19Document:Consommer et protéger -Version finale.pdf;Page 20;Format final: (135.02 x215.01 mm);Plaque composite;Date:18Feb 2011-10:41:26
associées au localdans«leprojetéconomique et socialauservice
delaprotectiondel’environnement ».
L’ouvrageseconclut enfinsur la contribution de Sandrine
Barrey,ElodiePucheu et Catherine Mariojouls concernantl’étude
des opérations critiquesdeconsommateurs vis-à-vis de l’arrivée
potentielle de poissons transgéniques surles marchés. Les auteures
montrent que les appuisdelacritiquedumarché ne sont pas
nouveaux mais font l’objet d’une récupératio n d’éléments
empruntés àd’autres domaines d’expérience(casdes OGM
végétaux,élevageconventionnel…). L’analyse desarguments et
des capacités desconsommateursàéprouver uneréalité faiblement
perceptibleaumoment de l’enquête metaussi en évidence
comment les consommateurs tententderendrecohérentsleurs
arguments en instaurantdes modes d’existence de la nature et du
marché,plurielsmaisennombrelimité.
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