Contes et éveil psychique

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Chez Eric, la peine à vivre avait pris la forme d'une déficience grave qui lui était à la fois protection et prison. Jusqu'à cet atelier il ne savait comment en alléger le poids. Grâce aux contes, grâce à la création et à la mise en paroles de ses propres personnages à l'aide de marionnettes, il put enfin poser les questions vitales qui le tenaillaient et recevoir les réponses qu'il cherchait.
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782336254289
Nombre de pages : 221
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Contes et éveil psychique
Itinéraires d'adolescents handicapés

Technologie de l'action sociale Collection dirigée par Jean-Marc DUTRENIT
Les pays francophones, européens notamment, sont très dépourvus d'outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Au-delà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social, de la rééducation et de l'insertion, techniques d'analyse et de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'expertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordres à la vie quotidienne, tel est en résumé l'objectif visé. Déjà parus Joël ZAFRAN, L'intégration scolaire des handicapés, 2007. Charles ROMIEUX, Logement social et traitement de l'insécurité, 2007. CERUTI Christine, Apprendre à lire la télé, 2006. GATTO Franck, Enseigner la santé, 2005. CREAI Rhône-Alpes, (sous la direction de Audrey Viard), La loi de rénovation sociale au quotidien, 2005. BELIN Bernard, Vivre avec Alzheimer, 2005. DUTRENIT Jean-Marc (dir.), Recherche et développement qualité en action sociale, 2004. LE CAPITAINE Jean-Yves, Des enfants sourds à l'école ordinaire. L'intégration, des principes aux pratiques pédagogiques, 2004. COTHENET Sylvie, Faire face à la maltraitance infantile. Formations et compétences collectives, 2003. COULIBAL Y A. A., Droit au travail et handicap, 2003. VERGNE M.-L., Le travail social au cœur des paradoxes 2002.

Edith LOMBARDI

Contes et éveil psychique
Itinéraires d'adolescents handicapés

L'Harmattan

Du MEME AUTEUR L'épopée de Gilgamesh, Besançon (Les chemins de terre) chez l'auteur, 2008. Par Chance, Paris, Séguier Atlantica, 2005, (roman) Voyage au pays d'Andie, Paris, Séguier Atlantica, 2003 (nouvelles)
Traiter la violence conjugale, En collaboration avec Marie Bin-Heng et Framboise Cherbit, Paris, L'Harmattan, 1996 La Malate, un hôpital psychiatrique très ordinaire, En collaboration avec Michèle Faivre-Jussiaux, Solin, Paris, 1980

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@Wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06829-2 EAN : 9782296068292

EN PREAMBULE

J'aurais voulu noter ici les dizaines et dizaines de contes qui me sont chers, parler des nombreux enfants et adolescents rencontrés lors de divers ateliers d'expression, mais il me faut bien évidemment me limiter, et en fin de compte, accepter ce travail de renoncement qui accompagne chaque fois le fait d'écrire. J'ai donc fait le choix, pour ce qui suit, de m'en tenir à un atelier qui eut lieu sur de longues années avec des adolescents dits handicapés. Pour ces jeunes gens, souffrant dans leur corps et dans leur esprit, réussir à se construire a été une aventure difficile. Grâce à de très beaux contes et de grands récits fondateurs, grâce aussi à ce médiateur de choix qu'est la marionnette, ils ont pu se poser les questions vitales qui les tenaillaient et commencer ainsi à devenir les conteurs de leur propre histoire. Mais l'être humain, quelles que soient ses entraves, et dès que des conditions favorables lui sont proposées, ne peut cesser de nous émerveiller par son extraordinaire vitalité, sa remarquable aptitude à créer du sens, ou à se saisir du sens proposé, par sa capacité à se reconstruire quand il est blessé, et nous sommes frappés par l'universalité des processus qui se trouvent alors mobilisés.

J'ai utilisé les mêmes récits, opéré un travail très semblable avec des enfants d'intelligence normale, mais au comportement troublé. Chaque fois, la puissance des contes a opéré; chaque fois, l'écoute souple et vigilante des adultes accompagnant ces enfants a constitué un soutien indispensable; chaque fois aussi, nous avons été saisis de surprise par leur capacité à penser, grâce à cet entre-deux créé par le conte, et grâce au temps d'expression proposé ensuite. Un de ces enfants nous a dit un jour, comme malgré lui, après avoir écouté un conte: «apprends moi à être un homme ». Oui, être homme, être humain, ce n'est pas inné, et dans le travail dont je témoigne par ce livre, si nos jeunes ont appris quelque chose de cette grande affaire« d'être de vrais humains », nous aussi en retour, avons beaucoup appris et beaucoup reçu.

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LE JEU

1 - PLEUREZ, OISEAUX DE FEVRIER. . .

Depuis toujours, l'humanité tente de trouver remède à ses maux psychiques. Parce que grandir n'est simple pour aucun petit humain, les contes font partie de ces trésors universaux dont s'est dotée I'humanité, afin d'offrir paroles sensibles et repères fiables aux jeunes confrontés à leurs épreuves. Ces épreuves peuvent être normales: rivalité entre frères et sœurs, lutte pour posséder l'amour exclusif d'un des parents, devoir quitter le nid familial, faire face à la mort d'une personne aimée, et bien d'autres; elles peuvent être plus inhabituelles, plus effrayantes: être né infirme, être rejeté dès sa naissance, par exemple, ou vivre une expérience de déstructuration psychique. Mais les difficultés, normales ou non, scandent notre existence jusqu'à notre dernier jour, et des récits pour adolescents: épopées, fables, légendes, contes à rire, contes érotiques..., des contes pour adultes d'une très grande variété, moins connus actuellement dans notre culture, peuvent nous apporter là encore leur éclairage et leur soutien. Les maux psychiques sont inhérents à notre nature humaine; nous sommes fragiles parce que nous sommes complexes, et que nos gènes, nos hormones, nos cellules, ne nous commandent pas, ou pas seulement et jamais de 11

façon immédiate et directe. L'entrée dans la parole fait de nous des êtres de pensée, d'imagination, de désir, nous sommes rêveurs et créatifs, nous sommes ambitieux jusqu'à l'absurde et nos tours de Babel ne se comptent pas. Notre terrain de jeu est immense, il est constitué de représentations faites d'images et de langage, que nous travaillons sans cesse à reformuler et agrandir. Tout cela comporte des risques; dans un esprit mal intentionné, le mot peut devenir un leurre, attrape-nigaud ou poison destiné à tromper et asservir son prochain. Les mots possèdent la capacité de nous emporter, nous menant parfois tels des chevaux blessés. Nous voici hantés par des paroles malheureuses, lancinantes, quand nous nous attristons et ressassons sans cesse. Cet extrait d'un poème d'Emile Nelligan! en donne une idée:
Au sinistre frisson des choses, Pleurez, oiseaux de février,

Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses, Aux branches du genévrier. Mais aussi paroles ivres, porteuses d'exubérance, quand soudain tout s'ouvre et s'ensoleille. Y'a d'la joie! chante alors le poète Charles Trénet. Certains, pour des raisons parfois difficiles à élucider, se trouvent piégés depuis l'enfance; les mots qui les habitent sont dotés d'une pesanteur de carcans et n'ont pu acquérir les qualités normales, fluides et vivantes du jeu. Les pensées possèdent une aura d'étrangeté, elles sont tantôt fuyantes, tantôt envahissantes, souvent menaçantes et difficiles à manier. Le monde alors est saisi par une

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Emile Nelligan (1879-1941), Soir d'hiver. 12

rigidité torturée, dont l'écriture de Palencl nous donne une idée. Impossible d'inventer ce beau Pleurez oiseaux de février, que nous donna Emile Nelligan, ou les tendres Sanglots longs de Verlaine. Psychose, autisme, déviance, débilité, dit-on. Ces maladies psychiques font intrinsèquement partie des risques encourus par notre humanité; y échapper est impossible, à moins de métamorphoser notre espèce dans son ensemble en espèce animale.
A tous nos tourments, épreuves et maladies psychiques, depuis fort longtemps, nos sociétés humaines ont tenté de trouver remède. Innombrables ont été et sont toujours les tentatives de soutenir, voire guérir, les esprits souffrants ou, si la guérison est impossible, du moins de les apaiser. On mesure le degré d'avancement d'une société sur le chemin de la justice en particulier à ses lois concernant le droit des femmes; on peut le mesurer également à sa façon de traiter ses membres vivant un passage difficile, ainsi que ses infirmes et ses malades psychiques. Les retours à ce qu'on peut appeler la barbarie s'accompagnent chaque fois d'un mépris agressif à l'égard des plus fragiles, voire de pratiques meurtrières. Le nazisme en fut un exemple, de nombreuses fournées des chambres à gaz furent constituées de personnes infirmes, malades mentaux et handicapés, ou simplement un peu hors norme.

Palenc, Musée d' Art Brut, Lausanne, (Suisse). Cet homme passa une grande partie de sa vie à tenter d'inventer un alphabet où la forme donnée aux mots rende compte de façon directe de leur sens. Pour lui, le rond est femme, le carré est homme. Son «écriture» donna de grands tableaux étranges, où sens et forme s'abolissent l'un dans l'autre.

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Dans les sociétés dites premières, les pratiques chamaniques eurent une puissante efficacité. Les grands passages de la vie, porteurs d'espérance mais aussi de dangers, étaient traités avec le plus grand soin: naissance, initiation des adolescents, soutien des jeunes adultes devenant parents, maladie, mort, suscitaient de hautes pratiques humanisantes, où le chant, la danse, la récitation de mythes, venaient réinscrire en chacun et dans le groupe le sens de ces passages. Les courants humanistes des grandes religions ont élaboré eux aussi des moyens pertinents d'aborder nos épreuves psychiques, ordinaires ou non. Toutes ces façons de penser et de faire ont un puissant intérêt, elles ont apporté nombre de fois sens, soulagement et force aux personnes éprouvées, réconfort aux personnes malades et à leurs proches, et parfois même guérison. Récemment, dans nos sociétés occidentales, se sont constituées les sciences humaines, démarquées de toute pensée religieuse, qui travaillent à faire de l'être humain, tant dans sa vie de groupe qu'en tant qu'individu, son objet d'études. En affirmant que l'être humain est un être de langage, mû par le langage, l'une de ces sciences, la psychanalyse, sans nier l'importance des entraves dues au corps, affirme que chaque petit humain saisit ces entraves, se saisit ou se dessaisit de soi à l'aide d'images (sonores, kinesthésiques, visuelles) et de mots. La psychanalyse met le langage et ses ébauches au cœur des questions de notre humanité. C'est ainsi que le psychanalyste ne comptabilise pas de données, ne fait pas de statistiques, ne photographie pas ou n'enregistre pas en vidéo ses sujets, mais simplement, les écoute. C'est ainsi qu'il affirme que la personne autiste, quasi privée de paroles, est malgré cela un être mû par le langage, et que nous pouvons nous 14

retrouver avec elle dans une rencontre inter-humaine signifiante et humanisante. Dans son livre L'enfant-lumière, la psychanalyste Michèle Faivre-Jussiauxl nous parle d'un jeune garçon autiste qui inlassablement collectionne et bouture des plantes, suivant leur pousse avec passion. C'est la seule activité à laquelle il puisse s'adonner. Avec l'auteur, nous finissons par comprendre comment ce garçon s'était saisi dans sa prime enfance d'une phrase de sa mère :j'aime les plantes, phrase qui avait pris en lui sens de vie; et comment, alors que tout ou presque des activités humaines restait pour lui hors signification, ces plantes qui croissaient et se multipliaient le rattachaient à du désir humain. Grâce à sa rencontre avec sa psychanalyste, ce garçon va secouer quelque peu son carcan, agrandir son espace de pensée, enrichir l'ensemble de sa vie sociale. Œuvrant dans la marge discrète de la souffrance et de la maladie mentale, des professionnels, en des lieux innombrables: écoles, hôpitaux, établissements spécialisés de soins et d'éducation divers, travaillent à susciter et nourrir de telles rencontres. L'atelier contes et marionnettes dont je vais parler fait partie de ces travaux. Je me suis retrouvée, durant de longues années, avec deux amies: Michelle Picod et Roselyne Pron, toutes deux éducatrices et conteuses, à animer un tel atelier, destiné à des adolescents malades mentaux. Dans les pages qui suivent, je veux tenter de rendre compte de l'expérience que fut cet atelier. En suivant le cheminement d'Éric, de Marguerite, de Ouadir, en croisant ce cheminement avec quelques contes majeurs, j'espère faire
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Faivre-Jussiaux Michèle, L'enfant lumière. Edition Payot et

Rivages, 1995.

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entrer le lecteur au cœur de cet espace de travail, afin qu'il puisse, à sa façon et bien qu'indirectement, l'expérimenter lui aussi quelque peu. L'intérêt de tels travaux, à mes yeux, déborde largement du strict cadre de la thérapie de personnes malades ou hors normes. Le conte et les activités d'expression qui y sont liées appartiennent au grand corpus de la langue poétique, de l'activité poétique, et nous touchons avec elles aux fondements de notre nature humaine. Partout, toujours, en mille occasions, à l'école, en vacances, en famille, les enfants aimeront entendre des contes. Ils y trouveront à foison reines, sorcières, loups et enchanteurs auxquels accrocher leurs questions, leurs inquiétudes et leurs joies. Ils y verront se dessiner des chemins porteurs d'espoir, ils y entendront les grandes lois de notre vie humaine. Ils enrichiront leur bagage de mots et d'idées, apprendront à raisonner, à imaginer, à prévoir, à mémoriser. S'ils en ont l'occasion, tous aimeront s'exprimer ensuite à l'aide de pâte à modeler, de tissus, de papier mâché, de feutres, de crayons... et de mots, et donner forme ainsi à leurs propres personnages. De nombreux enseignants utilisent des histoires, contes, fables, ou fictions d'une autre nature, afin de solliciter la curiosité, l'intérêt de leurs élèves, et faciliter leur travail de mémorisation). A partir d'un récit où figure, par exemple, un arbre protecteur, l'enseignant explorera, en étoile, toutes sortes de questions liées aux arbres, à la

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La Storyline teaching method, formée par des enseignants d'école
primaire, en Ecosse, dans les années 1990, consiste à soutenir le travail d'apprentissage des enfants par des récits, qui peuvent être des créations d'auteurs, à partir desquels vont s'ouvrir en éventail maths, géographie, cosmologie...

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forêt, aux activités humaines liées au bois et bien d'autres. La mise en narration intéresse, éveille, simule. On raconte qu'une mère demanda un jour à Einstein ce qu'elle devait faire pour que son petit garçon devienne un génie. Il lui répondit: dites-lui des contes, des contes, et encore des contes. On ne peut douter que lui-même fut nourri de grands et beaux récits. Des contes, dit-il, et sans doute pensait-il à l'intérêt de respecter l'imaginaire d'un enfant, de lui permettre de se former dans une atmosphère riche, chaleureuse, et comme en jouant. Sans qu'il soit question de génie, des contes, donnés dans une belle langue, adaptés à l'âge et aux préoccupations de l'auditeur, aideront tout enfant, tout adolescent, handicapé, surdoué ou dit normal, à se comprendre lui-même, à comprendre les autres, à s'ouvrir au monde, en bref, à grandir dans son humanité. Dans ce qui suit, nous allons voir comment, dans notre atelier, les jeunes dont nous parlons ont évolué, à leur façon profonde, radicale et subtile à la fois, à l'aide des contes et des jeux d'expression qui leur sont liés.

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2 - QUI SONT CES ADOLESCENTS DONT NOUS
ALLONS PARLER?

Éric, Ouadir, Sylvain, Marguerite et leurs camarades possèdent entre eux des différences importantes. La disparité d'un groupe d'enfants accueillis en IMEI est plus considérable que celle d'une classe ordinaire. Ce qu'ils ont en commun, de façon évidente, c'est leur inadaptation au milieu scolaire: tous apprennent difficilement et lentement. La fonction de la pensée, et donc de la mémoire, opère mal. Pour Sylvain, pour Ouadir, une trisomie a incliné de façon évidente le cours de leur développement; pour Éric, ce qui fait trouble n'a rien de bien visible, mais le trouble est là, étrange, impressionnant. L'âge venu, un certain nombre d'entre eux travaillera en CA T2, des foyers dits occupationnels accueilleront les autres, à mesure que de la place se dégagera pour eux. Logements, travail, espaces de vie pour adultes, sont bien souvent difficiles à trouver.

liME: association 2 CAT: association

Institut médico-éducatif, souvent créé et géré par une de parents. Voir détails en annexes. Centre d'Aide par le Travail, souvent créé et géré par une de parents. Voir détails en annexes.

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Leur existence durant, ces jeunes filles, ces jeunes hommes seront une charge pour la société, en ce sens qu'ils coûteront de l'argent et qu'ils auront jusqu'à leur dernier jour besoin d'assistance et de protection. Il est à souhaiter qu'ils n'aient pas d'enfants car ils seraient incapables de les assumer. En marge de la production, exclus des espaces visibles de notre société, à la fois bruyants et inaudibles, suscitant parfois de la pitié et souvent de la peur, ils se trouvent doublement en difficulté dans les situations les plus ordinaires: parce qu'ils ne sont pas autonomes, et parce qu'ils rencontrent rarement la compréhension dont ils ont besoin. Leurs accompagnants peinent à leurs côtés: leur trouver un logement, aller avec eux dans un café, prendre le train ou le bus, tout cela est laborieux. Il faut, pour les professionnels qui les soutiennent, une forte motivation et beaucoup de métier; quant aux parents, ils doivent s'armer d'une véritable détermination pour aller et venir, aussi naturellement que possible, avec l'enfant que la vie a blessé et qui peine à grandir.

Ce sont eux, ces adolescents fragiles, en quête d'eux-mêmes en tant que sujets, qui seront nos compagnons au cours de ce livre.

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3 - JEAN-DES-PANIERS

La rentrée est bientôt là, avec quel conte ouvrir cette année notre atelier? Avec lequel rencontrer ces jeunes, les introduire à la liberté et aux risques des scènes de l'imaginaire? Je souhaite favoriser la constitution de cet « être-ensemble» de l'atelier, « être-ensemble» qui est rencontre dans un espace commun, là où la parole devient possible. Me vient Jean-des-Paniers, un conte du Jura, collecté et transmis par Edith MontelleI. Un récit modèle, droit, simple, d'une totale beauté, recélant une grande richesse de sens. Un enfant de cinq ans peut l'entendre et y trouver sa nourriture, il m'arrive de le dire à des adultes atteints de maladie grave, pris dans la tourmente; des personnes de tous âges en tireront profit, je l'ai conté à des jeunes filles boulimiques et dans bien d'autres circonstances encore. Le fait qu'il soit aisé à comprendre m'intéresse, ce conte n'est pas intimidant, il porte à ce que chacun y glisse son grain de sel. Par ailleurs, je l'aime particulièrement. TI est associé à mon travail en analyse; je me revois parlant à ma psychanalyste, madame Dugauquier, du fait que
1 Montelle Edith, Reconte de Jean-des-Paniers, dans Jean Bracaillon et autres contes, contes de Suisse Romande, tome l, page 9, chez l'auteur, Ornans 25290, deuxième édition, 1994. 21

j'avais postulé comme psychologue dans un IME. Et elle: que voulez-vous faire dans cet IME ? Ce lieu n'était pas celui des exposés savants, j'avais répondu: dire des contes aux enfants. Elle avait ri, j'avais ressenti son plaisir, son intérêt amusé, cela m'avait encouragée à lui dire le conte de Jean-des-Paniers, car c'est à lui que je pensais, c'est lui qui m'habitait. Jean-des-Paniers. Ma mère, et avant elle sa propre mère, mon père et l'ensemble de mes grands-parents maternels et paternels auraient pu s'appeler Jeanne ou Jean-des-Paniers. Comme le héros, ils furent tous de modestes travailleurs, créant paniers, corbeilles, fauteuils, tabourets et berceaux en osier, en tiges de ronce ou de rotin. J'ai ainsi avec ce conte une relation d'intérêt particulier, marquée par mon amour pour mes parents, vanniers et premiers conteurs de ma vie; marquée par ma relation à mon analyste, aujourd'hui décédée, qui m'a accompagnée dans mes différents chemins de loups; et par mon affection pour Edith Montelle, qui nous le fit découvrir, avec tant d'autres récits, lors d'une formation au conte que nous avons suivie auprès d'elle. Mais tout conteur, je pense, a une relation d'intérêt particulier à chacun de ses contes. Chacun constitue une rencontre, qui renouvelle, enrichit, la proposition qui nous est faite de nous constituer en être humain. Jean-des-Paniers, poursuivi dans la noire forêt d'hiver par un loup dévorant, c'est nous, nous depuis l'aube des temps, depuis cette époque même où nos jeunes ancêtres commençaient à peine à pouvoir maîtriser le feu; c'est nous, effrayés et pourtant courageux, inventifs, et le loup finalement restera derrière nous, dans le monde sauvage qui est le sien, tandis que nous rejoignons, intacts, grandis, celui des humains.

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