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Contes et Récits de la Vie Quotidienne

De
204 pages
Cet ouvrage raconte l'histoire d'un groupe dont l'objectif était de former des mamans-conteuses. Le projet se proposait de faciliter les échanges entre les parents d'enfants d'origine immigrée et les enseignants. En introduisant le conte dans le processus de formation, on introduit dans le groupe un objet culturel de relation qui appartient au patrimoine anthropologique de l'humanité ainsi qu'à celui des différentes cultures. La fonction du conte est d'être tout à la fois un objet culturel propre à chaque groupe et un objet transitionnel suscitant un espace de jeu, facilitant l'élaboration des liens et la construction de l'identité.
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CONTES & RECITS DE LA VIE QUOTIDIENNE
Pratiques en groupe interculturel

Collection Nouvelles Etudes Anthropologiques
Une libre association d'universitaires et de chercheurs entend promouvoir de «Nouvelles Etudes Anthropologiques». En privilégiant dans une perspective novatrice et transversale les objets oubliés, les choses insolites, les réalités énigmatiques, les univers parallèles, les «Nouvelles Etudes Anthropologiques» interrogeront surtout la Vie, la Mort, la Survie sous toutes leurs formes, le Temps avec ses mémoires et ses imaginaires, la Corporéité dans ses aspects fantasmatiques et ritualisés, le Surnaturel, y compris dans ses croyances et ses témoignages les plus extraordinaires. Sans renoncer aux principes de la rationalité, les «Nouvelles Etudes Anthropologiques» chercheront à développer un nouvel esprit scientifique en explorant la pluralité des mondes, les états frontières, les dimensions cachées.

Patrick BAUDRY, Louis- Vincent THOMAS

Dernières

parutions

Ricardo FREITAS,Centres commerciaux: îles urbaines de la post-modernité, 1996 Christine ARZAROLl, e maquillage clair-obscur; une anthropologie du L maquillage contemporain, 1996. Luce DES AULNIERS, e temps des nomades: itinérances de la maladie L grave, 1997. Kamal CHAOUACHI, narguilé. Anthropologie d'un mode d'usage de Le drogues douces, 1997. Colette MÉCHIN(dir.), Usages culturels du corps, 1997. Alain GAUTHIER, Auxfrontières du social: l'exclu, 1997. L. PEARL,P. BAUDRY, .M. LACHAUD, J Corps, art et société. Chimères et utopies, 1997.

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-6394-0

Odile CARRÉ

CONTES & RECITS DE LA VIE QUOTIDIENNE
Pratiques en groupe interculturel

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

SOMMAIRE

REMERCIEMENTS INTRO D UCTIO N 1ère PARTIE: UN DISPOSITIF DE FORMATION

1 3 9

LE CONTE: CONSTRUCTIONS D'UN OBJET DE RELATIONS CONTES, GROUPE, INTERCULTURALITÉ LE GROUPE "CONTES ET RÉCITS DE LA VIE QUOTIDIENNE" LE FONCTIONNEMENT DU GROUPE RECUEIL DU MATÉRIEL

15 20 25 26 29

2ème PARTIE: LE TEMPS DU GROUPE

31

1ère SÉQUENCE: LESCOMMENCEMENTS 2ème SÉQUENCE: LA FORMATION DE LIENS 3ème SÉQUENCE: LESESPACESDU GROUPE 4ème SÉQUENCE: LA PLACE DU PÈRE ET LA DIFFÉRENCEDES SEXES 5ème SÉQUENCE: LA SÉPARATION

35 53 79 111 150

3ème PARTIE: UN PARCOURS

CRÉATIF

165

LE CONTE COMME OBJET DE MÉDIATION INTERCULTURELLE LA MÉMOIRE REVISITÉE LA CRÉATION DE LIENS SOCIAUX

168 172 180 183 .189 196 197

CON Cl USION

..

BIBLIOGRAPHIE..

INDEX DES AUTEURS INDEX DES CONCEPTS

REMERCIEMENTS

Je remercie ici tout particulièrement les participantes du groupe "Contes & récits de la vie quotidienne" sans lesquelles ce travail n'aurait pas vu le jour. Mes remerciements s'adressent aux membres de l'équipe d'animation pour leur collaboration active, fructueuse et créatrice, notamment pour l'élaboration collective de la chronique du groupe interculturel : Madame N. Decourt, Maître de Conférences à l'Institut de Formation des Maîtres de Lyon, qui a également rédigé le résumé des contes; Mesdames S. Bordet (formatrice ALPES), R. Barel et M. Roche (animatrices, Association "Vie et Famille")

Mademoiselle

M. L. Robin (Étudiante, Université Lumière-Lyon 2)

Enfin, je voudrai exprimer toute ma gratitude à Madame F. Bernillon, Déléguée Régionale du Fonds d'action sociale pour la Région Rhône-Alpes-Auvergne, grâce à laquelle ce travail a pu aboutir.

INTRODUCTION

De nouveaux besoins apparaissent dans notre société; lieux privilégiés de l'échange entre les différentes cultures, les quartiers populaires sont le creuset où s'élaborent de nouvelles relations. Ainsi se créent à proximité des écoles des espaces intermédiaires où sont accueillies des familles d'origines et de cultures différentes, des groupes interculturels se forment dans les équipements de quartiers, des associations aux noms colorés naissent et se développent ici et là dans l'environnement urbain. Ces espaces, ces groupes, ces associations affichent des objectifs différents, l'essentiel est pourtant de parvenir à des échanges satisfaisants, à une qualité de relations qui autorise la réalisation de projets collectifs ou simplement l'expression de nouveaux besoins sociaux. Or, les échanges interculturels butent sur l'existence d'écarts qui se manifestent dans les systèmes de représentations des individus et des groupes, et caractérisent les cultures. Ces écarts introduisent une certaine étrangeté, ils engendrent des difficultés dans la relation entre des personnes qui ne disposent pas de repères communs et ne peuvent communiquer dans de bonnes conditions. Le groupe interculturel "Contes & récits de la vie quotidienne" s'est mobilisé autour d'un projet qui se proposait de faciliter les échanges entre les parents d'enfants d'origine immigrée et les enseignants. Il s'agissait de réactiver des savoirs de tradition orale dont les immigrés étaient dépositaires grâce à un travail de mémoire aboutissant à la formation de mamans-conteuses. L'une des conditions à la réalisation de ce projet était que les femmes puissent entrer en relation avec les enseignants de façon satisfaisante, conscientes de leur identité culturelle et de la richesse de ce qu'elles avaient à transmettre. Or, les situations d'exil provoquent des traumatismes liés à la perte du pays d'origine, à celle de l'environnement affectif et humain, il s'en suit une perte de l'identité. Certains exilés éprouvent de grandes difficultés à faire le deuil de leur culture, et

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par conséquent ne peuvent investir de nouveaux liens, nouvelles activités dans le pays d'accueil. La formation mamans-conteuses devait donc faciliter un travail d'élaboration de symbolisation susceptibles de soutenir les échanges et favoriser de nouveaux investissements.

de de et de

L'introduction du conte comme objet culturel de relation dans le processus de formation avait donc un double objectif: réactiver le travail de mémoire, faciliter un travail psychqiue d'élaboration susceptible de soutenir l'autonomie des participantes et de renforcer leur identité.
L'hypothèse centrale était que pour rentrer en relation avec l'autre, créer des liens, il faut avoir intériorisé une bonne image de soi, une représentation positive de son identité et de sa culture. Le conte exerçait alors une fonction médiatrice en autorisant des femmes étrangères, alphabétisées ou non, à rentrer dans les écoles en apportant quelque chose de leur culture.

La chronique du groupe interculturel "Contes & récits de la vie quotidienne" rend compte de la problématique, des hypothèses théoriques et des pratiques soutenues par les formateurs. Elle rapporte les échanges qui ont présidé à la naissance du groupe interculturel, le déroulement et l'évolution du processus de formation, les phases ou moments qui ont jalonné l'intensité des processus d'élaboration perceptibles durant son déroulement. Enfin, elle propose des orientations théoriques quant au fonctionnement spécifique des groupes interculturels, notamment l'analyse de ce qui est modifié par l'introduction d'un objet culturel de relations dans le groupe et de ce qu'il permet de médiatiser. En matière de recherche, le traitement des problématiques interculturelles en général, celle des groupes interculturels en particulier se situe à l'articulation de plusieurs champs théoriques. Ce n'est pas sans comporter quelques risques pour le chercheur, -6-

notamment celui de devoir contourner l'obstacle épistémologique. Compte tenu de la spécificité du travail entrepris, certains choix méthodologiques s'imposaient, ils paraissaient simultanément les plus adéquats pour traiter le matériel recueilli. C'est une méthode de psychologie sociale clinique d'orientation psychanalytique qui a été retenue, au croisement de la psychologie et de l'anthropologie culturelle.

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PREMIÈRE

PARTIE

UN DISPOSITIF

DE FORMATION

Le dispositif de formation "Contes & récits de la vie quotidienne" concerne un groupe composé de onze participantes d'origine algérienne, tunisienne, laotienne. Ces femmes appartiennent à une première génération d'immigrées. Elles sont originaires de douars, de villages tunisiens ou laotiens pour la plupart, peu ont vécu en ville avant leur arrivée en France. Les unes ont passé leur enfance à proximité du Sahara ou sur les Hauts Plateaux algériens, les autres dans une atmosphère montagnarde. Leur âge s'étale de 35 à 55 ans, soit 40 ans en moyenne. Mariées et pour certaines mères de familles nombreuses, leurs enfants vivent parfois hors du foyer, certains d'entr'eux ont fait de brillantes études en France. Peu ou pas alphabétisées dans leur langue d'origine: l'arabe, le kabyle, le chaouïa, le hmong, certaines d'entre elles parlent difficilement le français, ne le lisent, ni ne l'écrivent, cependant deux ou trois ont un niveau équivalent au certificat d'études, l'une d'elles cultive le souvenir d'une institutrice française en récitant Beaudelaire. Compte tenu des difficultés d'insertion, mais aussi de transmission culturelle que rencontrent de telles populations lorsqu'elles sont coupées de leurs lieux d'origine, les objectifs énoncés du travail de formation ont été les suivants: d'une part faciliter l'émergence de savoirs et savoirs-faire traditionnels afin d'en montrer l'intérêt, notamment en direction des écoles ou des lieux d'accueil; d'autre part préparer les stagiaires à un travail de transmission susceptible de relier culture d'origine et culture d'accueil, l'aisance acquise pendant la formation devant permettre aux participantes de prendre à leur tour la parole et d'utiliser le conte comme support pour créer des liens dans l'environnement social. Un certain nombre de postulats sous-tendaient ce travail, en particulier, l'idée que l'insertion sociale des participantes serait facilitée par une élaboration en groupe de leur identité culturelle. Prenant appui sur des hypothèses développées récemment qui se rapportent à l'existence de bases culturelles relatives au fonctionnement psychique, en particulier les travaux de J. Leroy,

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R. Kaës, J. C. Rouchy, qui mettent en évidence le rôle des institutions et de la culture comme étayages de la construction des identifications du sujet(1), L'émergence d'un processus de symbolisation étayé sur le travail du conte devait susciter l'élaboration et l'appropriation de l'identité, notamment dans sa dimension culturelle. Il devait également autoriser dans les groupes les dégagements affectifs nécessaires à un travail de deuil vis-à-vis de la culture d'origine, faciliter de nouveaux investissements.

La question si difficile de l'insertion sociale passe, en effet, par l'appropriation correcte de l'identité culturelle qui seule permet au sujet, lorsqu'il se trouve dans une culture différente, d'appréhender les écarts, de les évaluer et de les surmonter. Du point de vue psychosociologique, l'étude récente des situations de "crise" montre que, lorsqu'il est confronté à des changements majeurs, le sujet humain vit une situation critique du point de vue psychologique, il se trouve en état de manque affectif, d'insécurité, et doit réévaluer ses rapports à l'autre et aux autres afin de vivre créativement. Or, les migrations sont à l'origine de "crises" importantes qui déstabilisent le sujet migrant. Cette déstabilisation a des racines profondes et complexes qui puisent leurs sources aux fondements même de l'identité. Ainsi que le souligne E. Erickson, "l'identité du sujet est vécue comme un bien être psychosocial, ses concomitants les plus manifestes sont le sentiment d'être chez soi dans son corps, de savoir où l'on va, et l'assurance intérieure d'une reconnaissance anticipée de la part de ceux qui comptent"(2). L'identité correspond à une fonction de synthèse entre le moi du sujet et la réalité sociale transmise au cours du développement infantile par l'environnement humain. La déstabilisation est en effet liée à la perte des repères habituels qui gravitent autour de la structuration des liens familiaux, des liens aux groupes
1
2

"L'espace imaginaire des grou~", Revue de Psychothérapie Groupe, n° 9-10,1987, Toulouse, ~reso

Psychanalytique

de

ERICKSON Eo, Adolescence et crise, la qufte de l'identité, traduit de l'américain par ToNars et CoLouis Courbel, 1972, Paris, Flammarion.

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