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Corps et psychomotricité

De
130 pages
Il s'agit ici de préciser l'objet scientifique de la psychomotricité, historiquement construit dans les exigences immédiates des rééducations pédagogiques et thérapeutiques, et sous l'égide non théorisée de la vague idéologique des psychothérapies humanistes et de la psychanalyse en France. La psychomotricité serait-elle une approche globale de l'être humain ? Il s'agit ici de déconstruire cette idéologie du global, la questionner, la renouveler à partir de la discipline. La clinique de l'autisme et du handicap mental est prise comme paradigme.
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Le Corps en question Collection dirigée par Florence Braunstein « Le corps en question » aborde le problème du corps dans les sciences humaines aussi bien dans les domaines de la philosophie, de la littérature, de l’art ou de l’histoire et de l’anthropologie. Il n’y a pas de limites pour envisager le sujet dans le temps ou l’espace. C’est « un corps ouvert » à toutes les problématiques mais la collection privilégie les sujets de recherche originaux rarement abordés, les auteurs, les époques n’ayant pas fait l’objet de réflexion sur le corps. Les ouvrages de la collection ne répondent pas à d’autres exigences que celles de la grande qualité.
Dernières parutions Stéphane HEAS,A corps majeurs. L’excellence corporelle entre expression et gestion de soi, 2012. Bertrand LANCON, Marie-Hélène DELAVAUD-ROUX,Anthropologie, mythologies et histoire de la chevelure et de la pilosité, 2011. Stéphane HEAS, Laurent MISERY (dir.),Variations sur la peau. Tome 2. B. GALINON-MELENEC, F. MARTIN-JUCHAT,Le corps communicant. Stéphane HEAS, Laurent MISERY (dir.),Variations sur la peau. Céline ROUX,Danse(s) performative(s). Stéphane HEAS, Yannick Le HENAFF,Tatouages et cicatrices. Sylvain FEREZ,Le corps déstabilisé. Colette JUILLIARD,Les odalisques de J.-A.-D. Ingres. Florence BRAUNSTEIN,Age des héros, âge des guerriers. Dominique PAQUET,La dimension olfactive dans le théâtre contemporain. Lina FRANCO,Georges Bataille. Le corps fictionnel. Jean-François PEPIN,Aspects du corps dans l’œuvre de Romain Gary. Société française de Sophrologie,Sophrologie face aux difficultés de la vie.
Du même auteur « Psychodrame et Psychanalyse – Jeux et théâtres de l’âme », préface de Jean Florence, De Boeck, Bruxelles, 1998 Amour et filiation, in « Parler l'amour », Edition La lettre volée, Bruxelles, co-auteur, 2001 ème « Psychologie clinique – De l’initiation à la recherche », De Boeck, Bruxelles, 2003, 2 édition 2005, traduit en roumain, Polirom, 2010, « Psihologie Clinicà » La psychothérapie comme espace social de transmission, in « Figures contemporaines de la transmission », co-auteur, Presses Universitaires de Namur, 2009 Corps, groupe et psychodrame, in « Quand le corps parle et que le psychanalyste écoute », co-auteur, érès, 2010 Le Jeu, l'Amour, l'Enfant : l'Immarcescible du psychodrame, in « Le psychodrame psychanalytique à l’épreuve du temps », co-auteur, érès, 2011 Moment psychotique du psychodrame et transmission« Voies et moyens de in l’Hominescence », co-auteur, Szondiana, Zurich, 2011 © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-336-69779-6
A mes petites filles
Pauline, qui saute, qui nage et qui danse
Juliette sur son vélo, qui chante et qui rit
Préface
Jean-Claude QUENTEL
Dans la palette des professions para-médicales, la psycho-motricité a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse aux côtés de la logopédie ou de l’orthophonie en France, de la psychologie ou de la kinésithérapie. Elle a son histoire, à laquelle puise et contribue lui-même par cet ouvrage Bernard Robinson. En tant que pratique professionnelle, elle a une visée éducative, rééducative et thérapeutique et a donc à se situer et en même temps à composer avec les autres pratiques professionnelles avec lesquelles elle cohabite dans ces champs. Elle ne constitue pas une discipline scientifique, pas plus que la logopédie ou la psychologie. Comme elles, elle se réfère à plusieurs disciplines scientifiques et non pas à une seule. Les formations auxquelles se soumettent les futurs professionnels témoignent suffisamment, au même titre que la logopédie ou la psychologie, de l’hétérogénéité de ses références. On comprend que les professionnels puissent recourir à des sources théoriques diverses, leur choix étant tout à la fois fonction de leur intérêt théorique et de leur personnalité, mais aussi du public avec lequel ils sont amenés à travailler. Les réalités cliniques, très diverses au demeurant pour chacun de ces registres professionnels, auxquelles ils se trouvent confrontés orientent de manière souvent décisive leur manière de travailler, même si celle-ci diffère toujours d’un professionnel à un autre. Ces réalités cliniques font en quelque sorte fonction de principe de réalité. Cette diversité des références théoriques entretient les débats entre les professionnels. Elle peut surprendre celui qui recourt à leurs services. En effet, elle a des répercussions sur la pratique, avec une tension entre, d’une part, ceux qui se situent davantage comme des rééducateurs se fondant par exemple sur les acquis de la neuropsychologie et, d’autre part, ceux qui ont une visée thérapeutique entendue au sens de psychothérapeutique. Du reste, cette tension que l’on observe dans le champ de la psychomotricité se retrouve de manière analogue chez les logopèdes et chez les psychologues. Il reste que, d’une manière générale, il faut clairement distinguer une pratique professionnelle, qui participe de ce que les sociologues appellent la division sociale du travail, et une démarche scientifique qui suppose des processus d’une tout autre nature. En tant que pratique professionnelle, la psychomotricité met en œuvre des processus qui participent des lois du métier ou de ce que Jean Gagnepain appelle le service rendu à autrui. Au sens strict, ces lois définissent ladéontologie. Celle-ci peut prendre la forme des codes auxquels on pense immédiatement quand on évoque ce terme, mais elle ne s’y réduit aucunement. Toute profession relève d’une déontologie parce qu’elle implique un rapport entre celui qui rend le service et celui qui en bénéficie et que ce rapport participe de lois implicites. Une démarche scientifique vise par conséquent tout autre chose. Il s’agit d’expliquer et non de produire des effets dans une relation. La science, comme démarche, tend à élaborer des lois qui rendront compte de la survenue d’un phénomène, quel qu’il soit. Pour ce faire, elle produit des hypothèses qu’elle essaie de vérifier et elle met en relation une observation avec une autre, voire plusieurs, pour lui conférer un statut de phénomène scientifique. Ce phénomène peut être alors rapporté à une cause, nécessairement saisie dans une forme de généralité, cause qui précisément l’explique. La démarche en question est de nature logique ; tel n’est pas le cas de la prise en charge du professionnel qui renvoie, quant à elle, à de l’administration et à de la gestion. Ces termes doivent être ici entendus non pas au sens péjoratif dont ils participent fréquemment aujourd’hui du fait de l’idéologie néo-libérale dominante, mais au sens de la mise en œuvre d’une politique d’intervention dans le cadre de la répartition des professions à l’intérieur de la cité. Si l’exercice d’un métier ne met pas en œuvre les mêmes processus qu’une démarche
scientifique, rien n’empêche un professionnel de se référer à de l’explicatif dans ce qu’il observe dans le cadre de sa prise en charge. Il ne pourra d’ailleurs s’en empêcher, dans la mesure où il est d’abord un homme cherchant toujours à introduire de la raison, en l’occurrence logique. Il s’agit simplement pour lui de ne pas confondre les objectifs et de ne pas mêler les registres. L’explication logique d’un phénomène doit interférer le moins possible avec la prise en charge qu’effectue le professionnel, du moins lorsqu’il a une visée psychothérapeutique. Cette question est en débat depuis longtemps dans le champ des pratiques psychothérapeutiques et notamment dans celui de la psychanalyse. Il ne s’agit pas d’expliquer dans le cadre de la séance et ce n’est pas pour rien que Freud, aux débuts de la psychanalyse, demandait à ses analysants de ne pas lire dans le domaine, les lectures pouvant donner corps à la résistance dans le cadre de la cure. C’est à la singularité du sujet que le psychanalyste, comme le psychomotricien, se confronte durant la séance. Il ne parle pas en termes de principes généraux, pas plus qu’il n’explique à l’analysant. En revanche, rien n’interdit à notre analyste, dans l’après-coup de la séance pourrait-on dire, de réfléchir sur ce qui s’y est joué et de se situer dès lors dans un registre explicatif. Car même s’il a eu affaire à la singularité d’un analysant, les faits qui se sont produits durant la séance peuvent être mis en relation avec d’autres saisis dans le cadre d’autres séances, chez la même personne ou chez d’autres. Alors s’effectue une démarche généralisante qui fait de l’analysant singulier auquel il a eu affaire (et continuera d’avoir affaire) un « cas » cliniquement rapportable à une cause explicative, l’un n’effaçant pas l’autre. Les psychanalystes sont dans l’erreur manifeste lorsqu’ils se défendent de toute démarche scientifique. Ils voient dans ce qu’ils appellent alors « la science », non pas la démarche explicative qui vaut quel que soit le secteur dans lequel on exerce et le champ qu’on cherche à investiguer, mais la caricature de la science, celle qui vaut dans les médias, et qui n’est qu’un scientisme. Celui-ci a les habits de la science, mais il la réduit à des procédés dont il n’interroge plus la pertinence et la légitimité. Le scientisme ne fait que singer la science dans sa démarche. Une démarche scientifique vise à expliquer et le champ qu’a dégagé la psychanalyse n’échappe bien évidemment pas à ce qui est du même coup une exigence. La psychanalyse, toujours, constitue à la fois une pratique et une démarche explicative, donc scientifique. Et ceux parmi les psychanalystes qui le contestent font insulte à Freud (mais également à Lacan, soit dit en passant) qui n’a eu de cesse de réclamer pour la psychanalyse un statut scientifique, et pas seulement thérapeutique. L’argument selon lequel nous aurions affaire ici à un Freud scientiste ne saurait tenir. Et au demeurant, chez Freud et chez ses disciples, la psychanalyse constitue également un corps théorique visant à rendre compte de certains processus généraux en œuvre chez l’homme, où qu’il se trouve et quoi qu’il en soit de sa singularité. L’inconscient, le refoulement, la castration, le complexe d’Œdipe, pour ne 1 prendre que ces concepts, sont d’abord et avant tout des concepts, et en tant que tels ils ont une portée explicative générale. Qu’ils puissent être contestés est une autre affaire ; c’est au demeurant le lot de tout concept, quel que soit le champ scientifique dans lequel il se situe. Somme toute, tout psychanalyste, fût-il un fervent adversaire de la « science », dès lors qu’il publie (sachant par ailleurs que les psychanalystes publient assez peu d’études de cas) s’inscrit, qu’il le veuille ou non dans cette démarche. Si tel n’était pas le cas, il n’aurait rien à dire et n’aurait donc aucune raison de publier quoi que ce soit. Si nous revenons à présent à notre psychomotricien, nous devons en conclure que le raisonnement vaut pour lui de la même façon. Non seulement, il ne pourra s’empêcher de chercher à comprendre ce qui s’est joué dans le cadre des séances et donc théorisera, éventuellement malgré lui ou en se défendant de le faire, mais il a le devoir de le faire. La psychomotricité fait partie des métiers dits de la relation. Au sens strict, tout métier s’inscrit bien évidemment dans de la relation. Ces métiers du para-médical ont cependant pour particularité de travailler non seulement dans la relation, mais, comme on le dit fréquemment, surde la relation : ils font de la relation, sinon leur seul objet, du moins un objet essentiel. Ils
ne peuvent, autrement dit, se dispenser de s’interroger sur les processus en jeu dans la relation, alors que ce n’est pas le cas, de manière systématique en tout cas, de tous les métiers. Insistons au passage sur le paradoxe surprenant qui consiste aujourd’hui à voir des politiques et des administratifs prétendre venir expliquer, à partir de modèles issus du management, à des professionnels de ce champ paramédical, mais également des champs éducatif et du travail social, ce qu’il doit en être de la relation et comment il faut l’évaluer. Comme si l’explication pouvait venir d’autres professions que celles qui ont précisément pour objet de travailler et théoriser la relation ! Quoi qu’il en soit, dans la relation, le psychomotricien se trouve toujours impliqué. Par conséquent, il se doit d’interroger en même temps sa propre implication. Il s’agit pour lui d’un devoir au sens social du terme (relevant donc de la déontologie), mais également au sens éthique : il se le doit à lui-même, faute de pouvoir continuer à conférer un sens à l’engagement qui est le sien dans le métier qu’il exerce, autrement dit faute d’être en mesure de légitimer son action. En termes plus techniques, et pour emprunter encore à la psychanalyse, il doit analyser le transfert et le contre-transfert, lesquels renvoient à des processus inconscients qu’ignorent remarquablement les théories du management dont le seul objectif est celui de l’efficacité et du rendement. Le psychomotricien doit en même temps s’interroger, tout comme le psychanalyste, sur les processus en œuvre dans les séances autres que ceux qui concernent la relation elle-même. En effet, si tout passe nécessairement par le crible de la relation, tout ne s’explique pas par elle. L’homme met en œuvre des capacités qui vont prendre forme dans une situation précise et dans une relation particulière mais qui ne trouvent pas leur origine, et donc leur explication, dans la relation elle-même. C’est par conséquent, de manière générale, à une théorisation s’inscrivant dans le cadre des sciences humaines que le psychomotricien devra faire appel. Ce long détour permet de rendre compte de la démarche de Bernard Robinson dans cet ouvrage. Elle est à la fois nécessaire et légitime, pourrait-on dire, pour reprendre les termes qui sont ceux-là même de Freud lorsqu’il théorise l’inconscient et explique, à travers sa « métapsychologie », ce dont il s’agit. Il cherche, lui qui a en même temps une responsabilité de formateur, à théoriser la psychomotricité c’est-à-dire à conférer un statut explicatif aux phénomènes dont traitent les psychomotriciens. Il fait appel aux sciences humaines, mais il opte surtout pour les modèles qui proposent un recul d’ordre anthropologique. Les modèles anthropologiques sont ceux qui se donnent pour objectif de rendre compte du fonctionnement de l’homme dans ce qui le caractérise véritablement. Ils ne visent pas seulement à décrire ou à rendre compte de la diversité des situations dans lesquelles l’homme se trouve pris ; ils cherchent à mettre à jour les processusspécifiquesque l’homme met en œuvre dans tous les registres de son fonctionnement, quelle que soit la société dans laquelle il s’inscrit et la situation à laquelle il se trouve confronté. Et, parmi ces modèles anthropologiques, il choisit plus précisément ceux qui se fondent sur la clinique et plus particulièrement sur la pathologie. Clinicien lui-même, préoccupé de psychologie clinique et ici de psychomotricité, ce choix est pour lui « naturel », si l’on peut dire. Il est persuadé, comme ceux auxquels il vient emprunter dans sa réflexion, que la clinique constitue à la fois une loupe et un scalpel, pour reprendre les termes de Théodule Ribot : elle grossit des phénomènes que l’on observerait souvent avec difficulté en dehors d’un contexte pathologique et elle les « découpe », elle les isole, plus exactement elle analyse. Au-delà des termes employés par Ribot, la métaphore la plus pertinente est incontestablement celle du cristal brisé de Freud : le fait que le vase se brise révèle et met au grand jour les lignes de fêlure du cristal que l’on ne voyait pas auparavant et qui étaient pourtant là. Jacques Schotte, éminent psychanalyste belge qui a contribué de manière décisive à la formation de Bernard Robinson, a résumé cette métaphore à travers l’expression de « pathoanalyse ». Et Schotte, qui retravaille les travaux de Szondi, sera donc l’un des deux auteurs ayant élaboré un modèle consistant fondé sur la clinique auquel Bernard Robinson renvoie ses lecteurs, le second étant Jean Gagnepain auquel on doit la théorie de la