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Créolitude

De
250 pages
Le cri le plus fort de Rano est celui qu'il élève contre la xénophobie raciale et sociale dont les Antillais et Africains sont victimes. L'heure est donc à l'autogestion " pour que demain les rapports de forces deviennent un enjeu, un équilibre, et qu'enfin les Créoles et les Noirs sachent se dévêtir de leurs " habits " d'excuses, en repoussant par leurs compétences les velléités xénophobes et tout endoctrinement ".
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Créolitude
SILENCES ET CICATRICES

POUR

SEULS TÉMOINS

IMAGE CENTRE HISTORIQUE @

DE COUVERTURE: DES ARCHIVES NA TIONALES

L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-6114-X

Jonas Rano

Créolitude
SILENCES ET CICATRICES POUR SEULS TÉMOINS

lA philosophie des libertés humaines montre que toutes les concessions/aites à ses urgentes revendications sont sorties de la lune. S'il ny a pas de lutte. il ny a pas de progrès. Cera qui prétendent difendre la liberté et diprécient l'agitation sont des hommes qui veulent les récoltes sans labourer le sol. »
/I

Frederick Douglas, ancien esclave

Préface de Georges Ngal

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

Inc.

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

«Sans les originaires de l'outre-mer, la France ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui» Jacques Chirac, A ncien Premier ministre, auparlemen~av.ri11986 «Sans les Départements d'outre-mer, la France n'est pas une puissance mondiale» Raymond Barre, Ancien Premier ministre, aux Antilles, en 1987.

Au seuü de cette fICtion, je voudrais m'acquitter d'une dette

contractée envers celles et ceux qui,

d'Allemagneen Afrique, d~
aux Amériques m'ont permis de leur ouvrir Mon cœur; En retour il m'ont ouverl1e leur. Je dis merci! Un sourire, une attention ont suffit, . .. un geste aussi. Je dis merci. Car je pense d'abord à ma Précieuse, à mes enfants, à mes amis, ceux qui ont porté quelque intérêt à mon travail. Et comment oublier La généreuse,

Ma mère,
cette femme du séraü. Permettez-moi, de dire ma dette, à vous, qui avez délicatement une pierre secrète apporté à la construction de ce tout.

Du

MEME AUTEUR

JOHAN, essais, nouvelles. Distinction" Soif Nouvelle I de Fort-de-France. Éditions Racines 1991. LA CHAIR ET LA PIERRE, poésie. Préface de Jean Marais, Monina Joly, Zélie Jeanne-Julie-Suzanne. Médaille de l'Académie Littéraire Internationale de

Lutèce / Lauréat du Club de l'Amicale des intellectuels français /

Lauréat

de la Haute Académie Littéraire de France. Éditions Équinoxe, collection

.Fragments

LE CRI DE L'ESPÉRANCE, roman. Prix du roman historique / Prix de la Francophonie 1987. Éditions francophones, 1989. Épuisé. L'OUR NOIR DE DIEU, théâtre. rix du théâtre de l'Association des Auteurs P

"

lm.

Montage

poétique

mis en scène au lL.P. Paris, 1991.

Ardennais. Pièce commandée par l'Ensemble culturel du théâtre noir,

Équinoxedes Artset des Lettres,1987.

,

SOLFEGES DE SYLPHE,poésie.Préface de Jacck Lang. Editions Expression Prospective, 1987. Épuisé. ILS,poésie. Prix de la verte plume du Clos Murigny / Prix de poésie libre / Prix de poésie classique, de l'Association des Auteurs Ardennais. ,Éditions Expression prospective, 1986. Épuisé. IDEES PELE-MELE, poésie. Distinction de l'Institut Académique de Paris. Éditions Expression Prospective, 1985. Épuisé. LA VOIE DE MES PAS, roman. Éditions La pensée universelle, 1983. Épuisé. DISTINCnONS
Médaille du World Congress of Poets.

UTIÉRAIRES

Médaille de la Renaissance des Arts et des Lettres. Médaille de l'Académie Littéraire Internationale de Lutèce. Lauréat du Club de l'Amicale des Intellectuels Français. Lauréat Lauréat de la Haute Académie
Derenne

Littéraire

de France. et Artistes Ardennais.

Lauréat du prix Tristan

de la ville d'Orange.
des Auteurs

du Prix de sciencefiction

Prix du Centre International
Francophonie.

de documentation

et d'échanges de la

Préface

De la Francophonie à la Créalitude. Voici un livre courageux et lucide. En acceptant de dire quelques mots en guise de préface, je ne tXJUdrais pas en rajouter à ce que Jonas Daniel Rano appelle une cacophonie multicolore" sous le ciel antillais. j'aimerais y échapper.

.

En cela Jonas m'est lui-même d'un grand secours.

Dans son dialogue avec l'auteur. René Ménil reproche à certains philosophes antillais de manquer de la capacité de parler clair, de

.

voir clair et de ne pas tricher sur les mots ". S'il me faut reconnaître à Jonas Daniel Rano une qualité, c'est la mise en évidence de l'ambiguïté ou des insuffJSances de certains

termes. n pense pouvoir.

concevoir

une forme

de langage,

qui se sub-

stituerait à celle de la négritude, de l'antillanité ou de la créalité", car à son sens, . ces concepts nés de leurs appellations sont réducteurs ". Désormais, c'est la . créalitude " qui se. charge de traduire le destin antillais et sa capacité d'une maîtrise des problèmes qui sont posés ". Du moinsjusqu'au jour où, à son tour,celle-cise verra détrônée par

.

un autre terme. Le livre de Rano se présente comme une stratégie de prise de conscience, à l'image de l'itinéraire du Président-directeur Général
de

.

RACINES

El' COUlEURS

", Oscar du meilleur

magazine

Afro-AntiOais.

C'est un foisonnement d'idées sur un air d'actualité qu'on ne peut résumer ni ramener au seul concept de la créolitude. Cependant je m'arrêterai sur quelques points saillants qui constituent des temps forts de sa démarche: Francophonie - Négritude - Antûlanité Créolité - Créalitude. Cinq moments essentiels de l'évolution intellec9

tuelle antillaise qui ont en commun la problématique de la langue

dans sa fonne de transactions économique, sociale et cultureUe ".
C'est dans le traitement de ces termes saisis dans toutes leurs dimensions historiques que Jonas Daniel Rano note des

.

. silences", dentifie i
histo-

des . cicatrices" et des . déchirures",

Une vaste connaissance

rique - celle de l'histoire des Antûles depuis les Arawaks et les Caraïbes jusqu'aux Martiniquais et Guadeloupéens actuels, en passant par les vagues successives des Espagnols, des Français, des Africains, des Indiens - permet à l'auteur de repérer toutes les sources auxquelles le rattachent ses racines. Aussi peuHL afficher sa fierté: Je suis Antûlais, Africain, Français, Caribéen.., ", Rano est étranger à tout réductionnisme racial. n ne veut privilégier aucune composante de son identité. Les insuffISances d'ut'fe certaine approche par le passé de la réalité antûlaise proviennent - notamment dans le cas de la négritude - non du fait d'avoir affirmé l'identité nègre mais résident dans le fait d'avoir rattaché systématiquement l'Antûlais à une seule dimension et nié la pluralité raciale qui fonde sa spécificité. Mais le cri le plus fort de Rano me paraît être celui qu'il élève contre la xénophobie raciale et sociale dont les Antûlais et Africains sont victimes.

.

L'heure est donc à l'autogestion. pour que demain les rapports de
force deviennent un enjeu, un équûibre, et qu'enfin les Créoles et les Noirs sachent se dévêtir de leurs. habits" d'excuses, en repoussant par leurs compétences les veUéités xénophobes et tout endoctrinement émanant des politico-cupido-stupidofrères dont les objectifs poursuivis ne sont pas ceux d'humanistes universels, mais ceux d'ambitieux à qui la chance ne sourit, en définitive, qu'une seule et unique fois ", Comme pour donner plus de force et plus de vraisemblance à son cri, Rano choisit le mode de la fiction qui ramène son personnage Xavier de Plaisance aux Antûles. Je m'en voudrais de passer outre les moments essentiels comme notés plus haut de ce retour au pays natal. L'accent sera mis sur la Francophonie dans ses rapports avec ces autres moments. La Francophonie. Rano a foi en elle, même s'û relève et stigmatise des inégalités criantes. Peu importe, Elle représentepour lui la Patrie

10

culturelle se retrouver,
demeure

commune

qui a permis à
véhicule

.

des hommes,

à des peuples,

de elle

de s'apprécier,

de se détester".

un lien que
et

Bien que dépréciée, une langue: lefrançais.
amène l'auteur

Cette foi affirmée

avec conviction

à une critique

des mécanismes
Politisée,

structures actuels de la Francophonie,
trop alternatifs

par trop

. en mal d'idéaux

voire même personnalisés

à la gloire des États qui en brandissent la paternité exclusive ". Les craintes de voir la Francophonie devenir pour des gouvernements localement indésirables une plate-forme de propagande Pouvant contribuer à l'étouffement de l'éveil des peuples à la démocratie sont réelles. À la foi de ceux qui voudraient un véritable projet de société structuré en trois volets: 1. - maîtrise des atoutsfrancophones de développement pluraliste, 2. -Politique des moyens francophones, 3. - actions simultanées de développementà travers la Francophonie, Rano oppose et signale le flou du Politique outrancier au mépris

.

du social et du culturel voire de la vie des peuples avec une Francophonie qui s'enlise ". Un constat amer qui lui fait tirer des leçons de la réalité actuelle de la Francophonie tant dans son fonctionnement, dans les hommes, les idéaux que dans les actions. Le Problème de la Francophonie demande à être posé en termes
corrects.

L'espacefrancophone organisé, à ses débuts, Politiquement

comme une coopération multüatérale à vocation culturelle enracinée dans la Pratique de la langue française, a évolué considérablement de manière à devenir un marché économique. Ici également une évolution se dessine: de l'essor des industries culturelles on est passé à celui de l'économie marchande. C'est dire que la coopération multüatérale francophone est sortie de son champ privilégié d'action. Les nations francophones les mieux nanties tentent de ne plus voir cette coopération multüatérale que dans le cadre de la mondialisation de l'économie. Posée dans ce cadre, la Francophonie présente un enjeu économique considérable. Son avenir est désormais lié au destin de la mondialisation de l'économie.

11

Comment poser alors la problématique du développement des États du Sud envisagés comme formes de transactions économique, sociale et culturelle? Qu'ils soient perçus comme entitês dont l'identité se définit par le concept de négritude ou d'antülanité, créolité et créolitude, la problématique me paraû la même. L'intérêt du livre de Rano réside dans lefait qu'ü n'élude pas les diffJCultés.

Il convient de dire d'abord qu'aucun développement n'est
possible sans assomption des traits identitaires essentiels de l'être à
développer.

Or une des caractéristiques des traits identitaires de l'espace francophone est constituée par des hétérogénéités identitaires Oinguistiques et cultureUes) craintes: le parallélisme entre pays du Sud et ceux du Nord montre que le français qui constitue le lien fondateur de la Francophonie est ressenti ici comme langue minoritaire, liée au pouvoir, de consommation élitiste, participant à l'accentuation des clivages nantis/pauvres, perçue comme ne faisant pas partie de l'identité culturelle et dans de nombreux cas perçue comme ne se
souciant pas des langues ethniques, véritables véhicules des identités

culturelles du Sud, là elle constitue l'élément essentiel de l'identité nationale et donc du développement. Ici l'hétérogénéité linguistique s'accompagne du pluralisme culture~ trait essentiel des sociétés polycentriques du Sud: la faible hétérogénéité linguistique et culturelle. Bt-il possible dans ce contexte de concevoir un projet de société dont la traduction en termes de valeurs se heurterait à ces hétérogénéités qui représentent des conquêtes culturelles inaliénables ? La coopération francophone suppose à tous les pays membres une capacité d'ouverture à l'Autre dans sa forme de transaction multidimensionnelle: économique, sociale et culturelle.

Sur le plan culturel, quelles sont les limites imposées à cette
capacité d'ouverture et d'accueü? Quelle est l'autorité habüitée à imposer ces limites ? Au nom de quelles valeurs limiter l'ouverture à l'Autre? L'échange culturel est une nécessité historique. Mais l'urgence imposée à chaque culture comme le souligne Claude Lévi-Strauss dans Race et culture (1971) est celle de préseroer son identité, fût-ce

12

au prix d}un certain refus

des

autres} nuançant la thèse de Race et

histoire (1952) sur la nécessaire coalitian des cultures pour l}apparition d'une histoire cumulative. Les ghettos culturels canduisent} à long terme, à l}atrophie culturelle. On s'accorde pour dire que la dynamique culturelle passe par l}échange qui leur communique axygène et progrès. Cependant il faut souligner qu'elle développe de façan endogène des points de résistance qui permettent aux identités de sauvegarder leur essence et de rester elles-mêmi!S malgré leur ouverture à l'Autre. Il est permis de considérer la négritude-l}antillanité-la créolité et la créolitude comme des identités particulières opposant à la Francopbanie des essences qui refusent de se dissoudre en celle~i. Les structures linguistiques particulières qui traduisent les variétés extrêmes de ces identités apparaissent comme ces îlots de résistance avec lesquels la Francophonie doit compter et en dehors desquels aucune perspective de vrai développement ne peut se dessiner dans ces pays

du Sud.
La mondialisation des marchés risque de renforcer les tendances anti-développementalistes. Seul un renforcement des structures de
solidarité et de coopération multilatérale peut inverser les tendances.

Entre la promotion de la préférence mandiale ou

des

macro-struc-

tures économiques et celle des micro-structures représentées par les identités particulières des pays du S~ le choix est clair: la sauvegarde du micro présente la seule voie viable. Le choix n'est pas entre négritude-antillanité, créolité~réolitude. Ces termes ne désignenten définitiveque des nuances particulières d'une même réalité antillaise. Les insuffISances nées des réductions extrêmes apparaissent dès lors comme secandaires. La négritude, en effe~ aujourd'hui refusée et non acceptée comme

n'étant pas le fait de tous les Antillais, l'antillanité ou la créolité considérés comme concepts inadéquats en ce qu'elles ne maîtrisent pas les problèmes de l'heure, et, enfin, la créolitude posée comme terme venant corriger les insuffISances de sesprédécesseurs, appellent la même problématique suscitée par la mandialisation des réalités écanomiques et culturelles despays du Sud.

13

L'enjeu réside comme le souligne Jonas Daniel Rano dans le rapport des forces et des équilibres à rétablir entre le macro et le micro. En cela ce livre me paraît promoteur. Qu'il remplisse le rôk que le lecteur attend de lui.
Georges Ngal

14

Avant-propos
Quand on parle d'un juif, si tu es un Nègre, écoute: on parle de toi!

Les nègres seraient-ils

en retard d'une école?

La bonne critique devrait servir le tout-monde. La seule querelle qui vaille pour le nègre serait-elle justement ce que désignait Léopold Sédar-Senghor : L'émotionest nègre comme la raison est hellène ou devrait-elle s'affirmer autrement? Souffrez cette question.

.,

.

l'humilité force à la prospective, perfectible.Triomphante.Laseule voie qui conduise à la sagesse, par conséquent, à la vraie connaissance. Car de dieu nègre, je ne connais que le Christ! Puisque les initiésl'appellent l'Agneau. Souvent, il m'arrive de penser aux événements de mai soixantehuit, car en France rien ne va plus - enfin, presque - au regard de la détestable image que projettent, chaque jour, nombre d'arrivistes aigris, qui privés de la griserie du pouvoir pour certains, qui n'en ayant pas goûté pour les autres, déploient un acharnement à cultiver des idéologies racistes.Plus j'y pense, plus je suis persuadé qu'il faudrait une nouvelle Renaissance dans notre pays des Droits de l'homme; pour, aux portes du troisième millénaire,tout remettre sur les rails de la toléranceet du partage. Au regard d'une France trop souvent paralysée par d'innombrables antagonismes, constatez les interdits et mécontentements des minorités en raison de leur niveau de vie devenu insupportable ou simplement de leurs spécificités. Ségrégation! Mais encore, voyez ceux qui abusent de ces situations au détriment de l'équilibresocial, culturel et économique de notre beau pays, créant malgré eux - beaucoup en sont conscients-, un fossé désormaisirrécusable entre les classes sociales. Observez surtout les personnalités publiques qui remettent en cause les sacro-saintspouvoirs du pré17

sident de la République. Constatez encore. Ces élus du peuple incapables de monter au créneau de l'avancée des peuples quand il s'agit de défendre les spécificités des originaires des départements et territoires d'outre-mer. Des anciennes colonies françaises. Où sont donc séquestrés les Antillais et Afro-français talentueux, capables de tenir un langage similaire à celui des ténors de l'arène politique actuelle? Les Nègres seraient-ils en retard d'une École? Pourtant, j'ai compté des Nègres illustres, et bien d'autres nègres. Salomon, Ménélik, Martin Luther King, Félix HouphouetBoigny, Gaston Monnerville, Léopold Sédar-Senghor, Lamine Diop, Ousmane Socé, Aimé Césaire, d'autres encore qui, avec de modestes moyens, ont posé une œuvre titanesque, ont défriché la sente à suivre. Et les centraliens, les normaliens, et tous ceux qui sont issus de grandes écoles, auraient-ils peur de la chose. politique pour " ne pas oser sortir leur tête de la mêlée? Les voies royales qui mènent aux. affaires» doivent leur être barrées à jamais. Sinon. Sinon... il y a bien ségrégation quelque part. Comme dit Louis Sala Molins, professeur de philosophie politique à l'université de Paris I, . Le noir n'a rien à dire dans la rnérnDirecollective de l'humanité., disséquant le Code Noir de Colbert (mars 1683). Me pardonnerez-vous mon impertinence, vous accommodant de la hardiesse de mon propos, je vous dirai que le monde appartient à celui qui tient debout. À cette question prospective posée, en faveur de la communauté à laquelle je suis fier d'appartenir, aux présidents Mitterrand et Chirac, au tout début de l'année 1994 : Aux fins de mieux véhiculer la culture française dans les pays voisins des départements et territoires d'outre-mer, et partageant avec eux les mêmes cultures, la France ne serait-elle pas mieux inspirée en utilisant les compétences des élus issus de ces régions d'outremer? ., j'attends toujours une réponse. Pourtant Jacques Chirac ne disait-ilpas, en avril 1986que" Sans lesoriginairesde l'outre-rrwr, la France ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. ?

.

Mais, me direz-vous, la vie exige toutes sortes de déchirures qu'il nous devient aujourd'hui impossible de nous en préserver, 18

quelque part, indépendamment de toute référence au statut social de l'individu. Ce n'est pas tant la présence de ce mal: la xénophobie sociale, qui me fait peur, mais son degré de propagation. Peur
d'être anesthésié par le quotidien. L'habituel. Le coutumier. Exacte-

ment comme la maladie, exactement comme la pauvreté, qui sont aussi des déchirures. Il nous faut donc, le moins possible, admettre que c'est normal. Je ne suis pas un harangueur d'assemblée. Ma pensée désigne le chemin de la lutte pour le respect de l'autre, interpellantde facto nos. brillants. faiseurs de loi. Car j'ail'impression de voir flamboyer les drapeaux de la honte et danser des ombres terrifiantessur
nos nécropoles glorieuses. Y sont enterrés des Juifs, des Africains, des Antillais et d'autres martyrs de l'histoire des hommes. L'on dit: La tombe du soldat inconnu ". Quand on parIe d'un juif, si tu es un Nègre, écoute: on parle de toi! Voici plus de trente années que Cheikh Anta Diop écrivit: On saisit le danger qu'il y a de s'instruire de notre passé, de notre socié-

.

.

té, de notre pensée, sans esprit critique ". En me rappelant ces quelques lignes de l'auteur africain, tiré de son ouvrage Nations nègres et cultures, me sont venues à l'esprit les dernières déclarations savammenthuppées de quelques leaders politiquesparmi lesquels je ne compte pas, malheureusement,d'Antillais.Trop frileux? Encore une fois de trop. Il ne s'agit pas, dans cet ouvrage, de mettre de l'huile sur le feu ou d'inciter quelque débat sur la place publique, il me plaît de répondre modestementà l'interrogation, non satisfaite, de nombreux Antillaiset Africains.Simplement.Car nos amis du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Togo, du Burkina Faso, du Tchad, du Cameroun, et bien d'autres pays encore, affirment qu'. Ilsnousprennent pour des cons... ", Il faut dire qu'en dépit des trente-cinq années d'indépendance, l'Afrique ne s'est pas relevée de la colonisation brute d'avant. De surcroît, elle n'arrive pas à se défaire de la tutelle coloniale d'aujourd'hui exercée par les pays industrialiséessous des formes véritablement subtiles. Une situation qui, cultivée, sous-tend des

. politiques

africaines

",

Ces pré-carrés subtils qui desservent les

19

intérêts des peuples minoritairestout en privilégiantle pouvoir de leurs hommes-pailles.Et commeme disait un ministreafricainchar-

gé de la culturerencontréau Mali: « Dis-moi, pourquoi cherche-ton à sejustifwr lorsqu'ona la consciencetranquüle? ". Élémentaire.
« En fait, la droite française, devenue radicale, a presque rejoint l'extrêm£ droite sur le terrain de la xénophobie, va plus /Qin que le Front National sur certains aspects, en usant de principes jWus mais dont les conséquences deviennent davantage déstabilisatrices. Conséquence: Le Front national, de facto, n'a plus droit de cité. Le dialogue démocratique est inexistant. Les communistes sont pour la plupart des hypocrites qui veulent le beurre et l'argent du beurre. La Gauche française quant à elle participe également de cet esprit en taisant certains maux profondément purulents de la société ". Que répondre à ce responsable politique qui avoue être un ami de Jacques Delors? Un ministre béninois me confiait: «La France se targue d'être la patriE des Droits de l'homme. Mais les Droits de l'homme, c'est pour qui? Aucune structure n'est vraiment mise en place en France pour permettre à l'Antillais, qui pourtant a versé son sang pour la France, de s'installer dans une quiétude propre à une intégration intelligente, et encore moins en faveur de l'Africain qui, lui, vient d'anciennes colonies (AOF), qu'il s'agisse du Sénégal, de son voisin le Mali, du Cameroun, sans parler de mon pays qui a seroi de plaque tournante au marché des esclaves de jadis. La France est redevable de beaucoup à nos pays à cause justement de la colonisation ..

Vraiment, manifesteren faveur des Droitsde l'homme,c'est bien. Balayer devant sa porte est encore mieux! Fort de ces points de vue, j'interpelle le Président Jacques Chirac, s'il est sincère, qu'il sache insister pour que les pays industrialisés annulent la dette du Tiers-monde que beaucoup d'entre eux ont pillé. Car une telle décision ferait date et démontrerait aux pays du Tiers-monde, justement, que la volonté des dirigeants des pays industrialisés est bien sûr de permettre que l'Afrique s'en sorte. Mais est-ce réalisable, lorsqu'on connaît les richesses du sous-sol africain? Certes, les richesses sont comptables à l'échelle d'un seul pays, mais cela représente une mine inexploitée, une richesse

20

garantie pour l'avenir, quand on regroupe certaines régions d'Afrique.L'on ne peut donc pas écarter l'attitude démagogique de certains hommes politiques à l'égard de l'Afrique.. Pourquoi donc avoir mis au pilon le livre de Jean Bedel Bocassa? ., m'ainterpellé un avocat centrafricain,et que Giscard sortant un nouveau livre à grands cris médiatiques, l'on puisse dire: . Le Giscard nouveau est arrivé.. Surprenant non? Il est vrai que la jouissance du pouvoir en France et les privilèges qu'ils procurent poussent nombre de nos hommes politiques à ne plus savoir que faire, quoi dire pour prendre des voix à leurs adversaires,quelquefois à leurs propres amis. Alors, l'Afrique est-elle toujours immature pour gérer ses propres intérêts? Et cela expliquerait-illa cour assidue. que font certains hommes politiques aux dirigeants les plus influents du

.

vieux continent?

Ma crainte qu'il existeraitune ségrégationintellectuelleen France se justifie au vu des deux dernières décennies.LesAfro-Antillais se trouvent pris en otage malgré eux. Depuis 1968,aucun homme politique antillaisou africain-français s'est illustrévéritablement, ne en France, excepté l'immense Gaston Monnervillequi a marqué de son empreinte la cinquième République française, d'une manière particulière, mais essentielle aux côtés du général De Gaulle. Cependant, des faire-valoiront brillé par leur absence dans les trois derniers gouvernements. Ma crainte se manifeste donc à travers l'urgence d'une prise de consdence véritable qui ne résoudra pas par un quelconque verbalisme les actes racistes, les résurgences, le racisme, les comportements racistes anti-noirs. Autant de manifestations négatives qui remettent fortement en cause, naturellement, les acquis actuels et sociaux, dans la mesure où cette atmosphère nauséabonde réactualise les conditions dans lesquelles le mouvement de la négritude avait vu le jour. Parce que le mouvement Négritudeétait né en pleine période coloniale, en pleine période raciste où l'ancien colonisateur avait parfait son œuvre, au point que les noirs eux-mêmes avaient intériorisé un complexe d'inférioritécontre lequel il s'agissait de se battre. N'est-ce-pas ?

21

Les Antillaiset les Africainsse doivent d'être conscients qu'ils sont concernés: que les noirs doivent de plus en plus s'autogérer pour que demain les rapports de forces deviennent un enjeu, un équilibre,et qu'enfin, les Créoleset les Noirssachent se dévêtir de leurs« habits» d'excuses, en repoussant par leurs compétences les velléitésxénophobes et tout endoctrinement émanant des politicocupido-stupido-frères dont les objectifs poursuivis ne sont point ceux d'humanistesuniversels,mais ceux d'ambitieux à qui la chance ne sourit, en définitive,qu'une seule et unique fois.
.

Pourcombattrecela,nous devonsdire haut et fort notreunité.

Parce que, je ne peux que constater que les indépendances ne sont pas toujours nécessairementdans des lieux, à des jours de rêves; je ne peux, sans trop vouloir mettre ce constat en relief, dire concernant l'autoritarisme, que j'apprécie - comme beaucoup d'autres - le contraire.

22

Chapitre I
Des origines, on n'en a pas forcément qu'une seule, une seule pensée obsède mon esprit: comprendre!

Comme une déchirure.

Xavier de Plaisance, maître de conférences, vient de divorcer. Pour lui, c'est une sorte d'indépendance. De liberté? La quarantaine, les cheveux grisonnant par endroits, un profil grec, une stature longiligne et des vêtements coupés sur mesure, lui donnent fière allure j sans oublier sa prestance naturelle qui ne laisse personne indifférent.Il est beau cet homme noir venu des Antilles.Il est noir, oui ! Mais de peau seulement. Est-ce là un crime, un délit? Où serait-ceune différence? Une simple différenceque l'homme, vous et moi, se doit de comprendre. Combienmême nous ne voudrions pas l'accepter, l'avenir que nul ne peut écarter nous obligera à la sagesse? Alors seulement les différencesseront vraisemblablement et indiciblement les nuances qui animaient la Culture collective. Maispour l'instant la réalité mondiale est au nationalismeintéressé, visant la Nation-partie. Ségrégationtout court! Et pour Xavier de Plaisance qui souffre les affres du divorce malgré lui, en sa tête devenue douloureuse, des interrogationsse bousculent. Des affirmations aussi.

Xavier de Plaisance est mon ami. Et ma mémoire est fidèle. 1968. Nous poursuivions alors nos études à Poitiers. De cette époque nous ne parlons presque jamais, excepté lorsque nos propres occupations intellectuellesnous obligent à une rétrospective. Xavier a rapidement progressé dans la vie, il a à présent une notoriété bien assise. Souvent,nous nous retrouvonspour déjeuner ou dîner. Souvent,pour de précieuses folies.Depuis qu'il a divorcé d'avec sa femme, il a un peu changé. Il est devenu quelque peu renfermé, taciturne. Mais cela ne me dérange pas, l'amitié est un 25

privilège qui élève l'esprit.Seulement,j'avaisl'impressionque plus il gagnait en notoriété plus il m'obligeaitau respect, ce qui renforçait parallèlementnotre amitié. En m'appliquant à l'écriture de .cet ouvrage, je restai convaincu que ma seule motivation était de magnifierson œuvre, sa vie, son amour pour notre pays. Comme mon cœur bat dans cet esprit-là,de patriotisme,je laisse courir ma plume sans effort pour ne pas contrarier son indéfectible édification. J'aime beaucoup la France mais encore plus mon pays. C'est qu'il existe dans la vie toutes sortes de déchirures qu'il nous devient aujourd'hui impossible de nous en préserver totalement, indépendamment de toute référence au statut social de l'individu. C'est cette situation qui fait peur à Xavier.Maispas tout à fait dans l'esprit où l'on risque de la comprendre. Ce n'est pas exactement la présence effective d'un mal comme telle sensation d'impuissance qui lui fait peur mais, la quantificationd'une profonde frustration. C'est cette agressivitéd'une certainesodété tournée vers les démunis, son degré de propagation, son impossible limite qui lui fait mal. Il a peur que le quotidien ne soit une sorte d'anesthésie pour lui. L'habituel.Lecoutumier.Exactementcomme la maladie,exactement comme la pauvreté, qui sont aussi des déchirures quelque part. Il faut admettre le moins possible que c'est normal. Voilà pourquoi un Non résonne à tout rompre dans sa tête comme un effet d'infini, comme un immense tintamarre. Un long râle. Un désespoir. La réalité est là, criarde, comme un engin de torture. L'onexcave son cœur. C'estainsi qu'il s'entend crier: Non à la solitude! Ce cœur triste... Non aux vibrationsplates de l'âme! Cetteâme vidée... Non à la destruction de la vie suffisammentexigeante en tant que telle! Cettevie déjà tant dénaturée... Arc-bouté contre sa chaire, le buste guerrier, les yeux fusil, Xavierde Plaisancen'est certes pas un harangueur.Commece politique, vous savez, arborant sur le côté gauche de sa veste un quelconque emblème de parti. Qui a dit avoir vu un bateau voguer sur 26

une mer qui lui chantait: « flotte et ne sombre pas ". Pas vous ! Alors vous avez rencontré dans un jardin, Marianne, la courtisane de l'homme à la rose. Non, ce n'est pas ça ! Bien, c'est dites-moi: sur le tard, Léo dans l'eau barbotant et ne sachant quelle rive choisir, à cause du coup de Barre qui, toujours, l'alourdit. «Mais je vous dis, c'est leur destin. Et, e'en est assez de leur désir", clame-t-il.

n

Son langage acéré, fine lame des plus fines lames, fait son œuvre, manifeste des vérités comme mille coups d'épée dans nos
cervelles cotonneuses.

Voilàbientôt deux heures que Xavier de Plaisance infatigable, insatiable, dit ce qu'il pense, ce qu'il sait, ce qu'il croit des valeurs et pseudo-valeurs qui régissent notre société. Il est aussi écrivain. Son nouveau livre jouit d'un succès inattendu. Et c'est la raison pour laquelle les organisateurs du dernier congrès des écrivains francophones de Strasbourgl'ont invité. Alors, Xavier,qui perché sur sa chaire trouve dans l'esprit de cette démarche une opportunité historique, n'a d'autre but que de faire passer son « message ". Il désire être entendu de tous, bien
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qu'il sache la chose délicate. D'ailleurs, n'est-il pas en train de dire : Non !je n'appartiens pasà une famille d'autruches. Ma conviction est plus forte que votre indifférence! ". Et soudain, résonnant comme mille tambours dans la salle, sa voix s'habille d'une nouvelle dimension. Elle est chaude, familière, excitante, porteuse d'espoir. Elle désigne le chemin de la lutte pour le respect de l'autre. La culture de l'autre. Plus un bruit ne vient troubler l'homme gigantesque de convictions. La scène même semble honorer l'irrésistible. Le temps d'un éclair, j'ai l'impression de voir flamboyer des drapeaux de la honte, des flammes danser sur les nécropoles glorieuses où des Juifs, des Américains, des Antillais et d'autres martyrs de l'histoire des hommes disent l'Histoire à leur manière. L'on dit. La tombe du soldat inconnu". Comme dit avec force d'ailleurs Louis Sala-Molins, professeur de philosophie politique à l'Université de Paris I : . Le Noir n'a rien à dire dans la mémoire collective de l'humanité. Comme n'ont rien à dire dans le récit nécessairement glorieux de l'histoire de la civilisa-

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