Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 35,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Croissance africaine : y croire et s'impatienter

De
568 pages
Voici explorées les grandes thématiques qui façonnent la croissance et le développement du continent africain : ses richesses - démographiques, naturelles, agricoles et minières - ; ses faiblesses - infrastructures de transport, accès à l'eau et à l'énergie, système financier, éducation, formation ; les atouts et promesses de ses échanges commerciaux - avec le reste du monde et intra-africains.
Voir plus Voir moins

00555_couv.indd 1 n° 00555, pel. BR., format : 155x240, dos=32.7 mm 23/06/2014 14:42:33








Croissance africaine :
y croire et s’impatienterChristine HEURAUX





Croissance africaine :
y croire et s’impatienter

*

15 clés pour comprendre les défis du continent




Préface d’Abdou DIOUF














L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03840-7
EAN : 9782343038407 PRÉFACE

Par Abdou DIOUF

Voici le troisième livre que Mme HEURAUX consacre à l’Afrique. Mais
cette fois, elle quitte son domaine de prédilection, l’électricité et les pré-
requis en vue d’un meilleur accès de l’Afrique à des formes modernes
d’énergie, et prend de la hauteur pour s’attacher à une approche à la fois
locale et globale des problèmes.

Elle a en effet été frappée par ce constat : nous vivons une période où la
mode de l’afro-optimisme a remplacé celle de l’afropessimisme. C’est
devenu un lieu commun que de proclamer que l’Afrique, avec ses richesses
naturelles et sa population jeune et de plus en plus nombreuse, est l’avenir de
la Francophonie, de l’Europe et de l’Humanité.

Et il y a du vrai dans ce constat. En dépit des drames toujours présents, des
conflits qui renaissent de leurs cendres et d’antagonismes nouveaux souvent
aggravés par des influences extérieures, l’Afrique est entrée en mouvement :
elle affiche des taux de croissance qui font bien des envieux, elle s’approprie
de nouvelles technologies, elle expérimente des formes inédites
d’organisation sociale, nées de la rencontre entre ses traditions et une
mondialisation effrénée.

Mais de même que l’afropessimisme faisait litière de tous les éléments qui
montraient surtout que le temps de l’Afrique n’était pas celui de la Banque
mondiale et des plans d’affaires à trois ans et que le développement était une
longue patience, l’afro-optimisme considère comme résolues des questions
fondamentales, et sans importance les conditions d’un développement
durable et partagé, du moment que les financements sont là.

Or, si le diagnostic sur les conditions d’émergence de l’Afrique est
désormais largement validé, les réponses pratiques se font toujours attendre.
Au moment où se déploient de façon accélérée des chaînes de
valeurs mondiales et régionales et des chaînes d’approvisionnement
spécifiques, au moment où intervenants et réseaux se multiplient dans les
couloirs des institutions et des dirigeants africains, les grands goulots
d’étranglement restent en place : insuffisance des infrastructures en matière
d’énergie et de transport ; faiblesse des systèmes de formation générale et
professionnelle ; absence de diversification et focalisation des
investissements directs extérieurs sur les matières premières non ou
faiblement transformées ; difficultés de gouvernance liées à l’insuffisance de
5 personnels à la fois compétents et respectueux d’un Etat de droit et de
l’égalité des citoyens devant la loi…

Alors que la demande est là, de plus en plus pressante, de la part de
populations en voie d’urbanisation rapide, chaque jour un peu plus et un
peu mieux connectées au reste du monde, en particulier aux pays émergents
d’Asie et d’Amérique, alors que le monde regorge de capacités financières
en quête de placements rentables, alors que le NEPAD, la CEA et d’autres
institutions ont publié les plans d’équipement possibles et explicité l’éventail
des priorités, l’évolution reste lente, trop lente au regard du rythme du reste
du monde, de la pression démographique et de la montée des nouveaux
problèmes : changement climatique, transition énergétique, stabilité
financière ou économie du savoir.

Dès son premier ouvrage, Mme HEURAUX avait traité de ces questions,
sous l’angle particulier de l’énergie. Son nouveau livre se veut un outil de
travail et de formation plus encore qu’un outil d’information. Il apporte donc
une connaissance de tous les éléments qui entrent en jeu dans la recherche de
solutions pour l’Afrique, aussi fine et précise que le permettent les sources
disponibles, nombreuses, mais parfois contradictoires. Traitant sous forme
de fiches homogènes les différents aspects de l’économie, depuis la
démographie jusqu’aux échanges intra-africains, en passant par les matières
premières, le tourisme ou la formation, ce livre vise à ne rien laisser dans
l’ombre et à donner d’abord aux décideurs et aux experts qui les entourent,
ensuite aux acteurs du développement et aux citoyens, africains ou non, les
bases d’une réflexion économique libérée des clichés et des simplifications
commodes.

Une des richesses de l’Afrique, c’est sa complexité – celle qui résulte des
interactions entre une diversité de milieux naturels aux contrastes forts, une
variété des ressources minières, hydrauliques, climatiques, végétales et
animales, une multiplicité de langues et de cultures et des héritages
coloniaux, juridiques et politiques différents. Plus l’Afrique sera consciente
de cette complexité, plus elle en connaîtra les facettes et les détails, plus elle
sera en mesure de prendre une place originale et spécifique dans le monde
actuel – un monde qui apparaît à la fois comme inéluctablement fini et
comme irrésistiblement entraîné dans des mutations majeures.

Le livre de Mme HEURAUX est un hommage à cette complexité et un effort
raisonné pour en donner les clefs. En adoptant une présentation par thème et
non par pays, comme l’ont fait certains illustres prédécesseurs également
passionnés par l’émergence de l’Afrique, elle évite l’écueil de la
fragmentation et des excès d’optimisme ou de pessimisme que celle-ci
entraîne, pour donner à voir l’Afrique dans sa globalité.
6
Restant ainsi dans le fil de ses ouvrages précédents, Mme HEURAUX
élargit une première vision centrée sur la question de l’énergie à l’ensemble
des problèmes du continent : elle propose une approche synthétique des
questions qui dominent la réflexion sur le développement de l’Afrique. Ce
faisant, elle permet d’accéder à une conscience plus claire des espoirs
admissibles, des obstacles persistants et des calendriers raisonnables.

Et après s’être attachée à chercher comment le déploiement de l‘électricité
pouvait changer la vie des Africains depuis la plus vaste métropole jusqu’à
la plus petite des cases communautaires, elle révèle quelles sont toutes les
forces à l’œuvre dans le changement en cours et de quelle façon elles
peuvent améliorer ou aggraver la situation de populations qui restent parmi
les plus pauvres et les plus vulnérables du monde. Elle demeure par là fidèle
à son intuition selon laquelle le succès des projets, des plus grands aux plus
modestes, résulte de choix et d’ambitions ayant su prendre en compte à la
fois les capacités de chacun et les contraintes de tous.




Abdou DIOUF
Secrétaire général de la Francophonie
7 REMERCIEMENTS

Ce livre n’aurait pas vu le jour sans les encouragements et le concours
de nombreux contributeurs qui, à des titres divers, ont accepté le
corriger, de le compléter et de le mettre en forme pour le rendre à la
fois pertinent et attrayant. Je leur suis particulièrement redevable et
reconnaissante de leurs conseils, de leur expertise, de leur contribution
à l’élaboration de certains témoignages et de leur patiente relecture
des textes qu’ils ont bien voulu préciser ou enrichir.
Qu’ils soient ici sincèrement remerciés d’avoir pris de leur temps,
souvent précieux, pour l’aide qu’ils m’ont apportée et qui signe un
ouvrage collectif.

 POUR LA MISE EN FORME, LA REALISATION DES
11CARTES ET DE NOMBREUSES ILLUSTRATIONS
Lucie SALABERT.

 POUR LES RECHERCHES ET APPORTS
DOCUMENTAIRES ET BIBLIOGRAPHIQUES
Stéphane ANDRIEUX – Timothé ANGERS – Antoine DAUBET –
Serigne DIOME – Erica GERRETS – Zineb El GHARBI – Fidel
GOMIS – Julie HAZEBROUCQ – Sylvain HERCBERG – Julien
LEFILLEUR – Elodie PIQUET – Monali RANADE – Jean-Louis
SALASC – Didier Abel TELLA.

 POUR LEURS RELECTURES, CONSEILS ET
INFORMATIONS
François AILLERET – Anthony BOUTHELIER – Michel
COURCELLE – Jean-René CUZON – Nathalie DELAPALME –
Abdou DIOP – Jean-Pierre GUERY – Alain LABEAU – Patrick
MARTEL – Julia NIETSCH – Sergueï OUATTARA – Gilles PISON
– Roland PORTELLA – Michel ROUSSIN – Seydou SOGOBA –
Catherine VEGLIO – Suyan ZHOU – Lionel ZINSOU.

 POUR LEUR CONTRIBUTION REDACTIONNELLE
Thierry BARBOTTE – Anthony BOUTHELIER – Alix CAMUS –
Jérémy DEBREU – Etienne DECHERF – Michel GARNIER – John
O. IGUE – Jean-Jacques LANDROT – Christophe LEGER – Alain
MASCART – Thierry TENE – Djibril SEMEGA.

1 Hors cartes en copyright.
9
 POUR LEUR AUTORISATION DE REPRODUCTION DE
TEXTE OU D’ILLUSTRATION
Mehdi AMRANI – Thierry APOTEKER – Marie-Roberte BÉDÉS –
Jeanny LORGEOUX.
10 INTRODUCTION

D’aucuns pensent que le XXIème siècle sera celui de l’Afrique.
Au vu de sa croissance économique durant sa première décennie, leur point
de vue se justifie ; il est corroboré par la projection démographique selon
laquelle en 2050, un habitant sur quatre de notre planète sera africain ; si l’on
y ajoute les immenses réserves en ressources énergétiques, minières,
naturelles et agricoles qui nourrissent déjà largement la croissance des pays
émergents – au premier rang desquels la Chine – et dans lesquelles
l’économie mondiale continuera nécessairement à puiser, l’affaire semble
entendue.
Pourtant cette vision d’une Afrique « locomotive » du monde est encore loin
de faire l’unanimité. Au-delà des conflits et autres soubresauts politiques qui
agitent sporadiquement le continent ici ou là, trop de « pannes », de retards
et de défaillances affectent encore des secteurs essentiels pour lui permettre
d’endosser un statut de leader : infrastructures, climat des affaires,
autosuffisance alimentaire, santé, formation restent trop souvent déficients
ou fragiles.
Donné pour perdu dans les années 80-90, le continent fascine de nouveau. Il
intrigue aussi.
Car les situations les plus extrêmes se côtoient, les contrastes coexistent, les
progrès tantôt s’accélèrent, tantôt se figent, brouillant la vision d’un
continent qui finalement nous échappe pour disparaître derrière des clichés
ou des diagnostics parfois réducteurs.
Les nombreuses études, enquêtes et autres rapports, généraux ou sectoriels,
qui auscultent régulièrement les multiples facettes de ses 54 pays – 49 pour
la partie subsaharienne – traduisent la richesse des analyses, mais ce
foisonnement ne fait qu’ajouter à la complexité de la perception. Et empêche
parfois une vision d’ensemble qui donnerait de la cohérence à ces données
apparemment contradictoires.
On peut pourtant dégager cette vision d’ensemble à partir d’une approche en
trois dimensions. La première dimension consiste à décrire les insolentes et
magnifiques ressources – humaines, naturelles, minières…– dont l’Afrique
11 est dotée. La seconde consiste à présenter les conditions nécessaires à la
transformation de cet extraordinaire potentiel, encore insuffisamment
valorisé, en croissance et développement (social, économique et
environnemental) durables : ces conditions sont d’abord matérielles, avec le
rattrapage du retard dans les infrastructures ; elles sont aussi immatérielles à
travers le développement des compétences ; elles croisent enfin du matériel
et de l’immatériel à travers les flux financiers et la diversification des
activités, notamment l’industrialisation. La troisième dimension consiste à
observer le continent dans le flux désormais mondialisé des échanges,
processus déjà bien engagé mais qui ne doit pas oublier de passer… par
l’Afrique elle-même.
A partir de ces trois perspectives, on se prend à « visiter » les principales
facettes qui forgent la réalité de tout un continent. D’où l’idée de composer
et d’illustrer un itinéraire simplifié à travers une présentation
synthétique et nuancée de l’économie africaine. Chaque mot mérite
précision car il porte le sens de cet ouvrage :
 « Itinéraire », parce que ce livre se conçoit d’abord comme un
cheminement et propose, au gré des « paysages » abordés –
géographiques autant que thématiques –, des points de repère grâce
auxquels une cohérence finit pas se faire jour ; ainsi se dessinent des
« fils rouges » récurrents qui fournissent autant de clés utiles pour
accéder à une vision et une compréhension de l’ensemble ;
 « Illustrer » : « un bon schéma vaut mieux qu’un long discours » –
la formule ne saurait mieux définir l’objectif qui est visé ici : rendre
immédiatement compréhensibles et mettre en perspective par le biais
de cartes, diagrammes, schémas et tableaux, les informations
essentielles qui éclaireront même le plus pressé des lecteurs ;
 « Simplifié » ne vaut pas pour simpliste mais pour accessible,
d’abord par le nombre des thèmes traités – limités aux grandes
rubriques de la vie économique et des facteurs qui la portent –, mais
surtout par leur présentation généraliste et leur décryptage non
technique. Muni de ces clés de compréhension, le lecteur curieux
aura ensuite toute latitude pour les tester et les approfondir à partir
d’ouvrages spécialisés ;
12  « Synthétique » vaut pour l’analyse des situations qui est au cœur
du propos et doit aider à décrypter les données brutes ; autrement dit,
il s’agit de mettre à la portée du plus grand nombre et sous forme
condensée les principales analyses qui décrivent l’Afrique, ses défis
et ses enjeux ;
 « Nuancée » s’impose quand il s’agit d’aborder un continent où
aucun pays ne ressemble à ses voisins et où les différences ont tôt
fait de questionner les ressemblances ;
 Le champ retenu est celui de « l’économie », dans une acception
toutefois suffisamment large et macro-économique pour présenter
les principales composantes qui concourent au développement des
pays. Les situations politiques ne sont pas traitées en tant que telles
mais évoquées dans leur rôle-clé au regard du développement ;
 « Africaine » vaudra tout au long de ce livre pour
« subsaharienne », tout en prenant soin d’inclure l’Afrique du Nord
dans le propos ou de s’y référer chaque fois que cette mise en
2perspective fera sens .
Tout en se voulant précis, une mise en garde s’impose d’emblée : le manque
de statistiques, l’absence de données actualisées, la fiabilité relative de
certaines informations, obligent à les traiter avec prudence et humilité.
D’autant que l’Afrique est un continent qui évolue rapidement dans une
économie mondiale tout aussi mouvante.
A qui s’adresse cet ouvrage ?
Il est conçu pour une large palette de lecteurs, spécialistes ou non de
l’Afrique.
Pour le grand public, il devrait constituer une introduction accessible et
documentée à l’Afrique avant de se lancer dans des ouvrages plus
spécialisés.

2 La mention « Afrique subsaharienne » inclut l’Afrique du Sud, sauf mention contraire ; elle
inclut également le Soudan et le Soudan du Sud.

13 Pour les entrepreneurs et professionnels du secteur économique et
industriel, il dégagera des tendances, apportera un complément
d’informations et des mises en perspective utiles à leur action.
Aux décideurs politiques, institutionnels et financiers, il livrera à la fois
un recueil pratique et condensé de chiffres et données, et une synthèse des
principales analyses utiles à leur réflexion.
Aux étudiants, il fournira une base documentaire riche et variée, tout en les
incitant à approfondir le sujet.
Les relais d’opinion qui souhaitent compléter leurs bases de données
pourront les approfondir et les enrichir de nouvelles références sur des sujets
que l’actualité rend de plus en plus incontournables.
Dans un souci pratique, tous les chapitres suivent la même structure :
 des chiffres clés et données générales permettent d’entrer dans le
sujet de façon factuelle, descriptive, comparative, en donnant des
points de repère concrets, des ordres de grandeur qui sont chaque
fois que possible illustrés et cartographiés ;
 un décryptage livre ensuite le « dessous des cartes » de ces chiffres
et données et les replace dans leur contexte pour en apprécier le sens
et la portée ;
 une réflexion sur les enjeux et les défis liés à ces analyses est
ensuite proposée en guise d’ouverture et de mise en perspective plus
générale ;
 des encadrés et des gros plans apportent chaque fois que possible
des témoignages "du terrain" qui détaillent une expérience en
donnant une vision plus concrète des sujets et problématiques traités;
 des synopsis de données groupées en fin de chapitre complètent
chaque fois que possible, en les détaillant, les chiffres et
informations factuelles ;
 une bibliographie renvoie aux principaux sites Internet, articles et
ouvrages qui ont été utilisés, et auxquels le lecteur pourra se reporter
s’il souhaite approfondir ce qui n’a pu l’être dans le cadre de
l’ouvrage.
14 Reste à préciser ce que cet ouvrage n’est pas : il n’est ni exhaustif, ni
« définitif », ni surtout savant. Il ne soutient aucune thèse et ne prétend
donner aucune leçon ni apporter de solutions toutes faites aux faits décrits.
Ce qui n’exclut pas de délivrer quelques messages à travers les analyses
proposées.
Plus qu’une fin en soi, il espère avant tout être une introduction, une
invitation à aller plus loin dans l’exploration et la connaissance de ce
continent qui, pour avoir été le berceau de l’humanité, reste appelé à dessiner
une partie de son avenir.

15 SOMMAIRE

PRÉFACE .............................................................................................................. 5
INTRODUCTION ................................................................................................. 11
CHAPITRE 1 : QUELQUES POINTS DE REPERES .................................................... 19
L’AFRIQUE - CARTE D’IDENTITE GENERALE ......................................................... 21
CADRAGE MACROECONOMIQUE ....................................................................... 27

CHAPITRE 2 : UN POTENTIEL EXCEPTIONNEL A VALORISER ................................. 63
LA DEMOGRAPHIE ............................................................................................. 65
MINES ET MATIERES PREMIERES ........................................................................ 87
L’EAU .............................................................................................................. 111
AGRICULTURE141
LES FORÊTS ...................................................................................................... 183
LE TOURISME .................................................................................................. 205

CHAPITRE 3 : DES CONDITIONS PREALABLES A LA CREATION D’UN
DEVELOPPEMENT DURABLE ............................................................................. 223
L’ACCES A L’ENERGIE ....................................................................................... 227
LES TRANSPORTS : APERÇU GENERAL .............................................................. 263
LE TRANSPORT ROUTIER .................................................................................. 279
LESPORT FERROVIAIRE ........................................................................... 297
LE TRANSPORT AERIEN .................................................................................... 313
LESPORT MARITIME ............................................................................... 329
LES TIC............................................................................................................. 343
LE SYSTEME BANCAIRE ET FINANCIER .............................................................. 373
L’INDUSTRIALISATION ET LA DIVERSIFICATION ECONOMIQUE .......................... 407
EDUQUER ET FORMER : LES FONDEMENTS DE L’EMPLOI ET DU DEVELOPPEMENT
....................................................................................................................... 425

CHAPITRE 4 : LES OPPORTUNITES DE DEVELOPPEMENT ................................... 449
L’AFRIQUE DANS LES ECHANGES MONDIAUX ................................................... 451
L’AXE SUD-SUD : LES BRIC ET L’AFRIQUE .......................................................... 473
LA CHINE EN AFRIQUE ..................................................................................... 499
LES ECHANGES INTRA-AFRICAINS ..................................................................... 513

ABREVIATIONS ET SIGLES ................................................................................. 541
CARTES, TABLEAUX ET ILLUSTRATIONS ............................................................ 545
TABLE DES MATIERES ...................................................................................... 552


17 CHAPITRE 1
QUELQUES POINTS DE REPERES

Il est facile de se perdre en Afrique. Se perdre dans les
chiffres, pour autant que les statistiques et les bases de
données consentent à en fournir de fiables et actuels. Se
perdre entre clichés et réalité, les premiers ayant parfois la
vie dure, la seconde évoluant à toute allure ou trop
lentement, selon les pays et selon les secteurs considérés.
Avant d’aborder en détail les grands secteurs macro-
économiques, quelques points de repère s’imposent.



19
L’AFRIQUE - CARTE D’IDENTITE GENERALE

 LE PARADOXE

Si l’on a coutume de parler de l’Afrique comme d’une entité unique, à
l’instar de la Chine ou de l’Inde, les 54 pays qui la composent – 49 pour
l’Afrique subsaharienne – sont autant d’entités propres dont aucune ne
ressemble à l’autre, ni géo-physiquement, ni économiquement, ni
culturellement, ni politiquement.
 CHIFFRES ET DONNEES GENERALES

Superficies et autres ordres de grandeur
L’Afrique


Source : afriqueindex

Afrique : 30 millions de kilomètres carrés (km²) ; soit environ 22% des
terres émergées du globe.
21 Afrique subsaharienne : 24,2 millions de km² ; soit environ 18% des
terres émergées du globe.

Deuxième continent au monde par sa superficie après l’Asie (environ 44
2 2millions de km ) et avant l’Amérique du Nord (environ 24 millions de km ) ;
l’Afrique subsaharienne représente dix fois l’espace européen.
Les cinq pays qui composent l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Libye,
Maroc, Tunisie) représentent 19% de la superficie du continent.
Les cinq pays les plus vastes du continent (Algérie, RDC, Soudan, Libye,
Tchad) constituent 34% de la superficie totale du continent tandis que les
cinq plus petits (Gambie, Seychelles, Maurice, Comores, Cap-Vert) en
couvrent à peine 3%.
Périmètre côtier total : 30 490 km.
Distance la plus courte avec l’Europe (Maroc-Espagne) : 14,4 km.
2Superficie des déserts : 10 213 000 km , soit un tiers de la superficie totale
du continent ; les terres arides et semi-arides représentent 43% de la
couverture terrestre en Afrique.
Superficie des forêts : 23% de la superficie totale du continent et 28% de la
superficie de l’Afrique subsaharienne ; le bassin du Congo abrite la plus
grande forêt tropicale au monde après l’Amazonie et représente environ le
quart des forêts denses humides de la planète. Ce bassin forestier couvre 198
millions d’hectares – un territoire équivalent à près de quatre fois la France
métropolitaine – et s’étend sur six pays d’Afrique Centrale (Cameroun,
Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, RDC).
Point culminant : le Kilimandjaro, composé de trois volcans éteints dont
Kibo, le plus élevé, culmine à 5891,8 mètres avec le Pic Uhuru (Tanzanie).
Point le plus bas : le lac Assal (- 155 mètres) (Djibouti).
Fleuve le plus long : le Nil traverse 11 pays ; c’est le plus long fleuve au
monde (6718km).
Terres agricoles : 45% de la superficie totale de l’Afrique subsaharienne.
Terres arables : 27% du total mondial ; 60% des terres arables mondiales
non cultivées.
Grande Muraille Verte : lancé en 2005 par le Président du Nigeria, ce
projet vise à lutter contre la désertification, mais aussi contre la pauvreté, et à
revaloriser les régions dégradées du Sahel. Il consiste à créer une immense
22 bande forestière d’une quinzaine de kilomètres de large sur plus de 7 700
kilomètres d’ouest en est à travers le continent africain, de Dakar à Djibouti.
3Onze pays sont impliqués .
Les grandes régions économiques
Six grandes régions et 40 monnaies.
Les principales organisations régionales de l’Afrique
Tunisie
Maroc
Algérie
Sahara
Libye ÉgypteOccidental
Cap-Vert Mauritanie
Mali
NigerSénégal
Tchad ÉrythréeGambie Burkina Soudan
Djibouti
FasoGuinée-Bissau Guinée
Nigeria
Sierra Leone Ghana Somalie
ÉthiopieSud Côte Libéria R. Centrafricaine Soudand’Ivoire
Bénin CamerounTogo
Ouganda
Guinée Équatoriale
Congo Kenya
Gabon RDC
Sao Tomé-et-Principe
Rwanda
Légende BurundiTanzanie
Afrique du Nord : 5 pays Malawi
Angola
Afrique de l’Ouest : 16 pays Mozambique
Zambie
Afrique centrale : 10 pays Zimbabwe Madagascar
Namibie
Afrique de l ‘Est : 18 pays Botswana
Afrique australe : 5 pays
Swaziland
Afrique
Lesotho
du Sud

Source : INED - 2013
Un continent – Six grandes régions
Les pays subsahariens sont communément regroupés en six zones : le Golfe
de Guinée, le Sahélo-Soudan, le Centre, l’Est, le Sud et l’Océan Indien.







3 D’ouest en est : Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan,
Ethiopie, Erythrée, Djibouti.
23
Les six zones subsahariennes
(données pour 2011)

Golfe de Sahélo- Océan
Centre Est Sud
Guinée Soudan Indien
Angola -
Bénin - Burkina Faso -
Cameroun -
Côte Cap Vert - Botswana
République
d'Ivoire - Djibouti - Lesotho
centrafricaine
Ghana - Erythrée - Burundi Malawi
- Congo -
Guinée - Gambie - Mali Ethiopie Mozambique Comores
République
Guinée - Mauritanie - Kenya Namibie Madagascar
Pays Démocratique
Bissau - Niger - Ouganda Afrique du Maurice
du Congo -
Liberia - Sénégal - Rwanda Sud Seychelles
Guinée
Nigeria - Somalie - Tanzanie Swaziland
Equatoriale -
Sierra Soudan - Zambie
Gabon - Sao
Leone - Soudan Sud - Zimbabwe
Tomé-et-
Togo Tchad
Principe
Nombre de 9 13 8 6 9 4
pays
Dont 0 5 1 4 6 0
enclavé(s)
% des
surfaces
arables* par
37,8% 10,1% 17,3% 34,2% 11,5% 8,8%
rapport aux
terres
agricoles**
% des
surfaces
cultivées***
8,8% 9,9% 2,5% 6% 37,3% 1,6%
par rapport
aux terres
agricoles**
Densité de 93 13 18 63 23 34
population 31
(hab/km²) (Liberia)
Moyenne
16
(Guinée -
30 Quelques province 5 (Gabon) 40 2,4
3 (Mauritanie) (Madagascarexemples de Beyla) 172 (Sao (Tanzanie) (Namibie)
129 ) extrêmes
138 Tomé-et- 400 104
(Gambie) 446 (autres
(Nigeria) Principe) (Rwanda) (Malawi)
îles) 2 429
(Guinée -
ville de
Conakry)
Sources : Aquastat FAO, 2005 - FAOSTAT, UNCTAD, Banque mondiale, 2012-2013
Ces termes s’entendent selon les définitions de la FAO. On entend ainsi par
* Surfaces arables : les terres cultivées temporairement, à savoir cultures maraîchères,
jardins potagers, prairies artificielles et terrains en jachère inclus.
** Terres agricoles : les terres mises en culture, prairies et pâturages permanents.
*** Surfaces cultivées : les terres soumises à l’agriculture (pour au moins 30% de leurs
surfaces) ou à la production animale.

24
Quelques équivalences
Quatre en un : la superficie de l’Afrique équivaut à la somme des
superficies de la Chine, du Brésil, des Etats-Unis (hors Alaska) et des 28
Etats de l’Union européenne.
L’Afrique et ses équivalents pays en superficie



Source : Le Déméter 2014. Club DEMETER, 2013

25 Hommes et cultures
4Population (2012)
 de l’Afrique : 1,07 milliard d’habitants, soit 15% de la population
mondiale ;
 subsaharienne : 853 millions d’habitants, soit 11% de la
population mondiale.

Le pays le plus peuplé est le Nigeria (158 millions d’habitants en 2012) ; les
5Seychelles le moins peuplé (87 000 habitants) .
Nombre de langues officielles : 14
Nombre d’idiomes et de langues locales : environ 2000.
 POUR EN SAVOIR PLUS – SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

- The little Green Data Book – Banque mondiale – 2012
- www.afriqueindex.com

4 Voir le Chapitre sur La démographie.
5 Chiffres Banque mondiale – 2012.
26 CADRAGE MACROECONOMIQUE

 LE PARADOXE

Dotée d’une insolente richesse naturelle (mines, terres, biodiversité, …),
l’Afrique affiche encore 36 pays parmi les 46 plus pauvres de la planète et
reste le premier destinataire mondial de l’aide publique au développement.
Mais en 2012 elle compte aussi la moitié des 30 pays au monde à plus forte
croissance, et elle est la seule région à connaître une progression des
investissements directs étrangers. Le continent fut, au gré des fluctuations de
l’histoire, assimilé à une « faillite » générale, à un continent perdu
(« L’Afrique est mal partie ») – ou loué à l’unisson comme un nouveau pôle
de croissance (« L’Afrique est repartie »). Et si la vérité était entre les
deux ?
6 CHIFFRES ET DONNEES GENERALES

7 PIB et croissance
PIB par habitant au niveau mondial


Source : Banque mondiale

6 Sauf mention contraire, les montants sont donnés en dollar américain.
7 Source Banque mondiale.
27 L’économie africaine, et particulièrement subsaharienne, ne manque pas de
contrastes. Les chiffres clés du PIB en font l’illustration, même si l’on sait
toute la relativité avec laquelle il convient d’examiner cette mesure
insuffisamment nuancée et mal documentée de la richesse d’un pays ou
d’une région.
Avec 15% de la population de la planète, l’Afrique ne représente que
82,5% du PIB mondial – 1,8% pour l’Afrique subsaharienne . Les PIB de
l’Afrique du Sud et du Nigeria représentent à eux seuls plus de la moitié
(51,4%) du PIB de toute l’Afrique subsaharienne qui, avec 1097 milliards de
dollars, équivaut à celui de l’Australie et de ses 22 millions d’habitants, ou
au double de celui de la Suisse.
Encore faut-il noter les fortes disparités entre les PIB les plus élevés et les
9plus faibles .
En 2012 le PIB moyen par habitant subsaharien était de 946 dollars, bien
inférieur à ceux de l’Inde et de la Chine (respectivement 1509 et 5052
10dollars) ; le total du PIB par habitant des dix pays africains les plus riches
représente 25 fois celui de ses dix pays les plus pauvres.
Alors que la croissance mondiale stagne autour de 2,3% et que celle des pays
industrialisés est en panne, l’Afrique fait rêver avec une progression
moyenne de son taux de croissance du PIB de 5,15% pour la période 2003-
2012. Et plus encore avec une tendance qui devrait se maintenir au cours des
prochaines années. La variation du PIB de l’Afrique subsaharienne est
11prévue pour être supérieure à 5% par an d’ici 2015 .

8 Source UNCTAD Stat pour l’année 2012.
9 Voir le tableau sur quelques ordres de grandeur en rubrique Synopsis en fin de ce chapitre.
10 Et de 32 477 dollars pour la France. Source : Banque mondiale 2013.
11 Source : Banque mondiale 2013.

28 La croissance soutenue est tirée par l’Afrique subsaharienne

Sources : Banque africaine de développement - OCDE - PNUD

Des chiffres qu’il convient toutefois d’exploiter avec nuance, comme il se
doit pour toute moyenne : en 2012, 25 pays subsahariens ont connu une
croissance inférieure à 5% et les disparités sont réelles entre la croissance
négative de la Gambie (-3,9%) et l’avancée record de la Sierra Leone
(+18,2%).

De plus les courbes de croissance sont loin d’être linéaires pour tous les
pays et peuvent même être « chaotiques », sous l’influence notamment de
turbulences politiques (la Côte d’Ivoire est passée de 2,4% en 2010 à - 4,7%
en 2011 puis 9,8% en 2012 ; le Soudan s’enfonce régulièrement depuis trois
ans et atteint une croissance négative en 2012).
Comme le montre le diagramme ci-après, malgré une nette tendance à
l’amélioration la progression reste fluctuante d’année en année.
29
Évolution du nombre de pays d’Afrique subsaharienne, répartis en fonction de la
croissance du PIB
13
17 18
25
16
1418
7
9 5
10 4
42 6
211
1998-2007 2010 2011 2012
Négative 0-1,5% 1,6%-3% 3,1%-5% 5%Croissance du PIB :

Source : Banque mondiale – Juin 2013

D’où vient la croissance ?
Même inégale et contrastée, la croissance africaine est une réalité. On aurait
tort de n’y voir que le double résultat d’une augmentation des prix des
matières premières – dont le continent est largement exportateur – et d’une
diminution des prix des biens manufacturés – dont le continent est largement
importateur. Selon Lionel Zinsou, cette heureuse conjonction n’explique
12qu’un quart de la croissance observée .
Parmi les tendances positives, on notera que l’inflation et l’endettement, qui
ont si longtemps affecté les économies africaines avant d’être drastiquement
réduits à partir de la fin des années 1990, restent contenus : l’inflation
moyenne est à 8,4% ; le taux d’endettement subsaharien moyen en
pourcentage des exportations de biens, de services et de revenus est de
133,4% , le plus faible au monde. En dix ans la proportion de la dette de

12Lionel ZINSOU, « Africa’s exceptional growth », dans une interview de Clément JAO,
èmeAfrican Geopolitics n°48, 3 quadrimestre 2013.
13 Pour un montant de 149 milliards de dollars, soit à peine plus que l’Afrique du Nord et le
Moyen Orient (114 milliards de dollars), à comparer aux 205 milliards de dollars de l’Asie du
Sud (6,7%), aux 307 milliards de dollars de l’Asie de l’Est, aux 412 milliards de dollars des
pays d’Europe centrale et orientale et d’Asie Centrale, ou encore aux 460 milliards de dollars
de l’Amérique Latine. Source Banque mondiale – Chiffres 2010.
30 l’Afrique par rapport à son PIB a chuté de 125% à 25%, un ratio qui atteint
1490% dans les pays de l’eurozone . Le reste est lié à une amélioration globale
de la gouvernance, de l’éducation, à l’arrivée de nouvelles technologies de
communication et d’information, et à des flux accrus de financements
externes.
En effet, l’économie subsaharienne trouve aussi son « carburant » dans trois
sources essentielles de financements :
 les investissements directs étrangers (IDE),
 l’aide publique au développement (APD),
 les transferts d’argent des migrants et de la diaspora.

Là encore, leur poids relatif est très variable au sein de chacune des grandes
15régions économiques .


Investissements et ouverture des marchés
Signe encourageant : les investissements directs étrangers (IDE) ont bel et
bien retrouvé le chemin de l’Afrique avec plus de 56,5 milliards de dollars
16en 2013, dont près de 45,7 pour l’Afrique subsaharienne, soit 81% . La
part des IDE orientés vers l’Afrique a beau ne représenter encore que
173,7% des IDE mondiaux , elle est en augmentation régulière puisqu’ils
ont été multipliés par cinq entre 2000 et 2008 et ont encore augmenté de plus
de 16% en 2013 par rapport à 2012, faisant de l’Afrique la seule région au
18monde où les IDE progressent depuis 2011 . Leur montant se rapproche
désormais de celui de l’aide publique au développement.
L’aspect positif ne tient pas seulement à cette croissance, mais aussi à la
diversification des secteurs concernés. Certes, les industries extractives
(mines, carrières, pétrole) attiraient encore 46% des IDE vers l’Afrique en
2012, mais les investissements ne se portent plus exclusivement sur le
secteur des ressources primaires. Ils irriguent désormais aussi celui des
services financiers (en forte croissance sur la période 2007-2012 avec
+18,4%), des services aux entreprises (+22,2%), des télécommunications
(+32,2%), des transports, de l’alimentaire et du tabac (+26,7%), tandis que

14 Lionel ZINSOU, ibid.
15 Voir le tableau récapitulatif en rubrique Synopsis à la fin de ce chapitre.
16 Source : CNUCED (estimation).
17 Cette part est de 3% pour l’Afrique subsaharienne. Source UNCTAD Stat, 2011.
18 Sources : UNCTAD Stat, 2011 ; Banque mondiale, 2013.
31 les secteurs plus « traditionnels » ont reculé, comme le charbon, le pétrole et
19le gaz naturel (- 5,8%) ou l’hôtellerie et le tourisme (-14,1) .
En revanche, malgré leur progression soutenue, les IDE à destination de
l’Afrique ne bénéficient pas de façon égale à toutes les régions. Ils
augmentent vers l’Afrique centrale et orientale, diminuent vers l’Afrique
20australe et de l’Ouest .
De plus ils se concentrent depuis des années sur un nombre restreint de
21pays , 71% des montants investis allant vers une dizaine de pays au
total. Il est vrai que le profil de ces pays a sensiblement évolué depuis 2003
et ce ne sont plus les mêmes qui attirent le plus grand nombre de projets. En
2011-2012, si l’on retrouve toujours parmi les dix terres d’investissement
préférées des « poids lourds » comme l’Afrique du Sud, le Maroc, et
l’Egypte, le classement par nombre de nouveaux projets voit monter de
nouvelles stars comme le Nigeria, le Kenya qui détrônent les pays
d’Afrique du Nord tandis que le Ghana, la Tanzanie et le Mozambique se
22classent juste derrière eux .
Classement des cinq principaux pays africains récepteurs/émetteurs d’IDE 2011-
2012 (en milliards de dollars)

Sources : UNCTAD – Rapport 2013

Enfin, les émetteurs de ces investissements sont eux aussi en train
d’évoluer. Certes, le stock des IDE émane pour plus de 75% des pays
développés, la France tenant le premier rang parmi les investisseurs, devant

19 Source : fDi Markets, Ernst & Young Analysis, septembre 2013.
20: UNCTAD, World investment report 2013.
21 Le Nigeria, le Mozambique, l’Afrique du Sud et la RDC, par ordre décroissant des
montants investis, ont drainé à eux quatre près des deux tiers du total des IDE portés vers
l’Afrique en 2012 (source CNUCED, 2013).
22 Source : fDi Markets, Ernst & Young Analysis, septembre 2013.
32 23les Etats-Unis et le Royaume-Uni . Mais les pays développés ne sont plus
les seuls à porter leurs investissements en Afrique. Les pays émergents et
en développement ont fait leur apparition et commencent à occuper un
rang significatif. En 2011 Malaisie, Chine et Inde (par ordre d’importance
décroissant), apportaient un stock d’IDE équivalant à 15 milliards de dollars,
24suivis par le Brésil et la Turquie .
D’ailleurs les IDE ne s’orientent pas à sens unique vers l’Afrique, ils en sont
également issus, il est vrai pour une part infime puisqu’elle ne constitue que
1% des IDE mondiaux « sortants ». Néanmoins, avec 14 milliards de dollars
investis en 2012 le montant des IDE venant d’Afrique a presque triplé
25par rapport à 2011 . Ils proviennent majoritairement d’Afrique du Sud,
d’Angola, du Nigeria et du Liberia pour la partie subsaharienne.
Quant aux échanges et investissements intra-africains, ils restent sous-
exploités et trahissent une faible intégration des économies régionales et
sous-régionales. Mais ils représentent 17% de la totalité des nouveaux
26projets d’IDE sur le continent . Plus important, le nombre de projets
d’investissement a crû au taux annuel moyen de 23% entre 2003 et 2011, un
taux qui est même passé à 42% depuis 2007.

Parallèlement, l’ouverture au monde et la diversification des partenariats
dans les échanges commerciaux s’accélère et ne se limite pas à la
27formidable progression des géants chinois et indien . Turquie, pays arabes,
Japon, Brésil, Israël, à des degrés divers et chacun selon ses intérêts,
courtisent le continent et l’ont fait sortir de ses relations commerciales
naguère dominées par les anciennes puissances coloniales. Globalement le
continent reste importateur net et les importations africaines continuent à
s’inscrire à la hausse depuis quelques années, malgré la croissance de ses
exportations, du fait notamment de la forte demande en biens
28d’équipement .



23 Voir le tableau récapitulatif en rubrique Synopsis en fin de ce chapitre.
24 Source : UNCTAD, World investment report 2013.
25 Sources : UNCTAD Stat, 2013 ; Banque mondiale, 2012.
26 Source : « Un partenariat pour l’avenir », rapport au Ministre de l’économie et des
finances, décembre 2013.
27 Voir le dernier Chapitre pour plus de détails sur les échanges commerciaux de l’Afrique
subsaharienne.
28 Source : Global Trade Atlas/Global Trade International Services, citée dans le rapport 2014
du CIAN sur les entreprises françaises et l’Afrique – Hors-série – Décembre 2013.
33 Les zones d’ombre des flux économiques
La croissance a beau être forte et soutenue, elle ne profite qu’à une petite
partie de la population, et le secteur public n’est apparemment pas seul en
cause.
En effet, l’économie subsaharienne a aussi ses zones d’ombre,
communément cernées par les « flux ou sorties illicites de capitaux ». La
palette que recouvre cette appellation est plutôt large : évasion fiscale,
fausses facturations, falsification des prix et tarifs pour les marchandises, les
biens et/ou les services, fixation de prix de transferts illicites dans les valeurs
des exportations et importations, fraude et contrefaçon, trafics (de drogues,
armes, …), rackets et procédés criminels divers, sans oublier le vol « à la
source » par des membres de gouvernements, ni la corruption.
« L’évasion fiscale coûterait chaque année 70 à 120 milliards de
29dollars – de 53 à 90 milliards d’euros – au continent africain» .

Bien qu’elle soit par définition difficile à cerner par des chiffres précis,
l’appréciation de ces méfaits livre des grandes masses concordantes. Ainsi
30 31Global Financing Integrity (GFI) a-t-il établi dans son dernier rapport
portant sur la période 1980 à 2009 que le cumul des flux de capitaux sortis
illégalement du continent africain atteindrait un total de 1200 à 1300
milliards de dollars, soit quatre fois plus que la dette totale de l’Afrique.
32Selon le Rapport sur les progrès en Afrique , le montant annuel de la perte
occasionnée reviendrait à annuler les flux entrants liés à l’aide publique au
développement et aux investissements directs étrangers.
Les différences et les écarts ont beau être significatifs d’une région et d’un
pays à l’autre, différents constats convergent : la fuite illicite des capitaux a
eu tendance à s’amplifier au cours de la dernière décennie. L’Afrique
subsaharienne est la plus sévèrement concernée, le phénomène représentant
335,7% de son PIB . Cet argent fait manifestement défaut à l’irrigation de
l’économie africaine en général.




29 Le Monde du 13 juin 2013 – « En finir avec la corruption en Afrique ».
30 ONG basée à Washington.
31 « Illicit Financial Flows and the Problem of Net Resource Transfers from Africa: 1980-
2009», Joint Rapport établi conjointement Global Financial Integrity et la Banque Africaine
de développement, mai 2013.
32 Africa Progress Panel, « Equité et industries extractives en Afrique – Pour une gestion au
service de tous », rapport sur les progrès en Afrique, 2013.
33 Source Global Finance Integrity (GFI), chiffre 2011.
34 Les sorties de capitaux illicites en Afrique

NB : tous les chiffres sont des moyennes annuelles pour 2008-2010 pour l’Afrique
subsaharienne
Sources: OCDE (n.d.), OECD Stats Extracts.Global Financial Integrity (2012), Illicit
Financial Flows from Developing Countries 2001-2010. Banque mondiale (2013),
Perspectives économiques mondiales – janvier 2013.


Transferts des migrants et aide publique au développement – à
la hausse

Parmi les chiffres en hausse que l’on aurait tort de négliger figure celui des
34transferts d’argent issus de l’immigration . La diaspora fournirait ainsi
35chaque année 10 à 15% du PIB africain , constituant un poumon
économique et financier vital pour de nombreux pays : à titre d’exemple,
20% du PIB du Lesotho ou des Comores ; plus de 10% de celui du Libéria,
du Mali ou du Togo.

34 Une partie circule de façon informelle et ne peut être précisément comptabilisée, d’où
certains écarts dans les estimations données.
35 Source : « Un partenariat pour l’avenir », décembre 2013, ibid.
35 Alors que la crise des pays de l’OCDE, et plus particulièrement de l’Europe,
laissait craindre une contraction de leur montant à partir de 2008, ils
continuent à battre des records depuis 2009. Ainsi en 2012, les transferts
des migrants vers l’Afrique représentaient 11% des transferts
36mondiaux contre 8% en 2001 . Fait intéressant, selon la Banque africaine
de développement 13% des transferts en Afrique subsaharienne proviennent
d’autres pays africains. Au total, un cap a été franchi en 2012 et les transferts
des migrants deviennent la première source d’apports financiers externes
à l’Afrique, devant les IDE et l’APD ; selon la Banque mondiale, ils
devraient poursuivre leur progression.

Ils sont néanmoins loin de constituer un « matelas » suffisant pour
l’économie des pays, et l’aide publique au développement dédiée à
l’Afrique subsaharienne, quoique variable selon les pays, continue à
représenter une part importante de certains PIB nationaux : en 2010 cette
37part était supérieure à 20% dans cinq pays (40% pour le Burundi).

Certes, elle n’est plus sur la tendance de croissance soutenue qu’on lui
connaissait au début de la décennie (de 2004 à 2010 l’APD dédiée à
l’Afrique subsaharienne a crû de 54%). La contraction observée sur le
volume total des contributions reflète les effets de la crise dans les pays
38occidentaux en général – au premier rang desquels Europe, son principal
contributeur devant les Etats-Unis.

36 Chiffres Banque mondiale 2011 et UNCTAD Stat 2011.
37 RDC, Burundi, Rwanda, Mozambique, Sierra Leone, par ordre d’importance décroissant de
la part représentée par l’APD dans le PIB du pays.
38 Les principaux bailleurs de l’Afrique pour l’aide au développement sont (en 2012, par ordre
de contribution décroissante) les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et le
Japon. De leur côté, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède ont à
nouveau dépassé l'objectif de 0,7 % du RNB auquel s’est engagée l’Union européenne. En
cumulé des contributions de ses membres l’Union Européenne est toutefois largement en tête
(Source OCDE 2013).
36 Répartition par donateurs de l’APD à destination de l’Afrique
pour la période 1970-2010 (en milliards de dollars)

Pays cités de haut en bas : Etats-Unis ; France ; Royaume Uni ; Allemagne ; Japon

Source : Sénat, Rapport 2013

Le total de l’APD bilatérale monde a ainsi chuté de 3,1% en 2012 pour
s’établir à 95,5 milliards d’euros, parmi lesquels 29,6 milliards d’euros sont
à destination de l’Afrique subsaharienne. Celle-ci en reste donc la
première région bénéficiaire mais la réduction observée en 2012 (-6,7%)
est aussi, proportionnellement, la plus élevée ; un signal inquiétant car ce
recul est dû à de moindres contributions de pays européens jusqu’ici très
engagés à l’égard de l’Afrique, dont la France. Plus globalement, l’UE
semble en retard dans l’accomplissement de ses promesses d’aide à
l’Afrique. A contrario, d’autres pays donateurs ont augmenté
significativement leur aide : la Corée, l’Australie, les Etats-Unis, le Canada.
Les perspectives ne sont toutefois pas réjouissantes sur le front de l’APD.
39Selon les prévisions de l’OCDE , l’aide-pays accordée à l’Afrique devrait
continuer à diminuer d’ici 2016, la tendance générale des APD à l’échelle
mondiale ayant tendance à se concentrer sur les pays à revenu intermédiaire
sous forme de prêts concessionnels.







39 Source : rapport UNCTAD 2013.
37 Une croissance qui profite inégalement à la population, …

Les chiffres de la croissance africaine se reflètent partiellement dans son
évolution sociale.
La croissance donne lieu à la montée d’une classe supérieure de nouveaux
riches qui ne sont plus exclusivement issus des mines, du pétrole ou des
ressources naturelles mais de secteurs d’activités nouveaux comme les
télécommunications, la banque, l’agroalimentaire ou encore la distribution.
Le nombre de milliardaires africains en dollars – ils étaient 20 en 2013 selon
Forbes, un nombre à relativiser parmi les…. 1426 milliardaires que compte
la planète – a été multiplié par dix en dix ans, composé pour plus des deux
tiers par des Egyptiens et des Sud-Africains. Ce nombre devrait plus que
doubler d’ici 2022 ; tout comme d’ici 2030 le nombre des millionnaires
40africains évalué à 140 000 en 2013 .

Beaucoup plus significative est l’émergence d’une classe moyenne que
beaucoup commencent à étudier de près comme un marché prometteur.
Encore faut-il savoir ce que l’on entend par classe moyenne. Sa définition
fluctue sensiblement selon les institutions : le PNUD retient un revenu
quotidien compris entre 10 et 100 dollars, tandis que la Banque mondiale et
la Banque africaine de développement considèrent un revenu entre 2 et 20
dollars par jour. Ces tranches de population sont de plus très hétérogènes (on
y trouve des petits fonctionnaires, des employés du secteur privé formel ou
du commerce informel) mais partagent toutes au moins un point commun, à
savoir une certaine vulnérabilité (au risque de déclassement, aux aléas
nationaux).
L’imprécision qui résulte de ces écarts notables dans l’appréciation
économique et sociale s’accroît par le manque de statistiques officielles et de
données permettant de prendre en compte les comportements sociaux. Or les
modes de consommation participent en bonne part à la définition des classes
moyennes, et l’on peut s’interroger sur la capacité d’accéder à des biens de
consommation avec un revenu de 2 ou 3 dollars par jour.
Ainsi, des études prospectives sur la consommation en Afrique pour la
période 2011-2016 indiquent que 40% de la croissance seront portés par les
ménages gagnant plus de 20 000 dollars par an, soit à peine 1 à 2% de
41l’ensemble des foyers africains .


40Source : Capgemini cité par Jeune Afrique, n° 2761, décembre 2013. Ce nombre devrait
croître le plus fortement au Nigeria, au Ghana, au Kenya et en Côte d’Ivoire selon les
estimations de la société de recherche New World Wealth (même source de citation).
41 Source : World Investment report 2013, UNCTAD.
38 Quoi qu’il en soit, et si l’on retient le chiffre évalué entre 300 et 350
millions de personnes, les classes moyennes africaines équivalent
actuellement en nombre à la classe moyenne chinoise, soit environ 2%
dans la classe moyenne mondiale. Mais selon Ernst & Young cette part
restera stable d’ici 2030 – en contraste majeur avec la classe moyenne
asiatique qui devrait doubler sur la même période.

Distribution de la classe moyenne parmi la population totale en Afrique en 2012

Source : African Development Bank ; Deloitte analysis

… tandis que l’émergence d’une classe moyenne n’efface pas la
pauvreté

Ces perspectives masquent difficilement une autre réalité : le rapport du
PNUD de l’année 2013 sur le développement humain note qu’à l’exception
de quatre pays, c’est l’Afrique qui s’en sort le moins bien : 33 de ses pays
restent en marge de la progression générale enregistrée de par le monde.
Le taux de pauvreté a beau continuer à baisser – il est passé de 58% à
48,5% entre 1999 et 2010, il reste le plus élevé parmi les régions en
39 42développement . Du fait de l’accroissement démographique, le nombre
43d’Africain(e)s extrêmement pauvres a plus que doublé pour atteindre 400
millions.
Plus inquiétant, la croissance ne produit pas en Afrique le même effet
d’entraînement sur la réduction de la pauvreté, que l’on appelle « l’élasticité
de la pauvreté » : alors que un point de croissance fait en général reculer la
pauvreté de 2% dans les pays en développement, ce pourcentage n’est que
44de 0,7% en Afrique .
Enfin, bien que l’inégalité recule globalement en Afrique subsaharienne, un
45examen rapide du coefficient de Gini montre qu’elle reste elle aussi parmi
les plus élevées au monde et qu’elle a tendance à se creuser dans bon
nombre de pays.
« En 2012, l’indice de développement humain ajusté aux inégalités
(IDHI) a décroché d’environ 35% par rapport à l’indice de
développement humain (IDH) dans la plupart des pays d’Afrique
(contre 29% pour les pays d’Asie du Sud et 13% pour l’Europe et
46l’Asie Centrale).»

 DECRYPTAGE

La grande diversité des 49 pays qui composent l’économie de l’Afrique
subsaharienne ne se satisfait pas de la seule lecture de chiffres.
Ces moyennes et tendances globales ne dessinent pas seulement des réalités
contrastées. Elles peuvent donner lieu à des regroupements en « familles-
types » qui révèlent une certaine cohérence par-delà les disparités ; elles
interrogent aussi sur la durabilité des phénomènes de croissance observés ;
elles renvoient enfin au décalage persistant entre une image puissante et la
réputation fragile de tout un continent.



42 Au regard de l’Indice de développement humain (IDH), qui considère outre le revenu la
santé et l’éducation, la progression moyenne est plus honorable avec ses 23% (source PNUD
2009).
43 C’est-à-dire dont le revenu est inférieur à 1,25 dollar par jour.
44 Source : Banque mondiale.
45 Ce coefficient mesure le degré d’inégalité dans la distribution des revenus au sein d’une
société. Il se traduit par un nombre variant de 0 à 1, où 0 traduit une égalité absolue (tout le
monde gagne le même revenu) et 1 l’inégalité absolue (une seule personne dispose de tout le
revenu et les autres n’ont rien). Voir le détail de quelques chiffres en fin de ce chapitre en
rubrique Synopsis.
46 « Un partenariat pour l’avenir », ibid.
40 Revue des grandes typologies économiques des pays africains
En 2010 Mc Kinsey dressait une classification des économies africaines
selon quatre grandes typologies :
 les pays à économie diversifiée
 s exportateurs de pétrole
 les pays à économie en transition,
 sie de pré-transition.

Les principales caractéristiques de chaque catégorie sont récapitulées dans
un tableau en fin de chapitre.
On en retiendra les grands traits suivants.

Les économies diversifiées sont vues comme les « locomotives du
développement », étant les plus riches du continent. Depuis 2010, force est
toutefois de reconnaître que le printemps arabe au Nord d’une part, le
ralentissement de l’économie sud-africaine à l’autre extrémité du continent
d’autre part, ont quelque peu bouleversé la liste des membres telle
qu’initialement conçue pour cette catégorie. Mais des pays comme le
Botswana, la Namibie ou Maurice peuvent aujourd’hui prétendre s’y insérer.

Les économies exportatrices de pétrole ou de richesses minières et que
l’on peut qualifier de rentières, sont portées par les revenus issus de ces
exportations qui fournissent la part majoritaire des recettes et devises (85 à
95%). Les investissements étrangers s’orientent massivement vers ces
secteurs mais sans y susciter aucune diversification significative de leur
activité économique. Si les revenus par habitant y sont théoriquement les
plus élevés du continent, la redistribution de la manne pétrolière – ou
minière – ne se fait pas et il n’est pas rare de voir co-exister grandes fortunes
et extrême pauvreté. L’enjeu consiste pour ces pays à voir leurs dirigeants
diversifier leur activité tout en investissant, en préservant et/ou redistribuant
mieux la richesse issue de leur « rente » – en un mot, à échapper au
47syndrome hollandais . On y trouve l’Angola, le Congo, la Guinée
Equatoriale, le Nigeria, le Tchad, …

Les économies en transition ont amorcé une diversification de leur activité
et de leurs revenus ; si l’agriculture reste un poste important dans les revenus

47 Le syndrome hollandais (« dutch disease ») fait référence aux phénomènes observés dans
ce pays suite à l’exploitation de ses gisements de gaz dans les années 1960. L’afflux de
devises lié aux recettes en forte hausse conduit à une économie d’endettement et de rente qui
finit par nuire à l’économie générale, entre autres par création de déséquilibres financiers et
réduction de sa compétitivité globale. La constitution de fonds souverains fait partie des
solutions, et opère dans certains pays, mais en proportion encore insuffisante. Voir le Chapitre
sur Les mines et matières premières.
41 tirés de leurs exportations, équilibrant le cas échéant le poids de ressources
minières ou liées aux hydrocarbures, l’industrie et les services commencent à
s’y tailler une part significative. Entrent dans cette catégorie la Côte d’Ivoire,
le Ghana, l’Ouganda, le Sénégal,…

Les économies les plus pauvres, sur lesquelles se concentre le plus l’aide
internationale, subissent à la fois une situation enclavée ou insulaire, des
aléas alimentaires et/ou climatiques, et souffrent d’un manque
d’infrastructures, notamment énergétiques. Leur fragilité est le plus souvent
sous-tendue par des institutions faibles qui maintiennent le pays dans un état
général d’insécurité voire de conflit. On y trouve Madagascar, le Mali, la
RDC, la République Centrafricaine, la Sierra Leone,…

Malgré les évolutions survenues depuis cette classification, les grandes
lignes restent d’actualité et invitent à nuancer les lectures d’un continent que
l’on a trop souvent tendance à appréhender d’un seul bloc.

Boom avec ou sans lendemain ?
L’envolée du PIB africain ces dix dernières années peut se lire en deux
versions, négative ou positive, « verre à moitié vide » ou « verre à moitié
plein ».
Côté positif, on soulignera que le PIB a doublé en dix ans et que six des dix
pays à plus forte croissance dans le monde sont africains. On précisera aussi
que cette croissance n’est plus seulement portée par l’exportation pétrolière
et qu’elle s’appuie désormais sur une palette plus large de richesses –
notamment minières. On rappellera enfin que l’économie subsaharienne a
remarquablement résisté aux effets de la crise qui frappe les économies
développées, Europe en tête, depuis 2008 ; signe qu’elle a su s’ouvrir à
d’autres marchés et conséquence de sa moindre intégration dans les circuits
48financiers mondiaux dont elle n’a pas subi la « contamination » .
Côté négatif, on rappellera que le PIB global reste faible et pour le moins
disproportionné par rapport au potentiel du continent. Surtout, la croissance
retrouvée et apparemment consolidée pour les prochaines années reste
insuffisante car inférieure aux 7 à 8% annuels qui seraient nécessaires
sur plusieurs années pour réaliser les Objectifs de développement du
Millénaire, lesquels ne seront pas atteints pour la majorité des pays
subsahariens.

48 Voir le Chapitre sur Le système bancaire et financier.
42 La synthèse entre ces deux visions passe par l’identification des quelques
failles qu’il faudra résoudre pour que le réveil économique subsaharien
observé depuis le début des années 2000 (croissance soutenue, réduction de
la dette et des déficits, maîtrise de l’inflation, apparition progressive d’une
classe moyenne, …) s’inscrive dans la durée.
On les énumérera rapidement ici, sachant que chacune est abordée plus en
détail dans des chapitres spécifiques. En cause :
 le déficit persistant en infrastructures (électricité, transports, dans
une moindre mesure télécommunications) ;
 un secteur informel proéminent, qui peut représenter jusqu’à 90%
de l’activité des pays et ne se résorbe pas au profit de créations
d’emplois dans les secteurs secondaire ou tertiaire ;
 des profils économiques qui restent encore trop peu diversifiés,
faiblement industrialisés et majoritairement ancrés dans le secteur
primaire avec plusieurs corollaires pénalisants : l’insuffisance de
débouchés alors qu’arrive sur le marché de l’emploi une jeunesse de
plus en plus nombreuse ; le cantonnement à la mobilisation d’une
main-d’œuvre pour l’essentiel peu qualifiée ; l’absence de création
de valeur ajoutée, faute de transformation en terre africaine ; la
dépendance aux exportations de quelques ressources dont la
fluctuation des volumes et des cours mondiaux échappe au contrôle
des producteurs africains ;
 une urbanisation qui ne crée pas suffisamment d’activités qualifiées
et diversifiées (services, industrie), du moins pas dans des
proportions aptes à générer de la richesse économique ; …
 la faiblesse des systèmes bancaires et des marchés financiers,
encore trop modestes et insuffisamment adaptés à la demande.
Sans compter l’instabilité politique et la récurrence de crises qui font encore
douter, dans certaines régions, de la solidité des évolutions économiques
positives pourtant bien réelles enregistrées ces dernières années.

Economie : un décalage persistant entre bons résultats et
mauvaise perception
Si l’on considère les fragilités politiques qui peuvent encore faire basculer du
jour au lendemain dans le chaos un pays, voire toute une sous-région (à
preuve le Mali et la bande sahélienne en proie au terrorisme ; la Guinée-
Bissau et la République centrafricaine et leurs coups d’Etat pour ne citer que
43 les cas les plus récents), on comprend le décalage persistant et paradoxal qui
continue à affecter la région subsaharienne entre
 le constat d’une prospérité (mesurée par le chiffre d’affaires des
entreprises, leurs investissements, leur résultat et leurs créances)
orientée à la hausse de façon constante sur les dernières années,
même s’il ne faut pas oublier les variations sensibles entre 54 pays
aux profils contrastés ;
et
 une image du marché africain qui reste globalement négative.

Le rapport 2013 de la Banque mondiale « Doing Business » qui étudie et
note l’environnement des affaires pays par pays a beau mettre l’Afrique à
l’honneur en notant que,

« parmi les 50 économies qui ont fait le plus de progrès depuis 2005,
la plus grande part – un tiers – se trouve en Afrique
subsaharienne »,

le continent reste le plus gros pourvoyeur de pays mal classés, avec 24
pays subsahariens parmi les 30 pays figurant en queue de peloton.
49De même dans le classement des risques effectué par la Coface , sur 42
pays africains notés aucun ne figure dans la catégorie des « meilleurs
risques » ; seuls l’Afrique du Sud, Maurice, la Namibie et le Botswana se
50placent dans les deux catégories suivantes (A3 et A4) tandis qu’une
majorité est classée en C ou D.


49 Assureur-crédit français intervenant dans le monde entier.
50 Les risques Coface sont notés selon une échelle de 7 niveaux allant de A1, A2, A3, A4 pour
les risques les plus faibles, à B, C, D pour les risques de plus en plus élevés.
44 L’Afrique subsaharienne en position défavorable


Source : Banque mondiale - Rapport Doing Business 2013

 ENJEUX, DEFIS ET OPPORTUNITES

L’économie subsaharienne est en bonne voie mais elle n’est pas forcément
sortie d’affaire. Inscrire ses progrès dans la durée suppose encore de relever
quelques défis de taille comme

 équiper les pays en infrastructures de base (santé, éducation, eau,
51électricité, transports, TIC)
 sortir de son statut de simple fournisseur de matières premières,
diversifier son économie et stopper la fuite des capitaux
 diversifier également les sources de financement (par exemple à
travers l’épargne intérieure, les partenariats public-privé), sans
oublier d’améliorer la bancarisation des populations et les marchés
52financiers intérieurs
53 accroître et diversifier les compétences tous secteurs confondus
 accélérer son ouverture à de nouveaux marchés, en pensant à
construire le plus porteur d’entre eux, un marché intégré africain.

Chacun de ces enjeux, qui porte une partie de la réponse sur le futur de
l’économie subsaharienne, sera développé dans la suite de l’ouvrage.

51 Voir les Chapitres correspondants.
52 Voir le Chapitre sur Le système bancaire et financier.
53 Voir le Chapitre Eduquer et Former.
45 Avant de les détailler, on s’arrêtera ici sur la clé qui ouvrira l’essor de la
plupart des pays : au-delà des richesses plus ou moins disponibles dont
dispose chaque pays, et quelle qu’en soit la nature, leur exploitation et leur
valorisation au profit du développement économique et social subsaharien
passe par la consolidation d’une condition préexistante à toutes les autres, à
savoir la stabilité politique et la bonne gouvernance.
Comme le résume Mohammed Ibrahim dans une déclaration au journal Le
54Monde :
« L’Afrique est un continent très riche avec des habitants très
pauvres. La raison, c’est la gouvernance. Il n’y en a pas d’autre.»

Politique et économie, un tandem indissociable

Quelles que soient les forces potentielles et les faiblesses structurelles de
l’économie – ou plutôt des économies – du continent, elles se révèlent selon
le contexte politique de chaque pays.
55P. Jacquemot a récapitulé dans un tableau éloquent les principales formes
de régimes politiques qui permettent d’établir des correspondances avec leur
« traduction » économique en se référant aux quatre grands types
d’économies décrits par Mc Kinsey.
Quatre régimes politiques et leur efficacité

Stabilité, possibilité
d’alternance
Elections libres et Cas types : Maurice,
gouvernementale,
transparentes. Seychelles, Botswana,
Démocraties matures transparence de l’action.
Existence de contre- Cap Vert, Ghana,
« Bonne » gouvernance
pouvoirs. Afrique du Sud.
économique, avec
résultats significatifs.
Pouvoir charismatique,
« Bonne » gouvernance,
dirigiste et vertueux.
« Démocratures » ou avec résultats probants Cas types : Ethiopie,
Libertés bridées mais
autocraties réformistes sur la gestion des Ouganda, Rwanda.
légitimé formelle par
services publics.
les urnes.
Régimes élus mais
hybrides et faibles de
type « patrimonial » Insuffisance de la Majorité des situations
avec jeux clientélistes gouvernance, primat de en Afrique
« Anocraties » ou
et préservation d’une la gestion à courte vue, subsaharienne. Cas
démocraties molles
élite prédatrice. Etat peu facilitateur de types : Madagascar,
Confusion entre biens développement. Nigeria, RD Congo.
publics et privés.


54 Le Monde du 13 juin 2013 – « En finir avec la corruption en Afrique ».
55 Pierre JACQUEMOT, « Economie politique de l’Afrique contemporaine », Armand Colin,
2013.
46 Pouvoir prédateur, Présentes dans les
fortement années 1980, (Centre
Les plus vulnérables à la
personnalisé, au mode Afrique, Ouganda,
mauvaise gouvernance,
Autocraties obscures et de gestion aléatoire, Zaïre), il n’en reste
aux conflits sociaux
prédatrices sans contrepoids ni aujourd’hui qu’une
armés et à l’instabilité
comptes à rendre, peu poignée (Erythrée,
politique.
soucieux de la chose Gambie, Soudan,
publique. Swaziland).

Source : P. Jacquemot, en partie inspiré de Banque mondiale, 2011


56Le fait que le prix de la Fondation Mo Ibrahim n’ait, une fois de plus, pas
été décerné en 2013 traduit un réel déficit de « leadership d’excellence ».
Comment s’étonner de cette difficulté à identifier des candidats méritants
quand on sait qu’en 2013, sur les 19 présidents en fonction dans le monde
ayant accédé au pouvoir au siècle dernier, tous continents confondus, 14 sont
africains, et que parmi eux quatre sont à la tête de leur pays depuis plus de
trente ans, cinq autres depuis plus de 20 ans ?

Certes, alors qu’elles étaient une vingtaine il y a 25 ans, on ne compte plus
que quelques cas de dictatures. Pour autant, les changements de régime et les
disparitions de despotes n’ont pas produit sur le champ autant de
démocraties matures. Elles ont plutôt été relayées par un genre de
démocraties molles qualifié d’« anocraties » selon un néologisme de la
Banque mondiale : dotées d’institutions formelles, elles procèdent à des
élections mais sont sujettes à la mauvaise gestion des affaires publiques et
aux conflits sociaux. Ces pays qui ont la forme, mais non l’étoffe des
démocraties, se trouvent principalement parmi les économies en transition
ou en pré-transition, voire parmi les Etats rentiers exportateurs
d’hydrocarbures.

Quant aux quelques régimes autocrates qui subsistent, ils se retrouvent
parmi les économies à faible revenu et correspondent le plus souvent aux
économies les plus pauvres des états faillis (Centrafrique, Erythrée, Gambie,
57Swaziland, Soudan ).

Les économies exportatrices, essentiellement pétrolières et minières, sont le
plus souvent associées à des états rentiers dont le régime combine dirigisme
et népotisme ; orientés vers la modernisation, leurs institutions ne
connaissent pas la légitimation par la voie démocratique (Ethiopie, Ouganda,
Rwanda).


56 Voir Encadré.
57 Il sera intéressant de suivre l’évolution des deux Soudan depuis leur partition mais le nord,
privé de l’essentiel de ses ressources pétrolières, glisse vers la pauvreté.
47 C’est enfin parmi les économies diversifiées que l’on trouve les Etats
matures les plus avancés dans la démocratie (Botswana, Ghana, Maurice).

Selon Géopolis, chaque décennie de la période 1960-2000 a connu une
vingtaine de coups d’Etat en Afrique ; un chiffre tombé à six sur la dernière
décennie 2000-2010. Celle qui vient de s’ouvrir consolidera-t-elle cette
évolution ?
Car cette « embellie » ne peut masquer que sur les 20 Etats les plus
58déliquescents de la planète, 15 se trouvent en Afrique .
Les phénomènes nouveaux qui s’écrivent depuis les printemps arabes
d’Afrique du Nord d’une part, et avec l’émergence d’un arc vert du Sahel à
la Corne d’Afrique d’autre part, vont-ils changer la donne ? Pour l’instant,
l’instabilité qu’ils génèrent et qui menace de durer a déjà commencé à
produire ses effets sur le plan économique, plutôt pour le pire que pour le
meilleur.
Entre printemps arabes qui ont pu ouvrir une page d’espoir en Tunisie, en
Libye ou en Egypte, mais dont la suite reste à écrire ; victoire des urnes en
Côte d’Ivoire et au Sénégal ; normalisation au Zimbabwe et au Gabon ;
terrorisme islamiste qui menace toute la zone sahélienne, et bien au-delà
jusqu’au Kenya ; destitutions en Guinée et en Centrafrique, … les équilibres
sont parfois fragiles à (r)établir, voire durablement contrariés.

 LE MOT DE LA FIN

On l’aura compris, – et l’Afrique ne fait pas exception à cette règle générale
–, la bonne gouvernance, l’existence et le respect de cadres institutionnels et
réglementaires transparents, équitables et stables vont de pair avec un essor
économique durable. Cette exigence n’est plus uniquement posée par les
seuls investisseurs et autres bailleurs externes pour lesquels la perception du
risque politique conditionne l’engagement dans des projets d’envergure.
Elle commence de plus en plus à trouver son expression parmi les
populations, excédées de se voir privées des fruits de la croissance et des
retombées des richesses nationales. Il faudra désormais compter davantage
avec une société civile jeune, équipée de technologies modernes et
impatiente de se construire l’avenir meilleur auquel elle a droit.
 ZOOM SUR …
L’inquiétant décalage entre Afrique francophone et Afrique
anglophone : mythe ou réalité ?


58 Somalie en tête, République centrafricaine depuis peu, mais aussi les deux Soudan, la RDC,
le Tchad…. Source : « Failed states index » publié par le Fonds pour la paix (Fund for Peace)
et le magazine « Foreign policy ».
48 Un fait ne manque pas d’inquiéter : le décalage qui se creuse entre Afrique
francophone et Afrique anglophone.
Certes, à ne regarder que la croissance des 15 pays francophones devenus
59indépendants en 1960 , leur PIB a presque été multiplié par 20 en 50 ans.
Mais cette croissance est inférieure de moitié à celle des 33 autres pays
d’Afrique subsaharienne réunis. On note par ailleurs que selon le classement
des pays par indicateur du développement humain (IDH), 21 des 37 pays
60subsahariens figurant en queue de classement sont francophones .
Entre 1960 et 2000 la part des pays francophones dans le PIB de l’Afrique
61subsaharienne s’est réduite de 27% à 16% . Elle a quelque peu augmenté
depuis pour atteindre 19% en 2010, mais fait pâle figure face à la part des
62anglophones qui est de 47% (hors Afrique du Sud) . Il est vrai que le poids
des populations diffère notablement : 480 millions d’habitants en pays
anglophones contre 170 millions en pays francophones.

Au-delà de l’aspect démographique, plusieurs types de causes sont invoqués,
d’ordre strictement factuel ou plus profondément culturel et historique.
Parmi les raisons factuelles :
 de nombreux pays francophones sont aussi des pays enclavés, sans
accès à la mer, ce qui les pénalise dans le commerce et les échanges car
le déficit d’infrastructures de transport vers l’intérieur des terres
renchérit notablement le coût de l’acheminement des marchandises et
des biens ;
 les pays francophones sont souvent de trop petite taille et leur marché
trop restreint ;
 les infrastructures « porteuses » de l’économie (transport, énergie, eau)
sont souvent plus lacunaires et déficientes dans les pays francophones,
du fait notamment de leurs politiques publiques et tarifaires mais aussi
des marchés trop étroits ;
 de grands pays francophones dont le poids économique fut longtemps
déterminant - la Côte d’Ivoire et la RDC - ont connu des conflits longs
et pénalisants, et leur régression pèse significativement sur la perte de
terrain des économies francophones.

Autres raisons invoquées, plus techniques :


59 Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon,
Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, RDC, Sénégal, Tchad, Togo.
60 Source: Human development report 2013. The rise of the South : human progress in a
diverse world – UNDP/PNUD, 2013.
61 PIB 2013 des pays anglophones : 898 milliards de dollars ; PIB 2013 des pays
francophones : 163 milliards de dollars. Source : Forbes Afrique, février 2014.
62 Source : Jeune Afrique – N° 2659-2660, décembre 2011- janvier 2012.
49  le partage d’une monnaie commune, le franc CFA, aurait un effet
déresponsabilisant sur les gouvernements africains concernés, les rênes
de sa gestion étant à Paris, et un coût économique plus élevé dû à sa
surévaluation liée à l’euro et à son absence de flexibilité ;
 l’organisation du régime des retraites avec des fonds de pension privés
qui investissent dans l’économie locale en zone anglophone, alors que
les caisses de répartition se noient dans les déficits publics en zone
francophone ;
 le droit anglo-saxon, plus souple et pragmatique, sécurise – et donc
séduit – davantage les investisseurs.

Côté raisons plus culturelles et liées à l’éducation, on entend souvent dire :
 l’éducation francophone valorise davantage les « humanités » et les
cursus intellectuels, au détriment des affaires et des fonctions
techniques ; en d’autres termes, la culture francophone érigerait en
modèle idéal l’obtention d’un poste dans la fonction publique (le
fonctionnariat) et valoriserait les ONG, tandis que la culture
anglophone, davantage tournée vers le privé ou les partenariats public-
privé, inciterait plus naturellement à la prise de risque du monde des
affaires et de l’entrepreneuriat ;
 grâce à la langue anglaise, qui s’est largement imposée de par le monde,
les pays anglo-saxons sont mieux armés pour la mondialisation, comme
semblent l’attester leurs liens commerciaux plus diversifiés que ceux
des pays francophones, davantage restés dans le sillage de la France.

Certains paramètres peuvent avoir leur validité. Mais on ne saurait en tirer
d’explication péremptoire ni définitive. La Suisse ou l’Autriche apportent la
preuve qu’être un petit pays enclavé ne condamne pas automatiquement à la
pauvreté. Et parmi les nombreux pays francophones côtiers, certains (RDC,
Cameroun, Côte d’Ivoire) ont à la fois la taille et les richesses pour
constituer des marchés porteurs.

Les conflits ne sont pas l’apanage des pays francophones comme en
témoigne le Nigeria.
On peut aussi se demander si la gestion des fonds de retraite, qui ne touchent
au mieux que 10% en moyenne de la population active du continent, peuvent
à ce point creuser la différence entre deux familles de pays et d’économies.
Quant à la monnaie commune, elle pourrait aussi bien être vue comme un
atout plutôt qu’un handicap dans la mesure où elle facilite la création de
marchés régionaux intégrés et réduit les coûts et les risques de change au
sein d’une même zone économique. En revanche, il est certain qu’à l’instar
de ce que connaît l’Europe, avoir une monnaie commune ne devient un vrai
avantage que si elle sert une vision et une politique économique communes,
ce qui est encore loin d’être le cas. Paradoxalement, les pays du sud et de
50 l’est – Kenya, Ouganda, Rwanda, Mozambique, Tanzanie …–, qui ne
partagent pourtant pas de monnaie commune, semblent tirer plus de bénéfice
d’une réelle volonté de construire entre eux des marchés régionalisés.
Enfin, côté linguistique, il est permis de douter de l’atout exclusif dont
bénéficieraient les anglophones car les cadres et dirigeants francophones
parlent l’anglais alors que leurs homologues anglophones maîtrisent
beaucoup plus rarement le français, un handicap pour aborder le marché des
quelque 170 millions de francophones du continent.

A supposer qu’il soit totalement pertinent d’opposer deux « blocs » au sein
desquels les disparités peuvent être importantes (peut-on mettre sur le même
plan Côte d’Ivoire et Gabon ou RDC et Togo en zone francophone ? Ghana
et Afrique du Sud ou Nigeria et Malawi en zone anglophone ?), leur
décalage économique résulte probablement d’une combinaison de plusieurs
de ces facteurs. Mais outre le fait que les pays francophones se mettent aussi
aux réformes, on aurait aussi intérêt à croiser cette lecture avec une analyse
plus approfondie, dans chacun des deux grands espaces, du profil politique
et de l’environnement des affaires – en un mot de la gouvernance – qui
y prévalent. Il apparaît alors clairement que transparence, stabilité et
démocratie font bon ménage avec croissance et développement soutenus.

 ZOOM SUR …
63
Le secteur informel

Ce Zoom est rédigé, avec son accord, à partir de l’étude réalisée par John
O.IGUE, Géographe, ancien Ministre Béninois de l’Industrie et des PME,
pour le Projet d’Appui au Secteur Privé du Bénin financé par l’Union
Européenne (2006-2008) sous le titre « Le secteur informel au Bénin :
état des lieux pour sa meilleure structuration » – Laboratoire d’Analyse
Régionale et d’Expertise Sociale – Août 2008. Cette étude se fonde sur les
informations recueillies auprès de 4589 entreprises béninoises du secteur
informel.
C’est à la demande du secteur privé béninois en 2008 et dans le cadre du
Projet d’Appui au Secteur Privé au Bénin que cette étude fut réalisée pour
instaurer un dialogue entre secteur public et secteur privé. Elle vise à
mieux structurer ses activités informelles pour en tirer le meilleur profit.
Le texte ci-après en reprend les principales informations et analyses,
largement extrapolables du Bénin à d’autres pays subsahariens.

L’activité dite informelle n’est pas l’apanage des économies africaines ; elle
représente entre un quart et un tiers du PIB en Asie ou en Amérique Latine ;
on la trouve également dans les pays de l’OCDE, à hauteur bien moindre il

63 Ibid.
51 est vrai (16% du PIB). Mais elle tient en Afrique une place et un rôle qui lui
donnent un relief particulier.

L’économie informelle représente entre 40 et 75% du PIB des pays africains
et occupe de l’ordre de 50% à 80% de la main-d’œuvre disponible. Faute
d’études et de statistiques précises et exhaustives, ces chiffres ne sont que
des estimations qui soulignent également l’imprécision liée à la définition de
ce secteur dont les limites avec le secteur formel sont loin d’être toujours
claires. Ce concept inventé par le Bureau International du Travail dans les
années 1970 n’a en effet jamais vraiment trouvé de définition unique.

Les activités dites informelles existaient déjà en Afrique bien avant la
colonisation, qui introduisit un nouveau modèle économique, et leur
développement a d’abord suivi l’essor urbain. La colonisation leur a ensuite
donné l’occasion de mieux se structurer en instaurant un système éducatif et
une scolarisation auxquels la majorité des populations indigènes n’ont pas eu
accès, ce qui les a éloignées de fait de l’économie moderne qui s’instaurait.

Dans son rapport, John O. IGUE avance la définition suivante :
« … la meilleure définition que l’on puisse proposer des activités
informelles serait de les considérer comme le prolongement de
l’économie traditionnelle, mais dans un environnement sociologique
marqué par de profondes mutations et déséquilibres. »

Ainsi, on devrait davantage qualifier ce secteur d’« économie populaire »
s’inscrivant dans la logique endogène de transformation socio-économique
des pays africains.

Les grandes caractéristiques des activités informelles en Afrique
Le secteur informel recouvre quelques caractéristiques distinctives qui ont
été particulièrement bien illustrées et détaillées au Bénin. Elles se résument
en deux mots : hétérogénéité et précarité.

On entre généralement très jeune dans ces activités, vers 8-10 ans, en
commençant son « apprentissage » – fait d’observation et de services rendus
à un patron dont on doit apprendre à reproduire les gestes. Cet apprentissage,
qui n’est en fait qu’une formation « sur le tas », peut durer cinq à dix ans.
Rien d’étonnant à ce que le niveau d’études excède rarement le secondaire ;
il se limite plus généralement au primaire et compte une forte proportion
d’analphabètes.
Le chef d’entreprise, bien souvent en auto-emploi, exerce son activité en lien
avec la famille et des parents ; il bénéficie rarement d’une protection sociale.
52 La proportion d’hommes et de femmes s’établit en moyenne à 60%-40%
mais bon nombre de secteurs d’activités (comme la distribution, la
restauration, la coiffure, …) voient les femmes dominer largement jusqu’à
représenter de 70 à 80% de l’effectif.
Bien qu’il existe des associations professionnelles, les acteurs du secteur
informel y sont rarement affiliés, soit par méfiance – beaucoup de ces
associations sont politisées – soit par scepticisme quant à l’utilité d’une telle
adhésion.
Contrairement à ce que l’on a coutume de croire, le secteur tient une
comptabilité, quoique de façon non écrite (le faible niveau d’éducation
explique ce défaut, mais aussi le fait que bien souvent la parole donnée suffit
à sceller un engagement de dette ou de paiement). De même certaines
entreprises informelles sont officiellement enregistrées – elles sont 8% au
Bénin – soit parce que leur volume d’activité est élevé, soit pour pouvoir
participer à des appels d’offres publics ; elles paient donc des taxes, souvent
jugées élevées et incohérentes.
Le capital investi et le chiffre d’affaires sont très variables selon les activités,
mais au total les chiffres confirment la rentabilité du secteur informel pour
l’économie et la société, tout au moins au Bénin. D’autres études réalisées
par l’Union économique et monétaire ouest Africaine (UEMOA) dans les
principales villes des Etats-membres en 2000 et 2005 convergent vers les
mêmes conclusions.
De quelles activités parle-t-on ?
Les activités identifiées exercées dans l’informel sont foisonnantes : au
Bénin, le Ministère de l’Industrie et de l’Artisanat, dont relève le secteur
informel, en a dénombré plusieurs dizaines qu’il répartit en onze branches.
Dans son étude, John O.IGUE les rassemble sous quatre principaux
secteurs : production, service, distribution, art.
A titre indicatif, le secteur productif couvre des activités de BTP, de
menuiserie, de tôlerie, de tissage, de confection et de transformation de
produits agricoles et alimentaires ; le secteur des services recouvre entre
autres les activités de restauration populaire, la coiffure, les transports
urbains et périurbains, la couture, les centres informatiques et cybercafés ; le
secteur de la distribution correspond surtout aux activités de commerce,
depuis la vente de produits maraîchers sur les marchés locaux jusqu’aux
échanges de produits manufacturés ou agricoles avec les pays voisins.

Le secteur de la production, s’il n’est pas forcément le plus nombreux (il
représente 22% des personnes interrogées dans le cadre de l’enquête menée
au Bénin) est le plus important par la stabilité de l’emploi qu’il offre et par le
niveau de revenu qu’il procure. Il constitue un maillon intermédiaire entre le
53 service (40% des entreprises dans le cadre de la même étude) et la
distribution (31%).

Un rôle clé et original
Le secteur informel joue à plusieurs égards un rôle stratégique : en premier
lieu, il fournit des emplois, participant à la résorption du chômage et de la
pauvreté ; il protège ainsi contre les difficultés du développement national et
amortit les tensions sociales ; il assure des activités essentielles (transport
urbain, approvisionnement en denrées et biens divers, …) dont certaines
soutiennent l’activité formelle ; enfin il soutient la consommation. Bref, il
entretient une prolifération de petites activités qui créent un réel dynamisme
économique malgré le niveau de vie très bas des populations :
« alors que les grands agrégats économiques sont au rouge, la
population se satisfait des revenus, fussent-ils modestes, que lui
64procurent les activités parallèles. »

Mais toutes ces activités ont comme principal point commun de ne pas
franchir le cap de la création de TPE ou PME modernes. Elles ne participent
ni à l’amélioration de la croissance économique ni à la valorisation du PIB
national. Leur rôle d’amortisseur ne se double pas d’un rôle moteur.
Plusieurs raisons expliquent cette impuissance.

D’abord, le niveau technique qui est à la base de ces activités est
rudimentaire et ne s’accompagne d’aucune innovation, faute de compétences
d’une part, mais également faute de connaître le marché, et aussi par
impossibilité d’accéder au crédit ou toute autre source de financement
suffisante. Le frein financier est récurrent car dans la grande majorité des
cas, les entrepreneurs de l’informel investissent sur leurs propres fonds ou
tout au plus en recourant à des tontines.
Cette limitation des moyens financiers se double d’une limitation des
moyens humains : le système de « recrutement-emploi » repose en effet
généralement sur le recours aux rapports familiaux et de parenté, ce qui
empêche de s’associer des experts et une main-d’œuvre plus qualifiés.

De ce fait, les produits élaborés sont médiocres et les services se limitent au
minimum requis, ce qui bloque la conquête de marchés plus importants, et
subit même de plus en plus la concurrence de produits importés (d’Asie
notamment) moins coûteux et plus diversifiés.


64 Ibid.
54 Mobiliser l’Etat pour créer le lien entre formel et informel
Comment canaliser ces forces vives de l’emploi et de l’économie vers un
statut formel qui donnerait un nouveau ressort à la croissance nationale ?
Il revient en premier lieu à l’Etat de créer les conditions pour que ce lien
entre informel et formel puisse s’établir, et ce en commençant par traiter
deux questions clés : celle d’un encadrement institutionnel et celle d’une
taxation appropriée des activités.
L’enquête menée au Bénin révèle d’ailleurs que 70% des personnes
interrogées n’auraient rien contre une « formalisation » de leur activité – en
supposant bien sûr que cette transformation prouve son utilité –, sous deux
réserves cependant : que la fiscalité soit juste et adaptée ; que les procédures
administratives pour accéder à ce statut soient simples et rapides. Deux
conditions dont la réalisation relève des prérogatives de l’Etat. Or ce dernier
a bien souvent « abdiqué » sur ce vaste champ de l’informel, faute de
compétences d’une part, et aussi parce que les ajustements structurels
imposés en leur temps par les grandes institutions financières internationales
ont déporté vers le privé, ou vers les collectivités, une grande partie des
responsabilités touchant aux activités informelles. D’où un éparpillement des
responsabilités sur une multitude d’acteurs qui agissent sans cadre
institutionnel général, sans visibilité d’ensemble sur les impacts
économiques et sociaux, mais aussi sans contrôle externe de leurs propres
initiatives souvent individuelles.
Il y a donc lieu pour l’Etat de rétablir urgemment son autorité, de légiférer
pour une réattribution claire et régulée des responsabilités, des devoirs et des
moyens. En effet, poser un cadre institutionnel pour structurer l’informel
n’est pas une fin en soi et la « conversion » ne pourra réussir sans y mettre
les moyens.

Parmi ces derniers, on en retiendra deux majeurs : financier, en facilitant
l’accès au crédit et au financement ; et humain, et à cet égard la formation
est à placer en tête de toutes les priorités. Tout effort sera vain s’il ne
s’accompagne d’un apport de compétences ni d’une montée en qualification
des innombrables acteurs de l’économie informelle. Or il manque une filière
d’enseignements techniques appropriés à partir d’écoles de métiers qui
restent le plus souvent à créer, à la fois pour renforcer les capacités
techniques et de gestion des chefs d’entreprise ; et pour former et recycler la
65nombreuse main-d’œuvre déjà active .


65 Voir le chapitre Eduquer et former.
55

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin