Cultures croisées Japon - France

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Devant l'explosion de la Chine conquérante, qui en France sait que le Japon est enfin sorti de sa léthargie vieille de plus de dix ans (appelée "décennie perdue" par les japonais) pour se projeter vers l'avenir ? Les auteurs de ce recueil, tant français que japonais, se penchent sur cette renaissance étonnante, sur la vitalité de ce pays qui s'ingénie à transformer les structures de la société et à aménager ses villes dans le souci d'allier tradition et modernité, en cherchant à ne rien perdre de ce qui fait son originalité.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782336264035
Nombre de pages : 219
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CULTURES CROISÉES JAPON

- FRANCE

Un regard sur les défis actuels de notre société

Sous la direction de Brigitte Lestrade

CULTURES CROISÉES JAPON

- FRANCE

Un regard sur les défis actuels de notre société

Colloque

international et pluridisciplinaire 25 - 27 septembre 2006 Université de Cergy-Pontoise

Centre Civilisations des sociétés

de recherche Culturelles Comparées

et Identités

européennes et occidentales Équipe d'accueil 2529

(CrCC)

L'Harmattan

L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04936-9 EAN : 9782296049369

A Beate IMSCHWEILER Pour son soutien sans faille

Avant-propos
BRIGITTE LESTRADE UNIVERSITE DE CERGY-PONTOISE

Cet ouvrage est le fruit d'un colloque international et interdisciplinaire organisé à l'automne 2006 à l'Université de Cergy-Pontoise. Ce colloque qui a réuni une trentaine de chercheurs français et japonais, dont la moitié est spécialement venue du Japon, est venu couronner une coopération étroite entre deux établissements, l'Université de Cergy-Pontoise et l'Université préfectorale d'Osaka. Ce partenariat, qui s'insère tout naturellement dans le cadre des liens tissés de longue date entre le département du Val d'Oise et la Préfecture d'Osaka, a donné lieu à de nombreuses initiatives dans les domaines de la formation et de la recherche et contribue, à l'automne 2007, à célébrer les vingt ans de coopération entre le Val-d'Oise et la Préfecture d'Osaka. Le colloque de 2006 intitulé «Cultures croisées Japon-France» entendait poursuivre la démarche entreprise par les deux établissements, en permettant à un public encore peu familiarisé avec le Japon de connaître les réalités d'un pays si proche et si lointain à la fois. Si le département du Val d'Oise connaît une présence importante d'entreprises japonaises sur son territoire, si l'Université de Cergy-Pontoise a créé une filière de Langues Etrangères Appliquées Anglais/Japonais, la perception du Japon, de sa culture, de sa société, de ses problèmes actuels reste encore très fragmentaire. A cette volonté de participer au rapprochement de nos deux cultures s'ajoute la particularité que le colloque a été organisé et préparé en partenariat total, en binôme, pourrait-on dire, entre les chercheurs français de l'Université de Cergy-Pontoise et ceux de notre université partenaire japonaise, entre deux établissements séparés par des milliers de kilomètres et des conceptions culturelles différentes, sans oublier la langue du partenaire que la plupart des chercheurs ne maîtrisent pas. Mais cette coopération a très bien fonctionné, tant sur la forme que sur le fond. Ainsi, le programme a été conçu ensemble, et les chercheurs français et japonais qui ont apporté leur contribution à ce travail commun ont accepté de regarder au-delà de la frontière de leur pays pour mettre leurs savoirs à la portée de l'autre.

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L'ouvrage issu de ce colloque devrait susciter de la curiosité pour ce pays asiatique, rejeté quelque peu dans l'ombre par son encombrant voisin chinois. Devant l'explosion économique de la Chine conquérante, qui en France se soucie encore de savoir que la Japon est enfin sorti de sa léthargie vieille de plus de dix ans pour se projeter vers l'avenir? On se souvient que l'éclatement de la bulle spéculative, en 1991, a été suivi d'une période de quasi-stagnation du produit intérieur brut (PIB) où la croissance n'a guère dépassé 1% comparée à une moyenne de plus de 3% dans les années quatrevingt. Pendant cette période sombre pour le pays, souvent qualifiée de «décennie perdue» par les Japonais, le chômage avait presque triplé, les contrats précaires et à temps partiel s'étaient multipliés. Sous la pression de l'exigence de profitabilité, le principe de «l'emploi à vie» cher aux Japonais a été sérieusement écorné. La France, elle, connaît un déclin plus lent, mais les deux pays doivent faire face, chacun à sa manière, aux exigences de la modernité. Vieux pays industriels, parmi les plus prospères de la planète, le Japon et la France sont appelés à gérer les mutations sociales et culturelles engendrées par le vieillissement accéléré de leurs sociétés. Si le Japon, en raison de son faible taux de fertilité comparé à la France (1,26 enfant par femme comparé à 1,88 en 2005), est dans une situation autrement plus préoccupante, le déséquilibre entre jeunes et vieux est déjà perceptible dans les deux pays et ne pourra que s'aggraver à l'avenir. La population du Japon, de 127,7 millions actuellement, est susceptible de baisser de moitié dans 70 ans, une chute plus grave encore que celle annoncée dans des pays européens à la natalité languissante, tels que l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne. C'est dire que les évolutions sociétales doivent nous intéresser. Le Japon, seul pays au monde avec la France à avoir fixé l'âge officiel de la retraite à 60 ans, retient ses retraités le plus possible au travail, ou les rappelle, s'ils sont déjà partis, pour se substituer aux jeunes en nombre insuffisant. De cette manière, l'âge effectif des Japonais qui partent à la retraite atteint les 68 ans, alors qu'en France il est toujours de moins de 60 ans. L'exemple du Japon montre que la France, en dépit d'une situation démographique plus favorable, ne pourra pas faire l'économie d'une réforme dans ce domaine. Les réflexions menées dans les deux pays sur le financement des retraites et de l'assurance maladie et invalidité montrent que, si le Japon est, par la force des choses, précurseur dans ce domaine, la France est également concernée. A l'inverse, les jeunes Japonais, longtemps à l'abri d'un chômage qui ravage les jeunes Français, se voient depuis peu exposés à une fragilité accrue en matière de recrutement. Des phénomènes 8

sociaux apparaissent au Japon tels que les «freeters », comme on appelle depuis peu les jeunes qui n'ont que des petits boulots (un terme composé de l'anglais «free» et de l'allemand «Arbeiter »), ou les NEETs (Not in Employment, Education or Training), des jeunes qui sont totalement laissés à l'abandon. Ces transformations vont de pair avec l'émergence d'une culture spécifique aux jeunes, dont le Japon était jusqu'à présent largement épargné, mais qui les saisit d'autant plus fortement que leur nombre se réduit. Le colloque Japon-France ayant eu lieu à Cergy-Pontoise et non à Osaka, il est compréhensible que la majeure part des communications rassemblées dans cet ouvrage se penchent sur la situation de la société au Japon: condition des personnes âgées, des jeunes, mais aussi réponses apportées par les pouvoirs publics en matière d'aménagement du territoire qui prennent en considération les mutations sociétales du pays et la volonté de conjuguer le maintien d'une culture ancestrale à la nécessaire adaptation à la modernité. La partie urbanisme et environnement de cet ouvrage, une préoccupation d'une importance cruciale pour les Japonais, est introduite par une comparaison inédite de deux villes nouvelles, celle de Cergy-Pontoise, dans la banlieue de Paris, et celle de Sakaï, dans la banlieue d'Osaka, les deux villes qui se sont associées dans cet étroit partenariat. Le rapprochement de ces deux entreprises ambitieuses ayant des buts analogues mais étant situées dans des aires culturelles très différentes ne pourra manquer d'en faire ressortir les convergences et les divergences. Certaines contributions ont été rédigées en anglais, une langue plus répandue au Japon que le français. Cette initiative franco-japonaise, qui a reçu au Japon le soutien des autorités de tutelle, et en France celui des collectivités territoriales, a donné lieu à un ouvrage qui mérite l'intérêt de ses lecteurs. Cet ouvrage s'ouvre sur une petite présentation du Japon par Masahiro Terasako. Il nous montre que les Japonais, à l'instar des Chinois, se situent au centre du monde, et non pas à l'Extrême-Orient, comme la France a coutume de les voir. Les Japonais ont de tout temps hésité entre le monde asiatique et le monde occidental, prenant au passage des acquis à la Chine, tels que des éléments de leur écriture, ou adoptant certains comportements des Occidentaux; le Japon n' a-t-il pas été le seul pays non-occidental à vivre la révolution industrielle au 19èmesiècle, à peine plus tard que l'Europe ou les Etats-Unis? Après la césure que constitue la deuxième guerre mondiale, dont les séquelles ne sont pas totalement surmontées, notamment dans les relations avec ses voisins asiatiques, le Japon, tout en défendant ses spécificités culturelles, reste proche de l'Occident, dont il adopte certains 9

comportements d'humour.

culinaires,

ce que l'auteur

rapporte

avec beaucoup

La partie consacrée aux mutations sociales par Kenji Kuroda débute par une étude du vieillissement de la population japonaise et des problèmes qu'il induit pour le système d'assurance-soins de longue durée créé par le gouvernement japonais en 2000. Après une brève présentation de la composition par âge de la société japonaise et de son évolution probable, l'auteur décrit le nouveau système d'assurance-soins pour les personnes âgées, qu'il distingue clairement à la fois de l'assurance-retraite et de l'assurance-maladie. Il décrit les services offerts dans le cadre de cette assurance, son fonctionnement assuré par les municipalités, ainsi que les changements introduits en 2006, afin de pérenniser un système soumis à des pressions financières croissantes. Tandis que Kenji Kuroda se penche sur la société japonaise vieillissante et le maintien de sa santé et son bien-être matériel, Brigitte Lestrade étudie les seniors en France, dont la majorité ne semble pas encore avoir pris conscience du vieillissement de la population française et de la nécessité de travailler plus longtemps pour s'assurer une retraite convenable. Les Français partagent avec les Japonais une tendance à l'accroissement de l'espérance de vie qui ne se dément pas. Le taux d'activité des seniors en France est un des plus bas d'Europe, une situation soigneusement entretenue tant par les mesures de l'Etat que par le refus des entreprises de recruter des seniors, un terme qui a tendance à s'appliquer à des personnes de plus en plus jeunes. La perception commence néanmoins à se faire jour que la retraite à 60 ans est un leurre que la réforme de 2003 a déjà commencé à vider de sa substance et que les réformes ultérieures, que le nouveau gouvernement ne manquera pas de mettre en œuvre, amèneront les Français à atteindre l'objectif de Bologne, à savoir un taux d'emploi de 50% des senIors. Retour au Japon avec la contribution de Bernard Thomann qui se penche sur le phénomène de 1'« emploi à vie» cher aux Japonais. Pour étudier ce système propre au Japon, l'auteur se penche sur sa naissance au début de l'industrialisation et souligne sa filiation avec le monde traditionnel des artisans. Les exigences d'une spécialisation de plus en plus fine ont poussé les entreprises à mettre au point des conditions d'emploi privilégiées pour retenir leurs salariés, dont l'introduction d'une allocation retraite, pratiquée par certaines banques. Même après la guerre, les entreprises ont maintenu des grilles de salaires selon l'âge et l'ancienneté, un système facilement 10

accepté par les salariés qui, en contrepartie, bénéficiaient d'une garantie de l'emploi. Comme le souligne l'auteur, ce système ne profitaient qu'aux salariés masculins, la main-d'œuvre féminine étant censée quitter l'entreprise au moment du mariage ou au plus tard à la naissance du premier enfant. La crise économique de 1990 a mis à mal ce système. L'auteur analyse le dérèglement de cette pratique basée sur la rationalité économique et le consensus social, où la précarisation de l'emploi masculin se double d'une poussée de l'emploi féminin, une évolution récente au Japon. L'économiste japonais Shigeki Kano se penche sur un des soucis les plus graves de la société japonaise, à savoir l'emploi des jeunes. Depuis les années quatre-vingt-dix, la situation des jeunes au regard de l'emploi s'est considérablement détériorée. Leurs chances de trouver un emploi stable se sont amoindries, obligeant une frange croissante des jeunes à accepter des petits boulots et les contraignant à des changements d'emploi fréquents. Récemment, on constate en outre un accroissement important du nombre de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation, un phénomène qu'on croyait réservé aux pays européens. Après avoir brossé un tableau de l'emploi des jeunes au Japon, en France et dans les pays de l'OCDE, l'auteur analyse les facteurs qui ont contribué à cette situation, notamment les changements affectant la transition entre l'école et le monde du travail. Il s'interroge également sur l'absence de mesures gouvernementales susceptibles de contrecarrer cette évolution néfaste pour les jeunes Japonais. L'étude de Joseph Britton se concentre sur la culture de la jeune génération au Japon, plus particulièrement sur le comportement de ceux qui préfèrent fuir le contact avec le monde réel en s'adonnant à des jeux vidéo. Basée sur une enquête auprès de 400 jeunes étudiants en mathématiques, physique et informatique, il dégage une typologie de ceux qu'il qualifie de « Otacool », une création du japonais «otaku» et de l'anglais «cool », qui désigne la variante japonaise de la génération Internet. Il leur associe des préférences en matière d'habillement, de nourriture, de passe-temps, voire de tendances religieuses, qui soulignent clairement la distance qui les sépare de la population japonaise telle qu'on se l'imagine en Europe. Puis, il brosse un portrait des mondes virtuels, tels que celui des « Pokémons », investis par les jeunes Japonais depuis les années quatre-vingt-dix. Si l'auteur estime que la génération des «Otacool » a fortement contribué à moderniser le Japon, il s'inquiète néanmoins de certaines tendances actuelles de ces jeunes qui refusent de s'intégrer à la société.

Il

La deuxième partie de cet ouvrage, consacrée à l'urbanisme et à l'environnement, débute par une double présentation de la ville de Sakaï, dans la banlieue d'Osaka, dans une optique d'études régionales. Masahiro Terasako et Kenji Kuroda, de l'Université préfectorale d'Osaka qui est située à Sakaï, en brossent un portrait complémentaire. Masahiro Terasako s'attache à situer Sakaï dans une perspective historique, remontant au 16ème siècle, lorsque la ville était un grand centre commercial, ouvert au monde et connu des Européens. Il retrace son évolution par le biais de l'évocation des destructions qui ont frappé la ville au cours des siècles. Kenji Kuroda complète cette présentation historique par un commentaire sur, d'une part, l'importance des études régionales pour les universitaires japonais, d'autre part, les mutations de la société japonaise après la seconde guerre mondiale, qui ont fait l'objet de nombreuses analyses dans le cadre des études de la région de Sakaï et du Sud d'Osaka. Didier Desponds fait écho à la présentation de la ville nouvelle de Sakaï, dans la banlieue d'Osaka, avec son étude des villes nouvelles créées dans les années soixante en banlieue parisienne, notamment Cergy-Pontoise. Après une brève évocation de la mise en place du projet proposé pour l'agglomération parisienne, l'auteur se penche sur les multiples paramètres à prendre en considération pour en assurer le succès. Il fallait tenir compte des réalités locales, notamment du contexte démographique, des structures du tissu d'emploi, des transports et de nombreux autres critères d'autant plus importants que l'implantation des villes nouvelles n'a pas été conçue ex nihilo, mais a reposé sur l'intégration de villages existants. Après la présentation du projet et de son implémentation, l'auteur se penche sur l'arrivée à maturité des villes nouvelles et sur leur retour au droit commun. Cette étude se complète par une analyse socio-économique des populations et des nouvelles structures. Dans sa contribution sur l'aménagement nord du quartier d'Umeda (champ de pruniers, à 1' origine) à Osaka, Raphaël Lanteri présente le nouveau projet de la municipalité dans un des quartiers les plus dynamiques de la métropole japonaise qui regroupe plusieurs compagnies de chemins de fer privées. Après un bref aperçu historique, l'auteur montre qu'un des traits caractéristiques spécifiques de la structuration urbaine des grandes gares japonaises, dont celles d'Osaka, réside dans leur insertion dans un ensemble de nombreux hôtels, de bureaux et de commerces. La fonction initiale de simple transport de voyageurs est devenue minoritaire. Le nouveau projet d'Umeda, lancé avec dix ans de retard, est conduit par la municipalité, avec le concours de l'Etat qui lui a cédé des terrains au centre ville; il reposera 12

sur un appel d'offres international, procédure rare au Japon, dont les résultats seront soumis à l'approbation du public. Après une présentation des différentes phases du projet, l'auteur en analyse les enjeux, tant économiques que sociétaux. Si Raphaël Lanteri se concentre sur l'aménagement du centre d'Osaka, Corinne Tiry élargit le regard à l'ensemble appelé Keihanshin, un toponyme issu de l'addition des premiers idéogrammes de Kyoto, Osaka et Kobe. Après avoir donné quelques caractéristiques de cette conurbation constituée à partir de ces trois centres historiques et comprenant plus de 18 millions d'habitants, Corinne Tiry donne un aperçu de l'infrastructure de transport de cette région charnière. Partant de l'ère Meiji, à la fin du 19ème siècle, l'auteur retrace le développement du territoire qui reste étroitement lié à celui du réseau des chemins de fer qui se constitue. Depuis le début du 20ème siècle, les compagnies privées de chemin de fer métropolitaines contribuent à l'aménagement du territoire selon une stratégie urbaine et commerciale encore en vigueur aujourd'hui. Après la guerre, s'y ajoute un réseau routier de plus en plus dense; au centre de tous ces réseaux se trouve Osaka. L'auteur analyse la mobilité et la part des différents modes de transport dans les trois centres qui composent Keihanshin, s'attardant sur la nouvelle gare de Kyoto, porte du Japon sur le monde. Kyoto, doté d'un riche patrimoine architectural et religieux que la deuxième guerre a épargné, est un conservatoire de la mémoire du Japon. Dans son développement sur les politiques de préservation du paysage urbain à Kyoto au 20èmesiècle, Nicolas Fiévé analyse les mesures prises pour la sauvegarde de cet héritage ancien. Le Japon s'est doté d'une législation pour conserver siècle, qui a d'abord concerné son patrimoine artistique dès la fin du 19ème les édifices religieux. La préservation des paysages et de l'architecture traditionnelle n'intervint que des décennies plus tard. La réglementation sur les secteurs de paysage protégé, analysée en détail par l'auteur, conduit toutefois à un relâchement des mesures de protection. C'est surtout le centre de Kyoto, fait de maisons de bois traditionnelles, qui est menacé de destruction, sous l'effet conjugué du renchérissement des terrains à construire et de frais de succession prohibitifs. S'y ajoute le souci de la municipalité de lutter contre les incendies, une logique qui s'oppose à la sauvegarde du paysage urbain traditionnel. Les exemples d'atteintes à la préservation du paysage cités par l'auteur montrent que la ville de Kyoto est soumise à des contraintes socio-économiques très fortes, que les habitants prennent peu à peu conscience de la nécessité de sauvegarder leur

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environnement urbain traditionnel, encore moins qu'en Europe sans doute, mais qu'ils refusent de considérer leur ville comme un musée.

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La petite présentation Meiji.
MASAHIRO UNIVERSITE TERASAKO PREFECTORALE

du Japon depuis l'Ère de

D'OSAKA

Le Japon se situe à l'Extrême-Orient. C'est vrai si on regarde cette carte géographique ci-dessous. L'Extrême-Orient se traduit en japonais mot à mot: « Kyokuto » (l'extrême est). Mais il est difficile pour les écoliers japonais de le comprendre. Pourquoi? Parce que chez nous on ne leur montre pas à l'école la même carte que celle utilisée par les Occidentaux. La carte utilisée au Japon est la deuxième, celle où le Japon se trouve au milieu de la Terre. Vous voyez que le Japon se trouve juste au centre du Monde, tandis que la France se trouve à l'Extrême-Occident!

Carte 1) le Japon à l'Extrême-Orient

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Carte 2) Le Japon au centre du Monde

Le Japon est un des pays asiatiques. Les habitants, les cultures ont donc des points communs avec ses pays voisins comme la Chine et la Corée. Pendant 2000 ans, la Chine était le maître du Japon, qui lui donnait des connaissances bien avancées. Beaucoup de choses, dont les caractères chinois, ont été introduites de la Chine en passant par la péninsule coréenne. Le Japon avait donc de bonnes relations avec ces pays voisins, mis à part quelques rivalités et rarement des guerres1. Mais à la fin de l'époque d'Edo et au début de Meiji (depuis l'an 1868), les relations avec ces pays ont changé. La venue des «vaisseaux noirs» américains donna aux Japonais de l'époque l'occasion de savoir qu'il existait à l'autre bout du Monde des pays beaucoup plus puissants, beaucoup plus avancés que le Japon. Et le nouveau gouvernement de Meiji a lancé un slogan: « évasion de l'Asie et approche de l'Occident2». Cela veut dire que le Japon choisit de devenir un des membres de l'Occident malgré sa position géographique et sa propre et riche culture qui s'était établie pendant la fermeture du pays: culture qui a tant charmé une partie des Européens, surtout les artistes. C'est ce qu'on appelle le Japonisme.
En 1592 et en 1598, Hideyoshi Toyotomi, celui qui a réussi à unifier le Japon, a envoyé en vain ses soldats en Corée. On l'appelle « BunroIru-Keichô no eki ». En 1894, le gouvernement de Meiji a déclaré la guerre contre la Chine appelée « Shin », et il fut victorieux, ce qui a étonné des pays européens. En 1910, le Japon a colonisé la Corée, puis, en 1931, il a envahi la région chinoise de Mandchourie, et il a continué la guerre jusqu'à la défaite totale de la deuxième guerre mondiale en 1945. 2 Certains disent que c'est Yukichi Fukuzawa, intellectuel de l'ère de Meiji, qui l'a proposé, mais ce n'est pas sûr. 16 1

Mais introduire ce slogan, c'était un choix, dans un sens, inévitable. Sinon, le Japon aurait été une terre convoitée par ces puissances occidentales, il serait tombé sous la domination de celles-ci. Le Japon se mit ainsi à accélérer la modernisation et l'occidentalisation du pays en imitant, en se calquant sur le développement des pays de l'Europe. Il ne mit que vingt ans à peu près, ce qui est étonnant, pour égaler ces puissances. Comment fut-il possible d'accomplir un développement aussi rapide? Le comte Charles de Montblanc3 qui se trouvait au Japon à la fin de l'époque d'Edo jusqu'au début de Meiji, s'étonna de cette obstination, de cette curiosité, de cet esprit investigateur des Japonais de l'époque, dans ses livres: « Le Japon» (écrit à Paris en 1865) et «L'Etat actuel du Japon» (1866, extrait du Bulletin de la Société de géographie, janvier 1868.).

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Pourtant, les efforts des Japonais pour rattraper les pays avancés entraînèrent de mauvais résultats: le Japon réussit non seulement à égaler l'Europe dans les choses positives mais également dans les actes indignes: bon disciple, il essaya de coloniser ses pays voisins, comme ses modèles européens et il le réalisa en effet. Le Japon devint ainsi l'ennemi de ses voisins asiatiques: ce
3 Charles de Montblanc, 1833-1898, comte qui est venu au Japon en 1861 et qui a laissé plusieurs essais sur le Japon. Et à l'Exposition universelle de Paris en 1867, il a travaillé comme représentant du Satsuma et du royaume d'Okinawa qui y ont participé indépendamment du Shogunat. 17

qui lui apporta finalement la grande défaite de la Deuxième Guerre Mondiale. Aujourd'hui, après cette guerre, soixante ans après la guerre, le Japon ne peut toujours pas rétablir de bonnes relations avec ces pays voisins. Il ne regarde, après la guerre, que son « ami USA» et ne marche que sur ses pas. TIfaut se rappeler ici en passant que le nouveau gouvernement de Meiji réalisa une autre politique de colonisation: colonisation intérieure, pourraisje l'appeler. C'est la politique d'assimilation des habitants ainous de Hokkaido (appelé jusqu'alors « Ezo = Barbares du Nord ») en leur enlevant la terre et la langue. A l'Ère de Meiji, le Japon introduisit cependant un autre slogan à portée plus culturelle et plus amicale: « l'esprit japonais et l'intelligence occidentale4 ». Même si on introduit la civilisation et les connaissances européennes, il ne faut pas perdre les cultures japonaises traditionnelles et la façon de vivre à la japonaise. TI faut harmoniser l'âme japonaise et la technologie européenne, pensaient les Japonais de l'époque. Cette manière de penser provient de l'ancien homme politique japonais Michizane Sugawara (845-903) qui demanda aux Japonais d'avoir: «l'esprit japonais et l'intelligence chinoise ».

Michizane Sugawara

Sugawara était aussi un savant et il est déifié comme patron des études dans des temples appelés «Tenmangu »5. Les Japonais introduisirent et
4 Avant cela, le Japon avait un autre slogan: «l'esprit japonais et l'intelligence chinoise », proposé par un savant qui était aussi un homme politique, Michizane Sugawara. La culture japonaise avait ainsi toujours un caractère métis. 5 Sugawara était vraiment intelligent, et c'était la cause de son malheur: il a été relégué par ses concurrents politiques dans le Kyushu, à Dazaïfu où il y a un grand 18

introduisent encore aujourd.'hui des technologies avancées des Etrangers et les adaptent à la vie japonaise. Certains appelèrent ironiquement cet acte., cette façon de faire, «une singerie », mais d'autres pensèrent que ce n'était pas une chose honteuse: adaptation, c'est une sorte de création. D'ailleurs, au Japon, il y a beaucoup de choses de style mi-japonais, mi-occidental. On l'appelle: « compromis entre Japonais et occidental »..Si vous entrez dans une maison japonaise, vous voyez partout cet éclectisme.. Vous trouvez, par exemple, des pièces de style occidental à côté de celles où il y a des tatamis. Pour les nourritures aussi, ce mélange est évident. On dit souvent que le Japon est un pays dont la population mange du riz et du poisson. C'est vrai, mais ces deux ne sont pas exclusifs. Chez nous, on mange comme en France beaucoup de choses, dont de la viande, évidemment. Par exemple, vous avez « tonkatsu »,. c'est une sorte d'escalope milanaise, mais en. fait une côtelette de porc panée. En plus il y a une autre adaptation; on en a créé une cuisine « katsudon », ce qui est un bol de riz sur lequel on met du tonkatsu avec de l'œuf mi-cuit : ce qu'on aime beaucoup au Japon.

tonkatsu

temple - Ternnangu - construit pour lui. 19

katsudon

Je prends un autre exemple: c'est un «omuraÏs », une omelette qui contient du riz cuit, et qu'on fait sauter avec du ketchup. Pouvez-vous imaginer cela? Ci-dessous deux images du plat. De belles adaptations japonaises. On dit que ces adaptations ont été faites pour pouvoir manger du riz avec des aliments nouveaux6.

omuraÏs juste avant la fin de la préparation 6 Yoichi Katumi le remarque, par exemple dans un ouvrage: «Shiruwo Tanoshimu - Cuisine européenne et les Japonais », 2006, éd. NHK. 20

omuraïs achevé

Après ces nourritures terrestres, revenons à la réflexion et à ce qu'est le Japon de nos jours. Il y a chez nous comme dans d'autres pays beaucoup de problèmes: emploi des jeunes, problèmes de famille, enseignements, société vieillissante, etc., dont il sera question plus loin. Pour finir, je note une chose. Jusqu'ici donc, le Japon a toujours regardé les pays européens, et après la Deuxième Guerre Mondiale, surtout les USA, mais maintenant il y a de plus en plus de Japonais qui proposent un nouveau slogan: « évasion de l'Occident et approche de l'Asie». C'est une idée, mais il semble que d'autres pays d'Asie restent sceptiques à l'égard du Japon, puisque notre gouvernement continue d'aller prier au temple shintoïste Yasukuni, lieu sacré, censé être le symbole du Japon colonialiste et nationaliste, où d'ailleurs l'on a ajouté en 1978 à la liste des déifiés quatorze criminels de la Deuxième Guerre Mondiale de classe A. Puisque le Japon se situe dans un coin de l'Asie, il est tout naturel d'avoir de bonnes relations avec les pays d'Asie, mais faut-il pour cela faire évincer l'Occident? Pourquoi doit-il ne se tourner que vers son propre continent? Dans cette Terre devenue de plus en plus petite, il n'y a pas de raison de choisir tels pays comme amis et en laisser d'autres de côté. Il faudrait chercher le chemin sur lequel on est toujours accueillant à tous. Voilà une des raisons pour lesquelles nous avons organisé ici à UCP ce colloque: Cultures Croisées Japon - France. Nous avons ici l'occasion de rapprocher nos cultures en renforçant notre amitié!

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