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D'une mondialisation à l'autre

De
272 pages

Cet ouvrage de référence présente les mécanismes et les rythmes du développement économique mondial depuis la Grande Dépression de 1880 jusqu'au nos jours. Illustré de cartes simples et essentielles, il accorde une attention particulière aux conséquences de la mondialisation, aux mutations des anciens pays communistes, à la crise actuelle et aux enjeux de ce début de XXe siècle, à la fois sur le plan historique, géographique et géopolitique.

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Introduction
S’il est une période pour laquelle il paraît justifié de parler d’accélération de l’histoire, ce sont bien les quelques cent dix années qui se sont écoulées depuis le e début duXXsiècle. Accélération des rythmes démographiques d’abord, qui est liée à la baisse spectaculaire – bien qu’inégale selon les pays – de la mortalité et à l’al-longement de la durée moyenne de la vie. De 1,6 milliard en 1900, la population mondiale a dépassé les 5 milliards d’individus en 1987 et les 6,7 milliards en 2008. Elle a plus que doublé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, augmentant d’un chiffre supérieur à celui de cette même population depuis les débuts de l’hu-manité ! Selon les prévisions du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le monde devrait compter 8 milliards d’habitants en 2025 et 9,4 milliards en 2050… L’accélération des progrès scientifiques et technologiques a alimenté e trois « révolutions » industrielles : à la première, héritée duXIXsiècle et fondée sur e la machine à vapeur et l’acier, a succédé – à partir du début duXXsiècle et dans l’entre-deux guerres – une seconde révolution dont les fers de lance ont été l’élec-tricité, le pétrole et l’automobile et, enfin, une troisième qui est la révolution élec-tronique et informatique et dont l’ordinateur est la machine emblématique. Les condi-tions de travail et de vie en ont été bouleversées et l’homme a élargi ses horizons au-delà du globe terrestre en explorant les espaces interplanétaires. Les progrès des transports et des télécommunications ont accru la mobilité des hommes et resserré les liens entre les continents favorisant la « globalisation » de l’économie au début e duXXsiècle (première mondialisation), puis à partir des années 70 (deuxième mondialisation), périodes au cours desquelles la domination sans partage d’un système économique – le capitalisme et l’économie concurrentielle de marché – ont stimulé la liberté de circulation entre les États des capitaux ainsi que des échanges de produits et de services. Au total, les économies et les sociétés humaines ont connu davantage de changements que durant les siècles précédents. Des chan-gements qui se sont effectués dans des cadres renouvelés avec la disparition de ces grandes constructions politiques qu’étaient les Empires – le russe, l’austro-hongrois, l’ottoman à l’issue de la Première Guerre mondiale – puis les Empires coloniaux e européens dans la seconde partie duXXsiècle et, enfin l’Empire soviétique, la chute du mur de Berlin en 1989 signant l’acte de décès de cette longue période d’expé-rience socialiste inaugurée par la révolution d’octobre 1917.
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Si l’on fait le bilan de la période, on peut sans aucun doute parler d’une amélioration de la condition humaine d’autant plus que les progrès matériels se sont accompagnés d’un développement des institutions démocratiques et de l’affirmation des droits de l’homme qui font l’objet d’une Déclaration univer-selle depuis 1948. Pour autant, si progrès il y a, il n’a pas été linéaire car ont alterné des périodes d’expansion et de recul. Expansion durant la Belle Époque (1901-1914), les années 20 – qualifiées d’« années folles » –, puis à l’époque des Trente Glorieuses des décennies 50 et 60 quand les taux de croissance économique ont atteint des niveaux jusqu’alors inconnus. Crises en revanche avec les deux guerres mondiales (1914-1918, 1939-1945), le krach boursier de 1929 – qui a fait des années 30 les « années sombres » – , les chocs pétroliers de 1973 et de 1980 qui ont contribué au ralentissement de la croissance et ont ouvert une période d’in-certitudes émaillée de phases d’expansion et de difficultés culminant en fin de période avec la crise financière de 2008 dont les conséquences économiques sont comparables à celles de la Grande Dépression qui avait frappé le monde quatre vingt ans auparavant… Donc, un progrès qui n’a pas été continu et qui , en outre, a laissé se perpétuer des inégalités au sein des nations et à l’échelle de la planète, l’écart continuant de se creuser entre les pays riches et les pays pauvres, même si certains de ceux-ci ont récemment « émergé » mais au prix d’une inté-gration dans un ordre économique mondial, celui de la mondialisation libérale, contrôlé par les pays développés. C’est cette pauvreté et le retour à certains formes d’obscurantisme religieux qui expliquent les progrès du terrorisme isla-miste révélés par les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, et par les chocs en retour qui déstabilisent le Moyen-Orient avec l’intervention militaire occidentale en Afghanistan en 2001-2002 et celle des États-Unis et du Royaume-Uni en Irak en 2003. Enfin, la maîtrise du monde s’est accompagnée d’une dilapidation des ressources non renouvelables et de la multiplication des atteintes à l’environnement qui hypothèquent l’avenir des générations futures, tandis que le progrès des technologies nucléaires, expérimentées lors de la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945, sont toujours lourds de menaces comme en témoigne l’explosion d’un réacteur de la centrale soviétique de Tchernobyl en 1986 et l’acquisition éventuelle de l’arme atomique par l’Iran. Cet ouvrage se propose d’abord d’être un manuel de base pour les étudiants de première année des classes préparatoires économiques et commerciales (ESC) de la voie scientifique, mais il s’adresse aussi à tous ceux qui sont inté-ressés par l’évolution économique et sociale du monde depuis le début du e XXsiècle.
Introduction
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La première mondialisation (1901-1914)
A. De la première à la seconde révolution industrielle
Les héritages Fondée sur l’utilisation de la machine à vapeur, la fabrication de l'acier et le travail mécanique des fibres textiles, la première révolution industrielle e e – commencée à la fin duXVIIIsiècle et auXIXsiècle – s’est poursuivie au cours e des premières années duXXsiècle. De multiples perfectionnements ont permis alors d'augmenter la puissance, la vitesse et le rendement des machines mobi-lisant l'énergie fournie par le charbon grâce aux turbines à vapeur. La capacité des hauts fourneaux s'est accrue et les techniques de façonnage de l'acier en continu ont été expérimentées avec l'introduction de laminoirs à bandes. Les performances des machines-outils se sont améliorées grâce à la mise au point des aciers à coupe rapide au manganèse, au tungstène et au vanadium. Les techniques de filature et de tissage ont été améliorées, l’utilisation du métier méca-nique se répandant à partir de 1900. Les activités industrielles se sont concen-trées dans les « pays noirs » de Grande Bretagne (Écosse, Northumberland, Midlands, Lancashire, Yorkshire, pays de Galles), en Allemagne (la Ruhr), en France et en Belgique (le bassin du Nord-Pas-de-Calais prolongé par le Borinage) et, hors de l’Europe du Nord-Ouest, en Russie avec le bassin ukrainien du
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Donbass et, aux États-Unis, dans la région des Grands Lacs. Toutefois, l’exis-tence d’une main-d’œuvre abondante, d’un marché de consommation important et d’une longue tradition manufacturière déterminaient la présence des indus-tries textiles dans les grandes régions urbaines dépourvues de charbon, en Europe occidentale, en Russie, au Japon et aux États-Unis en Nouvelle-Angleterre et, de plus en plus, dans le Vieux Sud, réserve peu coûteuse et docile de travailleurs noirs. A la veille de la Première Guerre mondiale, la hiérarchie des grandes nations s'établissait toujours en fonction essentiellement des tonnages de charbon et d'acier qui étaient les principaux révélateurs de la puissance industrielle, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France fournis-sant plus de 85 % des productions mondiales. De nouvelles énergies et de nouveaux produits e Pourtant, depuis la fin duXIXsiècle, l’innovation technologique permettait la mobilisation d’énergies autres que le charbon (électricité, pétrole) et le déve-loppement d’activités nouvelles (métaux non ferreux, chimie organique, construc-tion automobile) caractéristiques de la « seconde révolution industrielle » qui e marque les débuts duXXsiècle et s’épanouira dans la période de l’entre-deux-guerres. La production d’électricité était fournie par les turbines à vapeur des centrales thermiques et par des installations utilisant les ressources en houille blanche des régions montagneuses ou de modelé glaciaire notamment, grâce à la construction de nouvelles turbines hydrauliques. L’utilisation du moteur élec-trique s’est développée tandis que la durée et la luminosité des lampes se sont améliorées avec les filaments au tungstène et la création, en 1910, des tubes au néon. L’utilisation de l’électricité dans l’industrie des métaux a donné nais-sance à l’électrométallurgie avec l’essor de la fabrication par électrolyse de l’aluminium (le four électrique a été inventé par le Français Henri Moissan, prix Nobel de chimie en 1906) et l’apparition du duralumin, alliage très résistant d’alu-minium, de cuivre et de magnésium. La machine à vapeur et le moteur électrique ont trouvé un concurrent redoutable dans le moteur à combustion interne, ou moteur à explosion, utilisant l’énergie fournie par les carburants obtenus par le raffinage du pétrole – l’or noir – dont l’extraction a presque triplé du début e du siècle à 1913. Du début duXXsiècle à la veille de la Première Guerre mondiale, les États-Unis ont conforté leur place de premier producteur mondial (64 % du total en 1913) grâce au développement de l’extraction en Californie, dans leMidcontinentet au Texas, notamment sur le littoral du golfe du Mexique. L’extraction s’est également développée en Amérique latine, au Venezuela où
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des compagnies américaines ont participé à l’exploitation des puits de pétrole entourant la lagune de Maracaibo, au Mexique (gisements du Rio Panuco à partir de 1903 et de Tuxpan inauguré en 1908), en Colombie, au Pérou, en Argentine. Au Moyen-Orient, les Britanniques étaient présents en Iran, le prin-cipal fournisseur de la région, mais dont la part dans la production mondiale demeurait encore très modeste en 1913. Les techniques de production de la chimie minérale se sont perfectionnées, notamment pour la fabrication de l’acide sulfurique, de la soude et de l’ammo-niac dont la synthèse industrielle fut réalisée en 1913 par l’Allemand Haber e pour la firme BASF. Mais les débuts duXXsiècle sont surtout marqués par l’émergence de la chimie organique utilisant les produits carbonés fournis par la distillation du charbon et du pétrole pour obtenir, parmi de multiples produits, les colorants (indigo synthétique), les fibres chimiques et les premières matières plastiques, cellulose et bakélite.
De nouvelles méthodes de travail Le développement industriel reposait aussi sur le recours à des méthodes nouvelles d’organisation du travail mises au point par l’Américain Taylor, le créa-teur de l’organisation scientifique du travail (OST), le taylorisme, qui repose sur la mécanisation des usines et le développement du travail à la chaîne, permet une production de masse, standardisée et à des prix de revient abaissés du fait de l’augmentation de la productivité. Ces nouvelles méthodes de travail ont été introduites dès 1913 dans les usines automobiles d’Henry Ford, permettant une amélioration spectaculaire de la productivité. Le fordisme intègre donc le taylo-risme, mais sans se confondre cependant avec lui dans la mesure où, pour Henry Ford, le travail à la chaîne devait nécessairement s’accompagner d’une augmentation des salaires ouvriers afin que la consommation de masse puisse absorber la production de masse.
Les progrès des transports et des communications Les progrès de la métallurgie, pour la construction des rails, et de la vapeur, pour la traction du matériel roulant, ont permis l’essor des chemins de fer qui a joué un rôle considérable à la fois comme stimulant de la croissance des industries sidérurgique et mécanique, et aussi comme moyen privilégié de structuration de l’espace par la redistribution de la population et des activités. Ce fut le cas dans les vieux pays d’Europe occidentale, où le chemin de fer a facilité l’exode rural vers les « pays noirs » et les grandes villes industrielles, comme sur les fronts pionniers, leFar Westaux États-Unis, où la prairie a été
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peuplée grâce à la voie ferrée, et les immensités sibériennes en Russie. Le recours à de nouvelles sources d’énergie et l’augmentation de la production d’acier n’ont pas manqué de bouleverser les conditions de construction et d’utilisation des navires, la marine à voile étant supplantée par la marine à vapeur, leclipperpar lesteamer. Munie du moteur à explosion, l’automobile, qui était appelée à transformer radicalement la hiérarchie des modes de transport terrestres, a fait son entrée dans l’histoire par l’introduction de nouvelles méthodes de fabrication (la première chaîne de montage d’automobiles a été installée par la firme américaineOldsmobileen 1901) et par de nouvelles inventions. Celles-ci ont concerné les moteurs montés sur les véhicules auto-mobiles (construction du moteur à huit cylindres, le V8, par Clément Ader en 1902) et les équipements : le frein à disque breveté en 1902, le premier verre de sécurité pour les glaces de pare-brise fabriqué par la société américaine Corning Glassen 1905, le Delco et le démarreur électrique mis au point par l’Américain Charles Kettering et monté en série parCadillacen 1912, l’aver-tisseur sonore de la firmeKlaxonen 1914. À la carrosserie « sur mesure » des premiers temps de l’automobile a succédé la carrosserie « de confection » de véhicules fabriqués en grande série comme le modèle T construit parFord. Le e début duXXsiècle marque les débuts de l’aviation – en 1903, les frères Wright réussirent à faire décoller et voler aux États-Unis leurFlyer, un appareil « plus lourd que l’air » équipé d’un moteur à explosion et, en 1909, Blériot traversait la Manche – et de l’utilisation du téléphone et de la radiodiffusion ou télégra-phie sans fil (TSF) fondée sur la détection et la réception des ondes hert-ziennes.
Les transformations de l’agriculture Secteur ancien et traditionnel, l’agriculture n’a pourtant pas échappé aux bouleversements provoqués par les transformations des conditions de produc-tion industrielles dans les pays de l’Europe du Nord-Ouest et dans les zones situées outre-mer de climat tempéré et peuplées par les Européens. Les progrès techniques ont permis l’augmentation de la production agricole, la disparition des disettes, l’amélioration et la diversification de l’alimentation. Ils ont aussi entraîné un accroissement des revenus de la paysannerie dont les effectifs ont été réduits par l’accélération de l’exode rural dans les campagnes européennes et américaines. En Europe occidentale, l’agriculture s’est intégrée dans le système capitaliste avec la formation de grandes exploitations bénéficiant des progrès des industries chimiques, fournissant les engrais, et mécaniques fabri-
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quant les machines. L’autoconsommation des produits a reculé en relation avec l’augmentation des débouchés liée aux progrès de l’urbanisation, et grâce au chemin de fer qui a désenclavé les régions et permis le remplacement de l’an-cienne polyculture vivrière par des spéculations agricoles adaptées aux condi-tions des diverses régions. Dans les pays « neufs » d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et dans les zones de peuplement européen de l’hémisphère sud (Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande), exportateurs de denrées alimen-taires et de matières premières d’origine agricole, céréales, coton, viande et laine, les systèmes de production étaient adaptés à la présence de vastes surfaces à faible densité de population comme les prairies américaines, leMiddle West aux États-Unis, le Manitoba au Canada et la Pampa argentine. Peu impor-taient les rendements à l’hectare, qui étaient deux fois inférieurs à ceux d’Europe occidentale, car les cultures étaient de type extensif de même que l’élevage de ranching, des bovins pour la viande au Texas et dans la Pampa, des ovins en Australie et en Nouvelle-Zélande. En revanche, la rareté de la main-d’œuvre et la grande taille des exploitations impliquaient le recours massif à la méca-nisation et à la motorisation des cultures.
B. Le triomphe du capitalisme
Le libéralisme économique En système capitaliste, les moyens de production et d’échanges appartien-nent à des personnes et à des sociétés privées et le moteur de l’économie est la recherche du profit. Les capitaux sont collectés par les banques et les bourses de valeurs (les principales sont le Stock Exchange de la City de Londres et Wall Street à New York, où l’indiceDow Jonesa été créé en 1884) – dans lesquelles s’échangent actions et obligations – et de commerce où se vendent et s’achètent les marchandises. Ils sont mobilisés par les entreprises, unités économiques de base qui fournissent biens et services, le niveau des échanges étant fonction du rapport entre l’offre et la demande sur un marché concurren-tiel. Ainsi, le système capitaliste se présente comme l’expression économique du libéralisme politique, hostile par principe à l’intervention de l’État. Dans cette économie de marché, la monnaie est, sous ses diverses formes – métallique, fidu-e ciaire, scripturale – , l’instrument des échanges. À la fin duXIXsiècle et au début e duXXsiècle, l’or était le seul étalon monétaire et servait à définir la valeur des grandes monnaies selon le système duGold Standard, le franc français depuis 1803 (il s’agissait du franc germinal), la livre britannique depuis 1816, le mark
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