Dans les pas du lieutenant Destelle en Nouvelle Calédonie

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De 1878 à 1882, le lieutenant d'infanterie de marine Émile Destelle est affecté à la Mission topographique chargée d'établir la première carte complète de la Nouvelle-Calédonie. Ses carnets où il note jour après jour les événements et décrit les paysages traversés tout au long de ses expéditions, permettent au lecteur de placer ses pas dans les siens et de le suivre sur les sentiers alors méconnus de la Grande Terre.
Publié le : mercredi 1 avril 2015
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EAN13 : 9782336373645
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Dans les pas du LIEUTENANT DESTELLE JEAN-PIERRE DESTELLE
ET
en NOUVELLE CALÉDONIE
L’ASSOCIATION IN MEMORIAM
De 1878 à 1882, le lieutenant d’infanterie de marine Émile Destelle est affecté
à la Mission topographique chargée d’établir la première carte complète de la
Nouvelle-Calédonie. Dans les pas du
Du grand Sud à Canala en passant par le Mont Humboldt, ses carnets, où il
note jour après jour les événements et décrit les paysages traversés tout au long
de ses expéditions, permettent au lecteur de placer ses pas dans les siens et de le LIEUTENANT DESTELLE
suivre sur les sentiers alors méconnus de la Grande Terre. Ce témoignage unique
révèle la diffi culté et l’étonnement de ces hommes qui, le plus souvent à pied, en
confrontés aux diffi cultés du terrain et à la rigueur de climat, accomplissent leur
tâche de pionniers. Le regard scientifi que qu’il porte sur son environnement, NOUVELLE CALÉDONIEdoublé d’une vision humaniste de l’Autre, dépourvue de jugement, donnent à
ce récit, éloigné des clichés coloniaux, une grande originalité qui a pu alors
déranger et justifi er qu’il ne soit ni publié, ni diffusé à l’époque.
Jean-Pierre Destelle est né en 1951. Ingénieur (Ensimag 1973),
il a fait carrière dans le conseil et les services informatiques, et a Une mission, une carte,
notamment créé une société spécialisée dans les systèmes critiques
pour les banques et les institutions fi nancières. Passionné à la fois par un rapport controversé
les nouvelles technologies et par l’histoire, il transcrit et diffuse sur
Internet depuis plusieurs années l’essentiel des archives de son arrière grand-père.
Catherine Cateland, née en 1957 à Roanne dans la Loire, s’est fi xée
à Nouméa depuis une dizaine d’années. Diplômée en psychologie et
titulaire d’un Master Histoire dont le sujet porte sur le Patrimoine
calédonien, elle est membre de l’association In Memoriam et réalise
des recherches sur le riche passé de la Nouvelle-Calédonie.
Stéphane Pannoux, née en 1954 à Belfort, mène un cursus universitaire
d’Histoire à l’Université de Franche-Comté où elle soutient sa thèse et
débute sa carrière d’enseignante. Elle quitte Besançon pour enseigner
l’Antiquité à Tananarive avant de rejoindre Nouméa comme Maître
de Conférences en Histoire à l’Université de la Nouvelle-Calédonie.
Passionnée par le patrimoine et sa mise en valeur, elle crée en 2010, avec d’anciens
étudiants et collègues, l’Association In Memoriam.
Collection Lettres du Pacifi que
Projet de couverture : Brice Ammar-Khodja 58
Illustration de la collection (couverture) : Marc-Antoine Colombani
ISBN : 978-2-343-05473-5
24 €
JEAN-PIERRE DESTELLE
Dans les pas du LIEUTENANT DESTELLE
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Conservateur en chef principal des bibliothèques (ENSB),
Chargée de mission pour le livre et la lecture e.r
(Nouvelle-Calédonie),
Déléguée de la Société des Poètes français,
Sociétaire de la SGDL.
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KWWSZZZKDUPDWWDQIUPRÉFACE
Lire les carnets du lieutenant Destelle revient à se plonger
dans le passé presque mythique d’une Grande Terre peu habitée,
au relief chaotique et à la météo bien souvent exécrable. Mythique
et pourtant si proche de nous à bien des égards.
Mythique, parce que nous y découvrons la vie de ces
pionniers qui, au lendemain de la grande révolte canaque et au
prix de difficultés sans nom, réussirent l’exploit de dresser la
première carte terrestre de la Nouvelle-Calédonie. Ce qu’on
exigeait alors de soi-même et de ses hommes nous paraît
maintenant proprement incroyable tant les moyens techniques et
un certain confort font partie de notre environnement naturel.
Proche aussi, cependant, car Émile Destelle sillonne des
territoires et décrit des paysages familiers. La Rivière des Pirogues,
Yaté, la Coulée, le Mont Mou, Saint-Louis, Canala, etc. sont autant
de lieux où nous nous « aventurons » nous aussi et dans lesquels
nous l’imaginons tout à loisir. À la lecture des carnets, nous y
devinons Destelle et sa brigade qui marchent d’un sommet à un
autre pour y planter ces balises indispensables au travail de
triangulation. Nous les voyons traverser les rivières, progresser
dans les éboulis, fabriquer leur pain ou faire cuire le « lard du
gouvernement » qui est leur ordinaire.
Destelle nous apparaît comme l’archétype de ces soldats
qui bâtirent un empire. Il a vingt-deux ans quand il débarque à
Nouméa et se retrouve, lui, jeune lieutenant d’infanterie de
marine, à courir la Grande Terre pour la mesurer en tous sens —
pour la trianguler — et pour établir la cartographie d’une île
encore largement méconnue de ceux qui s’y établissent. Une
équipe restreinte l’accompagne, les subsides sont comptés,
l’ordinaire est frugal. C’est un officier attentif à ses hommes. Ses
écrits montrent son souci des besoins quotidiens de sa troupe : les
vivres qui s’épuisent, les vêtements transformés en haillons,
l’épuisement des uns. Il exige beaucoup - la mission le commande
- et sait payer en retour.
C’est aussi un homme qui regarde et observe. Émile
Destelle est un esprit curieux de tout : des paysages, des animaux,
des plantes et, surtout, de ses semblables. Il n’est pas anodin que
plus son expérience s’enrichit et plus ses observations évoluent
des premiers écrits, où il raconte surtout les péripéties
quotidiennes, jusqu’aux derniers que nous possédons où la
description de la société des hommes l’emporte. Et au sein de
celle-ci, il semble s’attacher plus particulièrement à rapporter ce
qu’il voit de cette société canaque qu’il côtoie au cours de ses
nombreuses missions de brousse. Certes, il la regarde d’un œil
marqué par l’esprit et les préventions de son temps. Il est toujours
curieux, parfois étonné, amusé même, mais jamais méprisant. Il y
a de l’ethnologue dans Destelle quand il décrit l’ordonnancement
des champs, l’intérieur des habitations, les us et coutumes
d’accueil ou la confection d’un four. Il écoute les légendes
canaques, les rapporte dans son carnet. Il y a de l’humaniste, aussi,
quand il « reconnaît » aux indigènes un fond de poésie propre au
peuple canaque, quand il affirme, même, que cette poésie lui
semble être une de leurs qualités ou quand il écrit avoir vu « des
indigènes réellement beaux dans ces moments d’enthousiasme ».
À la lecture de cet ouvrage, nous devons rendre grâce de
ce travail historique à ses auteurs et à l’association
« In Memoriam ». En effet, outre la reproduction des carnets du
lieutenant Destelle, c’est une mise en perspective passionnante
qu’ils nous proposent. Même isolés dans la chaîne, Destelle et ses
semblables ne sont pas seuls au monde. Ils agissent dans une
société qui se construit, où les intérêts économiques priment bien
souvent, où des hommes et des femmes y bâtissent un avenir mais
aussi - d’où qu’ils soient - sont sensibles aux honneurs. Ils œuvrent
dans le Paci que, c’est-à-dire loin de la métropole d’où
proviennent main d’oeuvre et subsides, et proches de l’immense
Australie que bien des relations unissent déjà à la Calédonie.
Les articles, les commentaires, les documents variés qui
parsèment l’ouvrage sont autant d’éléments qui nous permettent
de mieux comprendre et de mieux situer l’aventure passionnante
du lieutenant Émile Destelle.
Cette aventure est une part de l’histoire de la
NouvelleCalédonie. Et de son avenir.


Général Luc de Revel
Commandant supérieur
des forces armées de la Nouvelle-Calédonie
?LES AVENTURES DU GRAND-PÈRE
« Grand-Père Destelle », c’est ainsi qu’on appelait dans la
famille mon arrière grand-père et qu’on évoquait sa carrière
militaire et ses aventures qui l’ont amené entre autres, au Tonkin,
à Madagascar, en Crète et en Nouvelle-Calédonie.
Désirant entretenir et conserver ces souvenirs, j’ai décidé il
y a une dizaine d’années, de transcrire entièrement ses archives.
J’ai découvert alors des carnets qui sont loin d’avoir la
sécheresse des rapports militaires, et qui décrivent au jour le jour
son activité, mais surtout les personnes et les paysages rencontrés,
ainsi que la faune et la flore. Ces descriptions sont toujours très
précises, et permettent de se faire une véritable image des lieux
qu’il traverse. Ces notes étaient destinées tout d’abord à ses
parents puis à sa femme et sont également emplis d’impressions
personnelles, de réflexions toujours empreintes d’humanisme et
surtout d’une immense curiosité et d’une grande ouverture
d’esprit. De plus, s’il est avant tout « militaire », il se montre
toujours très libre dans ses critiques envers les décisions, aussi
bien des politiques que de ses chefs.
Lieutenant d’Infanterie de Marine, il a 2 ans lorsqu’il
arrive en Nouvelle-Calédonie. Lorsqu’il est nommé en Juin 1879
pour la mission topographique, il montre un réel
enthousiasme et se réjouit de pouvoir parcourir et découvrir le
pays. Il va enchaîner les missions et les aventures, affrontant
souvent la rudesse du climat et du terrain. Il gardera
cependant toujours un excellent souvenir de la
NouvelleCalédonie et dans tous ses écrits postérieurs, il évoque
souvent l’île, notamment lorsqu’il rencontre des paysages qui lui
rappellent ses aventures de jeunesse.
Cette mission l’a passionné. Je souhaite, qu’en suivant ses
pas, vous appréciez aussi ses carnets et ses découvertes.
Jean-Pierre Destelle.
INTRODUCTION
L’aventure de ce livre débute en 2012 à Nouméa à
l’occasion du Mois du Patrimoine organisé sous l’égide de la
Province Sud de la Nouvelle-Calédonie. Pour cet événement,
l’association In Memoriam, en partenariat avec les Forces Armées
de Nouvelle-Calédonie, avait choisi de mettre en lumière les
officiers de l’infanterie de marine qui, venus sur le caillou dans le
cadre de leurs fonctions, ont pris une part essentielle à la
connaissance et au développement du Territoire.
C’est en menant les recherches sur la Mission
topographique chargée, entre 1879 et 1886, de procéder sur le
terrain aux levés et aux triangulations préparatoires à
l’établissement de la première carte complète des cinq
arrondissements de la Nouvelle-Calédonie que nous avons
rencontré Émile Honoré Destelle, lieutenant, capitaine puis
colonel d’infanterie de marine et son arrière-petit-fils Jean-Pierre.
De cette rencontre sur Internet, où Jean-Pierre met en ligne les
1exploits et les mémoires de son arrière-grand-père , naît l’échange
via le net d’informations, une collaboration à distance, des
contacts par écrans interposés et enfin l’idée d’un livre, fruit d’un
travail commun.
Alors, sur les pas d’Émile Destelle, commence une
plongée quotidienne dans ses carnets journaliers qui durera une
année et demie et la découverte d’un officier, d’un homme de
terrain qui, en toutes circonstances, garde un regard d’homme
libre, humaniste et catholique.
Émile est avant tout un Saint-Cyrien empreint d’esprit de
service, rompu à la rigueur des rapports et formé aux techniques
de l’ingénieur. Au chef-lieu comme sur le terrain, c’est avec un
regard précis, métrique, organisé et systématique qu’il note jour
après jour : la date, la composition de son détachement, le temps
qu’il fait, le lieu où il est, les repères de triangulation qu’il a posés,
les gens qu’il croise et les événements fastes ou néfastes qu’il
traverse.
Rompu aux exercices physiques, c’est aussi un homme de
terrain qui grimpe sur les sommets pour placer une bouteille,
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Prepère du point de triangulation. Il dévale les pentes au cœur de la
forêt primaire, arpente les chemins muletiers au plus fort des
cyclones, franchit les embouchures et les lacs, manquant de peu la
noyade, crapahute par monts et par vaux, monte et descend la
chaîne centrale, débouchant sur la Mer de Corail ou l’Océan
Pacifique, découvrant alors des baies bordées de cocotiers, des
eaux turquoises et des paysages grandioses qu’il n’est pas prêt
d’oublier.
Animé par sa foi catholique, c’est un humaniste au grand
cœur qui n’observe pas seulement les paysages par la lunette de
son théodolite mais ouvre grand les yeux afin de saisir au mieux
les hommes qu’il croise. Il ne globalise jamais l’autre, que cet autre
soit civil ou militaire, blanc ou kanak. À ses yeux les dérives du
pouvoir n’épargnent pas plus sa hiérarchie que les chefs kanak, il
porte un regard distancié sur les groupes humains. Il reste
soucieux de ses hommes et du destin des hommes en général.
Afin de ne pas trahir la pensée, le regard et les
observations d’Émile Destelle, nous avons tenu à rapporter in
extenso ses carnets journaliers que nous avons simplement
transcrits, tels quels, avec une graphie en italique. Cependant, afin
de permettre aux lecteurs de mesurer toute l’ampleur de son
expérience, nous avons ajouté de nombreuses illustrations. Pour
ce faire, nous avons privilégié la valeur informative à l’esthétique
des photos, toutes choisies pour leur concomitance avec le texte.
Nous avons aussi donné, à titre comparatif ou informatif, des
éléments textuels servant à établir l’exemplarité des propos de
Destelle. Les références des textes, des images et des
photographies tirés des archives sont données en annexe.
Pour la graphie du mot canaque ou kanak, nous avons
laissé de côté celle d’origine polynésienne qui, désignant pendant
toute la période coloniale les populations autochtones
mélanésiennes ou calédoniennes, reste chargée de valeurs
péjoratives pour choisir celle utilisée dans le préambule de l’accord
de Nouméa publié au Journal Officiel en 1998 : kanak, mot
invariable et en minuscules. Les noms propres, orthographiés
phonétiquement par Émile Destelle, nous ont posé quelques
difficultés aussi nous avons opté pour des toponymes
contemporains en français.
Arrivé en 1878, au moment de la révolte kanak « dite
d’Ataï », du nom de ce grand chef qui prit la tête de la rebellion et

mourut au combat, il parcourt le Grand Sud et la région de Canala
posant sur les lieux, les gens et les événements un regard original,
percutant et semble-t-il dérangeant. Il a dû pointer du doigt en
rapportant avec précision ce qu’il voit des mondes kanak, civil et
administratif des réalités qui gênent. Tant et si bien que le Conseil
de la Colonie en séance du Conseil Général du 21 Mai 1887
adopte l’avis négatif de la Commission Coloniale, refuse d’assurer
la publication et donc la diffusion du rapport dont les carnets
journaliers sont l’ébauche.
Notre souhait profond est de placer le lecteur dans les pas
du lieutenant d’infanterie de marine, topographe, Émile Destelle
pour parcourir avec lui, sur les sentiers calédoniens, le Sud et le
Sud-Est de la Grande Terre.
Et inciter le lecteur à rester avec lui dans la suite de ses
aventures en l’accompagnant à bord des navires qui l’emportent
jusqu’à la grande rade de Nouméa, au Vietnam ou à Madagascar
ou en demeurant avec lui sur la presqu’île de Ducos, lieu d’exil des
communards.
La suite dans les prochains carnets journaliers d’Émile
Destelle !
Catherine Cateland & Stéphane Pannoux
Association In Memoriam

UNE MISSION ET UN HOMME
Le ministre de la Marine et des Colonies prescrit, dans
une dépêche du 3 avril 1879, l'établissement d'une carte aussi
complète que possible de la Nouvelle-Calédonie précédemment
2divisée en cinq arrondissements En effet, depuis la prise de
possession de la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853, seules
des cartes hydrographiques établissant la plus grande partie du
contour côtier ont pu être établies.
Dans un contexte plus général, cette prescription
ministérielle intervient alors qu’en métropole est lancé un vaste
plan de travaux publics, le plan Freycinet, prévoyant la
construction de chemins de fer, de canaux pour lesquels des
mesures d’altitudes très précises sont nécessaires. C’est ainsi qu’a
débuté, depuis une année, une vaste campagne de nivellement
ayant pour but de déterminer le relief exact de la France par la
mesure des altitudes.
Localement, c’est une révolte kanak qui démontre la
nécessité d’établir une carte de détail de l’ensemble de l’île. Ce
soulèvement, qui éclate en juin 1878, est difficilement écrasé par
les forces coloniales. Celles-ci, affaiblies par leur parfaite
méconnaissance des lieux, ont du mal à maîtriser ce conflit qui
s’enlise alors dans une guérilla provoquant de nombreux morts et
affolant les populations. Ce n’est que le 3 juin 1879 que l’état de
Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie $UUrWp 1? GXMXLQDUWLFOH

siège dans les arrondissements d’Uaraï, Bourail et la
3circonscription de Bouloupari est levé par le gouverneur Olry .
Le 7 juin 1879, par arrêté, le gouverneur attribue le levé de
la carte pour le premier arrondissement au service de l'artillerie,
pour le deuxième à l'infanterie, pour le cinquième à la marine. Les
troisième et quatrième arrondissements restent encore sans
attribution. Le directeur de l’artillerie, présente au gouverneur ses
observations sur le mode de projection à adopter. Pour lui, les
levés de détail doivent être précédés d’une triangulation. Celle-ci
débute à partir de points déjà connus sur l’une des côtes et se
poursuit par le relevé des différents sommets situés sur le territoire
à explorer, de façon à recouvrir le terrain de triangles se recoupant
les uns aux autres jusqu’à la côte opposée où, ultime vérification,
ces nouveaux relèvements devront correspondre aux positions des
points déjà connus de cette côte.
Le 26 juin 1879, Jean-Baptiste Olry, gouverneur de la
Nouvelle-Calédonie et dépendances, nomme les officiers
composant la Mission topographique, ce sont :
− M. Petiot, capitaine d’artillerie de marine,
− M. Bonnier de la Chapelle, lieutenant d’artillerie de marine,
− M. Gaillard, lieutenant d’infanterie de marine,
− M. Poulnot, lieutenant d’infanterie de marine,
− M. Briot, lieutenant d’infanterie de marine,
− M. Destelle, lieutenant d’infanterie de marine,
− M. Bagay, chef d’escadron de marine, directeur de l’artillerie
dirigeant cette mission.
En Cochinchine depuis à peine un mois et demi, le
sousmile-Honoré Destelle apprend par une dépêche, le lieutenant É
14 octobre 1878, qu’il est affecté en Nouvelle-Calédonie.
Embarqué à Saïgon sur la Rance, le 16 octobre, Émile-Honoré
Destelle fait partie des troupes d’infanterie de marine appelées en
renfort afin de pacifier la Nouvelle-Calédonie lorsque la révolte de
juin a éclaté.
Journal Officiel de la Nouvelle-Calédonie Wp1?GXMXLQ

DUUrLa Mission topographique
Les soldats Perret, Michalland, Vallet, Rousset, Robert, Pottier
entourent Émile Destelle au centre de la photographie.
Émile Destelle à Saint-Cyr
Après un voyage de 35 jours, le 20 novembre, il aperçoit
enfin le phare Amédée qui balise l’entrée de la passe donnant
accès à l’intérieur du lagon. Il confie à son journal :

20 novembre 1878 .
Au jour, on aperçoit le phare et le pilote arrive à bord à
6 heures. On se dirige sur la passe de Boulari. La Calédonie
apparaît alors au soleil levant avec sa ceinture de récifs sur
laquelle viennent se briser les lames en écumant. La terre est
haute, boisée et ravinée. Il n’y a que les environs de Nouméa
qui sont arides. L’entrée de la rade est assez pittoresque ; l’île
des Pins à droite et l’île Nou à gauche, d’autres îlots boisés très
jolis. On voit des pins. La rade est couverte de bateaux de
l’État : OD /RL , gros bateau à deux ponts à voiles, transport,
'LYHV et OD 6HXGUH ; le courrier de Sydney est aussi au
mouillage et part demain, nous avons une excellente occasion
pour écrire. Nous mouillons à 8 heures du matin près de la
ville, à l’arrière de OD RLUH qui commande la rade. On hisse les
couleurs un moment après... . Nous déjeunons à bord…. .Nous
mangeons des vivres frais et des légumes, cela nous fait un
sensible plaisir. Les marchands envahissent le bord. Ils vendent
des photographies des canaques. Nous recevons bien des visites
des officiers des navires en rade…. .À 4 heures 30,
débarquement des troupes. Nous sommes reçus sur la plage.
22 novembre 1878.
Nous partons ce matin pour la presqu’île de Ducos où nous
arrivons vers 8 heures 30.

Il s’installe sur la presqu’île de Ducos, alternativement
dans les baies de Tindu et de M’Bi. Pendant sept mois, il continue
à tenir son journal dans lequel il décrit sa vie sur ce petit bout de
terre où deux postes militaires sont chargés de surveiller les camps
de Tindu et de Numbo où, depuis 1872, les communards sont
déportés en enceinte fortifiée. Mais, le 29 juin 1879, un ordre du
jour vient enfin déranger la routine quotidienne :
([WUDLWVGXFDUQ HWMRXUQDOLHU ?e LOH'HVWHOOH EUHGXQRY HP DXMXLOOHW
/HV FDUQHWV MRXUQDOLHUV G?e 'HV WHOOH WUDQVFULWV SDU -HDQ3LHU UH 'HVWHOOH VRQW
FRQVXOWDEOHVHQOLJQHKWWSZZZGH VWHOOHFR P

/GPUH
ODLe Phare de l’îlot Amédée
Construit pour sécuriser l’entrée du port, le phare Amédée, après dix
mois de travaux, est allumé le 15 novembre 1865, jour de la fête de
l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Haute de 45 mètres, son
ossature métallique créée et assemblée à Paris est démontée puis
transportée en pièces détachées, pour être remontée sur l’îlot Amédée.
Ville et port de Nouméa
Au loin, on voit se découper l’île Nou où se trouve le pénitencier central.
À la différence de la presqu’île de Ducos, peu de communards y sont
internés.

29 juin 1879.
Je viens de lire l’ordre du jour désignant les six officiers
chargés de dresser la carte de la Nouvelle-Calédonie. Je suis le
sixième. On nous met à la disposition du commandant
erd’artillerie à compter du 1 Juillet. C’est un travail qui durera
probablement assez longtemps, et qui sera pénible. Nous
partirons avec des canaques porteurs, des aides pris parmi les
transportés, et des soldats d’escorte. Nous aurons pour
plusieurs jours de vivres et nous coucherons sous la tente. Ce
sera là une vie tout à fait sauvage, et qui ne me déplaît pas.
Je vais pouvoir explorer à mon aise la Calédonie.

er1 Juillet.
Je suis allé aujourd’hui chez le lieutenant-colonel Wendling
pour lui demander des renseignements sur ma nouvelle
position. Il ne sait rien et, dans tous les cas, nous sommes
complètement à la disposition du commandant de l’artillerie.
J’ai demandé à ramener avec moi mon ordonnance, le fidèle
Cahours. Malheureusement, c’est impossible. C’est une affaire
de régiment. Depuis que je suis à Nouméa, il fait des temps
affreux. On ne peut sortir à cause de la pluie, et surtout de la
boue qui en résulte. Notre popote est dissoute parce que nous
mangeons au mess depuis ce matin. Tout le monde en est
ennuyé, mais l’ordre a été donné et il n’y a qu'à s’y soumettre.
Nous sommes assez mal installés et on a peine à tenir sur la
table. Les capitaines mangent à côté de notre salle.
J’ai déménagé et je suis allé me loger chez Gaillard, un
lieutenant sortant de l’école, qui est très gentil.

2 Juillet.
Je suis allé ce soir au gouvernement. Le mauvais temps de la
journée a éloigné bien des personnes et les danseuses n’étaient
pas nombreuses. Le colonel avait conduit ses demoiselles. J'ai
dansé surtout avec elles. Le capitaine Taconnet était venu de
l'île Nou. En un mot, la soirée a été très gaie, quoiqu’il n’y eût
pas beaucoup de monde. Je me suis très bien amusé.




Photo souvenir
Photographie de la case du chef Philippe à Hienghène au Nord-Est de la
Calédonie. Prise par Allan Hughan, elle est assez représentative des
clichés emprunts d’exotisme qui sont vendus à l’arrivée des bateaux. Ce
photographe a réalisé de nombreuses photos souvenir sur lesquelles des
hommes ou des femmes kanak, posant devant un paysage, constituent le
premier plan de la scène et en renforcent l’exotisme.
3 Juillet.
Je suis allé faire une visite aux dames Outré, ce soir. C’est leur
jour de réception. Madame Outré m’a très bien reçu et ses
demoiselles sont très gentilles. J’ai rencontré là Baudot,
èmel'officier payeur du 3 et le docteur Le Forestier. Il a fait très
beau cet après-dîner et les promeneurs étaient nombreux.
6 Juillet.
Aujourd’hui, Carré, mon camarade de promotion, est arrivé de
la brousse. Il est bien toujours le même. On l’a chargé des
écoles, en remplacement de Gaillard qui fait partie de la
brigade topographique.

7 Juillet.
erDepuis le 1 Juillet, je suis à la disposition du chef d’escadron
d’artillerie. Je ne fais absolument aucun service au régiment.
Ce sera comme cela jusqu’au retour de M. Bagay qui est dans
la brousse.
Nous aurons un supplément au moins de 10 Fr. par jour et,
d’après l’ordre, il serait doublé, c’est-à-dire de 20 Fr., ce qui
ferait 900 Fr. de solde par mois avec ma solde. Ce serait
magnifique.
Il est vrai qu’on nous réserve bien du travail et qu’il ne sera
pas commode de topographier dans les conditions où nous nous
trouverons. Les canaques révoltés courent toujours la brousse
et nous aurons peut-être à compter encore avec eux. Aussi je
vais prendre mes précautions en conséquence afin d’éviter les
accidents.
19 Juillet.
Tous les préparatifs sont faits, nous partons lundi 21, au matin.
Voici notre mission. Nous sommes deux par groupe, ce qui fait
trois groupes. Je suis avec Gaillard. Nous avons avec nous trois
soldats de choix. Je conserve mon ordonnance qui est un
excellent troupier. Ces militaires toucheront, en outre de leur
solde, 1,50 Fr. d’indemnité journalière. Quant à nous, nous
aurons 20 Fr. de supplément par jour, toutes les fois que nous
serons en dehors de Nouméa.


Baie de M’Bi sur la presqu’île de Ducos
Allan Hughan photographie les bâtiments du territoire militaire avec, en
premier plan, un kanak. C’est là que le personnel militaire,
l’Administration Pénitentiaire en poste à Ducos et leurs familles résident.
Sur la crête, on aperçoit les logements de l’infanterie de marine.
Résidence du gouverneur
À Nouméa, alors Port-de-France, le 15 août 1864, fête de Napoléon III,
la résidence du gouverneur est inaugurée en grande pompe. Dès lors,
cette belle bâtisse à étage, entourée d’une varangue et nichée dans un
parc arboré, devient un lieu prisé. Les officiers, les visiteurs de passage et
la bonne société locale la fréquentent. Tous souhaitent s’y rendre pour
les bals qui s’y déroulent le 14 juillet, le 15 août et les jours de fête.

On nous fabrique tout ce qu’il faut pour porter nos outils et
provisions. Nous commençons nos travaux dans le Sud. Le pays
est complètement inexploré et nous aurons bien des surprises.
Nous avons pour armes des revolvers. Nos soldats en sont
munis également. Nous avons, en outre, une hache par officier,
un bâton ferré. Pour porter les effets, des hottes ont été
confectionnées avec soin. Comme effets, nous emportons le
strict nécessaire, de quoi se changer une fois. Nous allons vivre
un mois sans coucher peut-être dans une case. Nous avons des
tentes de campement et une couverture chacun. Nous avons
trouvé des hamacs très portatifs ; cela isole toujours du sol.
Notre mission consiste, non seulement à faire la topographie du
pays, mais encore à prendre tous les renseignements sur les
tribus que nous pourrons trouver, sur la nature du sol, les
arbres remarquables, etc. C’est une véritable excursion. Nous
commencerons notre itinéraire à la mission de Saint-Louis. De
là, nous nous rendrons à la Baie du Sud, d’où des guides nous
mèneront dans la Plaine des Lacs, au pays des Touaourous. Là,
nous tombons en pays inconnu et notre mission commence. La
tâche sera dure, mais agréable, car c’est la plus belle mission
qu'on puisse remplir. Avec un peu de chance, on arrive à bout
de tout. Le colonel m’a annoncé qu’on allait nous mettre hors
cadre probablement.
5Buste d’une jeune femme de la tribu des Touaourous
HVVLQ DX[ UDLWV G?DSUqV XQH JUD H YXU WLUpH GH ?RXYUDH G?$ G4H
Les crânes des races humaines, %DLOOqUH3 DULV

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+DPirogue pontée à balancier
La mission de Touaourou
En 1842, un « teacher » protestant Rarotongien apporte, pour la Mission
de Londres, l’évangile aux Touaourous. Mais c’est Monseigneur
Alphonse Hilarion Fraysse qui crée la Mission. Les Touaourous
deviennent catholiques, chantent et prient en latin.
En effet, le 19 juillet 1879, une décision du gouverneur
assure le fonctionnement des services logistiques de la Mission
topographique qui sera composée de 3 brigades chargées de lever
à vue le pays, tout en relevant exactement les grandes lignes du
terrain.
Le 21 juillet, une première mission est confiée à la brigade
composée de Messieurs Destelle et Gaillard qui sont chargés de
lever l'itinéraire de Nouméa à la Baie de Prony. Ils seront de
6retour le 18 août avec une carte et un rapport sur la zone
explorée. De cette première mission, il ne reste malheureusement
que la page de garde du journal qu’il rédige tous les jours.

Journal de la Brigade Topographique Gaillard-Destelle
du 21 Juillet au 28 Août 1879
1° Itinéraire de Saint-Louis à la Baie du Sud en suivant la ligne
télégraphique.
Levé de la Plaine des Lacs entre le grand lac à l’Ouest, la
rivière de Port Kué au Sud et au Sud-ouest et la rivière Ni au
Nord et Nord-Est, détour par Goro, Touaourous, retour à
Prony (Baie du Sud) par le chemin des Touaourous et les lacs.
2° Itinéraire de Prony à Saint-Louis par la Rivière Bleue,
sommet N’Go, Rivière des Pirogues et rivière Boulari.

La région entre la Baie du Sud et les montagnes limitant
au Nord la vallée de Yaté est généralement décrite comme étant
un immense plateau sillonné par de nombreux cours d’eau. Ces
plaines d’une horizontalité parfaite, culminant à 400 mètres
d’altitude, deviennent à la suite des pluies d’hivernage des marais
7couverts . Charles Malato, communard anarchiste, déporté à l’île
8des Pins puis envoyé à Oubatch sur la côte Est, précise : « Les
Touaourous avaient à cette époque pour monarque
inconstitutionnel un nommé Kaâté qui accueillit les fugitifs non à
estomac, mais à bras ouverts et leur fit accorder du terrain ».
Aujourd’hui, Touaourou est une des quatre tribus de la commune
de Yaté au Sud-Est de la Nouvelle-Calédonie.
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Notices sur les colonies françaises SXEOLp SDU RUG H GH ([F OH UTXLV GH
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0DODWR&KDU OHV De la Commune à l'anarchie 6WRFN3DULV

6UDP Partie le 25 juillet, la seconde brigade, composée d’Alexis
Petiot et d’Eugène Bonnier, est chargée de trianguler le Sud de l’île
mais leur mission se révèle plus difficile que prévue. Les deux
hommes sont confrontés à un terrain très accidenté qui les oblige
à réduire l’aire des triangles, accroissant de ce fait le nombre de
points à relever. Durant leur périple, tous deux se blessent, l’un au
bras, l’autre à la jambe mais ils n’en poursuivent pas moins leur
tâche. À leur retour, chacun d’eux est immobilisé quelques temps.
La triangulation du Sud de l'île, mise en œuvre par cette deuxième
brigade est terminée trop tard pour servir aux levés de détail et ne
sera utilisée que pour raccorder les travaux entre eux et à les
projeter sur la carte d'ensemble.
Messieurs Poulnot et Briot forment la troisième brigade et
partent le 27 juillet afin d’effectuer le levé de détail de la région
comprise entre la Baie de Prony et la Rivière des Pirogues. Épuisé
par les longues marches sur un terrain très accidenté, le lieutenant
Briot est relevé du service topographique. Jean-Baptiste Poulnot
termine seul le travail, il est de retour le 3 octobre avec une carte.
Il a couvert une surface de plus de 190 kilomètres carrés. Il
repart, le 28 octobre, pour dresser la carte du territoire compris
entre la Rivière des Pirogues et celle de la Boulari. Quant à Eugène
Bonnier, remis de ses blessures, il quitte Nouméa, le 12 novembre
1879, pour effectuer la triangulation des bassins de la Boulari et de
la Dumbéa. Dans le mémoire de cette expédition de 40 jours,
9publié dans les colonnes du Moniteur de la Nouvelle-Calédonie , on
peut lire : « Le 12 novembre 1879, je partais de Nouméa vers
8 heures du matin, me rendant à la Coulée-Boulari. J’étais
accompagné de 4 canonniers qui devaient me suivre pendant toute
la durée de ce voyage. Leurs noms sont Aubry, Lacroix, Lesur et
Ménager. Je tiens à rappeler ici le nom de ces hommes dont le zèle
et le dévouement m’ont été bien précieux. Les instructions que
j’avais reçues du chef de la Mission topographique portaient que
j’eusse à comprendre dans mon réseau de triangulation la région
qui s’étend entre le Mont-Dore et la Dumbéa, les Monts-Koghis
devant me limiter du côté du littoral Ouest. Je devais pousser
jusqu’à la ligne de partage des eaux et déterminer le bassin de la
Dumbéa, rivière dont les sources étaient restées jusqu’alors
Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie pGLWLRQV GX HW
DYULO

VPVUUPDDinexplorées. Je partais donc sans pouvoir préciser la durée de mon
voyage, car je n’avais que des renseignements très vagues sur
l’étendue et la nature du pays que j’allais parcourir, et je ne pouvais
prévoir les difficultés auxquelles j’allais avoir à me heurter. »
Pendant ce temps, les autres équipes de topographes ne
restent pas inactives. Théophile Gaillard est en reconnaissance du
côté des Monts Koghis et Alexis Petiot triangule la région
comprise entre la Kouvelé et le massif du Humboldt.
10 La méthode de triangulation qu’ils utilisent peut se
résumer ainsi. En premier lieu, il faut choisir les points
11géodésiques primordiaux qui serviront à la triangulation. Les
points obtenus par triangulation sont reportés sur un canevas et
forment un réseau. Ils doivent être facilement repérables comme
des sommets, des tours ou des clochers. À cause des accidents de
terrain, il est plus facile et plus précis de mesurer des angles que
des longueurs. C’est ce qui fait l’avantage de la triangulation. De
plus les angles ne dépendent pas de l’altitude des points. Ce sont
les mesures géodésiques. On commence par mesurer l’un des
côtés du premier triangle avec le maximum de précision.
Les 2 points de départ doivent donc être situés, si
possible, sur un terrain plat et uni. Puis on mesure les angles entre
les différents points du réseau. À partir de la longueur d’un côté et
des 2 angles adjacents, la trigonométrie nous apprend qu’il est
possible de calculer la longueur des 2 autres côtés du triangle ainsi
que le troisième angle. De proche en proche, on obtient ainsi les
angles et les côtés de tous les triangles. Comme les sommets des
triangles ne sont pas situés à la même hauteur, les triangles sont
inclinés. Il est alors nécessaire de les ramener à l’horizontale en
mesurant l’angle que fait chaque côté avec la verticale. C’est le
nivellement qui s’effectue à l’aide de mesures zénithales. Puis, si
l’échelle de la carte le nécessite, il faut tenir compte de la forme de
la terre et faire appel à la trigonométrie sphérique. Enfin, il faut
orienter la carte par rapport au Nord, c’est-à-dire qu’il faut
mesurer l’angle, l’azimut, que les côtés font avec le méridien.

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Réseau de triangulations
Sur cet exemple, les triangles relient les principaux sommets et le
sémaphore de Nouméa.

Table de relevés
Ce tableau, extrait de la table des relevés effectués dans la partie Nord de
Grande Terre, est établi par É. Destelle en 1886 alors qu’il dirige la
Mission topographique. Chaque point est numéroté, nommé et
géographiquement localisé. Il faut noter que les longitudes sont données
ici à partir du méridien de Paris, le méridien de référence de l'époque, à
la place du méridien de Greenwich utilisé en France à partir de 1911.

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