Dans les profondeurs de l'être raciste

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Profanations de sépultures, refus de l'odeur des Roms dans la périphérie lyonnaise et durcissement des pratiques religieuses ou ethniques : nul ne peut être indifférent au développement récent des manifestations racistes dans notre société... Alors que partisans et ennemis du racisme s'engagent dans des joutes intellectuelles, il semble pertinent de saisir le rejet de l'autre à son niveau premier celui du sentir : sur ce plan, le rejet de l'odeur de l'autre est exemplaire. Face à la violence raciste, seule une autre violence, celle de l'amour, peut triompher.
Publié le : samedi 1 octobre 2005
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EAN13 : 9782296412804
Nombre de pages : 152
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DANS LES PROFONDEURS DE L'ÊTRE RACISTE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9197-2 EAN : 9782747591973

Claire Sylve

DANS LES PROFONDEURS DE L'ÊTRE RACISTE
Approche du racisme à partir des simples données perceptives

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

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1053 Budapest

A M. Abdaoui, mon jeune malade, Pour sa délicatesse et son sens du respect...

A M. Taha-Larbi, mon voisin de palier, Un beau visage d'homme droit...

A Zora, Mina et Hafida, Pour avoir suscité mon admiration.

Elle est à toi cette chanson, Toi l'étranger qui, sans façon, m'a souri

D'un air malheureux

Lorsque les gendarmes m'ont pris... Ce n'était rien qu'un peu de miel Mais il m'a réchauffé le corps Et dans mon âme il brûle encore, A la manière d'un grand soleil...

« Chanson pour l'Auvergnat» G. Brassens

SOMMAIRE Introduction I. Le rejet de l'autre *. Le rejet d'autrui
p.9 p. 13 p. 13

à partir de son odeur:

une expérience paradigmatique - Un vécu premier, nœud de corps, émotion et imagination - Des perceptions pathologiques - Une odeur parfois inquiétante - Influence du passé sur la tolérance olfactive
o

Premières empreintes,socialisation et adaptation
Carence primitive et atteinte narcissique Corpus olfactif de référence et rejet de l'autre

de l'autre
o

o

- Le rejet de l'odeur d'autrui ** Rapport au monde et perception de l'autre *** Le processus de rejet de l'autre Le cheminement du sujet percevant: abstraction, généralisation, utopie - Rejet de l'autre et dégradation de l'être rejeté II. L'étranger: une contradiction vivante * Un non-moi aux différents statuts ** Un paradoxe fragile *** Un être en péril: quand «alter» devient « alienus» **** De tentatives de meurtre silencieux ***** L'étranger: une chance! - La puissance de la nouveauté - L'étranger source d'imaginaire III. L'étrangeté humaine: notre lot commun * L'homme: un étranger dans le monde au carrefour de la ** L'étrangeté socialisation *** L'étrangeté au nœud du réel et de l'imaginaire

p.34 p.37

p.47 p.47 p.51 p.54 p.64 p.69

p.8I p. 81 p. 83 p.94

IV. L'urgence d'une réaction * Ecouter le racisme et l'aider à verbaliser son vécu ** Lutter contre le sentiment d'insécurité *** Satisfaire les besoins primaires la restauration du **** Favoriser narcissisme individuel et collectif - Restaurer l'image de soi - Restaurer l'image de la société ***** Retrouver l'unité première anteperceptive et ante-existentielle ****** Redécouvrir les sens symbiotiques

p. 101 p. 101 p. 102 p. 104 p. 105

p. 111 p. 113

-Le toucher -L'odorat
Croire en la potentialité homme, sans exception

*******

de tout

p. 120

V. Etranger au monde: l'indifférence du monde
Conclusion Bibliographie

la confraternité

avec

p. 123

p. 133 p. 139

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INTRODUCTION

L'idée de cette réflexion a surgi au moment où frémissait encore le deuxième conflit irakien avant son nouvel enlisement dans la guérilla entre forces dites de maintien de la paix, pouvoir provisoire et opposants favorables à Sadam Hussein. Longtemps repoussé, ce projet devient aujourd'hui pertinent devant l'ampleur que prennent, en France comme ailleurs, la discrimination et les faits racistes ou xénophobes: violation de sépultures juives, musulmanes ou chrétiennes, telles celles d'Herlissheim en alsace en avril et août 04, celles perpétrées dans un petit bourg de côte d'Or, à Genlis, en novembre 04, destruction d'un foyer social juif à Paris, à la même période, enlèvement de journalistes français pour protester, apparemment du moins, contre la loi sur l'interdiction du voile en milieu scolaire. L'autre apparaît comme de plus en plus menaçant et suscite des réactions aux excès grandissants. L'autre, car le problème de l'étranger au sens restreint du terme, n'est qu'un aspect particulier de la relation à l'altérité, de même que la perception olfactive à laquelle du fait de recherches antérieures, je ferai parfois référence, n'est qu'un aspect spécifique de la relation perceptive entrevue par Merleau Panty ou Arnheim entre autres. Cependant le sens olfactif, sens symbiotique, nous apparaît comme plus révélateur de la relation à l'autre, dans la mesure où il nous impose la coexistence. C'est pourquoi sans doute les médias ont souligné la bévue d'un politique parlant malencontreusement de l'odeur de l'étranger. Remarquons d'ailleurs que cette maladresse n'a pas reçu de l'opposition le tollé habitue1... Sans doute parce que dans son inconscient, tout le monde se sent concerné par l'odeur de l'autre et sait bien que la première relation immédiate à autrui passe par la corporéité. Nous sommes au monde avec tout notre corps. Le sens olfactif est sens de la vérité parce qu'il exige l'intimité, comme, à un moindre degré, le toucher. Alors tout le monde s'est trouvé gêné, sentant combien peu assument sans faille l'épreuve de la co-existence avec la différence. Mais, remarquons-le déjà, pour co-exister, il faut être différent et en elle-même donc la

différence est positive. Aussi prendrons-nous d'abord appui sur ce sens, même si notre visée va en fait bien au-delà. Non que l'étranger soit doté de quelque mauvaise odeur, encore que parfois les conditions de vie de certains en France puissent le justifier, mais parce 'que le rejet de l'odeur de l'autre est symptomatique d'un rejet plus global et de la peur du sentir, de la corporéité. Récemment, en octobre 2004, dans la banlieue lyonnaise, il a été décidé d'interdire l'accès d'un bus aux Roms, groupe de gitans d'origine roumaine largement implantés dans un quartier, en raison, a-t-on dit, de leur mauvaise odeur qui perturbait le reste des passagers! Cette ghettoïsation, ce racisme différentialiste est l'aspect le plus voyant de ce phénomène, d'autres sont plus silencieux, plus « socialisés» mais non moins pernicieux et cette triste anecdote, qui vient à temps justifier notre propos au moment où nous rédigeons cette réflexion est révélatrice du lien étroit entre sens olfactif, odeur, et acceptation ou rejet de l'autre: ce n'est pas sans raison qu'on fait de l'odorat « le sens de la sympathie »... D'ailleurs un politique local ne relevant pas d'un parti étiqueté pour son racisme concluait en souhaitant que « les Roms trouvent leur épanouissement» dans leur propre pays... un beau visa de retour! Ne sommes-nous pas bienveillants ?!! Ceci dit, nous voudrions, non pas ajouter une nouvelle analyse du racisme à la multitude de celles déjà réalisées sur le plan politique ou sociologique, mais essayer, beaucoup plus simplement, de l'appréhender au cœur de la vie quotidienne, à partir des bases perceptives et ce nouvel angle d'approche nous paraît novateur. Il nous semble que les processus perceptifs peuvent partiellement expliquer le développement du racisme tant par les paramètres propres au sujet percevant que par les modifications qu'une perception non-tolérante fait surgir dans Ie sujet perçu, objet de rejet. Ainsi la césure entre les « bons» et les «méchants» disparaît-eUe: nous sommes tous implicitement racistes: seul l'amour peut, de la différence, faire surgir une communion. Simplement l'écart différentiel est plus ou moins grand, la tolérance sociale ou individuelle plus ou moins élevée du fait de l'histoire personnelle et du contexte environnementaI. C'est pourquoi se pose le problème de l'étranger et particulièrement aujourd'hui.
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L'étranger, dans une vue simpliste, est celui qui n'a pas la nationalité française, qu'il soit ou non né en France, à la différence de l'immigré qui est originaire d'un autre pays, qui est venu, lui ou ses parents, s'installer en France, mais qui peut avoir acquis la nationalité française. Et il nous semble que le racisme actuel ou la xénophobie se cible plus sur les ressortissants de cette deuxième situation, même si pour simplifier nous nous permettrons d'utiliser ce terme commun d'« étranger », le rejet pouvant s'asseoir sur la couleur de peau, la culture, la religion ou toute autre facette de la personne. Quoi qu'il en soit, au-delà de ces définitions sèches, quand se pose la question du racisme ou de la xénophobie, l'étranger est celui qui, quel que soit son statut, n'a pas les mêmes normes que les nôtres, c'est-à-dire brutalement, « l'autre ». Alors, bien sûr, viserons-nous plus l'étranger au sens ethnique du terme parce que sa situation en France semble s'être aggravée, parce qu'aussi, et ce n'est pas un hasard, sa conformité à ses normes ethniques, sociales ou religieuses semble s'être durcie, du moins en ce qui concerne le monde maghrébin en raison d'un amalgame facile entre terrorisme, extrémisme, délinquance et islam, en raison aussi des mécanismes de défense qui contribuent à modifier le visage de l'étranger. Individuellement, comme collectivement on a en quelque sorte l'étranger qu'on mérite. Et d'ailleurs, tout n'est pas si sombre quand on voit la pondération, la sagesse des responsables du culte musulman négocier avec les islamistes radicaux dans les évènements suscités par le vote de la loi sur le port du voile à l'école. Cela suppose une belle capacité de décentration et d'acceptation d'écartèlement au nom du respect de la personne humaine. Cependant cette modeste réflexion peut s'étendre au-delà, ou plus exactement en-deçà, c'est pourquoi elle vise à passer par des bases perceptives qui nous concernent tous, la perception supposant déjà un certain rejet du réel et I'homme contemporain semblant de plus en plus incapable d'accepter le vécu du sentir, angoissé peut-être qu'il se trouve, et par la communion qu'il implique et par sa propre corporéité. L'étranger alors, n'est-ce pas en fait celui qui est différent de 11

moi, simplement, et qui ne l'est pas? Après, tout est question de degré, mais l'essence du problème reste identique. C'est donc la question de l'étrangeté, question existentielle par excellence, qui se trouve posée, celle de la condition humaine soumise à l'inquiétante extériorité. Cependant ce racisme et cette xénophobie grandissants (pour simplifier, nous utiliserons souvent le terme unique de « racisme» pour englober tout refus de l'autre même s'il semble pertinent, comme le fait P.A.Taguieff de distinguer le racisme universaliste qui nie la différence et nous gène finalement assez peu... et le racisme différentialiste qui met 1 l'accent sur celle-ci quelle que soit la différence prétextée ne seraient-ils pas révélateurs d'une immaturité de plus en plus grande de l'homme contemporain, d'une régression que tente de masquer sa violence? Et en même temps ne sont-ils pas le signe d'une frustration et d'une insécurité sociale croissantes qu'il serait urgent de prendre en compte?

1 TaguieffP.A.,

Le racisme, Flammarion, 12

1997

I. Le rejet de l'autre *Le rejet d'autrui à partir expérience paradigmatique. de son odeur: une

Si les hypothèses politiques ou idéologiques sont satisfaisantes pour l'esprit ou l'orgueil humain, force est de constater que souvent les bases du processus de rejet de la différence sont plus immédiates, plus «moirées» dirait M. Serres, plus empreintes de corps et d'émotions. Derrière le vêtement du «logos », une simple odeur peut initier le rejet Mais, a contrario, il faut reconnaître que les facteurs politiques, philosophiques ou liés à I'histoire personnelle du sujet rejetant peuvent modifier les capacités perceptives, non seulement dans le domaine pathologique, mais même chez un sujet dit « normal ». Et ce constat, cette mise à nu du raciste, pourrait peut-être exorciser la violence. Enfin, la situation de rejet peut modifier la réalité du sujet perçu, voire son odeur. Deux paramètres peuvent donc initier le rejet olfactif: - le sujet percevant, avec sa normalité ou pathologie perceptive mais toujours sa subjectivité liée à son histoire qui orientent voire dénaturent la perception, - le sujet perçu qui, comme son odeur, peut se trouver dénaturé, modifié, par des mécanismes de défense. Ceci étant, si le rejet fait participer tous les sens parce que notre rapport à l'autre est global, le sens olfactif, par son caractère symbiotique, nous paraît à la fois plus révélateur et moins contrôlable que les autres sens. - Un vécu premier, imagination. nœud de corps, émotion et

Avant d'être perçue, l'odeur est vécue et le sentir olfactif compromet le sujet sentant à son insu, ne serait-ce qu'en raison de la physiologie de l'odorat qui est relié directement au siège cérébral des émotions. Nécessairement donc, les sensations olfactives se trouvent immédia-tement codées hédoniquement sans possibilité pour le sujet d'en prendre préalablement conscience pour éventuellement réfréner son émoi.

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