De Bonaparte à Balfour

De

La première partie de la grande épopée du Proche-Orient . Une somme réunissant les meilleurs spécialistes, par-delà tous les clivages partisans. Expédition d’Égypte, réveil de la Palestine, rivalités entre grandes puissances, surenchère d’investissements, établissement de comptoirs, de missions religieuses, développement de programmes archéologiques, de réseaux hospitaliers... Sur fond d’Empire ottoman vieillissant, le regard de l’Occidental sur l’Orient se met à changer. De province reculée, elle devient un enjeu aussi original qu’unique de la diplomatie internationale. Esther Benbassa, Catherine Nicault, Jacques Thobie... nous racontent avec talent cette mutation appelée à bouleverser la donne mondiale. Un livre passionnant sur la Palestine d’avant les Mandats.


Publié le : vendredi 21 juin 2013
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EAN13 : 9782271077851
Nombre de pages : 464
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Couverture

De Bonaparte à Balfour

La France, l’Europe occidentale et la Palestine, 1799-1917

Ran Aaronsohn et Dominique Trimbur (dir.)
  • Éditeur : CNRS Éditions
  • Année d'édition : 2008
  • Date de mise en ligne : 21 juin 2013
  • Collection : Histoire
  • ISBN électronique : 9782271077851

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Référence électronique :

AARONSOHN, Ran (dir.) ; TRIMBUR, Dominique (dir.). De Bonaparte à Balfour : La France, l’Europe occidentale et la Palestine, 1799-1917. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2008 (généré le 17 décembre 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionscnrs/2767>. ISBN : 9782271077851.

Édition imprimée :
  • ISBN : 9782271066718
  • Nombre de pages : 464

© CNRS Éditions, 2008

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La première partie de la grande épopée du Proche-Orient . Une somme réunissant les meilleurs spécialistes, par-delà tous les clivages partisans.
Expédition d’Égypte, réveil de la Palestine, rivalités entre grandes puissances, surenchère d’investissements, établissement de comptoirs, de missions religieuses, développement de programmes archéologiques, de réseaux hospitaliers…
Sur fond d’Empire ottoman vieillissant, le regard de l’Occidental sur l’Orient se met à changer. De province reculée, elle devient un enjeu aussi original qu’unique de la diplomatie internationale.
Esther Benbassa, Catherine Nicault, Jacques Thobie… nous racontent avec talent cette mutation appelée à bouleverser la donne mondiale.
Un livre passionnant sur la Palestine d’avant les Mandats.
 

Ran Aaronsohn

Ran Aaronsohn enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem. Ses domaines de spécialité sont la géographie historique, les processus de colonisation au XIXe siècle (en particulier la colonisation juive en Palestine), la géographie rurale, les communes actuelles en Amérique du nord.

Dominique Trimbur

Dominique Trimbur est chercheur associé au Centre de recherche français de Jérusalem. Il travaille sur les différentes facettes des présences européennes en Palestine et Israël (XIXe-XXe siècles).

Sommaire
  1. Introduction

    Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn
    1. Les relations Europe occidentale/Palestine dans l’historiographie contemporaine
    2. « De Bonaparte à Balfour. La France, l’Europe occidentale et la Palestine, 1799-1917 »
  2. Politiques, stratégies et relations internationales

    1. La Palestine dans les relations internationales 1798-1914

      Roger Heacock
      1. La fin du xviiie siècle : le rééquilibrage
      2. Muhammad Ali et Ibrahim Pacha
      3. Déplacement du centre de gravité
      4. Les tanzimat, les missionnaires et les consuls
      5. La guerre de Crimée
      6. Le positionnement pour l’héritage
      7. Le projet de sauvetage
      8. Conclusion
    1. De la Restauration au Second Empire : quatre consuls, une seule politique (1843-1868)

      Rina Cohen-Muller
      1. Gabriel Marie Jean Benoît de Lantivy de Kerveno
      2. Joseph Hélouis-Jorelle
      3. Paul-Émile Botta
      4. Edmond de Barrère
    2. Les accords de Mytilène de 1901 et l’agrément de Constantinople de 1913

      Moussa Abou Ramadan
      1. Le contexte : les événements qui ont entouré les accords de Mytilène et de Constantinople
      2. Les textes : un accroissement progressif de la protection des établissements religieux par la France
    3. Journalistes et espions : les services de renseignement et d’information allemands au Proche-Orient

      Shlomo Shpiro
      1. Introduction
      2. Services de renseignement allemands, police secrète et censure journalistique
      3. Journalistes, anarchistes et espions
      4. Coopération internationale et harcèlement des médias
      5. Conclusion
    4. Une convergence d’intérêts : la collaboration entre les services secrets français et britanniques au Levant pendant la Première Guerre mondiale

      Yigal Sheffy
      1. Le contexte historique
      2. Le contexte naval
      3. Le contexte aérien
      4. Aspect humain de la collaboration franco-britannique
      5. Les transmissions
      6. Conclusion
  1. Initiatives économiques et sociales

    1. Le développement du réseau hospitalier en Palestine

      Norbert Schwake
      1. L’hôpital anglais
      2. L’hôpital juif
      3. L’hôpital allemand
      4. La réaction catholique
      5. L’hôpital Rothschild
      6. Les autres hôpitaux
      7. Conclusion
    2. Les commerçants français en Palestine pendant la période ottomane (1842-1914)

      Frédérique Schillo
      1. Les activités commerciales
      2. Les relations intra-communautaires et la place du commerçant français
      3. La place des commerçants français dans les relations économiques franco-palestiniennes
    3. Les embarras du Crédit lyonnais en Palestine au début du xxe siècle

      Jacques Thobie
      1. Une agence modeste mais bien gérée
      2. Faut-il ouvrir une succursale à Jaffa ?
      3. Faut-il laisser la place à la Banque impériale ottomane ?
      4. Le Patriarcat grec : client choyé et redouté
      5. Conclusion
    4. Annexes

  2. Religion et enjeux de culture traditionnelle

    1. La concurrence des missions chrétiennes en Terre sainte, 1840-1850

    1. Thomas F. Stransky
      1. Grandeur et décadence de l’Égyptien Méhémet Ali Pacha
      2. L’évêché anglican anglo-prussien de Jérusalem
      3. Le rétablissement du Patriarcat latin, 1847
      4. La mission orthodoxe russe à Jérusalem
      5. Conclusion
    2. Les congrégations françaises en Terre sainte au xixe siècle

      Claude Langlois
      1. Questions liminaires
      2. Les congrégations implantées en Palestine au xixe siècle
      3. Premières congrégations féminines : Terre sainte ou Palestine ?
      4. L’essor tardif des congrégations après 1870
      5. Conclusion
    3. Un mécène catholique : le comte de Piellat et les communautés françaises de Terre sainte

      Zvi Shilony
    4. Religion et politique en Palestine : le cas de la France à Abou Gosh

      Dominique Trimbur
      1. Préalables
      2. Utilisation de la religion par la politique
      3. Utilisation de la politique par la religion
    5. Foi et politique : les pèlerinages français en Terre sainte (1850-1914)

      Catherine Nicault
      1. La naissance des « pèlerinages modernes » en Terre sainte : une initiative du monde catholique
      2. Une constante sous tous les régimes : le souci du bon déroulement des pèlerinages
      3. La conduite des pèlerins : une préoccupation constante des diplomates
    6. Du « conflit des drapeaux » à la « contestation des hospices » : l’Allemagne et la France catholiques en Palestine à la fin du xixe siècle

      Haïm Goren
      1. Les activités catholiques allemandes en Terre sainte
      2. Conclusion
    1. La querelle du Muristan et la fondation de l’église du Rédempteur à Jérusalem

      Thorsten Preine
      1. L’intérêt croissant pour le Muristan
      2. La querelle du Muristan
      3. La prise de possession du terrain des Hospitaliers
      4. La construction et la consécration de l’église du Rédempteur
    2. La Suède et la Terre sainte : colonisation piétiste et communautaire

      Ruth Kark
      1. La Suède et la Terre sainte : image et réalité
      2. La colonie américano-suédoise de Jérusalem
      3. Conclusion
    3. Un philosophe comme directeur général : Émile Meyerson et la Jewish Colonization Association en Palestine

      Yoram Mayorek
    4. L’Alliance israélite universelle et les projets juifs en Palestine

      Esther Benbassa
  1. Intrusion de la culture moderne

    1. L’École biblique, l’archéologie et le développement de la photographie en Palestine

      Jean-Michel de Tarragon
      1. Le fonds des pères assomptionnistes de Notre-Dame de France
      2. Les assomptionnistes et la photographie archéologique
      3. Le fonds photographique de l’École biblique et l’archéologie
    2. La presse arabe en Palestine dans la période ottomane

    1. Qustandi Shomali
      1. L’éducation
      2. L’imprimerie
      3. Les associations littéraires
      4. La traduction
      5. La formation de la presse palestinienne
  1. Auteurs du volume

Introduction

Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn

Jean-Marie Delmaire (1943-1997)
in memoriam

1Pour des raisons d’actualité, mais avant tout du fait d’un intérêt historique de plus en plus évident, la corrélation regroupant « La France, l’Europe occidentale et la Palestine » présente nombre d’aspects porteurs pour une étude approfondie. Dans cet ensemble, la périodisation 1799-1948 est logiquement déterminée : c’est d’une part l’incursion de Bonaparte en Orient, et d’autre part la création de l’État d’Israël. Dans ces circonstances, le Centre de recherche français de Jérusalem a jugé intéressant de regrouper un certain nombre d’articles relatifs à la période en question, en optant pour la diversité. Un tel recueil est en effet la possibilité de faire se rencontrer, en un volume, des auteurs de différentes origines, traitant d’une même région en une même époque, mais à partir de points de vue différents. Pour ce faire, nous avons choisi d’aborder dans un premier temps une période en apparence largement balisée, 1799-1917, sujet de nombreuses études auxquelles viennent s’en ajouter régulièrement d’autres, dans les langues les plus diverses1.

2Cet espace de temps, dernier siècle de la domination ottomane sur le Moyen-Orient, est peut-être aussi le plus riche du point de vue historique, en particulier dans le domaine des relations internationales. Après l’entrée en fanfare de Bonaparte en Égypte et sa brève incursion en Terre sainte, la Palestine sort de sa léthargie de province reculée d’un très vaste Empire. Politiquement, administrativement et commercialement, elle n’est en effet alors qu’un point de passage, une région dépendante de provinces bien plus actives ; de plus, elle n’est pas une entité précise du point de vue administratif et ressortit plutôt du domaine des idées2. Dans cette logique, Bonaparte ne juge pas Jérusalem digne d’être visitée, et la Palestine en général semble ne mériter que la représentation figée, même si très belle, qu’en offre l’aquarelliste David Roberts.

3Mais il semble que la Palestine n’attende qu’un signe pour retrouver sa splendeur et son souffle passés. Les événements du tournant du xixe siècle suscitent pour un temps l’intérêt des nations européennes. Celui-ci se confirme lors de l’aventure égyptienne qui parcourt la région jusqu’à l’Anatolie, dans les années 1830. On assiste alors à ce que le géographe historique israélien Yeoshuah Ben Arieh a appelé, dans un ouvrage pionnier, la « redécouverte de la Terre sainte3 ».

4En ce xixe siècle, il ne pouvait s’agir seulement d’un réveil. Au moment où les nations européennes regardent par-delà leurs frontières, dans les prémisses de leurs aventures coloniales respectives ; où elles s’observent mutuellement dans leur course à la domination de vastes sphères d’influence, au risque d’ailleurs de mettre en péril le concert européen de Metternich ; au moment où le progrès technique, des transports notamment, fait du bassin méditerranéen une proche banlieue de l’Europe et s’accompagne d’un fort développement du commerce et d’une envolée culturelle fondée sur la notion alors nouvelle d’orientalisme ; au moment enfin où se développe et se relance une double mission, civilisatrice et religieuse, la Palestine semble focaliser les intérêts de toutes sortes et se donne progressivement une véritable importance géostratégique. Comme l’écrit de manière synthétique l’historien français Henry Laurens : « La Palestine est le lieu où se rencontrent tous ces produits de la modernité et de la quête des origines. » Plus d’une redécouverte donc, en un siècle où l’histoire s’accélère, il s’agit ni plus ni moins, comme il le dit encore, d’une « invention de la Terre sainte4 ».

Les relations Europe occidentale/Palestine dans l’historiographie contemporaine

5On l’a dit, l’historiographie a largement balayé l’histoire des relations entre l’Europe occidentale et la Palestine. Tout en concevant qu’un tel inventaire ne puisse être qu’incomplet, il est intéressant de rappeler les œuvres les plus notables qui ont marqué les vingt-cinq dernières années. En se limitant aux ouvrages parus dans les langues européennes les plus connues (anglais, français, allemand), en en abordant d’autres moins habituelles (italien, espagnol), et en mentionnant celles des populations qui habitent aujourd’hui le territoire spécifique concerné par le présent volume (hébreu et arabe), on peut constater quelques tendances, sélectionnées suivant notre point de vue.

6Lorsque l’on se penche sur l’historiographie disponible en anglais, il est intéressant de remarquer que cette production émane en grande partie d’auteurs israéliens. C’est ainsi que les trois ouvrages les plus importants concernant la Palestine au xixe siècle, des recueils d’articles, sont de la plume d’Israéliens : qu’il s’agisse des responsables de ces publications ou des différents auteurs. Le premier est un recueil désormais classique publié en 19755, dont deux parties concernent les « activités étrangères » et l’« impact de la culture et de la technologie occidentales ». Dans les années 1980 et au début de la décennie suivante, lui succèdent – en le révisant et le complétant – trois volumes plus spécifiques qui permettent de mettre en avant les relations entre l’Europe occidentale et la Palestine6. C’est aussi là que l’on trouve une série de colloques éditée par Moshe Davis et Yeoshuah Ben Arieh, intitulée fort justement « Les yeux tournés vers Sion », dont trois volumes (sur cinq) concernent notre sujet7.

7On peut remarquer également une tendance nouvelle : un intérêt très fort pour la photographie de la Palestine, avec emphase sur l’apport européen à ce domaine8. Tandis que sont désormais disponibles en anglais, publiés par des universitaires israéliens, les documents diplomatiques de quelques consulats européens9.

8Intéressés par l’histoire sociale10, certains auteurs anglophones ont évidemment travaillé sur le sionisme11 ou sur les mouvements religieux, notamment protestants, attirés par la Terre sainte12. Si l’intérêt de ces personnes porte surtout sur la période mandataire, celle où la Grande-Bretagne est « aux affaires » en Palestine, ces auteurs se sont également penchés sur le xixe siècle. C’est une histoire de rivalités13, au cours de laquelle les puissances instrumentalisent notamment l’exploration scientifique, en particulier l’archéologie14. Tandis que le Swedish Christian Studies Centre de Jérusalem met en avant l’« héritage chrétien en Terre sainte », relevant par là la contribution des puissances européennes15.

9En français, les parutions des vingt-cinq dernières années ont permis de combler certaines lacunes. Ce sont d’abord des ouvrages généraux consacrés à l’histoire de la région. Un temps délaissé de l’historiographie française, la Palestine et les contributions européennes à son histoire ont bénéficié d’un apport de connaissances effectué par certains historiens. Outre une brève présentation de Jérusalem16, le lecteur francophone bénéficie à présent d’outils conséquents, en particulier grâce au travail de Henry Laurens17.

10C’est ensuite le domaine des relations entre la France, les Juifs et le sionisme. Longtemps ignorée, ou passant dans l’ombre des relations intenses et difficiles entre la Grande-Bretagne et le mouvement fondé par Herzl, cette relation mérite plus d’attention. Fait ainsi date l’étude de Catherine Nicault sur La France et le sionisme, rencontre qualifiée à juste titre de « manquée18 ». Tandis qu’ont été peu à peu redécouverts et réhabilités les Juifs francophones agissant en Palestine, ignorés, voire méprisés parce que ne favorisant pas l’établissement d’un foyer national juif en Palestine19.

11Pour sa part, l’histoire de la présence religieuse catholique et française, jusqu’en 1914, et au-delà, illustration essentielle de la politique de Paris, reste à écrire. Si l’on peut déjà repérer certains ouvrages, ceux-ci relèvent principalement de la description hagiographique20, et n’ont pas forcément une portée scientifique, ou restent confinés à des cercles très étroits. Certaines études disponibles n’abordent que brièvement la Palestine, à l’instar des rares pages de François Delpech21. Par ailleurs, l’un des points d’orgue de l’historiographie relative à la contribution française à la vie de la Palestine au xixe siècle a été le centenaire d’une institution qui a su s’affirmer, l’École biblique et archéologique française22.

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Jérusalem vers 1888

12De prime abord, on peut s’interroger sur l’existence d’une historiographie germanophone relative à la région : l’Allemagne ou l’Autriche n’apparaissent en effet que peu dans les ouvrages généralistes. Or les quelques souvenirs de la présence germanique au Moyen-Orient ne doivent pas faire oublier son dynamisme passé. En premier lieu, l’historiographie allemande apporte sa contribution à la connaissance globale de la Palestine23. Existent aussi quelques monographies d’ordre général concernant les divers intérêts allemands en Syrie et Palestine24. On dispose même d’études concernant l’attitude de certains partis politiques allemands à l’égard du problème, sur une période longue25.

13L’ambiance de la Palestine au xixe siècle apparaît dans la publication de fac-similés de récits de pèlerinages26 ou de voyages27. Tandis que le sionisme, théorisé dans l’espace germanique, apparaît également : c’est par exemple la reproduction de témoignages d’époque28 ou d’études autour de la visite de l’empereur Guillaume II29.

14Outre ces publications, deux points forts marquent l’historiographie allemande des vingt-cinq dernières années.

15C’est d’abord la mise en avant d’un événement qui fait date et ne cesse d’être à la base d’une littérature abondante : le passage en Terre sainte de l’empereur Guillaume II, en 1898. Traité en lui-même, il est aussi significatif pour tous ses à-côtés. Car, à la différence de la France, dépourvue d’un tel symbole, l’Allemagne dispose là d’un événement fondateur : le passage du Kaiser marque une entrée, tardive certes, mais tonitruante de l’Empire dans les affaires palestiniennes. Au cours des dernières années, les publications à ce propos se sont multipliées ; les unes à caractère scientifique30, les autres destinées à un plus large public, profitant de l’abondance iconographique qui a accompagné ce voyage31. Toutes les institutions qui ont été fondées à cette occasion et qui marquent encore le paysage de Jérusalem célèbrent successivement l’anniversaire de leur création : cela permet de retracer l’histoire du missionarisme protestant allemand32 et de se pencher sur les institutions religieuses et scientifiques elles-mêmes, qu’elles soient protestantes33 ou catholiques34.

16Par ailleurs, l’histoire de l’implication allemande en Terre sainte bénéficie également d’un objet d’étude original et spécifique : la colonisation opérée par les Templer, une secte protestante du sud-ouest de l’Allemagne, établie en Palestine à partir de la seconde moitié du xixe siècle. Étudiée en Allemagne35, s’insérant dans le cadre de la « contribution chrétienne à la reconstruction de la Palestine », cette colonisation a fait l’objet d’un intérêt renouvelé de la part d’Alex Carmel, qui a d’ailleurs choisi cette expression de « reconstruction » comme sous-titre du centre de recherche qu’il a mis en place à Haïfa36.

17Enfin, lorsque l’on parle de l’espace germanique, on n’en saurait négliger l’aspect autrichien. Très réduite aujourd’hui, la participation de l’Autriche, dans sa version impériale, à l’« invention de la Terre sainte » a connu son heure de gloire. Certaines publications le rappellent : à travers la réédition de récits, de pèlerinages notamment37, la description des intérêts austro-hongrois en général38 ou l’histoire de la représentation consulaire des Habsbourg en Palestine39 ; tandis que la personnalité de l’orientaliste et espion tchèque, au service de la Double monarchie, Aloïs Musil a suscité des études plus40 ou moins scientifiques41.

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