De Drancy à Bergen-Belsen, 1944-1945

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Jacques est né à Paris en 1933 dans une famille juive récemment émigrée de Pologne. Il a deux sœurs et un frère. Pendant la guerre, son père est prisonnier. Jacques est arrêté début février 1944 avec l'une de ses sœurs, son frère et sa mère, interné à Drancy puis déporté à Bergen-Belsen comme juifs pouvant servir de monnaie d'échange. Ils sont évacués par le « Train fantôme » peu avant la libération du camp devenu un mouroir : les Britanniques découvrent 13 000 morts par terre et 60 000 détenus. La famille proche de Jacques a survécu à la Shoah mais pas la majorité des siens. Après guerre, il travaille dans le prêt-à-porter puis dans la coiffure. Il change de nom en 1963. Il s'investit dans la mémoire est devient Secrétaire général de l'Amicale de Bergen-Belsen.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748183962
Nombre de pages : 186
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De Drancy
à Bergen-Belsen
1944-1945

Jacques Saurel
De Drancy
à Bergen-Belsen
1944-1945
Souvenirs rassemblés
d’un enfant déporté



Préface de Raymond Riquier



COLLECTION
TÉMOIGNAGES DE LA SHOAH


Le Manuscrit
www.manuscrit.com © Éditions Le Manuscrit, 2008
20, rue des Petits-Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
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ISBN : 2-7481-8396-7 (pour le fichier numérique)
ISBN 13 : 9782748183962 (pour le fichier numérique) 1-8397-5 (pour le livre imprimé) 82748183979 (pour le livre imprimé)
Présentation de la collection
« Témoignages de la Shoah »
de la Fondation pour la Mémoire
de la Shoah

En lançant sa collection « Témoignages de la Shoah » avec
les éditions Le Manuscrit, et grâce aux nouvelles
technologies de communication, la Fondation souhaite
conserver et transmettre vers un large public la mémoire
des victimes et des témoins des années noires des
persécutions antisémites, de 1933 à 1945.
Aux nombreux ouvrages déjà parus, la Fondation espère
ainsi ajouter les récits de celles et ceux dont les voix sont
restées jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent enfouis au
plus profond des mémoires individuelles ou familiales, récits
parfois écrits mais jamais diffusés, témoignages publiés au
sortir de l’enfer des camps, mais disparus depuis trop
longtemps des rayons des bibliothèques.
Si quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible, la multiplicité
des récits peut s’en approcher.
En tout cas, c’est l’objectif que s’assigne cette
collection à laquelle la Fondation, grâce à son Comité de
lecture composé d’historiens et de témoins, apporte sa
caution morale et historique.
Face à une actualité où l’instrumentalisation des conflits
divers tend à obscurcir, confondre et banaliser ce que fut la
Shoah, cette collection permettra aux lecteurs, chercheurs et
étudiants de mesurer la spécificité d’une persécution extrême
dont les uns furent acteurs, les autres complices, et face à
laquelle certains restèrent indifférents et les autres héroïques.
Puissent ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs le rejet de
l’antisémitisme et de toute autre forme d’exclusion, et l’esprit
de fraternité.

Consultez le site Internet de la FMS : www.fondationshoah.org
7Comité de lecture de la collection

Président : Serge Klarsfeld.

Membres : Isabelle Choko, Olivier Coquard, Gérard
Gobitz, Katy Hazan (OSE), Dominique Missika, Denis
Peschanski, Paul Schaffer.

Responsable de la collection : Philippe Weyl.





















Voir les autres titres de la collection en fin de
volume, pages 183 et 184.

JACQUES SAUREL



Biographie de Jacques Saurel
né Szwarcenberg







1933 19 février : naissance de Jacques Szwarcenberg à
Paris. Sa sœur aînée, Irène, est dans sa deuxième
année. Ses parents, mariés depuis le 21 janvier
1930, sont d’origine juive polonaise. Sa mère,
Berthe, née Bentkowski en 1912 à Varsovie,
émigre en France avec ses parents, son frère et sa
sœur, en 1923. Son père, Henri, né à Piascezno
en 1909, est arrivé à Paris en 1924 avec ses
parents et ses quatre frères.

Les parents de Jacques travaillent dans un atelier
de maroquinerie à Paris.

1934 Décembre : naissance de son frère Roger.

1936 Janvier : naissance de sa sœur Alice.

1939 Les Szwarcenberg habitent 28 de l’avenue du
Belvédère au Pré-Saint-Gervais (aujourd’hui
SeineSaint-Denis) qui jouxte Paris. Les grands-parents
9DE DRANCY À BERGEN-BELSEN 1944-1945 BIOGRAPHIE DE JACQUES SAUREL NÉ SZWARCENBERG
paternels habitent à six numéros de là. Le
grandpère tient une boutique de cordonnier.

3 septembre : déclaration de guerre de la France
et du Royaume-Uni à l’Allemagne nazie suite à
son invasion de la Pologne deux jours plus tôt.
Début de la Seconde Guerre mondiale.

Henri, le père de Jacques s’engage volontaire
dans la Légion étrangère française. Son
beaufrère, Maurice, fait de-même : il sera affecté à un
régiment basé en Algérie. Suite au débarquement
allié de novembre 1942, il entrera dans l’armée
britannique et œuvrera à Londres.

Octobre : Jacques, avec ses frères et sœurs et sa
mère, est évacué à Trizay-Coutretôt
(Eure-etLoir) sur décision de la municipalité du
PréSaint-Gervais.

Noël : le père vient passer les fêtes avec eux.

1940 24 janvier : le père de Jacques entre dans le service
earmé et intègre le 21 Régiment de marche de
volontaires étrangers le 3 mars suivant.

10 mai : début de l’offensive militaire allemande.

22 juin : convention d’armistice
francoallemande à Rethondes. Les deux tiers de la
France sont occupés.

10JACQUES SAUREL BIOGRAPHIE DE JACQUEUREL NÉ SZWARCENBERG
26 juin : le père est fait prisonnier à Allain
(Meurthe-et-Moselle) lors d’une mission de
reconnaissance puis interné dans un camp de
prisonnier à Hombourg-Haut dépendant du
Stalag XII F de Forbach, devenue ville allemande
(aujourd’hui en Moselle).

Juillet : la famille est de retour au
Pré-SaintGervais.

Octobre : Jacques et ses frères et sœurs
reprennent l’école.

La famille subit les lois discriminatoires envers
les juifs et connaît des difficultés matérielles.

1942 Printemps : son oncle paternel Joseph est
arrêté avec sa femme et ses deux enfants. Il
sera déporté du camp de Pithiviers à celui
d’Auschwitz par le convoi n° 4 du 25 juin. Sa
famille a également disparu mais dans des
circonstances inconnues.

Son oncle paternel Robert est arrêté lors d’un
contrôle à la station de bus
Château-deVincennes. Il disparaît sans laisser de traces.

Sa tante maternelle, Céline, est arrêtée chez elle
par la police, internée à Drancy puis déportée
par le convoi n° 11 du 27 juillet à Auschwitz où
elle se suicide.

11DE DRANCY À BERGEN-BELSEN 1944-1945 BIOGRAPHIE DE JACQUES SAUREL NÉ SZWARCENBERG
La grand-mère de Jacques, Boubelé, restée seule,
vient habiter avec eux au Pré-Saint-Gervais.

7 juin : entrée en vigueur de l’obligation du port
de l’étoile jaune pour les juifs de plus de six ans en
zone occupée.

16 juillet : Dora et Mosek, ses grands-parents
paternels et leur plus jeune fils, Salomon, sont
victimes de la rafle dite « du Vél’ d’Hiv’ ».
Salomon sera déporté de Drancy par le convoi
n° 25 du 28 août à destination d’Auschwitz où
ses parents sont arrivés de Beaune-la-Rolande
par le convoi n° 15 parti le 5 août. Ils ne
reviendront pas.

Un couple, cousin de sa mère, arrêté avec ses
deux enfants en bas âge, sont également victimes
de la Shoah.

Octobre : sa petite sœur Alice est placée dans
une ferme de la Sarthe.

1943 Juillet : son frère Roger est placé chez une famille
de la Sarthe.

La famille se pense protégée des rafles grâce au
statut de prisonnier de guerre du père.

1944 Janvier : Roger revient chez eux en raison d’une
naissance prochaine dans sa famille d’accueil.

12JACQUES SAUREL BIOGRAPHIE DE JACQUEEL NÉ SZWARCENBERG
3 au 4 février : minuit passé : Jacques, Roger,
Irène et leur mère sont arrêtés chez eux par la
police française (Boubelé n’est pas sur la liste).
Du commissariat, ils sont transférés au camp
de Drancy.

3 mai : Jacques et sa famille sont transportés en
bus jusqu’à la gare de l’Est d’où ils sont déportés
par train de voyageurs comme famille de
prisonnier de guerre protégé par la Convention
de Genève. Ce convoi comprend 74 personnes.

5 mai : ils arrivent à Hanovre d’où ils sont
véhiculés jusqu’au camp de Bergen-Belsen. Ils
intègrent la partie appelée « camp de l’étoile »
réunissant des juifs pouvant servir de monnaie
d’échange. Ils y seront 258 déportés de France :
177 femmes de prisonniers (dont 41 mères) et
77 enfants (dont 15 sans leur mère).

6 juin : débarquement des Alliés en Normandie.

Automne : à Bergen-Belsen commencent à
affluer les déportés des autres camps nazis
évacués devant l’avancée des armées soviétiques.
Les conditions de vie se détériorent mais les
mères, soumises au travail forcé, parviennent à
faire survivre les enfants.

Fin : la France est libérée. La grand-mère de
Jacques ramène Alice de la Sarthe au
Pré-SaintGervais.

13DE DRANCY À BERGEN-BELSEN 1944-1945 BIOGRAPHIE DE JACQUES SAUREL NÉ SZWARCENBERG
Décembre : Bergen-Belsen, transformé par les SS
en camp de concentration, devient un mouroir.

1945 9 avril : Jacques, Roger, Irène et Berthe sont
évacués de Bergen-Belsen par ce qu’on appellera
le « Train fantôme ». Environ 2 000 juifs du
camp de l’étoile font ce voyage.

15 avril : les troupes britanniques libèrent le
camp de Bergen-Belsen. Elles y trouvent
13 000 morts par terre et 60 000 détenus.

23 avril : les Allemands abandonnent le train près
du village de Tröbitz (Land de Brandebourg).
Jacques est atteint du typhus (sa sœur
également). Le village est mis en quarantaine. Les
Cosaques libèrent le territoire.

8 mai : fin de la Seconde Guerre mondiale.

Juin : Jacques, Irène, Roger et leur mère sont
rapatriés en camion à Paris via Leipzig et
Strasbourg où ils prennent un train pour Paris.

23 juin : ils s’arrivent à hôtel Lutétia où ils
retrouvent le père revenu en France depuis le
29 mars.

Léon, l’oncle paternel de Jacques a passé la
guerre à l’hôpital psychiatrique de Ville-Évrard
en banlieue parisienne. De la famille vivant en
Pologne, il ne reste personne.

14JACQUES SAUREL BIOGRAPHIE DE JACQUEUREL NÉ SZWARCENBERG
Été : Jacques et ses sœurs se rétablissent en
Vendée, son frère en préventorium à
Villard-deLans (Isère) et leurs parents en maison de santé
sur la Côté d’Azur.

1946 Jacques est reçu premier au concours d’entrée au
ecours complémentaire d’une école du XIX
arrondissement de Paris.

1947 Il doit s’engager dans la vie professionnelle,
dans le prêt-à-porter, afin d’aider ses parents à
subvenir aux besoins de la famille.

1953-1955 Jacques fait son Service national à
Vincennes.

1955 Il ouvre son propre atelier de confection dans le
eX arrondissement et emploie deux ouvriers.

1959 Jacques se marie à Paris.

1961 Il ferme son atelier pour suivre une formation de
six mois en coiffure.

10 août : naissance de son fils Alain.

Jacques travaille comme coiffeur durant neuf ans
d’abord avec le statut d’employé puis de directeur.

1963 Jacques et son frère Roger obtiennent l’autorisation
de changer leur nom pour celui de Saurel.

15DE DRANCY À BERGEN-BELSEN 1944-1945 BIOGRAPHIE DE JACQUES SAUREL NÉ SZWARCENBERG
1970 Décembre : Jacques ouvre son propre salon de
coiffure pour dames à Saint-Mandé.

1975 14 août : il épouse Françoise Laffay en secondes
noces.

1977 9 octobre : naissance de son fils Laurent.

1994 23 mars : Lors de l’inauguration du monument
dédié aux déportés du camp de Bergen-Belsen,
Jacques retrouve ses camarades du « camp de
l’étoile ».

1996 Jacques prend sa retraite.

2003 Il est élu Secrétaire général de l’Amicale de
Bergen-Belsen et fait chevalier de la Légion
d’honneur.

16JACQUES SAUREL



Préface







Jacques Saurel nous offre avec De Drancy à Bergen-Belsen
un fort beau livre, un témoignage, complété par la
postface émouvante et riche de Françoise, son épouse.

Jacques a écrit une première version de son texte,
d’un trait, en 2002 ; la lecture de ce tapuscrit, qui circule
dans un cercle de proches, montre que le travail auquel
il s’est adonné en 2006 ne porte que sur les corrections
nécessaires à sa publication.
Son livre, ainsi, a été pour l’essentiel rédigé plus de
cinquante-cinq ans après les événements tragiques qu’il
retrace. Il fait partie de la sorte d’une vague fort tardive
d’écriture sur la déportation et sur celle en particulier du
camp de Bergen-Belsen. Et il rejoint dans cette activité
1de témoignage Yves Léon : « Détenu auparavant,
durant 21 mois au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen,
j’avais connu le système concentrationnaire ; mais à
Bergen-Belsen, j’ai beaucoup plus souffert, côtoyant la
mort en permanence. » Il rejoint aussi Albert

1 Yves Léon, Bergen-Belsen. Mouroir des camps de concentration nazis, Pédernec, 1999.
17DE DRANCY À BERGEN-BELSEN 1944-1945 PRÉFACE
1Bigielman , un de ses camarades de camp, ou Isabelle
2Choko , orpheline et survivante du ghetto de Lodz, et
du camp Auschwitz II-Birkenau, du commando de
Celle et du camp de Bergen-Belsen.
L’immédiat après-guerre avait vu l’expression de
plusieurs témoins de ce lieu de mort, dont certains
3 Français. Parmi d’autres citons Willy Axelrad qui rend
compte de Belsen dans un travail d’écolier effectué
probablement sous la férule de son maître. Ou encore
4Suzanne Birnbaum qui trace dès l’été de 1945 son
horrible périple – Auschwitz, Belsen, Raguhn :

À moitié mortes de faim, de froid, couvertes de poux, après trois
semaines de transport, les femmes [des hongroises] étaient
dans un état pitoyable. On retirait des wagons des quantités de
femmes mortes durant le cours du voyage, et les autres ne valaient
guère mieux. Nous essayions d’en sauver quelques-unes… Elles
mouraient souvent entre nos mains, malgré nos efforts.

Et avant ce type de récit mémoriel écrit dans
combien de langues européennes différentes, premier acte
5de vivant « solidifié », pour citer Robert Antelme , le
6journal d’Hanna Lévy-Hass , tenu dans le camp même
de Bergen-Belsen d’août 1944 au mois d’avril 1945.

1 Albert Bigielman, J’ai eu douze ans à Bergen-Belsen, Paris, collection « Témoignages
de la Shoah », FMS/Le Manuscrit, 2005.
2
Isabelle Choko, Mes deux vies, Paris, collection « Témoignage », Caractères, 2004.
3
Willy Axelrad, Enfantines, Bulletin de la Maison des enfants de fusillés et de déportés de
Seine-et-Oise, novembre 1946.
4 Suzanne Birnbaum, Une Française juive est revenue : Auschwitz, Belsen, Raguhn, Paris,
Le Livre français, 1946, rééd. Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de
Haute-Silésie, 2003.
5 Sur une lettre de Robert Antelme [de juin 1945], in Dionys Mascolo, Autour d’un effort
de mémoire, Paris, Maurice Nadeau, 1987.
6 re Hanna Lévy-Hass, Journal de Bergen-Belsen, 1944-1945, Paris, Seuil, 1989 (1 éd.
1946 en Yougoslavie).
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