De l'âme et de la cité

De
Publié par

Ce livre est le regard d'un psychologue de la politique, pour mieux apprendre les actes civiques, sans renoncer à la rigueur de la méthode analytique, en faisant de la critique un outil de diagnostic et une démarche transversale. L'auteur explicite les fondements et les enjeux de cette nouvelle discipline et passe en revue le malaise démocratique et ses implications idéologiques : social-libéralisme, populisme, néo-fascisme, communautarisme, machiavélisme, charisme, scientisme. il esquisse une réflexion sur les élites et l'emprise des oligarchies.
Publié le : samedi 1 mai 2004
Lecture(s) : 253
EAN13 : 9782296355781
Nombre de pages : 275
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DE L'ÂME ET DE LA CITÉ

Collection dirigée par Alexandre Dorna
Pr. de p.rychologie sociale et politique à l'Université de Caen

La collection « Psychologie politique» répond à une attente: ré-habiliter la dynamique de l'âme, du logos et de la cité, afin de faire connaître et de réunir ce qui est épars dans ce domaine. En conséquence, elle s'inscrit dans une méthodologie transversale et pluridisciplinaire, contre l'esprit de chapelle et la fragmentation de la connaIssance.

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6206-9 EAN : 9782747562065

Alexandre DORNA

DE L'ÂME ET DE LA CITÉ
Crise, populisme, charisme et machiavélisme

Essais de psychologie politique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

DU MEME A [lTE[lR :
o
o o
o

IJa Delnocracia

: un espejÏsmo

? Mexico.

Lumen

2003.

Les Grandes Figures républicaines. Private Toulouse. 2001 Le Leader chari5111atJque.Desclée de Brouwer. Paris. 1998.
FOIldelnenls de la psycJlologl"t'1 politJque. PUF. Paris. 1998 Barcelona, 1979 (en coll.

o
o

Le Populisllle. PlJF. 1999.
Idéologia y COIlductJSl110. Ed. FontaI1ella,

avec H. Mendez).
o

Sigl11hcatioIls (lu COlllportelnelltallslne.

Ed. Privat, 1982 (el1 coll. avec

Ph. Guilbert).

A Carole, ma femme et mes filles CamIlle, Estelle et Isabelle-France.

Sommaire

Avant-propos
Chapitre I. - La psychologie politique:
un paradigme perdu? 1.- La réhabilitation 2.- Les qualités 3.- Les nouveaux chantiers 4.- Une réflexion inattendue 5.- Le temps retrouvé Chapitre II. - Psycho-diagnostic de la crise de la démocratie représentatÏve 1.- Le regard psychopolitique. 2.- L'enjeu postmodeme 3.- De nouveaux pouvoirs 44.-Du dysfonctionnement de la démocratie représentative 5.- La participation et la représentation 6.- La vertu républicaine 7.- Faut-il un programme pour la psychologie politique?

Il

17

61

Chapitre III. - Du malaise démocratique: le libéralisme et la personnalité
1.- Des origines de la démocratie égalitaire à sa mutation représentative libérale 2.- La démocratie représentative: l'utilité d'un compromis historique 3.- La démocratie représentative: les courants critiques 4.- Le psychologique et la démarche libérale démocratique 5.- Les diagnostics critiques de la société contemporaine: Mannheim, Lane, Debord et Lasch 6.- Le «démocratisme» à la mode de Caen: l'identification des comportements démocratiques

91

Chapitre IV. - L'actualisation charismatÏque

de la question 137

1.- Appel aux références ordinaires 2.- Une expérience pilote 3.- Les caractéristiques du charisme. 4.- Conclusions ouvertes

Chapitre V. - La machiavélisation
de la démocratie 1.- Le «scandale» du machiavélisme 2.- Repères sur la psychologie de Machiavel 3.- Les études expérimentales sur le machiavélisme 4.- Le syndrome machiavélique de la société moderne

157

Chapitre VI. - Le populisme: la récurrence dérangeante
1.- Comment définir la nature du populisme 2.- Les paradoxes des populismes fondateurs 3.- Reconnaître le phénomène populiste. 4..- L'identité populiste et les mouvements de masse 5.- La dynamique populiste 6.- Théories explicatives du populisme 7.- Conclusion provisoire

187

Chapitre

VII. - La crise de la République de Weimar : les éléments fondateurs d'une psychologie du fascisme 1.- Le syndrome de Weimar 2.- Pistes d'interprétation psychopolitiquc 3.- La vigilance permanente

219

Chapitre VIII. - L'absence «scientifique» d'un projet commun de société
1.2.3.4.5.6.Les paradoxes d'une situation brumeuse Un regard psychosociologique La fragmentation des sciences humaines et sociales (SHS) y -a-t-il antinomie entre science et politique? Des questions, encore des questions La connaissance sous le signe de l'incertitude

245

Annexes

259 263 271 277

Références bibliographiques Index des noms propres cités Remerciements

Avant-propos
«

Au seIil des déIllocraties
1lolllbreu~y

occlcleIltales,

1l0US SOlllllles

à aT/aircOIllpris
avoir raisoIl.

que 1l0US pOUViOI1S 110US lroIIlper et que I10S cOlllradicteurs pouvaieIlt MaJ~~ trop souvent, ceux qui sont parvellus à cette lillportaIlte convictioIl

OIlt basculé ellsuIte daI1S le relativislne.

»

Karl Popper

l~xpliquer le politiqllc par le psycllolc)gÏquc est UIle IIlaIlière S()I)llistÏquée et classiclue de reIlVC)yer les causes taIlgi.bles des actes collectifs au nl0Ilde ÎI1soIlclable de l'âIIle ÏIlclivicluclle. Reposer la qUCStiOIl à l'eIlvers sClnblc paradoxaleII1cllt ellcore plus insolite. CeI)ellClaIlt, le psychol()gi.que Il'est-il pas surdéternlÜlé I)ar le social dOllt le politique fait I)artÏe ? C'est là que la vieille leçoll de Maclliavel probablenleIlt le preIllier psychologue politique - retrouve toute sa force dérangeante. Victor Hugo a saisi avec acuité la sig11ificatioI1profollde de la peIlsée clc Maclliavel et lui reIld hOllllnage en ces tem1es : «Maclliavel jetait sur le peuple un regdI(l étraIl!]-e. COIl1bler la IIIes ure, illre (léborder le vase, exagirer l'horreur du k71t du prIilce, accroÎtre l'écTaseIIleI1I pour révolter l'opprIillé, Imre rejaillir lidolâtrie ell cxécTatioI1, pOlIsser les IIlasses à bout, telle seIl1ble être sa politique. 5011 oui siglllfie 110/1.Il cllarg-e le (lespotc (le de!'JpotisiIle pour le Ii-lIre éclater. I~c f]/raIl (levieilt daI1S.',cs1IlaJi1SU1111i(leu~'{ !Jrojecl1Je qui se brisera. Macl1iavcl COl1spire. Pour qui? COI1lre qui? DevIilez. 1.5011poa dléose des rois est bOI1Ile à £71re (les régicIdes. Il111etsur la tête (le son PrIilce un diadènle (le crIilles, UIle tiare de vices, UIle auréole (le turpi-

tudes, et vous Ii1vite à a(lorer 5011 lllollstre,

rie l'air (IOlll 011 atteIld Ul1

vellg'Cur.II glorIfie le lllal Cl1loucl1aI1!vers l'o111/Jre.[...] »
La psycllolog-ie politique, au seIlS que IlOUS lui accordolls (DorIla 1998), rctrollve la Inê11le délIlarclle: COIIlllleIlt regarder la partie ol)scure (le la politique daIls la réalité (lcs actes (les 110IIlIIlCS ? Cet ouvrage, ell se réclaI1lant de la psycllolog-ie politique, fait (le la llléthode critique UIl outil (le diagIlostic à l'égar(l (le l'état (le la société I)olitique cOIltelIlIJoraille. Il est COl1lposé de llUit essais, dOllt le fil COIlclucteur est la lllisc CIl causc réf1écllie (lu « sYIl(lrOllle

déIIlocratique », c'est-à-dire de l'âIIle de la cité IIlodcrlle. Est-il besoÎll dc rappeler que la cité au seIlS p()litique s'est cOllstruitc sur UIl fOllel psycllologique COIIlIIIUIl fait de peurs et d'espoirs? Peut-oIl oublier que l'Îlnpasse de la déIIlocratie représentative est le reflet de l'échec des projets lllodernes de perfectioI1IlemeIlt de
1'11UlnaIlité ?

Quc reste-il des pUiSSaIltes i(léolog-ies et (les tlléories du CllaIlgeIIleIlt dc la société? Le débat sur la bOIlté ou la IIlécllaIlceté (lc l'hOIIlIIlC est-il ellC()re d'actualité? L'acuité de Maclliavel, lorsqu'il raisonllc CIl llOIIlIIlC IIloclerne, IlOUS selIlble encore valable: «Quicollque [oll(le Ulle république (all CIl g'(5Iléral Ull État) et lui rlonlle rIes lois, doit présupposer que tous les 110l1llllCS SOllt 111écl1aJ1tSel (lue SaIlS auculle c}{ce/Jtiol1 Ils donneront lIbre cours à leur IllécllaI1Celé dès qu'ils trouveroIlt pour cela Ulle occasioll sûre. »

Toutes ces questiollS sc raI)I)ortellt à Ulle certaiIlc COIlCCptÏOIl psycholog-ique de 1'110IIIIIle.Pour saisir sa portée, il (llOUS)faut plollger au fOllel IJsycllologique de la res publica. 1'oujours est-il que, pour ce faire, 110US S0111111es obligés (le surIIlonter plusieurs écueils paradoxaux: la puissantc nlacllÎllc idéolog-ique libérale IJersiste à faire croire au IIlirage délIlocratique, biell que 1'11YPOtllèsc (l'UIl Îlldiviclu libre, ratiollllel ct autollOlne reste Ulle pure visioll 111étapllysiquc. La participatioIl poplllaire, qui elcvait perIIlettre lc pcrfcctiollllcIIleIlt de la (lélnocratie, se réduit cIe jour CIl jour COIIlme Ulle peau (le cllagTin, taIldis quc le I)rÎllcipc cIe elélil)ératioll collective abéul(lonne sa place au pouvoir des oligarcllies politiques et à UIle caste gouvernementale technicielllle.

12

C'est là qu'uIle nouvelle dénlarche lleuristique s'avère indispensable. D'où notre VOIOIlté de ré-habiliter la psycllologie politique (DorIla 1998), car elle IIOUS IlloIltre UIle voie de réflexioII ÎIltégrative et IIOUS rappelle les exigeIlces cIe la nléthode : ell prenlier, allalyser les processus politiques, CIOIltla déIIlocratie est deveIlue l'eIljeu actuel, à l'ÎIltérieur cl'un COIltexte historique; ell deuxièllle, teIlter UIle récoIlciliatioIl tlléorique entre le « logvs » et le « pa dl os », arbitraireIllcIlt séparés par la peIlsée ratiollaliste Illodcnle; et ellllIl, ell troisième, forllluler UII vœu: ÎIlcorporer, autallt que possible, et de nlaIlière traIlSVersale, les diverses visiolls éclatées des scieIlces hUlllaiIles et socÎéùes. ReIllarque additionnelle: il est importaIlt de se peIlcller sur le «tenlpo» de l'acte politique ell lui-Inêllle, car les jugemeIlts des 1lOIIlIlles sur les choses et les autres 1lonlIlles OIlt teIldance à se traIlsforIller selOIl des oscillations qui passeIlt (lu calrrle à la [ébrilité en paSSaIlt par de IOIIgues périodes cIe teIlsion reteIlue. Un grand besoin cIe diagnostiquer la réalité in SItu et in extellS0 sc [ait alors sentir. GraIlcl besoiIl égalelllellt cIe se livrer à UIle évaluatioIl cles forces et eles approclles icléologiques en préseIlce. C'est le cas à l'évicleIlce eles plléIlorrlènes de déséquilibre qui traverseIlt les sociétés cOIltenlporaiIles. ConllneIlt Ile pas être soucieux deVallt les siglles avant-coureurs cIe dysfoIlctionnelrlcI1t structllrel de la démocratie occidelltale: le gr all el fossé eIltre la classe politique et les électeurs, l'aUgIlleIltation progressive de l'abstentionnisnle électoral, le discrédit qui frappe les honlmes politiques et les partis, la corruptioll des dirigeal1ts et des ÎIIStitUtiOIlS de pouvoir, le retour à des [orllles
«

archaïques

»

de

cOlltestation, la résurgence

des phénoIllèIles

cllarismatiqucs, le repli des citoyens sur eux-lllên1es, l'individualisllle efIréIlé, le nouveau rôle cles 111édiaselui actualisent la devise ronlaiIle
pallel1l et

circellses, la solitude des nlasses, la réapparition des attitudes

refoulées d'actioIl politique (natiollalislrle, populisnle, terrorisnle, COllIIlluIlautarislne), la mise ell question des postulats républicains et le reg'aÎIl eles relativismes. A tout cela s'ajoute: l'impasse épisténIologique, que peu cIe Illollde eXaIrliIle, sallf certaills pCllseurs isolés. Je fais allusi()II à la pellsée critique de Farayebend, Lévy-LebloIld et l~asch. La victoire de la démocratie représelltative, ell tarIt que 11loelèle clc gestioll, dissÎl11ulc Illal ses rllauvaises llUIllcllrs et ses défaillallces. Bauclrillarel (1987) éIllet UIl jugerlleIlt lapidaire et sarIS appel: la dénlocratie est ell trail1 de réduire l'espace public et cl'élargir l'espace de la propagarlde publicitaire. Et, de l'autre côté de l'AtlaIltique, 13

l'Américaill C. l~asch (1991), ell s'irlterrogeaIlt sur la survie de la délllocratie, jette Ull pavé daIIS la 111are en clémolltraIlt (avec Ulle redoutal)le irollie) COllllllellt la psycllologie s'est traIlsforlllée ell Ulle idéologie de relIlplacelllellt, sous la [orlIle de psycllotllérapies cIe toutes sortes, vélliculée par Ulle caste d'experts CIl psycllisllle. Redoutable techll0cratie cIe l'âme, qui fait VOI()lltairelIlellt abstractioll des lllécanisllles d'aliéllatioll issus clu systèllle social, éCOll0111ique et politiclue au 110111 l'irldiviciualité ! cIe Or, si la cllose est dite, l'explicatioll lIe sort g1lère des selltiers battus. Et, si certaills peuvellt légitilIlenlent s'irltcrroger sur le rôle de la psychologie politique daIIS ce débat, l'aIlalyse des synIptômes de la crise lIlolltre que c'est biell d'Ull sYllclrollle psycllopolitique qu'il s'agit. C'est de l'âme clu régÎl1le clémocratique qu'il est qucstiOll, à cllaque fois que les citoyells reclIlellt face à leurs plus recloutables ell1lelllis : l'apatllie ct la SOU111issioll(librenIellt cOllselltie ?) deVaIlt les oligarchies au pouvoir. C'est d'ulle 111ise à plat de l'enseI1lble du systèlne qu'il faut parler: repères philosoplliques, enjeux ln oraux et cléternlinismes socioculturels, afill de faire Ulle analyse transversale cIe ce qui nous SCIIlble être (levenu le « délllocratisnlC». Par-là 110US entenCIC)IIS la traIlsforI1latioII icléologique des pattcrIls COIIlportelIleIltaux de la fig1lre icléale cIe 1'1lC)nl1Ile proposéc par la IIIoclerllité. C'est cl'ulle cntropie délllocratique C10llt 011 cloit parler à préscllt. Les inclices de clysfollctioll1lerrlent se cUIllulent. Certcs, je Il'ai pas l'iIlteIltioll de les cxpliqucr (laIls ce livre, eIlcore 11l0ÎIIS les lliérarchiser, nIais tout au 111()ÎlIS dc lcs énOllcer pour elltaIIICr Ulle réf1exiolI approfondie: l'alJsence d'uII projet COIIl111UII our 1'11UIIlaIlité, l'écllec (les tlléories du p CllaIlgement social et la préscIlce 1110IlOpoliste cl'un lléolibéralisI1le de gouverlleIIlellt, SaIlS oublier la pc)ussée Îlldividualiste qui traIlsfomle les bases sociales dll soliclarislllc en sources cIe narcissislIle politique; et, ell' IIlênle tenlps, les deIIlaIldes cIe sécurité I)olicière daIIS un II101lde perçu COIllIIIC clallgcreux. Égalenlellt, l'attellte logico-affective de fig1lres cllarislIlatiques capal)les de s'opposer à Ull statu quo qui étouffe le peuple (ylotioll sur laquelle IlOUS devriolls revcIlir) et qui est voulu CYlliquelllellt par les élites gouverllaIltcs, fascÎIlées par la face obscure clu 111aclliavélislne. Les lllytllCS fOIldateurs de la politique 1110derllc pèsellt lourdenlent sur la cOl11préllellsioll du fOIICtiollllCIIlCllt de la société. C'est I)ourqu()i les rapports elltre la I)sycllologie et la politique s'elltreIllêlellt souveIlt. Le savoir-fairc politique est la fusioIl cles logiques

14

ratiollllelles et des éIIlOtiOllS collectives. Certes, la raisoll prételld guider et ellcourager la secollcle au (létriIllellt (l'elle-Illêllle. La délllocratie est jugée COIIlIIle le régiIlle le llloins Illauvais par défaut, à force de bOIIIles paroles et de coups 11abiles daIls le domaille de la persuasioIl. Ce Il'est plus un Inystère que la délllocratie représeIltative cOIltenlI)oraiIle, tapageuse et spectaculaire, se trouve daIIS UIle impasse. Je pense lllétaplloriquelllent à Ulle période de « glaciation» de la gouverllabilité et des élites. Ce COIlstat Il'est pas llouvcau, parce qU'UIl certaÏIl « esselltialisIllC

nlétllodologique

))

a rellclu terriblemeIlt arclue la quête d'interprétation

des actioIls ct (les IlOtiOIlS qui COnlpC)SeIlt la cllose politique. Aussi notre tâcllc cOllsiste-t -elle à rasserllbler les Inatériaux, pour leur dOllller UIl sens et prOI)()ser Ulle rerllise en questiC)ll. Nous POUVOIlScOllvellir alors que la psycllologie politique offre UIl CllaIIlp d'étude et UIl I)otentiel de dialogue tlléorique qui fait actueHernent défaut aux sciences lluIllaines et sociales et à la vie politique au sellS noble du ternle, afill de cerner la significati()ll perceptible et cornportenlelltale de la (lélllocratie. Disons-le prudelllment : Ulle psychologie politique, historique, collective et traIlSVersale, cst viable à c()llditioll de cOllcevoir les objets d'étude COlllllle lieux d'applicatioll (les prÎIlcipes et (les rllétllodes, VCllaIlt cles diverses (liscipliIles (les scieIlces sociales et llulllailles, autaIlt que les lieux d'ulle re-tlléorisatioIl dcs COlllporteIllellts politiques, afirl clue les interactiolls llulIlaiIles se retrouvent daIls leur totalité spatiale et tern poreHe. Ce SOllt là les raisons qui rIl'ollt poussé à [al)riquer UII ouvrage composé des matériaux psychosociologiques et des problènles COlltÎIlgeIlts, sous Ulle rOrnle à la [ois critique et constructive, aIirl de réhabiliter UIl CllaInp de conllaissances quelque peu abaIldoIlnées, depuis fort lorlgternps, IJrobablernent par peur de nous identifier avec des présages à la CassaIlclre. Or, COIIlIIle l'a dit justelIlellt E. RellaIl : ce sont les esprits étroits qui accusellt les llolnmes lucides (le vouloir les rIlaux qu'ils aIlticipellt. fila verilas vita! HerlJlay, La Martlilière, r/écellllJre 200/J.

15

Chapitre I La psychologie politique. un paradigme retrouvé
La psycllolog-ie politique est Ul1e discipline ancielllle retrouvée au IIlilieu cIe l'éclatelllellt épistémologique contelllporaill des sciences llul11ail1es ct sociales. C'est le retour ÏIlattclldu au paradig1lle perdu, au sel1S évoqué jaclis par E. Mûrill, dOIlt les Illots-clefs S()11t: sujet-collectif, llistoricité, trarlsversabilité, aIIlbigllÏté, lllén10irc, cité... Voilà Ul1 vaste dOlllaine d'étude pratiquelnellt en [riche; cela eI1traîne le besoiIl dc réfléchir 11011seulemellt sur la cliscipline el1 ellemên1e, dOl1t les COIltours SOIlt Cllcore trop 111écollnus, mais sur ses graIlds CllaIltiers, ses liI11itcs et ses rapports avec l'ensemble des cOIIIlaisSaIlCeS en sciel1ces llulllaines et sociales. l~'objectif dc cc texte est d'esquisser UIle visioll cl'eIlsenlble et de tracer Ul1e brève iIlterpré~ltioIl de ses elljcux. Mais il faut, aVaIlt de COIltÏIluer, lever un IIlaleIlteIldu: la psycllolog-ie politique Il'est pas l'applicatioIl de la psycllolog-ic socialc au clol11aille de la politique, nlais une approchc à part elltière, CIOIltle réceI1t retour Il'est 11ullelllellt Ull pur llasarcl. Les psycllologlles SOllt généralement abseIlts des débats CC)I1Cerlléult la société. Car la traclition ulliversitaire classiclue IJousse forteIllel1t à UIIC « Ilcutralité » dc la scielIce eI1vcrs la questiol1 politique. CuricuseIllcllt, la psycllolog-ic sociale elle-n1êlllc s'ell est clétourllée, évoquant cles raisoIls à la fois métllodolog-iqlles et morales. Certcs, il est l)()Il cIe rappeler que la COllllllUIlauté des psycllologlles Il'a jarIlais posé (sauf quelques hOI10rables exceptioI1s) Ull regard attentif sur les processus collectifs. L'elnprise expérin1entale a trarlsfon11é les laboratoires de recherche CIl cages de cristal, dont le désengagenlent

politique est pris pour ulle preuve cIe leur propre valeur scientifique. Car l'illlage cIe l'hOlI1IIle de sciellce reste attaché à celle de l'observateur ratiollllel et calculateur de la psychologie Üldiviclualiste du scielltisllle rationaliste, où seuls les résultats quantifiables conlptent vrainlellt. C'est unc caricature, je vous l'accorde, 111aiS Il'ell est pas lllOÏIISréelle. Ell elle SOlllnle, les psychologlles, probablclllellt autaIlt que d'autres ulliversitaires, observellt clevaIlt la question politique Ull retrait llléfiaIlt. J'y revielldrai plus loirl. Mais pourquoi une telle réticence, Ulle si graIl(le distaIlciation CleVaIltUIIC réalité aussi prellaIlte ? .J.-L. Beauvois (1994) aVaIICeUlle certaine interprétatioIl. COlll111ela psychologie acadélllique reste trop lllarqllée par l'eIIlprise de l'icléologie libérale, illIlolltre les linlites de la psycll010gi.e sociale expérÎlIlelltale aIIléricaille et, par cléfaut, SaIlSle dire ouvertell1ent, lc l)esoin d'une psycllologie politique. ParadoxalelIlellt, l'esselltiel de l'ârIle de la cité échappe justelllellt à ceux qui portellt la responsabilité de cOlnprellclre la 11ature hUlllaille et de procluire de la cOllnaisSaI1Cesociale daI1Sce dOlllaine. Faire appel aux difficultés lllétllodologiques ou au lllaI1que cIe tlléories solides ne relève, apparenl111ellt, que Cl'Ullé-ùibi,lIli-culturel, 111i-scielltifique, qui Ile 111arclle plus lorsque, à certaills IIlolIlellts, des crises (le société SOllt accoIIlpagnées de fortes perturbations et cI'illcertitudes, justelnellt au cœur (les solides crOYaIICeS scielltifiques. ÉtraI1ge nléprise (IOllC.

1. - La réhabilitation
La psychologie politique puise SOIlrellouveau daIls Ulle crise de la IIloderIlité qui frappe tous les dOIIlaines. Nous assistollS à une série de perturbatiolls qui provoquent Ulle Îll1passe de nouveau type. La société bloquée est le produit d'Ull véritable télescopage. C'est l'essoufflemellt I)rogTessif du projet politique des lumières avec le IIlaraSlne déIll0cratique qui est ell cause. Mais, I)aradoxalenlent, la sciellce (sociale) se trouve au cœur de la tenlpête. De fait, UIl vaste

séisll1eépistéll1010gi.que traverse les disciplines scielltifiques « clures » et,
par ricocllet, touclle l'enscIIlble des sciellces sociales. La frag111elltatioIl clu savoir est mise ell éviclellce par la lllultiplicatioll cIe questions laissées SaIlSréponses ces deux derlliers siècles: la célèbre querelle des aIlciells et cles nl0derlles autour de l'icléologi.e libérale, la clispute entre traclitioIl et lIloderllité, CIOlltl'écllO est ellcore I)erceIJtible (le 110Sjours
18

dans le clébat sur République et clélllocratie. Illlpossible d'éviter la discussic)ll sur l'holisme et l'individualisnle ou les réflexiolls polérniques sur le relativisllle, le culturalisme et l'universalisllle. D'ailleurs, les observatiolls faites à propos de la post-nloderllité (notaIlllllerlt par Lyotard, Giddells, Beck) cristalliserlt des controverses ellcore plus élIlcienrles, (IOrlt la faIlle use poléllliquc elltre les pllilosoplles (socratiques) et les sophistes qui recouvre UIl autre grand elljeu épistémologique: l'oppositioll erltre l'Ull ct le rnultiple. Illl'est bierl ellterldu pas cluestioIl cl'y reVCllir. N éarI1110illS, l (nIe) i serIlble utilc cIe les évoquer car, curieuselllellt, la psycllologie acadéllliquc COlltclIlporaille lIe se 1110Iltrepas cOllcerIlée, biell qu'elle le soit directelllent et plus encore la psychologie sociale expérÎ111entale. Les psycllolobJUes, face aux grarl(ls débats théoriques de société, selllblellt se situer darls Ull «Ilulle part ailleurs». S'agit-il d'ulle insensibilité culturelle? NOll, plutôt d'iIldifTéreIlce. Conllllent cOlnprelldre donc le retour et la portée de la I)sychologie politique? Pour se faire UII idée, riell de mieux que de s'iIlterroger claireIIlellt sur les quclques irnplicatioIls cIe la crise de la llloclernité, en explorarlt certailles pistes de réflexiollllOll exhaustivcs. De la crise des sciences en général et des sciences humaines en particulier La Inodernité est victime cl'un éllonne effet pervers. Elle s'est appuyée sur la sciellce afiIl de bâtir Ull projet clc société d'avenir, sans percevoir, probablernent, que la Inétllode scieIltifique pouvait entraîner cIe fâclleux paradoxes. A savoir: la dislocation des tlléories, la fragrllelltatioll des disciplines et l'atomisatioll du savoir. Bref, la volonté d'aIlalyse l'a enlporté sur la capacité dc SYlltllèse : le résultat Il'est autre que le lllorcellenlellt de la réalité ell petits territoires cIe cOIlnaisSaIlCe sans la préseIlce cl'un lierl fort. Certes, la l()gique analytique de la lllétho(le expérinlclltale facilite la découverte des lIlécaIlismes, l'observatiC)Il cles règles, l'élaboratioll dc lIlultiples et llouvelles lllétapllores, (IOllt la I)rolifératioll posc à la 101lguC le prol)lènle cIe l'iIlÎIltelligibilité du lIlollcle. La raisoII (re)découvre cles ZOIles d'ÎIlcertitude, car les «lllicro-théories» fc)nctioIlllent avec clcs forces ceIltrifuges, eIltralllaIlt l'augnlelltation expollelltielle des ÎIlfornlatÏolls, relldaIlt de plus ell plus complexe la réalité étudiée, et enlpêchant daVaIltage leur intégration darls UII tout tlléorique collérerlt. I~a logique
19

éclate sous l'efIet de la surcllarge. La science se trouve aillsi à la place de l'arroseur arrosé. Situatioll fort ÏIlcollfortable, car ccrtailles thèses de ses adversaires les plus redoutables s'actualiscllt. La questioll de l'échec de la Illoderllité est aillsi biell et clairelllellt posée, car la science « dure» et ses relais dans les Scicllces « molles» ne foumissellt I)lus la lUlnière suffisaIlte pour Illailltenir la brillancc de l'image clu projet politique nloderllc. Le selltilllellt de vivre ell pleÏ11e Ï11certitude Il'est pas Ulle 110uveauté pour 1'110rll111eoccidclltal. Mais le renvcrselllent de l'arcllitccturc logique de la moclerIlité IJose une question recloutablc : la recllerclle de la vérité est-elle ellcore possible? Les cOllséquellces idéologiques de cette question se révèlellt redoutables daIls un monde où cette prémisse trouve ses racines clans les religiolls nlonothéistes. Certes, la sciellce lIe s'est janlais posé la question d'ulle vérité unique ou absolue, nIais toute relative que soit l'expression de la vérité des scientifiques, elle postule implicitement la llécessité de découvrir une très gTaIlclecolléreIlce. Il est clair que les sciellces « dures» vivcllt des nl0nlellts forts d'irlterrogation quant aux fOlldclllellts de leurs gTands paradiglIles. 1-'outef()is, le dc)ute Il'elllpêcllC pas la pc)ursuite cIe la réflexioll. Or, la questioll est d'ulle tout autre Ilaturc clans le dOIIlaillC clcs sciellces « IIlolles ». r~lleffet, les sciellccs sociales actuelles lléritent cruIle déroute, voire cl'un écllec llistoriques. Dc fait, lcs cf10rts IJour reIlclre les sciellces sociales senlblalJles aux SCiCIICCS pllysiques 11'Ol1t pas procluit les résultats espérés. Si le moclèle gélléral de la sciellce s'essouffle, COllll1lellt alors lllaiIltellir la collérellce fragile des sciellces llUlllailles ? lJ lIe telle situatioll cxige UII regarcI rétrospectif. A savoir une stratégic de nléIIloire. La traditioIl culturelle occidelltalc IIloIltre que, clans l'aIltiquité pré-aristotéliciellI1e, la questioll de la cohérel1ce théorique lIe se pose pas daIls les Illêllles ternIes. L'irlintelligibilité du nlonde Il'est pas un écllec, rnais UII draIlle de l'intelligellce. La recllerclle de la vérité n'est guère vécue conlnle UIIinlpératif, puisque la conlplexité de l'univers Il'exige pas UIIC répoIlse ullique. Il suffit, Cil revanche, d'tUI ccrtaill ordre capable d'articuler les croyarlces, claIls la «joyeusc » acceptatioll Cl'UllrIlorlde merveilleux. Au telllps cles Grecs anciells, la vérité était Ulle « alêtheia », dOllt la valeur s'cxprinlait plus au seilS du vraisenlblable que du vrai. A l'époque, c'est la logique discursivc qui servait de critère de vérité. Ces questiollS nlettent la logique de la science rationnelle et empirique nloclerlle radicalenlcllt IlIa! à l'aise. La pellsée Ill0derne est20

ellc ell traill cIe redevellir pré-Illoclerlle ? La post -llloderllÎté est -ellc UII sÎlllple diagrlostic ()U UIIC répollse para-logique? Schématiquelllellt, la sitllatioll est grosso 1110do la suivante: la recllerclle est devenue un archipel des «petits lllolldes », faute de paracligl11e ullificateur (lllacro-théorie), un vaste terraill où les cllercheurs et les experts creusellt avcuglélIleIlt (Colllllle les taupes) de profolldes galeries souterrailles, pour échafaucler cles lllicro-tlléories

(parfois belles) avec la conviction intillle de faire de la bOlllle sciellce et
l'espoir cIe cOlltribuer aillSi à la cOllllaissarlcc géllérale. Or, COlll1)le de la perverSiC)II, la prolifératioll dcs ces IIlicro-logiques qui accouchellt les recllerclles conduisent à UIIC telle masse dc dOllllées et une telle accunlulatioll d'irlforIllations que le traitelnellt d'ensenlble se révèle illlpossible. Brcf, aucune lllacro-théorie lIe s'en dégage. D'où Ulle lente et persévérarlte perte de seIlS, ellcore plus aggravée par les stratégies idéologiqucs de réussite Îrlstitutionnelle et persollllelle qui poussent à des expériellces de plus ell plus spécialisées, à des rivalités «lllicrotlléoriques » et à des querelles de cllapelles (voire de l)Orllage) sur Ull fond de lllécollIlaissarlce réciprc)que. De pIllS, un autre effet pervers est visible: la multiplication des teclllliqucs (et des gaclgets) est inversenlcllt proportiollllelle au développell1ellt d'ull caclrc global de recollllaissarlce. l JIl pllysiciCll, J.P. Lévy-Leblolld, rappelle que IIOUS ViVOIISCIl IIlatière clc scicllce sur l'héritage et les acquis clu XIxe et cles débuts clu XXe siècle. Après, c'est UII « bricolage» techllologique. Car, si les sciellces dures Ollt réussi à développer Ulle tecllllologie cIe plus en plus ÎIIlprcssiollllaIlte, les théories scielltifiques (all seIls cles lois géllérales) Il'arrivellt pas à dépasser leurs croissantes incertitudes épistélllologiques.

C'est le sYlldrollle des

«

lllicro-tlléories

»

qui se développe de plus

ell plus dans les sciences llumaines et sociales. Plus elles se lllultipliellt (via les expériences de laboratoire), moÎlls 011 clispose d'ulle tlléorie sociale explicative cOlllpatible avec l'évolutioll vertigilleuse du mOllde. Ell COllséclllellce, la cOll11aissance sur l'llolllllle s'éllliette, se fragrnellte et fillit par se transforlllcr CIl cOllllaissance de riell, ponctuelle et rapiclelllellt déllloclée. Par ailleurs, ce parac!c)xe se rellforce par l'Îrltervelltioll cles politiques, lesquels s'elltourellt cl'experts fortelllellt influencés par le sYIldrollle des lllicro-tlléories, qui leur apportellt UIIC vuc partielle, parce que techllicielllle, délllUllie de sellsibilité llistorique et affective. Les politiques, c'est un truisll1e, Il'ailllellt pas les théories IIi les 21

cOllllaisSaIlCeSdes gélléralistes (traditioll, culture et psycllologie), qu'ils jugellt spéculatives. Les hOllllllCS cIe pouv()ir SOllt trop tiraillés par l'urgellce, faute de tell1ps, pour s'occuper de ce qui est Ü1lportant. L'élite politique au pouvoir est devellue trop éprise cIe techll0cratisllle. Illl'y a plus cIe gTaIldes perspectives Ili de visiollnaires. Voilà l'elljell politique et épistélIl010gique qui justifie à llouveau les disciplÏrles transversales, face à l'éparIJillelllellt des conllaissarlces générales, en particulier (failS le dOlllaille des sciences hUlllaines et sociales, ce qui constitue une des raisolls (le fond du retour de la psychologie politique. tJIle autre ell est l'actualisatioll de la question du sujet et cIe la subjectivité. Le retour de la problématique du sujet

Parallèlemellt à l'illlpasse cIe la sciellce et à la fragmelltation des sciellces socÏ<:ùcs, un virage épistatique se produit COnCemaIlt l'appréciatioll du sujet et de l'affectivité. Plusieurs pellseurs posellt les jalons d'UIl retour à la subjectivité, avec Foucault et les questiolls sur le pouvoir, HaberlIlas et ses ÎIlterprétatiolls cIe la C()IIllllullicatioll, ell passaIlt par la rél1exioll cIe DllIIlOllt sur l'ÏrldiviclualislIle et 1'1101is1Ile, jusqu'à l'arlthropologie sacrificielle de Girarcl, SaIlS oublier la brillarlte pensée psycllo-historico-sociologique d'Elias sur la dyrlaIIlique de l'Occidellt. Certes, c'est UllCquête hétéroclite, ces pellseurs IIC SOlltpas tous sur les lllêmcs registres épistélnologiques, IllaiS il y a là, sarlS doute, Ulle aspiratioll COffilIIUlle pour cOlnbler lc vide llulllain laissé par l'ulliforlIlisatioll de la pellsée teclllliciclllle. lIne réflexion éclairarlte, plus près de la psychologie politique que 1'011 puisse penser, est celle cl'A. Touraille. Elle ressemble, caricature oblige, à Ulle conversioIl Ïrlavouée. Il est presque étonnarlt de voir cel ulliversitaire traditiollIlel, dont le cadre tlléorique et IIlétllodologique reste classique, se prOIlOIlcer pour l'actualisatioll du sujet, jusclu'au pOÏrlt de Illettre ell cloute la pertineIlce de sa propre

disciplirlc 111ère:la sociologie. Car il accepte clairelllent

«

l'idée que la

llotioll de société doit être élÜllÜlée de l'aIlalysc de la vie sociale» (sic). Voici quelques autres opÏrliollS de Touraille (1984,) :« La (Tise de la sO(1010g1e porte sur sa déflllitJo/l /llê/llC.» ~..) «Le te/llps (les élnol1olls, au sellS psycllologjquc COlllllle au sellS llistolique allClel1 (Ie ce 11101,est reve/1Il. » ~..) «Il 110USfàut rOlllpre avec cet obJecdvis111e auquel 110I1S étl011S si accoutulllés.» ~..) «AqjoUr(/'llui s'opère le 22

passage dUl1e lil1age COslllocel1trique à lIl1e lillage aJ1tJlropocel1trique de la vie sociale.» (...) Et ellfiIl, 11011 SaIlS aIllbiguïté Touraille exulte:
«

Celte rupture avec la sociologIc classique n'est !Josslble qui si flOUS

cessolls alljour(l'1lui (Iide/ltifier l'acteur à ses œuvres, le SUjet à l'1li5toire, si flOUS abaJ1dol1/l011S les visio/1s épiques~ sur lesquelles se SOl11IOlldées les idéologIes [Jolitiques qui /lOLIS étouffel1f, pour a(lopter U/1e posliioll plus rOll1al1tique, pour relrouver l'acteur daI1S SO/l elllprisoll/1e/llel1t ou (laI1S sa solitucle plutôt que daI1S le triolIl/Jile (le ses œuvres.. »

De fait, la société Il'est plus le liell qui propose Ull seIlS à la vie llulllaille. La société se cléc()nlpose. Les terlIles sociologiques sortellt du vocabulaire politique pour être relIlplacés par Ull indiviclualisme autaIlt lllétllodologique qu'idéolc)g1que. Le (rléo)libéralisnle déconstruit le social en faveur d'Ull psycllolog1snle dOllt la firlalité est le libre Illarcllé. C'est UIl subjectivisll1e égocelltrique, et Ulle philosophie de l'esprit. L'Ültérêt irldividuel est associé à la libératioll du désir et de l'inlag1naire, jadis réprÜnés par la société, entraîllaIlt le déclirl de l'holllIIle citoyell et (le l'honlnlc public. Mais cela peut égalenlent aller dans UIl autre sens et plus loin: l'énlergellce d'une sociobiologie en téll10ig11C.Ell réalité, ce I)roblèlllC (irllportallt) dél)orcle largell1ent le cadre de cette réflexioIl. l.Javie soci~ùe Il'a ccrtes pas (Iisparu, nlais force cst (Ic COIlstater avec T ouraille qU'UIIC 110uvcllc « représelltatioll » s'est irlstallée. Peu irIlporte. Ccs propos révèlent UIle étollllaIlte volte-face. Fautil rappeler que la sociologie était la science de la Il10dernité, le vaisseau aIniral de la peIlsée progTessiste. Habennas l'exprime clairenlent: « DaJ1S le cadre des scie/lces so{iales~ c'est la sociologie qui d;U1Sses cOllcepts IOlldaJllenlaux se rattac/le le lnieux à la problélllatique de la ratiolla/ité. » AillSi, la position de TouraiIle est loirl d'être 11eutre. PourtaIlt, si le travail (l'analyse est solide, SOIl retour au sujet et la transformatioIl tlléorique inlplicite, laissent plusieurs zones d'onlbre.

D'autarlt qu'il Il'évoque pas les « chaînoIls maIlquants

»

dans l'évolution

vers une Ilouvelle prise ell conlpte psych()politique de la subjectivité. Plusiellrs de ces «CllaîllOllS 111aIlqUaIltS» SOllt encore repérables daIls les rég1011s lirllitroplles des sciellces llulllaines. Ce SOllt cles pCIlseurs ellsablés claIls l'oubli de la pensée nornlative, à causc (le leurs réflexions ell «lisière» ou de leurs refus (les cloisoIlllcnlcllts acadéIlliques. Ce SOllt (les «passeurs» des idées (l...croux 1998). Il senlble donc ÏrldispeIlsable de les retrouver. Parll1i eux figurellt quelques llistoriells, des sociologues et lnême des écollomistes, (IOllt les vues ell fOllt des 23

éclaireurs cIe la psycllolog-ie politique, rlotaIllll1ent: E. Boutroux, H. Berr, P. Lacoll1be, C. Seignobos, A. Xenopol, F. SiIl1iand, P. MaIltoux, C. Bouglé. tJl1e autre figllre, I. Meyersol1, dont l'œuvre est Inal COl111ue, est le clerllier représel1tarlt de la psycllologie historique, et probablclllcl1t la persolll1alité cllélfr1ière vers laquelle il faut maintcIlant se tourrler, avcc url resI)ect critique. Sarl oeuvrc rloue UIl lien avec celle (le relIlarquables sociollistoriells encore vivants, très proches de la questioll psycllolc)gique par le biais de l'arlalyse cles cultures allciellIles : Viclal-Naquet, VerllaI1t ou Detienl1c. Autcurs à lirc tous attelltivel1lel1t pour se faire une culture llistorique et psycllopolitique plus solicle. D'ailleurs, l'œuvre de Mcyersoll invitc à «l'entrée dans l'llumaill» et éIlOl1ce UIl progTan1lIle de recllerclle «télllérairc» selon l'expressioIl utilisée par J. BrUllller (1996), clui en fait l'éloge. La crise de la politique et de la démocratie représentative Le retour de la psychologie politique est étroitelllent associé à la

trarlsformatiol1 et à la « II10(lerl1isatioll

»

(le la politique, voire à la fois à

la professionIlalisation (lu métier politique et au caractèrc représentatif de la délllocratie. Cela cst ell partie respc)nsable cles équivoques épistél11010giclucs ct de la clépréciatioll clc l'art politique ct de SOIl personllel. Darls url ouvrage fort suggestif, Sartc)ri (1979) exprin1e clcux renlarques qui Il0US sel11blent fort pertÎIlerltes : Aujourd'hui, le caractère «horizoIltal » de la 110tioIl grecque cIe politique a praticluell1ent dispélfu. Pour Aristote, la politique est le liell elltre l'honllI1e et l'esI)aCe urbaill, la cité, et, I)ar exteIlsioIl, une psycllologie, ClOl1t le caractère politique est ÎI1trinsèque. Ell conséqueIlce, faire cIe la politique Ulle affaire seulenleIlt de l'État est rOl11pre avec la représcIltatiol1 d'origille. Peut-c)n peIlser que le côté psychologique clu politiclUC se retrc)uve plus darls la traditioll
«

llorizontale

»

énoncée par les aIlciens plutôt que clans la « verticalité»

princière, voire étatique, proposée par les IIloderlles ? Si la politique est le comportelnent des citoyells (110111111es la de ville), les aI1ciens Grecs ell Ollt tiré des COIIClusioIlS radicales. Lc cliscours peut renlplacer la violellce, car la persuasioIl cliscursive est UIl 1110yell plus eflicace pour gouverner, à long terrIle, que la guerre pern1aIlellte, ct la délllocratie le régilllc adéquat pour iIlstaurer cette nléthocle. 24

Ell conséquence, la crisc cOlltelIlporaine cIe la politique Inet ell évidellce de InaIlièrc éclatante ces souveIlirs (lu passé. Au cœur du débat se trouvellt les IIOtiOllSaIlciellnes et 1110derlles de la dénlocratie et de la République. Cepellclant, paradoxalerllent, la psycllologie (sociale) cOllterIlporaine a esqllivé ces questiollS. Ce SOllt, pourtallt, cles problèl11es-questiolls qui COllcerllellt tout le IllOll(le, car tout semble se jouer sur la scèlle d'ulle société en quête d'explicatioIl, ou d'auteur, certains recomlnellccllt à (lire de «créateur», oÙ. le retour du seIlS puisse preIldrc la [orllle d'UII nouvel énlerveillenlellt, déIllarche psychopolitiqueIllcllt beaucoup plus troublaIlte.

2. - Pour saisir les qualités propres de la psychologie politique
l~es racirles de la psychologie politique, avec SOlI illustre et très ancien passé, se perdent darls le tell1ps où les prerniers balbutiements de la COllllaissarlce hunlaille IIC connaissaiellt pas les frolltières IIi lIe subissaieIlt la gTaIlde déIIlarcatiol1 IIlétllodolc)gique illtroduite par la llloderllité. C'est aiIISi qu'elle «colI)orte» depuis très IOllgtell1ps un prqjet commun à toutes les sciellces hunlailles : rell(lre COll1pteà la fois (les plléllonlèlles psychologiques et sociologiques, (larlS UIl cadre fè)urlli par la culture ct l'llistoire. Riell Cl'étOllIlaIltalors qu'ellc exprinle (à voix taI1Lôtbasse, tarltôt gTave) ulle certaille volollté de dépasser le rôle de figurante qui lui est assigné par les irlstitutiollS modernes de la recherche scielltifique actuelle. Pour Inieux situer la portée et les lirnites de la psychologie politique, il senlble utile de rappeler quelques faits llistoriques. D'abord, si l'acte de naissance de la psychologie scientifique est fixé lors (le la création par W. Wunclt (1878) du prelnier laboratoire expérinlelltal, peu de nlorlcle se rappelle SOlI vif irltérêt pour la «psycllologie des peuples ». Les dix tonles de son ouvrage (rIOll traduit) ell ténl()iglle lIt. Il y a, là encore, un élélIlent dOllt l'elljeu épistém()logique reste inexpl()ré ou presque. Wundt, tout COlnlIle (l'autres psycllologues (le SOlItelllps, tout ell acceptant ulle psycllologie Ïll(livi(luelle, lIe re fllsait IlullenlcIlt le l)CSOÜl (le développer 11l1C psycllologie collcctive. Ell cOllséqueIlce, cOIltrairellleIlt à la vulgate acadélIlique, la psycllologie sociale n'est pas la «nlèrc» de la psychologie politique, IIlaiS plutôt l'inverse. l~a raisoII (l'ulle telle 11léprise historique est le
25

résultat d'UIl préjugé idéologique: la psychologie politic}lle est lIée ell dehors des irlstitutiollS aca(lél11iques et SOlIexistellce sellt quelque peu le soufre. Ell efTet, aUCUllde ses prÎIlcipaux représellt<ults (Dorlla 1998) 11e fait partie du lllollde llniversitaire établi (le l'époque: ni l~eboll ni Tarde, ni 11011 lus Sighele, ellcorc lIloins H<UI1011, SOlIrOlllaIltisIIle p que lil)ertaire situe 110rs Il0rlIles. D'autres pellseurs peuvellt leur être associés qui toucllellt (le près ou de IOirlles questions de psycllologic et de politique: Sorel, CaIletti, Rossi, Dragllicllesco, CattaIleO, Micllels... Aujourd'llui, les gTaII(les orielltatiolls qui traversellt la psycllologie politique actuelle illustrent parfaitelnellt la difficulté dc lui dOll1ler une défillitioll géllérique, ou de lui attribuer llllC tlléorie COIIIInUlle. CepellclaIlt, les unes et les autres partagcllt UIIC visioll d'ellselllble, lIlalgTé 1'11étérogélléité des regar(Is (Dorlla 1998, 2001), IIlarquée par Ulle sellsibilité portée à la fois sur la sciellce et les affaires de la cité: les bruits de la rue, les 1110uvelllellts des lnasses, les COllilits de société, l'ellgagelnellt (les citoyells et l'action politique elle-111ênle. Nous rcviellclrolls à llouveau sur ces questiolls plus loirl daIIS la partie conCerllaIlt les chaIlticrs (le la psycll0logie politique actuelle.

Les orientations

et leurs qualités

La psycllol()gic p()litique actllclle IlC sc préscllte pas COlllIIlCUIl bloc, puisqu'elle exprinle de multiples préoccupations théoriques et l'observatioll cIe prc)blèlnes divers. C'est Ulle mosaï(IUe, (Iont la collércllce sc découvre daIIS la lllise ell œuvre d'ulle l'approclle traI1SVersale et la prise ell cOlnpte (lu processus historique et culturel. Modèle lleuristique dOIIC.J'y rcvielldrai plus loirl. Pour le IllOIIlellt je Ille contellterai d'esquisser les gTalldes orientations SallS entrer dal1s les détails: a) Prell1ièrc orielltalioll: COllsidérer la psychologie politique COIIIIlle l'applicatioll (les cOllllaisSaIlCeS de la psychologie, et particulièrenlcllt de la psycllologie socialc, à l'actioll politique. C'est la perspcctive IlléIjoritaire parnli les psychosociologues. Pour certains il y a pléollasIIle. D'autres, se situant (lallS l'ullivers sYlllbolique de l'illtcrsubjectivité, parlellt (l'actes d'écllallges (liscursifs, (IaIIS unc perspective (le CO-collstructioll de la réalité sociale. 1)) Deuj¥ièll1e orielltatioll : affirlller que la psycllologie politique C()IICerlleles explicatiolls i(léolog1ques. C'est la dénlarclle (le la critique rationllelle de la réalité qui repose sur la questioll kantiellne de la 26

cIualité étllique de la société. Si la psycllologie sociale aIlalyse la dYllanlique des gToupes ell situatioll, la psycllologie politique est l'aIlalysc clc la culture de la société, à UIl InOlllcllt (lOIIIIé, ell terllles de valeurs et de cllarlgelllellts de IIIent<ùités. La vérité Il'est pas IIlatière d'inlages et cl'élnotiolls, nIais de pensées. Elle se clénlontre, elle lIe s'illustre pas. La psycllologie politique n'est pas une connaissarlce sarlS sujet social, elle postule un systènle ratiollnel clc référellces, sous la fornle cIe croyanccs, d'attitudes et de représclltations orgallisées. c) Troisièll1e orielltatloll : établir des pOlltS elltrc psycllologie et politiclue sans s'assig11er la tâche de fOllder ulle nouvelle discipline. Il s'agit aillsi d'analyser les relatiolls clltre la structure générale de la société et la structure psychique des illdividus et des événemellts llistoriques ÏIICarIlés par des honllIles d'exception ou (les groupes sig11ificatifs. Préoccupatioll de pllilosopllie sociale à significatioIls multiples, clle s'applique à des affaires politiques concrètes. L'approclle lIe cllerclle pas la fusioll de (leux problélllatiques, IIlaiS la COllllaissarlce des relations IIlutuelles. el) Quatrièll1e orielltatloll: ouvrir Ulle voie vers les études des « perturbatiolls ». De f~ut,la psycll()I()gie J)olitiquc s'est développée pour répolldre à des questiollS d'exceptioll : les troubles sociaux, lcs crises, les révolutiolls, lcs préjugés raciaux, etc. C'est la perspective d'ulle psycllologie sociale «clinique)) qui s'intéressc de près à l'étude du cllarlgclIlellt social et (les crises lnajeures cIe société. Elle porte la lllarque du « l)ricolage épistémologique devant l'urgence. e) ClilQuièll1e oriel1tatJol1: poser COIIlllle lnot-clef la polémique au seIlS étynl010gique et figuré du terlne: la gllcrre et toutes les Inarlifestations symboliques qui lui sont associées. La politique étant le prolollgelnent de la gllerre par d'autres moyells, seloll la célèbre maxirne de Clausewitz. Mais égalenlellt les questions qui s'en rapprocllellt : la propagarlde, le discours, le COllflit, les négociations, la paIX.
))

f) El1£111,la sirièl11e oriel1tatiol1 cst celle de l'el1gagelnellt

des

actcurs. Certaills cllercheurs cléclarent que les vrais raI)ports elltre le politique et la psycllologie SOl1tceux de l'ir1clusion, car ces rapports SalIt ilIéluctablell1ellt politiques. Lc psycllologllc politique l'est aVaIIt tout ell tarIt que citoyell. Év()qucr la «neutralité)) (le l'expert lcur senlble ÏIlacceptable, IIlêIlle sciel1tifiqucII1ellt. C'est llléconnaître les détcrnlinisllles sociaux. Certes, peut-oll rétorquer, «tout Il'est pas

27

p()litique», lllaIS c'est clire que toute IIlétllode est cliscutable et qu'aucune Il'a un statut imIlluable et recèle ellcore IIIOÏrIS de vérité révélée. De fait, les llléthodes SOllt des procédés d'argllIllelltation, les théorics IlC SOllt que cIe gTaIldes Illétapllores et leur valeur cIe vérité est toute relative.

l-l'engagement et la psychologie politique Les psycllologllcS (sociaux) SOllt peu ellgagés ell politique, raremellt ell Europe, ellcore InoÏrls aux lJSA, mais beaucoup plus ell Amérique latine. Pourtallt, la question est toujours latente, faute d'UI1C répollse llette. Peut-oll s'ell étollner? Leur lllodèle est individuel, sous-telldu par l'idéologie libérale. 1.J'llonlIlle clu psychologlle social moderlle est un être i(léalelnent autonome, ratiollllel (COgllitif),Îlldépelldant et libre. D'où l'hostilité, ou l'indifférence, face à la chose politique. Certes, les psycllologlles Ollt des sellsibilités plutôt ouvertes, à gauche ou à droite, mais leur vision se limite à l'analyse et au regard critique sur l'Ïrldividu Îlltra-psyclliclue SaIlS trop se préoccupcr (les ÏrlteractiollS. La politique seIllble échapper à leurs dOIIlailles (lc conlpétellce, car ils se COllsidèrellt COII1Ille dcs experts, (les teclllliciells cles COgllitiOIIS,cIe l'affectif, ou, seloIl la forlllulc de la I)éric)cle stalirlicnlle, « des ingénieurs (lc l'âme ». L'héritage des « écoles Ilationales » de la psychologie est ellcore I)erceptible UIl peu partout. La diversité, voire l'éclatenlellt tllélnatique de la clisciIJlille est le procluit des ses réalités. Le contexte culturel et les types cIe régi.nles CIl sont respc)llsables. Les décalages éCOlloll1iques et techllologi.ques, autaIlt que les contrastes de fOllctioll11erllellt des structures sociales, Ollt favorisé Ulle évolution irlégale et conlbÏrlée des clisciplines d'un pays à un autre, et d'un continellt à UIl autre. AiIlsi, la psycllologie reste très attachée, d'ulle part, à (les enjeux socio-politiques locaux et, d'autrc part, au poids dc la traclitioll idéologico-scieIltifique domirlaIlte qui prOClaIlle la « neutralité» de la science. Propos polérniques CIOIIC. hose curieuse, aUCllll débat large et C séricux Il'CStCIlcore orgaIlisé à ce sujet, faute d'intérêt de la part d'ulle lllajorité dc psychosociologues. Sauf quelques exceptiorls: Billig, Martin Baro, IbaIlez. Toutefois, urle POSitiOll plutôt Îllternlédiaire et pragnlatique s'est 111aIlifestée ces derniers tCIIlpS. Beauvois (1994) l'exprillle ell ces ternles: «...fài,011S sérieusel11el1t de la psycl10Jogie
28

politique) pUi,qU'o11 Il ell làit pas suflisaIl1111el1t. Nous verrOl1S seulel1leflt alors si les queslioflS que flOUSposeroIls) à partir de Ilotre prablélllatique} el les répol1ses provisoires que llaus yapporterolls} aIlt quelques retalllbées uales sur la cité.» AiI1Si,la question reste c)uverte, nlais clle a le nlérite cl'être posée.

3. - Les nouveaux chantiers
La vivacité de la psycllologie politiquc se IIlesure par la profoIldcur de la crise. Il Il'est pas questioIl ici dc refaire l'inveIltaire des nlalaises et des représclltatioIls (DorIla 1998), nlais juste de CloIlIler un bref aperçu de ceux dont la pertÏrleIlce seInble la plus grande d'aujourd'llui. N otarIlllleIlt : la llléllloire collectivc, le cliscours politique, le Iléo-populislllC, le cllarisIIle, le IllaclliavélisIIle et surtout l'éllergie de fond: la crise de la démocratie représentative. Il y a bieIl d'autres cllantiers qui se développent pas à pas: la citoyeIlneté, la justice, la corruption, les lllédias, les femmes en politique, la démocratie participative, les stratégies identitaircs, le Ilouveau sYIldicalislllc, etc. Ces charltiers COIlcerIlcIlt cles préoccupatÏc)ns COIlcrètes dc 110Ssociétés et 11léritellt toutc Ilotre atteIltioll, aliII d'essayer, si ccla est possible, de résoudre, ou d'attéIluer, certaiIls clysfonctioIlllelIlcnts socic)-politiques qui menaceIlt l'équilibre soci~ù. Comprendre les mécanismes de la société moderne de crise

Voilà un vaste chantier. COInprelldre les cllangenlcIlts et les crises fait partie de l'enjeu de la psychologie politique. Il faut insister sur un point: la crise actuelle de la nlodernité est d'autant plus profollde qu'elle résulte d'uIl télescopage des crises préalables. C'est UIIe des raisoIls qui expliqueIlt ell partie l'inlpuissarlce du cliscours politique contenlporain et le rétrécissement de la conscieIlce citoyenne. Pour ce faire, UIl diagllostic aussi COlllplet que possible se révèle ÎIldispellsable. L'art de l'analyse llécessite lIon seulelllent de ccrner les éléments en jeu et cIe délirlliter les eIljeux, mais surtout cl'eIl tirer une vision d'ellsenlble et cIe proposer UIle stratégie d'ajusteIIlent ou de cllangenlcllt. lJIle telle déIllarchc Il'a pas été encore clairelllent envisagée, sauf dans UII cas exceptioI1Ilel : au monlent de la mOIltée du fascislne en

29

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.