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De l'asile à l'hôpital. 50 ans de psychiatrie

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Présentation de l'ouvrage : Porté par un souci constant de mieux comprendre les patients atteints de psychoses au long court, l'auteur tente d’en éclairer les mécanismes profonds en se référant aux études sociologiques et surtout psychanalytiques de diverses écoles. Le rôle des équipes infirmières, en contact plus étroit avec les patients que ne peut l’être les médecins, apparait un apport incontournable dans la cohérence théorique et la pratique des soins et du suivi des patients. Des exemples cliniques permettent de mieux comprendre l'indispensable étayage d’une psychologie des profondeurs, dont une compréhension partagée est le minimum exigible pour qu’une équipe soit solidaire et stable dans sa pratique. Trois expériences différentes en centres hospitaliers relatent les difficultés, le temps nécessaire pour atteindre cette cohérence. L’incidence de la psychanalyse sur la conduite d’un service, sur la qualité des liens qui s’y nouent et sur la vie même de l'auteur est un témoignage des modifications qu’une analyse personnelle peut induire dans la pratique des soins et le regard sur l’existence.

Auteur : Michel Nique a été psychiatre des hôpitaux et chef de service.


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Michel Nique
De l’asile à l’hôpital
50 ans de psychiatrie
Présentation de l'ouvrage :Porté par un souci constant de mieux comprendre les patients atteints de psychoses au long court, l'auteur tente d’en clairerlesme´canismesprofondsenseére´fe´rantauxe´tudessociologiueset surtout psychanalytiues de diverses e´coles. Le rôle des e´uipes infirmières, en contact plus e´troit avec les patients ue ne peut l’être les me´decins, apparait un apport incontournable dans la cohe´rence the´oriue et la pratiue des soins et du suivi des patients. Des exemples cliniues permette nt de mieux comprendre l'indispensable e´tayage d’une psychologie des prof ondeurs, dont une compr hensionpartage´eestleminimumexigiéblepouruunee´uipesoitsolidaireet stable dans sa pratiue. Trois expe´riences diffe´r entes en centres hospitaliers relatent les difficulte´s, le temps ne´cessaire pou r atteindre cette cohe´rence. L’incidence de la psychanalyse sur la conduite d’un service, sur la ualite´ des liens ui s’y nouent et sur la vie même de l'auteur est un te´moignage des modifications u’une analyse personnelle peut induire dans la pratiue des soins et le regard sur l’existence.
Auteur :Michel Niue a été psychiatre des hôpitaux et chef de service.
Avant-propos
Sommaire
– PREMIÈRE PARTIE – Prolégomènes
Une chute bénéfique
Une décision laborieuse
Plaisir et douleur du métier
Albert aide nous !
– DEUXIÈME PARTIE – Initiation
Les premiers pas chancelants
Incertitudes et nouvelles expériences
Une approche phénoménologique
Un maître attendu
Thèse et nouveau bilan
– TROISIÈME PARTIE – Premier leadership
Médecin-chef – premier poste
Retour aux pénates
– QUATRIÈME PARTIE – Équipes indispensables
Une arrivée discrète
Les aléas d’une formation en analyse
Retour réflexif
Retour au bercail
Une journée d’un psychiatre
– CINQUIÈME PARTIE – Praxéologie
Nouvelles ouvertures
Demi-retraite
50 ans de psychiatrie et pourquoi ?
Conclusion
Déjà parus dans la même collection :
Je dédie ce texte à l’ensemble de l’équipe avec laq uelle j’ai travaillé entre les années 1981 et 2003 et tout particulièrement, à :
Gérard Anselme,
Danièle Baron,
Yvette Favier,
Françoise Gueppe
Françoise Jallade
Véronique Krikorian,
Jean-Paul Lanquetin,
Philippe Quinet,
Paulette Seguin
à ma femme Anne-Marie, mes enfants et toute ma famille,
en souvenir de Myriam Kheitmi.
La page de couverture est la construction d’un patient cité dans le texte qui ressemblait beaucoup au tableau de De Chirico.
Le tableau de la jeune femme a été réalisé à l’atelier d’art-thérapie du Centre hospitalier de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or dirigé par Christine Chalard.
Avant-propos
Le texte qui suit s’adresse en tout premier lieu aux infirmiers et infirmières et aux personnes avec lesquels j’ai travaillé pendant de nombreuses années et auxquels je dois beaucoup pour ce que j’ai pu comprendre de la maladie mentale. J’en cite quelques- uns par leurs prénoms. Ceux qui ne le sont pas me pardonneront. Ce n’est pas un oubli mais une impossibilité formelle : La nécessité de ne pas trop charger cet écrit de multiples noms et prénoms et ce d’autant que les références d’auteurs sont nombreuses.
Cet écrit m’a été dicté par un souci de mettre en o rdre mes souvenirs, mais aussi, en ces temps ou les soins des malades mentau x se font sous l’égide du comportementalisme et de la psychopharmacologie, Il m’a semblé nécessaire de rappeler tout ce que la phénoménologie, la psychana lyse, la psychothérapie ont pu apporter à la compréhension en particulier des p sychoses. Parfois je me suis targué d’un peu de philosophie Hegel, Heidegger, Kierkegaard… et d’humanisme avec Rousseau et surtout Montaigne que j’aime lire le soir dans mon lit.
Sans doute ce roman autobiographique, n’est pas un roman. C’est un récit sincère comme celui qui pourrait être raconté au co in du feu avec les mêmes oublis, les mêmes failles. Son déroulement chronologique était la seule façon d’y mettre un peu d’ordre, bien qu’il ne soit pas toujo urs respecté et que les nombreuses citations le rendent parfois chaotique.
La psychiatrie et la Psychanalyse ne sont pas des s ciences exactes, pourtant elles obéissent de plus en plus au protoco le que préconisait Claude-Bernard dans son «introduction à l’étude de la médecineexpérimentale» où il précise que toute hypothèse se doit d’être vérifiée par des expérimentations reproductibles. Certaines des nombreuses hypothèses analytiques peuvent être vérifiées par la clinique et même s’étendre à d’aut res recherches comme l’anthropologie, la sociologie, l’éducation… La clinique tient une grande part dans cet écrit afin de rendre plus compréhensible la théorie et en quelque sorte tenir la place de l’expérimentation.
Enfin et surtout nous avons essayé de relater quelq ue chose de l’évolution progressive que nous avons constaté dans les protoc oles de soins et dans les institutions, au long de cinquante années de notre pratique psychiatrique, depuis les asiles traditionnels jusqu’à une collaboration avec un hôpital général.
J’ose espérer que d’autres personnes du même métier , ou différent, pourront trouver là un étayage à leurs spéculations professionnelles ou personnelles et percevoir que la psychiatrie est to ut autant philanthropique que
technique.
– PREMIÈRE PARTIE –
Prolégomènes
Une chute bénéfique
Voilà ! Dans un chemin en pente, mon pied a roulé s ur quelques cailloux, puis il a buté sur une pierre transversale bien ancrée dans le sol et s’est retourné sur lui-même. Crac ! Je l’ai bien entendu ce petit bruit de branche sèche cassée. Une fracture de la malléole externe, celle qui au b out du péroné est un point fragile de la cheville. J’ai encore pu marcher un peu. J’espérais sans trop y croire que ce n’était qu’une entorse. La radio confirmera plus tard mon impression première. Je craignais par-dessus tout de devoir fa ire appel à une ambulance voire à un hélicoptère. Je me serais senti bien honteux de mobiliser tant de gens pour un faux pas. Heureusement des vendangeurs passaient sur un chemin dont nous étions cependant séparés par d’épais buissons et ils purent alerter les gardiens du littoral qui me ramenèrent à notre voiture.
Cec ma femme et un’était un beau jour de mi-septembre, nous avions av couple d’amis retrouvé une petite anse que je conna issais, abritée du mistral, et nous avions pu nous baigner et gouter la douceur d’un soleil apaisé du début de l’automne. Et voila ! L’accident idiot ; un acciden t c’est toujours idiot quand on y repense… après !... Il aurait fallu que je sois plu s attentif, comme ma femme venait justement de me le dire, elle qui venait de franchir cet espace incertain. La fatalité, l’enchainement des évènements auquel chac un ne peut s’empêcher de repenser et même d’en rêver la nuit, lorsque l’acci dent est plus grave. Rêves répétitifs,parfois sur des années, pour tenter de façon dérisoire de maitriser enfin ces funestes instants.
Il n’empêche que j’ai maintenant un pied dans le pl âtre, un pied et même toute la jambe, il me faut des béquilles dans lesqu elles je m’entrave, qui ne cessent de tomber et qu’il faut ramasser. Peu à peu , on apprend à s’en servir mais les déplacements restent limités. Me voilà don c cloitré dans cette vieille ferme rénovée que nous habitons avec toute la famille, mais que les enfants ont maintenant désertée. Alors que faire de ce temps-là devant moi, vide ! La télévision ? Comme tous les hommes, ou bien des hom mes, j’ai tendance à m’y réfugier. C’est une fausse activité, de fait une pa ssivité mais qui ne fait pas ombrage au machisme, singulièrement lorsque il est question de sport. Souvent les femmes n’apprécient le petit écran que pour des programmes qu’elles ont sélectionnés. Elles ne se sentent pas honteuses ou coupables de ne rien faire, de se reposer tout simplement. Elles ne sont pas comme les hommes, assujetties à l’équivalence « activité-phallicité ». Elles ont raison, toutes ces images remplissent le cerveau et au total ne laissent pas grand-chose. La prévalence des images finit
par prendre le pas sur le langage au détriment de la mémoire plus abstraite. Il y a, fort heureusement le journal, une heure par jour po ur «Le Mondeà la »,mais, campagne il a souvent 24 heures de retard, et l’intérêt en est bien diminué. Alors il reste les livres...
Ah oui, les livres, il faut que je m’y replonge, que je fasse quelque chose de toutes ces lectures, certes trop hâtives, mais qui sans cesse intriquées avec mon travail de psychiatre ont profondément modifié mon regard sur le monde et quelque peu sur moi-même. Mais c’est une indescript ible pagaille dans ma bibliothèque. J’ai égaré ou jeté les cahiers sur le squels je prenais des notes ; d’ailleurs ce n’était que quelques phrases puisées çà et là, ou bien des pages soulignées dans des lectures dépareillées et toujours hâtives. Cela me fait penser aux livres de compte de mes grands-parents que j’ai retrouvés dans les greniers de la maison de famille. Ces livres qu’on appelait autrefois «livres des raisons » témoignaient, en ce qui les concerne, plutôt de leu r manque de raison. Ils n’allaient guère, chaque année, au-delà du mois de février, et mes grands-parents ont fini ruinés malgré de confortables bien s. Les fermes, les vigneron nages et une sorte de petit château du XVIème siècle, tout a été progressivement vendu, à l’exception toutefois de la maison de famille à laquelle ma grand-mère tenait par-dessus tout.
La grande guerre n’était pas pour rien dans cette d écadence. Les terres n’étaient plus entretenues et mon grand-père, médec in, mais qu’une maladie cardiaque avait tenu loin du conflit, avait organis é, à ses frais une maison de convalescence pour quelques blessés. Il tenait à do nner quelque chose à son pays fusse au prix de difficultés financières qui ne tardèrent pas à se manifester.
Mon père, à 18 ans s’étant rendu compte du désastre , s’était engagé dans l’aviation. L’aviation c’était son rêve et je soupç onne que ce choix tenait à sa volonté de se distinguer et de restaurer un peu de dignité familiale. Il y avait aussi cet appel à l’héroïsme que les faits d’armes des aviateurs de la guerre de 14-18-(comme ceux de l’illustre Guynemer) entretenaient d ans la jeunesse. Dans la maigre bibliothèque de mes parents, mis à part quelques romans russes que ma mère appréciait, il n’y avait que des livres sur l’ aviation. Des lectures comme celles des «carnets du commandant Mougeotte» héros de la guerre de 1940 ont nourri mon adolescence. Cette culture de l’héroïsme a dû me transmettre quelque chose de ce désir de ne pas être comme tout un chac un. C’est peut-être là une des raisons qui m’a incité à devenir psychiatre. J’aurais sans doute à revenir sur cette impression de l’instant et sur le lent chemin ement qu’il a fallu faire pour accepter d’atténuer cet esprit de famille suffisant et quelque peu vaniteux. Pourtant j’ai parfois bien regretté cette aisance p assée dont témoignent encore