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De l'esprit de Vauban aux enjeux de Johannesburg

De
360 pages
Comment promouvoir une action publique éclairée, équitable, efficace et innovante ? Quelle portée pratique peuvent avoir le développement durable et la transition écologique ? Sur quoi fonder la garantie de l’accès de tous aux services publics ? De quelles connaissances et savoir-faire ont besoin les ingénieurs d’aujourd’hui pour répondre aux exigences de notre temps ? Ces thèmes furent les sujets de réflexion de prédilection de Claude Martinand ingénieur, administrateur, dirigeant d’entreprises publiques, haut fonctionnaire et enseignant. L’ouvrage rend compte de ses travaux à partir des actes du colloque qui lui a été consacré en avril 2014, au Conseil économique, social et environnemental.
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PRÉFACE
Patrîce PARISÉ Ancien viceprésident du Conseil général de l’environnement et du développement durable
«Il est des hommes dont la rencontre marque une vie. Pour moi, Claude Martinand est de ceuxlà.» Ces mots de Chares Fîterman, chacun de ceux quî ont croîsé Caude Martînand pourraît es faîre sîens. I étaît en effet de ces hommes que ’on n’oubîe pas, de ces êtres d’exceptîon quî ne aîssent pas îndîfférent.
Sa dîsparîtîon en juîn 2012 aîssa e mînîstère orpheîn. De ’avîs de tous, ’État perdît ce jour-à un grand commîs au sens e pus nobe du terme : un servîteur de a Natîon quî avaît pacé ’întérêt généra – î paraît voontîers de « bîen commun » – au cœur de ses rélexîons et de ses engagements. À bîen des égards, Caude Martînand étaît un personnage încassabe. Trop soucîeux d’exactîtude et de vérîté pour s’abandonner peînement à ’actîon, et à ’înverse trop désîreux de changer es choses pour s’en tenîr à a rélexîon pure. À a foîs înteectue et homme d’actîon, î s’est înscrît dans a ongue îgnée des îngénîeurs et savants bâtîsseurs et aménageurs, créateurs et înventeurs quî, depuîs Vauban, son modèe – maîs on pourraît aussî
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bîen învoquer Louvoîs, Turgot, Trudaîne, Peronnet et pus près de nous Eîffe, Freyssînet et tant d’autres – ont contrîbué à façonner a France : ses routes, ses ponts, ses terrîtoîres et ses paysages, maîs aussî son admînîstratîon et ses inances.
e Caude Martînand étaît précîsément ce que e sîèce auraît appeé XVII un honnête homme – ’esprît de cour en moîns –, à a foîs écaîré, cutîvé et socîabe. Passîonné d’écrîture, î mettaît un soîn partîcuîer à a rîgueur, à a carté, maîs aussî au stye, condîtîons qu’î jugeaît nécessaîres pour întéresser son ecteur et emporter sa convîctîon. I ne s’agîssaît pas à seuement d’éégance, maîs d’înluence pour ceuî quî écrîvaît : «Le vrai pouvoir, le seul pouvoir n’est pas en définitive celui, en partie illusoire, de décider et de commander, mais celui d’influencer, de convaincre (rhétorique), d’innover, de créer et de laisser des traces durables.hygîène înteectuee » comme î» Toujours soucîeux – par « e dîsaît – de îre et de se tenîr înformé, n’hésîtant jamaîs à s’engager dans e débat d’îdées, à assumer sans détour ses opînîons comme ses responsabîîtés, î recherchaît sans cesse a dîversîté des poînts de vue tout en pratîquant avec taent et subtîîté ’art de persuader. C’est ce même goût des autres quî ’avaît conduît à mutîpîer es expérîences professîonnees. L’écectîsme de sa carrîère, faîte d’une 1 aternance réguîère de fonctîons opératîonnees et de postes pus 2 propîces à a rélexîon prospectîve , «comme le font systématiquement les officiers» – î étaît égaement oficîer de réserve honoraîre d’état-major –, témoîgne du même esprît ouvert et curîeux.
Généreux en pensées comme en actes, î n’étaît pas seuement un brasseur d’îdées, î étaît aussî un passeur, un formîdabe pédagogue, attentîf à ’înstructîon des jeunes génératîons d’îngénîeurs îssus du corps des Ponts et Chaussées devenus ensuîte, sous son înspîratîon et son împusîon, îngénîeurs des ponts, des eaux et des forêts. I faîsaît igure, aux yeux de ses cadets comme de ses paîrs, de vérîtabe autorîté morae, réléchîssant au devenîr des membres du corps, s’înterrogeant sur a pace de ’îngénîeur dans a socîété de son temps, cet «expert à spectre large» qu’î voyaît comme un médîateur entre e décîdeur poîtîque et ’expert pus poîntu «mais à spectre étroit».
1 I fut notamment dîrecteur du cabînet de Chares Fîterman, puîs dîrecteur généra de ’Instîtut géographîque natîona, dîrecteur des affaîres économîques et înternatîonaes du mînîstère de ’Équîpement, des Transports et du Logement et présîdent fondateur de Réseau ferré de France. 2 Comme membre du Conseî économîque, socîa et envîronnementa puîs vîce-présîdent du Conseî généra de ’envîronnement et du déveoppement durabe 12
L’îngénîeur, à ses yeux, n’étaît pas seuement e possesseur d’un savoîr scîentîique et technîque, avec pour seu devoîr de e partager. I étaît aussî porteur d’une éthîque personnee et de vaeurs moraes, au servîce de a socîété : «J’aimerais que les ingénieurs aient des parcours variés, différents, le sens des responsabilités et une personnalité affirmée. Je voudrais qu’il y ait des ingénieurs plus cultivés, moins scientistes, avec un champ de vision élargi, du recul critique, faisant preuve de moins de suffisance visàvis des autres, mais constructifs, au service de la société civile et de ses attentes, qui évoluent. Si les ingénieurs deviennent plus cultivés et pleinement responsables, alors ils joueront à l’évidence un rôle utile, essentiel même, et pour longtemps.»
Son humour, souvent teînté d’îronîe, montraît e recu qu’î savaît prendre sur es hommes et es choses, y comprîs ceux et cees quî uî étaîent es pus proches. L’art de ’autodérîsîon qu’î pratîquaît en s’adressant à ses jeunes condîscîpes étaît comme un antîdote à ’esprît de corps ma comprîs – uî quî se dîsaît «pour le bon corporatisme, celui qui ne comporte presque que des devoirs». Aînsî, dans sa eçon înaugurae du master d’actîon pubîque de ’ENPC en 2004, s’adressaît-î à eux en ces termes : «Vous vous souvenez sans doute que le mot “ingénieur” vient à la fois du mot “engin”, engin militaire, et du mot “genîus” parce qu’on est génial, vous vous en êtes déjà aperçu. Mais il y a les bons et les mauvais génies, faites attention !».
*
Le départ de Caude Martînand a aîssé un vîde chez toute une génératîon de fonctîonnaîres quî voyaîent en uî un modèe, un porte-paroe et un maïtre à penser. Cet ouvrage ambîtîonne non pas de e comber, maîs à tout e moîns de ’écaîrer, de dîre à a foîs quî étaît cet homme auque fut consacré, en avrî 2014, un cooque, objet de a premîère partîe du îvre, maîs aussî ce qu’î étaît.
D’abord en évoquant ’homme, sa personnaîté et son caractère. On est frappé de voîr revenîr, sous a pume de ceux quî se souvîennent du coaborateur qu’î fut, du coègue ou de ’amî, es mêmes mots et es mêmes expressîons : ouverture d’esprît, rîgueur înteectuee, carté des îdées, détermînatîon, maîs aussî générosîté, humanîté, sensîbîîté sous un abord que ’on dîsaît bourru. Sont égaement sauées son îmagînatîon, sa créatîvîté, sa hauteur de vue, maîs aussî des vaeurs aussî essentîees que a compétence, a oyauté et a idéîté auxquees î faudraît ajouter cet « esprît répubîcaîn » quî entraît
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peînement dans sa conceptîon de a haute fonctîon pubîque. Qu’on me permette enin, à tître personne, de sauer îcî son courage : ceuî de ’înteectue quî jamaîs n’hésîta à bouscuer es îdées reçues et à dîre a vérîté, même au rîsque de dépaîre, ceuî du responsabe quî, après avoîr ixé e cap, savaît tenîr ferme pour défendre es întérêts de son înstîtutîon, ceuî de ’homme, enin, quî fut exempaîre jusque dans son dernîer combat contre a maadîe quî inît par avoîr raîson de uî.
Ensuîte en învîtant à réléchîr sur es grandes questîons quî ’ont occupé sa vîe durant et que uî-même rassembaît en troîs domaînes : d’abord e servîce pubîc et es probématîques quî uî étaîent assocîées : a pace du secteur pubîc dans notre économîe, e devenîr de nos servîces pubîcs dans e contexte européen de îbéraîsatîon ou encore es partenarîats pubîc-prîvé ; ensuîte e rapport qu’î quaîiaît de « dîaectîque » entre es réseaux et es terrîtoîres, à toutes es échees, ocaes, régîonaes, natîonaes et européennes et pus partîcuîèrement es réseaux urbaîns et es réseaux transeuropéens ; enin e déveoppement durabe, auque Caude Martînand s’étaît convertî – « te Poyeucte » comme î e dîsaît – à ’occasîon du sommet de Johannesburg de 2002 pour eque î avaît rédîgé un « Projet de charte d’accès aux servîces essentîes » de manîère consensuee dans un groupe de travaî puraîste « aant de Suez à Attac ». «Cet épisode,dîsaît-î,m’a permis de me rendre compte à quel point le développement durable n’était pas seulement une question d’environnement. »
La premîère partîe de ’ouvrage restîtue es actes du cooque quî s’est tenu e 24 avrî 2014 au Conseî économîque, socîa et envîronnementa : « Penser ’actîon pubîque : Caude Martînand, un grand commîs de ’État, entre contînuîté et rupture ». Organîsé autour de troîs tabes rondes întîtuées respectîvement : « Les réseaux dans es terrîtoîres, du génîe urbaîn à a vîe durabe », « Économîe, entreprîse et actîon pubîque » et « Expertîse et décîsîon pubîque : ’îngénîeur dans son temps », î donne à voîr a argesse et a hauteur des vues de ’homme de savoîr et du réformateur qu’î fut. Les rélexîons et es témoîgnages quî suîvent chacun des débats font revîvre, sur une touche pus personnee, e personnage attachant que fut Caude Martînand et montrent de façon émouvante et vîvante à que poînt non seuement a mémoîre, maîs es thématîques quî uî furent chères sont présentes à ’esprît des contrîbuteurs.
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Une deuxîème partîe, quî doît beaucoup au concours de Marîe-Lîne Meaux, son épouse, quî fut, jusqu’à tout récemment, une émînente présîdente de sectîon au Conseî généra de ’envîronnement et du déveoppement durabe, se présente comme un întermède photographîque quî retrace par ’îmage es étapes de a carrîère de Caude Martînand.
La troîsîème partîe, enin, uî donne a paroe à travers un recueî de textes quî, sans épuîser es înnombrabes sujets quî passîonnaîent Caude, donnent un aperçu idèe de ses grands centres d’întérêt autour de ’aménagement et du déveoppement durabes des terrîtoîres. Le ecteur y trouvera des rélexîons autour des concepts cés comme ’întégratîon – notamment cee des hommes dans a nature –, au cœur de sa conceptîon du déveoppement durabe, es réseaux et es terrîtoîres, e débat pubîc et a démocratîe partîcîpatîve, e servîce pubîc ou encore es rapports entre ’économîe, ’écoogîe et e déveoppement. La pensée de Caude Martînand s’y dépoîe dans toute son ampeur, dans toute sa force, à travers ce stye caractérîstîque, à a foîs concîs et împîde, quî donne à ceux quî ’ont connu ’étrange sentîment, en e îsant, de ’entendre parer.
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Je n’auraî garde d’oubîer a part que e Conseî généra de ’envîronnement et du déveoppement durabe (CGEDD), que j’aî eu ’honneur de présîder sous ’autorîté de a mînîstre de ’Écoogîe, du Déveoppement durabe et de ’Énergîe, doît à mon îustre prédécesseur. Issu du rapprochement, en 2008, de ’ancîen Conseî généra des ponts et chaussées et de a jeune Inspectîon générae de ’envîronnement, e nouveau Conseî est d’abord e fruît d’une rélexîon écaîrée.
Avec ’esprît de synthèse quî e caractérîsaît, Caude Martînand, aors vîce-présîdent de ’înstîtutîon, partageaît e champ de nos mînîstères en deux grands domaînes : d’une part, ’envîronnement et ’aménagement durabe, avec une dîmensîon terrîtorîae prépondérante, à dîfférentes échees (« du oca au panétaîre ») et pus partîcuîèrement au nîveau urbaîn ; d’autre part, es réseaux et es servîces, avec ’énergîe, es transports et es servîces urbaîns.
À ses yeux, a cé d’un grand mînîstère du Déveoppement durabe résîdaît dans ’artîcuatîon entre ces deux domaînes autour de questîons essentîees : ’énergîe et e cîmat, a bîodîversîté, es
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ressources naturees, a mobîîté durabe, ’habîtat, e cadre de vîe et a vîe durabe. Au-deà du mécano de a réorganîsatîon des servîces centraux et déconcentrés, î s’agîssaît de réconcîîer es approches reatîves aux mîîeux et aux écosystèmes, d’une part, et cees reatîves aux terrîtoîres, d’autre part, objectîf quî uî paraîssaît essentîe pour rapprocher es cutures des ancîens mînîstères. En mettant in aux organîsatîons « en tuyaux d’orgue », î s’agîssaît d’întroduîre une transversaîté propîce à a prîse en compte des poînts de vue mutues et à a fertîîsatîon croîsée des compétences et des esprîts.
Le CGEDD d’aujourd’huî, dont ’organîsatîon vîent d’être réformée dans e sens d’une pus grande sîmpîcîté et de davantage de transversaîté, pour mîeux couvrîr es questîons du déveoppement durabe, est dîrectement înspîré de cette rélexîon et c’est en grande partîe à Caude Martînand qu’î e doît.
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