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De l'infantile

287 pages
Qu'est-ce qui autorise les psychanalystes à lier inconscient, infantile et sexue ? L'expérience. L'histoire que le patient reconstruit inlassablement se noue toujours à partir des expériences infantiles. la résolution des symptômes qui l'inhibent ou l'agitent passe toujours par l'enjeu sexuel de ces expériences : enjeux de jouissance, de sexuation et de relation à l'autre, enjeux de la subjectivité et de son au-delà. Ces déchainements parfois mettent le psychanalyste à l'épreuve. Percutant son propre infantile, ils l'obligent à extraire au fond de lui-même, il ne sait d'où, une trouvaille qui, en rétablissant le dialogue, établira la parole dans sa fonction.
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De l'infantile

Che vuoi ?
Nouvelle série n° 20, 2003

De l'infantile

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest Hongrie

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino Italie

Che vuoi?

Nouvelle série n° 20, 2003 Revue du Cercle Freudien

Comité de rédaction: Michèle Abbaye, Alain Deniau, Serge Reznik, Danièle Lévy, Thierry de Rochegonde Correspondants étrangers: Argentine: Gilda Sabsay y Foks Canada: Francine Belle-Isle - Anne-Elaine Cliche Danemark: Jean-Christian Delay Etats-Unis: Paola Mieli Directeur de publication: Alain Deniau

Couverture: Charlotte Vimont Mise en page: Clara Kunde Editeur: L'Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris

Les textes proposés à la revue sont à envoyer à : Alain Deniau, 91, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris alaindeniau @ wanadoo.fr

A paraître: Che vuoi? n° 21 Printemps 2004 : La psychanalyse en traductions

Publié avec le concours du Centre National du Livre
Dépôt légal 2003
@ L'HARMATTAN,2003 ISBN: 2-7475-5556-9

SOMMAIRE

Editorial

9

Ouverture
Erwartung
Mireille Faivre-Engelhardt - Daniel Weiss

13

L'infantile freudien
L'Un-fantile, l'Infans, l'Inconscient Monique Tricot La science-enfant de Sigmund Freud. Des théories sexuelles infantiles à la formalisation
Serge Reznik

25

35

L'infantile à l'ouvrage. Confondre, fabriquer et dénouer l' ombilication des théories de l'origine Michel Hessel Le puéril, l'infantile, l'archaïque. Ou la toile de fond de l'autre scène Alain Deniau Le principe du plaisir préliminaire. D'une Einfall freudienne quasi effacée Michel Constantopoulos

51

59

71

Source de créativité
L'enfance oubliée
Patrick Hochart

89 99 117 123

L'infantile à l' œuvre chez les pères créateurs Jean-Pierre Lehmann De l'infantile Danielle Rivière La part auto-créative de l'infantile comme alliée de la cure Pascale Hassoun

Histoires cliniques
Le tourment de l'origine
Patrick Chemla

133
145 153 161 175 183

La partie de tennis Françoise Attiba Echo Emile Lumbroso L'infantile, source ou entrave pulsionnelle? Catherine Desnos De la terreur du tyran Frédéric de Rivoyre Arrachement
Sylvie Benzaquen

Débat: Après les Etats généraux de la psychiatrie, une loi sur la psychothérapie?
Trop tard? Guy Dana Les associations de psychanalystes et les Etats généraux de la Psychiatrie
Jean Perroy

189

193 199 201

L'émotion. .. et les motions Nicole Anquetil- Michel Jeanvoine Une loi sur la psychothérapie? Comité de rédaction

Cabinet

de lecture

De la personne au groupe. A propos des équipes de soins,

de François Tosquelles Lecture par Philippe Rappard La psychanalyse de la connaissance, de Lucien Bonnafé Lecture par Alain Deniau Lafin du divan?, de Raymond Cahn Lecture par Frédéric Rousseau La relaxation psychosomatique, de Sylvie Cady Lecture par Jean-Pierre Lehmann

207 213
217 223

Quand la pudeur prend corps, de José Morel Cinq-Mars
Lecture par Thierry de Rochegonde Blanc sur nair, de Ruben Gonzalez Gallego Lecture par Serge Reznik No satisfaction, de Fernando Geberovich Lecture par Michèle Abbaye Che vuoi? a aussi reçu 227
231 235 239

Che vuoi ? fait causer. . .
La psychanalyse à l'épreuve de l'Islam (suite) Lettre de Patrick Chemla à Fethi Benslama 245

Bonnes feuilles
Index raisonné de l'occurrence: Nom-de-Père dans l'œuvre de Jacques Lacan et de quelques mots-compagnons Françoise Bétourné

251

Erratum du N° 19

279

Che vuoi? est depuis 1994 la revue du Cercle freudien. Revue de psychanalyse, elle contribue au travail d'élaboration indispensable à la pratique en mettant en œuvre les deux principes fondateurs de l'association: l'accueil de l'hétérogène, le risque de l'énonciation. Chaque numéro est conçu comme un ensemble visant à dégager une problématique à partir d'un thème choisi par le Comité de rédaction. Un Cabinet de lecture présente des ouvrages récemment parus.

C'est pourquoi la question de l'Autre qui revient au sujet de la place où il en attend un oracle, sous le libellé d'un: Che vuoi? que veux-tu? est celle qui conduit le mieux au chemin de son propre désir, - s'il se met, grâce au savoir-faire d'un partenaire du nom de psychanalyste, à la reprendre, fût-ce sans bien le savoir, dans le sens d'un: Que me veut-il? J. Lacan (Ecrits)

Editorial

Editorial
«La psychanalyse mettait fin au conte de l'enfance asexuelle. »1

La psychanalyse trouve ses concepts dans la langue commune. Mais elle en infléchit le sens en introduisant de nouvelles significations. Certaines de ces significations influencent les représentations communes, d'autres restent maintenues à l'écart. Comme la science, c'est au nom de l'observation que la psychanalyse innove. Au nom d'une attention uniforme et sans préjugé. «Laissez là vos doutes et commencez à prendre en compte avec moi la sexualité infantile à partir des toutes premières années », dit Freud aux Américains de 19092 à propos de l'existence d'une sexualité infantile. Il leur dit: « Vous ne croyez pas vos yeux », c'est une interprétation. Infantile: relatif à l'enfant en bas âge. Quoi qu'il en soit des représentations, le concept de cet enfant en bas âge est modifié par l'adjonction d'une dimension, celle de la sexualité, qui semblait réservée à son opposé, l'adulte. Dès lors, adulte et enfant présentent, si l'on peut dire, des parties communes, à partir desquelles le sujet et l'histoire vont se redéfinir. L'observation des hystériques (sous réserve de ne pas négliger le cadre de l'observation) avait révélé l'existence du psychisme inconscient et l'étiologie sexuelle du symptôme. L'hystérique achoppe sur le sexuel, mais ne renonce pas au phallique. C'est la névrose obsessionnelle qui va imposer à Freud la liaison entre sexuel et infantile, parce que la sexualité de l'obsessionnel, butant sur la castration, se replie sur d'autres investissements. La différence sexuelle passe à l'arrière-plan; devenue métonymique, elle n'en colore pas moins l'ensemble de l'expérience. Par l'intermédiaire de la sexualité, un recoupement s'établit entre infantile et inconscient. Qu'est-ce qui autorise les psychanalystes à lier inconscient, infantile et sexuel? L'expérience. L'histoire que le patient reconstruit inlassablement se noue toujours à partir des expériences

9

Che vuoi? n° 20 infantiles. Déguisées, éclatées, elles se répètent sur tous les tons, indéfiniment. La résolution des symptômes, l'apaisement du sujet, la libération du désir et de la pensée passent toujours par l'enjeu sexuel de ces expériences: enjeux de jouissance, de sexuation et de relation à l'autre, enjeux de la subjectivité et de son au-delà. L'analysant construit son enfance en subjectivant le sexuel de ses expériences, en localisant une érotisation indue. Le Es que le Je doit consentir à accompagner, c'est de l'infantile: l'âge d'avant le refoulement, libre, créatif, ingénieux et poète, mais aussi l'âge des tragédies, des passions, des fureurs et des désespoirs. Age d'or et sombres chaos, ère de la démesure et du divin. Age de la magie et des mythes, l'infantile existe-t-il en soi, comme un âge de la vie ou une succession de stades? Ce n'est jamais qu'entr'aperçu. COlnme ses composantes pulsionnelles, l'infantile est une construction. Construction de la singularité du désir et construction des concepts qui autorisent l'intelligibilité de ce qui est donné à voir et à entendre. Les repères à partir desquels cette construction s'édifie ne se laissent discerner qu'au moyen de la méthode: écoute du discours dans sa dimension transférentielle, restitution de sa valeur de parole par l'hors-de-propos de l'interprétation. Mais cette construction est vivante. Moins il y a d'écrans défensifs, plus le déchaînement de l'infantile met le psychanalyste à l'épreuve, percutant son propre infantile, l'obligeant à extraire du fond de luimême, il ne sait d'où, la trouvaille qui rétablira le dialogue et de ce fait, établira la parole dans sa fonction. Un colloque du Cercle freudien et de La Criée s'est tenu sur ce thème à Reims, en mai 2003. Ce numéro de Che vuoi ? en poursuit, dans l'après-coup, le travail. Le Comité de rédaction

1ln « Résistances à la psychanalyse», première parution dans La Revue juive du 15 mars 1925. Il semble que l'on doive la traduction en français à Freud lui-même. Cf. Résultats, idées problèmes 2, Paris, PUF 1987, p. 132. Dans les OCF (XVII, p. 133), l'article est retraduit d'après la version allemande avec pour titre «Les résistances contre la psychanalyse». 2Freud (S.), Sur la psychanalyse, OCF X, Paris, PUF, 1993, p. 42. Plus connu sous le titre Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, p. 50. La traduction est différente: «Cessez donc de douter et voyez plutôt comment ces phénomènes se manifestent dès les premières années. »

10

Ouverture

Erwartungl
Mireille Faivre-Engelhardt - Daniel Weiss

Toute ressemblance avec des personnes

existant ou ayant existé ne saurait
résulter que d'une pure coïncidence.

Herbert avait très mal dormi cette nuit-là. Comme toujours avant de prendre l'avion il avait enduré de longues heures d'insomnie entrecoupées de rêves étranges: des histoires de plombiers qui n'arrivaient pas à remplacer des baignoires... Ou des robinets... Il détestait l'avion. Et voilà que pour couronner le tout, les conditions atmosphériques l'empêchaient de décoller de New York, le clouant au sol dans cette salle d'embarquement, en compagnie d'une foule de passagers en partance pour diverses villes d'Europe. Il prit place sur un des sièges alignés et remarqua tout de suite les deux vieilles dames typically British assises près de lui. Le visage de l'une d'elles lui rappelait vaguement quelqu'un, mais il n'arrivait pas à se souvenir... Pour oublier son appréhension, Herbert se dit que cette année 1965 avait vraiment bien commencé pour lui. Sa mise en scène du Don Giovanni au Met avait été un grand succès. Le public, mais aussi la critique, étaient enthousiastes. Ils avaient tout particulièrement aimé le final: l'immense cheval emportant Don Giovanni en enfer. Herbert n'était pas peu fier de cette idée. Mais il ne fallait pas qu'il s'endorme sur ses lauriers. Il partait maintenant pour Zurich où il devait mettre en scène un opéra de Rossini Le voyage à Reims. L'œuvre était, certes, moins connue, mais l'enjeu était important. Après son succès de New York, il était « attendu au tournant» comme disent les Français. Il sortit la partition de sa serviette, mais il avait beaucoup de mal à se concentrer. Son attention fut bientôt distraite par le manège d'un vieux monsieur cherchant à courtiser une jeune femme qui faisait le

13

Che vuoi? n° 20 ménage un peu plus loin. Ce vieux libidineux lui parut d'emblée profondément antipathique. L'employée ne semblait pas l'apprécier beaucoup non plus et le lui fit savoir sans ménagement. Dépité, le bonhomme qui n'avait pas de place assise s'approcha et obligea Herbert à retirer ses affaires du siège à côté de lui. Décidément, c'etait bien sa veine! - Elle n'est pas mal la petite, vous ne trouvez pas? L'anglais du vieux était assez approximatif et son accent difficile à identifier: germanique? slave? Herbert y retrouvait vaguement les intonations de sa grand-mère. - Cette histoire d'avions qui ne décollent pas, encore un coup des communistes! Au fait, vous allez où jeune homme? Se faire appeler «jeune homme» à plus de 60 ans... c'était vraiment drôle. Sans lui laisser le temps de répondre, l'autre enchaîna: - Moi, je retourne à Vienne. Vous connaissez Vienne? S'il connaissait Vienne? Il Y était né ! Il avait même accepté d'y revenir après la guerre, pour quelques mises en scène, essentiellement parce que son parrain, Gustav Mahler, avait été jadis directeur musical de l'opéra. Le bonhomme poursuivit: - Maintenant ce n'est plus comme quand j' étais jeune, mais enfin... Ah ! quand j'étais jeune... Je me souviens de mon premier séjour à Vienne. C'était avant... avant que les communistes ne me prennent tout... J'étais venu à Vienne pour me faire soigner...
Vous connaissez Herr Doktor Freud?

Herbert ne put pas s'el11pêcher de répondre, allemand:

du tac au tac, et en
Il est connu...

-

Le Professeur Freud, mais il est connu partout...

Là il essayait de trouver une expression qui convienne:
- .. .Comme disent les Français, il est connu comme le loup blanc.

A ces mots, il vit son interlocuteur blêmir. Il ne comprit absolument pas pourquoi. Peut-être n'aimait-il pas les Français. S'il connaissait Freud? « Herr Professor» était un ami de la famille avant le divorce de ses parents. D'après ce qu'il avait cru comprendre, sa mère s'était fait soigner chez lui. Quant à son père, bien que n'étant ni médecin, ni psychologue, il faisait partie du cénacle, du petit groupe de ceux qui étaient admis aux discussions théoriques avec le maître. Bref, il était membre du cercle freudien. A ce titre il participait aux réunions du Mercredi soir. Herbert avait d'ailleurs toujours trouvé un peu ridicule la façon dont son père se référait à l'autorité du maître... C'était vraiment comme si... comme si... - COlnment dire cela au plus juste? - comme

si le Professeur parlait avec le bon Dieu. Voilà! « Comme s'il parlait

14

Erwartung

avec le Bon Dieu.» Il n'était pas mécontent, si longtemps après, d'avoir enfin trouvé la formule qui convenait. Le vieux, revenu de sa sidération, s'était approché de lui et sur le ton de la confidence lui avait glissé: - Vous savez, Herr Doktor Freud a écrit un livre sur mon cas ! Freud avait écrit un livre sur son cas, et alors! La belle affaire! Il croyait qu'il était le seul peut-être... Le vieux continuait: - Grâce à moi, il afait certaines de ses plus grandes découvertes. La suffisance du bonhomme commençait à agacer Herbert prodigieusement. - Le livre s'appelle A partir de l'histoire d'une névrose infantile. C'est parce qu'il tenait à tout prix à ce que je lui raconte des souvenirs. Moi, cette affaire de névrose infantile... ce que je souhaitais avant tout c'est qu'il m'administre son traitement et que je sois débarrassé de mes mauvaises pensées. Le reste, les souvenirs... Toujours est-il qu'il a tellement insisté que j'ai fini par lui dire ce qu'il voulait. A ce moment-là, il m'a expliqué quelque chose... Je ne me rappelle plus très bien... Je crois qu'il appelait cela une scène, quelque chose comme ça... je ne sais plus... Il faudrait que je relise le livre... En tout cas quand il m'a dit le truc ça m'a fait un bien! Comme si un voile se déchirait. Et je ne vous dis pas combien il m'a aidé par la suite. Il ne l'aurait sûrement pas fait pour n'importe qui. Il faut dire qu'après tout ce que moi j'avais fait pour lui! Je me souviens qu'il s'intéressait beaucoup à mes peurs d'enfant. Je ne comprends pas très bien pourquoi. Tous les enfants ont peur, vous
ne pensez pas?

C'est ce qu'on disait effectivement. D'après ce qu'on lui avait raconté, Herbert aussi avait souffert de peurs quand il était petit... Quant à savoir si c'était vrai pour tous les enfants... ça, il n'en était pas sûr. D'ailleurs il avait du mal à se représenter ce vieux bonhomme en enfant angoissé. Ille voyait plutôt comme un de ces enfants-rois, un de ces petits tyrans qui transforment leurs parents en enfants terrorisés. Le vieux continuait:
-

Il m'a expliqué que si j'avais peur c'est parce que je voulais la place de ma mère auprès de mon père.

prendre

Evidemment, ce type se trompait complètement. Le professeur affirmait toujours que les garçons veulent prendre la place du père. Ça, Herbert s'en souvenait très bien. Mais le vieux mélangeait tout. Bien que souverainement agacé, il se sentit obligé de rectifier: - Mais mon pauvre monsieur, vous n'avez rien compris à la
psychanalyse! Ce que le professeur vous a expliqué, c'est évidemment

15

Che vuoi? n° 20

le contraire: que vous aimiez votre mère et que vous vouliez
supplanter votre père auprès d'elle.

Et il ajouta, comme pour lui-même: - On se demande d'ailleurs pourquoi les psychanalystes disent toujours que les fils aiment leur mère, alors que c'est leur père qu'ils aiment. Le vieux intervint: - D'où tenez-vous que les psychanalystes aiment leur père? Décidément ce type était un ignorant: il ne savait même pas que les psychanalystes doivent s'astreindre à une analyse approfondie. Cela leur permet d'en terminer à coup sûr, et définitivement, avec l'amour du père et avec la dépendance infantile. Le vieux poursuivait: - Est-ce que vous ne pensez pas qu'avec ces histoires de séduction par le père - ou par le fils - on oublie complètement que la mère est la première séductrice? Herbert s'apprêtait à river son clou à cet ignorant prétentieux lorsque son attention fut distraite par un petit homme à cheveux blancs et à lunettes qui venait d'arriver dans la salle d'embarquement. La chemise sans col et la veste bariolée du personnage étaient d'un goût absolument abominable et il fut assez intrigué par le drôle de cigare tordu que fumait le bonhomme. Il n'en avait jamais vu de semblables auparavant. Pendant ce temps, le vieux avait repris: - Enfin, les peurs de l'enfance ce ne sont que des bêtises, vous ne
croyez pas?

Herbert trouva ce mot bêtises assez bien choisi. Cela lui rappela vaguement quelque chose. L'autre poursuivait:
- En tout cas, ce n'est rien, à côté de ce que je subis maintenant, à cause des médecins, des ORL, des dermatologues, des dentistes, sans parler des femmes qui en veulent à mon argent. Je ne peux plus vivre comme ça ! Alors qu'on ne vienne pas nous embêter, les enfants ne souffrent pas à ce point-là!

A ce moment une de leurs deux voisines intervint: - Excusez-moi Gentlemen, mais permettez-moi de vous dire que vous vous trompez. Le vieux s'adressa à Herbert en aparté: - De quoi elle se mêle celle-là? Elle me fait penser à Miss Owen, ma gouvernante. Elle, je la détestais, elle voulait prendre la place de ma

Nania.

16

Erwartung

Elle s'adressait à eux dans un anglais parfait. Mais Herbert avait l'oreille musicale et, à ses intonations, il aurait juré qu'elle aussi, elle connaissait bien Vienne. - Dorothy et moi, nous nous occupons d'enfants depuis plus de trente ans... Et il Y a des enfants qui sont vraiment maltraités. Aujourd'hui c'est quelque chose que l'on néglige mais vous verrez dans quelques années... Toutes les choses qui arrivent aux enfants et dont on n'ose pas parler, les mauvais traitements, les abus sexuels, tout ça va finir par se savoir, dans la presse, à la radio, tout le monde se sentira concerné par le problème. .. Vous verrez. Cette attention tout à fait démesurée pour le sort de quelques enfants maltraités était évidemment une lubie de vieille originale, pensa Herbert. Cela ne pourrait jamais intéresser qu'elle-même et de rares toqués de son espèce. Elle continuait:
- Je le disais toujours à Papa: quand un enfant est battu...

L'autre vieille Anglaise, sa compagne essayant de la faire taire. - Anna, s'il vous plaît, calmez vous!

de voyage,

intervint

en

Mais elle continuait:
- Papa était d'accord avec moi: quand on bat un enfant...

Elle aussi elle parlait de son père. Décidément! Ce ne serait très certainement pas arrivé si elle avait pu faire une psychanalyse. Mais la psychanalyse... En avait-elle seulement entendu parler? L'homme au cigare tordu s'était approché. Il intervint sans vergogne: - Vous avez absolument raison, très chère. Le noyau infantile du parlêtre c'est le fantasme « On bat un enfant », en ce qu'il figure
l'assujettissement de l'infans à la loi du signifiant, ou si vous préférez en ce qu'il représente le père qui jouit de sa progéniture.

Il s'adressait à eux en français. Quant à savoir si on comprenait ce qu'il disait, cela semblait le cadet de ses soucis. - Mes bons amis, je reviens d'un colloque... Au jardin d'Eden... le seul lieu approprié, vous l'avouerez, pour traiter des pères créateurs et du destin de la paternité. J'ai rencontré là-bas un interlocuteur enfin à la hauteur. « Ainsi donc, Herr Professor n'était pas le seul, pensa Herbert, il y

en avait un autre qui parlait avec le Bon Dieu. » L'homme continuait:
- Que je n'y croie pas ne m'a pas empêché d'avoir une conversation extrêmement intéressante avec lui. . .

Le vieux libidineux l'interrompit: - Oui, autrement dit vous vous en passez... à condition de vous en servir! L'homme au cigare parut un instant surpris:

17

Che vuoi? n° 20
- Comment dites-vous très cher? M'en passer à la condition de m'en servir? Je nly avais jamais songé de cette façon... c'est intéressant... Luil là-bas, il prétendait que j'y étais vraiment allé un peu fort sur le père. Ce père -de l'enfance qui coupe, qui sépare qui introduit à la loi, ce père sur lequel j'ai tellement insisté pendant tout un temps, dans mon enseignement, lui, il en était revenu. Des interdits, des coupures, des séparationsl il en avait décousu!

Alors

jl

ai essayé de lui expliquer que le mythe freudien du père visait

à rendre compte du lien des frères dans la cité. Le vieux l'interrompit encore:

- Lafrérocité

?

Il devait avoir des problèmes d'audition, c'est pour cela qu'il comprenait tout de travers, mais le Français resta songeur. - La frérocité. .. C'est intéressant. Quoi qu'il en soit, lui, là-bas, quand je lui ai parlé des frères, il m'a répondu que dans l'histoire de Caïn et dans toute la série de meurtres qui suivaient, il ne pouvait plus du tout reconnaître sa création. Le vieux glissa à Herbert en aparté: - Vous ne trouvez pas que ça manque de femmes son histoire? Et Eve là-dedans, où est-elle passée, elle s'est barrée?

Le Français poursuivait, imperturbable: - La répétition dans laquelle l'humanité s'engageait, cela l'avait complètement retourné. Du coup je lui ai montré une bande de Mobius pour lui faire comprendre que l'amour du père permet d'articuler le désir à la Loi, et que cet amour est l'envers de la haine fraternelle. Mais il était tellement pris par ce qu'il me disait que je ne sais pas s'il a compris, ni même s'il a entendu. Le vieux crut bon d'intervenir de nouveau: - C'est comme moi. Parfois le docteur me disait certaines choses, mais je ne comprenais pas. Il prétendait que c'était à cause de mes
résistances inconscientes. ..

Le Français se montra aimable: - Vous avez parfaitement raison très cher: la passion de l'ignorance.. . En tout cas luit là-bas, il affirmait que la mésentente entre les frères survient avec le malentendu, c'est-à-dire avec l'usage de la langue. JI ai bien été obligé de concéder que ce nI est pas pour rien que nous appelons le langage dont nous usons «notre langue maternelle». Poussant son avantage, il en a profité pour me faire remarquer que l'effet pacifiant du père, c' est une théorie, c'est-à-dire, en définitive, une création de la sexualité infantile. Là, je dois avouer que j'aurais eu du mal à le contredire. Le vieux s'adressa à Herbert en aparté:

18

Erwartung
- Je ne comprends pas très bien ce que raconte ce type au sujet de la sexualité infantile! mais j! ai r impression quI il répète ce que me disait

le docteur. Et Herbert se souvint que Max, son père, lui expliquait des choses qui semblaient ressembler plus ou moins à cela. Mais l'homme au cigare tordu continuait sans trop se soucier de ses auditeurs
-

La sexualité est essentiellement polymorphe! aberrante. Au regard

de l'instance de la sexualité tous les sujets sont à égalité depuis l'enfant jusqu'à l'adulte. C'est ce que j'ai dit à mon interlocuteur làbas en faisant valoir que c'était là le sens de ma seule véritable invention: l'objet petit a. ça! il m'a dit qu'il connaissait! depuis le coup de la pomme. Mais pour lui c'était aussi une théorie infantile. Et là encore je n'ai pu que me retrouver d'accord. Alors je lui ai montré comment, sur mon graphe! la sexualité! en tant qu'elle ne saurait être que pulsionnelle! prend son départ de l'aire du non-né! de ce point où chaque parlêtre se retrouve foncièrement infans. Bref, je lui ai expliqué en quoi le sexuel! c'est-à-dire l'infantile! venait à la place du s de grand A barré. Ça l'a fait réfléchir. Il m'a dit que c'était sûrement par là que s'était faufilé le serpent. Et du coup il m'a reparlé du moment où l'histoire de l'arbre, mais aussi les violences! les lneurtres, les calamités! tout cela lui avait donné envie de tout fiche à l'eau. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait. Mais c'est précisément cette épreuve qui l'a amené à produire! à partir d'au moins un, Noé, une autre version de sa paternité... Comme à son habitude le vieux ne put s'empêcher d'intervenir: - Une autre père-version? Le Français parut intéressé: - Une autre père-version dites-vous? Je n'y avais jamais pensé de cette façon-là... Bref, l'autre! en Eden! m'a confié comment à partir de cette mauvaise passe, de ce temps de dessaisissement! il avait pu passer à autre chose en transmettant en signe de ce passage l'alliance dans la nuée. Je dois dire que cette histoire de mauvaise passe qui engendre de la transmission, cela m'a beaucoup donné à penser. Il y a certainement là! dans cette subversion d'héritage! une expérience dont nous
pourrions tirer profit.

A ce moment Herbert risqua une remarque:
- Je ne saisis pas très bien ce que vous entendez par « sexualité »! mais il me semble que ce que vous appelez « l'aire du non-né »! du non-né à

la parole si je vous ai compris! c'est le point de départ des théories sexuelles mais aussi peut-être de tout ce qui relève de la création, tout ce qui fait œuvre nIais parfois aussi folie. Je m'intéresse un peu à ces questions et. . . Le Français l'interrompit:

19

Che vuoi? n° 20
- Vous avez absolument
petit Hans... Vous

raison mon cher. Regardez par exemple le
entendu parler. Son
«

en avez peut-être

analyse

)}

tout à fait inaboutie ne lui permet pas de constituer son objet sexuel autrement que sur un mode narcissique. On ne sait pas ce qu'il est devenu, mais si quelque chose s'est révélé créatif chez lui par la suite, c'est très certainement aussi sur ce modèle, à partir d'une défaillance symbolique. Herbert sourit intérieurement, mais se garda bien de répondre, l'autre continuait. - Ce point de non-savoir, ce en quoi nous restons infans, c'est cela qui engendre toute création. C'est d'ailleurs ce que j'ai essayé de faire comprendre à l'Eternel en lui faisant un résumé de mon séminaire sur l'Ethique et en reprenant ce que j'avais dit de la création ex nihilo. Ça, la création, ça l'a vraiment touché. Du coup, mis en confiance, il m'a dit qu'il avait beaucoup de problèmes avec son fils. Il voulait même me l'envoyer en analyse... J'ai préféré lui donner le numéro de téléphone de Françoise Dolto. Le vieux libidineux intervint: - Au fond vous dites exactement ce que s'acharnait à me répéter le

docteur: « Tout vient de l'enfance.

)}

Le Français ralluma son cigare: - Si Freud s'était contenté de dire cela, très cher, il en serait resté à la psychologie. Or l'opération d'une analyse ne saurait se laisser réduire à ce que veulent en faire ceux qui se disent les héritiers de Freud: une historisation imaginaire. L'Anglaise ne semblait pas apprécier beaucoup les propos du Français. Elle intervint, assez mécontente: - Excusez-moi gentleman, mais ce qui se passe dans la première enfance est absolument essentiel. Papa disait toujours. . . Décidément, pensa Herbert, celle-là elle était incorrigible, on parlait de Freud et elle, elle ne pouvait s'empêcher de parler de son père. L'homme au cigare ne la laissa pas terminer: - Vous avez n1ille fois raison chère amie: l'invention freudienne, ce n'est pas l'enfance, c'est l'infantile, non pas un temps, mais un lieu. De ce point de vue, la forclusion du Nom-du-Père..,

Le vieux, qui n'y connaissait rien, ne put s'empêcher habitude d'interrolnpre le Français: - Uneforclusion de l'infantile?

comme à son

Le Français, bienveillant, reprit:
- Peut-être faut-il considérer que la psychose, c'est ce qui se produit quand ce lieu de l'infantile ne trouve pas sa place dans la structure. Et, comme vous le savez, si ce n'est pas symbolisé cela vient dans le Réel. Par exemple dans le Réel de l'institution...

20

Erwartung

L'Anglaise parler:

qui paraissait

de plus en plus irritée parvint

enfin à

- Les altérations défense les plus avec moi. . .

du moi entraînent la mise en jeu des mécanismes de archaïques. Là-dessus Papa était entièrement d'accord

Une fois de plus, le Français n'attendit pas qu'elle ait terminé pour lui manifester son entière approbation:
- C'est tout àfait ça, chère amie: Freud n'a pas cru bon de tirer toutes les conséquences de cette invention de l'infantile (sans doute attendait-il que je le fasse). Peut-être est-ce pour cela que ses analyses
sont - il faut bien le dire - restées quelque peu en suspens. Je parlais à l'instant du « Petit Hans », mais regardez « L'Homme aux Loups» : il est resté un hypochondriaque incurable, un de mes meilleurs élèves l'a montré très clairement; et d'ailleurs, toute sa vie, il a fréquenté les psychanalystes. Le vieux intervint, extrêmement énervé: - Mais Monsieur, c'est un cas exceptionnel, d'une importance incomparable. Et d'ailleurs cela arrive à des gens très bien de
fréquenter des psychanalystes toute leur vie.

Mais l'autre continuait sur sa lancée:
- On pourrait prendre
d'autres

exemples qui montrent le caractère

inabouti des analyses de Freud. Pensez à ce qui s'est passé avec sa fille, qui, vous le savez peut-être, avait été son analysante. Quand on voit le résultat, ce qu'elle a produit comme théorie, la façon dont elle a mené sa vie... Et je ne vous parle pas de sa sexualité...

L'Anglaise était cramoisie, elle s'agitait. Elle ne supportait probablement pas la chaleur, à moins que ce ne soit la fumée du cigare du Français. Sa voisine dut intervenir de nouveau:
- Anna, je
vous

en prie, calmez-vous!

L'autre continuait: - Elle est restée toute, toute fille, ou si vous préférez,toute enfant de la
psychanalyse. ..

Le vieux libidineux intervint:
- Ça vaut bien votrefaçon à vous d'aimer et de promouvoir un père qui incarne la Loi. A chacun son amour du père. Ce n'est pas ce qu'il vous a dit l'Autre, en Eden?

Un mouvement gagna la salle d'embarquement. Il semblait que les avions allaient bientôt pouvoir décoller. On entendit dans les hautparleurs la voix d'une hôtesse: « Les passagers à destination de Rome sont priés de se présenter à la porte 24. Les passagers à destination de Rome sont priés de se présenter à la porte 24. » L'homme au cigare pri t congé:

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Che vuoi? n° 20
- Excusez-moi mes bons amis, je crois qu'on annonce mon avion. Sa Sainteté m'attend afin que je lui rende compte par le menu du colloque en Eden. J'en profiterai pour lui expliquer ce qui marque le tranchant entre la position sacrificielle qui vise la jouissance de l'Autre et ce qui se manifeste comme désir. .. avec la coupure que cela implique. Bref, ce qui a amené les parlêtres à inventer ce machin invraisemblable qu'on appelle le paradis, et qui est un autre nom pour ce truc pas moins invraisemblable qu'on appelle l'enfance. L'état de l'Anglaise ne semblait pas s'améliorer. Sa compagne fut obligée de l'emmener prendre une tasse de thé. Herbert se tourna vers son voisin:
-

Je me demande

qui peut

bien être ce drôle de type. Au fait,

nous

ne

nous sommes même pas présentés... Mais le vieux ne l'avait pas entendu. Il s'était levé, lui aussi, et avait déjà entamé la conversation avec une autre employée de service. ..

lErwartung - Attente - est le titre d'un opéra composé par Arnold Schonberg en 1909.

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L'infantile

freudien

L'Un-fantile, l'Infans, l'Inconscient
Monique Tricot

Passé, présent, avenir donc, comme enfilés sur le cordeau du désir qui les traverse.l

« L'infantile, un caractère principal de l'inconscient», dira Freud à l'Homme aux rats. Pourtant ce terme ne figure comme entrée des concepts analytiques ni dans le très freudien Laplanche et Pontalis, ni dans le plus lacanien Chemama ou Kaufmann; non plus que dans L'index thématique Sigmund Freud de Delrieu, pas plus que dans L'index référentiel des Séminaires de Lacan. Seul lui donne place, ainsi qu'au terme infans, l'éclectique Dictionnaire de Mijolla, que la critique élogieuse de Che vuoi ? a pu donner envie d'acquérir. Les formulations qui y figurent, sous la plume de Florence Guignard, témoignent d'un certain embarras. Cet embarras, je le partage. Il ne m'a pas été facile dans ce travail de parvenir à m'en débarrasser. Certes, l'infantile vient sur la scène de la cure, aussi bien dans la remémoration que dans la mise en acte du transfert, du transfert dans sa face de résistance qui interrompt le dire, ainsi que le martèle Freud. Du statut que nous lui donnerons va dépendre la conduite et la finalité de la cure. Est-il objet du savoir du psychanalyste et à quelles conditions? Quelle est sa fonction et son destin dans la cure? Telles sont les questions qui me sont venues. Mes réflexions s'appuieront sur le début de la cure de l'Homme aux rats, où Freud articule Inconscient, Infantile et Refoulé. Puisque j'ai évoqué le Dictionnaire de Mijolla, je vais tout de même donner à entendre la façon dont l'infantile y est abordé, dans une langue analytique qui n'est pas la mienne, même si j'en partage certains points de vue, notamment la question de l'advenir qui est un des bouts par lesquels saisir le problème. Encore faut-il savoir de quoi on

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Che vuoi? n° 20 parle. Voilà sa définition de l'infantile:
«

Structure de base aux franges

de notre animalité, dépositaire et conteneur de nos pulsions, tant libidinales et haineuses qu'épistémophiliques. L'infantile est cet alliage de pulsionnel et de structural souple qui fait que l'on est soi et pas un autre. Irréductible, univoque et par là même universel, l'infantile est donc bien ce par quoi notre psychisme va advenir dans tous les développements de sa bisexualité
psychique, organisés par l' Œdipe.
»

Pas trace de l'inconscient et du refoulement qui, dans la proposition freudienne, articule l'infantile tel qu'il se donne à entendre dans le début de cette analyse, avec ce sur quoi opère la cure. Car sous la plume freudienne, l'infantile n'est jamais seul. Il s'articule au pivot de la psychanalyse: la sexualité, les complexes, le désir, la névrose, l'amnésie, pour en rappeler les principaux. L'infantile en tant que tel est néanmoins très présent chez le tout premier Freud à la recherche de l'étiologie des psycho-névroses. La lettre 46 à Fliess2 m'a intéressée parce qu'elle met au cœur de sa tentative de construction étiologique la question du langage, point sur lequel la psychanalyse ne peut céder, surtout à une époque où le champ discursif est chaque jour mis à mal. J'en donnerai pour exemple cette lecture récente où l'on rendait compte de la prétention, par manipulation génétique, de fabriquer des souris schizophrènes. A quand les OGM de chats paranoïaques? Le schéma proposé dans cette lettre distingue la succession de périodes de la vie et repose sur l'idée que les différentes sortes de névroses sont déterminées par la façon dont les scènes traumatiques sont reprises dans le langage.
~4ans Praeconsc. ~Ib ~8ans Infantile A

n
~14 ans Prépuberté

B

ill ~Xans Maturité

(A et B = refoulement)

Jusqu'à 4 ans, praeconsc. en latin, différent donc du Vorbewufltsein, du préconscient. Pourrions-nous nommer cette période infans? Jusqu'à 8 ans, l'infantile. De 8 à 10 ans, après la deuxième dentition, précise Freud, période de refoulement; sans doute l'ancêtre de la période de latence qui apparaîtra seulement dans les Trois essais. De 10 à 14 ans prépuberté. De 13 à 17 ans refoulement. Ensuite maturité. Bien sûr, nous ne pouvons suivre Freud exactement dans ce découpage temporel dont certains éléments surprennent. Mais l'idée qui m'a intéressée, c'est celle que les scènes de la première époque (le fond d'a-parlance de Pascal Quignard) resteraient « intraduites » en 26