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De l'influence des lois sur la répartition des richesses

De
274 pages

De la violation de la distribution naturelle des produits. — Les riches deviennent plus riches, les pauvres deviennent plus pauvres. — Des institutions qui faussent la répartition naturelle des richesses. — Les progrès de la production. — Le budget d’une famille d’ouvriers à Paris. — Les mauvais résultats des lois qui régissent notre système économique. — Nécessité de revenir aux principes.

L’appropriation des produits, ou, comme disent un grand nombre d’économistes, la répartition des richesses une fois qu’elles sont produites, est, dans l’économie politique, une branche distincte d’études.

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À propos deCollection XIX
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Théodore-Napoléon Bénard
De l'influence des lois sur la répartition des richesses
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE M. BENARD
* * *
Le 15 août 1873, M. Benard m’adressait la lettre que l’on trouvera plus loin ; le 24 août, M. Benard mourait instantanément à Boufarik, frappé d’apoplexie. Qu’on permette à un ami, à un compagnon de luttes e n faveur de la liberté du travail, de dire quelques mots de l’homme qui, pendant toute sa carrière, ne cessa de combattre pour cette grande cause. Théodore Benard était né le 13 octobre 1808 à Honfleur. Il eut un bonheur : jeune, il fut envoyé en Angleterre pour y étudier le commerce. Dè s l’aube de la vie, son horizon s’élargit. Il comprit qu’au delà de nos frontières, il y avait des hommes qui pouvaient faire tout aussi bien et même mieux que nous. De retour en France, en août 1830, au lendemain de la révolution, il fit partie du bataillon des volontaires Havrais qui vinrent à Paris y apporter leur adhésion. Il repartit ensuite pour l’Angleterre, et il y resta jusqu’en 1849. Il revint alors en France. Il avait acquis pendant cette longue période passée dans les affaires, à Newcastle, une connaissance approfondie de toutes les grandes ques tions commerciales. Il publia pendant quelque temps une revue spécialement consacrée aux questions de navigation ; il collabora auJournal du Havre,et ne tarda pas à entrer à la rédaction duSiècle,dont il partageait les opinions politiques et avec laquelle il signa une courageuse protestation contre le coup d’État de 1851. Il a fait partie de ce journal jusqu’en 1869, et c’est en grande partie à ses efforts qu’est dû l’appui que c ette feuille importante a donné à la cause de la liberté du commerce et aux réformes économiques. Il s’y trouvait cependant à l’étroit pour discuter ces questions qui se présentent sous tant de rapports complexes. Après le traité de comm erce de 1860, soutenu par des négociants et des industriels parmi lesquels je m’h onore de m’être trouvé, il fonda un journal hebdomadaire,l’Avenir commercial.Il l’a publié jusqu’en 1866, suffisant, presque seul, pendant sept ans, au labeur que nécessitait cette œuvre. Il y traita les questions de liberté commerciale, d ’industrie maritime, de droit international et de crédit. Il les abordait non-seulement en homme initié à la pratique des affaires, mais, encore en homme ayant le sentiment profond du droit, comme le prouvent ses articles sur l’inscription maritime qu’il a réu nis en un volume dont le titre seul est 1 caractéristique : leServage des gens de mer. Il était du petit nombre des publicistes qui entendent les questions maritimes. Il excellait aussi dans les questions de crédit, sur la liberté duquel il a écrit, sous le nom de Karl Steiner, une série d’articles très-remarqués. En 1866, il reçut des représentants de commerce de Lyon une médaille en or, en récompense des services désintéressés qu’il avait rendus à la liberté du courtage. Quand, à la suite des changements apportés dans l’industrie par le coup de théâtre du traité de commerce, une réaction se manifesta contre le libre échange, M. Benard fut le promoteur et le secrétaire général de la Ligue perm anente de la liberté industrielle et
commerciale. Appelé à en présider la première réunion, j’en précisais ainsi le but : « La liberté commerciale, comme toutes les libertés, a ses détracteurs, et cependant, comme toutes les libertés, elle a plus d’avantages que d’inconvénients. « Le but de notre association est donc de chercher à faire pénétrer notre croyance dans tous les esprits, pour combattre l’erreur et l’égoïsme. « Ce qui fera notre force, c’est que, nous mettant au-dessus des questions purement d’intérêts privés, nous représentons l’intérêt général, c’est-à-dire les consommateurs que l’on oublie trop souvent. « Notre bannière doit porter le mot :Indépendance ! c’est-à-dire n’avoir pas d’attache officielle... » Si je cite ces quelques paroles personnelles, c’est qu’elles indiquent que mon amitié pour M. Renard n’a pas été une amitié passive et que, dans la route de la vie, nous nous sommes plus d’une fois rencontrés ensemble, entreprenant la même tâche, marchant par la même route, vers le même but. C’était un homme de conviction, qu’indignaient tous les préjugés de quelque part qu’ils vinssent. En même temps qu’il prenait corps à corps lés vieilles raisons dont essayent de se couvrir les protectionnistes, il attaquait les e rreurs, malheureusement encore si répandues, relatives aux questions sociales. En 1868, non-seulement il publia une série de brochures sur le traité de commerce, la marine marchande, la taxe du pain, la cherté du pai n, les boulangeries coopératives, mais encore il prit une part active aux fameuses discussions de la salle de la Redoute, ouvertes après la promulgation de la loi sur les ré unions publiques, par un groupe d’économistes, sous la présidence de M. Joseph Garnier, pour la défense du capital et de la légitimité de l’intérêt. Quand elles furent ensu ite continuées par une série d’orateurs socialistes de toutes nuances, à la grande satisfac tion du Gouvernement d’alors qui voulait effrayer l’opinion publique à la veille des élections, Benard, qui y fut violemment attaqué, s’y montra plein de résolution et d’énergie. Je ne saurais mieux terminer cette notice qu’en reproduisant l’extrait suivant du compte rendu de la réunion de la Société d’Économie politique du 5 septembre 4873. « M. Benard, dit M. Joseph Garnier (après avoir rap pelé sa vie laborieuse et ses qualités personnelles), peut-être parce qu’il était trop économiste, n’avait point été compris dans une nouvelle organisation de la feuille où il avait contribué à maintenir la tradition du bon sens. Il voulut profiter de ses de rnières ressources et des forces qui lui restaient pour acheminer ses fils dans la carrière agricole en Algérie. C’est là que la mort est venue le surprendre au milieu de sa famille, à laquelle il laisse pour héritage l’exemple du travail et du courage. « M. Lepelletier de Saint-Remy confirme ce qui vien t d’être exposé par M. Joseph Garnier, en disant que M. Benard a toujours montré la plus grande indépendance, et qu’il n’a pas hésité à sacrifier ses intérêts à ses opinions économiques. « M. Léon Say ajoute qu’une vie aussi utilement et aussi honorablement remplie que celle de M. Benard est en tout point digne d’éloges ; qu’elle a droit aux hommages de tous et aux vifs regrets de ses confrères de la Société d’économie politique. »
Que pourrais-je dire après ces témoignages d’estime et de sympathie décernés à Benard ? Je ne puis exprimer ici que les sentiments d’amitié personnelle qui, depuis longues années, m’unissaient à lui. Quand je reçus la lettre d’envoi du livre que nous publions aujourd’hui, j’étais bien loin de prévoir sa mort. Il m’avait souvent parlé de cet ouvrage : nous nous étions longuement entretenus des sujets qu’il traite. Benard avait l’ intention d’y condenser le résultat des travaux et des observations de toute sa vie. C’était le monument qu’il voulait élever à sa mémoire. Il n’a malheureusement pu complétement l’achever. Il destinait évidemment à ce livre une conclusion qu’il n’a pas eu le temps d’écrire et qui devait en résumer l’esprit général. Cette conclusion n’est pas écrite, il est vrai, mais elle ressort de chacune des lignes du livre, de chacune de ses parties. Benard ne se contentait pas des apparences des chos es. Il creusait les questions, il allait au fond ; il voulait voir non-seulement « ce qu’on voit, mais encore ce qu’on ne voit pas. » Eh bien ! se posant en face de la société actuelle, il avait vu l’égalité dans les mots, non dans les faits ; les principes de 89 inscrits e n tête de nos constitutions, et dans la pratique restant lettre morte. Parmi ces principes, nul n’a été plus hautement proclamé, dans la nuit du 4 août, que la liberté du travail. Liberté du travail ! Et que représentent donc les g randes compagnies qui n’existent qu’en vertu de priviléges, de concessions, et qui d étiennent entre leurs mains les voies ferrées et les canaux ? — Le monopole de la circulation. Liberté du travail ! Et que représente donc cette institution qui seule a droit d’émission et qui n’a cessé d’empêcher la création de banques locales ? — Le monopole du crédit. Liberté du travail ! Et que représentent donc les manufacturiers, les industriels qui font prohiber à la frontière l’entrée de produits simila ires ; qui, grâce à cette digue, augmentent leurs prix de toute la différence que créent ces tarifs arbitraires ; qui, écartant ainsi toute concurrence, condamnent le consommateur à payer plus cher des objets de moindre qualité ! Que représentent-ils, si ce n’est le monopole de la production ? Ce sont ces divers monopoles que Benard dénonce tou r à tour dans les pages qui suivent. Quoi donc ! les corporations, les jurandes ont été abolies, et il se trouve encore des gens qui réclament la protection de l’État, qui lui demandent des priviléges pour leur industrie particulière, qui lui demandent la facult é d’ajouter, aux bénéfices réels qui résultent directement de leur industrie, des bénéfices factices. Mais sur quoi sont donc pris ces bénéfices ? Ils le sont sur la fortune publique du pays ; ils sont pris sur tous au profit de quelques-uns.
Ceci, c’est non-seulement le « droit au travail » a u profit de quelques-uns ; c’est bien plus grave : c’est le droit aux bénéfices ! Ce sont ceux-là mêmes qui se montrent les plus âpres à cette curée qui s’indignent le plus haut, et parlent de péril social, quand les so cialistes autoritaires, retournant la question, disent : A notre tour, nous demandons la protection et la garantie de l’État ! Mais qui leur en a donc donné l’exemple ? qui leur a donc montré que l’État pouvait être un dispensateur de fortune ? qui ? sinon les p rotectionnistes de toutes sortes, qui s’appellent ainsi sans doute par antithèse : car lo in de protéger quelque chose, ils passent leur vie à mendier des protections ! Ce ne sont pas-des protections qu’il faut à l’industrie : c’est la liberté ! C’est par la liberté seule que la répartition des r ichesses se fait d’une manière conforme à la justice : car alors celui qui devient riche, le devient en vertu de ses propres efforts, de son activité, de son intelligence, de son initiative, de son habile administration. Mais si l’État intervient ; s’il veut substituer le s lois arbitraires aux lois naturelles de l’offre et de la demande ; s’il veut, à la place de s rapports qui résultent de la nature des choses, mettre des rapports factices, il n’arrive q u’à créer des crises, qu’à paralyser la production et à restreindre la consommation. Si l’État aggrave encore son intervention, en proté geant les classes dirigeantes, les classes déjà aisées, au détriment des autres ; si, dans la répartition de l’impôt, il frappe le besoin immédiat, au lieu de frapper la différence q ui existe entre les ressources et le besoin ; s’il fait supporter les plus lourdes charg es à ceux qui ont déjà le plus de difficultés pour marcher dans la vie ; alors, il justifie les revendications qui se dressent en face de lui, et il crée ce qu’on appelle le péril social. Il y a eu une grande parole dite dès le commencemen t du dix-septième siècle : « On ne triomphe de la nature qu’en obéissant à ses lois. » C’est en se conformant à cette formule de Bacon que la science moderne a réalisé tous ses progrès. Eh bien ! il faut que les hommes d’État, les économistes, s’en inspirent à leur tour, la prennent pour règle inflexible, s’ils veulent enfin que notre société arrive à cet « ordre » dont on parle si haut et qu’on définit si peu. Jusqu’à présent, les gens qui ont la réputation d’être d’habiles financiers ont cru qu’ils pouvaient à leur gré régler les conditions économiq ues d’un pays. Ils ont fait des finances, comme les sorciers faisaient de la médeci ne. Ils en sont restés aux mots magiques et aux moyens empiriques. Le pays.guérit ou dépérit, — au petit bonheur. A ces expédients, à cette alchimie économique, il e st temps de substituer la science réelle, celle qui observe les rapports naturels des choses entre elles et qui en tire des inductions rigoureuses. Nul n’était plus convaincu de cette nécessité que Benard. Et nulle part elle n’a été plus vigoureusement démontrée que dans les pages suivantes.
MENIER.
Paris, le 25 décembre 1873.
1Dentu, in-12. — En 1856, il publiait chez G uillaumin un volume intitulé : Paris, Lois économiques,i n-12.
A M. MENIER
MANUFACTURIER, MEMBRE DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE PARIS ET DE LA SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE
MONSIEUR ET CHER COLLÈGUE,
Vous êtes l’un des rares industriels et capitaliste s qui ne se sont pas contentés des banalités et des redites qui courent le monde à l’o ccasion de l’étonnante succession de révolutions qui sont venues bouleverser notre pays à des intervalles de temps aussi courts que réguliers. Vous n’avez pas attribué ces révolutions aux passions haineuses et aux appétits envieux, qui résonnent si bien dans les périodes oratoires de nos meneurs politiques, qui, hélas ! se contentent de regarder la surface des choses, sans chercher les causes secrètes de toutes les commotions que nous avons éprouvées. Vous avez cherché et vous avez trouvé,. Vous avez trouvé que l’assiette de nos impôts est détestable, que le fisc demande à la faim, à la soif, à la nudité, à l’abri, à tout ce dont l’homme ne peut se passer, plus qu’il ne demande à la richesse ; vous avez reconnu que les n ouvelles taxes, si péniblement combinées par nos législateurs, devaient infaillibl ement entraver les progrès de notre industrie, paralyser le travail et nous mener, si l ’on n’y prend garde, à une décadence irrémédiable ! Vous avez jeté le cri d’alarme, Monsieur, et vous a vez demandé hautement l’IMPÔT SUR LE CAPITAL. C’est en étudiant ce remarquable travail que l’idée m’est venue de porter mes recherches plus loin et de voir si, à côté de l’impôt qui frappe le pauvre plus que le riche, il n’y avait pas d’autres abus, d’autres violations du droit ; s’il n’y avait pas en un mot, par certaines classes de la société, une appropriation continue, mais illégitime, de richesses ou de produits, qui ne leur sont pas dus. J’ai marché sur vos traces, Monsieur, j’ai suivi la voie que vous avez ouverte ; permettez-moi donc de vous dédier ce livre, dont, j e puis le dire, vous êtes le premier inspirateur. Je l’ai écrit, ce livre, parce que, du continent am éricain, comme des villes de la Grande-Bretagne, j’ai entendu des voix sinistres qu i nous ont jeté cet avertissement menaçant : LE PAUVRE DEVIENT PLUS PAUVRE, ET LE RIC HE DEVIENT PLUS RICHE ! J’ai regardé autour dé moi, et j’ai vu que si le pa uvre ne devient pas plus pauvre, l’accumulation des richesses se fait infiniment plus vite en haut qu’en bas, et que l’écart entre l’humble avoir du pauvre et la fortune du riche va tous les jours s’agrandissant. Je vous l’avoue, Monsieur, en présence de ce fait incontestable, j’ai redouté l’avenir, je me suis demandé si la société résistera aux secouss es qui naîtraient de cet état de
choses. Et que l’on y prenne garde, ce n’est pas chez nous seulement que ces choses se révèlent : l’Europe entière et l’Amérique sont travaillées par ce mal. Laissons d’autres, Monsieur, se complaire dans la r épétition des accusations insensées que l’on a jetées à notre génération en 1 830, en 1848, et que l’on a renouvelées de nos jours. Vous l’avez dit : « Tout le mal vient de ce que le capitaliste méconnaît les devoirs qui sont corrélatifs des droi ts du capital. » Cherchons sérieusement, sincèrement, et nous trouverons les c auses de ces violentes secousses sociales. Ne nous endormons pas dans une fausse sérénité, comme on l’a déjà fait deux fois, dans ce que l’on appelle le triomphe de l’ordre sur le désordre ; ne recommençons pas, après chaque révolution, le cycle, toujours le même, des réactions, de la routine et de son ornière. Les hommes et les canons, dont on e st si fier, sur lesquels on s’appuie avec tant de confiance, n’ont qu’un temps ;, ils s’ usent à la longue, et tout le système s’écroule comme il s’était déjà écroulé. Ce qu’il faut faire, vous l’avez compris, Monsieur, il faut entrer résolûment dans la voie des réformes ; il faut appliquer résolûment les principes de justice et d’égalité qui sont la base de notre droit civil et politique, et sont si souvent violés : il faut que les profits des uns ne soient plus détournés des mains de ceux qui y ont droit, pour aller enrichir les autres ; il faut, comme vous l’avez dit, donner sécurité au capital en l’imposant. Les économistes se sont longtemps contentés d’expos er leurs principes, et de les vulgariser en en démontrant l’excellence et les bons résultats. Il me semble que le moment est venu où la doctrine doit sortir de sa période d’exposition pour entrer dans celle.d’application : elle doit prendre une attitude moins passive et se faire plus militante ; elle ne doit plus dire : Faites ceci et il en résultera cela ! L’heure est venue où elle est en droit de dire : Vous devriez faire ceci, et vous faites tout le contraire ! Prenez garde ! Le pauvre devient plus pauvre et le riche devient plus riche ! N’y a-t-il pas quelque chose d’effrayant dans cette accusation portée contre la société ? Cela résonne comme son glas funèbre ; car il n’est pas possible d’admettre que cet enrichissement continu d’une part, et cet appauvrissement permanent de l’autre, puissent aller croissant indéfiniment. J’ai voulu montrer, dans les pages qui suivent, par quelle déviation des principes de droit, d’égalité et d’équité, par quel oubli des rè gles de l’économie politique, par quelles infractions au principe de la propriété, seule base indestructible de la société, cet état de choses s’est enraciné parmi nous, et avec quelle vertigineuse rapidité nous courons vers un cataclysme social, si nous ne nous arrêtons à te mps. Ce qui empire notre mal, c’est qu’il revêt toutes les apparences d’une brillante p rospérité. C’est vrai : le petit nombre prospère, le petit nombre s’enrichit ; mais le gran d nombre, la multitude s’appauvrit, ou, du moins, l’écart qui existe entre le modeste avoir des uns et la fortune des autres s’élargit de plus en plus. Quand vous aurez lu ces pages, Monsieur, vous vous direz probablement que j’aurais pu soulever encore d’autres points de discussion, a border d’autres questions. Je n’en
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