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De l'irritation et de la folie

De
638 pages
La doctrine physiologique de Broussais s'est construite en opposition à la doctrine médicale idéologique fondée par Pinel. Broussais rejette toute nosographie en médecine mentale comme ailleurs; pour lui l'irritation est la cause de la folie. Sa doctrine se construite en opposition à la nouvelle doctrine médicale développée par une génération de médecins qui voyaient dans les conceptions philosophiques de Cousin une voie prometteuse. Dans cet ouvrage il attaque la psychologie de son temps
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DE L'IRRITATION

ET DE LA FOLIE

Introduction

de Serge NICOLAS

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01512-3 EAN: 9782296015128

François-Jospeh- Victor BROUSSAIS

DE L'IRRITATION

ET DE LA FOLIE

(1828)

Introduction de Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hanuattan Hongrie Kônyvesbolt Kossutlt L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

75005 Paris

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L'Harmattan Burkina Fa.. 1200 logements VIlla96 12B2260 Ouagadougou 12

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIX' siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'i! est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Théodule RIBOT, La vie inconsciente (1914), 2005. A. BINET & Ch. FÉRÉ, Le magnétisme animal (1887), 2006. P. J. G. CABANIS, Rapports du physique et du moral (1802, 2 v.), 2006. P. PINEL, L'aliénation mentale ou la manie (1800),2006. 1. P. F. DELEUZE, Défense du magnétisme animal (1818),2006. A. BAIN, Les sens et l'intelligence (1855), 2006. A. BAIN, Les émotions et la volonté (1859), 2006. Pierre JANET, L'amnésie psychologique, 2006. Charles BONNET, Essai de philosophie (1755), 2006. . Pierre JANET, Philosophie et psychologie (1896), 2006. Charles DARWIN, La descendance de l'homme (1871), 2006. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la folie (1818), 2006. J. M. BALDWIN, Le développement mental chez l'enfant (1895), 2006. Pierre JANET, L'évolution de la mémoire et la notion du temps, 2006. William JAMES, Les émotions (Œuvres choisies I) (1884-1894), 2006. WilliamJAMES,Abrégé de psychologie(1892), 2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 2,1822),2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 3, 1823),2006. John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843), 2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894),2006. Dugald STEWART, Esquisses de philosophie morale (1793), 2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883),2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900), 2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (1831), 2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839), 2006. A. JACQUES, Psychologie (1846), 2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888), 2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (1811), 2006.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR Critique de Broussais de la psychologie spiritualiste

À la mort de Franz Joseph Gall en 1828, François-Joseph-Victor Broussais 1 (1772-1838), qui est un de ses médecins personnels, lui rend
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François-Joseph-Victor

Broussais est né à Saint-Malo [e 17 décembre 1772. Fi[s de

médecin, i[ fit ses études au collège de Dinan, puis à l'âge de vingt ans entre dans l'armée. Une maladie assez grave ['ayant forcé à retoumer dans ses foyers, ses parents le décidèrent à entrer dans [e corps des officiers de santé. Il étudia l'anatomie à Brest, puis fit plusieurs campagnes comme chirurgien sur des bâtiments corsaires, ce qui lui valût une modeste fortune. En 1798 il décide d'achever ses études de médecine à Paris, fréquentant également [es milieux intellectue[s. Il se lie d'amitié avec Bichat et conserva toujours pour lui une profonde admiration, se déclarant hautement son continuateur. Le 26 novembre [803, i[ est reçu docteur en médecine avec une thèse intitulée Recherches sur la fièvre hectique, considérée comme dépendante d'une lésion d'action des différents systèmes sans vice organique. En 1805, il entre dans [e service de santé militaire sous [es auspices de Desgenettes et, après avoir parcouru la Hollande et l'Allemagne durant les campagnes napoléoniennes, revient en 1808 à Paris avec de multiples observations. C'est alors qu'il fait paraître. son Histoire des phlegmasies ou Inflammations Chroniques. Peu après, il est désigné pour être mis à la tête du service médical pendant [a campagne d'Espagne. De retour en France en 1814, il est nommé second professeur au Val de Grâce (où il professe un cours clinique ouvert au public), puis médecin en chef en 1820. Entre temps, il fit paraître son Examen de la Doctrine Médicale Généralement Adoptée et des Systèmes Modernes de Nosologie (1816) qui fait sensation et dans leque[ i[ réduit à néant le dogme de ['essentialité des fièvres. Son Traité de Physiologie Appliquée à la Pathologie (1822) connut un véritable succès; c'est dans ce livre qu'il donne un caractère plus systématique à ses théories et qu'il énonce à propos de ['homme sain et de l'homme malade que "les fonctions du premier sont souvent éclairées par celles du second". La même année, i[ fonde les Annales de Médecine Physiologique. Il est nommé en 1823 membre de l'Académie de Médecine puis en 1831 il obtient [a création d'une chaire de pathologie et de thérapeutique générales à [a Faculté de Médecine. Son enseignement dont on trouve un résumé dans le Cours de Pathologie et de Thérapeutique Générales (1833-1835) n'eut cependant aucun succès; ce fut le signal de l'écrou[ement de tout son système. Il songea dès [ors à prendre ailleurs une éclatante revanche en s'intéressant aux questions philosophiques. Dès 1828, il avait fait paraître son traité De l'Irritation et de la Folie, Ouvrage dans lequel les Rapports du Physique et du Moral de l'Homme sont Considérés d'après les Bases de la Doctrine Physiologique (en 1839 paraît [a seconde édition posthume refondue) qui fut violemment attaqué par ses adversaires spiritualistes auxquels il répondit. Toujours fidèle à sa doctrine, il demandait à la

hommage en prononçant sur la tombe du fondateur de la phrénologie un discours au cours duquel il déclare que le savant phrénologue a rendu un immense service à la philosophie en montrant la supériorité de l'approche physiologique sur la psychologie classique. Rallié de fraîche date à la phrénologie de Gall, il venait de rédiger son fameux ouvrage sur L'Irritation et la Foli/ (1828), première véritable critique de la psychologie de son temps. Broussais est à l'origine de l'identité du physiologique et du pathologique. Dans son "Traité de physiologie appliquée à la pathologie" de 1822, Broussais énonce clairement à propos de l'homme sain et de l'homme malade que "les fonctions du premier sont souvent éclairées par celles du second" (1822, p. 1). La vie réside dans l'excitation normale, la maladie dans l'excitation anormale de l'irritabilité. La doctrine physiologique de Broussais s'était construite en opposition à la doctrine médicale idéologique fondée par Pinel, dominante au cours des deux premières décennies du XIX. siècle. Broussais rejette toute nosographie en médecine mentale comme ailleurs, annulant ainsi la spécificité de la psychiatrie. Pour lui, l'irritation est la cause de la folie. Cependant les thèses organicistes de Broussais n'eurent que peu de succès dans le milieu psychiatrique où les nouveaux savants spiritualistes voulaient annexer la psychiatrie à la philosophie en renouant avec le vitalisme. La doctrine physiologique de Broussais se construisit ainsi en opposition à la nouvelle doctrine médicale spiritualiste développée par une nouvelle génération de médecins qui voyaient dans les conceptions philosophiques de Cousin une voie prometteuse. Dans sa "Clinique médicale", le médecin et ami intime de Cousin, Andral (18231827)3, se réclame de l'éclectisme pour s'opposer à la doctrine physiologique de Broussais. Dans les années 1820-1830, cet éclectisme médical d'inspiration cousinienne, qui va s'ériger en corps de doctrine
physiologie, à l'action cérébrale l'explication des phénomènes intellectuels et moraux. La polémique avec les psychologues et les philosophes spiritualistes se continua après son élection en 1832 à la nouvelle Académie des Sciences Morales et Politiques. Engagé dans un physiologisme intransigeant, il s'acheminait vers la phrénologie. Il commença un Cours de phénologie à la Faculté qui fut publié en 1836 ; l'affluence des élèves fut tel que l'amphithéâtre devint insuffisant. Il est mort à Vitry-sur-seine le 17 novembre 1838. 2 Broussais, F.-1.-V. (1828). De l'irritation à la folie, ouvrage dans lequel les rapports du

physique et du moral sont établis sur les bases de la médecine physiologique. Paris: Delaunay. 3 Andral (1828). De la valeur des théories en médecine. Journal Hebdomadaire de Médecine, l, 123-137. Voir aussi Bouillaud, 1.B. (1828a). Quelques réflexions sur les systèmes en général, et sur l'éclectisme en particulier. Journal Hebdomadaire de Médecine, 1,359-363.

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systématique, va prendre de l'ampleur et bénéficier de l'appui de l'Académie de médecine et de la presse médicale. L'idée de ces médecins, dont le plus en vue est Antoine Athanase Royer-Collard (1768-1825)4, est de restaurer le spiritualisme en médecine. C'est en mai 1828 que Broussais va investir le champ philosophique en publiant contre Cousin et ses disciples un traité De l'irritation et de lafolie5. Il s'agit de la première critique du point de vue "physiologique" de la psychologie. de son temps. Une grande partie de l'ouvrage est consacrée à une critique des "psychologistes" dont Jouffroy était le chef de file. Broussais voit dans le spiritualisme un obstacle à la science et le caractère pseudo-expérimental de la psychologie de Jouffroy le confirme pleinement. Il note dans la préface qu'il donne à son livre que le médecin ne doit jamais oublier « que les idées abstraites de la science qu'il cultive lui sont venues par les sens, et qu'il ne peut, sans danger, procéder à l'étude de l'homme d'après des principes a priori» (p. x). L'objet de son ouvrage est surtout de mettre cette vérité en évidence, et de préserver la médecine du mal que peut lui faire une secte philosophique essentiellement envahissante: l'éclectisme. Il veut mettre en garde les jeunes médecins de la doctrine psychologique qui s'avance sur eux. Il note que ces philosophes critiques du matérialisme de Cabanis « placent bien au-dessus de l'observation par les sens, une prétendue observation qu'ils appellent intérieure» (p. xvi), « peu sans faut qu'ils ne déclarent dignes du gibet ceux qu'ils nomment les sensualistes» (pp. xvii-xviii). Broussais souligne qu'il n'a pas hésité à choisir pour base de son ouvrage, le cadre de l'article sur l'irritation publié dans l'encyclopédie progressive. Comme des quatre formes d'irritation, la nerveuse est celle qui a reçu dans ce traité le développement le plus considérable, l'auteur y a joint à titre de preuve, la description d'une maladie correspondante: la folie. Ce sujet convenait d'autant mieux qu'il prête une nouvelle force aux arguments qui sont opposés aux psychologistes. L'ouvrage est ainsi divisé en deux parties: IODe l'irritation considérée dans son application à la santé et à la maladie (pp. 1-330) ; 20 De la folie considérée selon la
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Critique de Gall: Royer-Collard, H. (1828). Examen critique des travaux anatomiques et physiologiques de Gall. Journal Hebdomadaire de Médecine, l, 138-161. 5 Broussais, F.-J.-V. (1828). De l'irritation et de lafolie. ouvrage dans lequel les rapports du physique et du moral sont établis sur les bases de la médecine physiologique. Paris: Delaunay. (591 pages) Cet ouvrage n'a pas encore été réédité, seule est disponible la seconde édition (en deux volumes) corrigée et considérablement augmentée (publiée chez Fayard en 1986 à Paris en un volume).

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doctrine physiologique, et ralliée au phénomène de l'irritation (pp. 331533). Broussais aborde la première partie de son ouvrage en définissant d'abord le concept d'irritation (partie I, chap. l, pp. 1-5) qui exprime la faculté que les tissus possèdent de se mouvoir par le contact d'un corps étranger. Les irritants sont des « modificateurs qui exaltent l'irritabilité ou la sensibilité des tissus vivants, et qui élèvent ces phénomènes au-dessus du degré normal» (p. 1). Lorsque l'homme a conscience des mouvements excités par les modificateurs6, on dit qu'il en a senti l'impression. La sensibilité appartient donc au moi, et l'irritabilité, à toutes les fibres du corps de l'homme. « Une partie affectée par les corps étrangers peut éprouver des mouvements sans que le moi en ait conscience; il n'y a qu'irritabilité; mais si le moi éprouve une modification qui porte l'homme à dire je sens, il y a irritabilité et sensibilité. La sensibilité est donc la conséquence de l'irritabilité, tandis que l'irritabilité n'est pas celle de la sensibilité (pp. 2-3). » L'irritabilité est commune à tous les êtres vivants mais la sensibilité est une faculté propre à certains animaux qui possèdent un appareil nerveux muni d'un cerveau. C'est dans le chapitre suivant (partie I, chap. II, pp. 6-57) que l'auteur nous donne une histoire de l'irritation depuis Hippocrate. Il souligne que c'est Haller qui détermina par des expériences précises quels sont les tissus irritables. Il expose ensuite les principes de la doctrine physiologique (partie I, chap. III, pp. 58-79) dont l'irritation forme la base. Dans le chapitre quatrième (partie I, chap. IV, pp. 80-118), Broussais examine successivement: 1° les fonctions de l'appareil nerveux chez l'adulte; 2° leur développement depuis l'état d'embryon jusqu'au parfait développement du corps de l'homme; 3° les raisons des prérogatives qui distinguent l'homme entre tous les animaux7. Ces recherches le conduisent à l'examen des propositions fondamentales des psychologistes modernes, qui sont le sujet de l'important cinquième chapitre (partie I, chap. V, pp. 119-198) que nous allons détailler. Après avoir suivi l'homme dans son développement et avoir constaté les inappréciables avantages qu'il doit au perfectionnement graduel de son appareil encéphalique, l'auteur s'occupe de la manière dont il se rend
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Les modificateurs qui mettent en jeu l'irritabilité sont appelés excitants ou stimulants et leur effet excitation ou stimulation (p. 4). C'est dans cette partie que Broussais discute (pp. 108-109) de la proposition de Gall selon laquelle le cervelet est l'organe de la génération.

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compte à lui-même de ses avantages. Les savants se partagent en deux groupes: ceux qui parlent de leurs facultés intellectuelles sans en connaître les organes; ceux qui n'en parlent qu'avec cette connaissance. Il examine dans les sept sections suivantes: 10 Comment l'homme est arrivé à s'abstraire de lui-même, et les fondements de la doctrine des psychologistes. Broussais expose les idées des nouveaux métaphysiciens de l'école éclectique. Pour eux les sciences doivent reposer sur des faits observables; mais il n'est pas de rigueur qu'ils soient tous observés par les sens. Il existe deux espèces d'observation indépendantes l'une de l'autre, celle des naturalistes et celle des philosophes. La première n'admet que l'observation des sens; la seconde est fondée sur l'observation intérieure, et les faits qu'on y découvre sont des faits de conscience. S'ils ne tombent pas sous les sens, ce sont toujours des faits de la plus grande certitude. Puisqu'il y a deux ordres de faits également certains relatifs à l'homme, les physiologistes ne peuvent faire l'histoire de l'homme avec les seuls faits du domaine des sens, et les philosophes avec les seuls faits de conscience: ces deux ordres de faits ne pourront jamais se confondre. Les sens et la conscience n'ont rien de commun que d'être également en rapport avec le principe intelligent. Par conséquent si le physiologiste veut absolument traiter l'esprit, il faudra qu'il abandonne l'investigation qui exige le secours des sens et qu'il se livre, aussi bien que le philosophe, à la méditation dans l'absence de toute impression extérieure, afm de devenir uniquement psychologiste. Broussais souligne que les idéologues n'ont pas réagi face à l'émergence de cette nouvelle doctrine. Comme c'est sous le témoignage de la conscience que les psychologistes se fondent pour élever prétentions, Broussais va examiner ce qu'ils entendent par ce mot. 20 Quelle idée ils se font de la conscience, et si les animaux en sont doués. Les psychologistes entendent par le mot conscience la faculté que l'homme possède d'observer lui-même sa pensée. Tout un ensemble d'actes prouvent incontestablement que les animaux dont l'organisation se rapproche le plus de la nôtre possèdent, jusqu'à un certain point, certaines facultés comme celle d'induction. La conscience humaine développée par les progrès lents et successifs de l'encéphale, fmit par placer l'homme au-dessus de tous les autres animaux. Voyons maintenant comment les psychologistes veulent s'en servir pour construire une science particulière.

IX

3° S'il est possible de faire une science avec les seuls phénomènes de conscience. C'est là que Broussais dévoilera les causes des erreurs commises par eux dans l'interprétation de leurs perceptions intérieures. La conscience est peuplée de matériaux provenant de l'intérieur ou des nerfs viscéraux, y compris ceux du cerveau lui-même, de matériaux provenant de l'extérieur, ou des sens externes. De plus ces matériaux sont associés entre eux, mêlés, confondus. Le psychologiste ne trouvera donc dans sa conscience que des faits mixtes: « c'est donc à tort qu'il prétendra construire avec ces faits l'édifice d'une science particulière, indépendante des faits observés par les sens» (p. 137). Pourtant le psychologiste affirme que son observation intérieure est une chose certaine, parce qu'il n'y a rien au monde de plus certain pour lui que de sentir qu'il sent et qu'il a senti. « Mais de ce qu'il sent qu'un corps est rond et immobile, il ne résulte pas que ce corps est effectivement tel: il peut être carré et paraître rond par le mouvement; et si les sens ne viennent pas lui en donner la certitude, le psychologiste restera toute sa vie dans l'erreur relativement à la forme de ce corps et à une circonstance très importante relative à ce même corps» (p. 138). Pour Broussais, si les psychologistes s'occupent de la nature du principe intelligent, des facultés qu'il possède, de la moralité des actions, la conscience ne peut nous éclairer à ce propos. Les psychologistes pensent que la conscience ne peut être attribuée à l'appareil nerveux. « La conscience n'a rien enseigné de plus aux psychologistes de nos jours (.. .) et ils croient de bonne foi que cette faculté est compétente pour juger seule, sans le secours des sens, de la nature du principe intelligent (pp. 138-139) ». Pour Broussais, l'intelligence travaille sur une foule d'idées acquises par tous les sens. « Les sens peuvent nous tromper sans doute, ainsi que la conscience, mais seuls ils peuvent fournir des idées justes des corps, et la conscience ne nous fournit d'autre fait incontestable, d'autre fait qui puisse se passer de la preuve des sens, que la sensation intérieure (p. 147). » 4° De la nécessité du concours des sens et de la conscience pour la confection d'une science' de l'homme sentant et pensant. Le témoignage de la conscience n'est donc pas équivalent à celui des sens. Les psychologistes nous disent que l'homme sent en lui quelque chose qui est différent de ses membres, de sa chair, de ses sens; c'est ce sentiment intérieur qui l'élève inf'miment au-dessus des animaux. Il n'est pas possible que le principe qui donne à l'homme ces facultés soit le même que celui qui préside à celles des animaux. Ce principe dépend d'une x

cause première qui domine les corps et qui ne peut être confondu avec eux. Il est d'une nature supérieure à celle du système nerveux, et l'on ne P9ut concevoir qu'il se dissolve et se détruise avec lui. Pour les psychologistes, c'est notre sens intérieur qui nous inspire ces idées que nous ne pouvons nous empêcher de regarder comme réelles. Broussais répond qu'il ne pense pas la même chose tout comme l'enfant, l'idiot ou l'homme dépourvu de ses sens. Les psychologistes ne peuvent démontrer la continuelle existence d'un principe différent de la matière nerveuse. « Vous niez que la réflexion soit une opération du cerveau, parce que vous ne voyez pas votre cerveau en action (p. 154»). Or la pensée se développe, s'altère et se détruit avec le cerveau; celui qui perd la tête perd la pensée. « Si vous voulez absolument soutenir l'existence de votre principe, dites que vous le sentez; affIrmez-le d'autorité. Ceux qui le sentiront comme vous répéteront vos assertions; mais n'entreprenez pas de prouver son existence à ceux qui ne le sentiront pas; car vous ne pouvez y procéder sans recourir aux phénomènes sensitifs, et sans vous exposer à la réfutation. Renoncez, par la même raison, à faire une science toute composée de faits de conscience (...) Gardez votre hypothèse du principe intelligent, qui n'est pas de la matière nerveuse, pour mobile secret de vos actions» (pp. 156-157). 5° L'explication des physiologistes sur la cause appréciable des phénomènes intellectuels est une hypothèse équivalente à celle du principe des psychologistes. Les psychologistes distinguent dans les phénomènes de la vie: des faits indépendants du principe intelligent et volontaire, et de la sensibilité (fonctions intérieures de nutrition et de reproduction) ; des faits où ce principe intervient (fonction de relation). C'est le même principe qui sent dans les phénomènes de sensation, qui connaît dans les phénomènes de perceptions des choses extérieures, qui veut dans les phénomènes de l'action volontaire. Sensation, idée, volonté sont les éléments intégrants de tout phénomène de relation; ce sont des faits de conscience qui ne tombent pas sous les sens et qui ne peuvent pas être appris, et qui donc se révèlent eux-mêmes antérieurement à toute recherche. Pour Broussais, il s'agit de l'argument le plus fort que les psychologistes ont employé pour enlever au système nerveux les phénomènes de relation, et les donner à un principe supérieur. Mais selon lui les fonctions de relation et intérieures ne sont pas indépendantes. De plus, l'homme n'a de facultés intellectuelles que parce que ses sensations intérieures se rattachent à quelque partie de son propre corps perceptibles XI

à ses sens. « Parler des facultés réunies de sentir, d'avoir des idées et de vouloir, comme d'un fait unique, purement intérieur, c'est donc parler d'une chose qui n'existe pas (p. 168) (...) Affirmer que la sensation intérieure de son existence, l'idée des choses extérieures, la volonté de s'en approcher ou de les attirer à soi, sont, chez l'homme, des phénomènes antérieurs à toute perception venue par les sens, c'est donc affIrmer une fausseté (p. 169).» Pour Broussais, les facultés se forment, s'établissent chez l'homme par l'exercice simultané du cerveau et des sens; par conséquent elles n'existent pas a priori. 6° En dernière analyse, toutes les objections faites contre le rôle de l'appareil nerveux dans la production des phénomènes intellectuels se réduisent au problème du moi. Selon les psychologistes, celui-ci se pose antérieurement à tout puisqu'il est le mobile unique des recherches que nous pouvons faire pour le connaître. Or, pour Broussais, le moi ne se manifeste que: a) dans un cerveau parfait, bien développé, et dans l'état de veille; b) dans le fait de plusieurs stimulations d'origine intérieure d'abord, et ensuite d'origine extérieure, qui sont parvenues à ce cerveau. La matière nerveuse produit, par son action, tous les phénomènes intellectuels aussi bien chez les animaux que chez l'hommes. 7° Contrairement aux psychologistes qui prennent en considération le témoignage des sens, les métaphysiciens qui se disent rationalistes, théologiens, illuminés, mystiques, partent directement de leur conscience pour arriver à la raison sans rigueur dans leur méthode. Broussais donne la somme de leur doctrine et montre qu'elle n'a rien de commun avec la sienne. Dans le sixième chapitre (partie l, chap. VI, pp. 199-228) l'auteur développe les rapports qui existent entre l'appareil nerveux et les phénomènes instinctifs et intellectuels. Broussais examine successivement: 1° Comment la perception9 cérébrale nous fournit les matériaux de toutes nos opérations instinctives et intellectuelles; 2° Comment les émotions de la sensibilité deviennent les mobiles de nos actes de toute espèce; 3° De quelle manière l'observation, née de la

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Broussais fournit toute une série de réponses aux objections des psychologistes (pp. 177181) 9 Broussais distingue: d'innervation sans conscience; 2° phénomène 1° phénomène d'innervation avec conscience. Ces derniers se subdivisent en (a) perception simple, instinctive, ou intellectuelle; (b) perception avec émotion agréable ou désagréable à l'être sentant (p. 202).

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perception 10 cérébrale, développe nos facultés intellectuelles, et quelles sont ces facultés Il ; 4° Comment la volonté et la liberté se rattachent à cette même perception; 5° Comment les perceptions intellectuelles s'associent aux émotions instinctives, et ce qui constitue les passions; 6° Quelle est la cause de l'erreur des psychologistes concernant les principes d'action de l'homme. Le septième chapitre (partie J, chap. VII, pp. 229262) pose la question de savoir comment les phénomènes instinctifs et intellectuels se rattachent à l'irritation. Après avoir exposé les phénomènes de l'excitation, l'auteur est conduit dans le huitième chapitre (partie J, chap. VIII, pp. 263-330) à rechercher comment cette excitation peut dévier de l'état normal, et constituer un état anormal ou maladif. La seconde partie de l'ouvrage (partie II, pp. 331-533) traite de la foliel2 considérée selon la doctrine physiologique, et ralliée au phénomène de l' irritation. Cet ouvrage était terminé13 lorsque parut L 'histoire de la philosophie du dix-neuvième siècle par Damiron, et que l'on commençait à publier les leçons de Cousin. C'est d'ailleurs un des disciples de Cousin

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Pour Broussais, la perception est le phénomène unique de l'intelligence. Elle se fait dans

le cerveau et elle est une excitation de sa substance. L'idée ne saurait être autre chose. « Les maladies de l'encéphale prouvent tout cela d'une manière invincible; elles fournissent l'expérience directe qui démontre que les mots sensations, perceptions, idées, ne peuvent représenter au physiologiste autre chose que de la matière nerveuse dans certains modes d'excitation: elles mettent ces phénomènes sur la même ligne que la volonté» (p. 214). Il « C'est en sentant et en observant ses propres perceptions que l'homme juge. Quand ses jugements sont aussi rapides que la perception, on les nomme jugements intuitifs, ou par intuition, c'est-à-dire jugements au premier aspect. Lorsqu'il ne porte son jugement qu'après avoir rappelé, par le secours de sa mémoire, plusieurs jugements intuitifs qui sont compris dans des formules ou dans des signes représentatifs d'autres jugements, on les appelle jugements déductifs, ou par déduction; c'est ce qu'on nomme vulgairement le raisonnement. Mais qu'importe les noms; on ne peut jamais y voir, en dernière analyse, d'autre phénomène que la perception de soi percevant. Si I'homme n'avait pas la faculté de rappeler ses perceptions passées par les perceptions actuelles, il serait incapable d'exécuter toutes ces opérations intellectuelles; il ressemblerait à l'idiot: il est même impossible qu'il prête attention à quoi que ce soit, si la perception actuelle ne se prolonge. L'allenlion est donc réellement le premier degré de la mémoire. Cette faculté elle-même est fondée sur ce qu'on nomme la liaison des idées; car la perception actuelle ne pourrait rappeler la perception dont la cause extérieure n'existe plus, ni celle-ci une troisième, si quelque chose ne rattachait ces perceptions les unes aux autres. Enfrn l'imagination n'est qu'une mémoire qui reproduit vivement et abondamment les perceptions, de manière à ce qu'elles forment des combinaisons nouvelles... » (pp. 212-213). 12 La folie est, selon Broussais, la cessation prolongée du mode d'action du cerveau, qui, dans l'état normal, est le régulateur de la conduite des hommes, et auquel tient cette faculté que l'on appelle raison. 13 Voir le supplément ajouté par Broussais à son ouvrage (pp. 534-556).

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qui, dans Le Globe, donnera une série remarquée d'articles14 critiques sur l'ouvrage de Broussais; à ces critiques il faut joindre celles du baron MassiaslS et J. 1. Virey16. Broussais y répondra indirectemene7 dans les colonnes de son journal. Comme le note J.-F. BraunsteinlS (1986), les adversaires spiritualistes de Broussais font prévalo ir l'inexpérience philosophique de l'auteur et insistent sur la question de l'âme et l'unité du moi qui ne peut être considéré comme un simple agrégat de sensations. En somme, c'est la doctrine matérialiste qui est attaquée19, on ne peut se résoudre à considérer que la matière est intelligente. Ce combat contre Broussais est fondamental à une époque où les philosophes spiritualistes sont en train de construire une nouvelle philosophie en opposition, d'une part, avec le sensualisme et, d'autre part, en opposition avec le matérialisme. La psychologie devient une question du plus haut intérêt, si elle est un instrument au service d'une métaphysique chez Cousin, elle est la science fondamentale chez Jouffroy. Mais Broussais avait à combattre

14 Damiron, J. Ph. (1828). Philosophie: De l'irritation et de la folie par F.-J.-V. Broussais. Le Globe, 6, na 74, 9 juillet, pp. 533-536 ; na 83, 9 août, pp. 606-608 ; na 109, 8 novembre, pp. 812-815. Jouffioy participera à sa manière au débat en publiant un essai sur le

matérialisme: Jouffioy, Th. (1828-1829). Du spiritualisme et du matérialisme. Le Globe, 6, 926-929,933-935; 7,3-6. IS Massias, N., baron (1828). Observations sur les attaques dirigées contre le spiritualisme par M le docteur Broussais dans son livre: "De l'irritation et de lafolie". Paris: F. Didot. (38 pages). - Massias, N., baron (1829). Lettre à M le Dr Broussais, sur sa réponse aux observations du Baron Massias. relatives à son livre "De l'irritation et de lafolie". Paris: F. Didot. 16 Virey, 1. J. (1828). Examen de la doctrine médico-philosophique du matérialisme. Revue Médicale. 17 Ces articles ne sont pas signés mais certains chercheurs les ont imputé à l'auteur de l'Irritation et de la Folie: X. (1828). Réponse à un article du Globe (tome VI, n074) sur l'ouvrage du professeur Broussais, intitulé: De l'irritation et de la folie. Annales de la Médecine Physiologique, /4 (juillet), 75-88. - X. (1828). Réponse à un second article du Globe (tome VI, n085) sur l'ouvrage du professeur Broussais, intitulé: De l'irritation et de la folie. Annales de la Médecine Physiologique, /4 (août), 208-219. - X. (1828). Réponse aux observations de M. le Baron Massias sur le livre de l'Irritation. Annales de la Médecine Physiologique, /4, 310-332 ; 467-498. - X. (1828). Quelques mots sur les attaques du livre de l'Irritation et de la Folie, par les kanto-platoniciens du Globe. Annales de la Médecine Physiologique, /4,597-600. - X. (1828). Réponses aux critiques de l'ouvrage du docteur Broussais sur l'Irritation et la Folie (réponses aux observations de Massias). Paris: Delaunay. - X. (1829). Réponse à la lettre de M. le chevalier Virey, sur le Traité de intitulé Examen de la doctrine médicol'Irritation et de la Folie, du P' Broussais, philosophique du matérialisme. Annales de la Médecine Physiologique, 15, 59-77. 18 Braunstein, J.-F. (1986). Broussais et le matérialisme. Médecine et philosophie au XIX' siècle. Paris: Méridiens Klincksieck. 19 Voir à ce propos: Jouffioy, Th. (1828-1829). Du spiritualisme et du matérialisme. Le Globe, 6,926-929,933-935 ; 7,3-6.

XIV

l'éclectisme qui s'était introduit en médecine20 et qui le menaçait: sa réponse fut la publication de cet ouvrage majeur21.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris V - René Descartes Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Cognition et Comportement CNRS - FRE 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

20

Voir Blaud, P. (1830). Traité élémentaire de physiologie philosophique, ou éléments de la science de l'homme, ramenée à ses véritables principes (3 vol.). Paris: J. B. Baillière. L'auteur répond ici au livre de Broussais. Il veut tourner les armes des physiologistes contre les physiologistes eux-mêmes, de montrer la spiritualité de l'homme, de prémunir les élèves contre l'influence du médecin du Val de grâce, et de combler la lacune des traités divers. 21 Si Broussais collaborera assez régulièrement aux publications des phrénologistes, le "Journal de la Société Phrénologique de Paris" jusqu'en 1835 puis "La Phrénologie" jusqu'à sa mort, il permit son officialisation à travers l'enseignement qu'il donna à partir du Il avril 1836. Il popularisa la doctrine de Gall et de Spurzheim tout en y apportant certaines modifications de détails. Pour Broussais, Gall a dissipé le doute qui existait en philosophie et en physiologie sur le siège des facultés intellectuelles de l'homme. La phrénologie lui fournissait un nouveau moyen de lutte contre les philosophes spiritualistes en soulignant l'origine matérielle des processus mentaux. "Votre conscience vous trompe, interrogez vos sens appliqués à l'observation des autres hommes, et ils vous instruiront comme ils m'ont instruit; car moi, parlant au nom des physiologistes, je vous les montre, les pourquoi de ces facultés, et je vous les explique autant qu'il est possible à notre intelligence d'expliquer. Mon explication consiste à vous faire voir les organes qui sont en rapport avec ces différentes facultés; je ne vous les montre pas seulement dans l'homme, je fais plus: je vous les désigne dans toute la nature animale. Tel/es que je lesfais passer sous vos yeux, cesfacultés ne sont pas des êtres imaginaires; ce sont des actions d'organes matériels dont vous pouvez constater l'activité ou le repos" (Cours de Phrénologie, 1836, pp. 76-77). En 1839 paraît la seconde édition posthume refondue de son ouvrage « De l'irritation et de la folie. »

XV

DE L'IMPRIMERIE DE LACHEV ARDIERE
I\UI 1)U

,

COLOMS1~R, N. 50.

DE L'IRRITATION
ET

D.E

LA FOLIE,
OtlVIUG a DANS LEQUEl. SONT ÉTABLIS SUR LES nASES
DE L.A M ÉDE CIN E PUYS

I.ES RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL

IOL 0 G IQ U El

PAR F.-J.-V. BROUSSAIS,
CIIEVU.IU DE LA J,ÉOION ,,'UONNlvn. "":DECIN E>i tHEF. PJ\EMIER l'nOFBSSI!VR A L'UÔI'ITAL MILlTAII18 D'INS1'RIJCTIO:'( liE PARIS, "'""BRB TITVLAlIIE DI! L'ACAD~MlE nOYALE DE M~D.CINB, ETC.

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1828.

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Après beaucoup de vacillations ,dans ,s~mJlr~ che, la médecine suit enfin la seule rOl,lt~qui

puisse la conduire à la vérité, L'observ,atio,!des rapports de r hQmme av.ec Les modifiç~de L'IW1tJ.Wg le$un~ avec Les autres. De toutes parts c~tte qléthode prévaut d,ans les ouvrage$ et 9~~S soit qu'on l'avoue, soltq.l,1'Qn .r~C'est la méthode physip,lone peut être sujvie saDS la pratique, gique, teurs externes, et des organes

fuse d'en convenir. parc~qu'elIe

que l'on étudie ]a vie, qui seule rcnd'le~ organes ainsi modifiables. Toutefois il 1l~ faut p~,s s'y méprendre: ce p'est pas l'abstr,action viq qu'il s'agit d'étudier, mais les organes viva.l,u.

Si l'observateur s'épuise cn méditations s,ur d~$

propriétés, sur des forcesconsidérées indépenda~Ulent d~s Qrganes
QQ

des

corp~d~ l, na..

VI

.

PRÉFACE.

ture qui ont sur eux de l'action,

il manquera

son but, après beaucoup de travail: il ne connaîtra ni les organes, ni les agens; il ne connaîtra que les rèves de son imagination; la tête l'emplie, d'illusions. il aura C'est ainsi que s'é-

garèrent les anciens, comme 011le verra dans cet ouvrage; les modernes n'ont point échappé à. ce piége, et l'on se prepare, d'hui, pontins. Puisque. la véritable observation n1édicale est celle des organes et de leurs 111oclificateurs, c'est une observation de corps, et el1p.ne peut se faire que par l'intermédiaire ~'est au jugement des inductions. des sens: les et si sens doivent donc en fournir les matériaux, qu'il appartient Mais ici se trouve le piége: encore aujourà le tendre sous les pas de nos contem.

d'en tirer les ir.t-

le médecin ne tire pas convenablement d'oll elles découlent, il s'égare

ductions, ou s'il a le malheur d'oublier la source à l'instant est d'autant

.

n1ême et se jette dans la fausse route que nous venons de signalcl'. L'aberration

PRÉFACE.

vij

plus facile aujourd'hui, que cette fausse route est protégée par quelques hommes marquans, par des personnages dont le nom impose 'le respect et semble commander la confiance sous le rapport des doctrines. C'est sous lesauspi~es de ces noms respectables, dont quelques uns sont même chers à la France, que l'éducation par les sens est dépréciée et menacée de tomber dans le discrédit. Mais n'oublions pas une
.

distinction importante, liberté, désintéressement, peuvent commander

tine grande vérité d'apélévation d'âme, ne na-

plication. Si les mots abstraits droits, légalité, que des actions b9Jll1es

et utiles au bien public et à la gloiré'd'une

tion, il n'en est pas ainsi des mots propriété, vitales, forces vitales, nature médicaÛ'ice, spéci.. fiques, contagion ~ et autres pareils qui peignent aussi des abstractions de l'esprit humain, c'est-à-dire parceque rien n'est plus facile que d'en abuser; d'imprimer enleul' nom, atl corps nuisibles à la santé et au bien de la vivant, des modifications

des horn mes' en particuliei',

viij
sopher qui pourrait diplomatiç, sciences, à la médecine;

PRÉFACE.

société tout entière. Telle méthode de philoréussir en politique, en n'est donc pas-toujours applicable et s'il suffit, dans ces deux du beau, du aussi bien que dans les arts, de se

laisser guider par le sentiment

grand, du juste, sans chercher à approfondir COll1ment ces notions nous sont venues, il n'en est pas ainsi ,en médecine, souffrant, quand il :s'agit de de l'homme dicter le régime et le traitement nant la salubrité publique. ration:

ou de j,uger des questions concerCes, questions ne ou dtin~pisur les

peuvent se ;résoudre de sentiment entités force vi,tale, nature, modificateurs cent qp'après produ~t )'idée

ce n'est pas immédiatement

principe, que les

vont agir. Ils ne, les influenavoir frappé les organes ,et si le, mal qu'aura sans les ré..sulapstraite sera désormais au contraire,

le coup, a brisé ces derniers, remède. En politique,

tats d~ l'application dtun fau.x principe peuvent ètre appréciés avant qu'il ait compromis l'exis-

PRÉFACE.

ix

tence du corps social, pal'ceque les nations sont plus robustes que les individus. Il y a et bien quelques victimes, mais leurs souffrances sont aperçues si la presse est respectée, malheurs." La société peut donc se perfectionner l'empirisme, principes: du prince, indépendamment par des premiers les masses peuvent être préservées des mêmès

on peut également la rendre heuau nom de Dieu, au nom au nom des lois ; l'expérience vient

reuse ou malheureuse

ensuite qui détermine lequel de ces trois mo.. biles produit le bien le plus durable, ou le mal le plus facile à corriger. fort peu, en politique, D'ailleurs il importe
\

que l'idée du juste

et

de l'injuste vienne des sens ou d'une révélation intérieure. Il faut que les lois soient bonnes, et l'expérience a bientôt prononcé sur leurs avantout le monde tout le monde est forcé tages et SUI'leurs inconvéniens; peut les constater,

d'en cori venir. Il n'e~ estpas ainsi en médecine tant que le mal que produisent les modificateurs

x
entités maladies;

PJ\ÉFACE.

ennemis de nos organcs peut être attribué aux et la faison, c~est que le médecin empirique ne se corrige pas; l'expérience est perdue pour lui; il se borne à plaindre son malade, et continue, en sécurité de conscience, à frapper d'autres victimes. Bien préciser l'idée de la maladie est donc l'objet/principal du mé. decin, et il ne peut y parvenir sans se rendre compte de la manière dont cette idée s'est formée en lui, c'est-et-dire sans approfondir le
J

sens des mots propriétés vitales, forces vitales

lois vitales, pour connaître ce] ui des n10ts liè-

vres putrides ~ fievres malignes., etc., etc.
Il est donc indispensable que le médecin ait toujours la matière des organes présente à son esprit et qu'il n'oublie jamais que les idées abstraites de la science qu'il cultive lui sont venues par les sens, cipes à priori. I/objet de cet ouvrage est surtout de mettre cette vérité en évidenec, et de préscrrer la et qu'il ne peut, sans danger, procédel' à l'étude de l'homme d'après des pl'in~

rnEFACE.

Xl

.

médecine du mal que peut lui faire llne secte philosophique essentiellement envahissante. De là, pour nous, la nécessité de donner aux jeunes médecins, que de faux systèmes pourraient séduire; une idée de la doctrine chologique déployé, quête. Introduits dans le sentier de l'observation et éclairés sur la napar les i~ées de Descartes sur la méthode, par les conseils' de Bacon, ture de l'instrument çais procédaient grandissement les: qui s'avance sur eux psyéte'ndal'd

et qui se flatte déjà d'une facile con..

qui sert pour cet objet par

les travaux de Locke et de Condillac, les Fraliavec zèle et avec concert à l'ade toutes les connaissances utid'efforts que la doi-

c'est Ù cette unanimité

physique, la chimie, l'histoire naturelle,

vent les progrès qui les àistinguent parmi nous, et qui ont' donné tant d'essor Ù l'industrie: le tour de ]a médecine était arrivé, les études de celte science, de vagues qu'elles avaient toujours été, C0n1H1Cnçaient à rlevenir precises

xij

PUÉFACE.

depuis qu'à la méthode expérimentale du grand Haller eUe ajoutait la comparaison des organes Inalades avec les symptômes, Le professeur et l'étude des Chaussier, par propriétés et des forces vitales, dans les lésions pathologiques. ses excellens tableaux, route de l'observation raissait écarter; dans moins impossible avait si bien tracé la physiologique, qu'il pa-

qu'on eût l'idée de s'en et s'il n'avait entreprise, pas réussi il avait du et qui

Pinel avait tenté l'analyse philosophi-

que des maladies, cette grande

émis quelques

idées que le génie de fécondées,

Bichat avait heureusement lides à la pathologie,

l'avaient mis à même de fournir des bases sopar une véritable ana. en prenant notre langage dans cette tâlyse des tissus constitutifs du corps humain; nous observions tous de concert, de Condillac pour perfectionner scientifique; Tracy nous aidait puissamment nos sens pour guides; nous profitions des avis le judicieux et profond Destutt de

che difficile dont le complément seul peut ~s-

PRÉFACE, sUrer au genre humain la conservation

xlij des

co nnaissances qu'il a eu tant de peine à se procurer; les savantes recherches de Cabanis donnaient à notre patrie une prépondérance losophique qui semblait nous préserver phide

l'invasion des sectes étrangères: la belle doctrine des rapports du physique avec le' moral nous appartenait, autant par son moyen, au moins il qu'à l'Angleterre; cal' notre Cabanis

avait fait un pas au-delà des sens externes; cères sur la pensée,

avait reconnu la puissante influènce des visinfluence dont Épicure sans toutefois physiologique~ avait seul compris l'existence, en avoir fourni la démonstration

D'aussi précieux travaux donnaient à la phy':' siologie et à la médecine le droit exclusif de dicter des lois à l'idéologie, et semblaient éloigner pour jamais la possibilité du renouvellement de l'invasion de notre science par les sys. tèmes éphémères des écoles philosophiqu.es. A peine osait-on croire au retour de ces subtilités scolastiques, et de ces disputes de m.uts qui

XIV

!)R.ÈFACE.

avaient fait pCl'drc tant de temps à nos ancêtres. Hélas! nous étions loin de ]a vérité. Pendant qu'en France nOllS observions les co.rps avec les précautions nécessaires pour nOus préserver des illusions et nous faire une idée juste de leur nature, on défigurait celle de l'homme en Allemagne et en Écosse, sous prétexte de rectifier le système de Locke. Le rectifier était en effet chose nécessaire; mais c'était p~n' les et données de Cabanis qu'il fallait y procéder, tiquité,

non pas en nous faisa.nt rétrograder vers l'ancomme on se l'est proposé par le rapquelque dégoût pel du système de Platon. Les Français témoignaient pour l'obscurité du système de Kant, qui plusieurs fois avait été l'objet de leurs railleries: on entreprit de le naturaliser parmi nous, sous le prétexte spéci,eux de nous faire faire connais,

sance avec le premier -disciple du grand So-

crate, de ce martyr intéressant de ]a liberté de penser, de cet homme que toute la tcrre

.

PRÉFACE.

xv

salue du nom de sage et que l'on a même qualifié de divin. En fallait-il davantage pour exciter la curiosité de notre jeunesse a vide de toute espèce de connaissances! Le platonisme, vingt fois repoussé des écoles, le platonisme, que la France surtout regardait avec dédain, et dont eHe se félicitait de n'avoir point subi le joug, nous est offert comme simple objet de curiosité littéraire: c'était l'appât à la faveur duquel on se proposait de nous détourner de la véritable observation, pou!' nous replonger dans les illusions et les chimères de l'ontologie. La physique, la chimie, l'histoire naturelle, les mathématiques, l'étude de l'histoire, aujourd'hui véritablement philosophique, sont des remparts d'airain que le kanto-platonisme ne pourra jamais renverser. Mais cependant, grâce à la surprise, il fait quelques pas au mi.. lieu de nous; s'il n'entame pas nos rangs, il Y fait quelques brèches. Son premier soin a été d'attaquer Cabanis, cent fois plus redoutable pour lui que ne l'étaient Locke et Condillac;

XVI

.

PRÉFACE.

car, bien que Cabanis soit loin d'êtrf. purgé d'ontologismê, l'avantage il a, sur ses prédécesseurs, au lieu de s'en et, en de d'en appeler à des faits réels que systématique,

tout le monde peut vérifier, tenir à la spéculation contemplant ces faits,

il est impossible

ne pas en découvrir d'autres dont la m éditàtion devient funeste à l'ontologie. Les k antoplatoniciens Ù beaucoup sens, l'ont pressenti, près,
\

et sans savoir, a u moyen des

cc qu'on pouvait trouver

par l'observation

de l'homme

ils ont voulu flétrir d'avance les fruits ce qu'ils s'efforcent à côté et

de cette observation qu'ils ne sauraient empêcher. C'est là précisément d'effectuer aujourd'hui plaçant bien en montrant

au-dessus de l'observation. par

les sens, line prétendue observation qu'ils appellent inté1-ieure, et qui, si nous les en croyons, dépasse la première de toute la hauteur qui sépare le moral du physique, le sacré du profane. Quelques rnots sacramentaux ont été choisis le ciel de.la terre,

PRÉFACE.

xvij

par eux et font déjà fortune: les principaux sont étroit et large, bas et élevé, grand et petit, habilement disposés: tout ce qui, tient à la philosophie. du dix -huitième siècle ~st étroit, bas et petit; tout ce .qui découle du kanto-platonisme est large, élevé et grand. Ils tentent la conquête de notre jeunesse. par l'arme si puissante chez les Français d'autrefois, par le ridicule; ils espèrent qu'ons'empressera de se réfugier dans leurs rangs, pour sè soustraire à des épithètes humiiiantes. : Je ne sais s'ils ont compris que le ridicule change d'objet à mesure que les connaissances se multiplient, et que les mots ne peuvent plus avoir sur nous la même influence que par le passé; mais ce qu'il ya de certain, c'est qu'ils ne s'en tienncntpas à ce moyen. Prenant le ton et le langage des fanatiques de religion, auxquels i1sont la prétention de se substituer, ils insinuent, que dis-je! ils proclamel~t à haute voix qu'on ne peut être homme de bien à moins d'êtl'c de leur parti. Peu s'en faut qu'ils h

xYÎ'ij

PUÉFACE.

ne déclarent dignes du gibet ceux qu 'Hs nommeut les sensualis.tes. Qui pourrait être dupe du soin officieux qu'ils prennent de distinguer un ehx, pour excuser leurs vertus ij l'homme p:Jjté du philosophe, et d'en tirer la p~'étei1dlJe pïenve d'une conviction non avouée en fav.eur des pl'incipes 0p'posés~ ou d'une inconséquence digne de pitié r Habiles à multiplier les appâ ts qu'ils croient devoir offrir à notre jeunesse étont1ée, ils se donn(~nt })our éclectictues, di,re!i oH-disent en effet: apres avoir traité 0 vous qui aspirez 10us les atHres systèrue.s d'exdusifs; et sen:lblent
u

t\ h~vcrHable science, venez chez l1()US~ hâtezvous 'i nQUS vou~ ferons connaître toutes tes do.c~rines, e1nous ,,0l,18. préserverons du malhetl,f de vous laisser séduire pal' aucune d'êlJcs ; cal' il faut que. \'ous s3ehiez que tous les autres philosophes. so;nt des mOllornaniaques qui dél,il'ent sur une seule idée, et qlli vous fe.raient Eh! que] est infailliblement perdre l'espl'it.
I)

donc hml' éclectisrne?

Nous le savons désor-

PRÉFACE.

xix ils

mais;. Hs l'ont déclaré authentiquement: mais à condition

sont placés entre le sensualisme et la.théologie, d'être toujours, et pour prespiritualistes. Sur ce, ils ne sont pas c'est-à':'dire el1 mier titre d'admission,

nous n'avons qu'un mot à leur dire: s'ils sont essentiellement .spiritualistes, éclectiques, systèmes gens dominés qu'en spiritualistes, et ils ne peuvent juger les autres par une idée exclusive. aux sensuaHstes les faits de

Ils empruntent

'sensations" mais ils les expliquent à leur m.anière ; ils prennent la révélation chez les théo"! logiens, mais ils' Ja modifient d'une manière 'qui leur est propre: ce sont de vrais réforma.,. universelle des teul'S dé ,culte, ou, si'l'on veut, des illuminés qui aspirent à( la domination consciences. Exclusifs en fait de spiritualisme, ils fo~t d'ailleurs un ~malgame de dogmes différens.et qu'on a crus jusqu'jci contradictoÏ1'es. 1'e1.est leur éclectisme. Reste à savoir si Iesba;. se;:;en sont solides, et si on les laissera jouir du droit de démonstration et de preuve qu'ils !J.

xx

PllÉFACE,

s'arrogent, et par lequel ils se mettent au-desSUsdes théologiens, dont l'autorité ne repose que sur la foi. C'est une question que 1'011 approfondiradans cet ouvrage, sans toutefois entrer dan.s les discussions théologiques, car on s'est fait un devoir de respecter les croyan~ ces religieuses, dans un ouvrage consacré à la physiologie. et aux faits que' les sens peuvent constater. En' attendant, nous dirons que ce mais la vén'est ni le titre d'éclectique, ni celui de dog~ matique qu'il faut rechereher, rité, par les moyens d'investigation que notre organisation nous fournit. Celui qui constate un fait de haute importance doit se montrer indiffél'ent à la qualification qu'il plaît aux sectaires de lui donner. Le pivot de l'ontologie, soi-disant éclectique, est dans les forces, et nons fer~ns, à cette occasion, quelques réflexions tendant à faire bien comprendre le. sujet que nous traitons. Les kanto-platoniciens de France, affichant

PRÉFACE.

xxi

pour la matière le plus grand mépris, n'ont

d'attention que pour les forces qui l'animent

t

et croient par là se placer fort au-dessus des observateurs de faits. Il faudra décider si le boursouflenlent 'qu'Hs se donnent pour y parvenir les rend en effet plus légers qu'eux, ou ne les fait pas retomber au-dessous. Qu'est-ce en effet qu'une force, en général, car il faut bien s'appesantir sur ceUe question, sinon l'induction tirée, par l'observateur, de quelque chose qui agit sur un corps ou dans un corps;pour lui faire subir des changemens? Un entraînement porte cet observateur à supposer
\

que ce corps est mû par quelque chose qui agit sur lui, comme lui-même a coutume d'agir, en certains cas, sur certains autres corps :nul doute que l'on n'éprouve cet entraÎnement; impossible dcne pas convenir que personne ne peut s'en défendre
j

parcequ'on y 'est forcé

par l'analogie, c'est-à-dire parcequ'on est porté à juger de ce qu'on ne sait pas par ce qu'on croit savoir; mais c'est là et précisément là

xxij

l'RÉFACE.

que s'arrête le fait. L'homme chez qui le jug~~ w~nt l'emporte sur l'imagination, se contient, et gémit d'être forcé de demeurer dans l'ignorance des causes premières. Pour celui-là, le mot force n'est qu'une formule, d'une perception d'un phénomène, le signe' qu'il a reçue à l'occasion et il ne s'en ,sert que pour

er. chercher d'autres que ses sens puissent ég'~lement saisir. Il Il'ep. est pas :iinsi de l'hornl11~ à imâ~

gin,~tipn prédo~inante,

de l'esprit poétiqu.~ ,

du Platon ancien ou moderne: crédule d'abord, mais surtout orgueiUeux et ne pouvant supporter l'idée d'ignorer, il passe du soupçon vague à la conviction personnifie, animé, la plus entière; il fait il: la ~n un plus, .il se hâte de. réaliser l'induction, vivant, comme un homme,

il la fi;lit agir ~omr11e t,Hl ê,tre

:mot; puis il bâtit un roman dont cette induction, devenue f9'rce palpable, ma~e. est le héros, et s'indigne contre. celui qui lui refuse son hom-

PRÉFACE.

xxiij

Voilà le fan~tisme d'opinions;

il diffère en

intensité suivant le caractère d:u.. pers~.'mnage oÙ il se développe.; tuais il est {Qneiè-rerot.'l)t le même: tous les auteurs de ce .ge:pr~, 1$.01t en médecine, leurs, soit en philosophie ,soit :aUont beau proteste.r de leur tolérance,

ils n'cn s.ont pas 'capables ;' Hs ne pea:vent l'être, ils tiennept trop à Ja fiction qui les :,\ si agréabi:ement Qccupés, à leur pl'.osel>oé.. que .le.ut' ,Qq.t ridée ,<i~ inu~it$s, "i~~ut .~jU . . . '. tiq-.n.e, aux efforts incfpyable$ cetités ,des:rapptochemens
.

tablctiuet
,

à l'effet, pout suppodèr
.

., ", " .J ' " n aVOIr reve qua d esc h IIDeres; J1$ par40QJl~n;t

à un confrère

, romancier

comme eux ,quoi..

qu'il ait fait defidole
\

un .po,rtrait différeJ1t (lN
.. ,

leur; mais ils n~ feront jam1lis grâce à 1.'bQnu:~~
"' ~"1 ' RUSe're qUI n en veu;Lc'e~eb rer 8.~un~ Î;eIt ,qyJ. t

passe devant

1e p:a.nthé.Dl1 :d~ l"Qntologi~. 6~ft!J

fléchir le genQu. Ge style ti,g:uré si~d ,.àm$l"y;eillc d'J\liS l~D,6j,. ture$etd~.l1$
.

':lesn,c.tio:J(l~,quj~'Ci);nJ ,(iq.J:,C,ssoft e 4
1 .01 tM )i ~i'\1:,fJ~ J;£I'!J.;t.~,;~~'pt)~;m,~/~,.Â...... . ..J '0: _11 ,r .r .,

Iapoes1e';;~ 'e$.t 'un .

.

,I

xxiv

PRÉFACE.

si l'on veut; mais ce ne devrait pas être le style de la philosophie: il ne lui va nulIement ; l'ex.. périence en a été faité assez souvent depuis PIa. ton. Aussi les jeunes élèves ne peuvent-ils
, , qyec etonnement," et s accusent en secret d un

d'abord y rien comprendre; ils se regardent
défaut d'intelligence. Toutefois,

à .force d'é-

couter ou de lire , il en est qui ,parviennent à se'" figurer les êtres fantastiques, que ce ,style représente. Ceux-là,' qui sont nécessairement d'autant plus fiers' qu'ils de son en petit nombre, tre, et deviennent sublime talent. prennent Je langage du maîadmirateurs

étaient plus humblement

AussitÔt. que ces nouveaux

adeptes sont devenus inintelligibles pour .leurs mnis, que leur conviction est portée au point de les faire sourire de pitié et hausser lesépau.. les au nom' de Locke et de Condillac;
. ,

aussitÔt

que Cabanis Q'est plus à leurs yeux qu'un athéé, fdrtheureux . d'~"oir':échappé au dernier.. sup. pliée; que' VûIta.ire , Rousseau, Montesquieu, nelenr paraissent que de pauvres philosophes;

PRÉFACE.

xxv

que 1esouvr3ges de Volneyles indignent, que la sécheresse de Destutt de Tracy .lesrebute, leur éducation est faite: ils n'ont plus besoin d'étu.. dier, ni même de consulter ces monun1ens de la gloire française, si ce n'est pour les critiquer, cal'ils ne peuvent y rien trouver d'instructif: ils sont au-dessus des législateurs de la pensée et dugo'Ût; ce qu'ils ne peuvent a'pprendre dans les classiques encqre très peu nombreux de leur école, ils sont S'ÙI'Se le trouver dans leur con.. d science, en se recueillant, fermant les yeux, s'éloignant du bruit, et s'écoutant penser. C'est quand ils sont panenus à ce haut degré de perfection que leur visage se compose, que leur front s'élève, que leur expression devient superbe, et qu'ils ont l'intime conviction que leur intelligence est infIniment supérieure à celle des personnes qui leur disent avec un air
de surprise : Je ne vous comp1"ends pas.

Le moment nous semble venu de déchirer le voile qui rend leurs maîtt'es impénétrables: nous espérons divulguer, par cet ouvrage, le secret de

xxvi

PRÉFACE.

leur apparente supériorité, le ri10nde savant.

et la cause de cett~

singulière stupeur qu'ils ont produite dans tout C'est aux médecins que nous allons faire la:. révélation de t'Ous ces mystères, parcequ e c'est leur cause que nous plaidons. Il n'appar tient qu'aux médecins physiolog,istes de déterminer ce. qu'il y a d'appreciable phénomènes dans la causalité des Nous, instinctifs et intellectuels.

disons aux médecins ,car celui qui n'a étudié que la physiologie normale ne possede pas auez de faits pour la solution de ces problèmes: l'homme n'est connu qu'à moitié s'il n'est observé que dans l'état sain; l'état de ulaladie fait aussi bien partie de son existence morale que de son existence physique: étrange'l' aux connaissances teinture superficielle était incapable kanto-platoniciens, il ne faut donc .pas normales et an orqu'il être surpris des rêveries que débite l'ontologiste n1ales, ou qu.i s'est contenté d'en prendre une dans des auteurs de juger. Tel est le cas des et rien ,n'.est plus étrange

PRÉFACJ<:.

xxvij

que la prétention qu'ils' affichent aujourd'hui de donner des lois à notre science, surtout dans le moment où elle subit une révolution orageuse à laquelle ils n'ont encore su rien
comprendre. De toutes parts se trou \-'ela contro-

verse, et ils n'en connaissent pas le vrai motif; la vérité et l'errem', la sincérité e.tla dissimulation

,

le noble désintéressement
,~

et la vile sont

spéculation

qui sait imiter son langage,

aux prises, non dans tout le monde médical, mais au milieu de la capitale de France, dan~ les salons, dans toutes les académies, et les kai1to-platonÏci'ens n'ont aucun moyen de s'y reconnaître. Ils ne savent pas ce qu'est la médecine, 'et ils osent la calomnier et affecter pour elle du mé.pris: ils proclament que la science de l'homme, telle qu'ils la conçoivent ,est la seule qui ,ait de la certitude, que le connaissent sans avoir passé seule.. c'est-à-dire ils ment dix ans de leur vie à étudiel' l'homrnetel les médecins, considéré dans ses organes vivans etlnorts;

croient que l'observation extérieure de l'homme

xxviij

I

PREF ACE,

adulte, parfait et sain, suffit pour expliquer l'homme embryon, enfant, malade, incomplètement développé, mort et soumis à l'analyse anatomique. La première observation est pour eux la seule réelle, parcequ'elle est la leur; rautre n'est qu'hypothétique et vaine, ou, pour le moins, grossière t et faite pour les intel.. Hgences du commun. Il est urgent de leur n10ntrer où se trouve la vérité; il importe SUl.. tout de leur faire comprendre que la conquête de quelques transfuges, de quelques spéculateurs qui leur sacrifient cette science, faute de la bien comprendre, est loin, immensément loin de la conquête de la médecine. Nous ne ferons pas à la jeunesse française l'injure de croire qu'elle puisse être entièrement séduite par le langage ampoulé des kanto.platoniciens. Le fonds de bon sens qui la distin-gue la préservera sans doutc aujourd'hui, comme elle le fit il Y a quelques années. Mais elle peut être étourdie par le cliquetis de mots qui retentit de toutes parts à ses

,
PUEFACE.

xxix

oreilles, et celle des écoles de médecine peut être surprise de voir qu'on parle d'introduire ce stérile jargon dans le sein même de la faculté, pendant qu'on en repousse, avec tant d'opiniâtreté, la méthode claire et féconde de la doctrine physiologique. Nous voulons essayer de leur dé. 'Voilercette énigme, de leur faire bien sentir la dignité de la science qu'ils cultivent, et de prouver définitivement à tous les hommes qui ont consacré les plus bèlles années de leur vie aux études anatomiques, physiologiques et pathologiques, que la science qu'ils ont si laborieusement acquise n'est et n'aurait jamais dû être tributaire de la métaphysique; qu'elle_ne peut rien tirer d'elle, et qu'au lieu d'en recevoir la loi, elle doit seule la lui donner, mais comme à un enfant ingrat qui méconnaît et qui méprise sa mère. C'est d'après cette grande vérité que nous avons df1 rallier les phénomènes instinctifs et intellectuels à l'excitation du système nerveux; ce qui leur donne une place importante parmi

xxx:

PRÉFACE.

les cause~ génératrices de l'irritation. Aussi l1~avons-nous ritation, pas hésité à choisir pour hase de que 110USavions publiédansl'Encyl'ouvrage qu'on va li!'e le cadre de l'article irclopédie progressive, et que Je public avait accueilli avec bienveillance. Mais la théorie de l'ir~ l'itation vient de recevoir ici un développement qui lui était nécessaire et que ne comportah pas le plan de l'ouvrage où nous l'avions déposée; de sorte que c'est vraiment un nou yea u traité de l'irritation
confrèreJO:.

que nous offrons à nos

Comme,

des quatre formes de l'irritation, Je plus considérable, réclamait dé~

la nerveuse est celle qui a l'CÇUdans c.e tra.ité le développement veloppernentque SOll importance

et que DOUSavioDs refusé de lui dODner jusqu'à ce que le temps nous eÙt un peu.' mûri,., nous n'avons .cru pouvoir mieux faire que'd'y joindre, à titre de preuve, la description.. d'une Inaladie correspondante. Nous avons choisi la de l'il"l'ifolie, comme celle où le phénomène

puÉrACE.

xxxj

talion nerveuse joue le rôle le 'plus considérable: ce sujet nous convenait d'autant mieux: qu'il prête une nouvelJe force aux argumens que nous opposons aux prétentions que les aliénations ambitieuses des psychologistes. Il était temps d'ailleurs mentales fussen t définitivement ralliées à la méthode physiologique. Enfin nous avons eu pour but, dans cet OLlvrage, de dévoiler le mystère à la faveUl\ duquel le mauvais goOf t:qenace de se répandre dans la sL'Îence de l'homme physique et mol'al; de contribuer, par ul11)ouvel effort, aux et de progrès de la médecine physiologique,

signaler les causes qui les empêchent d'être en. core plus rapides qu'ils ne sont; enfin, de préserver d'un asservissement honteux une science que nous chérissons, et à la gloire de laquelle nous avons déjà consacré plus de la moitié de notre vie; Il fallait des motifs aussi puissans pour nou~ forcer à interrompre la troisième édition de médicales que nous l'Examen des doctrines

xxxij

PRÉFACE.

avions mise sous presse et que nous rougissons de faire attendre si long-temps; mais ce travail va être repris avec une uouvelle acti vité.

~

DE J~'IRRITArrIO'\N
ET

DE LA F()I~IE.
""",,"' "............ '""""'1""'

PHEMIÈRE
~~iiI

PARTIE.

nE ,L'IRRITATION CONSIDÉRÉE D'ANS SON APPLICATION . , A LA SANTE ET A LA MALADIE.
~"'"

CHAPITRE

PREMIER.

IDÉE DE L'lRRITUlON.

Le n10t irritation l'eprésente aux médecins l'action des irritans, ou l'état des parties vi.:.. vantes irritées. On appelle irritans tous les modificateurs de notre économie qni exaltent l'irritabilité on la sensibilité des tissus vivans, et qui élèvent ces phénomènes au-dessus du d"egré normal. Le mot irritation est applicable à tous les corps vivans, puisque tous sont doués de l'irritabilité ;mais on ne s'en sert dans le langage médical que pour désigne l'l'exaltation anormale de cette propriété vitale, ou celle de Ja scnsi1

2

DE L'IRnITATION.

bilité, chez les animaux les plus élevés dans l'échelle zoologique. Notre intention est de ne considerer ici l'irritation que chez l'homme, laissant à d'autres le soin d'en faire l'application à l'art vétérinaire. Dire que l'homme est susceptible d'irritation, c'est sans doute dire qu'il est irritable; mais l'irritabilité, dont tous ses tissus sont doués, ne se prend pas dans le sens pathologique ou mor~ide~ On exprime par ce mot la faculté que ces tissus possèdent de se mouvoir par le contact d'un corps étranger, ce qui fait dire que les tissus ont senti ce contact. Haller n'attribuait cette propriété qu'aux muscles; mais on convient aujourd'hui qu'elle est commune à tous les tissus. T..orsque I'homme. a la conscience des mOUvemel?s excités par les corps étrangers, que nous appellerons souvent modifIcateurs, on dit qu'il a senti l'impression de ces corps, et l'on donne à la faculté qu'il a de les sentir le nom de sensibilité. La sensibilité appartient donc au moi, et l'irritabilité, à toutes les fibres qu corps de r110mme. Une partie affectée par les corps étrangers peut éprouver des mouvemens sans que le moi en ait la conscience; il n'y a là qu'irritabilité; mais si le moi éprouve

une modification qui porte l'homme à dire je

DE L IRRITATION.

,

5

sens~ il Y a irrit~bilité et s.ensibililé. L,a ,~~Hs~-::
bilité est donc la conséqu~nce de l'ir~ita~i1ité.~ tandis que l'irritabilité n'~~t pas c~~ly~e l~ ~ensibilité; en d'autres termes, .il faut être irritahIc avant ~rêtl;e sensible: r eU)bryon I?'~~t pas, encol'~ se~sible, il n'est qu,'irf:itabl~ ; l'~pop~ec" tique n'e~t plus s~nsi~I~, ~~is il e~t en,~~~~i.r~ dtable. On,voit que l'irritabilité ,C$t ~q!p,~un~ à tous les êtres ViV:U1Sj, depu~s, le végétal ju~q~'* l'homJJ).c, et qu'~lle ~~t continl~e; tanÇlis que la sensibilité e~t up~ ~a9;uM~ ,propre à ce.rtain~ allimaux, qu'elle n'est pascontin~e, et qu~elle ne se manifeste que sous des condition~ déte~minées. Ces cond~ti?ns sont re~isW,~),c~; 'un d
, " ", , ,', ,.. ..., ". ,'.

appareil

nerveux ~ m~ni (l'qp centre ~

.

<1,,'~~~~~r

dire d'un cerveau, et un état . particulier ~e çct .'". - ' appareH; car il n'est. . pas tQ,ujoQ:rs. ., ~,don-. ,apt~ . . .' .', , . <,:" ,,' . ~,
ner à 1'anirn~l I~ con~,ç~ep:c~ .~,~s m9.U~e[Il;en~ qU,i se passent dans se~,)i~~ll~. J~'ÇlpOpl~C~i,9P~
et l'embryol1 en, sop~ l,a.e~eu~~., ,,',. ") ',\ '
".

lant s~n~ que rapi~fr ~,~ ~ût la conscie.I1Ce. Qn av~: d:ésigné ,cetfe"prétendue propriét~ par l~ mo~. d~' sçl1sibÙÙé. organiq~~'r p~r~e~~'eÜe e,~~ t~llementinhérel1te a~x organe~, qu'.o.n p.~ut fohs.ervel' chez ceux qui sont séparés de l'en1.

, qn, avait, ,çrigé en p'r~pri~té, l~ f~,çul\~é..9~!~'; :,~ ~bre ., possède de sentir ,- nIl~prçs~,ion.d),ln sth;n,u~c l, .', ',..' ',,"
"',, '.. t"

4

DE t'IRRITATION.

stimble': "mais comme le mouvement de la fibre ~timulée est le s"eulphénor.oène apparent; comme il 'est "impossible d'isoler le sentir' du se ;ino~voir; comme le mot sentir n'a point ici d'autre sens que les rn6t~ se mouvoir ; comÙle lèmot séniir pou!rait,,~ d'après les mêmes prin~ cipes', être appliqué nux cor'ps inertes, puisque rienn~értJpêéherait de' dire: qu'une bille qui se me"ut "a seriti' le; coritàct"de lâ bille qui l'a frap~ pée, bette sensibiHtë'drgànique est une abstractiOllsuperflue:'qull1({g:autait être admise dans . la "la'1)'g:u~e sévèl'é"' '(ltilne physiologie philosophique~ ", L'es'~roodificateurs qui mettent en jeu l'irrit~bÜiié sont appelés excitans ou stimulans, et Îeùr eftet excitation ou stimulation. L'excitation, consid"érée 'd'ùne ma11ière générale, abs. trac'don f~ite du lieu <>ù: lle existe et du moe
. " " '"

dificateur qùi la '"provoque,porte aussi le nom d'excitement. Enfin, 16rsque l'excitation ou la stim;*latio~ sdttéht' dèg limites de rétat normal, é11'ésr~n'tr~nt' d,àil~'ce que :nou5 avàns appelé j
irHtatÎo'Î1 " "et les'â'gè'ris :qui l'ont déterminée

pfe;nnetÙ'la qualification' d'irri'tans."'C'est c~tte iài'tation qui fait' aujourd'hui la base de la"doctdrie' physiologique ;n1ais avant' de la" consi-' dérer sous le l~pport pathologique, et de' nOllS

DE L IRRITATION..

,

5

engager dans la recherche du rÔle qu'elle jOlie dan~ la production, la marche et le traitement des ma]adies, il est utile de jeter un coup d'œil sur les fastes de la science, afin de voir par quelles gradations nous sommes arrivés au point

ou nous nous trouvons presentement.

,

,

'ill ill.......

6
~

DE t'IRRITATION.

....,.""""''''''''"''''''''"'---'''''''

''''''''''''-

CHAPITRE
HISTOIRE

II.

DE L'IRRITATION.

Hippocrate n'eut aucune idée de l'irritation. Il admettait un consenSllS entre les organes, mais il l'attribuait à un principe intérieur, ivopp.ov,qu'un médecin moderne a traduit p3r impetum faciens : c'est par cette force occulte qu'il expliquait les phénomènes de la santé et ceux des maladies. Les dogmatiques qui suivirent le père de la médecine reconnaissaient une âme matérielle, éthérée ou ignée, en un mot, formée de ce qu'il y a de plus subtil dans la matière, et la faisaient présider à tous les actes vitaux. Cette âme mortelle a long-temps subsisté dans les écoles, tantôt seule, et tantôt subordonnée à une âme immatérielle et impérissable. Mais on n'avait aucune idée de l'irritabilité inhérente aux tissus vivans. La théorie du strictum et du laxum de Thé. mison, développée par Thessalus, n'est point non plus celle de l'irritation. Il s'agissait de la faciJité ou de la difficulté que les atomes éprou-

DE L'IRIUTATION.

7

vaient à pénétrer dans les pores qui leur étaient appropriés; et la thérapeutique qui découlait deces spéculations hypothétiques était absui-de, et n'avait aucun rapport avec les théodeô modernes de l'excitement ct de l'irritation. On se proposait d'ouvrir ou de fermer les pores detout le corps, que l'on se figurait semblables à ceuX de ]a peau sur laquelle On agissait le plus souvent. C'est à quoi l'on travaillait pàr des fl'Îctions exécutées tantôt avec des substances attractives, tantôt avec des astringentes ou répulsivcs , astrictives, etc.; el de vidcl' le corps par des vomitifs, des purgatifs, ]a diête, pour le remplir ensuite en un certain no:ulbre d'heures ou de jours fixés par la règle. Des hommes qui n'avaient aucune idée' de l'all'atomic et du jeu des fonctions, se figuraientqÜ'î1's pouvaient, par cés pra'tiques, déboùclrer tous les canaux du corps, les vider, les débarrassér de la vieille matière, en introduire de nouvelle, qui devait. être plus propre à l'entretien de la santé; c'est ce qü'ils appelaient 1netasyncrise ou recorporalion. Ils se flattaient d'avoir donné, par cettepl'étendùe régénération, plus de force, de souplesse, de perrbéabilité aux canaux vivans; en un mot d.avoir
"

corrigé leur excès de constriction

ou de l'elâ-

8
chcment

,. DB L IRRITATION.

, pour

les placer dans le degré moyen

favorable à la santé et à la longévité. On. voit combien est peu fondée l'assertion de ceux qui voient dans ce système l'origine des doctrines fondees sur le phénomène de l'irritabilité. Galien. développa la théorie élémentaire et humorale dont les germes se trouvent dans les ouvrages attribués à Hippocrate. Il fut le fondateur de l'humorisme. Il établit des forces pour agir sur les élCmens, la terre, l'eau, l'air ou le pneuma, pour les convertir en humeurs, entretenir leur,; mélanges, leurs rapports, les faire servir au maintien de la vie et dirigerl-es efforts conservateurs de la nature dans les maladies. Il se perdit en subtilités sur presque toutes les questions qu'il traita, et n'eut au-

cune idée de l'irritabilité du corps animal.

.

Ce n'est pas dans l'application de la philosophie des Orientaux, de la n1agie et de la cabale, à rart de guérir, qu'il faut chercher l'origine de la dnctrine de l'irritation; on n'y trouve que des ë;tbsurdités qui dégradent l'es-

prit humain.

.

Les Arabes, qui cultivèrent la médecine avec tant d'ardeur avant l'invasion des Turce, Île furent que les copistes ou les' imitateurs de Galien et des anciens Grecs. Ils expliquaient tous

DE L'IRIUTATION.

9

les phénomènes de la vie par des forces occultes qu'ils multiplièrent prodigieusement. Ils furent les fondateurs de la matière médicale, de la chimie; mais ils n'eurent aucune idée de l'irritation. La dissection leur était interdite, et la voie des expériences ne leur était point connue. Ils n'eurent d'autre anatomie que celle d'Aristote, de Gallen, et des médecins de l'école d'Alexandrie. Certes ce n'était pas à de pareilles sources qu'ils pouvaient puiser des notions sur les propriétés vitales du corps humain. On est obligé de franchir tous les siècles de barbarie pour trouver, dans les auteurs, quelques traces fugitives du phénomène qui nous occupe. Après la renaissance des lettres, quelques auteurs, par exemple JérÔme Fracastor ,parlèrent de l'irritation exercée par les humeurs sur les solides; mais ils ne fondèrent point de système sur cet acte vital. Le mot irritation se trouve chez eux comme noyé et perdu dans un déluge d'expressions plus ou moins mauvaises, appartenant aux théories élémentaires et humorales. C'est de l'irritation considérée d'une manière abstraite, et 110n de l'irritation vue dans
. .

telle ou telle partie du corps comme un état de

10

DE L'mRl'l'ATlON.

la matière animale, qu'il est question dans cet auteur. Pendant le COUf;;du 16c sïècle, à l'époque où l'on attaquait de toutes parts la théorie de Galien, un professeur de la Faculté de Montpellier, Joubert, qui le premier se déclara contre l'horreur du vide, se servit de l'irritation pour rendre raison des convulsions, qu'il expliquait par la réaction des solides contre les causes morbifiques. Il attribua aIJssi l'action des médicamens à une impressioh déBagréable faite sur l'estomac, c'est-~-dil'e à une espèce d'irritation. Cependant l'hnmorisme était encore la théorie prédominante: on ne fonda point alors de systeme sur l'irritabilité de la fibre animale. On ëtait même loin de la soupçonner quoiqu'on aperçût le phénomène dans quelques fonctions. Les alchimistes, les fondeurs de métaux, ne s'occupèrent pendant long-temps qu'à inventer des Rpécifiques ou des panacées pour le traitement des maladies. Paracelse, leur coryphée, imagina une espèce d'âme attachée aux orga nes et résidant dans l'estomac: il la qualifia du nom d'archée et la chargea de présid-er a"f.{ fonctions; mais il ne lui donna point pour 111Ïnistre l'irritation, et l'irritabilité ne joue aucun

DE L'IRRITATION.

11

rôle dans S011ridicule galimatias. C'cst pou rtant à l'un des sectateursde la chémiatrie qu'il faut rapporter les premières notions clairem ent exprimées sur l'irritation. Van Helmont admit l'archée de Paracelse, et la fit également résider dans l'estomac. Ce médecin fut le premier qui donna une juste idée de la cause locale de l'inflammation. Il l'attribuait à la colère de l'archée, qui, offensée par la présence des causes morbides, envoie dans les parties un ferment qu'eUe a toujours à sa disposition. C'est ce ferment qui irrite les tissus, qui appelle le sang, et devient ahislla cause prochaine de l'inflammation. L'auteur se servait de l'exemple d'une épine enfoncée dans une partie sensible, afin de donner une idée du mécanisme producteur de l'inflammation. Il attribue à l'inflammation quelques maladies qui j usqu 'alors étaient restées étrangères à ce phénomène, telle est la dysenterie, qu'il plaça le premier au rang des phlegmasies, assurant qu'elle ne diffère de la pleurésie que par le siége qu'elle occupe. Son idée sur le mode de développement de l'inflammation produisit le fameux article A iguillon de l'Encyclopédie, qui est devenu la principale base des travaux modernes sur la vitalité propre à chacun de n05 organes.

J2

DE L IRRITATION.

,

TOlitefois cette idée n'eut pas tout le succès qu'on pourrait s'imaginer; car du système de Descartes naquirent la physiologie c.himique de Sylvius, l'école mécanÏco-mathématiql1e et l'animisn1e de Stahl, qui détournèrent pour quelque temps les médecins de la théorie naissante de l'irritation. Il est vrai que Van Helmont ne plaçait ce phéuomène qu'en seconde ligne, que ses semences et son ferment rappelaient trop les théories humorales, et que son archée tendait manifestement à placer l'âme à la tête de tous les phénomènes physiologiques. Cet auteur peut donc être considéré COUIme le principal fondateur du spiritualisme médical, mais son irritation est trop séparée de la ma.. tière POU1' ouvoir servir de base à une théorie p raisonnable fondée sur l'irdtabilité des tissus vivans. Sylvius de le Boé se servit, à la vérité, du mot irritation pour donner une idée de l'action des humeurs âcres, qu'il faisait résulter des fernlentations, précipitations, distillations, dont le corps hum~in était le siége continuel; mais pour émousser ces âcres il employait des moyens nuisibles, teus plus Oll moins irritans. Âinsi sa théorie ne repose point sur l'irritabilité considérée comme propriété fondamentale du corps

DE t'IRRITATION.

13

et mobile des phénomènes vitaux; l'il'ritaLion ne fut pour lui qu'un accessoire, le plus souvent mal appliqué. On doit en dire autant de ceux de ses sectateul'S qui, de-nlême que Floyer, multiplièrent les âcretés, et leur cherchèrent partout des spécifiques panni les incrassans constamrnent associés à des médicamens irriians. Dans le système de Borelli, l'un des fonda... teurs de l'école mécanique, l'irritation joue un rôle Important: c'est par SOI1Inoyen que le fluide nerveux, innervé dans les muscles par l'action du cerveau, détermine la contraction. L'irritation figure aussi dans la production des lnaladies, pUIsque' le fluide nerveux devenu ~1crepar le vice de l'action sécrétoire des glandes, quoique le sang ne partage pas cet état, excite la fièvre en irritant le cœur. Mais c'est à peu près à cela que se réduisaient alors les explications fondées sur l'irritabilité; car d'ailleurs l'évaluation des forces du cœur, des fibres de l'estomac; les: dissertations SUI'les efforts de trituration, sur la vitesse du sang, slIr le choc 'què les rnolècules font éprouver aux parois des vàÎ'sseaux, sur l'influence que les angles, les
courbures, exercent SUf le COUTSdes fluides,

et atttres rccherches de pareille nuturc, aux-

]

4-

DE L'IRRITATION.

quelles on procédait toujours par lé secours du calcul, absorbaient toute l'attention des méde~ cins, et la détournaient du phénomene principal. C'était l'élasticité considérée d'une manière ITlécanique qui était la propriété fondamentale du corps vivant, et non pas l'irritabilité: ce mot était plutôt employé métaphoriquement,etp0l;lr f;)ire image, qu'au sens littéral, pour donner l'idée du principe d'action. C'est pour cette raison que toutes les explications de cette école étaient tirées de la mécanique; aussi faut~il remarquer que la plupart des médecins qui la composaient étaient empiriques en pathologie et n'appli... quaient le calcul et les données puisées dans la mécanique qu'à l'étude de la physiologic. De là sans doute l'opinion qui règne encore aujourd'hui parmi certains praticiens, qu~ cette science ne peut rendre aucun service à la médecine pratique. ,Cependant quelques médecins pénétrés d,e l'insuffisance des évaluations mécanico~mathématiques pour expliquer les m<?u~emens du sang, les conges:tions, les troubles .des organes sécréteurs, eUrEnt recours à l'irritiltion par laquelle le sang est attiré dans les parties,> ind~~ pendalnment de la force impulsive du cœur; et cette irritation était pour eux un phénomène
. .

DE L'IRRITATION.

15

vital qu'ils ne subordonnaient plus à des fermens analogues à ceux de Van Helmont. Toutelois, malgré ces écbirs de raison et de physio!ogie vitale, l'irritation n'était encore qu'un phénomène accessoire, un phénomène non rncore assez adhérent à la fibre animale pour qu'on se trouvât forcé de le 111ettreen action . . dans tous les phénomènes physiologiques et pathologiques. C'est pour cela que les auteurs qui n'étaient pas mécaniciens en physiologie

étaient toujours humoristes ou empiriques

~

quand il s'agissait des causes et du traitement des maladies. Stahl niait formellement que les parties fussent mises en jeu par les stimulans , et qu'elles se contractassent d'eHes-mêmes sous leur influence. C'était nier le point fondamental de la doctrine de l'irritation. Il ne reconnaissait d'autre puissance active, capable de produire des mouvemens, que l'âme dont il avait emprunté l'idée à T/an lie/mont. C'était l'âme qui percevait les impressions, mais eHe se servait de la to.nicité comme du seul agent c:1pable de produire les mouvemens. Quoique l'idée de faire agir les h10dificateurs immédiatement sur une substance immatérielle, sans tenir compte de l'impression faite sur la matière vivante, et

J.6

DE L'IRRITATION.

de nc faire intervenir celle-ci que pour effectuer 'la réaction de l'être spirituel, paraissf: étrange et contradictoire, cependant 'si l'on étudie le système de ce nlédecin , on reconnaît qu'il doit être favorable aux progrès de la théorie de l'irritation. En effet, il suffisait de placer ce phénomène entre les corps ~mpressionnans et l',lme, comme il l'avait placé sous le nom de tonicité, entre l'action de l'ê1me et les mou. ven1ens, pour s'apercevoir que l'irritation pré. side également, aux phénomènes de la santé et à ceux des maladies. Mais on ne connaissait pas assez la propriété des différens tissus qui composent nos organes et nos appareils, ponl' arriver promptement à ce résultat. Cependant on employait le mot irritation pour donner une idée de la Inanière dont l'âme est affectée par les 1110dificateurs : c'est l'âme, selon les disciples de Stahl, qui est irritée par la lumière qui frappe la rétine, et c'est cHe qui détermine l'occlusion des paupières, la contraction de l'iris. L'un disait que l'âme s'irritait par l'impression des ntatières âcres qui affectent les nerfs (non qui irritent les nerfs) , et qu'elle excite la fIèvre; un autre, Robert Whytt, reconnaissait trois espèces de monvcmens mus, , ,. . . 1 cu I3trfS, l un na t ure. } ,1 autre proc 1 Ult par l 111-

DE L'IRRITATION.

17

fiuence l1crveuse et-. volontaire, le troisième involontaire et produit par l'irritation immédiate. Mais l'âIne ne .cessait jamais d'être en scène: on la considér~it toujours comme la cause des mouvcmens ;.ct, pour expliquer ceux qui se passent dans la fibre musculaire séparée du corps, on soutenait que l'âme était divisible ~ et que sa présence dans chaque portion d'un cœur divisé était la cause des contrac:tions .. , .,

qu'on y remarquait. On employait le même raiso~Hlement pour expliquer la répétition ~es contractions d'u~ cœur arrac~é à un ani~al vivant, lorsqu'on cessait de le piquer. On ne voyait pas de milieu entre le mécanisme et l'animisme :si ce n'était pas mécaniquement que le cœur se mouvait, ce devait êtr~ par l'influence de l'âme. On ne tenait aucun compte de l'irritabilité inhérente à la fibre vivante. Même explication 'pour les irl-itations 'po~tées immédiatement sui- les nerfs, et plus ou moins prolongées après la soustraction des Plodifieateurs. Ce n'était donc point encore là la vél'i-. table théorie de l'irritation. D'autres cependant prétendaient que la volonté agit toujours comme un irritant sur les parties: c'était un pas de plus vers la vérité, mais le système n'était point généralisé. Il ne pouvait pas l'être 2