De la cause du sommeil lucide

Publié par

C'est à José da Faria, connu sous le nom de l'abbé Faria (1756-1819), qu'appartient incontestablement le mérite d'avoir le premier établi la doctrine et la méthode de l'hypnose par suggestion et de l'avoir nettement dégagée des pratiques magiques. L'abbé Faria est en particulier le premier à nier l'existence du fluide magnétique ; à attribuer les phénomènes de somnambulisme à l'impressionnabilité psychique du sujet hypnotisé ; à découvrir le procédé suggestif ou psychique pour provoquer le somnambulisme ; à proposer une théorie psychologique pour expliquer les phénomènes du somnambulisme.
Publié le : vendredi 1 juillet 2005
Lecture(s) : 132
EAN13 : 9782296407138
Nombre de pages : 273
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DE LA CAUSE DU SOMMEIL LUCIDE

www.librairieharmattan.com e-mail: harmattan!@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8876-9 EAN : 9782747588768

ABBÉ FARIA

DE LA CAUSE DU SOMMEIL LUCIDE
OU ÉTUDE DE LA NATURE DE L'HOMME

(1819)
avec une introduction historique de Serge Nicolas

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePo)ytechnÏque 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan ltaüa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

FRANCE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd 'hui la science fondamentale de I'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Ouvrages sur le même thème E. E. AZAM, Hypnotisme double conscience, le cas Félida (1887),2004. Alexandre BERTRAND, Du magnétisme animal en France (1826), 2004. H. BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique (1884), 2004. H. BERNHEIM, De la suggestion et de ses applications (1886),2005. James BRAID, Hypnose ou traité du sommeil nerveux (1843), 2004. J. DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal (1813, 2 vol.), 2004 F. A. MESMER, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal (1779) Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues (1866), 2004 Serge NICOLAS, L'hypnose: Charcot face à Bernheim, 2004. F. J. NOIZET, Mémoire sur le somnambulisme (1820-1854),2005. Dernières parutions A. BINET, L'étude expérimentale de l'intelligence (1903),2004. A. BINET & V. HENRI, la fatigue intellectuelle (1898), 2004. A. BINET, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs (1894) A. BINET, La suggestibilité (1900), 2005. A. BINET, La psychologie du raisonnement (1886),2005. Pierre JANET, La psychanalyse de Freud (1913), 2004. Pierre JANET, Contribution à l'étude des accidents mentaux (1893), 2004. Pierre JANET, Premiers écrits psychologiques (1885-1888), 2005. Pierre JANET, L'amour et la haine (1925),2005. Serge NICOLAS, Théodule Ribot: fondateur de la psychologie, 2005. Serge NICOLAS, Les facultés de l'âme, histoire des systèmes, 2005. Paul BROCA, Ecrits sur l'aphasie (1861-1869),2004. F.J. GALL, Sur les fonctions du cerveau (Vol. 1, 1822), 2004. A. DESTUTT DE TRACY, Projet d'éléments d'idéologie (1801),2005. P. LAROMIGUIÈRE, Leçons de philosophie (1815,1818,2 vol.), 2005. Th. RIBOT, Les maladies de la mémoire (1881),2005. Th. RIBOT, L'hérédité: Étude psychologique (1873), 2005.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
L'Abbé Faria (1756-1819) : Hypnotisme et suggestion

Aujourd'hui encore, l'abbé Faria vit, dans l'imagination populaire, entouré d'une auréole de mystère; il est un de ces rares personnages à être devenu légendaire peu de temps après leur mort. Il a en effet eu la gloire d'avoir attiré l'attention d'écrivains illustres. Mais la célébrité du nom de l'abbé Faria est surtout due à Alexandre Dumas père (1802-1870), le romancier et auteur dramatique le plus fécond et le plus populaire de France au cours du XIXe siècle. Elle a commencé avec la publication, entre 1841 et 1845, du Comte de Monte-Cristo, le plus populaire, le plus long et peut-être le meilleur de tous ses romans d'aventures. Tout le monde connaît ce merveilleux ouvrage d'imagination, dans lequel l'abbé Faria est un prisonnier d'État au château d'If depuis 1811. On le croit fou parce qu'il offre au gouvernement des millions, qu'il avait enfouis dans l'île de Monte-Cristo. Il trouve un moyen de communiquer avec Edmond Dantès, le futur comte de Monte-Cristo, qui est également dans la prison, et auquel il donne des leçons de diverses sciences, et en mourant lui lègue des richesses incalculables. L'épisode Faria dans Monte-Cristo n'est pas long, mais il est d'un charme exquis et frappe plus l'imagination et se fixe d'une façon plus indélébile dans la 5

mémoire que tous les autres passages de ce roman. Quand on compare la vie de Faria avec son rôle dans le roman, on s'aperçoit que Dumas était très bien documenté et qu'il est un des rares auteurs, comme le montre Delgadol (1906), qui ait parfaitement compris le vrai caractère de Faria. Lorsqu'il avait choisi son héros, il avait été frappé sans doute, à la fois par son origine, par la part qu'il avait prise à la Révolution française, et par le courage qu'il déploya dans ses conférences en défiant ses contradicteurs; mais aussi par la simplicité de son caractère, sa parfaite bonne foi et son inébranlable croyance dans les vérités chrétiennes, par sa patience à supporter avec dignité son malheur, et, finalement, par ses vastes connaissances philosophiques et historiques. Les origines: Des Indes au Portugal José Custodio da Faria est né à Candolirn, un village de Bardês, à Goa, un comptoir portugais des Indes, le 31 mai 1756. La famille de Faria, chrétienne depuis plus de deux siècles, appartenait à la bourgeoisie de Bardês. Son père, Caetano Victorino de Faria avait fait ses études ecclésiastiques et avait reçu les ordres mineurs. Il renonça à la prêtrise après avoir rencontré une riche héritière du nom de Rosa Maria da Sousa. Mais leur mariage ne fut pas heureux; et la naissance de José Custodio, après sept ans, n'apporta pas la paix désirée. Bien au contraire, la séparation fut décidée par consentement réciproque aux alentours de 1765. Caetano Victorino emmena son fils et reprit la soutane avant d'être ordonné prêtre alors que sa mère devint religieuse à Goa. En 1771, le père prit la décision de partir pour Lisbonne, capitale du Portugal, avec son fils, qui était alors âgé de quinze ans. Ils quittèrent Goa le 21 ou le 22 février, par le bateau S. José, et arrivèrent à Lisbonne le 23 novembre, après un voyage de neuf mois en mer. Arrivé à Lisbonne, le père Faria, avec les lettres de présentation qu'il apportait de Goa, fit la connaissance de quelques personnages de la cour et devint un intime du nonce apostolique, archevêque de Tyr, auquel il présenta un mémoire sur les missions des Indes, copié par le jeune Faria. Le nonce, ayant eu connaissance que le document était écrit par José Custodio, le félicita de son excellente calligraphie. En 1772, les deux Faria partirent pour Rome, via Gênes, munis de lettres de recommandation du nonce à plusieurs
1 Dalgado, D. G. (1906). Mémoire sur la vie de l'abbé de Faria. Paris: H. Jouve. Je me suis beaucoup servi et inspiré de cet ouvrage pour établir cette introduction.

6

personnages de la cité éternelle. Le but du père Faria était d'y acquérir le grade de docteur en théologie avec l'intention d'avancer ainsi dans la carrière ecclésiastique, et de s'occuper de l'instruction de son fils. Le père prit, après quelque temps, le titre qu'il ambitionnait, et retourna à Lisbonne vers 1777, où il fut reçu à la cour. Par contre, José Custodio continua ses études à Rome, comme interne dans le collège de Propaganda Fide jusqu'en 1780, où il obtint son doctorat et fut ordonné prêtre le 12 mars. Dans sa thèse, il défendit les propositions théologiques: De Existentia Dei, Deo uno et Divina Revelatione, et il dédia son travail à la reine D. Maria te et au roi D. Pedro III. Dans sa dédicace il dit que, grâce au roi D. José, il avait pu continuer ses études au collège de Propaganda, et qu'il avait l'intention de lui dédier sa thèse; mais, comme son protecteur était mort, ilIa présentait à sa fille et à son époux, comme hommage et remerciements des bénéfices que son père et lui avaient reçus de leur royal bienfaiteur. Après avoir fini ses études, l'abbé Faria retourna à Lisbonne, où il fut aussi reçu à la cour. Le fait romanesque que son père était un prêtre et sa mère une religieuse causa un certain intérêt, surtout dans une partie du public aristocratique. Convaincu qu'il n'avait aucune chance d'avancement dans la carrière ecclésiastique au Portugal, il prit la résolution de quitter ce pays et de chercher ailleurs un terrain propre à son activité intellectuelle. Il décida de partir pour Paris au printemps de l'année 1788. L'établissement à Paris (1788-1811)

Quand Faria arrive à Paris à la veille de la Révolution de 1789, tout le monde parlait encore du magnétisme animal. Il y avait neuf ans que Franz Anton Mesmer (1734-1815) avait publié son petit mais très célèbre Mémoire qui, avec ses cures miraculeuses, l'avait rendu un des personnages les plus en vue de Paris. Mais sa gloire ne fut pas de longue durée: les Commissions chargées par le Roi, en 1784, de l'examen du magnétisme animal, dans leurs rapports, condamnaient la théorie comme chimère et sa pratique comme contraire aux bonnes mœurs. Mesmer était l'objet de la risée publique et il quitta la ville à la fin de l'année 1784. À la même époque, le marquis de Puységur (1751-1825), faisait la découverte du phénomène du somnambulisme provoqué sur un paysan nommé Victor, et cette découverte causait partout un grand retentissement. On pensait que les somnambules étaient doués d'une 7

clairvoyance telle qu'ils pouvaient dévoiler le présent, le passé et le futur; qu'ils allaient diagnostiquer les maladies et indiquer les remèdes nécessaires non seulement à des personnes présentes mais encore à celles qu'ils n'avaient jamais vues. Nul doute que Faria fut attiré par l'étude du nouveau phénomène, lui qui était « avide de connaissances nouvelles». Mais la première trace qu'on trouve de son existence à Paris est curieusement consignée dans le Registre des dénonciations (1792) de la section du Ponceau, (mieux connue, après 1793, comme celle des Amis de la Patrie), dans les Archives Nationales. Un témoin a déposé, le 4 septembre, que l'abbé Faria, demeurant dans la maison n° 49 rue du Ponceau, était un prêtre réfractaire et incendiaire, tant par ses discours que par les papiers qu'il lisait. Mais, quelles que fussent les opinions de Faria sur la Convention, il dut se tenir tranquille encore pendant trois ans. Le 13 vendémiaire an VI (le 5 octobre 1795) il se mit à la tête d'un des bataillons révolutionnaires de sa section, et prit une part active à la chute de la Convention. Ce qui est certain, c'est qu'à cette époque de sa vie il était, comme tous les autres qui ont pris part à la Révolution, un politicien exalté. S'il est certain que Faria a commencé à étudier le magnétisme depuis son arrivée à Paris, c'est à cette époque qu'il « se fit dans Paris une ressource de la pratique du magnétisme. » Dans la lettre dédicato ire de son livre, il dit au marquis de Chastenet de Puységur : « Je reconnais dans vos sages avis et dans vos bienveillantes instructions le germe de mes méditations. » La première fois que l'on entend parler de Faria comme magnétiseur, dans un ouvrage d'importance, c'est dans les Mémoires de Chateaubriand, publiés après sa mort, en 1843. Le passage qui se rapporte à Faria fut probablement écrit en 1802, ou tout au moins parle d'un fait qui a eu lieu au cours de cette année-là. « Je suis, dit Chateaubriand, un sujet rebelle pour le Swedenborgisme : l'abbé Faria, à un dîner chez ~e de Custine se vanta de tuer un serin en le magnétisant: le serin fut le plus fort, et l'abbé hors de lui fut obligé de quitter la partie, de peur d'être tué par le serin: Chrétien, ma seule présence avait rendu le trépied impuissant. » Si la pratique du magnétisme était alors confondue avec celle de la magie et de la sorcellerie, Faria était tout de même connu au début du XIXe siècle comme magnétiseur dans la haute société de Paris. Il continua ses expériences et sa pratique à Paris jusqu'en 1811, quand il partit pour la province comme professeur de philosophie à l'Académie (Lycée) de Marseille (voir« Almanach Impérial» de 1811, p. 708). Napoélon venait de créer l'Université impériale et les nouveaux 8

Lycées impériaux. Pendant son séjour dans cette ville, il fut même élu « membre de la Société médicale de Marseille. » De Marseille, Faria passa en 1812 à l'Académie de Nîmes comme « professeur suppléant de philosophie. » Insatisfait de sa nouvelle position qui était inférieure à celle de Marseille, il décida de regagner Paris. Retour à Paris: Une époque de célébrité (1813-1819) Faria fut bientôt dégoûté de la province, aussi bien que du professorat officiel. Il retourna à Paris en 1813, et décida de s'étab lir professeur pour son propre compte et d'ouvrir un cours public sur la question du sommeillucide2. Le magnétisme animal en 1813, quand Faria commençe ses conférences publiques à Paris, était sous l'influence de Mesmer. Selon sa théorie, empruntée à Paracelse, il existe un fluide universellement répandu, et c'est dans ce fluide que réside l'harmonie de la santé. Le magnétisme animal est « la propriété du corps qui le rend susceptible de l'influence céleste et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant ». L'action et la vertu du magnétisme peuvent être communiquées par des corps animés à d'autres corps animés ou inanimés, et avec ce fluide on peut provoquer et diriger les crises salutaires, et guérir médiatement les maladies de nerfs, et immédiatement les autres. Puységur, le disciple le plus renommé de Mesmer, considère son « éléctro-magnétisme » et le « magnétisme animal» de Mesmer comme étant semblables à l'électricité animale de Pétetin. « La seule idée, dit-il, presque palpable que nous ayons eue du mouvement de ce fluide jusqu'à présent est celle que l'électricité nous a donnée.3 » Ce fluide existe chez tous les individus, mais ne se sécrète et

2 Les contemporains les plus distingués de Faria (1756-1819), sont: Mesmer, Puységur et Deleuze. Mesmer, 1734-1815, docteur en médecine de l'Université de Vienne, fondateur du mesmérisme et autour du « Mémoire sur la découverte du Magnétisme animal », Genève et Paris, 1779. Ce livre vient d'être réédité chez L'Harmattan à Paris en 2005. Puységur (S. M. G. de Chastenet, marquis de) (1751-1825) général et littérateur français, le plus célèbre disciple de Mesmer et auteur de « Mémoires pour servir à l'histoire du Magnétisme animal », (anonyme) en 2 vol., 1784 et 1785 ; «Du Magnétisme animal », 2 éd. Paris. 1805 et 1820 ; - «Les fous, les insensés, les maniaques et les frénétiques ne seraient-ils que des somnambules désordonnés? » Paris, 1812 ; et de quelques autres publications de moins d'importance. Deleuze (G.-P.-F.) (1753-1845), naturaliste français, bibliothécaire du Muséum d'histoire naturelle, et un des savants les plus estimés de son temps; son « Histoire critique du Magnétisme animal », 2 vol., 2 éd., Paris, 1813 et 1819, est le meilleur ouvrage pour savoir l'exact état du magnétisme animal à cette époque. Ce dernier livre (éd. de 1813) vient d'être réédité chez L'Harmattan à Paris en 2004. 3 Op. ci!., « mémoires », vol. I, p. 8.

-

9

n'en émane que d'après la volonté de celui qui veut en imprégner un autre individu. La base de son système est: « croyez et voulez. » Faria n'adhérait pas à cette idée. Avec la permission du préfet de police, il commença, le Il août, à faire tous les jeudis ses conférences, rue de Clichy n° 49, dans un bâtiment dépendant de l'ancien jardin de Tivoli, et appartenant à M. Butet de la Sarte, un instituteur. Le prix d'entrée était de cinq francs pour chaque séance. Ces conférences attiraient dans son salon la meilleure société de la ville; elles étaient fréquentées, chaque semaine, par une centaine de personnes dont la majorité se composait de dames élégantes, qui venaient pour s'amuser et pour chercher de nouvelles sensations; la minorité de l'assistance était des hommes, dont les uns venaient pour s'instruire et pour admirer la science du professeur, et les autres pour se moquer de lui et faire de piquantes critiques dans leurs gazettes. D'après Dalgado (1906), Faria faisait son entrée dans le salon de conférences, accompagné d'une espèce de gouvernante et de deux ou trois personnes habituées, sur lesquelles il provoquait le sommeil lucide et faisait ses expériences. Il prenait place sur l'estrade et commençait la séance par la lecture de son manuscrit, d'une manière si obscure et dans un langage si confus que presque personne ne le comprenait. En outre de ses explications métaphysiques, il insistait sur ce point que dans les faits qu'il produisait rien ne venait de lui-même, mais tout dépendait seulement et uniquement de l'organisme et de la susceptibilité du sujet sur lequel il opérait; il niait, de toutes ses forces, tout fluide magnétique quelconque, et démontrait l'absurdité de la volonté externe et de l'imagination comme causes des phénomènes du somnambulisme, et finalement il affirmait à ses auditeurs qu'il n'y avait ni magie ni sorcellerie dans ses procédés et que tous les phénomènes dépendaient de causes naturelles. Après ces explications, qui duraient une heure, il continuait par des expériences sur les personnes qui l'accompagnaient. Il les faisait endormir, par la « parole» ou par la « suggestion» ; il les paralysait et les déparalysait ; il leur causait diverses sensations agréables ou désagréables, il leur donnait de l'eau simple qu'il changeait soit en vin, soit en vinaigre; il rendait un membre parfaitement insensible et il faisait plusieurs autres expériences scientifiques et thérapeutiques très remarquables. Ensuite il tentait les mêmes expériences sur huit ou dix personnes de l'assemblée. Après les avoir fait asseoir commodément, il leur disait de fermer les yeux et de penser au sommeil, puis soudainement 10

il leur commandait: « Dormez », et « trois fois sur cinq », il réussissait à les hypnotiser en moins d'une minute. Ces expériences, les premières de ce genre, marquent une époque dans l'histoire de l'hypnotisme. Parmi les personnes qui ont assisté aux conférences de Faria pour s'instruire et pour admirer sa science, celui qui a laissé une description juste et exacte d'une des séances, est le jeune officier (devenu plus tard général) François-Joseph Noizet (1792-1885). Voici ce qu'il écrit en 1820 : « Il se trouvait à Paris, il y a peu d'années, un homme qui faisait publiquement l'expérience du somnambulisme que je viens de citer. Chaque jour il réunissait chez lui (en 1815) une soixantaine de personnes, et il était rare que sur ce nombre il ne s'en trouvât pas cinq ou six qui fussent susceptibles d'entrer en somnambulisme. Il ne manquait pas de déclarer hautement qu'il ne possédait aucun secret, aucune puissance extraordinaire, enfin qu'il n'obtenait rien que par la volonté des personnes sur lesquelles il agissait. Cependant les effets ne s'en produisaient pas moins. Cet homme, doué à bien des égards d'un esprit supérieur, était l'abbé Faria. Tout Paris a pu voir ses expériences. Peu de personnes cependant sont restées convaincues. On l'a flétri du nom de charlatan, et alors tout a été examiné, tout a été dit. Bien des gens ne venaient chez lui qu'une seule fois, persuadés d'avance qu'ils verraient des tours d'adresse, et ils regardaient comme des compères ceux sur qui les expériences réussissaient. S'il arrivait que, dans une société de plusieurs personnes, une d'entre elles éprouvait quelques effets, s'endormait et devenait somnambule, ce résultat étonnait d'abord ceux qui ne pouvaient douter de sa réalité puis, après, l'impression devenait moins forte, et la puissance du mot charlatan était tellement grande que bientôt l'on oubliait tout ce qu'on avait vu et que la personne même qui avait éprouvé ces effets se faisait illusion comme les autres et finissait par croire que rien d'extraordinaire ne s'était passé en elle. »4 De tous les critiques celui qui a donné la description la plus gaie, la plus spirituelle et la plus mordante, est certainement l' « Hermite de la Chaussée-d'Antin », pseudonyme de Victor Joseph-Etienne de Jouy, qui écrivait des feuilletons, sous le titre de « Mœurs parisiennes », dans la Gazette de France. Son article écrit pour ridiculiser l'abbé Faria et ses séances est important, parce qu'en guise de badinage et d'ironie il contient quelques expériences scientifiques que l'on ne trouve pas ailleurs. « Il
4

Noizet, F. 1. (général) (2005). Mémoire (1820-1854). Paris: L'Harmattan.

sur le somnambulisme

et le magnétisme

animal

Il

était naturel, dit Faria, que des rédacteurs de journaux s'occupassent de la critique d'un phénomène qui semble confondre la raison humaine, alors surtout qu'ils manquaient de sujets pour remplir leurs longues feuilles. Mais leur entretien sur mon compte, n'étant surtout qu'un tissu de calomnies et d'insultes, qu'avait-il de commun avec les phénomènes du sommeil lucide ? En lisant parfois quelques-uns de leurs articles qui me concernaient, je crus réellement me trouver parmi des hordes sauvages, plutôt que sur un sol où germe la politesse française. Ils avaient oublié qu'en voulant faire des littérateurs ils avaient pris l'attitude de gladiateurs. La sottise ne mérite pas de réponse. }) Et plus loin il ajoute: « Nous nous attendons à passer pour visionnaire et enthousiaste même dans l'opinion de ceux qui s'occupent du sommeil lucide ,. mais sans nous inquiéter de ce qu'on pourra dire, nous remplirons toujours la tâche d'être véridique, en rapportant fidèlement ce que nous avons provoqué dans les époptes et ce que toute personne qui les soigne peut en obtenir facilement. }) Les critiques et le public en général n'avaient pas tort de condamner les magnétiseurs, parce qu'en dehors des personnes de bonne foi, comme Faria, de Puységur et Deleuze, il y en avait plusieurs autres qui étaient des charlatans effrontés, exploitant sans honte le public. Le feuilleton d'Etienne de Jouy causa une grande commotion dans le camp des magnétiseurs, parce que son auteur, qui avait les fonctions et les émoluments de censeur, ce doyen des critiques de son temps, ce littérateur que l'Académie admit peu après, ridiculisait non seulement l'abbé, mais aussi le magnétisme. Comment se défendre de ses attaques? Faria défendait sa doctrine dans ses conférences, et ne publiait rien; mais les magnétiseurs n'étaient pas du même avis. Comme aucun journal quotidien ne prenait leur défense, une brochure anonyme fut publiée, et cette brochure attribuée à Béale, a cela de curieux qu'en prenant comme texte un passage de la Gazette, du commencement à la fin, elle n'a pas fait mention du nom de Faria. Il est vrai que l'abbé Faria ne défendait pas les vues orthodoxes du fluide magnétique. Nier le fluide magnétique de Mesmer et de ses disciples, Puységur et Deleuze, c'était plus qu'une hérésie. Les Annales du Magnétisme animal par Lausanne et Du Common ne faisaient aucune mention de Faria; tous les magnétiseurs faisaient cause commune avec les antimagnétiseurs, et le traitaient de charlatan. On le laissait se débrouiller de ses difficultés le mieux qu'il pouvait. De plus, comme prêtre, il n'était pas en odeur de sainteté auprès

12

de ses collègues. L'étude du magnétisme était considérée comme antichrétienne et antimorale. Un personnage sien vue ne pouvait échapper, ni au sarcasme du théâtre, ni au crayon du caricaturiste. MmeVictorine Maugirard publiait la Mesméromanie, pour démontrer que: « Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. » Cette pièce n'a pas l'importance de celle qui devait paraître trois ans plus tard; elle ne contient aucune allusion personnelle à Faria quoique quelques critiques aient lié son nom avec elle. Malgré toutes les critiques, malgré tous les sarcasmes et malgré toute la raillerie et la plaisanterie, les conférences de Faria continuèrent à être bien fréquentées jusqu'au milieu de 1816, quand un beau jour il reçut la visite, dans son salon, de M. Potier, un acteur bien connu et de grand mérite, qui exprima le désir de devenir son adepte et disciple. Après avoir capté la confiance du professeur, qui tomba dans le piège comme un enfant, il feignit le sommeil lucide, et puis tout à coup s'écria en s'éveillant: « Eh bien! Monsieur l'abbé, si vous magnétisez tout le monde comme moi, vous ne faites pas grand-chose. » L'affaire s'ébruita, et le pauvre abbé fut considéré plus que jamais comme un grand imposteur, un grand jongleur. Potier fit écrire par Jules Vernet une pièce de théâtre, la Magnétismomanie, se réservant à lui-même le caractère de Faria ou « Soporito ». Le sujet de cette pièce est fort simple, le voici en résumé. Léon, étudiant en médecine est amoureux de Cécile, la fille unique de Soporito, le grand magnétiseur, dont la fortune est fort modeste mais qui jouit d'une réputation colossale. Léon déclare à Soporito qu'il est amoureux de sa fille, et que, s'il refuse de la lui accorder, il va exposer toute l'imposture du somnambulisme. Mais quel que soit le mérite littéraire de la pièce, tous sont unanimement d'accord pour affirmer qu'elle était très bien représentée au théâtre. Potier, surtout, était superbe dans son rôle: costumé en demi-abbé, il imitait, à la perfection, la couleur, la manière d'être, la diction, et tous les menus traits de Faria. La foule, qui avait une certaine crainte de l'abbé, croyant qu'il était doué d'un pouvoir extraordinaire et surnaturel, était ravie de pouvoir profiter de l'occasion de se moquer de lui, de rire à ses dépens; elle courait au théâtre et applaudissait Potier, c'est-à-dire, raillait l'abbé. Le 5 septembre 1816, date de la première représentation de la Magnétismomanie au théâtre des Variétés, est la seconde fois où tout Paris parla de Faria; c'est aussi le commencement de son époque d'amertume. Le général Noizet nous brosse le portrait de Faria à cette époque: «En 1816, dit-il, c'était un 13

grand et beau vieillard, les cheveux noirs à moitié grisonnants, le teint bronzé, la figure allongée, le nez busqué, les yeux grands et brillants, une espèce de belle tête de cheval, comme je me dis alors,. j'appris qu'il était Indien-Portugais ». C'est le Journal des Débats qui fit la meilleure critique du vaudeville et abîma le plus Faria. Il existe beaucoup d'écrits de cette époque, soit en faveur du magnétisme, soit contre lui, qui sont vraiment monotones (Pour la bibliographie, voir « Les Annales du Magnétisme animal », 1814 vol. 1, p. 36 à 48). Faria se réfère à ce vaudeville dans la préface de son livre, de la manière suivante: « Je ne sais pas si l'auteur de la trop célèbre Magnétismomanie avait publié sa production pour exprimer son opinion d'incrédulité, ou pour répondre à l'aiguillon d'une spéculation lucrative. Quoi qu'il en soit, je dois le prévenir ainsi que le directeur et les acteurs, qu'ils sont aussi l'objet de mon travail. Ils ont besoin de savoir que ce qui est intrinsèquement une affaire d'importance, ne peut pas être un sujet d'amusement public... Si mon état ne me l'eût pas défendu, j'aurais même ajouté à la Magnétismomanie une nouvelle scène extrêmement piquante: c'était d'endormir sur la scène même quelqu'un des acteurs, qui, par sa propre expérience, connaissait déjà le poids et la valeur du mot dormez, et d'accompagner ce sommeil d'une violente convulsion, qui l'aurait forcé de se rouler sur la scène en désorienté. » Après juillet 1816, ses séances tombèrent dans le ridicule, qui anéantit tout, surtout à Paris. Dénigré par la presse, hué sur le théâtre, méprisé par ses collègues du magnétisme et par ses collègues ecclésiastiques, il fut obligé de fermer son salon de conférences. Sa recette cessa; il tomba dans l'indigence, et se trouva heureux d'aller cacher sa défaite dans un pensionnat de demoiselles, de leur servir d'aumônier, et de leur dire la messe. Les attaques contre sa doctrine l'obligèrent à écrire son livre: De la Cause du Sommeil lucide. « Sans cet aiguillon, dit-il, qui pique vivement mon honneur, je me serais condamné à me taire sur la cause du sommeil lucide, persuadé que je n'ai rien à enseigner dans une ville oùj'ai tout à apprendre. » Dernier acte: la publication De la cause du sommeil lucide (1819) Faria n'admet la théorie d'aucun de ses contemporains: « Je ne puis pas concevoir, dit-il, comment l'espèce humaine fut assez bizarre pour aller chercher la cause de ce phénomène dans un baquet, dans une 14

volonté externe, dans un fluide magnétique, dans une chaleur animale et dans mille autres extravagances ridicules de ce genre. » (p. 331) Il n'y a rien qui puisse justifier la dénomination de magnétisme animal, pour signifier « l'action d'endormir» (p. 31). Il change, pourtant, les mots magnétisme animal, magnétiseur et magnétisée en concentration, concentrateurs et concentrés, et, de même, somnambule et somnambulisme en épopte et sommeil lucide, pour écarter l'idée du fluide magnétique dans l'hypnotisme. L'ouvrage aborde de nombreux thèmes importants: 1° sur la cause du sommeil lucide, 2° sur les procédés employés pour le provoquer, 3° sur ses symptômes, 4° sur sa nature, et 5° sur la théorie qui explique ses divers phénomènes. La cause du sommeil lucide Le concentrateur ou l'hypnotiseur ne compte pour rien, il ne demande aucun pouvoir spécial pour lui-même; le concentré ou l'hypnotisé est le seul agent actif: « On ne fait pas des époptes toutes les fois qu'on le veut, mais seulement quand on trouve des sujets qui sont déjà des époptes naturels. » Pour démontrer que le concentrateur ne compte que comme cause occasionnelle il dit: « Je montrais dans mes séances même des enfants qui endormaient de grandes personnes à la simp le présentation de la main.5 » D'après Faria, tous les phénomènes du sommeil lucide sont dus à des causes naturelles, ils s'opèrent dans l'esprit du sujet hypnotisé sans aucune influence divine ou maligne: « Rien de ce que développe le sommeil lucide ne sort de la circonscription de la nature» ; et « nous ferons voir qu'il n'y a rien à dépasser les bornes de la raison humaine, et que tout y est concevable, pour peu que l'homme veuille s'adonner de bonne foi à la recherche de la vérité. » Faria « défie tous les magnétiseurs de l'univers d'endormir quelqu'un qui n'a pas des dispositions requises ou des causes prédisposantes »: « La liquidité du sang» et l'impressionnabilité psychique. En confirmation de son idée sur la liquidité du sang, Faria observe: « L'expérience m'a fait voir que l'extraction d'une certaine dose de ce fluide rendait époptes dans vingt-quatre heures ceux qui n'y avaient aucune disposition antérieure», et que « la liquidité dans le sang contribue non seulement à la profondeur au sommeil, mais aussi à sa
5 Braid a confirmé cette expérience vingt-quatre ans après la mort de Faria. Cf. Braid, J. (2004). Hypnose ou traité du sommeil nerveux (1843). Paris: L'Harmattan.

15

promptitude. » Il résulte de toutes ces observations que les personnes qui montrent le plus de susceptibilité pour l'hypnotisme sont les anémiques et les hystériques, ou celles qui sont le plus facilement impressionnables. C'est exactement l'opinion de tous les observateurs modernes. La cause immédiate du sommeil lucide et du sommeil ordinaire, qui sont, d'après Faria, de la même nature, existe dans la concentration des sens de la personne hypnotisée; c'est-à-dire que pour la suggestion il faut du recueillement mental et du calme physique. « On ne s'endort pas tant que l'esprit est occupé, soit par l'agitation du sang, soit par des inquiétudes ou par des soucis. » La suggestion, ou « l'ordre des concentrateurs », n'est donc, d'après Faria, qu'une cause occasionnelle et non efficiente; c'est-à-dire, « une cause qui engage la cause réelle et précise à se mettre en action pour produire l'effet qui lui est propre et naturel, mais qui lui est insuffisante à le produire par elle-même. » Elle forme seulement la base occasionnelle de tous les procédés employés pour causer le sommeil lucide, et de tous les phénomènes observés pendant cette condition. La concentration occasionnelle, ou le sommeil lucide provoqué « est une abstraction des sens provoquée au gré et à volonté, avec la restriction de la liberté interne, mais en raison d'un motif fourni par une influence externe », c'est-à-dire, par la suggestion. Faria est le premier à étudier la suggestion 6 en hypnotisme d'une manière vraiment originale. « Les époptes disposent à l'ordre des concentrateurs de tous les organes externes ou internes au gré de leurs désirs, de sorte que ceux-ci les assujettissent à recevoir les impressions voulues, indépendamment de toute action sensible des objets analogues et à exciter dans l'âme les idées correspondantes. » Dans la distraction profonde qui suit la concentration occasionnelle, le concentrateur seul reste présent au souvenir des époptes, c'est-à-dire, les somnambules deviennent « étrangers non seulement à ce qui les entoure mais aussi quelquefois même à leur propre existence. » Ils sont « sourds à toutes voix étrangères », « à moins que quelqu'un ... par la célébrité de son nom et de ses actions dans la carrière du sommeil lucide n'ait frappé leur esprit d'une admiration du moins égale à celle dont ils sont pénétrés pour leurs propres concentrateurs. » Pendant le sommeil lucide les somnambules développent « l'initiation mixte et la lucidité» c'est-à-dire l'exaltation des sens spéciaux et des facultés intellectuelles.

6

Les mots employés par Faria pour indiquer commandement », « la direction» et « l'ordre ». 16

la suggestion

sont « la parole

», « le

Les procédés employés pour provoquer le sommeil lucide Mesmer magnétisait ses malades ou directement par des passes, ou indirectement, soit par son valet-toucheur, soit par son baquet et ses baguettes, soit, finalement, par un arbre qu'il avait magnétisé sur le boulevard Saint-Martin? La base de son système qu'on peut dénommer physique, consiste dans la communication du fluide magnétique aux personnes qui en manquent. C'est le magnétiseur qui dispense ce fluide, de la même manière que le pharmacien les médicaments. Il va sans dire que Mesmer, lui-même, est ce grand dispensateur. Puységur avait abandonné le baquet et les baguettes de son maître, mais il avait entière confiance dans les passes et dans les arbres magnétisés, auxquels il ajoutait un nouvel élément: la volonté externe. Après sa découverte du somnambulisme provoqué, comme l'affluence des malades était énorme, il magnétisa en 1784 un vieil orme dans sa terre de Buzancy, près de Soissons. « Mon arbre, dit-il, est le meilleur baquet possible; il n'y a pas une feuille qui ne communique la santé. Il n'est pas nécessaire que je touche tout le monde: un regard, un geste, ma volonté c'en est assez.8 » Selon lui le magnétisme animal « existe, parce qu'il existe, depuis vingt ans je n'en ai pas appris davantage.9 » Et Deleuze, le disciple le plus distingué de Puységur, considère aussi les arbres magnétisés comme préférables au baquet. Il conseille d'employer au besoin d'abord le magnétisme à grands courants par les passes, et une fois que le rapport entre le magnétiseur et le patient est bien établi, il considère comme inutile l'attouchementlo. Leur méthode est une combinaison du procédé physique, avec la volonté externe. Les procédés employés par Faria pour causer le sommeil lucide sont au nombre de trois. Sa première méthode est tout à fait différente de celle de tous ses contemporains. Après avoir choisi des sujets ayant des dispositions nécessaires, il les place commodément sur un siège, il leur dit de fermer les yeux, de concentrer leur attention et de penser au sommeil. Quand ils sont tranquilles et attendent le commandement, Faria dit: « Dormez», et ils tombent en sommeil lucide. Si la première tentative ne réussit pas, il soumet la personne à une seconde épreuve, et quelquefois même à une
7 Pour les procédés de Mesmer on peut consulter l'article « Mesmérisme» par Dechambre, dans le « Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales », 2e série, t. VII, Paris 1873. 8 Op. cil., « Mémoires », vol. I, p. 33. 9 Op. cil. « Du magnétisme animal », 2e éd. p. XVII. 10Op. cil., vol. I, p. 164. Toutes les citations de Deleuze sont de l'édition de 1813.

17

troisième; après cette dernière, il la déclare incapable d'entrer dans le sommeil lucide. Ce procédé est entièrement suggestif et psychique. C'est le sommeil par suggestion, c'est l'image du sommeil qui est suggérée, qui est insinuée dans le cerveau du patient. Il n'y a aucun doute que Faria soit son fondateur comme méthode. Il est le premier à confesser « qu'on sait que de tout temps les enfants dans les collèges, les soldats dans leurs casernes, les matelots sur leurs vaisseaux, ont fait par 1er leurs camarades ou en touchant une partie quelconque de leur corps, ou en leur adressant simplement la parole. » Mais personne avant lui n'avait pratiqué cette méthode pour provoquer le sommeil lucide. Pour faire cesser le sommeil lucide ou pour déshypnotiser, Faria employait aussi le commandement ou la suggestion verbale; il disait: « Éveillez-vous », et le somnambule s'éveillait. Dans certains cas, il usait aussi des « gestes », ou passait la main devant les yeux des personnes qu'il voulait réveiller. Quand les sujets sont réfractaires à son premier procédé, Faria leur montre à quelque distance sa main ouverte et leur recommande de la regarder fixement; il la rapproche graduellement à quelques doigts de distance de leurs yeux, et les patients ferment les yeux et tombent en sommeil lucide. Ce procédé est semblable à celui de James Braid (17951860), seulement Faria, pour fixer le regard, montre sa main, et Braid son porte-lancette ou un objet brillant quelconque. Dans ce procédé l'élément psychique est combiné avec l'élément sensoriel, et il est indifférent que l'on montre la main ou un objet brillant: le point essentiel est de fixer le regard. « On ne sait pas, dit Faria, de quels moyens se servaient les anciens pour provoquer le sommeil lucide... À regarder la fable du centaure Chiron comme une allégorie qui trace ingénieusement la méthode d'endormir, il paraît que tous les procédés se trouvaient à la seule présentation de la main. » On voit que ce procédé dans son essence est très vieux. Si les deux procédés précédents ne produisaient pas les effets désirés: « Je touche légèrement, dit Faria, les personnes aptes au sommet de la tête, aux deux coins du front, au nez sur la descente de l'os frontal, au diaphragme, au cœur, aux deux genoux et aux deux pieds. L'expérience m'a démontré qu'une légère pression sur ces parties... provoque toujours une concentration suffisante à l'abstraction des sens... Pressées successivement dans les parties... elles ne peuvent se défendre d'éprouver une sensation de frémissement. »

18

Pour Faria, les trois procédés, et même les autres, comme les arbres magnétisés, opèrent seulement par suggestion. Il demande: « Quelle vertu ont donc les attouchements, la présentation et les frictions, avec lesquels les concentrateurs endorment leurs époptes ? » Et répond: « Le sommeil qui se développe chez les époptes à la présentation de la main de leurs concentrateurs, n'est donc aussi qu'un effet de leur concentration occasionnelle. À la vue de cette action, les époptes voient ce qu'on exige d'eux et ils se prêtent aussitôt aux moyens d'y satisfaire, et quelquefois même malgré eux, en raison de la force de la conviction intime. » Et il confIrme ses idées par l'observation suivante: « Nous avons placé des époptes sous des arbres en leur disant qu'ils avaient été touchés ou magnétisés, sans qu'ils l'eussent été, et les époptes ont dormi; et nous les avons placés sous d'autres qui avaient été touchés, sans les avoir prévenus, et ils n'ont pas éprouvé le plus léger symptôme de sommeil. » Les symptômes du sommeil lucide D'après Deleuze, les effets physiques produits par le magnétisme , ., . 11 sont resumes d e 1a manIere sUIvante:« L e somnam bu 1e a Ies yeux fermés et ne voit pas par les yeux, il n'entend point par les oreilles; mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé. Il ne voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport. Il ne voit que ce qu'il regarde, et il ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention. Il est soumis à la volonté de son magnétiseur pour tout ce qui ne peut lui nuire et pour tout ce qui ne contrarie point en lui les idées de justice et de vérité. Il sent la volonté de son magnétiseur. Il aperçoit le fluide magnétique. Il voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps, et celui des autres; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans l'état naturel et qui troublent l'harmonie. Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées pendant la veille. Il a des prévisions et des pressensations qui peuvent être erronées dans plusieurs circonstances, et qui sont limitées dans leur étendue Il s'énonce avec une facilité surprenante. Il n'est point exempt de vanité. Il se perfectionne de lui-même, pendant un certain temps, s'il est conduit avec sagesse. Il s'égare s'il est mal dirigé. Lorsqu'il rentre dans l'état naturel il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il
,
11 Op. cil., p. 175.

19

a eues, dans l'état du somnambulisme, tellement que ces deux états sont aussi étrangers l'un à l'autre, que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux êtres différents. » Et dans une note il ajoute: « Les divers caractères que je viens d'assigner au somnambulisme se trouvent rarement réunis dans un même sujet: le dernier seul est constant et distingue essentiellement le somnambulisme. » Dans la séance VII, Faria décrit les principaux symptômes développés par les procédés externes, qui sont: la transpiration, la palpitation du cœur, des éclats de rire ou des sanglots et des pleurs surtout dans le sexe féminin, une clôture des yeux qui est difficile à régler à volonté, suffocation et provocation au vomissement, malaise, maux de tête et engourdissement. Et dans la séance VIII, il note l'extrême hyperexcitabilité cutano-musculaire pendant le sommeil lucide: « L'extrême sensibilité des époptes dans le sommeil, dit-il, est si exquise que personne ne les touche sans leur causer des crispations et même des convulsions, s'ils ne sont pas prévenus du besoin d'être en contact avec eux. Le concentrateur seul les touche impunément sans les incommoder; mais il lui arrive de leur causer de la surprise, parce qu'il n'est pas toujours présent à leur esprit. » Et un peu plus loin, il ajoute: « La gravité des sensations, que cause la surprise à des impressions même légères, dépend plus souvent du genre de leurs préventions que de la délicatesse de leur sensibilité exquise. S'ils se mettent dans l'esprit qu'on les blesse pendant qu'on ne fait que les toucher légèrement, ou qu'on les touche légèrement pendant qu'on les blesse, ils éprouvent les sensations correspondantes aux préventions et non aux impressions. » La nature du sommeil lucide Puységur considère le somnambulisme comme l'effet de l'électro-magnétisme, résultant de la faculté que le magnétiseur possède « d'accélérer le mouvement tonique des corps de nos semblables.12 » Deleuze pense qu'il y a « une ligne de démarcation bien prononcée entre le sommeil et le somnambulisme, entre les sensations des somnambules et les songes. 13»

12

Op. cil. « Du magnétisme

animal », 2e édit., p. 151.

13 Op. cil., p. 177.

20

Faria est le premier à émettre l'opinion que le sommeil lucide est, avec quelque réserve, de la même nature que le sommeil ordinaire 14: « Toutes les observations déposent jusqu'à l'évidence que le sommeil lucide et le sommeil naturellement profond sont une même chose (...) Celui qui est profond est ce que nous avons appelé le sommeil lucide. » Et plus loin il fait la réserve suivante: « Quoique le sommeil lucide soit aussi une maladie (comme la catalepsie) néanmoins c'est une maladie qui entre dans la catégorie de celles qui sont inséparables de la condition humaine. » Faria admet divers degrés du sommeil lucide 15: « Les nuances sont si nombreuses qu'elles ne pourront jamais être assujetties à des données générales et constantes» ; et « la lucidité est toujours proportionnée dans son intensité à la profondeur du sommeil. » Dans le plus simple, il y a, après le commandement, une espèce de « voile épais» sur l'esprit, « un grand appesantissement sur les paupières 16» et, dans le plus profond, complète l'amnésie au réveil. La théorie du sommeil lucide Mesmer, Puységur et Deleuze expliquent la théorie des phénomènes somnambuliques par le fluide magnétique. Par exemple: « La lumière frappe nos yeux, et les nerfs dont la rétine est tapissée, en propageant jusqu'au cerveau l'ébranlement qu'ils ont reçu, y font naître la sensation de la clarté. Dans l'état de somnambulisme l'impression est communiquée au cerveau par le fluide magnétique. Ce que je dis de la vue peut s'appliquer à l'ouïe.17» Faria est le premier qui formule une théorie psychologique pour expliquer les phénomènes du sommeil lucide, fondée sur les principes généraux de la philosophie scolastique. Voici un résumé de ses idées
14 Quelques décennies plus tard l'opinion de Faria ne sera pas partagée par l'Ecole de la Salpêtrière, qui considère les phénomènes de l'hypnotisme comme le résultat d'un état ~athologique, mais elle forme la base de l'Ecole de Nancy. 5 Liébeault considèrera quelques décennies plus tard l'hypnose comme un état physiologique de la même façon que Faria, et il le divise en sommeil léger et en sommeil profond ou somnambulique, le premier ayant quatre et le second deux degrés. Bernheim observe: « Pour beaucoup de médecins ce sommeil hypnotique constitue un état anormal, anti-physiologique, si ce n'est pathologique; et les phénomènes qui le constituent sont analogues à ceux de I'hystérie; l'hypnotisme serait une névrose provoquée. » Pour lui, « ce qu'on appelle hypnotisme n'est autre chose que la mise en activité d'une propriété normale du cerveau, la suggestion» et il classe l'hypnose en deux groupes principaux: sommeil avec souvenir conservé au réveil, et sommeil avec amnésie au réveil. 16 Noizet, F. 1. (1854). Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal (1820). Paris: Plon, p. 20. Ouvrage réédité chez L'Harmattan en 2005. 17Deleuze, Loc. cit., p. 179. 21

développées dans les séances IX, X et XI : l'homme est composé de deux substances, l'une matérielle et l'autre spirituelle; la dernière, ou l'âme dans son état libre jouit d'une intuition complète, c'est-à-dire, « dévoile le présent, le passé et le futur», elle connaît toutes les vérités; mais quand elle s'unit avec le corps, elle ne peut pas connaître les vérités, sinon par les sens du corps, et partant sa connaissance est bien limitée. Quand une personne entre dans l'état du sommeil lucide, l'âme, pour ainsi dire, se dégage, à divers degrés, mais pas entièrement du corps, et jouit de l'intuition mixte; c'est-à-dire, les idées peuvent être ou vraies ou fausses; elle peut dévoiler aussi, dans certains cas très rares, le passé et le futur, mais ses idées sont toujours sujettes aux erreurs. De la même manière, l'âme, dans son état libre, jouit de la lucidité ou de la faculté de raisonnement parfait, mais, chez l'homme, elle est aussi mixte ou sujette aux erreurs. En un mot, le sommeil lucide place l'homme dans un « état intermédiaire entre l'homme sensitif et le pur esprit. » Faria attachait une grande importance à ces explications; il considérait les hommes de génie comme Socrate et Swedenborg comme des cataleptiques. Il consacre la séance XII à l'examen de l'opinion de ceux qui attribuent les phénomènes du magnétisme à l'imagination, doctrine qu'il condamne comme une « extravagance.I8 » Il insiste sur ce point que l'on garde la mémoire de tout ce qu'on imagine; mais après le sommeil lucide, surtout quand il est profond, on ne garde pas la mémoire de tous les phénomènes dans cette condition, partant, ils ne peuvent pas être dus à l'imagination. « La mémoire peut exister sans l'imagination, mais jamais l'imagination sans la mémoire» ; et un peu plus loin, après avoir fait l'observation que l'imagination est une faculté commune à tout homme, il demande « pourquoi tout homme n'est pas apte à développer les phénomènes du sommeil lucide.» «Il n'est pas plus difficile, dit-il, de sentir que l'empire de l'imagination se borne seulement aux idées connues; et que conséquemment elle ne peut agir sur l'esprit. Toutes les fois donc que les sens et le corps éprouvent des effets réels qui ne tiennent à aucune cause connue, il est toujours certain et démontré que ces résultats proviennent de toute autre source que de l'imagination.» Pour lui, le développement des phénomènes du sommeil lucide se lie « toujours aux causes naturelles, mais plus souvent intellectuelles que sensibles. » Dans la séance XIII, il se demande si la volonté externe peut être la cause du
18 Brown-Séquard et quelques autres auteurs ont attribué à Faria l'opinion est la cause des phénomènes du somnambulisme. que l'imagination

22

sommeil lucide, et répond: « Ce qu'il y a de plus décisif contre les partisans de cette volonté externe, c'est que l'expérience démontre qu'on endort les époptes ou somnambules avec la volonté, sans volonté et même avec une volonté contraire. » Et, finalement, dans la séance XIV, il discute s'il existe un fluide magnétique et, après avoir examiné tous les arguments de Mesmer et de ses disciples, il finit son volume par ces mots: « Je pense qu'il est déjà clair que la supposition d'un fluide magnétique est tout à fait absurde, soit qu'on la considère dans sa nature, soit qu'on la considère dans son application, soit enfin qu'on la considère dans ses résultats. » Les disciples de Faria C'est pendant la publication du premier volume de son ouvrage que Faria succombe à une attaque d'apoplexie foudroyante, le 20 septembre 1819, âgé de 64 ans. Sa mort a été attribuée au chagrin provoqué chez lui par les sarcasmes de la Magnétismomanie. Comme le note Dalgado (1906) Faria est le premier: 10 À nier l'existence du fluide magnétique; 20 À attribuer les phénomènes de somnambulisme à la condition anémique et à l'impressionnabilité psychique du sujet hypnotisé; 30 À découvrir le procédé suggestif ou psychique pour provoquer le somnambulisme; 40 À pratiquer le même procédé suggestif pour faire cesser l'état somnambulique et le dédoublement de la personnalité; 50 À observer et décrire quelques symptômes nouveaux; 60 À soutenir l'opinion que le sommeil ordinaire et le sommeil lucide sont avec quelque réserve, de la même nature; 7° À proposer une théorie psychologique pour expliquer les phénomènes du somnambulisme; 8° À donner des suggestions expérimentales et thérapeutiques d'une manière vraiment extraordinaire. Quand on apprécie les études remarquab les du savant abbé, on ne peut que regretter qu'il n'ait pas vécu assez longtemps pour compléter son ouvrage. Son ouvrage devait être divisé en quatre volumes; un seul a paru un peu après sa mort. La seule critique de cette époque a été faite par le baron Henri de Cuvillers dans ses Archives du Magnétisme animal: « le volume, dit-il, renferme des raisonnements remarquables, et la doctrine n'offense pas autant la raison et le bon sens que le font la plupart des écrits de certains magnétistes. » À côté de faits importants, et d'observations fines et remarquables, on trouve dans son livre quelques 23

opinions qui ne sont pas acceptables; il ne pouvait pas s'affranchir totalement des idées de ses contemporains; mais son étude est assez importante pour le placer parmi les observateurs de premier ordre. Un livre de science, comme celui de Faria, perd ordinairement sa valeur après une vingtaine d'années ou même moins; mais ce qui fait le mérite du sien, c'est que, tout inachevé qu'il est, il a attiré plus d'attention dans le dernier quart du XIXe siècle qu'au moment de sa publication. Les premiers disciples de Faria, et les plus connus, sont le général François-Joseph Noizet (1792-1885) et le docteur Alexandre Bertrand (1795-1830). Quand Faria était abandonné par tout le monde, dit Noizet : « Seul peut-être de tout Paris, je me suis donné la peine d'écouter et d'entendre l'abbé Faria; je me suis convaincu de sa bonne foi, et j'ai reconnu qu'il avait souvent raison. Je n'ai point hésité à admettre une partie de ses idées» ; et c'est Noizet qui a converti Bertrand aux opinions de Faria. Tous les deux niaient l'existence du fluide magnétique, mais le premier attribuait le phénomène du somnambulisme à un « fluide vital» et le second à une forme particulière d'exaltation nerveuse, qu'il désignait sous le nom « d'extase ». Leurs théories sont tout à fait différentes de celle de Faria. L'abbé Faria est le seul et le véritable fondateur de la doctrine de la suggestion; il est le père spirituel de l'Ecole de Nancy. AmbroiseAuguste Liébeault (1823-1904), un des principaux fondateurs de cette école, observe: « Les manifestations des états hypnotiques se présentent sous deux aspects: elles sont d'ordre psychique; les premières sont plus élémentaires, les secondes à peine entrevues, plus relevées. Et ces deux manières d'être du magnétisme M. le Dr Durand (de Gros) les a désignées les unes sous le nom de Braidisme (il serait mieux de dire Fariisme) et les autres sous celui de Mesmérisme, et cela à l'instar de l'électricité statique, et de l'électricité dynamique.19 » Hippolyte Bernheim (1840-1919), professeur à la Faculté de médecine de Nancy et l'auteur le plus autorisé de l'École de Nancy, se réfère plusieurs fois à Faria dans ses diverses publications, commencées en 1883-1884. Nous citerons ici seulement quelques passages de son dernier et plus important ouvrage: « L'abbé Faria, dit-il20, dégagea le premier, en 1889, ce phénomène (du somnambulisme) des langes de la magie et de la chimère qui en obscurcissaient la nature. » « C'est, en réalité, lui qui le premier donna la
19«Journal du Magnétisme », n° 10, mai 1886, p. 99. 20 « Hypnotisme, suggestion, psycho-thérapie », 2e édition, Paris, 1903, pp. 22, 68, 87, 91 et 92. 24

conception nette et vraie des phénomènes de l'hypnotisme, qu'il appelait sommeil lucide. La cause de ce sommeil est, selon lui, dans la volonté du sujet. » « À Faria appartient incontestablement le mérite d'avoir le premier établi la doctrine et la méthode de l'hypnose par suggestion et de l'avoir nettement dégagée des pratiques singulières et inutiles qui cachaient la vérité. Cependant l'abbé Faria ne fit pas école; la vérité nue et simple ne pouvait s'imposer. De nos jours encore, on l'a bafoué du nom d'imposteur. » « Le sujet s'endort (ou est hypnotisé) lorsqu'il sait qu'il doit dormir, lorsqu'il a une sensation qui l'invite au sommeil. C'est sa propre foi, son impressionnabilité psychique qui l'endort. Cette vérité a été nettement établie par l'abbé Faria et surtout par le Dr Liébeault. » « Pour Liébeault, comme pour Faria, la suggestion, c'est-à-dire l'idée introduite dans le cerveau, est, on le voit, la clef de l'hypnose». Nous proposons ici l'ouvrage de Faria dans son édition originale de 1819. Le texte a été soigneusement vérifié à partir du l' exemp laire se trouvant à la Bibliothèque Nationale de France. L'ouvrage de Faria a déjà connu une réédition21 en 1906 avec une préface du Dr Daniel Gelasio Dalgado (1850-1923) mais celle-ci est très mauvaise; tout au long du texte de cette seconde édition on trouve de multiples erreurs avec une ponctuation hasardeuse, des mots manquants ou substitués voire des morceaux de phrases supprimés rendant ainsi le texte souvent incompréhensible. Malheureusement c'est cette réédition de 1906 que l'on trouve sur Gallica. Nous espérons que cette nouvelle édition, conforme à l'originale, rencontre un succès mérité auprès des lecteurs.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale

à l'Université de Paris V - René Descartes.Institut de psychologie.
Laboratoire de Psychologie expérimentale EPHE et CNRS UMR 8581 71, avenue Edouard vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

21

Faria, J. C. abbé de (1906). De la cause du sommeil lucide, ou étude de la nature de
Préface et introduction par le Dr D. G. Dalgado. Paris: Jouve (pp. LXIII, 363, in

l'homme. 16°).

25

DE LA CAUSE

DU SOMMEIL LUCIDE,
OU
ÉTUDE DE LA NATURE DE L'HOMME

PAR L'ABBÉ DE FARIA
BRAMINE, DOCTEUR EN THÉOLOGIE ET EN PHILOSOPHIE, EX-PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE À L'UNIVERSITÉ DE FRANCE, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DE MARSEILLE, ETC., ETC., ETC., ETC.

Connais-toi toi-même.

TOME PREMIER

À PARIS, Chez Mme HORIAC, rue de Clichy, n° 17

NOVEMBRE 1819.

27

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.