//img.uscri.be/pth/9c582ca5f3bf2559cbd6a03aec8cca606c6dc2b0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

De la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier

De
207 pages
Benjamin Constant a été un témoin attentif et passionné de la Révolution française. Il n’a eu de cesse d’en commenter le déroulement, et même de participer à ses débats.
Dans ces textes qui datent de la période du Directoire (incertaine et peu glorieuse, mais politiquement passionnante), Constant se bat sur deux fronts : il défend la société issue de la Révolution en se fondant sur les intérêts que celle-ci a fait naître, mais il se réclame aussi des principes de 1789 pour défendre le régime post-thermidorien, à la fois modéré et révolutionnaire.
Ainsi De la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier (1796) est-il un plaidoyer pour la modération en même temps qu’une apologie du régime républicain issu de la Convention. Ce texte suscita des polémiques auxquelles Constant répond dans Des réactions politiques. Enfin, en 1797, dans Des effets de la Terreur, il défend un régime qui se veut à la fois libéral et révolutionnaire, et montre que la Terreur n’était nullement un moment nécessaire dans la Révolution. Ces deux textes sont aussi reproduits dans cet ouvrage.
Voir plus Voir moins
Extrait de la publication
Extrait de la publication
DE LA FORCE DU GOUVERNEMENT ACTUEL DE LA FRANCE ET DE LA NÉCESSITÉ DE S’Y RALLIER
Extrait de lapublication
Extrait de la publication
Benjamin CONSTANT
DE LA FORCE DU GOUVERNEMENT ACTUEL DE LA FRANCE ET DE LA NÉCESSITÉ DE S’Y RALLIER DES RÉACTIONS POLITIQUES DES EFFETS DE LA TERREUR
Préface et notes de Philippe Raynaud
©Éditions Flammarion, Paris,2013 ISBN :978-2-0813-1604-1
Extrait de lapublication
PRÉFACE
Un des aspects les plus heureux de l’évolution intellec tuelle récente aura sans doute été la redécouverte pro gressive, depuis bientôt dix ans, de l’uvre des grands e libéraux duXIXsiècle français, longtemps négligés au profit des Lumières prérévolutionnaires ou, au contraire, de ceux qui annonçaient le dépassement futur de la société bourgeoise. Or, ce qui fait le prix de leur réflexion, ce ne sont pas tellement les principesécono miqueslibéraux, qui, chez les plus grands, ne constituent nullement un thème central, c’est plutôt leur conscience aiguë des difficultés de lacondition politiquede l’homme moderne, que l’on peut résumer ainsi : le monde issu de la Révolution démocratique revendique l’autonomie des « intérêts » et de la société civile, mais il affirme aussi, à travers le principe de la souveraineté populaire, la trans cendance du pouvoir politique à l’égard des intérêts orga nisés. Le charme propre des uvres qui sont réunies ici naît de ce qu’elles expriment crûment cette position, et que la doctrine de Constant, dont l’objet est de la fonder, ne s’y laisse encore voir qu’in statu nascendi. Dans ces textes qui datent de la période du Directoire (incertaine et peu glorieuse mais politiquement passionnante), Constant se bat pour ainsi dire sur les deux fronts : il défend lasociétéissue de la Révolution en se fondant sur lesintérêtsque celleci a fait naître, mais il se réclame
8
PRÉFACE
aussi desprincipesde 1789 pour défendre lerégimepost thermidorien, qui est à la fois modéré et révolutionnaire. Si on s’en tient au contexte politique, nous avons donc affaire ici à une polémique brillante mais historiquement datée, scandée par les réponses de Joseph de Maistre et, surtout, par celles, spirituelles et vigoureuses, d’un publi ciste de grand talent, le « modéré » de droite Lezay Marnesia. Plus profondément, ce qui naît aussi alors, c’est une attitude d’ensemble à l’égard de la politique moderne, qui reprend aux traditionalistes leur sensibilité au poids de l’histoire concrète, mais qui prétend aussi, tout autant que celle des révolutionnaires, s’appuyer sur desprincipesrationnels : c’est là le principal legs du libé ralisme de Constant, dont les apories sont encore les nôtres.
I. Benjamin Constant, la Révolution et le Directoire Arrivé à Paris avec Madame de Staël le 5 prairial an III (24 mai 1795), juste après la dernière tentative de coup de force des sansculottes, Benjamin Constant a d’emblée été attiré par les modérés de la Convention thermidorienne ; dans l’ensemble, il a soutenu une poli tique de juste milieu, hostile à la fois aux nostalgiques du jacobinisme et aux adeptes de la réaction royaliste. Il faut cependant ajouter que, du fait sans doute de la confusion qui régnait alors, cette position s’est accompa gnée de volteface et de compromis qui ont largement contribué à accréditer l’image de l’« inconstant Benjamin », 1 chère à ses biographes les plus malveillants . Les pre
1. Voir notamment Henri Guillemin,Benjamin Constant musca din, Paris, Gallimard, 1958 ;Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon, Paris, Plon, 1959.
Extrait de lapublication
PRÉFACE
9
1 miers articles de Constant sont un vigoureux plaidoyer 2 contre les décrets des DeuxTiers , qui obligeaient la nation à conserver (plutôt qu’à réélire) la majorité des membres de la Convention dans les futures assemblées représentatives, et qui lui paraissent à la fois attentatoires à la liberté et politiquement inopportuns ; or, très vite, il change d’avis, pour se rallier à l’opinion de ceux qui pensent que les décrets sont justifiés par la nécessité, pour la survie de la République, d’un « centre renforcé, aussi éloigné de la droite monarchiste que de la gauche 3 extrémiste ». Plus tard, effrayé par les succès de la droite aux élections d’avril 1797, il approuve le coup d’État du 18 fructidor, qui n’était pourtant guère conciliable avec 4 les principes libéraux . Ces apparentes inconséquences posent un problème plus profond que les nombreuses variations qui ont accompagné la carrière politique de Benjamin Constant. Quand celuici se rallie au régime de la Charte après avoir rédigé, pendant les CentJours, l’Acte additionnel aux Constitutions de l’empire, on peut à la rigueur répondre à ceux qui l’accusent d’opportunisme que, pour lui, ce qui comptait c’était de défendre lesys tème représentatifet non d’être fidèle à telle ou telle com
1. Voir les trois « Lettres à un député de la Convention », publiées dans lesNouvelles politiques, nationales et étrangèresen juin 1795 (messidor an III) ; reprises in Benjamin Constant,Recueil d’articles 17951817. Introduction, notes et commentaires par Ephraïm Harpaz, Genève, Droz, 1978, pp. 1524. 2. 5 et 13 fructidor an III (23 et 31 août 1795). 3. Ephraïm Harpaz in Benjamin Constant,Recueil d’articles 1795 1817,op. cit., p. 33. 4. Il a justifié le coup d’État dans un discours au Cercle Constitu tionnel du 30 fructidor an V (16 septembre 1797) ; voir Benjamin Constant,Écrits et discours politiques, présentation, notes et commen taires par O. Pozzo di Borgo, Paris, JeanJacques Pauvert, 1964, tome 1, pp. 115128.
10
PRÉFACE
binaison politique particulière ; aussi bien, pour Constant comme pour Madame de Staël la défense de la Charte ne signifiait nullement que l’on devait accepter les principes traditionnels au nom desquels Louis XVIII prétendait l’octroyerau peuple français. Avec les décrets des DeuxTiers ou le coup d’État de fructidor, il semble bien, au contraire, que nous ayons affaire à une violation des principes mêmes du libéralisme tels que Constant les a toujours défendus (la liberté du suffrage, le respect des formes). Audelà du cas de Constant luimême, ce que montrent ces péripéties, c’est d’abord l’attachement des premiers libéraux à la Révolution, qui est souvent sous estimé aujourd’hui, parce que l’on ne voit plus, dans ce qu’ils ont écrit, que la critique de la Terreur. Les libéraux français défendent d’abord, bien sûr, lesrésultatsde la Révolution (l’égalité civile  et les changements provo qués par la vente des biens nationaux), mais, pour la 1 plupart, ils sont aussi attachés à ses principes , et sur tout, même s’ils diffèrent dans leur appréciation de l’Ancien Régime, tous considèrent qu’il appartient à un 2 passé révolu . Cette sensibilité s’exprime avec une vigueur particulière dansDe la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s’y rallier, que Constant publie en 1796 : il ne s’agit pas seulement d’un plaidoyer pour la modération mais bien d’une apologie du régime républicain issu de la Convention, paradoxale
1. Voyez, par exemple, les éloges de la Constituante que fait Tocqueville dans l’Ancien Régime, qui scandalisaient tant son jeune ami Gobineau. 2. Cela est vrai de Chateaubriand luimême, qui s’efforçait pour tant de réconcilier le monde nouveau avec les principes de la légitimité.
Extrait de lapublication