De la guerre prolongée

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Cet ouvrage rassemble une série de conférences faites par le camarade Mao Tsé-Toung à Yenan du 26 mai au 3 juin 1938, devant l'Association pour l'Etude de la Guerre contre les envahisseurs japonais.

Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296281240
Nombre de pages : 182
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MAO TSE..TOUNG
DE LA GUERRE PROLONGEE

EDITIONS

EN LANGUES ETRANGERES PEKIN 1960

Première édition. .... Deuxième édition. . . . (Traduction révisée)

mai 1960 . novembre 1960

NOTE

DE L'EDITEUR

La présente traduction de l'ouvrage De la guerre prolongée est conforme à la deuxième édition chinoise des Œuvres choisies de Mae> Tsé-toung, tome deuxième (Editions du Peuple, août 1952, Pékin). Les notes sont dues à la Commission pour l'Edition des Œuvres choisies de Mao Tsé-toung du Comité central du Parti communiste chinois.

une série de conférences Mao Tsé-toung à Yenan du 26 mai au 3 juin 1938, devant l'Association pour l'Etude de la Guerre contre les envahisseurs japonais. Commission pour l'Edition des Œuvres choisies de Mao Tsé-toung du Comité central du Parti communiste chinois

CET ouvrage lerassemble faites par camarade

COMMENT

SE POSE

LA QUESTION?

1. Nous approchons du 7 >juillet, premier anniversaire du début de la grande Guerre contre les envahisseurs japonais. Voilà donc bientôt un an que toutes les forces de la nation unies, persistant dans la guerre de résistance et maintenant fermement le front uni, se battent contre l'ennemi avec acharnement et héroïsme. C'est là une guerre comme on n'en avait jamais vue dans l'histoire de l'Orient, et une place éminente lui reviendra dans l'histoire de toute l'humanité. Les peuples du monde en suivent le déroulement avec attention. Frappé par les calamités de la guerre, luttant pour l'existence de son pays, chaque Chinois ne cesse d'aspirer au jour de la victoire. Mais, demandet-on, comment cette guerre va-t-elle se dérouler? Pourrons-nous vaincre? Pourrons-nous vaincre rapidement? Beaucoup parlent d'une guerre prolongée, mais on se demande alors pourquoi la guerre serait de caractère prolongé? Comment conduire une guerre prolongée? Beaucoup parlent de la victoire finale, mais on se -demande alors: pourquoi remporteronsnous la victoire- finale, comment remporter cette victoire finale? Plus d'un d'entre nous ne peut encore trouver les réponses à ces questions, c'est même le cas de la majorité. Et voilà qu'apparaissent sur la scène 1

les partisans de la théorie défaitiste de l'asservissement inévitable de la Chine, qui disent: "La Chine sera asservie, la victoire définitive n'est pas pour la Chine". De même que certains de nos amis, par trop impétueux, s'empressent d'annoncer: "La Chine peut remporter la victoire très rapidement et sans grands efforts", Ces opinions sont-elles justes ou non? Nous avons toujours dit que ces opinions étaient fausses. Cependant, la majorité ne comprend pas encore ce que nous disons. Cela s'explique, en partie parce que nous accomplissons un travail de propagande encore insuffisant, et en partie parce que les événements objectifs, au cours de leur développement, n'ont pas encore révélé complètement leurs caractères propres, ne se sont pas encore manifestés tout à fait clairement à nous, et c'est pourquoi les gens ne sont pas encore en mesure de discerner dans leur ensemble les tendances et les perspectives du développement de ces événements et ne sont donc pas en mesure de décider dans quelle direction appliquer leurs efforts et comment agir. Il est plus facile de le faire maintenant. Une expérience de dix mois de guerre de résistance est parfaitement suffisante pour ruiner la théorie dénuée de tout fondement de l'asservissement inéluctable de la Chine et pour convaincre du même coup nos amis par trop impétueux, les partisans de la "'théorie de la victoire rapide. Dans ces circonstances, beaucoup demandent des éclaircissements faisant le point de la situation, d'autant plus que, d'une part, la guerre prolongée suscite l'opposition aussi bien des partisans de 2

la théorie de l'asservissement inéluctable de la Chine que des partisans de la théorie de la victoire rapide, et que, d'autre part, on s'imagine très obscurément ce qu'est la guerre prolongée. Une formule comme: "Depuis l'Incident de Loukeoukiao, quatre cents millions de Chinois déploient tous ensemble leurs efforts et la victoire définitive sera pour la Chine" est largement répandue. Bien entendu, c'est juste, mais il faut donner à cette formule un contenu concret. La possibilité de conduire une guerre opiniâtre contre les envahisseurs japonais et de maintenir fermement le front uni est conditionnée par l'action d'une série de facteurs, qui sont: en Chine, tous les partis et groupements politiques, du Parti communiste jusqu'au Kuomintang; le peuple tout entier, depuis les ouvriers et les paysans jusqu'à la bourgeoisie; toutes les forces armées, depuis les forces armées principales jusqu'aux détachements de partisans; sur l'arène internationale, depuis le pays du socialisme jusqu'à tous les peuples épris de justice; dans le pays agresseur, depuis certaines couches de la population qui interviennent contre la guerre jusqu'aux soldats du front dont l'état d'esprit est pacifiste. Bref, tous ces facteurs, dans telle ou telle mesure, contribuent à soutenir notre Guerre contre les envahisseurs japonais. Toute personne de bonne foi doit les saluer comme elles le méritent. La seule politique pour nous, communistes, c'est, en marchant d'un même pas avec les autres partis et groupements politiques qui sont pour la Guerre contre les envahisseurs japonais et avec tout le peuple,unir 8

toutes nos forces pour remporter la victoire sur les bandits japonais exécrés. Le 1er juillet de cette année, nous célébrerons le XVIIe anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois. Afin que chaque communiste puisse fournir un effort plus grand et plus efficace dans la Guerre contre les envahisseurs japo':' nais, il faut entreprendre également une étude sérieuse de la guerre prolongée. C'est pourquoi je consacre ma conférence à l'étude de la guerre prolongée. Je compte traiter toutes les questions touchant la guerre prolongée, mais je ne pourrai pas le faire, dans tous les détails, car il est impossible de tout dire dans une seule conférence. 2. Toute l'expérience de dix mois de Guerre contre les envahisseurs japonais confirme la fausseté des deux théories que nous analysons ci-dessous: aussi bien la théorie de l'asservissement inévitable de la Chine que celle de sa victoire rapide. La première de ces théories engendre la tendance au compromis, la seconde, la tendance à la sous-estimation des forces de l'ennemi. Les partisans de ces théories abordent la question d'une façon subjective, unilatérale, en un mot, antiscientifique. 3. Avant la guerre de résistance, il existait diverses opinions défaitistes. On disait par exemple: "La Chine est moins bien armée que l'ennemi, se battre signifie perdre la guerre"; "en cas de résistance contre le Japon, c'est le destin de l'Abyssinie qui nous attend". Depuis le début de la guerre, la propagande ouverte de la théorie de l'asservissement inévitable de la Chine 4

a disparu, mais elle se poursuit sous une forme voilée et, en outre, très active. On peut en voir la confirmation dans les bruits de compromis qui tantôt s'élèvent, tantôt s'apaisent. Les partisans du compromis ont recours à l'argument suivant: "Poursuivre la guerre signifie périr inéluctablement"l, Un étudiant écrit de la province du Hounan: Travaillant à la campagne, je me heurte à chaque pas à des difficultés. Faisant le travail de propagande tout seul, il me faut discute!;: avec les gens en utilisant pour cela toutes les occasions. Mes interlocuteurs ne sont pas des gens ignares ou sans culture, ils s'orientent jusqu'à un certain point dans
1La théorie de l'asservissement inéluctable de la Chine exprimait les vues du Kuomintang. Le Kuomintang ne voulait pas résister aux envahisseurs japonais et ne leur résista par la suite que lorsqu'il y fut contraint. Après l'Incident de Loukeoukiao, le groupe de Tchiang Kaï-chek participa à contre-cœur à la résistance aux envahisseurs japonais. Les avocats de la théorie de l'asservissement inévitable de la Chine furent alors les Wang Tsing-wei, qui avaient l'intention de capituler devant le Japon et qui capitl1lèrent effectivement par la suite. La théorie de l'asservissement inévitable de la Chine n'avait pas cours, cependant, dans le seul Kuomintang; son influence se faisait sentir également au sein de certaines couches moyennes de la société et même parmi des couches arriérées de travailleurs. Cela s'expliquait par le fait que le gouvernement du Kuomintang était corrompu et incapable et qu'il essuyait dans la guerre défaite après défaite, tandis que l'armée japonaise progressait sans cesse et parvenait aux approches de Wouhan au cours même de la première année de la guerre. Cela donna naissance à des sentiments profondément pessimistes parmi des couches arriérées de la population. 5

les événements et manifestent un grand intérêt pour ce que je leur dis. Mais il m'a fallu me heurter à mes propres parents, qui ne font que répéter: "La Chine ne vaincra pas, elle périra". J'en ai littéralement mal au cœur. Encore heureux qu'ils ne fassent pas de la propagande, car ce travail serait parfaitement infect. Les paysans, bien entendu, leur font davantage cônfiance qu'à moi! Ces partisans de la théorie de l'asservissement inévitable de la Chine constituent la base sociale de la tendance au compromis. Il existe des gens de cette sorte dans tous les coins de la Chine. Voilà pourquoi l'esprit de compromis à l'intérieur du front antijaponais uni peut se manifester à n'importe quel moment et peut-être même jusqu'à la fin de la' guerre. Il me semble qu'au moment où Siutcheou vient de tomber et où la situation devient critique à Wouhan, il ne serait pas mauvais d'infliger une bonne riposte à ces partisans de la théorie de l'asservissement inéluctable de la Chine. 4. Durant les dix mois de la guerre de résistance, d'autres points de vue sont apparus aussi; ils témoignent d'une autre maladie, que l'on peut qualifier d'impétuosité excessive. Par exemple, dans les premiers jours de la guerre, beaucoup se sont laissé aller à l'optimisme, sans qu'il y eût à cela la moindre justification. Ils sous-estimaient le Japon et pensaient même qu'il ne lui serait pas donné d'atteindre la province du Chansi. Certains sous-estimaient le rôle 6

stratégique des opérations de partisans dans la Guerre contre les envahisseurs japonais. Ils émettaient des doutes sur la manière de poser ainsi la question: "La guerre de manœuvre est la forme principale, et la guerre de partisans la forme auxiliaire des opérations militaires dans le\1f ensemble; dans des cas particuliers, la guerre de partisans est la forme principale, et la guerre de manœuvre la forme auxiliaire". Ils n'étaient pas d'accord non plus avec le principe stratégique suivant de la VIlle Armée de Route: "Faire essentiellement une guerre de partisans, mais ne pas se refuser à des opérations de mouvement lors qu'existent des circonstances favorables" et trouvaient ce point de vue "mécaniste"1. Au temps des combats de Changhaï, certains disaient: "Il suffit de se maintenir quelque trois mois et la situation internationale se
1 Cette opinion existait dans les rangs du Parti communiste chinois. Il y avait dans les six premiers mois de la Guerre contre les envahisseurs japonais une tendance, dans les rangs du Parti, à sous-estimer les forces de l'ennemi. Des camarades pensaient que le Japon succomberait au premier coup. Ce n'est pas du tout qu'ils estimaient très grandes les forces des troupes et des masses populaires organisées dirigées par le Parti communiste: ils savaient au contraire qu'en ce temps-là ces forces étaient encore très faibles. Ils partaient de l'idée que le Kuomintang participait à la résistance contre les envahisseurs japonais et qu'il disposait, à ce qu'il leur semblait, de grandes forces, capables de briser les envahisseurs japonais, en liaison avec les forces du Parti communiste. Ils ne voyaient qu'un seul aspect des choses, la participation provisoire du Kuomintang à la résistance aux envahisséurs, mais ils oubliaient l'autre, le caractère réactionnaire et la corruption du Kuo'mintang. D'où cette appréciation erronée de la situation. 7

modifiera sûrement, l'Union Soviétique entrera nécessairement dans la guerre et ce sera la fin de la guerre". Pour apprécier les perspectives de la Guerre contre les envahisseurs japonais, ces gens fondaient leurs espoirs surtout sur l'aide étrangèrel. Après la victoire sous Taieultchouang2, certains pensaient' que la bataille de Siutcheou devait être "une bataille quasi décisive" et qu'il convenait de réviser la thèse antérieure sur la guerre prolongée. Ils disaient: HCette bataille traduit l'effort désespéré de l'ennemi", Hsi nous remportons la victoire dans cette bataille, nous ébranlerons le moral des militaristes japonais et il ne leur restera qu'à attendre le jour du jugement"s. La première
1 Tel

était le point de vue de Tchiang Kaï-chek

et de sa

bande. Obligé de poursuivre la Guerre contre les envahisseurs japonais, le Kuomintang de Tchiang Kaï-chek, qui n'avait pas confiance dans ses propres forces et qui avait encore moins de confiance dans les forces du peuple, plaçait tous ses espoirs dans une prompte aide extérieure. 2 Taieultchouang se trouve dans la partie méridionale de la province du' Chantong. En mars 1938, il se produisit dans la région de Taieultchou3ng une bataille entre l'armée chinoise et l'armée des agresseurs japonais. L'armée japonaise, qui comptait soixante-dix à quatre-vingt mille hommes, se heurta à une armée chinoise de quatre cent mille hommes, grâce à quoi la Chine remporta la victoire. 3 Ce point de vue a été avancé dans l'un des éditoriaux du journal Takongpab, qui était à l'époque l'organe du groupe de sciences politiques du Kuomintang. Les partisans de ce point de vue plaçaient leurs espoirs dans un concours heureux de circonstances et pensaient que grâce à un certain nombre de victoires semblables à celle de Taieultchouang il serait possible de stopper les troupes japonaises et d'éviter ainsi la mobilisation des forces populaires pour une guerre prolongée. Cette 8

victoire à la passe de Pinghsing avait déjà tourné la tête à quelques-uns, mais la suivante sous Taieultchouang a tourné la tête à encore bien plus de gens. A la suite de quoi on a commencé à se demander: l'ennemi marchera-t-il sur Wouhan? Beaucoup répondaient: "ce n'est pas sûr", d'autres affirmaient: "certainement pas"; or, tout un ensemble de problèmes, nombreux et importants, dépend de la réponse donnée à cette question. Prenons, par exemple, la question: les forces de la résistance aux envahisseurs japonais sont-elles suffisantes? Certains répondront affirmativement et diront: puisque nos forces actuelles empêchent déjà l'ennemi de poursuivre son offensive, pourquoi faudrait-il les accroître encore? En outre, il peut en découler une réponse négative à la question suivante: le mot d'ordre du renforcement et de l'élargissement du front national antijaponais uni reste-t-il toujours juste? puisque le front uni, dans son état actuel, est déjà capable de repousser l'ennemi, pourquoi donc renforcer et élargir encore le front uni? On peut s'attirer aussi une réponse négative à cette question: faut-il renforcer encore notre activité diplomatique et notre travail de propagande à l'étranger? De même, il en découle une réponse négative à la question: faut-il réellement se préoccuper de réformer les systèmes militaire et politique, de développer le mouvement de masse, d'introduire énergiquement l'éducamobilisation aurait en effet menacé leur sécurité de classe. En ce temps-là, le Kuomintang tout entier était pénétré de l'espoir d'un heureux concours de circonstances. 9

tion concernant la défense nationale, d'exercer notn~ répression contre les collaborateurs et les trotskistes, de développer l'industrie de guerre et d'améliorer les conditions de vie du peuple? Il en est de même pour la question: le mot d'ordre "Défendre W ouhan, défendre Canton, défendre le Nord-Ouest et développer énergiquement la guerre de partisans à l'arrière de l'ennemi", reste-t-il juste? Il arrive aussi que, les événements militaires tournant plus ou moins heureusement, certains soient prêts à accroître les frictions entre le Kuomintang et le Parti communiste, aiguillant ainsi l'attention des problèmes extérieurs sur les problèmes intérieurs. Cela se produit presque chaque fois, après une victoire plus ou moins importante, ou lorsque l'ennemi suspend momentanément son offensive. Nous appelons tout cela de la myopie politique et militaire. Les discours de ces gens ont l'air sensés, mais en réalité ils sont absolument inconsistants et ne représentent qu'un vain bavardage n'ayant guère que l'apparence de la vérité. Il est de l'intérêt d'une conduite victorieuse de la Guerre contre les envahisseurs japonais de mettre un terme à tout ces bavardages. 5. Par conséquent, à la question: la Chine sera-telle asservie? il faut répondre: Non, elle ne le sera pas, la victoire définitive sera pour la Chine. A la question: la Chine peut-elle vaincre rapidement? il faut répondre: Non, elle ne le pourra pas, la Guerre contre les envahisseurs japonais sera une guerre prolongée. 10

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