De la méthode en psychologie

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Deux grands textes majeurs de Victor Cousin (1792-1867) sur la méthode psychologique sont rassemblés dans cet ouvrage. La révolution opérée par la philosophie éclectique de Cousin a été de mettre la psychologie au premier rang. Rentrer dans la conscience et en étudier scrupuleusement tous les phénomènes, leurs différences et leurs rapports telle est la première étude du philosophe ; son nom scientifique est la psychologie. Dans la seconde édition, Cousin explique que la psychologie, n'est pas toute la philosophie, mais qu'elle en est le fondement.
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296682399
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DE LA MÉTHODE EN PSYCHOLOGIE
(1826-1833) Suivie ll'une analY!!ie critique de Schelling

Introduction

de Serge NICOLAS

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXc siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dcrnières parutions Henry BEAUNIS, Le somnambulisme provoqué (1886), 2007. Joseph TISSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. I, 1898),2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. II, 1898),2007. D. STEWART, Philosophie des facultés actives et morales (2 voL), 2007 Th. RIBOT, Essai sur les passions (1907), 2007. Th. RIBOT, Problèmes de psychologie affective (1910), 2007. Th. RIBOT, Psychologie de l'attention (1889),2007. P. JANET, L'état mental des hystériques (3 vol., 1893, 1894, 1911),2007 Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion (1911),2007. Th. REID, Essais sur les facultés intellectuelles de l'homme (1785), 2007. H. SPENCER, Principes de psychologie (2 volumes, 1872),2007. E. COLSENET, Études sur la vie inconsciente de l'esprit (1880), 2007. Th. RIBOT, Essai sur l'imagination créatrice (1900), 2007. Ch. BENARD, Précis d'un cours élémentaire de philosophie (1845), 2007 E. LlTTRE, Auguste Comte et la philosophie positive (1863), 2008. A. BINET & Th. SIMON, Les enfants anormaux (1907), 2008. A. F. GATIEN ARNOUL T, Programme d'un cours de philosophie (1830) V. BECHTEREV, La psychologie objective (1913), 2008. A.M.J. PUYSÉGUR, Mémoires... du magnétisme animal (1784), 2008. S. NICOLAS & L. FEDI, Un débat sur l'inconscient avant Freud, 2008. F. PAULHAN, Les phénomènes affectifs (1887), 2008. E. von HARTMANN, Philosophie de l'inconscient (1877, 2 vol.), 2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires 1(1865),2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires 11(1871),2008. Pierre JANET, De l'angoisse à ('extase (1926-1928) (2 voL), 2008. S. NICOLAS, Études d'histoire de la psychologie, 2009. H. HELMHOLTZ, Optique physiologique (1856-1867) (3 voL), 2009. A. COMTE, Cours de philosophie positive (1830) (6 vol.), 2009.

Victor COUSIN

DE LA MÉTHODE EN PSYCHOLOGIE
Suivie d'une analyse critique de Schelling

Introduction

de Serge NICOLAS

L'Harmattan

(Ç)

L'HARMA

TT AN 2010

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-09717-9 EAN : 9782296097179

INTRODUCTION Sur la méthode psychologique de V. Cousinl

En France, la croisade contre le sensualisme2 date des leçons de Pierre-Paul Royer-Collard (1763-1845) qui eurent lieu à la faculté des lettres de l'Université de Paris de 1811 à 18143. Il opposait à l'école de Condillac l'école écossaise de Thomas Reid et de Dugald Stewart. Mais Royer-Collard, homme politique, n'était nullement philosophe bien qu'il fut nommé professeur de "philosophie et opinion des philosophes". Les événements de 1815 ayant appelé Royer-Collard au gouvernement de l'instruction publique, celui-ci choisit un jeune philosophe, Victor Cousin4
I

Pour une analyse de l'œuvre et du parcours intellectuel

et politique de Victor Cousin il fàut

absolument lire l'ouvrage magistral de Patrice Vermeren (1995). Victor Cousin. Lejeu de la philosophie et de l'état. Paris: L'Harmattan. 2 Pour une histoire de la philosophie en lien avec les questions psychologiques à cette époque voir: Nicolas, S. (2007). Histoire de la philosophie en France au XIXe siècle. Naissance de la p~J'chologie spiritualiste (/789-1830). Paris: L'Harmattan. J Schimberg, A. (Ed.) (1913). Lesfragments philosophiques de Royer-Collard. Paris: Alean. 4 Victor Cousin est né à Paris le 23 novembre 1792. Il intègre l'École normale à 18 ans, y devient répétiteur en littérature (1812) puis en philosophie (1813) où il a pour élèves Bautain, Damiron et Jouflfoy. Il soutient cn 1814 à la Faculté des lettres de Paris sa thèse: De methodo sive de analysi. En 1815, il supplée Royer-Collard à la Sorbonne et y enseigne

la philosophie écossaise. En 1816, il commence à fréquenter la société qui se réunit à Auteuil autour de Maine de Biran. En 1817, il part en voyage pour l'Allemagne et y rencontre Hegel. La renommée de Cousin ne s'appuyait à cette époque que sur son talent oratoire, il n'avait encore pas publié d'ouvrages. Son cours à la fàculté des lettres est suspendu en 1820 pour des raisons politiques. En 1822, il doit interrompre ses leçons à l'École normale. Il devient alors précepteur du fils du duc de Montebello. En ] 824, il est arrêté en Allemagne pour des raisons politiques. De retour en France quelques mois plus tard, il décide de se consacrer à ses travaux d'histoire de la philosophie. Il fait paraître entre 1820 et 1827 les six volumes des Œuvres de Proclus, entre 1824 et 1826 les onze volumes des œuvres de Descartes, et à partir de 1822 (jusqu'en 1840), les treize volumes des Œuvres de Platon. C'est en 1826 que paraît son prcmier ouvrage d'auteur intitulé Fragmen(t)s philosophiques où il a rassemblé une réédition de plusieurs articles publiés dans diverses

(1792-1867), pour le suppléer à l'Université (I3 novembre 1815). Cousin passa donc de l'École normale où il était chargé de Conférences depuis 1813 (sa tâche consistait à suivre avec les élèves les leçons de la faculté des lettres et à les discuter ensuite avec eux) à la faculté des lettres, qui résidait alors non pas à la Sorbonne, mais rue Saint-Jacques, dans les anciens bâtiments du Collège du Plessis. Ce fut là que Cousin commença son glorieux enseignement. Cousin dit lui-même à maintes reprises5 n'eut d'autre éducation philosophique que celle qu'il dut à ses maîtres de l'École normale et de la faculté des lettres, à savoir Laromiguière, Royer-Collard et Maine de Biran. À Laromiguière, il dut la distinction de la sensation et de l'attention; à Royer-Collard, la distinction de la sensation et de la perception et l'affirmation des principes de la raison; à Maine de Biran, le principe de la volonté. 11 faut bien voir qu'à cette époque, ces deux derniers philosophes n'avaient presque rien publié. Cousin vouera sa vie entière à la poursuite de la réforme philosophique commencée par RoyerCollard lorsqu'il suppléera ce dernier à la chaire de la Sorbonne. Au début, Victor Cousin fut ballotté du système de Condillac (qu'il condamnait) à celui des Écossais (qu'il admirait) et en était à chercher sa propre voie6. 11 voua sans retour et sans réserve sa vie entière à la poursuite de la réforme philosophique commencée par Royer-Collard. Après sa leçon d'ouverture7 du 13 décembre 1815, les leçons de la
revues. C'est dans ce livre que l'on trouve sa célèbre prétàce où il pose sa vision de la philosophie. En 1828, il retrouve sa chaire d'histoire de la philosophie moderne non plus comme suppléant mais comme professeur-adjoint de Royer-Collard. Son enseignement tàit sensation; il devient officiellement le chef de l'école éclectique. Il est nommé en 1830 profcsseur titulaire d'histoire de la philosophie ancienne (JoutIfoy le remplace comme adjoint à la chaire d'histoire de la philosophie moderne) mais laisse tout de suite la suppléance à Damiron puis l'année suivante à Pore!. Il n'enseignera plus la philosophie les années suivantes au sein de l'Université mais il va s'engager résolument à promouvoir la philosophie spiritualiste et éclectique. Il obtient tous les honncurs. En 1840, il devient même pour huit mois ministre de l'Instruction publique. Ses écrits sont innombrables; ils concement surtout la rédaction et la révision de ses cours donnés à la Sorbonne, la réédition d'œuvres (Maine de Biran, Père André) et l'édition d'ouvrages d'histoire de la philosophie. Il prend sa retraite le 7 mai 1852. Il meurt à Cannes le 13 janvier 1867. [Pour une biographie: Vermeren, P. (1995). Victor Cousin. Le jeu de la philosophie et de l'état. Paris: L'Harmattan]. Pour une présentation de l'œuvre nous recommandons la lecture de l'ouvrage de Paul Janet (1893). Victor Cousin et son œuvre (3' édition). Paris: f. Alcan. 5 Cousin, V. (1833). Fragments philosophiques (2' édition). Paris: Ladrange. - Cousin, V. (1834). Préface de l'éditeur. ln Maine de Biran, Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral. Paris: Ladrange. (, Cf Machery, P. (I 991). Les débuts philosophiques de Victor Cousin. Corpus, n° 18- I 9, 29-49. 7 Cousin, V. (1816). Discours prononcé à l'ouverture du cours de l'histoire de la philosophie le /3 décembre /8/5. Paris: Delaunay.

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première année (I815-1816) concernèrent presque exclusivement la philosophie écossaises. L'enseignement de Cousin dura d'abord cinq ans, de 1815 à 1820 pendant lesquelles il fit renaître en France la métaphysique et créa l'école éclectique (1818) destinée à supplanter l'école idéologique. Cette époque a été la renaissance en France de la métaphysique et la naissance officielle de l'éclectisme9. Dès la première leçon de décembre 1817 (cours de 1817-1818), Cousin pose le principe de l'éclectisme philosophique qui était alors une grande nouveauté. Il vient proposer à toutes les écoles philosophiques modernes du XVIIIe siècle (anglaise, écossaise, allemande) un traité de paix. Puisque l'esprit exclusif nous a si mal réussi jusqu'à présent, essayons l'esprit de conciliation. L'éclectisme n'est pas le syncrétisme, qui rapproche forcément des
, Face au scepticisme radical de David Hume (1711-1776), les philosophes écossais avec Thomas Reid (1710-1796) et son plus fameux élève Dugald Stewart (1753-1828) vont tenter de rétablir des fondements tèrmes pour une connaissance sûre. Ils vont s'appuyer sur le sens commun, qui est dans la raison, et qui doit fonder la validité des convictions de l'homme de la rue et donc aboutir au bon sens raisonnable. Comme le note Evelyne Griffin-Collart (La philosophie écossaise du sens commun. Bruxelles: Académie Royale de Belgique, Mémoires de la Classe des Lettres, 2' série, T. 64, fàsc. 4, 1980), la philosophie du sens commun suppose au départ une science de l'esprit. Qu'il s'agisse du monde extérieur, du moi, d'autrui, de la causalité ou de la morale, il est nécessaire de déterminer comment nous arrivons à nos jugements et dans quelle mesure ils sont tiables. C'est l'esprit qui se retourne ici sur lui-même, se prend comme objet pour étudier sa manière de connaître. Il est donc important d'adopter une méthode qui a làit ses preuves: la méthode inductive. Reid et Stewart l'utiliseront pour développer la science ou philosophie de l'esprit. Cette psychologie eut un immense succès en France au cours de la première moitié du XIX' siècle après les leçons de Pierre Paul Royer-Collard (1763-1845) puis de Victor Cousin (1792-1867) qui ont vu dans cette philosophie un moyen de combattre le sensualisme condillacien représenté alors à la Sorbonne par l'enseignement de Pierre Laromiguière (1756-1837) et de ses émules. Les psychologues français vont s'efforcer alors de rendre accessible au public les plus tàmeux écrits de cette philosophie écossaise. [Cousin, V. (1817). Analyse de l'ouvrage de Dugald Stewart: Outlines of moral philosophy, for the use of students in the University of Edinburgh, 3' édition. Journal des Savan(l}s, janvier, 3-12; juin, 334-342; juillet, 413418; août, 485-493. Articles reproduits avec quelques modifications mineures dans Cousin, V. (1826). Fragmen(/)s philosophiques (pp. 73-131). Paris: Sautelet.] C'est Théodore Jouffroy (1796-1842), élève de V. Cousin, qui va s'engager résolument dans cette voie en traduisant d'abord en 1826 les Esquisses de philosophie morale de Dugald Stewart, dont la première édition date de 1793, puis les œuvres complètes de Thomas Reid (1828-1836). 'J cf., Billard, J. (1997). L'éclec/isme. Paris: Presses Universitaires de France; Vermeren, P. (1995). Victor Cousin. Lejeu de la philosophie e/ de l'é/a/. Paris: L'Harmattan. - Vermeren, P. (1995). Les têtes rondes du Globe et la nouvelle philosophie de Paris (Jouffroy et Damiron). Romantisme, n088, 23-34. « Cette prétention de ne repousser aucun système et de n'en accepter aucun tout entier, de choisir dans tous ce qui paraît vrai et bon et par conséquent durable, cette prétention, d'un seul mot, c'est l'éclectisme. (p. viii) » Cousin, V. (1829). Préface. ln W. G. Tennemann, Manuel de l'his/oire de la philosophie (2 voL). Paris: Sautelet. - « L'éclectisme est la philosophie nécessaire du siècle, car elle est la seule qui soit conforme à son esprit, et tout siècle aboutit à une philosophie qui la représente» (Cousin, V. (1828). Cours de l'his/oire de la philosophie. Paris: Pichon & Didier).

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doctrines contraires: c'est un choix éclairé qui, dans toutes les doctrines, emprunte ce qu'elles ont de commun et de vrai, et néglige ce qu'elles ont d'opposé et de faux. Malgré ses mérites, l'école anglaise représentée en France par Condillac avait méconnu deux éléments importants que l'on pouvait découvrir par l'analyse de la pensée: IOle moi unifié sans lequel il n'y a pas de pensée possible; 20 les vérités nécessaires, qui ne peuvent, comme le moi, être une transformation de la sensation. L'originalité de l'approche philosophique de Cousin a été l'application de la méthode éclectique en fondant la psychologie écossaise avec la métaphysique allemande. Il a souvent proclamé son acquiescement aux principes de ('école écossaise qui se prétend l'héritière de Bacon, et réclame le titre tant prodigué et si peu compris d'école expérimentale. Mais pour Cousin, l'école philosophique écossaiselo n'est qu'une préparation à la réception par les esprits de la philosophie allemande. Le cours de Cousin attirait une foule considérable et fut considéré comme un foyer d'agitation libérale qui ne pouvait manquer d'être suspect. Mais alors que Cousin, qui se lançait à la poursuite de toutes les nouveautés, avait pour lui l'ardeur d'une jeunesse exubérante et le prestige de l'éloquence, l'autre enseignant de philosophie, le suppléant de Laromiguière, François Thurot, d'un âge déjà avancé, donnait un enseignement conventionnel qui s'appuyait sur une connaissance solide des anciens. Ne pouvant plus diriger ses disciples du haut de sa chaire, Pierre Laromiguière CI756-1837) le fit par ses écrits. Depuis qu'il avait renoncé à son enseignement, il s'était donné pour tâche de publier ses cours Il. L'influence de Cousin était alors limitée à l'École normale et à la rue Saint Jacques mais ne s'étendait pas encore au public cultivé car il n'avait pas encore publié d'ouvrage qui puisse le faire connaître. Pour des raisons politiques, son cours de la Sorbonne fut suspendu en 1820 (voir Moniteur Universel du 29 novembre 1820) et ('École normale ferma ses portes en 1822. Le régime voyait dans l'éclectisme, non pas une école parmi d'autres mais un nouveau mode de penser fondé sur la raison et un libre esprit critiquel2. Cousin tenta bien de
G. Mauger propose en 1818 un programme officiel de philosophie basée sur la philosophie du sens commun, Cousin s'y oppose. Il Laromiguière, P. (2005). Leçons de philosophie ou Essai sur lesfacultés de l'âme (2 voL) (1815-1818). Paris: L'Harmattan.
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10 Lorsque

C'est à cette époque que débute officiellement l'opposition radicale entre le christianisme

et l'éclectisme. La révélation admise par l'éclectisme n'est que le développement spontané et instinctif de la raison. Or pour les philosophes catholiques l'intelligence humaine a besoin d'être fécondée par la raison divine; la révélation est la source de la raison humaine. Elle vient compléter les vues toujours courtes de la raison, redresser ses égarements, promulguer

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1820 à 1828 d'apaiser, par son silence et son refus de servir ouvertement la cause libérale, les préjugés qui depuis 1819 s'attachent à son système d'idées mais en vain. On ne connaissait pas alors exactement le contenu de son enseignement donné entre 1815 et 1820; il fallut attendre de nombreuses années avant que l'auteur nous en donne le détail13. Entre-temps, il était devenu précepteur du fils du duc de Montebello. En 1824, il est arrêté en Allemagne pour des raisons politiques 14.De retour en France quelques mois plus tard, il décide de se consacrer à ses travaux d'histoire de la philosophie et n'affiche pas sa philosophie. Il fait paraître entre 1820 et 1827 les six volumes des Œuvres de Proclus, entre 1824 et 1826 les onze volumes des Œuvres de Descartes, et à partir de 1822 Uusqu'en 1840), les treize volumes des
les vérités naturellcs mais aussi des vérités supérieures à la raison. Il y a ainsi deux sortes d'évidence: l'évidence rationnellc, qui repose sur le rapport des idées, et l'évidence de l'autorité qui s'appuie sur la valcur du témoignage et qui appartient à la révélation positive. Ainsi, la philosophie ne se borne pas à la psychologie ct à la logiquc ; clle ne se borne pas à étudicr Ics facultés humaines et les lois du raisonnement. Mais la raison nc pc ut pas nous parler de Dieu 1ïdèlement et son premier dcvoir scrait de s'informer dc la révélation divinc, de s'assurer dc son cxistence, ensuite d'écouter ses enseignements et de s'inspirer de son esprit. Ainsi la philosophie devrait pour certains abdiquer en faveur de la théologie. Mais l'objct de l'une n'est pas celui de l'autre; les procédés de l'une sont diftërents des procédés de l'autre. La source principalc des vérités théologiques est la révélation surnaturclle; les vérités philosophiques relèvent principalement de la raison naturelle. La philosophie doit être chrétienne ou ne pas êtrc; la théorie catholique doit s'appuyer sur la raison humaine, qui possède des bornes et des 1àiblesscs, pour établir et la nécessité et l'autorité de la révélation divine. D'où vient que Ics philosophes chrétiens ont mieux connu, mieux exposé les vérités naturelles qu'Aristote ou Platon, si ce n'cst de cette alliance intime et pro1onde avec l'esprit et la toi chrétienne. De sorte que la philosophie éclectique, qui prend la raison pour seul guide, doit être repoussée, selon les catholiques, comme unc méthode propre à égarcr les esprits. 1.1 Listc des premiers cours de Cousin publiés (I815-1817: Premiers essais de philosophie1817-1818: Du vrai, du beau et du bien - 1818-1819: Philosophie sensualiste - 1819: philosophie écossaise - ]820: Critique de la philosophie de Kant) : Cousin, V. (]841). Cours d'histoire de la philosophie moderne pendant les années 1816 et 1817. Publié avec son autorisation d'après les meilleures rédactions de ce cours. Paris: Ladrange. - Cousin, V. (1836). Cours de philosophie professé à la Faculté des lettres pendant l'année 1818 sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, publié avec son autorisation et d'après les meilleures rédactions de ce cours par M Adolphe Garnier. Paris: Hachette. Cousin, V. (1839). Cours d'histoire de la philosophie morale au XVIlf' siècle professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820. Seconde partie, École écossaise, publié par M Danton et Vacherot. Paris: Ladrange. - Cousin, V. (1840). Cours d'histoire de la philosophie morale all XVllf' siècle professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820. Première partie. École sensualiste, publié par ME. Vacherot. Paris: Ladrange. - Cousin, V. (I841). Cours d 'histoire de la philosophie morale au XVIlf' siècle professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820. Introduction, ou premières leçons de l'année 1820, publié par ME. Vacherot. Paris: Ladrange.
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Cf. Vermeren, P. (1995). Victor Cousin. Le jeu de la philosophie et de l'état. Paris:

L'Harmattan.

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Œuvres de Platon. Le 1er avril 1826, il donne un recueil de Fragmen(t)s philosophique/5, composé d'articles déjà parus isolément, qui fit connaître officiellement sa doctrine philosophique. C'est la préface de ce livre qui apprit au public quelle était sa grande entreprise philosophique. C'est dans la préface de ses Fragmentsl6 (1826), reproduite dans ce livre, qu'il va ainsi s'exprimer avec le plus de netteté sur la psychologie. Cousin va aborder un point capital: la méthode. Il se prononcera toujours pour la méthode qui place le point de départ de toute saine philosophie dans l'étude de la nature humaine, et par conséquent dans l'observation, et qui s'adresse ensuite à l'induction et au raisonnement pour tirer de l'observation toutes les conséquences qu'elle renferme. Ainsi, la philosophie doit être réduite à l'observation des phénomènes et à la généralisation de ces phénomènes en lois. Cette méthode était l'observation exacte des faits, mais l'observation des faits de conscience tout aussi bien que des faits extérieurs 17. "La méthode d'observation est bonne en elle-même. Elle nous est donnée par l'esprit du temps, qui lui-même est l'œuvre de l'esprit général du monde. Nous n'avons foi qu'à elle, nous ne pouvons rien que par elle; et pourtant en Angleterre et en France, elle n'a pu jusqu'ici que détruire sans rien fonder. Parmi nous, son seul ouvrage en philosophie est le système de la
](, Cousin, V. (1826). Fragmen(t)s philosophiques. Paris: Sautelet. Cousin, V. (1826). Fragmen(t)s philosophiques. Paris: Sautelet. - François Thurot, dans son compte-rendu de l'ouvrage, paru dans la Revue encyclopédique (1826, va\. 3 J, pp. 327334), tha l'éloge des talents et qualités de Cousin et reconnaitra une force de tète peu commune, et une aptitude remarquable aux méditations abstraites. Mais il aflirmera que le philosophe s'est engagé dans une route qui ne peut guère le conduire à d'utiles découvertes. Selon lui, malgré l'emploi de cette prétendue méthode psychologique, on ne trouve dans les écrits de Cousin presque aucune observation importante qui ne lui soit propre et dédaigne trop celles qui ont été tàites avant lui. En effet, la critique de Cousin de la philosophie du XVIII' siècle est trop injuste pour l'idéologue Thurot. Pour lui, Cousin abuse des termes généraux qui est l'écueil où viennent s'échouer les auteurs des systèmes métaphysiques et cite la phrase de Locke: "Je tâche de me délivrer autant que je puis de ces illusions que nous sommes sujets à nous faire à nous-mêmes, en prenant des mots pour des choses. Il ne nous sert à rien de làire semblant de savoir ce que nous ne savons pas, en prononçant de certains sons qui ne signifient rien de distinct et de positif C'est battre l'air inutilement; car des mots tàits à plaisir ne changent point la nature des choses, et ne peuvent devenir intelligibles qu'autant que ce sont des signes de quelque chose de positif, et qu'ils expriment des idées distinctes et déterminées." (Locke, De l'Entendement Humain, \. Il, c. 13, *. 18). Oamiron (1826) présentera en termes élogieux l'ouvrage dans Le Globe (tome III, 6 mai, pp. 305307 ; 27 mai, pp. 354-356). 17 Cependant, si Cousin adopte la méthode d'observation, il l'applique, quand, avec elle, il prétend observer tout, là où Bacon recommande de ne pas s'en servir; car Bacon affirme qu'elle n'est pas applicable directement à la vie du moi. Cette réserve de Bacon, Cousin la connait et la cite; mais il n'en tient pas compte, il dit que restreindre ainsi l'observation, c'est la corrompre d'abord en lui imposant un système.
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sensation tran.~formée. À qui le tort? Aux hommes, non à la méthode. La méthode est irréprochable, et elfe suffit toujours.. mais il faut l'appliquer selon son esprit. JI ne faut qu'observer, mais observer tout" (Cousin, 1826, préface, p. vi). Le sensualisme n'est pas faux en lui-même, mais il est incomplet: il se borne à observer la sensation, tandis que l'analyse psychologique atteste qu'outre la sensation, il y a encore dans la conscience deux autres phénomènes, qui ne sont pas moins certains que celui-là: les faits volontaires et les faits rationnels. "Le champ de l'observation philosophique, c'est la conscience, il ny en a pas d'autre .. mais dans celui-là il ny a rien à négliger.. tout est important, car tout se tient, et, une partie manquant.. l'unité totale est insaisissable. Rentrer dans la conscience et en étudier scrupuleusement tous les phénomènes, leurs différences et leurs rapports, telfe est la première étude du philosophe.. son nom scientifique est la p~ychologie. La psychologie est donc la condition et comme le vestibule de la philosophie. La méthode p~ychologique consiste à s'isoler de tout autre monde que celui de la conscience pour s'établir et s'orienter dans celui-là où tout est réalité, mais où la réalité est si diverse et si délicate.. et le talent p~ychologique consiste à se placer à volonté dans ce monde tout intérieur, à s'en donner le spectacle à soi-même, et à en reproduire librement et distinctement tous les faits que les circonstances de la vie n'amènent que furtivement et confusément" (pp. viii-ix). Le premier devoir de la méthode psychologique est de se renfermer dans la conscience où il n'y a que des phénomènes appréciables par l'observation'8. Or, le premier effet d'une application sévère de la méthode est d'ajourner l'ontologie. La psychologie est antérieure à la métaphysique. Cousin étudiait d'abord les lois de la raison, qui est impersonnelle et absolue: c'est la raison qui éclaire la conscience, puisque sans raison il n'y aurait pas de connaissance possible, et, par conséquent, aucune conscience. De l'étude de nos facultés (psychologie) à celle de l'être en général, il fallait se frayer un passage que Cousin trouvera dans l'impersonnalité de la raison: "La raison est en quelque
lM

Mais dans une autre préface sur le même sujet, Cousin (1833) souligne "que les

phénomènes du monde intérieur paraissent et disparaissent si vite que la conscience les aperçoit et les perd de vue presque en même temps. Il ne suffit donc pas de les observer fugitivement et pendant qu'ils passent sur ce théâtre mobile, il faut les retenir par l'attention le plus longtemps qu'il est possible. On peut davantage encore, on peut évoquer un phénomène du sein de la nuit où il s'est évanoui, le redemander à la mémoire, et le reproduire pour le considérer plus à son aise".

II

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