De la phénoménologie à la sociologie de la connaissance

Publié par

Les travaux d'Henri Leroux recouvrent divers centres d'intérêt : la phénoménologie, l'épistémologie et la sociologie de la connaissance, l'éthologie ainsi que la sociologie de l'art, de la religion, de la vie quotidienne. Mais surtout, spécialiste reconnu du sociologue allemand Max Scheler, Henri Leroux, était en proximité intellectuelle avec la sociologie et la philosophie allemandes. Ces quatorze contributions dont quatre inédites rendent hommage à l'oeuvre et à la personne d'Henri Leroux, ce pédagogue souriant et attentif.
Publié le : mercredi 1 mars 2006
Lecture(s) : 67
Tags :
EAN13 : 9782296143401
Nombre de pages : 260
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

De la phénoménologie à la sociologiede la connaissance

Hommage à Henri Leroux

Coordination de la publitation Mise en page:

: PIERRE CROCE, Chargé

de mission à la publication,

UPMF UPMF UPMF

GISÈLE PEUCHLESTRADE, Cellule d'aide

Maquette de rouverture : FRÉDÉRIC SCHMITT, Service

Communication,

site: www.Jibrairieharmattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr e.mail: hannattanl@Wanadoo.fr IC L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00233-1 EAN : 9782296002333

HENRI LEROUX

DE LA PHÉNOMÉNOLOGIE À LA SOCIOLOGIE DE LA CONNAISSANCE

TEXTES

RÉUNIS ET PRÉSENTÉS PAR ALAIN BLANC EN HOMMAGE A HENRI LEROUX

« La Librairie

des Humanités

))

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique

; 75005 Paris

FRANCE
L'Bannattan BOIIgrie Espace L'Uarmallan Kinshasa 1'01. et - RDC

K6nyvesboll Kossuth L. u. 14-16

FIIC..de, Sc. Sociales, Adm. ; BI'243, Université

L'Uarmattan Italia Via Degli Mi,ti, IS 10124 Torino ITALIE

L'BarmallU Burkina Faso 1200 logement' villa 96 1282260 Ouagadougou 12

KIN XI

1053 Budapest

de Kinshasa

La Librairie des Humanités
Collection dirigée par Alain PESSIN, Vice-président chargé des études et de la vie universitaire (CEVU), de la formation initiale et de la documentation et Pierre CROCE, responsable de la Cellule d'Assistance à la Publication à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble. La Librairie des Humanités est une collection co-éditée par les Editions L'Harmattan et par l'Université Pierre Mendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. Membres du Conseil scientifique de la collection:
Thierry Ménissier : Sciences de l'Homme

- Alain

Spalanzani

: Gestion

Economie

- Jérôme

Ferrand:

Droit

-

-

Fanny

Coulomb:

Pierre

Kukawka

: Politique et Territoire - Jacques

Fontanel:

Série "Côté cours i)

Déjà parus: J. Ferrand et H. Petit (Dir.)
L'Otfyssée des Droits de l'homme - J, II, III (2003) - Fondations et naissances des Droits de l'homme

C. Offredi (Dir)
La tfynamique de /'évaluation durable (2004) face au développement

-

lHises

en œuvres

des

Droits

de l'homme

F. Carluer
Pouvoir AnalYses économique et espace régionale (2004) de la dit'ergence

- Eo/eux A. Blanc VArt
Mélanges

et perspectives des Droits de l'homme et A. Pessin
offerts à Howard

(Dir)
Becker (2003)

du terrain

P. Chaix
Le rugl?J professionnel
Eo/eux économique en France et sociaux (2004)

J.-L Chabot et C. Tournu (Dir)
L'héritage européenne religieux (2004) et spirituel de l'identité

y Polity, G. Henneron,
L'organisation Approches conceptuelles

R. Palerrniti

des connaissances. (2005)

Ch. Amouroux (Dir) Que faire de l'Hôpital (2004) Ewa Bogalska-Martin
Entre mémoire et oubli (2004) Le destin croisé des héros et des victimes

D. Rigaux
Le Christ du dimanche d'une image médiévale (2005) Histoire

J.-L. Chabot, Ph. Didier, J. Ferrand,
Le Code civil et les Droits de l'homme (E4s) (2005) L. Bensahel, P. Marchand

y Chalas (Dir)
L'imaginaire aménageur en mutation (2004)

A. Ferguène (Dir)
Gouvernance locale et développement territorial Le cas des pays du Sud (2004) L. Dowbor
La mosaïque Ou /'économie brisée au-delà des équations (2004)

Les régions de Russie à l'épreuve des théories et pratiques économiques (2005)

M. Lequan

(Dir)

Métap!!Jsique et philosophie transcendantale selon Kant (2005)

SOMMAIRE

Présentation
Alain Blanc, Professeur de Sociologie

9

Un éternel commençant
Pierre Sansot, Professeur Émérite d'Anthropologie (1928-2005)

13

Introduction
Jean-Pierre Sironneau, Professeur Émérite de Sociologie

19

À PROPOS DE MAX SCHELER La fonction herméneutique de la notion schelerienne 29

d' « Umsturz der Werte » pour l'anthropologie et la sociologie Internationales Max Scheler, Kolloquium, Philosophisches Seminar der Universitiit zu K6ln, juin 1995

La valeur européenne

du formalisme

51

in Personund Werl Schelers « Formalismus », Perspektiven und \Virkungen, Verlag Karl Alber, Freiburg/München

Sur quelques aspects de la réception de Max Scheler en France
in Studien '{!Ir Philosophie von Max Scheler Internationales Max Scheler, Kolloquium, Verlag Karl Alber, Freiburg/München Universitat zu K6ln 1993,

75

La « légitimation» du « capitalisme »): Max Weber, Werner Sombart, Ernst Troeltsch,
in Ugitimité et rationalité Actes du colloque de l'UFR Philosophie et Sociologie, Université Pierre Mendès France, Grenoble, avril 1985

Max Scheler

97

LA SOCIOLOGIE

ALLEMANDE 117

Les valeurs de l'homme Weber
in Max Weber et le destin des sociétés modernes,

Revue Recherches sur la philosophie et le langage n' 17, 1995

Spengler ou la fascination
in La décadence. Réalité, mythe,

de la décadence

127

idéologie?

Actes du colloque de l'UFR Philosophie et Sociologie, Université Pierre Mendès France, 28, 29 avril 1983

Habermas et la communication in Iris Revue du Centre de Recherche sur l'Imaginaire n' 8-9,1989-1990 Foucault et l'École de Francfort
in La postérité de l'École de Francfort

145

161

Sous la direction de Alain Blanc et Jean-Marie Vincent, Syllepse, 2004

SOCIOLOGIE

DE LA RELIGION ET DE LA CULTURE 183

Bible et théisme occidental
in Iris, « Bible et mythes
»

Revue du Centre de Recherche sur l'Imaginaire n° 12, 1992

Saint Bernard au présent (inédit) L'art comme religion (inédit) Colloque Traditions et post modernismes, Autour de l'œuvre de Gilbert Durand, Cerisy La Salle, 1991 « L'Homme qui rit » ou Hugo baroque (inédit) Colloque du Département de Sociologie, Université Pierre Mendès France de Grenoble, 1988 Structure de la pensée anarchiste
ln Littérature et anarchie Sous la direction de Alain Pessin et Patrice Terrane Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 1998

207 215

227

239

Chair, vie quotidienne. Créativité de la pensée quotidienne (inédit) Communication à l'Institut International de sociologie, C.E.A.Q. - Sorbonne, juin 1993

253

ALAIN

BLANC

Présentation

ENDANTVINGT QUATREANS,Henri Leroux (1928-2001) fût l'un des tous premiers enseignants du Département de Sociologie de l'Université Pierre Mendes France de Grenoble, Fi~re marquante et respectée, il était unanimement apprécié par ses collègues, En témoignent les contributions de deux de ses plus proches amis grenoblois, les Professeurs Pierre Sansot et Jean-Pierre Sironneau que je remercie d'avoir bien voulu s'associer à notre projet éditorial: le premier dessine le portrait, personnel et scientifique, de l'ami disparu, le second introduit aux thématiques.

P

À des générations d'étudiants, Henri Leroux prodigua des enseignements de haute tenue au sein de différentes filières: sociologie, philosophie, droit, Sa très vaste culture - il lisait, parlait et écrivait l'allemand et l'italien -, sa rigueur, son sens de l'écoute, sa disponibilité sont quelques unes des qualités dont il fit montre, toujours dans une grande et avenante discrétion de contact, Cette empathie lumineuse n'échappait pas aux étudiants qui le tenaient en une respectueuse distance, comme il se doit aux maîtres. Ce pédagogue souriant, ouvert

10

ALAIN

BLANC

sur le présent, toujours disponible pour les plaisirs de la conversation, soucieux d'autrui, était aimé de ses étudiants avec lesquels il avait le don rare de nouer des relations de proximité immédiate exemptes de la moindre condescendance. Agrégé de Philosophie, il fut, à Aix-en-Provence, l'un des élèves de Gaston Berger. Sollicité par Gilbert Durand, il vint ensuite faire, de 1968 à 1993, date de son départ à la retraite, l'essentiel de sa carrière professionnelle à l'Université Pierre Mendès France de Grenoble au sein de laquelle, avec ses collègues philosophes et sociologues, il participa à de nombreuses activités scientifiques: certaines de ses contributions sont ici reproduites. Comme le sommaire du présent ouvrage l'indique, les travaux d'Henri Leroux, du moins ceux qu'il souhaitait porter à publication, recouvrent divers centres d'intérêt: parmi eux, l'éthologie, la sociologie de la connaissance, de l'art, de la religion, de la vie quotidienne. Mais surtout, pécialiste reconnu du sociologue allemand Max Scheler, Henri Leroux, fréquemment sollicité par ses collègues universitaires d'outre-Rhin, était eh proximité intellectuelle avec la sociologie et la philosophie allemandes. Il est regretable que son louable souci de perfection l'ait ralenti dans son effort pour clore sa volumineuse thèse d'État portant sur Max Scheler. Cette somme, de plus de mille pages, mériterait de trouver un éditeur. En publiant ce volume qui rassemble quatorze contributions dont quatre inédites, le Département de Sociologie de l'Université Pierre Mendes France de Grenoble est particulièrement heureux de rendre hommage à l'œuvre et à la personne d'Henri Leroux, cet homme à la délicate et attentionnée courtoisie, ce savant compréhensif et étonné, exigeant et vagabond.

PRI',SENTATION

11

Je remercie vivement toutes les personnes qui ont contribué à faire en sorte que l'essentiel des travaux de notre ami puisse enfin être réuni :

- sa veuve, Mada.me Paulette Leroux, et leur fils, Marc qui m'ont fait parvenir des textes inédits; - ses collègues et amis de l'Université Pierre Mendes France de Grenoble: Pierre Millon qui m'adressa le texte intitulé « Saint Bernard au présent », Alain Pessin qui me mit sur la piste de « Hugo baroque », Pierre San sot, Jean-Pierre Sironneau ;
- les responsables de colloques, revues, livres collectifs et manifestations diverses dans lesquels Henri Leroux avait présenté une contribution et qui nous ont autorisé à présenter des textes déjà publiés; -les responsables allemands de la Max-Scheler-Gesellschaft qui ont accepté que trois interventions d'Henri fassent partie de cet ouvrage;

- Dietmar Loch qui a relu le manuscrit et nous a assuré de la correction orthographique des termes allemands; - Gisèle Peuchlestrade qui a rendu possible la mise au point du manuscrit.

Alain BLANC Professeur des Universités Département de Sociologie Université Pierre Mendes France de Grenoble

-

PIERRE SAN SOT

Un éternel commençant

ORSQUECHEZ LE MÊME ÊTRE, le philosophe et l'homme sont dignes l'un de l'autre, c'est un bonheur et c'est aussi un privilège pour ceux qui bénéficient de l'amitié d'un tel homme. Durant une quarantaine d'années, nous nous sommes rencontrés en différentes circonstances et en différents lieux et très naturellement la pensée, voire le débat n'étaient pas absents de nos rencontres. Je voudrais les évoquer. D'abord, en 1945, au lendemain de la Libération, le Lycée Thiers où nous étions en hypocagne était en pleine effervescence, notre professeur de Philosophie était un rescapé des camps de concentration. Nous avions tendance à échafauder de grands projets où tous les hommes auraient équitablement leur part. Bien sûr, nous participions à cet enfièvrement - tout en gardant nos distances parce que chacun de nous deux ava,it conservé son esprit critique. La pensée de Marx questionnait Henri, mais il se défiait d'un certain marxisme rudimentaire. Henri, dont la santé était fragile abandonna l'hypocagne. Nous ne débattions plus dans la cour du Lycée Thiers mais dans une bibliothèque municipale toute proche, une bibliothèque émouvante: les livres

L

14

PIERRE SANSOT

étaient rares et c'était une chance de pouvoir retirer l'un d'eux. Il y faisait à peu près chaud alors que dehors, nous étions soumis à un froid rigoureux. Nous quittions la bibliothèque pour nous rendre à un marché voisin et nous grignotions quelques friandises qui avaient peine à tempérer notre faim. La chose peut paraître banale. Ce qui l'est moins, c'est qu'au milieu de ces rues populaires, nous évoquions la pensée antique ou Descartes. La création continue dont l'auguste philosophe fait état se rapportait-elle à un Dieu puissant ou était-elle selon l'interprétation de Maurice Thorez le fait de l'homme, en général? Je rendais souvent visite à Henri qui travaillait dans cette bibliothèque. Il me montrait une dissertation concernant le regret et la copie s'enflait au fur et à mesure des semaines jusqu'à couvrir une soixantaine de pages. Une telle virtuosité m'étonnait: j'aurais eu de la peine à écrire une dizaine de pages sur un sujet aussi restreint. Il découvrait à propos du regret tout un jeu de miroir entre le réflexif, le préréflexif, le prédicati£ Au même moment, je découvrais le théâtre de Pirandello et il se trouvait que ses personnages, eux aussi, se perdent dans un jeu de miroirs. Le destin nous était favorable, n avait été nonne maître d'Externat à un Lycée de Toulon et mon frère aîné m'abritait dans cette ville où je préparais le PCB,- enfin, une partie du PCB.Henri, hélas, ne pouvait pas m'aider dans cette matière ardue, En revanche, nous déambulions en long et large sur l'Avenue de Strasbourg qui est fort bruyante. Nous nous intéressions aux querelles de Sartre et de Camus, de Sartre et de Merleau Panty (décidément, Sartre aimait bien les querelles et il n'était pas toujours très tendre envers ses interlocuteurs). Là encore, je découvre l'aspect surprenant de nos entretiens. D'autres philosophes avaient eu la chance de bavarder tel Platon auprès d'un fleuve et d'autres dans un cloître ou dans un salon académique. Nous cherchons à nous faire entendre au milieu du boucan des véhicules et en nous frayant un passage au milieu des travailleurs ou des jeunes gens qui se livraient à une parade sentimentale. Henri fréquenta très jeune la Société Française de Philosophie d'Aix-en-Provence. Il parlait d'égal à égal avec Gaston BERGERnon point par suffisance mais parce qu'il devait estimer que des esprits peuvent échanger leurs pensées quels que soient leur âge et leur statut social. Je l'admirais pour son courage intellectuel. J'étais de la race des

UN ÉTERNEL COMMENÇANT

15

adolescents qui n'osent pas affronter, même avec beaucoup de courtoisie, les adultes. Je me réservais le rôle d'un témoin silencieux et rendu à mon domicile, je tachais de faire fructifier ce que j'avais entendu. Je ne quitte pas tout à fait la Méditerranée. Mon frère aîné, à qui je dois décidément beaucoup, me donnait l'hospitalité dans une villa située à la Capte, près de la mer. Henri, en fin de matinée, me rejoignait en compagnie de Paule et de ses enfants Marc et Fabienne. Par mistral, la mer se gerce, la côte se découpe avec une certaine brutalité. Voilà qui me permettait d'échapper à la torpeur estivale. Je terminais une thèse autour d'une « Poétique de la Ville ». Il me secourut, une fois de plus. Dans ma conclusion, je désirais mettre en rapport une phénoménologie, une fantastique, une poétique de l'urbain. J'ai rouvert ce livre et j'ai repéré tout de suite ce que je lui dois. Ainsi: « si le propre de toute phénoménologie est de pratiquer des réductions, les descriptions bachelardiennes constituent bien une réduction de tout ce qui n'est pas l'inconscient pur» ; ou encore « N'est-ce pas l'acte de parler l'image qui est bonheur par lui-même. » Ou encore, le thème de la finitude; alors même qu'on le priverait de tout recours à l' tre, signifie encore appétit défaire, d'aller au bout de son trajet, appétit d'imaginer ». Ou encore « l'appropriation de la ville ne nous apparaissait pas comme un devoir morose auquel il fallait, malgré soi, se plier mais comme une tâche ontologiquement noble, comme un exercice de notre condition d'être voyant, d'être fondateur ». Que mes amis se rassurent, cette thèse comprend 420 pages que j'ai écrites pour la plus grande part mais, enfin, ces quelques propositions léguées par Henri donnaient sens à un livre qui, sans elles, seraient passées pour une aimable bluette. Une telle générosité est bien le signe d'une grandeur d'esprit. En même temps, elle s'accordait à des parti pris d'Henri, à savoir: peu importe l'auteur, ce qui compte c'est l'œuvre. Ainsi, dans le domaine moral ne mettons pas trop l'accent sur des subjectivités, sur la bonne volonté mais sur l'avènement où la disparition de valeurs dont la réalité ne dépend pas de nous. De là, quelque chose qui dépasse la modestie ou la volonté de s'effacer. Quand, lors d'un entretien, il prononçait une remarque éclairante et singulière, il souriait non point de satisfaction parce qu'un peu de lumière avait jailli devant son esprit et il s'en excusait presque d'en être le porte parole.

16

PIERRE

SAN SOT

Je n'ai pas besoin de me souvenir de ce qui lui revient et de ce qui m'appartient. Ainsi ces deux phrases: « Nous sommes enclins à croire que dans la lenteur, les choses se font mieux. Nous distinguons le domaine des produits dont on peut calculer avec précision la durée nécessaire à leur exécution et celui de l'œuvre qui voit le jour à travers repentirs, ébauches, difficultés suscités par le travail lui même. Une telle distinction a-t-elle encore un sens ?» À l'évidence, de telles lignes sont du Leroux et non point du Sansot. Quand j'ai songé à écrire autour du «chemin », j'avais consulté des centaines de pages par Internet et je n'en avais rien tiré. La littérature psycho-sociologique ne m'aidait pas davantage. En effet, je me situais en dehors des approches habituelles. Soit une réactualisation de l'archétype, soit une analyse du vécu singulier ou collectif. Or je désirais autre chose, une sorte de poétique du chemin. Nous vivions à distance l'un de l'autre. Henri me fit parvenir très vite une quinzaine de feuillets qui dégageaient et précisaient l'horizon. Pour cet homme, rien était impossible. En grand seigneur, il me faisait parvenir des trésors dont il n'attendait pas le moindre remerciement: nous aurions pour le moins dû partager le butin. Lorsque nous enseignions à Grenoble, nous n'étions pas des universitaires à part entière en ce sens que nous habitions tous les deux le Midi. Que de rencontres éphémères dans les trains, dans les gares, que de grèves, que de sandwichs partagés! Nous nous quittions à la gare d'Avignon, lui en partance pour Marseille, et moi pour Perpignan. Nous avions pris l'habitude de déjeuner ensemble à «Record» J-P. Sironneau et A. Kelkel. Ils dissertaient avec sagacité en transportant leur plateau, en commandant une seconde bière si le plat du jour consistait en une choucroute alsacienne. J'étais trop occupé à savourer (car, croyez-moi, la cuisine y était savoureuse), les plats de la grande surface. Mon regard était fasciné par le rouge vermeil d'une langouste. Mes amis se moquaient gentiment de moi. Pour ma part, je pensais qu'il faut tantôt philosopher, tantôt vivre. Henri Leroux savait donc entrer dans des pensées avec lesquelles il n'était pas nécessairement en accointance: Malebranche, Maine de Biran et, sous son regard, Max Scheler reprenait des couleurs, il cessait d'être un bon garçon teinté de personnalisme. La philosophie redevenait une tâche sublime et presque inaccessible, une aven-

UN ÉTE&'\iEL COMMENÇANT

17

ture dont nous ne sortions pas indemnes Le même objet de pensée, quand il le reprenait jour après jour, apparaissait sous une autre lumière. Il était friand de telles variations thématiques qu'il maîtrisait à merveille. De là le désarroi de tous ceux qui auraient désiré une réponse claire et définitive. Ils lui préféraient Pierre Bourdieu et son école qui, à partir de quelques clés, des sortes d'ouvre-boîtes, vous permettent de bavarder autour de n'importe quel sujet: sur l'école, sur les élans esthétiques (la formule est d'Henri Leroux et non point de Pierre Bourdieu vous l'aurez deviné), sur les mass médias, sur la violence. Henri est devenu de plus en plus inactuel et je l'en félicite. Il nous faut aujourd'hui répondre vite et nous former à la tâche urgente de la citoyenneté. Henri, à la suite de Husserl, pensait que le philosophe est un éternel commençant, qu'il n'en sait pas davantage au bout d'un certain nombre de pages écrites avec soin, que l'inachèvement lui est consubstantiel. De là, une thèse qui ne cessait de prendre du volume et que jamais il ne terminerait. La philosophie, un acte sublime dans son inutilité, est pourtant incontestablement nécessaire. Sa perspicacité apparaissait dans le traitement de l'architectural (celui des grandes œuvre et celui du minuscule, celui de la vie quotidienne. C'est pourquoi, les monuments devenaient goûteux et la vie quotidienne savait acquérir de la dignité. Je reviens à l'homme que je ne distinguais pas du philosophe. C'était un esprit souverain et sa souveraineté éclatait sans qu'il ait besoin de prendre une pose (il se plaisait à user d'un langage lumineux pour exposer des idées nouvelles et fort intéressantes.) Ce qui m'a toujours frappé, c'est qu'il a toujours su allier le naturel - et la grandeur, la profondeur. Il avait fait le serment d'être bienveillant à l'égard d'autrui et de bonifier ce qu'il entendait des autres. Il n'avait pas à se vouloir drôle pour nous égayer même s'il savait à l'occasion être taquin et malicieux, même si parfois il maniait adroitement le paradoxe. Cette humeur tranquille par laquelle il m'apaisait provenait de sa magnanimité. Henri nous a quitté. Nous avons perdu à la fois un homme de qualité, un philosophe vigilant, un ami bienveillant. Et ce n'est pas peu de chose.

JEAN-PIERRE

SIRONNEAU

Introduction

ENRI LEROUX a rejoint le département de Philosophie de la Faculté des Lettres de Grenoble à l'automne 1968, après les turbulences du printemps. Il arrivait de Marseille, sa ville natale; tout en enseignant la philosophie dans divers lycées du midi de la France, il avait suivi les séminaires de Gaston Berger et avait confirmé à cette occasion son orientation vers la phénoménologie; Gaston Berger était un homme hors du commun: à la fois chef d'entreprise, philosophe spécialiste de Husserl, rénovateur de la caractérologie en France, il avait terminé sa carrière comme directeur de l'Enseignement supérieur. Henri Leroux, qui avait de l'admiration pour ce maître, avait précisé au cours de ces années ce qui serait désormais l'axe de ses recherches, la phénoménologie, surtout celle de Max Scheler, et ses prolongements épistémologiques et sociologiques. En arrivant à Grenoble, Henri Leroux dut sacrifier à la tradition en prononçant une conférence à l'adresse de ses collègues et des étudiants. Qu'on me permette de rapporter ici une anecdote caractéristique de l'effervescence qui persista dans les Universités après la rentrée de 1968. Le département avait fait apposer dans le hall de la Faculté, une

H

20

JEAN-PIERRE

SIRONNEAU

affiche annonçant la conférence d'Henri Leroux sur la phénoménologie : sous le titre de la conférence, quelqu'un avait écrit en grosses lettres - c'était la mode des graffiti -la question suivante: « qu'apporte la phénoménologie aux ouvriers? ». Cette question, un tantinet provocatrice et naïve, et qui fit sourire Henri Leroux, n'était peut-être pas aussi incongrue qu'elle en avait l'air: elle paraissait suggérer, dans le sillage de la célèbre thèse de Marx, que l'heure n'était plus aux interprétations philosophiques, mais à la transformation sociale; cependant elle aurait pu vouloir dire aussi que tout homme, fut-il travailleur manuel, avait le droit et le devoir d'« aller aux choses mêmes », de décrire le vécu de sa conscience comme le vécu de sa vie sociale. Quoi qu'il en soit, l'entrée d'Henri Leroux dans la vie universitaire ne passa pas inaperçue. Il se chargea de plusieurs cours importants de philosophie, traitant' aussi bien de phénoménologie que de philosophie de la religion ou d'esthétique. Comment expliquer alors qu'au bout de quelques années d'enseignement de philosophie, Henri Leroux ait manifesté le désir de se consacrer plus particulièrement aux questions sociologiques et de rejoindre le département de sociologie et d'anthropologie qui avait été créé dans les années 1965 par le professeur Gilbert Durand? Essentiellement, je crois, à cause de son intérêt pour Marx Scheler et plus particulièrement pour le Max Scheler sociologue. Peu de travaux en France avaient été consacrés à cet auteur, si l'on excepte quelques pages de Gurvitch dans son livre sur la sociologie de la connaissance et les deux livres de Maurice Dupuis sur la philosophie de Max Scheler: l'ouvrage de Scheler sur la phénoménologie de la religion, Vom Ewigen im Mmschen, n'était pas traduit, mais surtout son ouvrage majeur de sociologie de la connaissance ProblemeeinerSoZiologie Wissensne sera des traduit aux PUF par Sylvie Mesure qu'en 1993 sous le titre suivant: Problèmes de sociologiede la connaissance.Henri Leroux savait depuis longtemps que Scheler avait appliqué la méthode phénoménologique à des domaines aussi divers que la religion, l'éthique, la connaissance etc. mais il avait décidé de centrer sa recherche plus particulièrement sur la sociologie du savoir de Scheler, qui fut un pionnier en ce domaine en Allemagne, sans oublier par ailleurs ses travaux sur la philosophie des valeurs, l'éthique, la personne, la guerre et la paix.

INTRODUCTION

21

De fil en aiguille, Henri Leroux, qui était un aventurier du savoir et n'acceptait pas de s'enfermer dans un seul auteur, fut conduit à se passionner aussi bien pour un des fondateurs de sociologie allemande comme Max Weber que pour les représentants du courant phénoménologique en sociologie (Alfred Schütz ou Peter Berger) ; il faut dire que par certains côtés, Weber était proche de Scheler: par exemple tous deux postulaient un conditionnement réciproque entre les sources de laconnaissance religieuse et l'organisation sociale des communautés. Henri Leroux s'est également toujours passionné pour les débats de la seconde moitié du xxe siècle concernant l'épistémologie et la sociologie de la connaissance, en particulier pour le débat entre Feyerabend et Lakatos qui occupa un temps son intérêt, ainsi que pour les travaux de Jürgen Habermas en épistémologie et sociologie. Henri Leroux, fidèle en cela à la grande tradition allemande, estimait que l'on ne pouvait séparer l'épistémologie philosophique de la sociologie de la connaissance. On ne peut séparer les recherches d'Henri Leroux des cours qu'il professait. Comme ses collègues s'étaient rendu compte de son immense culture philosophique ou esthétique et de sa générosité pédagogique, il était souvent sollicité soit pour créer des enseignements nouveaux, soit pour traiter de questions inscrites aux concours: par exemple il fit des cours de philosophie de la religion aux étudiants de philosophie préparant des concours, ou des cours de sociologie de l'art et d'esthétique à des étudiants de sociologie; il pouvait traiter aussi bien de l'esthétique de Hegel que du cinéma moderne, entre autres de Pasolini, ou de peinture qui était, en art, son domaine privilégié ; il était capable de faire partager avec ses étudiants son intérêt pour un peintre exigeant du Blauer Reitter (cavalier bleu), Jawlensky, moins connu que Paul Klee ou Kandinsky, mais tout aussi important. Dans un tout autre domaine, il créa avec Pierre Million, pour les étudiants en droit, un cours de philosophie et de sociologie du droit qui se prolongea durant de nombreuses années; ses références étaient très étendues: outre aux classiques de la philosophie du droit, il pouvait faire allusion à des auteurs peu connus en France, comme le libéral adepte des Lumières Thomas Paine ou le traditionnaliste catholique Danoso Cortès.

22

JEAN-PIERRE

SIRONNEAU

Henri Leroux était avant tout un passionné de l'échange intellectuel, avec ses étudiants et ses collègues, bien sûr, mais aussi et surtout par sa participation à de multiples colloques, où il intervenait toujours activement. Les textes rassemblés dans ce recueil sont issus, pour la plupart, de conférences prononcées au cours de ces colloques, en France ou en Allemagne: ils traitent soit de problèmes généraux de phénoménologie (colloque de Trèves), soit de la philosophie ou de la sociologie de Max Scheler (à Cologne, à Paris) soit d'autres sujets dont nous parlerons bientôt. Dans la dernière partie de sa vie intellectuelle Henri Leroux fit partie activement de la « Max Scheler Gesellschaft », domiciliée à Cologne et dirigée par le professeur Manfred Frings. Henri Leroux fut aussi, pendant plusieurs années, avec d'autres collègues philosophes et sociologues, membre actif d'un centre de recherches créé par le professeur Arion Lothar Kelkel, traducteur de Husserl, spécialiste de Husserl et de Heidegger, mais aussi de Habermas et de Hannah Arendt; ce centre, intitulé « Herméneutique et critique des idéologies» en référence à un célèbre article de Paul Ricoeur, organisa à Grenoble plusieurs colloques sur « Raison et légitimité », le thème de la décadence, puis, après le départ de A. L. Kelkel et sous la responsabilité de Pierre Million, sur « Max Weber et le destin des sociétés modernes» et sur « Religiosité, religions et identités religieuses» ; chaque fois Henri Leroux fit une communication. Enfin il faut souligner que Henri Leroux prit une part active aux travaux du « Centre de recherche sur l'imaginaire» de Grenoble, fondé et dirigé par le professeur Gilbert Durand. Plusieurs textes de ce recueil témoignent de cette participation. Malgré la diversité apparente des activités d'Henri Leroux dont les textes présentés ici témoignent, je voudrais souligner la très grande cohérence et l'unité profonde de la pensée d'Henri Leroux. Ses auteurs de prédilection sont tous des représentants de la grande pensée allemande du xx. siècle, que ce soit en philosophie et sociologie ou dans les sciences humaines en général: cohérence entre philosophie et sociologie de la connaissance, d'où son intérêt pour la question de l'intersubjectivité, soulevée par la phénoménologie et poursuivie pour Schlitz ou Berger; intérêt pour les débats entre épistémologie et sociologie de la connaissance (popper, Habermas, Feyerabend).

INTRODUCTION

23

Si l'on peut déplorer que ses obligations universitaires et sa subite maladie, ne lui ont pas permis de mener à son terme tout le travail entrepris, sur Scheler en particulier, les textes recueillis et présentés ici resteront un témoignage vivant de la profondeur et de l'originalité de la pensée de notre collègue trop tôt disparu. Il n'est évidemment pas question de résumer dans cette introduction les textes ici présentés: ils parlent d'eux-mêmes. Alain Blanc et ses collaborateurs ont judicieusement réparti ces textes en trois rubriques : à propos de Max Scheler, la sociologie allemande, la sociologie de la religion et de la culture. Je me contenterai de quelques remarques. La première partie comprend quatre textes: trois sont la transcription de conférences prononcées en Allemange dans le cadre des colloques organisés par la « Max Scheler Gesellschaft » sous l'autorité du professeur Manfred Frings. On y décèle l'intérêt d'Henri Leroux pour la philosophie des valeurs de Max Scheler, pour le concept de « renversement des valeurs» qui fait référence, bien sûr, à un thème nietschéen, mais surtout à la critique qu'en fait Scheler dans L'homme du ressentiment.Le second texte explicite plus particulièrement la critique que fait Scheler du formalisme kantien en lui opposant sa conception de « l'éthique matériale des valeurs» : toute sa vie Scheler a tenté d'échapper, concernant les valeurs, aussi bien au formalisme de Kant qu'au relativisme; d'où son effort pour fonder un ordre objectif et universaliste des valeurs centré sur la notion de personne. Le troisième texte intéressera plus particulièrement le lecteur français puisqu'il est consacré à la réception de Max Scheler en France, réception qui fut surtout sensible aux notions de personne et d'autrui; apparaissent dans ce texte les noms de Gurvitch, Merleau-Ponty, Ricoeur et surtout de Sartre àqui Henri Leroux consacre la deuxième partie de son article. Le quatrième texte, s'il se réfère d'abord à Max Scheler, constitue, par son sujet même, « la légitimation du capitalisme », une ouverture vers des sociologues allemands particulièrement intéressés par la naissance du capitalisme, Max Weber et Werner Sombart, bien sûr, mais aussi Ernst Troeltsch, connu comme sociologue des religions qui mit l'accent sur l'écart entre la pratique capitaliste et l'éthique chrétienne traditionnelle.

24

JEAN-PIERRE

SIRONNEAU

La seconde partie regroupe des articles analysant certains aspects de la sociologie allemande. Le premier cherche à cerner la personnalité riche et complexe de Max Weber: il fait apparaître ses interrogations, voire ses contradictions entre son travail scientifique et ses engagements personnels dans la politique allemande du début du siècle. C'est l'occasion pour Henri Leroux d'aborder un sujet souvent débattu chez les spécialistes de Weber, sa philosophie des valeurs et son éthique personnelle. Deux autres articles parlent de l'École de Francfort dont Henri Leroux était un familier: l'un examine avec précision, mais aussi esprit critique, le rôle de l'argumentation dans la théorie d'Habermas sur l'action « communicationnelle », utilisant deux autres concepts « habermassiens », « la sphère publique» et « l'opinion publique» ; l'autre étudie les rapports qu'entretient Michel Foucault avec l'École de Francfort, mettant en lumière les divergences et les convergences entre ces deux univers de pensée spécifiques, à propos de la raison des Lumières, de l'histoire, du pouvoir, du langage. On pourrait s'étonner de la présence, dans cette deuxième partie, d'un article consacré à un auteur, Oswald Spengler, se situant dans un tout autre horizon, celui d'une philosophie pessimiste de l'histoire. Outre qu'il s'agit d'une conférence se situant dans le cadre d'un colloque sur« La décadence », organisé par A. L. Kelkel, ce texte illustre ce que nous disions plus haut sur les intérêts intellectuels multiples d'Henri Leroux; tout en gardant une distance critique vis-à-vis de cet auteur, Henri Leroux a toujours été intéressé par la vision grandiose de la théorie spenglérienne des cultures et des civilisations et de leur déclin inéluctable. Il cite, à la fin de sa conférence, la phrase finale d'un livre de Spengler L'homme et la technique,dans lequel Spengler exalte l'attitude du soldat romain qui meurt debout fidèle à son poste, sous les cendres du Vésuve, à Pompéi: « tenir », « faire face », ces termes à résonance stoïcienne, sont évoqués en conclusion, avant le rappel de la célèbre phrase de Spengler: « une fin honorable est la seule chose dont on ne puisse frustrer un homme ». La troisième partie regroupe des textes assez divers sous la rubrique « Sociologie de la religion et de la culture ». Apparemment cette troisième partie semble plus éclectique que les précédentes: ceci est dû au fait qu'il s'agit, d'une part de textes résultant d'invitations à

INTRODUCTION

25

des colloques assez disparates, portant sur des thèmes comme « la Bible et les mythes », « la sociologie de l'art », « la littérature et l'anarchie », « la sociologie de la vie quotidienne », d'autre part de textes inédits, l'un sur Saint Bernard, l'autre sur les rapports de l'art et de la religion à propos d'un compte-rendu du livre de Gilbert Durand,
Beaux-arts et archétYpes.

Cet aspect éclectique des articles de cette troisième partie s'estompe si l'on analyse avec attention leur contenu; le dernier se situe dans le prolongement des études phénoménologiques et sociologiques d'Henri Leroux, dont nous avons parlé précédemment: il fait référence à la manière dont Max Weber, et surtout Alfred Schütz, tentent une description phénoménologique de l'action sociale et de la vie quotidienne, à travers le concept de « Lebenslvelt». Quant aux autres articles, ils s'attachent à des domaines qui ont toujours passionné Henri Leroux, l'art et la religion; l'article sur « La Bible et le théisme» lui donne l'occasion de se référer à des auteurs allemands qu'il connaît bien, Troeltsch, Hegel, Habermas, Cohen, Spengler, mais aussi à des
auteurs plus modernes, G. Dumezil,

J. Bottero,

H. Jonas, G. Durand,

H. Corbin. Dans tous ces textes on décèle la très grande culture d'Henri Leroux en littérature, en peinture et en musique; en témoigne particulièrement l'article intitulé « L'homme qui rit ou Hugo baroque », d'une originalité rare. L'article sur l'anarchisme traite d'un sujet qui, au premier abord, semble plus éloigné des préoccupations habituelles d'Henri Leroux; on est néanmoins étonné de la compétence et de la précision avec lesquelles il parle de Stirner, de Jünger, de Proudhon. Reste l'article inédit sur Saint Bernard: sans doute il touche à un domaine familier à Henri Leroux, celui de la philosophie et de la sociologie de la religion, mais je dois reconnaître que ce texte, en insistant sur l'extrême audace et l'extrême humilité de Saint Bernard, m'a révélé un Henri Leroux encore plus ouvert et plus profond que je ne croyais, capable de pénétrer dans l'âme d'un personnage sans doute hors du commun, mais séparé de nous par des siècles, étranger à notre mentalité moderne, souvent incompris, même et surtout par les chrétiens d'aujourd'hui; admirable texte que tous les amis d'Henri Leroux seront heureux de découvrir.

26

JEAN-PIERRE SIRONNEAU

Puisse ce recueil substantiel maintenir vivante la mémoire d'Henri Leroux, d'abord pour ceux qui l'ont connu, admiré et aimé, sa famille, ses amis, ses collègues et ses étudiants, mais aussi pour les générations à venir qui pourront mesurer et apprécier la richesse de pensée de notre collègue et ami.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.