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De la phrénologie humaine

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394 pages

Nous allons entrer dans l’analyse des facultés dont le cerveau est le siége et l’assemblage. Nous allons étudier l’homme dans ses actes les plus intimes, dans ses penchants les plus mystérieux. Les instincts se développant chez l’homme avant les autres facultés, nous suivrons l’ordre adopté par la nature, en commençant par les facultés instinctives et passionnelles dont le siége est placé dans les régions inféro-postérieures et latérales de la tête.

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Facultés Reflectives

Illustration

LE DOCTEUR GALL.

34. Comparaison          35 Causalitée.

A.-Pierre Béraud

De la phrénologie humaine

Appliquée à la philosophie, aux mœurs et au socialisme

A vous, dont les regards interrogent cet horizon restreint qui s’étend sur le monde, voici un système complet dont l’application constate la valeur de l’homme ; voici la Phrénologie avec ses résultats humanitaires ; la phrénologie tant accusée et si mal comprise ; la voici, non telle que les savants l’ont faite, mais simple, dégagée d’abstractions, naturelle et vraie. Lisez, jugez, et surtout appliquez. Nous vous le disons, c’est le système le plus puissant pour améliorer et affranchir l’homme de toutes les servitudes en le relevant de ses déchéances physiques et morales.

La phrénologie est la confirmation de tous les travaux entrepris sur l’homme ; l’analyse a étudié ses passions et ses facultés, la phrénologie est venue révéler leurs organes et préciser leur siège ; à sa lumière, plus d’ilotisme, plus d’impuissance absolue ; les aptitudes se constatent, les vocations se montrent, se classent par son diagnostic, et ce système devient la voie de salut des générations.

Bien des ouvrages ont été écrits sur cette matière, et pas un ne satisfait l’homme sérieux, avide de connaître. Excepté Gall, il semble que personne n’ait compris l’immense portée de la phrénologie. L’étude de l’homme dans toutes ses aspirations et transformations, le vaste assemblage de nuances diverses et de phénomènes étranges qu’il présente, ont été envisagés dans quelques parties seulement, et l’application a presque toujours été négligée. Les uns se sont bornés à rechercher des preuves, les autres ont réfuté de puériles accusations ;, ceux-ci sont restés contemplatifs sur les hauteurs de la physiologie, ceux-là se sont perdus dans les spéculations métaphysiques, et presque tous ont négligé la démonstration.

Dans son vaste génie réformateur, Broussais a peut-être aussi négligé l’application pour les spéculations élevées de la philosophie. Après l’illustre Gall, M. Vimont, par ses travaux et par son intelligence est le seul qui ait su philosophiquement. apprécier la phrénologie en recherchant ses bases dans l’échelle zoologique avec une lucidité admirable, en repoussant surtout les puérilités mesquines et ridicules que la plupart des phrénologistes avaient sérieusement accueillies. Nous avons voulu essayer pour l’homme ce que M. Vimont a fait pour les animaux, nous y avons mis tous nos efforts avec une intention consciencieuse.

L’application contient toute la phrénologie ; isolée jusqu’ici dans la théorie, elle est restée étrangère à ce progrès immense qui pousse chaque vérité au sein des masses, où les bienfaits de l’enseignement germent, éclosent et font surgir les messies de toutes les sciences. Peu de sciences ont su s’envelopper de formes attrayantes pour se faire comprendre ; se retirant loin de la foule, cachées sous des noms abstraits, revêtues de définitions nébuleuses et voilant leurs arcanes, il semble que presque toutes aient voulu soustraire à la foule leurs lumières et leurs enseignements.

Une science n’est vraiment utile qu’en descendant dans les esprits pour concourir au grand mouvement social. Au monde que les savants dédaignent d’instruire il fallait une phrénologie simple et facile, il fallait surtout un vulgarisateur ; nous avons essayé de remplir cette tâche en repoussant les détails arides et inutiles ; si nous ne l’avons pas accomplie, du moins avons-nous creusé davantage dans cette immense carrière, et poursuivi de notre analyse les nuances les plus fugitives des facultés de l’homme, en appelant de tous nos vœux un génie dont la vaste intelligence élève un étage de plus sur l’édifice de la physiologie du cerveau.

Nous avions placé dans ce livre la réfutation des lieux communs de ce pauvre M. Lelut en y joignant une réponse à cette bien plus pauvre brochure de M. Flourens, mais nous nous sommes assurés que Gall avait déjà mis à néant ces protestations de l’ignorance ; nous avons vu dans ses ouvrages, en foutes lettres, sa réponse à M Flourens, qui a bien voulu attendre la mort de l’illustre maître et celle de Broussais, pour essayer sur leur gloire ce que faisaient à Rome les insulteurs publics.

Repoussant la vieille métaphysique et les systèmes qui se débattent encore au milieu des ruines, nous avons laissé loin derrière nous ces sciences superbes si pleines de mots et si vides de faits, pour esquisser à grands traits une ébauche de philosophie, tant nous avions peine à voir celle des phrénologistes anglais, traduite par M. Fossati. Bien des accusations s’élèveront contre la hardiesse de nos déductions, mais les faits prouveront leur logique absolue ; partout où nous avons vu l’erreur nous l’avons combattue. A d’autres les systèmes brillants de l’imagination ; à nous, hommes d’avenir, la logique sévère et froide de la raison.

Obligé d’étudier la nature humaine dans toutes ses nuances, ce n’est pas notre faute si en appliquant la science à la nature des femmes, nous ne les avons plus trouvées aussi belles que la poésie les rêve et que le cœur de la jeunesse les aime. Il nous a fallu au nom de la science analyser chaque mobile, scalper chaque fibre de leur nature si multiple. Aussi, vous qui voulez des rêves ; vous, qui cherchez des fictions, n’ouvrez pas ce livre, n’interrogez pas la science.

INTRODUCTION

Depuis que l’homme s’est servi de l’observation pour éclairer son intelligence, un désir impérieux, un besoin tout puissant, ont constamment dominé sa pensée. A toutes les époques son attention investigatrice s’est attachée à la découverte des qualités de son semblable ; de tout temps il a voulu participer à la puissance mystérieuse de lire dans le fond de l’âme. Aussi, depuis que le jugement s’est mis au front de l’homme, comprenant, après de cruelles déceptions, suivant la parole d’un prince des diplomates, que la parole pourrait n’avoir été donnée à l’homme que pour dissimuler, son esprit s’est épuisé à chercher des règles divinatrices pour connaître d’après quelles formes extérieures on pourrait juger du cœur et lire dans les replis les plus profonds de l’âme humaine.

Ce besoin, tout homme l’éprouve ; à quelque classe qu’on appartienne, à chaque instant de la vie d’expérience, on juge, on s’efforce à deviner ; avant de prendre un ami, on essaie de pénétrer sa pensée ; avant d’accueillir l’étranger, on l’étudie, et souvent les déceptions se trouvent derrière les plus brillantes illusions de l’espérance. Et cela doit être. Si par l’observation des formes physiques extérieures on peut connaître le fond d’un caractère et ses aptitudes, si l’on peut juger de la pensée avant sa manifestation, c’est à leur siége qu’il faut les chercher.

Aussi, pour obtenir ce résultat, de nombreux systèmes se sont formulés et contredits, et d’erreurs en erreurs, l’humanité a marché plusieurs siècles. Cependant, au milieu de traditions erronées, de préjugés sans nombre, d’erreurs dix fois séculaires, un homme s’est levé pour recueillir les révélations de la nature qu’il osait interroger et suivre dans ses mystères, et pour lui arracher par l’étude ses secrets les plus merveilleux. Après avoir amassé des.matériaux et des faits immenses, ce génie vint un jour révéler au monde un système complet de la science de l’homme, et donner la solution d’un problême cherché par vingt générations. Ce révélateur fut l’illustre Gall, et son système, la physiologie du cerveau.

La phrénologie est la physiologie la plus complète du cerveau, c’est-à-dire la connaissance exacte de toutes ses parties qui correspondent à chacun de nos instincts, de nos sentiments, de nos penchants et de nos facultés intellectuelles et réflectives. Ainsi, partout les âmes sont semblables et tirées du même principe ; la nature les a créées uniformes dans leur essence, mais non dans leurs qualités fondamentales. Il y a une diversité de talents, d’aptitudes et d’instincts particuliers à chaque individu ; tout homme apporte en naissant un caractère propre ; chacun a une qualité que tous ne possèdent pas. Le génie dans un art ne donne pas le génie pour tous les arts ; tel grand mathématicien ne pourra juger de peinture ; tel philosophe ne pourra comprendre la poésie, etc. Il y a des musiciens naturels, des mécaniciens naturels, des peintres naturels ; chacun a son cachet caractéristique. Toutes ces facultés sont des qualités de l’âme qui, bien qu’immatérielle, réside cependant au cerveau. C’est donc au cerveau qu’il faut reconnaître les organes matériels de nos facultés ; c’est ce que la phrénologie a fait par ses observations.

Au surplus, de quelque façon que l’on considère ce principe intelligent, il faut reconnaître une âme ; cette âme a des qualités particulières auxquelles il faut des instruments pour se manifester, comme il faut à la musique un clavier pour ses notes. La phrénologie s’occupe seulement de reconnaître les organes, en admettant toujours l’âme comme principe, et il n’y a pas plus de matérialisme à admettre les cinq sens pour transmettre les sensations à l’âme, qu’il n’y en a à reconnaître des organes pour chaque faculté. De même qu’il y a un sens nerveux pour le toucher, un autre pour l’odorat et pour tous les sens, il y a un organe nerveux pour chaque faculté.

Ainsi donc, le spiritualisme et le libre arbitre n’ont rien à redouter de la phrénologie dans son application ; Dugald Steward l’a parfaitement exprimé dans les lignes suivantes : « Les faits seront toujours ce qu’ils ont été, et nous connaîtrons enfin les rapports entre le physique et le moral. Dans la pluralité des organes, un centre de passion et d’action devient nécessaire pour expliquer les phénomènes de la pensée ; les instincts, les penchants, les inclinations ne seront pas différents dé ce qu’ils ont été, seulement leur cause sera reconnue organique, et permettra de les développer ou d’arrêter leur énergie par l’éducation. Loin donc de porter à des conclusions fatalistes, la phrénologie donne un moyen d’exercer plus utilement sa liberté au profit de la morale et du perfectionnement de sa nature. »

La phrénologie admet la division des philosophes, des physiologistes et des phsycologistes, qui constatent des passions diverses et différentes facultés chez l’homme ; elle les admet et nous apprend à les connaître : conscience, volonté, sensibilité, telles sont les trois grandes divisions de l’esprit humain adoptées par la philosophie moderne. Quelles sont celles de la phrénologie ? Instinct pour volonté ; sentiment pour sensibilité ; intelligence pour conscience : le rapport est complet ; la phrénologie ne fait qu’appliquer les spéculations de la philosophie.

Après avoir démontré que la phrénologie n’est que la confirmation de ce que l’homme a de plus sain, le libre arbitre et le spiritualisme de son âme, cherchons à ce système quelques précédents, quelques autorités au milieu des travaux de l’antiquité. Cette science n’est point née tout à coup, ni sortie sans précédents du cerveau de l’illustre Gall, quel que soit d’ailleurs le mérite de ses nombreux travaux. De toute antiquité l’intelligence fut placée dans le cerveau ; Pythagore constate l’âme dans la tête ; Platon, qui divinisa l’intelligence, après avoir placé les passions dans les viscères, localisa l’intelligence dans le front ; Aristote lui-même, l’auteur de presque tous les systèmes philosophiques qui bien longtemps régnèrent dans nos écoles, a presque formulé tout un système phrénologique : il plaçait l’intelligence dans la partie antérieure du cerveau ; les sentiments dans la partie supérieure, et la mémoire dans les régions occipitales. Leucippe, Démocrite, Hyppocrate, Gallien, etc., etc., modifièrent ce système, mais en admirent toutefois les conclusions.

Déjà l’observation avait indiqué que les grandes divisions morales se reconnaissaient au physique ; ainsi les statuaires donnaient un large front aux héros dont ils sculptaient les formes pour la postérité. C’est particulièrement dans les statues de Jupiter et des grands hommes qu’on voit ces fronts saillants et larges, tandis que les hercules, les athlètes, les gladiateurs, offrent toujours des têtes étroites et des fronts déprimés. Les peintres, les poètes, donnaient aussi des fronts élevés au génie, et des nuques larges aux hommes passionnés. Nous verrons tout à l’heure quels rapports existent entre ces faits d’observation et la phrénologie ; quant à présent, il est constant que l’antiquité, ses penseurs, ses philosophes, ses poètes, ses artistes, connaissaient l’influence des formes de la tête sur le moral, et si nous avions besoin de preuves, le fait suivant suffirait à le démontrer.

C’était aux beaux jours de la Grèce, alors que florissaient ses philosophes demi-dieux, lorsque de toutes parts les esprits ravissaient à la nature ses mystères. Socrate enseignait un jour sur la place publique, entouré de ses disciples accourus des trois parties du monde ; un homme, un étranger parait, traverse la foule, s’avance et étend la main sur la tête du philosophe pour examiner, disait-il, si ses paroles étaient en rapport avec sa nature ; puis, après un rapide examen, il se tourne vers les disciples indignés de sa hardiesse et de la patience du maître, leur déclare que cet homme qui professait la vertu, et dont la parole était austère et toujours réservée, était lui-même dominé par les passions les plus violentes, par les penchants les plus mauvais. Socrate, arrêtant ses disciples prêts à lapider le téméraire, confirme ses paroles et ajoute que dès sa plus tendre jeunesse il lutte contre ses passions, qu’il n’a vaincues qu’en s’inspirant de la vertu dont il avait ainsi apprécié la force toute puissante.

Depuis l’antiquité, le même besoin s’étant fait sentir, on s’est livré à de continuelles recherches, car pour connaître la pensée et les secrets de sa manifestation, il faut juger du cerveau. Grâce à des recherches sans cesse renouvelées, à des efforts inouïs, de progrès en progrès nous sommes enfin arrivés au but de tant de travaux. L’histoire, depuis l’antiquité, enregistre à chaque siècle de nombreux essais tentés pour édifier le système que nous possédons ; enfin, dans son désir insatiable de tout connaître, l’homme est parvenu à d’importantes découvertes, qui, long-temps, restèrent imparfaites comme une ébauche, informes comme un germe.

Au milieu des révolutions qui ébranlaient les peuples, et malgré les ténèbres dont ils étaient enveloppés, alors que les traditions de toutes les sciences reléguées au fond des monastères laissaient les hommes livrés à l’ignorance, le moyen-âge s’occupa de phrénologie. La renaissance continua ses recherches. Alors l’intelligence osant se lever contre les passions, l’esprit domina la matière ; de toutes parts les traductions révélant un nouveau monde à la société, l’inspiration vint ranimer les esprits en leur présentant un nouvel avenir, et là pensée s’ëmancipant, l’audace d’un génie annexait un nouveau monde à l’ancien.

Au moyen-âge, après qu’Abeillard eut de sa voix puissante imprimé une direction nouvelle à la philosophie, la phrénologie trouva de fervents adeptes, et prit un nouvel essor. La traduction d’Aristote ayant réveillé l’attention, on voulut aller plus avant, et nous voyons en 1296 un célèbre philosophe écossais, après avoir traduit les philosophes anciens, modifier Aristote sur ses fonctions du cerveau, réformer son système, appeler l’attention sur ses travaux, tenter d’établir une division du crâne, et publier ses découvertes appuyées sur des faits nombreux, en soutenant publiquement qu’un rapport existait entre la nature des facultés de l’âme et la forme du crâne. Après Bernard Gerdon, en 1450, Albert-le-Grand, évêque de Ratisbonne, si célèbre par ses disputes théologiques, fut aussi un révélateur de la phrénologie. Après avoir observé les hommes et médité attentivement sur le rapport des aptitudes et des passions avec la forme du crâne, il divisa les facultés de l’âme en plusieurs fonctions, correspondant à diverses parties du cerveau, qu’on devait reconnaître à l’extérieur de la boite osseuse, où il marqua le siége de chaque faculté. Son système plaça le sens commun contre la partie antérieure du front, l’imagination sur le sommet de la tête, et les forces motrices derrière l’occipital. Lui-même appliquant son système il publia des plans de sa division du cerveau par organes.

Certes, lorsqu’on voit une des lumières de l’église observer et appliquer de pareils faits, le matérialisme, cette banale accusation, doit disparaître. Saint Thomas d’Aquin admit aussi et appliqua les découvertes de l’évêque de Ratisbonne. Ce sont là de puissantes autorités, de savants témoignages que la connaissance de l’homme se révèle par les formes extérieures ; c’est de l’histoire, de l’histoire authentique, et si nous n’étions pressés d’arriver à de nouvelles preuves, du milieu de ce moyen-âge frémissant d’émancipation, alors que les sciences prêtes à renaître laissaient planer les ténèbres, des faits merveilleux surgiraient en foule.

Jusque là, les divisions établies des organes du cerveau, restreintes et peu nombreuses, n’étaient pas toujours incontestables dans leurs reproductions, à l’extérieur du crâne. Huit ou dix facultés composaient ce qui avait été découvert ; mais l’attention des esprits, vivement excitée par des résultats merveilleux, chacun fit de nouvelles recherches ; on observa qu’en effet, chaque homme, se distinguant par un genre de génie, de talent ou d’aptitude, se distinguait aussi par les formes de la tête. On commenta les philosophes, l’opinion d’Aristote servit d’autorité, chaque penseur voulut pénétrer dans cet abîme des mystères de la nature, et l’impulsion donnée, de tous côtés on explora ce nouveau monde ; de nouvelles observations firent jaillir la lumière, et la phrénologie fit quelques pas de plus.

Mais, ainsi que pour toutes choses de ce monde, dans l’exaltation du désir de tout approfondir, dans le besoin de tout s’assimiler, et dans l’orgueil de tout connaître, à force d’analyses et de tentatives insensées, dépassant le but de cette découverte, on voulut arracher à Dieu sa providence et ravir au destin ses décrets d’avenir.

Mais aussi, quelle séduction magique que de pouvoir déchirer le voile qui cache les destinées humaines, par la connaissance des instruments des facultés de l’homme ! Et nous trouvons à cette époque de transition, toutes ces tendances représentées dans la personne d’un magicien célèbre dont les oracles portaient sur les formes du cerveau, et parvenaient à une grande précision ; ses diagnostics étonnèrent le monde, et lui valurent l’attention de la Sorbonne, qui, pleine de colère, fit comparaître à sa barre ce nouvel augure. Il y vint pour soutenir que le cerveau était composé de cellules dont chacune servait de siége à une faculté particulière, qui se reconnaissait par la forme du crâne. La Sorbonne répondit par une condamnation, et fit brûler en place de Grève ce savant qui déjà pressentait la phrénologie de Gall. Jaloux de la réputation de Mendiny de Luzzy, séduits par ses succès, plusieurs penseurs voulurent aller plus avant. Après avoir marché quelque temps sur ses traces, ils arrivèrent au même bûcher qui dévorait alors tous les novateurs, tous les apôtres du progrès dont la pensée osait s’affranchir des limbes de l’ignorance.

On abusait alors des sciences physiques ; mais si les livres hermétiques, si les sciences occultes, l’astrologie judiciaire, avaient égaré la raison des hommes, l’humanité leur dut ses plus belles découvertes. La chimie, la physique, naquirent de l’alchimie ; l’astronomie, de l’astrologie judiciaire, et des livres d’Hermès sortirent de grandes vérités physiologiques. Il en fut dè même pour cette phase de la phrénologie La divination, qui voulut en tirer parti, fit faire de nouvelles recherches afin de connaître plus profondément, et de nouveaux faits vinrent s’ajouter aux autres. Les excès appelèrent l’attention des philosophes. Frappé des vérités qu’il rencontrait, et comprenant l’immense utilité de leur connaissance, après avoir abandonné tous ses autres travaux pour se livrer exclusivement à leur étude, l’un d’eux publia en 1588 un ouvrage remarquable sous ce titre : Examen des esprits dans leur aptitude aux sciences et aux arts, dans lequel il prouva que chaque homme apporte en naissant son genre d’esprit, d’aptitude, de caractère, et que chacune de ces dispositions correspond constamment à une forme particulière de tête.

Michel Huarte, fut le premier qui définit complètement les facultés de l’homme ; aussi fut-il un des premiers qui joignirent l’application à la théorie. La ligue venait d’expirer ; Huarte, ami et médecin du maréchal de Byron, alors en pleine faveur auprès de Henri IV, et que le maréchal avait ramené d’Espagne, voulut un jour essayer son système sur la tête de son maître ; et l’histoire contemporaine enregistra cet oracle si fatalement accompli : « Si vous ne retournez en vos terres, votre tête ira cheoir en Grève ! » Ce fait dut sembler un prodige, et cependant cet oracle s’explique : homme de guerre et de passions, dévoré de besoins insatiables, sans fermeté de caractère, le maréchal devait être à qui lui donnerait de l’or ; l’Espagnol l’acheta. De nos jours, des faits plus étonnants se produisent et s’expliquent par la phrénologie.

En 1596 un autre ouvrage répondit à Huarte par une éclatante confirmation de ses principes ; Jean-Baptiste Porta, philosophe et physiologiste, prétendit que la tête, quoique reproduisant fidèlement le caractère, avait quelques rapports avec le visage, et publia les premiers éléments de physionomomie. Enfin, Charles Bonnet, physiologiste aussi savant que grand philosophe, fut le précurseur de la phrénologie et vint joindre sa voix à celle de tous ses devanciers. Pressentant complètement les découvertes de Gall, et considérant le cerveau comme l’assemblage de divers organes, il publia, en 1770, un livre où il démontre que l’âme a ses organes dans les circonvolutions cérébrales ; que par conséquent on doit les reconnaître par la forme, parce qu’il y a une multiplicité d’aptitudes, de passions et de caractères ; d’où il conclut que celui qui devinerait la structure du cerveau, et le siége de chaque faculté, lirait comme dans un livre ouvert, d’après la forme du crâne, les pensées, le caractère et toutes les nuances d’aptitudes, de passions et de facultés propres à chaque individu ; ce que Willich, dix ans plus tard, vint confirmer en soutenant que le cerveau est le siége de tous nos penchants et de toutes nos passions. De nombreuses autorités se présentent encore, mais s’il fallait toutes les nommer nous n’en finirions pas.

Ces faits suffiront pour admettre que, dédaignant les vaines théories d’une philosophie obscure et capricieuse, et leurs manifestations par des organes comprenant la division des facultés dans le cerveau, l’esprit a de tous temps voulu connaître les signes matériels qui les révélaient à l’observation ; et si toutes ces recherches n’ont pu parvenir à édifier un système complet j si le doute s’est élevé sur le siége des facultés, c’est qu’il leur a manqué, à tous ces grands investigateurs de la nature, la connaissance approfondie de l’anatomie du cerveau, que l’illustre Gall vint révéler aux savants pour expliquer les phénomènes des facultés cérébrales et de l’entendement humain.

Ce qu’on connaissait alors en. phrénologie, quoique très incomplet sous beaucoup de rapports, s’appuyait cependant sur l’observation, et pouvait, bien que très sommairement, fournir des données générales. Aussi, de toutes parts l’on s’empressait de se livrer aux applications. Dans les écoles le maître essaya de deviner sur le front de l’élève le signe de sa vocation, et de découvrir ses aptitudes ; dans les tribunaux, le juge incertain, au milieu de témoignages contradictoires, en appelait aux formes extérieures de l’accusé. Partout on fit des épreuves, partout on tenta des essais.. En Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en France, et jusqu’en Italie, on obtint des résultats. Le marquis de Mascardy, chef de la justice criminelle à Naples, en donnait lui-même l’exemple : toutes les fois qu’un condamné à mort devait subir son supplice, et qu’il n’avait point avoué son crime, bien qu’il eût été suffisamment convaincu par des témoignages nombreux, il le faisait comparaître devant lui, examinait attentivement son ensemble et particulièrement sa tête ; après quoi il rendait un jugement définitif pour ordonner ou pour suspendre l’exécution.

Les connaissances en anatomie n’ayant pas encore révélé la structure du cerveau, que l’on coupait par tranches horizontales, afin d’en étudier l’intérieur, on arriva à créer des données générales pour juger une organisation ; plusieurs systèmes se formulèrent sur les rapports du cerveau avec la force d’intelligence. Chaque savant présenta ses hypothèses ; beaucoup approchèrent de la vérité, et tous demeurèrent unanimes pour juger l’intelligence d’après les formes du front. Le savant Cuvier se livra avec ardeur à ces travaux ; il admit plusieurs proportions de tête, constatant que celles d’un volume supérieur à celui du visage étaient les plus intelligentes. Cabanis construisit aussi son système sur le front ; Camper reconnut dans l’angle facial le caractère du génie. Beaucoup d’autres illustrations scientifiques admirent aussi de gratuites hypothèses ; mais nous laisserons tous ces systèmes, retombés dans un oubli légitime, que nous avons rappelés pour constater la tendance des esprits sérieux de toutes les époques à étudier l’homme et à le juger d’après les formes de sa tête.

Néanmoins, dans leur énergique entraînement à secouer ces langes qui cachaient le secret de la nature humaine, dans leur besoin de rechercher les causes de nos penchants et de nos facultés, tous les philosophes, Aristote, Platon, Leucippe, Démocrite, Simonide, Hyppocrate, Augustin, Grégoire de Tours, Descartes, Locke, Condillac, Bacon, ont presque tous, à différents titres, fait de la phrénologie, tourné autour d’elle et pressenti sa nécessité, sa découverte. Les uns ont pensé que la nature avait une manière d’être et de sentir suivant chaque individu ; les autres ont placé l’âme dans les membranes cérébrales, ou dans le rachis, ou dans la glande pinéale, ou dans la grande cavité du corps calleux, ou dans les tubercules quadrijumeaux, et tous ont fait dépendre les facultés de l’intelligence, les passions et les sentiments de l’organisme cérébral, ce que Haller et Sœmmering ont confirmé par de nombreuses expériences.

Toute la physiologie du cerveau repose sur ce principe : L’âme a-t-elle les mêmes facultés chez tous les hommes ? Tous les philosophes ont répondu négativement ; donc l’âme a plusieurs facultés, plusieurs organes pour ses facultés. Au surplus, nous verrons tout à l’heure des faits concluants apparaître, et plus tard, en pénétrant plus avant dans l’étude de l’homme, nous reconnaîtrons que la phrénologie existait virtuellement, que ses observations avaient fixé toutes les intelligences, et que, sans s’en douter, chacun se fait une phrénologie usuelle, sans règle, sans explication, niais toute de faits.

Nous venons de le voir, ce besoin de juger, d’étudier l’homme, a fait surgir de nombreux systèmes, qui tous avaient les mêmes tendances, l’étude des facultés de l’homme. Deux grandes écoles se partagèrent l’humanité ; l’une, dans son entraînement à connaître notre nature et ses facultés, dans son enthousiasme du merveilleux, s’est bien souvent trompée ; satisfaite d’observer dans leurs résultats toutes les facultés, l’autre les a analysées, et la psychologie s’est élevée sur sa synthèse ; mais ces deux tendances de l’esprit humain, l’empirisme et l’analyse, devaient amener d’immenses transformations, quand viendrait un homme qui, cherchant la vérité et ne se contentant ni des données merveilleuses des uns, ni de la métaphysique obscure des autres, voudrait cependant tirer parti de chacune d’elles, en prenant à l’empirisme soii observation, à la métaphysique son analyse des facultés.

Et bientôt un puissant génie vint à surgir du fond de l’Allemagne pour résoudre ce problème. Sa solution fut trouvée dès que l’illustre Gall eut formulé son système et publié ses découvertes :

Bien jeune encore, l’observation l’avait éclairé de son flambeau. L’étude approfondie de l’anatomie qui lui dut son plus grand progrès, car le premier il enseigna le déplissement du cerveau, des travaux immenses et des faits innombrables lui ayant démontré les rapports existant entre le cerveau, chacune de nos facultés et le crâne ; observant que chacun avait telle faculté qui manquait aux autres, il établit que les penchants et les facultés de l’homme et des animaux sont innés ; que le cerveau est l’organe et le siége de tous nos instincts, de tous nos sentiments, penchants, aptitudes, facultés réflectives et de toutes nos qualités morales. Principes reconnus par la plupart des philosophes ; en effet, tous avaient constaté le siége des facultés dans le cerveau, mais pas un seul ne donna le secret de les reconnaître, et leurs travaux fussent à jamais demeurés stériles, si Gall n’eût rempli cette immense lacune.

Sa doctrine prouva que chacun de nos instincts, de nos penchants, de nos sentiments, de nos talents, et chacune de nos facultés intellectuelles et morales, a dans le cerveau une partie qui lui est spécialement affectée, un siégé déterminé ; que le développement de ces diverses parties, qui forment comme autant de petits cerveaux ou d’organes particuliers, se manifestant à la surface extérieure de la tête par des signes ou protubérances cranioscopiques, on peut reconnaître au tact, à la vue, les dispositions, les qualités intellectuelles, physiques et morales, les talents, les passions, les pensées, les aptitudes, propres à chaque individu.

L’observation démontré, l’anatomie prouve que l’âme réside au cerveau, parce que c’est là que viennent aboutir les cinq sens conducteurs des sensations. Galien de l’école d’Alexandrie, le premier, a constaté ce fait, et après lui tous les physiologistes l’ont reconnu. Par conséquent la pensée n’agit que par la sensation qui vient exciter le cerveau ; si ce dernier est malade, la sensation est obtuse et incomplète. Au surplus, un nerf serré par une ligature perd la faculté d’exciter des sensations ; on peut alors irriter, brûler, couper le nerf au-dessous de la ligature, sans que le cerveau en ait connaissance. La compression du nerf olfactif entraîne la privation de l’odorat ; la compression du nerf de l’organe visuel entraîne la cécité, etc. ; ainsi pour chaque nerf de sensation, et cette paralysie cesse du moment où la compression n’a plus lieu.

C’est donc au cerveau que réside l’intelligence. D’ailleurs, ne se sent-on pas fatigué dans la tête après un travail trop long-temps prolongé de la.pensée ; et, lorsque la douleur vient convulser l’organisme, n’est-ce pas au front que l’on porte la main ? Mais, il y a plus, tous les philosophes, tous les physiologistes, ont considéré le cerveau comme l’instrument de l’âme ; mais ils en sont restés là sans oser aller plus avant.

Eh ! qu’est-ce donc, en définitive, que le cerveau ? Une nappe fibreuse, admirable de structure, de substance grise et blanche, partagée en deux hémisphères, dont chaque partie est reliée à l’autre par des fibres nerveuses transversales, appelées commissures ; une masse reployée sur elle-même par circonvolutions, dont la surface présente des lobes, des sinuosités séparant distinctement chaque lobe, et enveloppées ensuite des méninges sur lesquelles le crâne est moulé.

Mais il est étrange que les philosophes en aient fait le siége de l’âme et de ses facultés... C’est en vain que nous cherchons dans chaque pli, dans chaque lobe, leur principe d’existence ; nous ne trouvons que de la substance cérébrale...

C’est qu’anatomistes et philosophes ont de tout temps compris qu’on n’avance pas seulement par le scalpel dans l’étude de la nature, et qu’il faut autre chose encore que deux bons yeux pour y voir en physiologie ; c’est qu’ils savaient que dans tous les secrets de la nature, le principe échappe à nos sens, et ne nous laisse, ne nous montre que le résultat. Si un exostose se forme à l’intérieur du crâne, si le cerveau en est comprimé, si une inflammation des viscères abdominaux porte le trouble et l’altération dans l’encéphale, la folie ne tarde pas à se manifester. Si l’on enlève les deux hémisphères du cerveau, toutes les pensées disparaissent, sans que pour cela la vie s’éteigne aussitôt.

Ainsi donc l’âme est reconnue au cerveau, et ses organes, ses instruments, ne s’y trouveraient pas ! mais ce serait un oubli de la divinité ; et lorsque dans toute la nature il n’est pas deux corps différents qui n’aient des qualités, des propriétés opposées ; lorsque dans notre organisme entier il n’est pas deux organes, deux parties qui aient la même destination ; lorsque le cœur est pour la circulation du sang ; les reins pour les urines ; les poumons pour la respiration, etc., etc. ; lorsque la même corde musicale rend un son différent à chacune de ses parties ; lorsque enfin chaque partie a une propriété, et que cette propriété se subdivise en plusieurs autres, toutes ces parties distinctes du cerveau, toute cette admirable texture fibreuse, seraient sans destination ! Mais pourquoi l’âme y résiderait-elle plutôt que dans le cœur, plutôt que dans le foie ou dans les poumons ? N’est-ce pas que là, dans, chaque circonvolution, se trouve un organe de faculté, et que l’âme, placée dans cet admirable clavier, n’a besoin que de la sensation pour faire vibrer la pensée, et de ces notes diverses, de ces organes multiples, produire et mettre enjeu les sentiments, les passions et l’intelligence !

Chaque partie du cerveau possède une faculté ; c’est là toute la phrénologie : les preuves ne nous manqueront pas. Chaque organisation se distingue des autres par un caractère propre au penchant dominant, une faculté principale ; par un genre spécial d’aptitudes ; pourquoi cela, si ce n’est qu’il y a chez l’homme une multiplicité de facultés dont les plus dominantes forment le caractère, et nous le verrons en examinant ces jeunes natures qui peuplent les établissements où se forme et s’instruit l’intelligence, avant que l’éducation du monde les ait faussées. Dans ces maisons où l’esprit et le corps sont formés aux mêmes enseignements, sous les mêmes maîtres, à la même température, quelle diversité bizarre, quels contrastes étranges ! Chacun porte un cachet particulier ; les uns apprennent vite et sans travail, d’autres ne peuvent rien retenir malgré leurs efforts ; ceux-ci brillent par l’élégance de leur composition, le style de ceux-là sera roide et empesé ; plusieurs se livrent au dessin et leurs maîtres servent de modèles ; ici on pratique les échanges, plus loin quelques-uns recherchent la solitude, d’autres sont pensifs et rêveurs ; un certain nombre sont doux et timides, d’autres la terreur de leurs camarades. Tous ont une aptitude, musique, coloris, dessin, mécanique, mathématiques, etc., qui se développe avant et souvent malgré l’instruction. Pourquoi ces différences de caractères, sous l’influence cependant des mêmes impressions ? C’est que chacun se livre à son penchant, et que le penchant principal entraîne et domine.

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