Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 28,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

De la suggestion

De
467 pages
La méthode de Bernheim (1840-1919) consistait à suggérer, sous hypnose, la disparition du symptôme. Le principe en était le suivant : l'hypnotisme, comme le sommeil naturel, exalte l'imagination et rend le cerveau plus accessible à la suggestion. Provoquer par l'hypnotisme cet état psychique spécial et exploiter dans un but de guérison ou de soulagement la suggestion ainsi artificiellement exaltée, tel est le rôle de la psychothérapeutique hypnotique. Cette attitude thérapeutique s'opposait à l'attitude purement nosographique de la Salpêtrière qui étudiait l'hypnose à tire d'état morbide (hystérique).
Voir plus Voir moins

DE

LA SUGGESTION ET DE SES APPLICATIONS A LA THÉRAPEUTIQUE

Collection Encyclopédie Psychologique
dirigée par Serge Nicolas

La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Du même auteur et sur le même thème H. BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique (1884), 2004. Serge NICOLAS, L'hypnose: Charcot face à Bernheim, 2004. Dernières parutions A. BINET, L'étude expérimentale de l'intelligence (1903), 2004. A. BINET, & Th. SIMON, Le développement de l'intelligence (1908), 2004 A. BINET, La graphologie: Les révélations de l'écriture (1906), 2004. A. BINET & V. HENRI, la fatigue intellectuelle (1898), 2004. A. BINET, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs (1894) A. BINET, La suggestibilité (1900), 2005. Pierre JANET, La psychanalyse de Freud (1913), 2004. Pierre JANET, Contribution à l'étude des accidents mentaux (1893),2004. Pierre JANET, Premiers écrits psychologiques (1885-1888), 2005. Pierre JANET, L'amour et la haine (1925),2005. F. A. MESMER, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal (1779) Serge NICOLAS, Théodule Ribot: fondateur de la psychologie, 2005. Serge NICOLAS, Les facultés de l'âme, histoire des systèmes, 2005. Paul BROCA, Ecrits sur l'aphasie (1861-1869), 2004. Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues (1866),2004 J. DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal (1813,2 vol.), 2004 F.J. GALL, Sur les fonctionsdu cerveau(Vol. 1, 1822), 2004. J. BRAID, Hypnose ou traité du sommeil nerveux (1843), 2004 E. E. AZAM, Hypnotisme double conscience, le cas Félida (1887), 2004. A. DESTUTT DE TRACY, Projet d'éléments d'idéologie (1801), 2005. P. LAROMIGUIÈRE, Leçons de philosophie (1815,1818,2 vol.), 2005. F. J. NOIZET, Mémoire sur le somnambulisme (1820-1854),2005. Th. RIBOT, Les maladies de la mémoire (1881),2005.

Hippolyte BERNHEIM

DE LA SUGGESTION ET DE SES APPLICATIONS A LA THÉRAPEUTIQUE

(1886)

avec une préface de Serge Nicolas et une critique de Sigmund Freud et d'Alfred Binet

cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8691-X

EAN : 9782747586917

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR

Hippolyte Bernheim (1840-1919) est connu pour être le principal représentant de l'École de Nancyl qui osa s'opposer fermement au cours des années 1880-1890 à fameuse École de la Salpêtrière dirigée par JeanMartin Charcot (1825-1893). La méthode thérapeutique de Bernheim consistait à suggérer, sous hypnose, la disparition du symptôme ou de sa cause prochaine. Le principe en était le suivant: L'hypnotisme, comme le sommeil naturel, exalte l'imagination et rend le cerveau plus accessible à la suggestion. Provoquer par l'hypnotisme cet état psychique spécial et exploiter dans un but de guérison ou de soulagement la suggestion ainsi artificiellement exaltée, tel est le rôle de la psychothérapeutique hypnotique. Cette attitude thérapeutique s'opposait à l'attitude purement nosographique de la Salpêtrière, qui étudiait l'hypnose à titre d'état morbide (hystérique). Bernheim tendra même quelques années plus tard à limiter sa méthode thérapeutique à la seule suggestion verbale, sans plus se préoccuper de provoquer l'état hypnotique proprement dit. L'ouvrage qui fit connaître Bernheim fut publié en 1884 (De la Suggestion dans l'État Hypnotique et dans l'État de Veille2) et fit figure de manifeste à la nouvelle École de Nancy. Deux ans plus tard, il fit paraître une nouvelle édition remaniée et très augmentée de ce livre qui va désormais porter le titre: De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique. Alfred Binet (1857-1909), alors collaborateur de Charcot à
1 Pour un historique: Nicolas, S. (2004). L'hypnose: Charcot face à Bernheim. L'école de la Salpêtrière face à l'école de Nancy. Paris: L'Harmattan. 2 Bernheim, H. (1884). De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille. Paris: Doin. Ce livre a été réédité en 2004 chez L'Harmattan à Paris dans la collection Encyclopédie psychologique.

v

la Salpêtrière, donnera à la Revue philosophique de la France et de l'Étranger en novembre 1886 une critique3 très étendue de l'ouvrage à laquelle Bernheim va répondre en janvier 1887 en des termes forts4. C'est cette édition du livre de Bernheim (1886) qui va être traduite en allemand par Sigmund Freud (1856-1939). Il ne faut pas oublier qu'à l'époque Freud utilise l'hypnose comme technique thérapeutique après avoir effectué un stage en 1885 dans le service de Charcot à la Salpêtrière. Il découvre alors l'ouvrage polémique de Bernheim qui critique les expériences faites à la Salpêtrière. Il annonce à son ami Fliess en ces termes la nouvelle: «Quant à moi, je me suis je té, ces dernières semaines, sur l'hypnose et j'ai obtenu toutes sortes de succès, petits mais surprenants. Je projette aussi de traduire le livre de Bernheim sur la suggestion. Ne me le déconseillez pas puisque mon contrat est déjà signé» (lettre du 28 décembre 1887). Un premier extrait de cette traduction va paraître le 30 juin 1888 dans la Wiener medizinische Wochenschrift sous le titre Die Suggestion und ihre Heilwirkung. Dans la préface qu'il donne au livre, datée d'août 1888, Freud va essayer de défendre l'école de la Salpêtrière. L'ouvrage de Bernheim dans sa traduction allemande5 paraît au second semestre de la même année. Il écrit à Fliess: «Je ne partage pas les opinions de Bernheim qui me semblent par trop unilatérales et j'ai cherché, dans l'avant-propos, à défendre les points de vue de Charcot. J'ignore si je l'ai fait adroitement, mais je sais que ce fut sans succès. La théorie suggestive, c'est-à-dire introsuggestive, de Bernheim agit sur les médecins allemands à la façon d'un sortilège banal. Ils n'auront pas beaucoup de chemin à faire pour passer de la théorie de la simulation, à laquelle ils croient actuellement, à celle de la suggestion» (lettre du 29 août 1888).

3 Binet,

A. (1886).

Revue

de l'ouvrage

de H. Bernheim:
avec

De la suggestion

et de ses

applications à la thérapeutique. Un vol. in 8°, 428 p.

figures dans le texte. Paris, Doin,

1886. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 22, 557-563. 4 Bernheim, H. (1887). Réponse à l'article de M. Binet sur le livre de M. Bernheim: De la suggestion et de ses applications thérapeutiques. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 23, 93-98 ; et Revue de l'Hypnotisme expérimental et thérapeutique, 1,213-218. 5 Bernheim, H. (1888). Die Suggestion und ihre Heilwirkung. Autorisierte deutsche Ausgabe von Sigmund Freud. Leipzig und Wien : F. Deuticke (XXVI, 414 S).

VI

Une revue critique de l'ouvrage de Bernheim par Binet6 (1886) «Ce volume est la seconde édition, considérablement augmentée, du livre que M. Bernheim a fait paraître en 1884 sur la suggestion hypnotique. Comme la Revue a rendu compte, en son temps, de la première édition, nous n'avons à parler ici que des additions faites à la seconde. Aussi est-il inutile d'insister sur les procédés de l'auteur pour obtenir le sommeil et sur les caractères du somnambulisme qu'il a l'habitude de provoquer. On sait que M. Bernheim n'emploie et ne connaît que la suggestion. La suggestion, dit-il nettement dans sa préface, est la clef du braidisme. Toute cette partie a paru en 1884, et l'auteur y a peu ajouté. D'ailleurs ses descriptions se confondent absolument avec celles de M. Beaunis et de M. Liébeault, si bien que l'on se demande quelle peut bien être dans tout cela la part de M. Bernheim. Il est peut-être utile, dans ces questions qui sont encore en pleine évolution, de rapporter à chaque auteur la paternité de ses œuvres. Nous ferons donc remarquer que les changements de personnalité et les suggestions à échéance éloignée appartiennent à M. Richet; les vésications suggérées ont été découvertes par M. Focachon ; l'hémorrhagie suggérée, par MM. Bourru et Burot ; les phénomènes improprement appelés hallucinations négatives sont déjà de date ancienne; les hallucinations et illusions suggérées remontent encore plus loin (M. Richet les a étudiées en 1875) ; les suggestions à l'état de veille, sans hypnotisme, appartiennent à Braid; la division du somnambulisme en six degrés est de Liébeault ; les suggestions criminelles et leurs applications possibles à la médecine légale ont été signalées pour la première fois par M. Féré ; les mouvements par imitation ont été décrits par Heidenhain, Richer, etc. ; la résistance de l'hypnotique aux ordres a été définie par M. Richet. Ce qui appartient en propre à M. Bernheim, c'est d'avoir, comme M. Beaunis, illustré par des exemples nouveaux ces faits connus. Mais qu'il y a loin de ses recherches aux ingénieuses expériences de M. Beaunis, qui est vraiment un expérimentateur de race! M. Bernheim n'a pas su renouveler la méthode, et nous trouvons un anachronisme dans le fait de recommencer la description pure et simple des hallucinations provoquées. À quoi servent ces répétitions, si on n'a rien de nouveau à nous apprendre sur le
6

Binet, A. (1886). Revue de l'ouvrage de H. Bernheim: De la suggestion et de ses

applications à la thérapeutique. Un vol. in 8°, 428 p. avec figures dans le texte. Paris, Doin, 1886. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 22, 557-563.

VII

mécanisme du phénomène? Autant vaudrait décrire toutes les formes que prend un morceau d'argile sous la main qui le pétrit. À notre sens, la provocation d'un effet quelconque par suggestion n'est pas toute l'expérience, elle n'en est que le commencement; s'arrêter là, c'est avoir la clef en main pour ne pas s'en servir. Il faut de plus soumettre ces phénomènes subjectifs à une expérimentation qui en dégage les signes objectifs. » «L'absence de cette méthode d'objectivation entraine M. Bernheim à nous donner des observations dont le moindre défaut est de manquer de preuve. Tels sont ses récits d'hallucinations provoquées; certes nous ne les frappons pas d'un doute général; mais, mis en présence de tel cas particulier, nous ne saurions être absolument certain que le sujet a réellement éprouvé une hallucination: scepticisme qui aurait des conséquences graves au point de vue médico-légal. » «Ce qui domine ce livre, c'est une théorie de la suggestion poussée si loin qu'elle finit par se détruire elle-même. En effet, s'il est vrai que tout est suggestion dans l'hypnotisme, cet état ne possède aucun caractère autre que les caractères suggérés: c'est dire qu'il ne présente rien d'intéressant en dehors du fait même de la suggestibilité des sujets. Quand M. Bernheim nous dit que le dormeur est seulement en rapport avec l'opérateur, on pourrait lui objecter ironiquement que c'est par suggestion qu'on a persuadé à l'endormi de répondre seulement à cette personne. - Quand le même auteur prétend que certains sujets se rappellent les faits de leur sommeil en fermant les yeux, on pourrait lui dire encore que c'est de la suggestion, et ainsi de suite. Telles sont les conséquences de la fausse position où l'auteur s'est placé. Au reste, nous aurons prochainement l'occasion de montrer que la suggestion ne saurait englober tout l'hypnotisme, car elle n'est que le renouvellement, sous forme idéale, d'une irritation périphérique antérieure; l'idée suggérée ne peut être que l'écho d'une sensation plus ancienne, et dès lors la méthode psychique ne peut venir qu'après la méthode physique. Sans aller plus loin, ne sait-on pas qu'un grand nombre de fonctions physiologiques, la secrétion de la sueur, du lait, des larmes, la colique, la diarrhée, etc., peuvent êtres mises en jeu et par des causes physiques et par des causes morales? » «Le chapitre VI mérite de nous arrêter un moment, car il est nouveau. Il est consacré à une « réponse à quelques critiques» et dirigé en grande partie contre M. Charcot, M. Féré et moi. M. Bernheim se VIII

propose de montrer pourquoi les résultats qu'il a obtenus diffèrent de ceux de la Salpêtrière. Le pourquoi est très simple, et l'auteur le trouve tout de suite: c'est que M. Charcot et ses élèves se sont trompés. Tout d'abord, M. Bernheim constate qu'il n'a pas pu « par ses observations confirmer l'existence des trois phases de l'hypnotisme, telles que Charcot les a décrites» (p. 93) et qui, comme on le pense bien, ont grand besoin de confirmation. Le lecteur s'imaginera peut-être que cette différence des résultats tient à une différence des lieux. Vaine objection. M. Bernheim a eu l'occasion d'opérer à Paris, et pas plus à Paris qu'à Nancy, il n'a pu réaliser ce qu'il appelle dans un langage concis et énergique « les trois phases de la Salpètrière ». Puisque M. Bernheim n'a pas constaté ces trois phases, donc « les trois phases n'existent pas» (p. 93). Il faut louer l'auteur de s'exprimer avec autant de netteté. » « Cependant, on ne peut pas se contenter de dire à une école: vous vous êtes trompée; il faut encore lui dire comment et pourquoi. M. Bernheim a eu la bonne fortune de tomber sur un de ces casus rariores qui font la lumière. Une fois, il a trouvé «un sujet qui réalisait à la perfection les trois périodes, mais cette personne avait passé trois ans à la Salpêtrière; elle avait appris par suggestion à imiter les phénomènes qu'elle voyait se produire chez les autres somnambules de la même école ; elle était dressée par imitation; ce n'était p lus une hypnotisée naturelle; c'était bien une névrose hypnotique suggestive. » À ce moment M. Bernheim découvre la cause de l'erreur dans laquelle M. Charcot est tombé avec toute son école: «Tout s'explique quand on sait que la suggestion est la clef de tous les phénomènes hypnotiques» (p. 96). De tout cela, pas l'ombre d'une preuve. L'auteur ne se donne pas la peine de se demander si l'hyperexcitabilité neuro-musculaire peut être produite par suggestion. Il se contente de ce raisonnement très simple: « Je n'ai pas vu ce fait; donc il n'existe pas. » Au lieu d'affirmer avec vivacité que l'École de la Salpêtrière a été le jouet de la suggestion, l'auteur aurait mieux fait de commencer par reproduire, avec cette suggestion qu'il manie si bien, tous les phénomènes physiques des trois états, hyperexcitabilité, plasticité cataleptique avec les caractères que l'on sait, léthargie associée à la catalepsie ou au somnambulisme, etc. ; et quand ce résultat aurait été complètement obtenu, il aurait été temps de se demander si à la Salpêtrière la suggestion avait joué un rôle quelconque et si l'existence de la suggestion exclut nécessairement tous les autres procédés. Quant à nous, nous ne prenons aucun parti au milieu de ces controverses; plus IX

patient que M. Bernheim, nous attendons la lumière de faits nouveaux, qui sont indispensab les pour trancher un débat de cette nature. » « Après avoir regretté que « tant d'esprits distingués égarés par une première conception erronée soient conduits à une série d'erreurs singulières qui ne leur permettent plus de reconnaître la vérité », M. Bernheim dirige l'attaque contre M. Féré et contre moi dans des pages qui portent le titre bien sévère de « Illusions expérimentales ». Rien ne lui paraît plus curieux à ce point de vue (au point de vue des erreurs des esprits distingués) que nos expériences de transfert. D'un bout à l'autre, c'est de la suggestion. Nous avions pensé éliminer cette cause d'erreur en faisant des expériences dans la léthargie et la catalepsie vraies, du type pur, états inconscients où le sujet est étranger à ce qui se passe autour de lui. Nous nous étions trompés. M. Bernheim affirme, bien qu'il n'ait jamais opéré que sur des somnambules, que tous les sujets restent conscients à tous les degrés de l'hypnotisation. Les expérimentateurs de la Salpètrière, qui ont cru que la soi-disant léthargie présente une inconscience apparente, « ont en réalité élevé leur sujet dans cette suggestion de ne pas réagir dans cet état. Rien de plus facile que de créer artificiellement un état analogue chez tout somnanbule. » «Mais comment l'auteur n'a-t-il pas compris que si sa supposition gratuite était vraie, nos léthargiques élevés dans la suggestion de ne rien vo ir et de ne rien entendre pendant l'état de léthargie seraient devenus bel et bien aveugles et sourds de par le fait de cette suggestion toute puissante? Et dans ce cas, comment admettre que des sujets mutilés de la sorte pourraient éprouver les effets de l'attention empêchante quand on approche un aimant de leur bras? » « Quittant les hypothèses, M. Bernheim expose les expériences qu'il a faites sur le transfert: il les a déjà publiées dans la Revue philosophique. Toute son argumentation revient à dire qu'il n'a pas pu produire de transfert autrement que par suggestion et que, par conséquent, la suggestion donne la clef de ce phénomène comme de tous les autres (p. 101). » « Nous avions cependant énuméré les précautions que nous avions prises contre cette cause d'erreur; engagés dans des recherches nouvelles, nous étions incapab les de prévoir dans la plupart des cas ce qui allait se produire; nous avons caché l'aimant sous un linge, et les mêmes effets se sont produits; nous avons rendu l'aimant invisible par suggestion, et l'effet a continué à se produire; nous avons employé un x

aimant en bois, et rien ne s'est passé: nous avons expérimenté sur des malades complètement neufs et obtenu les mêmes résultats. Tout cela importe peu à M. Bernheim. }) «Ses conclusions n'en arriveraient à rien moins qu'à nier complètement le grand fait du transfert démontré cependant par les recherches de Charcot, de Dumontpallier, de Gellé et de bien d'autres. M. Bernheim ignore-t-ill'existence de ces recherches? }) « Certes, nous sommes loin de prétendre qu'on doit défendre à un auteur de dire son opinion sur une question, sous prétexte que cette question a été définitivement jugée. Mais il n'en est pas moins vrai qu'on ne saurait traiter à la lumière de deux ou trois expériences manquées un problème qui a été aussi sérieusement étudié que celui du transfert. En somme, il n'y a rien de mystérieux dans l'action de l'aimant, quand on y regarde de près. L'aimant, assimilable à un solénoïde, agit physiologiquement comme un courant électrique faible. Nier l'action de l'aimant sur l'organisme, ce serait nier l'action de l'électricité. M. Bernheim ira-t-il jusque-là? }) « Mais concluons cette longue discussion. M. Bernheim n'a pas ré-ussi à reproduire nos expériences de transfert. Qu'est-ce que cela prouve? C'est qu'il s'y est mal pris, ou bien que ses sujets ne sont pas sensib les à l'aimant. Nous n'avons expérimenté que sur de grandes hypnotiques. Pourquoi n'en a-t-il pas fait autant? Il n'y a rien de plus à dire à ce sujet. Avant de contester nos expériences, placez-vous dans les mêmes conditions. On ne peut pas plus étudier de phénomènes de la grande hypnose quand on n'a pas de grandes hypnotiques à sa disposition, qu'on ne peut étudier de paralysie générale quand on n'a pas de paralytiques généraux dans sa clinique. Cela certes est une fâcheuse nécessité prati-que ; mais on ne peut pas s'insurger contre les faits. «Passant ensuite à nos expériences sur les hallucinations provoquées, M. Bernheim montre que nous sommes tombés dans les mêmes erreurs. Il choisit des malades analgésiques; « le chatouillement des narines ne les faisait pas sourciller», donc « il ne pouvait être question de simulation» (p. 102). Dans des expériences relatées d'une manière un peu diffuse, l'auteur montre que le prisme placé devant un des deux yeux ne dédouble pas l'hallucination visuelle, que la lorgnette et autres instruments d'optique ne produisent non plus aucune modification et qu'enfin tout s'explique par la même cause, la suggestion. Enfin, le chapitre se termine par une adjuration à laquelle je ne puis rester XI

insensible: « J'aime à croire qu'après ces contre-épreuves expérimentales, le jeune écrivain de la Revue philosophique mieux éclairé sur la question, aura à cœur de rectifier certaines de ses appréciations critiques. » « Avant de répondre, je serais curieux de savoir si M. Bernheim connaît les articles sur l'hallucination que j'ai donnés à la Revue philosophique: Puisqu'il prétend critiquer les conclusions de ce travail, on est en droit de lui demander s'il a commencé par en prendre connaissance. Je n'ai jamais prétendu que le prisme dédoublait directement une image mentale; c'eût été absurde; j'ai montré au contraire, avec beaucoup de détails, que les instruments d'optique qui modifient les hallucinations visuelles ne le font qu'en modifiant les points de repère auxquels ces hallucinations sont associées. Je refuse donc de suivre M. Bernheim dans cette discussion et je me contente de le renvoyer simplement à mes écrits antérieurs. Quand il sera renseigné sur la question, nous pourrons reprendre ce débat avec plus de fruit. » « Ce n'est pas tout. Nous avons publié, M. Féré et moi, un grand nombre d'expériences sur les effets chromatiques des hallucinations colorées. Ainsi, nous avons constaté pour la première fois, avec le concours de M. Richet, que l'image hallucinatoire d'une couleur produit une image consécutive de couleur complémentaire. Cette expérience fondamentale réussit avec une grande constance, et M. Charcot l'a répétée dans ses cours: elle a, de plus, l'avantage de confirmer un fait normal observé par Wundt. M. Bernheim essaye de la répéter, une seule fois, sur un seul sujet, et il s'y prend si mal qu'elle ne réussit pas; en effet, au lieu de donner l'hallucination d'un petit carré rouge, il colore par suggestion une surface beaucoup plus grande, un disque rotatif; de plus, il n'immobilise pas le regard du sujet en lui faisant fixer un point noir, et naturellement l'épreuve lui paraît suffisante pour conclure que nous nous sommes trompés (p. 103). » « Ce n'est pas tout encore. Nous avions montré, M. Féré et moi, que si on suggère une photographie sur un carton blanc, l'image est si bien localisée et fixée sur ce carton que la malade la retrouve, entre six ou dix cartons pareils. Cette expérience qui est due, je crois, à M. Charcot, a été répétée certainement plus de mille fois, avec succès, sur plus de dix sujets. M. Bernheim essaye quatre fois, ne réussit pas, et déclare l'expérience fausse. » « J'ai gardé pour la fin le meilleur exemple. Nous avions avancé que deux couleurs imaginaires superposées au moyen d'une lame de verre XII

qui permet de voir l'une par réflexion et l'autre par transparence, donnent une teinte résultante conforme aux lois de l'optique. M. Bernheim ne refait pas cette expérience, et quand même il l'aurait refaite avec un résultat négatif, cela n'aurait rien prouvé; non, il en imagine une autre, tout à fait différente, que nous nous étions bien gardés de faire, et comme elle ne lui réussit pas plus que les précédentes, il en conclut pour la troisième fois que nous sommes dans l'erreur. » « Je me suis attardé dans cette discussion; j'en livre au lecteur le résultat, car il est intéressant pour la psychologie de l'observation. » « Nous ne dirons que deux mots de la seconde partie de l'ouvrage, consacrée à la thérapeutique par suggestion; l'auteur y rapporte un grand nombre d'observations, dont les plus intéressantes ont trait aux maladies organiques; la suggestion, même dans ces cas de légions matérielles, peut avoir une grande efficacité, en agissant sur les troubles dynamiques qui accompagnent toujours la lésion matérielle. Il est seulement à regretter que l'auteur ait dans quelques cas associé à la médication par idée des agents différents, par exemple l'aimant, de sorte qu'il est difficile de faire la part de la suggestion. »
Réponse de Bernheim 7 (1887) à l'article de Binet

« L'appréciation de M. Binet sur mon livre De la suggestion et de ses applications thérapeutiques émane d'une plume irritée; les lecteurs de la Revue philosophique ont dû s'en apercevoir. Ira male suadet. Sa mauvaise humeur a écarté notre honorable contradicteur des voies de l'impartialité que le vrai philosophe ne devrait jamais abandonner. » « M. Binet commence par me reprocher de m'être approprié les descriptions de M. Beaunis et de M. Liébeault, ou, du moins, de n'avoir pas rapporté à chaque auteur la paternité de ses œuvres. Mon livre ne serait qu'un anachronisme; ma part serait absolument nulle: je n'aurais fait qu'illustrer par des exemples nouveaux des faits connus. » « Les lecteurs qui ont lu le livre de M. Liébeault publié en 1866, mes premières études sur la suggestion publiées dans la Revue médicale de l'Est en 1883 et réunies en un volume en 1884, les études de M. Beaunis publiées dans la Revue médicale de l'Est et dans la Revue
7 Bernheim, suggestion l'Étranger, H. (1887). Réponse à l'article de M. Binet sur le livre de M. Bernheim: De la et de ses applications thérapeutiques. Revue Philosophique de la France et de 1,213-218. 23, 93-98 ; et Revue de l'Hypnotisme expérimental et thérapeutique,

XIII

philosophique, en 1885, réunies en un volume en 1886, auront apprécié à sa juste valeur cette étrange assertion. Ceux qui me feront l'honneur de lire mon nouveau livre me rendront cette justice que j'ai attribué à chacun ce qui lui revient, avec une scrupuleuse conscience; j'ai écrit un livre honnête; je n'ai revendiqué aucun fait qui ne m'appartienne. » « Suivant M. Binet, les suggestions à échéance éloignée et les changements de personnalité appartiennent à M. Richet, l'hémorrhagie suggérée à MM. Bourru et Burot, les suggestions criminelles et leurs applications possibles à la médecine légale à M. Féré, les mouvements par imitation à Heidenhain et Richer, etc. Je ne me suis pas attribué ces découvertes; mais je pourrais démontrer à M. Binet que les suggestions à longue échéance ont été signalées bien avant M. Richet par le général Noizet et par M. Liébeault, que les changements de personnaJité ont été signalés par MM. Durand de Gros et Liébeault (il est vrai que M. Richet en a fait une étude plus complète) ; que l'hémorrhagie suggérée a été mentionnée bien avant M.M. Bourru et Burot par de Puységur ; que les suggestions criminelles et leurs applications possibles à la médecine légale ont été indiquées bien avant M. Féré par MM. Liébeault et Prosper Despine, que les mouvements par imitation ont été réalisés par tous les magnétiseurs et répétés par Heidenhain d'après Hansen. » «Je n'aime pas parler de moi. Mais puisque M. Binet me reproche de me parer des plumes du paon en rééditant ce qui a été dit, sans y avoir rien ajouté, je suis bien obligé de répondre et d'affirmer ce que j'ai fait. » « 10 J'ai fait connaître l'œuvre de M. Liébeault, et, ce faisant, je n'ai pas fait un anachronisme; car aucun des auteurs qui ont écrit avant moi sur l'hypnotisme ne connaissait les travaux de notre si modeste et si méritant confrère. Mon livre l'a révélé; je suis heureux d'avoir appelé l'attention sur son œuvre; » « 20 J'ai signalé la méthode suggestive de M. Liébeault pour provoquer l'hypnose; j'ai réduit à sa plus simple expression cette méthode qui permet d'influencer la majorité des sujets. »

« 30 Avec Braid, Liébeault et Richet,j'ai montré, contrairement
à ce qu'avait paru affIrmer l'école de la Salpêtrière, que l'hypnose n'est pas l'apanage des névropathes et des hystériques, mais qu'elle peut être réalisée sur un grand nombre d'hommes, adultes, enfants, vieillards, parfaitement sains de corps et d'esprit; » XIV

« 4° Comme M. Liébeault, j'ai établi, contrairement à ce qui était admis, que le sommeil hypnotique n'est pas une névrose voisine de l'hystérie, n'est pas un sommeil pathologique, mais un sommeil normal ne différant en rien du sommeil naturel; }) « 5° J'ai confirmé l'existence des divers degrés de sommeil, ou, je dirai plutôt, d'influence hypnotique, tels qu'ils ont été établis par M. Liébeault, depuis l'engourdissement simple jusqu'à la modification profonde de l'état de conscience avec amnésie au réveil. Avant M. Liébeault on ne connaissait que ce dernier ou somnambulisme; on ne connaissait pas les différents degrés d'hypnose légère; }) « 6° Les divers types de somnambules dont j'ai tracé l'histoire, en établissant leurs caractères différents suivant les individualités diverses, constituent un appoint réel et nouveau, sur lequel je pourrai insister, à la symptomatologie du sommeil provoqué; }) « 7° Avec M. Liébeault, j'ai établi que la catalepsie des hypnotisés est purement suggestive. Le premier, j'ai montré les différentes variétés de cette catalepsie, ses degrés progressifs s'accentuant avec l'intensité croissante de l'influence hypnotique, sa ressemblance avec la catalepsie spontanée et celle que manifestent certains états cérébraux, par exemp le certains typhiques; }) « go J'ai appelé l'attention sur les phénomènes de suggestion à l'état de veille, que personne ne connaissait, quand je les ai signalés au congrès de Rouen. Il est vrai, et je l'ai dit, qu'après les avoir découverts, je les ai trouvés signalés par Braid; M. Liébeault aussi avait cité des faits de ce genre. Mais j'ai montré la fréquence remarquable de ces phénomènes, la facilité avec laquelle ils se produisent chez beaucoup de sujets, et j'ai démontré le premier la possibilité de faire chez quelquesuns, par simple affirmation, de l'analgésie avec anesthésie complète; }) «9° J'ai étudié mieux qu'on ne l'avait fait avant moi les hallucinations post-hypnotiques et à longue échéance; j'ai montré le premier, je crois, la possibilité de provoquer chez certains somnambules, par affirmation pendant le sommeil, jusqu'à trois scènes hallucinatoires complexes consécutives, après le réveil; }) « 10° J'ai signalé le premier le phénomène des hallucinations rétroactives (mot que j'ai créé, et qui, plus heureux que celui d'hallucinations négatives, a trouvé grâce devant MM. Binet et Féré) ; j'ai insisté sur l'importance majeure de ce phénomène au point de vue médico-légal. M. Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancy, a de xv

son côté et par ses expériences personnelles, par une heureuse coïncidence, constaté le même phénomène; » « Il ° J'ai établi que l'état de conscience existe à tous les degrés du sommeil provoqué, et j'ai découvert ce fait important: que, lorsqu'un somnambule a oublié au réveil tout ce qui s'est passé pendant son sommeil et que le souvenir incapable de se réveiller spontanément paraît éteint sans retour, on peut toujours (et cela chez tous les somnambules) réveiller tous ces souvenirs par simple affirmation, c'est-à-dire en affirmant au sujet qu'il va tout se rappeler; » « 12° J'ai donné une interprétation théorique psychophysiologique, nouvelle en bien des points, de l'hypnose et de ses principales manifestations; j'ai émis le premier une interprétation rationnelle sur les phénomènes de suggestion à longue échéance; » « 13° J'ai appliqué, après M. Liébeault, la suggestion à la thérapeutique; j'ai exposé le mécanisme psychique par lequel le cerveau, incité par la suggestion, fait l' inhib ition et la dynamogénie nécessaires à l'action thérapeutique; » « 14° J'ai établi que la suggestion est la clé du braidisme, que la plupart des phénomènes décrits comme physiques sont d'ordre essentiellement psychique; » « 15° J'ai démontré que la cécité suggérée (et je pourrais ajouter la surdité suggérée) est une simple illusion négative, c'est-à-dire une neutralisation de l'image par l'imagination. Ce symptôme n'est localisé ni dans le rétine, ni dans le centre sensoriel cortical, mais uniquement dans l'imagination du sujet; j'ai démontré qu'il en était de même, au moins dans les cas que j'ai étudiés, dans l'amaurose hystérique. » «Telles sont mes contributions principales à l'étude de l'hypnotisme. Aux lecteurs de juger si mon livre est un anachronisme. » « J'arrive à la grande question qui nous divise. J'ai dit que nous n'avons jamais observé à Nancy les trois phases de l'état hypnotique, décrites par l'école de la Salpêtrière; que ni l'ouverture des yeux, ni la friction du vertex, ni aucune manipulation n'ont modifié les phénomènes, là où la suggestion n'était pas en jeu. J'ai expérimenté sur des centaines de sujets; M. Liébeault sur des milliers; je pourrais citer nombre de médecins qui ont confirmé par leur expérience personnelle ma manière de voir. J'ai dit que la suggestion me paraissait jouer un rôle dans la production de ces trois phases. On me dira que je ne suis pas tombé sur un XVI

sujet favorable. J'ai expérimenté, par exemple, sur mille sujets; je pourrais tomber sur un mille-unième qui présenterait les phénomènes constatés à la Salpêtrière. Sans doute, je ne puis démontrer que cela n'est pas; mais il m'était permis de dire ce que j'ai dit: « Si je me trompe, si ces phénomènes se rencontrent primitivement et en dehors de toute suggestion, il faut reconnaître que ce grand hypnotisme est un état rare. Binet et Féré disent que, depuis dix ans, il n'en a passé qu'une douzaine de cas à la Salpêtrière. Ces douze cas opposés aux milliers de cas dans lesquels ces phénomènes font défaut doivent-ils servir de base à la conception théorique de l'hypnose? » « Je n'ai pas réussi davantage à provoquer avec les aimants le transfert d'un côté à l'autre du corps, des phénomènes divers provoqués dans l'hypnose, tels que paralysie, contracture, hallucinations; je n'ai réussi que par la suggestion avec ou sans aimant. Que l'aimant ait une action sur l'organisme, cela est possible. Ce que je nie, c'est l'action spéciale constatée par MM. Binet et Féré ; je nie le transfert des attitudes et des hallucinations avec la douleur exactement localisée à la région du crâne sus-jacent au centre cortical (souvent hypothétique !) dévolu au phénomène transféré. » «M. Binet, qui doit s'y connaître Ge suppose qu'il a fait des études de médecine clinique et expérimentale, puisqu'enfin il nous juge), affirme que je n'ai pas la méthode, que je ne sais pas expérimenter. C'est dur! Il veut bien reconnaître, et cette fois je suis de son avis, que mon collègue Beaunis est un expérimentateur de race. Or M. Beaunis a bien voulu assister à mes expériences, les contrôler et les confirmer. » J'ai montré enfin que l'action du prisme sur les hallucinations était un simple effet de suggestion. Les images hallucinatoires sont modifiées par le prisme ou par la lorgnette, quand les sujets savent que la lorgnette doit agrandir ou rapprocher, que le prisme doit dédoubler, ou quand ils trouvent dans un objet réel, fût-ce une raie peu perceptible, un point de repère qui, subissant l'effet optique du prisme ou de la lorgnette, leur suggère le même effet pour l'image hallucinatoire. Ici je dois reconnaître que M. Binet avait signalé dans son article HALLUCINATION (Revue philosophique, 1881) l'existence de points de repère qui servent de substratum matériel à l'hallucination, et j'en donne volontiers acte à mon honorable contradicteur. Mais, s'il en est ainsi, ces expériences constituent-elles une méthode d'objectivation du phénomène, méthode que M. Binet me reproche d'avoir négligée? Le prisme ne dédouble pas XVII

l'image: les instruments d'optique n'ont aucune action sur elle. C'est l'imagination du sujet qui, éclairée par les points de repère matériels placés dans le champ de la lunette, lui suggère psychiquement le dédoublement ou l'agrandissement. Quand l'expérience est faite dans l'obscurité et qu'on fait voir une image suggérée, successivement, à travers des lunettes qui la modifient d'une façon variable, la doublant, la quadruplant, la rapetissant, l'agrandissant, le sujet, désorienté ou plutôt non orienté en l'absence de points de repère, voit au hasard et suivant les caprices de son imagination, l'image doublée, quadruplée, rapetissée, agrandie; ses indications n'ont plus rien de conforme aux lois de l'optique; elles sont guidées par l'imagination, c'est-à-dire par l'autosuggestion. Sont-ce là des caractères objectifs? L'hallucination n'a que des caractères subjectifs, objectivés par l'imagination. » « Enfm, j'ai fait des expériences sur les mélanges de couleurs suggérées et j'ai conclu que, contrairement à l'assertion de nos contradicteurs, la teinte résultante, telle qu'elle serait produite par la fusion de deux couleurs complémentaires réelles, ne se produit pas pour les couleurs suggérées. Ici encore, M. Binet dit que je m'y suis mal pris. Prévoyant l'objection, j'ai demandé pour ces expériences le concours de mon collègue Charpentier, un des hommes les plus compétents qui existent pour les expériences d'optique physiologique. » «Un mot encore sur deux assertions que M. Binet me prête gratuitement. Il me fait dire que mes dormeurs ne sont en rapport qu'avec l'opérateur, et ajoute qu'on pourrait m'objecter ironiquement que c'est par suggestion. Je n'ai pas dit que mes dormeurs ne sont en rapport qu'avec moi. Parmi eux, les uns ne répondent tout d'abord qu'à l'opérateur, les autres répondent d'emb lée à tout le monde, et les premiers peuvent être mis très facilement en rapport avec tout le monde. Ce n'est en effet qu'une question de suggestion et l'ironie de mon contradicteur porte à faux! » «Parlant de l'expérience de la photographie suggérée sur un carton blanc et que le malade retrouverait entre six ou dix cartons pareils, M. Binet me fait dire qu'après avoir essayé l'expérience quatre fois, sans réussir, je l'ai déclarée fausse. La mémoire de M. Binet le sert mal: je ne parle nulle part de cette expérience, je ne doute pas d'ailleurs qu'elle ne puisse réussir, si le sujet trouve sur le carton en question un point de repère qui lui suggère la localisation spéciale de l'image. Encore et toujours la suggestion. Qu'y puis-je? »

XVIII

« Je ne veux pas poursuivre cette discussion; car la lumière ne surgit pas de la discussion, mais de l'examen des faits. Aucune discussion ne peut faire qu'un fait faux soit vrai ou qu'un fait vrai soit faux. » « J'ai taxé d'illusoires certaines expériences de MM. Binet et Féré ; je le maintiens et je défie qui que ce soit de les reproduire dans des conditions telles que la suggestion ne puisse être en jeu. » « J'ai rendu justice à tout le monde: à M. Richet qui, dès 1875 et sans connaître les recherches de M. Liébeault, a eu le mérite de rappeler l'attention du monde médical sur les manifestations de l'hypnose et qui a l'un des mieux étudié et mis en relief les phénomènes psychiques du somnambulisme; à M. Charcot qui, par si grande autorité, a imprimé une impulsion puissante à ces recherches. Me sera-t-il permis d'ajouter que la question a pris un nouvel et plus fécond essor depuis la publication de mon premier mémoire, bientôt suivi de ceux de MM. Liégeois et Beaunis ? L'école de Nancy a placé cette étude sur sa véritible base, la suggestion. C'est d'elle qu'est sortie l'application la plus utile de l'hypnotisme, la thérapeutique suggestive dont M. Liébeault est l'initiateur et qui est en voie de se propager à travers le monde. Nous attendons avec confiance le verdict de l'avenir. » Préface de la traduction de l'ouvrage de Bernheim par Freud8 (1888) Dès les premières lignes de son introduction, Freud souligne que l'ouvrage, déjà recommandé par le pr Foree de Zurich, constitue une excellente introduction à l'étude de l'hypnotisme que les médecins ne peuvent plus négliger. Il rappelle que Bernheim et ses collègues de Nancy ont cependant réuss i à dépouiller les manifestations de l'hypnotisme de leur étrangeté en les rattachant à des phénomènes bien connus de la vie psychologique normale. Pour Freud, la valeur essentielle de ce livre réside, «dans la preuve qu'il apporte des relations qui unissent les manifestations hypnotiques aux processus ordinaires de la veille et du sommeil, et dans la découverte de lois psychologiques valables pour les deux séries de manifestations. C'est ainsi que le problème de l'hypnose est entièrement déplacé sur le terrain de la psychologie et que la « sug8 Freud, S. (1888). Hypnotisme et suggestion (trad. par M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel & F. Scherrer). L'écrit du temps, 1984, n06, pp. 87-97. 9 Forel, August (1888). Der Hypnotismus und seine Strafrechtliche Bedeutung (l 'hypnotisme et sa portée en droit pénal). Berlin und Leipzig: Guttentag.

XIX

gestion» est présentée comme le noyau et la clé de l'hypnotisme.» Se référant ensuite à la seconde partie du livre, il souligne que « l'emploi de la suggestion hypnotique offre au médecin une puissante méthode thérapeutique qui semble même être la plus appropriée dans la lutte contre certains troubles nerveux et la plus adéquate à leur mécanisme. » Ainsi l'hypnose, comme la suggestion hypnotique, est applicable non seulement aux hystériques et aux névropathes graves, mais à la plupart des sujets normaux. Après avoir noté les nombreuses réticences envers la pratique hypnotique, Freud rappelle qu'il existe des divergences dans les explications que l'on peut donner du phénomène. «Les uns, dont M Bernheim apparaît ici comme le porte-parole, soutiennent que les manifestations de l'hypnotisme proviennent toutes de la même origine, à savoir d'une suggestion, d'une représentation consciente introduite dans le cerveau de l'hypnotisé par une influence extérieure et qui a été acceptée par lui comme s'il s'agissait d'une représentation surgie spontanément. Tous les phénomènes hypnotiques seraient par conséquent des manifestations psychiques, des effets de suggestions. » Alors que les autres, par contre, « maintiennent que le mécanisme d'au moins certaines manifestations hypnotiques repose sur des modifications physiologiques, c'est-à-dire sur des déplacements de l'excitabilité dans le système nerveux sans participation des parties travaillant consciemment, et ils parlent de cefait des phénomènes physiques ou physiologiques de l'hypnose. » Freud souligne que la polémique porte principalement sur le « grand hypnotisme» c'est-à-dire sur les manifestations décrites par Charcot chez des hystériques hypnotisés. Si les partisans de la suggestion sont dans le vrai alors toutes ces observations faites à la Salpêtrière sont sans valeur, bien plus, « elles se transforment en erreurs d'observation. » Mais Freud pense qu'il n'est pas difficile de démontrer point par point l'objectivité de la symptomatologie hystérique même s'il est possible que la critique de Bernheim soit parfaitement justifiée en ce qui concerne des expériences comme celles de Binet et Féré. L'École de la Salpêtrière devra cependant prouver que les trois stades de l'hypnose hystérique peuvent être étab lis avec évidence également chez un sujet d'expérience fraîchement arrivé. «Il y a donc des phénomènes physiologiques au moins dans le grand hypnotisme hystérique. Mais dans le petit hypnotisme normal, dont la signification est plus grande pour la compréhension du problème, ainsi que le souligne fort justement Bernheim, toutes les manifestations xx

naîtraient par voie de suggestion, par voie psychique; le sommeil hypnotique lui-même est un effet de la suggestion. Il intervient à cause de la suggestibilité normale de l'homme, parce que Bernheim éveille l'attente du sommeil. Mais en d'autres occasions, le mécanisme du sommeil hypnotique semble néanmoins être différent.» Freud souligne alors, en prenant l'exemple du sommeil naturel, qu'il y a des phénomènes psychiques et physiologiques dans l'hypnotisme (l'hypnose elle-même peut être induite de l'une ou l'autre manière). Mais il considére que chez Bernheim le partage des manifestations hypnotiques en phénomènes physiologiques et phénomènes psychiques laisse une impression de complète insatisfaction. Freud croit qu'on doit rejeter la question de savoir si l'hypnose présente des phénomènes psychiques ou physiologiques et faire dépendre la décision dans chaque phénomène particulier d'une investigation spécifique. Bien que la description de l'hypnotisme par Bernheim sous l'angle de la suggestion se montre riche en enseignement et de grande portée, Freud se propose d'établir une articulation entre les phénomènes psychiques et physio logiques de l'hypnose. Il pense d'abord que l'emploi confus et équivoque du mot «suggestion» donne l'illusion que les oppositions sont plus tranchées qu'elles ne le sont en réalité. On entend sous ce terme une forme d'influence psychique qui se distingue des autres formes d'influence psychique (commandement, instruction, etc.) en ceci qu'elle éveille dans un second cerveau une représentation dont l'origine n'est pas vérifiée, «mais qui est acceptée telle quelle, comme si elle avait surgi spontanément dans ce cerveau.» Par exemple, si la catalepsie ou la paralysie survient chez l'hypnotisé après une injonction, elle peut aussi se produire sans aucune injonction comme l'a montré Bernheim. Il faut établir une différence entre la suggestion et l'incitation à l'autosuggestion, laquelle, «comme chacun peut le constater, inclut un moment objectif, indépendant de la volonté du médecin et révèle une relation entre des états différents d'innervation et d'excitabilité du système nerveux. » Freud souligne alors que Bernheim fait le plus large usage de suggestions indirectes de ce genre, c'est-à-dire d'incitations à l'autosuggestion. « Son procédé d'endormissement, tel qu'il le décrit dans les premières pages de ce livre, est essentiellement mixte, c'est-à-dire que la suggestion enfonce les portes qui s'ouvrent déjà lentement d'elles-mêmes à l'autosuggestion. » XXI

Les suggestions indirectes sont encore des processus psychiques, mais «elles ne reçoivent plus la pleine lumière de la conscience qui éclaire les suggestions directes.» Pour Freud les suggestions indirectes ou autosuggestions doivent être qualifiées de phénomènes à la fois physiologiques et psychologiques. «Le terme « suggérer» devient synonyme du déclenchement réciproque d'états psychiques selon les lois de l'association. » Par exemple, la fermeture des yeux entraîne le sommeil parce qu'elle est associée à sa représentation. La représentation du sommeil peut ainsi entraîner par association les sensations de fatigue des yeux et des muscles, ainsi que l'état correspondant des centres nerveux 10. Les éditions ultérieures de l'ouvrage de Bernheim (1888-1891) Nous reporduisons ici en partie les préfaces des deux éditions ultérieures de l'ouvrage de Bernheim. Le lecteur constatera que celles-ci ne sont pas strictement identiques puique c'est seulement dans la préface à la seconde édition qu'il parle des nouveautés de l'époque: 1° l'action médicamen-teuse à distance avec les expériences de Bourru et Burot ; 2° la transmission de pensée avec les expériences de Pierre Janet.
La préface à la seconde édition (1888)11

« Ce qui frappe toujours d'étonnement les confrères qui nous font l'honneur de venir à notre clinique constater les faits relatés dans ce livre, c'est la singulière facilité avec laquelle on peut hypnotiser l'immense majorité des sujets de tout âge, de tout sexe, de tout tempérament. Ils s'imaginaient que l'état hypnotique est l'apanage exclusif de quelques rares névropathes, et ils voient maintenant tomber successivement sous l'empire de la suggestion tous ou presque tous les malades d'une salle.
10Dans la seconde édition allemande (1896) Freud ne réimprimera pas sa préface de 1888. Il s'explique de cette décision dans sa nouvelle et courte préface de juin 1896 : «les doutes concernant la réalité des phénomènes hypnotiques se sont tus (...J Ce n'est précisément pas le moindre mérite de ce livre que d'avoir contribué à cette transformation en défendant avec brio, conviction et énergie, la cause de l'hypnotisme scientifique. » Freud déplore encore l'absence complète, dans les exposés plus récents de Bernheim, de l'idée selon laquelle la réalisation de la suggestion est un phénomène psychique pathologique, dont l'accomplissement nécessite des conditions particulières. Il fustige Bernheim d'expliquer tous les phénomènes de l'hypnotisme par la suggestion, alors que la suggestion elle-même reste totalement inexpliquée. Il Bernheim, H. (1888). De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique (2e édition corrigée et augmentée). Paris: Octave Doin.

XXII

« Comment, disent-ils, a-t-on pu passer pendant des siècles à côté de cette vérité si aisée à démontrer, sans la découvrir? » «Parmi les personnes qu'on hypnotise, les unes tombent en sommeil profond, sans souvenir au réveil; nous les appelons des somnambules. Un cinquième ou un (page II) sixième des sujets, d'après M. Liébeault, entre en somnambulisme. Dans notre service d'hôpital, où le médecin a une plus grande autorité sur les malades, où l'imitation et l'entraînement de l'exemple constituent peut-être une véritable atmosphère suggestive, la proportion des somnambules est bien plus considérable, et nous arrivons quelquefois à mettre dans cet état la moitié, si ce n'est plus encore, de nos clients. » «Les autres, bien qu'ayant conservé le souvenir de tout au réveil, bien qu'ils s'imaginent parfois n'avoir pas dormi, ont été influencés à des degrés divers: la catalepsie suggestive, la contracture provoquée, les mouvements automatiques, la suppression de douleurs, etc., démontrent d'une façon irréfragable que l'influence existe. » «Ceux qui sont dans le sommeil profond, sans souvenir au réveil, si on les abandonne à eux-mêmes, dorment calmes et inertes, comme les dormeurs naturels. Rien ne différencie ce sommeil provoqué du sommeil spontané. Les phénomènes de sensibilité, de motilité, d'idéation, d'imagination, illusions et hallucinations ne s'y manifestent pas spontanément, mais sont provoqués par la suggestion. Les mêmes phénomènes peuvent être déterminés chez ces mêmes sujets lorsqu'on réussit à se mettre en relation avec eux dans leur sommeil naturel: même attitude passive des membres, dite catalepsie, mêmes mouvements automatiques, mêmes illusions, mêmes hallucinations actives ou passives. Les hallucinations ne sont que des rêves suggérés; les rêves ne sont que des hallucinations spontanées. Ces hallucinations (page III) soit spontanées, soit suggérées restent passives, c'est-à-dire que le sujet demeure inerte comme dans le rêve normal; elles ne deviennent actives, c'est-à-dire que le sujet ne se remue, ne marche, ne joue un rôle animé dans l'acte hallucinatoire évoqué, que si, par la suggestion, on le tire de sa torpeur. De même les rêves du sommeil spontané deviennent chez quelques-uns actifs, et constituent le somnambulisme naturel. Toutes les manifestations réalisées dans l'état hypnotique peuvent, je le répète, chez le même sujet, être réalisées, les mêmes dans son sommeil naturel. » « Non! Le sommeil hypnotique n'est pas un sommeil pathologique! Non! L'état hypnotique n'est pas une névrose analogue à XXIII

l'hystérie. Sans doute on peut créer chez les hypnotisés les manifestations de l'hystérie, on peut développer chez eux une vraie névrose hypnotique qui se répétera à chaque sommeil provoqué. Mais ces manifestations ne sont pas dues à l'hypnose, elles sont dues à la suggestion de l'opérateur ou quelquefois à l'auto-suggestion d'un sujet particulièrement impressionnable dont l'imagination frappée par l'idée émotive du magnétisme crée ces désordres fonctionnels, qu'une suggestion calmante pourra toujours réprimer. Les prétendus phénomènes physiques de l'hypnose ne sont que des phénomènes psychiques; la catalepsie, le transfert, la contracture, etc., sont des effets de suggestion. Constater que la très grande majorité des sujets est suggestible, c'est éliminer l'idée de névrose! À moins d'admettre que la névrose est universelle, que le mot hystérie est synonyme d'impressionnabilité nerveuse (page IV) quelconque! Et comme nous avons tous des nerfs et que c'est une propriété des nerfs d'être impressionnables, nous serions tous des hystériques! » « Le sommeil lui-même est l'effet d'une suggestion. J'ai dit : nul ne peut être endormi contre sa volonté. M. Ochorowitz a vivement combattu cette proposition. Il n'a peut-être pas suffisamment saisi ma pensée. Il est certain que tout sujet qui ne veut pas être hypnotisé et qui sait qu'il ne peut pas l'être, s'il ne le veut pas, résiste avec succès à toutes les tentatives. Il est vrai aussi que certains sujets ne peuvent pas résister parce que leur volonté est affaiblie par la peur ou par l'idée d'une force supérieure qui les influence malgré eux. Nul ne peut être hypnotisé s'il n'a l'idée qu'il va l'être. Ainsi conçue, ma proposition est inattaquable. C'est l'idée qui fait l'hypnose; c'est une influence psychique et non une influence physique ou fluidique qui détermine cet état. Chose singulière, ce sont des psychologues comme M. Janet et M. Binet qui ont méconnu la nature purement psychique de ces manifestations! M. Delboeuf ne s'y est pas trompé. » «On a invoqué contre la doctrine suggestive les expériences faites dans ces derniers temps par MM. Bourru et Burot, de Rochefort; je veux parler de l'action médicamenteuse à distance. Certains sujets hypnotisés ou même à l'état de veille auraient une aptitude singulière à être influencés par une substance contenue dans un flacon placé à côté d'eux et dont ils ignorent le contenu comme s'ils avaient ingéré cette substance. » «J'avoue n'avoir jamais réussi cette expérience chez mes meilleurs somnambules, et je dirai franchement (page V) quel était, peutXXIV

être à tort, mon sentiment à cet égard. J'ai assisté à une expérience de ce genre, et, dans cette expérience, au moins, je me suis assuré que la suggestion faisait tous les frais du phénomène. Qu'on sache bien d'abord que l'hypnotisé, à tous les degrés de l'hypnose, même alors qu'il paraît inerte et impassible, entend tout, se rend compte de tout. Quelques-uns, dans cet état de concentration d'esprit spécial, ont une acuité excessive des sens, comme si toute leur activité nerveuse était accumulée sur l'organe dont l'attention est provoquée. Ils croient devoir s'ingénier à réaliser la pensée de l'opérateur, ils appliquent toute cette hyperacuité sensorielle, toute cette attention concentrée à deviner ce qu'on veut obtenir d'eux. Sachant qu'ils doivent ressentir l'effet d'une substance contenue dans un flacon, ils commencent par se suggérer des phénomènes vagues, tels que malaise, anxiété, agitation, nausées, qui répondent à la plupart des poisons: alcool, opium, émétique, valériane, etc. Si parmi les assistants, connaissant la substance en question, il en est qui, frappés par ces premières manifestations, trahissent leurs sentiments par la parole, le sujet entend chaque mot prononcé à voix basse et saisit la perche suggestive qui lui est tendue. Si l'assistance est muette, il cherche à surprendre dans les physionomies, dans les gestes, dans le moindre indice d'approbation ou d'improbation, dans les odeurs, un point de repère qui le mette sur la voie; il tâtonne, il fait du cumberlandisme ; parfois, il devine juste. Si aucun indice ne se manifeste, si nul de l'assistance, pas même l'expérimentateur, ne connaît le contenu du flacon, le (page VI) sujet, après quelques manifestations peu précises, retombe dans son inertie; l'expérience a échoué. » « Je m'empresse d'ajouter que de bons observateurs dignes de foi affirment avoir réussi dans des conditions telles que la suggestion ne pouvait être en jeu. Je suspends donc mon jugement. Les faits que je n'ai pu produire sur mes sujets ont pu être réalisés sur d'autres. Les nier sans plus ample informé serait contraire à l'esprit scientifique. » «On invoque aussi les faits de transmission de pensée ou suggestion mentale. Des hommes très éclairés et très honorables ont observé des faits qui paraissent concluants. » Le Dr Gibert, du Havre, M. Pierre Janet, MM. Myers, de Londres, le Dr Perronnet, de Lyon, M. Ochorowitz ont publié un grand nombre d'observations. J'ai cherché inutilement sur des centaines de sujets à produire la transmission de pensée; je n'ai rien trouvé de précis et ici encore je reste dans le doute. Si cette action médicamenteuse à distance xxv

d'une part, si la transmission de pensée d'autre part, existent, ce sont là des phénomènes d'un autre ordre qui restent à étudier; ils n'ont rien de commun avec ceux de la suggestion. Dans ce livre je n'étudie que la suggestion verbale et son application à la thérapeutique. » «La suggestibilité existe à l'état de veille, mais elle est alors neutralisée ou refrénée par les facultés de raison, par l'attention, le jugement. Dans le sommeil spontané ou provoqué, ces facultés sont engourdies, affaiblies; l'imagination règne en maitresse ; les impressions qui (page VII) arrivent au sensorium sont acceptées sans contrô le et transformées par le cerveau en actes, sensations, mouvements, images. La modalité psychique ainsi modifiée, l'état de conscience nouveau qui se constitue rend le cerveau plus docile, plus malléable, plus suggestible, d'une part, plus apte, d'autre part, à réagir sur les fonctions et les organes par voie d'inhibition ou de dynamo génie ; c'est cette aptitude exaltée par la suggestion que nous utilisons de la façon la plus efficace dans un but thérapeutique. » «Telles sont les idées principales que le lecteur trouvera développées dans ce livre. » « Cette édition n'est pas une simple reproduction de l'ancienne; elle contient une nouvelle classification des divers états en degrés de l'hypnose, classification qui est en même temps, ce me semble, une conception nouvelle et je pourrais presque dire une démonstration lumineuse de la nature psychique des phénomènes. » «Elle contient en outre une étude plus complète sur un phénomène de la plus haute importance au point de vue social et juridique, celui des hallucinations rétroactives que j'ai le premier signalé et que M. Liégeois a observé en même temps que moi. » «Elle contient enfin un très grand nombre d'observations nouvelles de thérapeutique suggestive. » « C'est l'école de Nancy qui, plaçant l'étude de l'hypnotisme sur sa véritable base, la suggestion, a créé cette application, la plus utile, la plus féconde, celle qui est la raison d'être de ce livre. C'est M. Liébeault qui en est le premier initiateur; personne ne saurait lui enlever (page VIII) ce titre d'honneur. Nous l'avons le premier suivi dans cette voie; la précédente édition de ce livre a été une vraie révélation, je n'hésite pas à le dire, pour beaucoup de médecins qui ont bien voulu expérimenter à leur tour. »

XXVI

« L'évidence des faits finira par s'imposer aux plus récalcitrants et la thérapeutique suggestive, acceptée et pratiquée par tous, sera une des plus belles conquêtes de la médecine contemporaine. 12»
La préface à la troisième édition (1891)13

Dans la dernière édition, on trouve l'ajout suivant: « Je n'y parle ni de la suggestion mentale, ni de la transmission de la pensée à distance, ni des hallucinations pressentiments. Les phénomènes que la société des recherches psychologiques de (page XVI) Londres étudie avec beaucoup de zèle et de méthode sont d'un autre ordre ; et je n'ai pas d'observation personnelle assez concluante pour m'autoriser à formuler une opinion. Dans ce livre, comme dans un nouveau qui va paraître, Hypnotisme, suggestion et psychothérapie, et qui sert de complément a celui-ci, je n'étudie que la suggestion verbale et son application à la thérapeutique. 14»

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie Université de Paris V René Descartes

et en psychologie

expérimentale

-

Directeur de la revue électronique « Psychologie et Histoire» Institut de psychologie Laboratoire de Psychologie Expérimentale UMR CNRS 8581 et EPHE 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

12Préface datée de novembre 1887. 13 Bernheim, H. (1891). De la suggestion et de ses applications édition corrigée et augmentée). Paris: Octave Doin. 14Préface datée d'août 1890.

à la thérapeutique

(3e

XXVII

BIBLIOTHÈQUE
Colloction publiéo dans

DE L'ÉLÈVE ET DU PRATICIEN
10 format Îo-iS jésus. CartooOa![6 diamant, tranches ronges

OUVRAGES

PARUS

DANS CETTE COLL'(4~CTJON : tcrne des hôpit:H1x de Paris. membre de

Histoire

la.Société d'hydrologie médicale. t vol. de à Broussai$ et ses successeurs. ptU' le ni' J.-l\1. GUARDIA. l vol. de 600 p. 7 fI', 450 pages. 6 f... Guide thérapeutique aux eaux: minéManuel pratique de médecine mentale, pat'le DI' E. UnGIS, ancien chcfde clirales et aux bains de mer, par le IJrCÀ1\IDA.1\DON, avec une pt'éface de M.Dunique de la Faculté dc médecinc de Paris à Sainte-Anne, précédé d'une préface de j;u'din-Beaumetz. I vol. de 300 pages. 5 fl'. 1\1. B. BALI., pl'ore~seul' tic cliniquc dcs ma- Manuel d'hygiène et d'éduoation de ladies mentale!o:à la Faculté de médecine de la première enfanoe, par le D" BOURGEOIS, médecin-majo\' de la gal'de républiPat'is, 1 \ 01. de 600 pages avec pl. 7 fl'. 50 caine. 1 vol. de 70 pages. 3 fJ'. Man uel pratique de laryngosoopie et de laryngologie. pm' Je .ur G. l'oYRT, Des vers chez les ftnfants et des ancien interne des hôpitaux de Paris. maladies vermineuses, le Dr Elie par (}OUBEUT.. ouvl'age couronné (médaille d'ol') i vol. de 400 pages avec figures dans le par la Société protectrice de l'Enfance. texte et 24 dessins chromolHhographique~ hors texte. 7 fl'. 50 1 vo1. de 180 pages, avec 60 figures dans le texte. 4 fl'. Manuel pratique des maladies de l'oreille, p.tr le Dr P. Gml1mER, 1 vol. de Manuel de disseotion desrégions et dtOpages. 5f.'. des nerfs, le J)I' Charles AUFFRBT, par Manuel pratique des Maladies des professeul' d'anatomie et de physiologie à Fossesnasales, par le Dr 1\IO\J1\E,1 vol. l'Ecole de médecine navale de Brest. t de 300 pages avec 60 figureset 6 planches vol. de ,i7 pages, avec 60 figures origihors tex te. 5 fr. nales dans le texte, exécutées pour la pluManueld'ophthalmoscopie, pat"le Dr A. part d'après les préparations de rauLANDOLT, lrectcm' elu labot'atoÎ1:e d'ophthald teur. 7 fro mologie à la Sorbonne. l vol. avec figures Nouveaux éléments d'histologie, par dans le texte. 3 fro 50. le Dr R. KLEIN,prOfeSSEUradjoint d~anaHygiène de la vue, par Je DI' G. Sous (de tomie ct de physiologie à l'Ecole médicale Bordeaux). i vo1. de 350 p. avec67 fig. 6 fro de Saint-Bartholomew's hospital de LonManuel d'accouchement et de pathodres, traduit de l'anglais et augmenté de logie puerpérale. par A, COURR,profesnombreuses notes, par le Dr G. VAUIOT, seur agl'égé d'accouchement à l'Ecole de chef de clinique des Enfants assistés et médecine CieBrest. 1 volume de 650 pages préparateur des travaux d'histologie de la uvec 80 figures ct 4 planches chromoliFaculté de médc;cinc d(' Paris, et précédé thographiques ~ors texte. 6 fro d'une préface du professeur Ch. ROBIN, Traité pratique des maladies des orJ vol. de 540 pages avec 183 figures" 8 fr ganes sexuels, par le Dr LANGLSDERT, Nouveaux éléments de ohirurgie i. vol. de 550 pages avec figures. 7 fl'. opératoire. par le Dr CHALOT, protesseur Manuel olinique de l'analyse des agrégé à. la Faculté de médecine de Monturines, par P. Y"ON, pharmacien de pellier. t vol. de ï50 pages avec 408 fiJ Ie classe. ancien interne des hôpltaux de gures. Prix. 8 fro rcvue et augmentée. Paris, 2° édition, humaine et 1 vol. de 320 pages, avec 37 figlll'es dans Manuel d'Embryologie comparée, par leOr Ch. IJEDIEnRB, prole texte et 4 plunchcs hOI's texte. 6 fr, fesseul' agrégé à la Faculté de médecine de Manuel pratique des maladies de la Lyon, chef' des travaux anatomiques. peau, pal' lc Dr F. BERLIOZ, professel11' à .. 'Vol.de 7!J-tpages avec 32t figures dans l'Ecole de médecine de Grenoble. t() vol. le texte et 8 planches en couleur hors fr, de 500 pages. texte. 8 lr. ~1 aitè pratique de massage et de pratique de médecinemiligymnastIque médicale, pal' Je Dr Manuel taire, par le Dr AUDET.médecin-major ScnRRIDlm, anden pt"or~sseul' Ii b.'~ à l'Uniit. l'J~~ole spéciale militaIre de St-Cyr. versilé d~ Vienne, membrc des Sociétés l vol. de aoo planches avec planches hors d'hygiene et d'hvdl'ologic de Paris. 1 vol. texte. 5 fro 5gurcs. d~ ..i50 pa.g-cs avec" 1'7 '7 fI', Guide du médeoln et du pharmacien ManueJ d'hydrothérapie. par le Or Paul de réserve de l'armée territoriale et nRL:\tAS, in"lwdcm' tlu ~ervice hydrothérapique rie J'hôpital Saint-A nne de BOI'du médecin auxiliaire, par A. PBTIT. médecin R1de-majoL'de Ja'c classe attaché deaux. t \'01. de 600 pages :~vec 39 fig1l1'c~, à la direction du service de santé du t6° 9 tableaux graphiques et 60 tracés. 6 fr. corps d'nrmée. J "01. de 259 pages, avec Manuel pratique de médecine therti~ure8 et planches ftn couleur. 5 fro male, par Je n" n. CA~lmf.T.t~.:lIwÎc)n in

de la médecine

d'Hippoorate

DE .LA

SutJGES~rION
ET I) I~ SES A P PLI C ÂT ION S

j\

I~}\ rr1-1"RA PEU l' I QUE E
P.\H Le Dr BERNHEIM
FA C TT Ii: DE M Ii:DEe I N J.T g 1) ENA ~ Cr

l' n

()

F E ~ S ErR

:\

(.:\

------

Avec figures
-------

dans

le texte

PARIS
(> C ~l'1-\.V EDO IN, É DIT
() f) (.: ()

E U R

R.

P L .\ c:J<:D gr.'

N, g

.188û
Tou" (lL'oit~ l't!~erv(\:-\

AVANT-PllOPOS --

La première parLie de ce livre a déjà été publiée en 1884. Je l'ai remaniée, ajoutant de nouveaux faits, de nouvelles considérations, et répondant aux critiques qui m'ont été adressées. La feconde partie, enLièrement nouvelle, a pour objet la thé,"apeuti9.uesuggestive. J'intitule ce livre: .De la Suggeshon. Le mot magné.. tisme, né d'une interprétation erronée des phénomènes, n'a plus de raison d'être. C'est la suggestion qui d(JmÎne la plupart des manifestations de l'hypnose; les prétendus phénomènes physiques ne sont, suivant moi, que des phénomènes psychiques. C'est l'idée conçue par l'opéra.. teur qui, saisie par l'hypnotisé et acceptée par son cerveau, réalise le phénomène, à la faveur d'une suggestibilité exaltée, produite par la concentration d'eS'prit spéciale de Yétat hypnotique. La suggestion est La clef du bl"aidisme. Cetle doctrine nous a conduit à suivre 1\1.Liébeault dans sa mélhode de thérapeutique suggestive. . 0' est à M. Liébeault, docteur en médecine à Nancy, que je dois la connaissance de la méthode que j'emploie pour proyoquer le sommeil et obtenir certains effets thérapeutiques incontestables. Depuis plus d~ vingt-cinq ans, ce confrère, bravant le ridicule elle discrédit attachés aux pratiques de ce qu'on appelle le Inagnélisme animal, poursuit ses recherches et se voue avec désintéressement au traÎlelnenl des maladies par le sonlmeil.

Il

AVANT-PR 0 POS

L'idée tle la ~nggcslion, én1ise par Faria, a été 111ieux appliqnée par Braid; M. Liébeaull, perfectionnant ]a 111élhodc. la ral11cnant à sa plus simple expression, a H10nlré np1't\:, Brnid qne la très granrle majorité des sujets esl gl1~ceptihlc (j'être Î])Ouencéc; et beaucoup penvent obtenjr des effets bienfaisants par l'état psychique ainsi provoqué. Les premières recherches du médecin de Nancy sont consignées dans un volun1e intitulé: Du ..901luneil t des Ôtaisanalogues considérés SUt'tout au point e de vue d(~l'action du 1no1'1al le }Jltysique. Paris, 1866. sur' Les assertions (le :M.Liébeaull ne trouvèrent que des incrédules. Ses pratiques parurenllellement en1preinles d'étrangelé, pour ne pas dire de naïveté, que les médecins les rejetèrent sans plus ample examen. ~I. Liébeaull vécut Ù l'écart, en dehors du monde uJédica], tout entier à ses ma1adcs (presque lous des classes pauvres) et à ses convictions. Il y a cinq ans, 1\1. Dumont, chef des travaux p.hysiqlles de la. Faculté de médecine, ayant suivi les consultatiolls ùe ~1.Liébeault, fut convaincu de]a réalité deR phén01l1ènes observéR; il expérilnenLa avec succès à l'asile de ~lar'évilIe eLcutlc bonheur de faire disparaître ehez une hysléro-épileptique une contracture de la jalnbc droite datant de trois ans et des attaques d'hysléro-épilepsje se répétant 5 ou 6 fois par jour. A nUl den1ünde, il présenta le 10 mai 1882, à la Société de lTIédecinc de Nancy, qualre sujets sur lesquels il produisit un certain nombre d'expériences qui frappèrent vivement les l'nembres de la Société. J'ai lnoi-lnên1e ex périn1enté depuis cette époque, avec un grand ~cepLicisme, je l'avoue, au début; et après f[uelques litLonnemenls et héRilations, je n'ai pas tardé à consta ter des résultats certains, frappants, qui m'imposent le devoir de ne pas garder le silence.
I

Dans la prenlière partie de ce livre, j'exposerai d'abord la méthode el11f>loyéc pour produire l'hypnotisme et les diverses rnallifegtations qu'on peul. déterminer chez les sujets hypnolisés.

AVANT-PROPOS

111

EnRuite, je ferai un court aperçu historique de la que~lion; j'examinerai les vues théoriques énlises à ce sujet et j'exposera.i meR opinions personnelles sur le mécanisme psychologique des phénomènes. Enlln, jgexarnineraj d'une faGon générale les applications de la doctrine de la suggestion à la psychologie, à la n1édecine légale, à la sociologie. Dans la Reconde partie, j'étudierai spécialernent la thérapeutique f'uggestive, et je relaterai mes observatiOD5personnelles. H. BERNHEIM.
Juiu '1886.

DE

LA SUGGESTION
ET DE SES APPLICATIONS

A LA THÉRAPEUTIQUE

I)REMIERE PARTIE

,

CHAPITRE PREMIER
Pl'oeédr pour o1.>tenirl'hypnotisme' par suggestion. - Des différents deg-rl's d'hypnotisme. Du réveil. Nombre de personnes hypnotisablcs.

-

-

Voici commenl je procède pour obtenir l'hypnotisme. Je commence par dire au malade, que je crois devoir Rrec utilité le soumettre à la thérapeutique hypnotique, qu'il est possible de le guérir ou de le soulager par le s<Jlnll1eH; ULl ne s'agit d'aucune pratique nuisible ou q cxt raordinairc; que c'est un sz"mplesommezl qu'on peut provoquer chez touL le monde, sommeil calme, bienfaisant, qui rétablit l'équilibre du syslème nerveux, etc.; au Lcsoin, je fais dormir devant lui un ou deux sujets pour lui 11lolllrcrque ce sOlnmeil n'a rien de pénible, ne s'accompagne d'aucune expérience; et quand j'a.i éloigné ainsi de ~on e~prit la préoccupation que fait naître l'idée du maHnétisHlc cLla crainte un peu mysLique qui est attachée à cet inconnu, surtout quand il a vu des malades
SUGGESTIOX.

2

PROCÉDÉ

D'HYPNOTISATION

guéri~ ou améliorés à la suite de ce sommeil, il est confiant et se livre. Alors je lui dis: « Regardez-moi bien et ne songez qu'à dormir. Vous allez sentir une lourdeur dans les paupières, une fatigue dans vos yeux; ils clignotent, ils vont se Inouiller; la vue devient confuse; ils se ferlnent. » Quelques sujets ferment les yeux et dorment immédiatement. Chez d'aulres, je répète, j'accentue davantage, j'ajoute le geste; peu importe la nature du geste. Je place deux doigts de la main droite devant les yeux de la personne et je l'invite à les fixer, ou bien avec les deux mains je passe plusieurs fois de haut en baR devant ses yeux; ou bien encore je J'engage à fixer les miens et je tâche en même temps de concentrer toute son attention sur l'idée du sommeil. Je dis: « Vos paupières se ferlnent, vous ne pouvez plus les .ouvrir. Vous éprouvez une lourdeur dans ]es bras, dUDs les jambes; vous ne sentez plus rien, vos nlains restent immobiles, vous ne. voyez plus rien; le sOll1111eiJ vienl », et j'ajoute d'un ton un peu impérieux: Dorn1ez. » Souvent ce moLemporte la balance; les yeux se ferment; le malade dort. Si le sujet ne ferme pas les yeux ou ne les garde pas fermés, je ne fais pas longtemps prolonger la fixation de ses regards sur les Iniens ou sur Ines doigts: car il en est qui mainLiennent les yeux indéfinirnent écarquillés et qui, au lieu de concevoir ainsi l'idée du sommeil, n'ont que celle de fix.er avec rigidité: l'occlusion des yeux réussit alors mieux. Au bout de deux ou trois minutes de fixation, je Inaintiens le~ paupières closes, ou hien je les élends lenlen1ent el doucement sur le~ globes oculaires, les fermant de plus en plus, progressivement, irnitant ce qui se produit quand le sommeil vient natul,'cllement; je finis par les maintenir closes, tout en continuant la suggestion: « Vos paupières sont collées, vous ne pouvez plus les ouvrir; le besoin de dormir devient de plus en plus profond; vous
((

vojx, je répète l'injonction: « Dormez », et il est rare que plus de quatre ou cinq minutes se passent, sans que

ne pouvez plus résister. » Je baisse graduellement la

PROCÉDÉ

D'HYPNOTISATION

3

Je sommeil soit obtenu. C'est le sommeil pal/1suggestion; c.est l'Ï1nagedu sonvneil que le sU9gè1'ae, i'insinue dans que le cerveau. Les passes, la fixation des yeux ou des doigts de l'opérateur propres seulement à concentrer l'attention, ne ~onLpas absolull1ent nécessaires. Les enfants, depuis l"âge de la raison, quand ils écoutcnl et (~On1prenoent,s'hypnolÏsent en général très vile et très faciJenlent. Je Ine ~ontente souvent de leur fermer 1eRycux, de les tenir clos quelques instants, de leur dire de dormir, puis d'affirrner qu'ils dorment. (Juclqnes adulles s'endorment de même, de la façon Ja plus ai:5ée du Inonde, par simple occlusion des yeux. Aussi, souvcnl je procède d"emblée, sans passe, ni fixation d'un objet, en ferlllanlles paupières~ en les maintenant doucen1ent closes, en invitant le sujet à les tenir rapprochées, et en suggérant les phénomènes du sommeil. Il en est qui lombent rapidement dans un sommeil plus ou ITIoinsprofond. D'autres réRi::;lent plus; je réussis quelquefois en 111ajntenalltlungtemps l'occlusion des yeux, imposant Je silcnce et l'immobi Jité, parlan t continuellement el répétunt Jes Inêmes formules: « Vous senlez de l'engourdisf'Cluent, de la torpeur; les bras et les jambes sont immb.. hiles; voici de la chaleur dans les paupières; le sysLème
nerveux se calnle;
VOllS n'avez

plus de volonté,

vos yeux

restent fermés; le sommeH vient, elc. » Au bout de quelques Ininules ùc celle suggestion auditive prolongée, je retire rnc~ doigls, les yeux restent clos; je lève les bras, du sujet ns re~tcnt en l'air: c'est le sommeil cataleptique. ])'alltrcs sont plus rebelles; préoccupés, incapables de ~e laisser aller, ils s'analygenl, se creusent, disent qu'ils ne pCllvent ùorn1ir. Je leur impose le calme; je ne parle que de torpeur, d'cngourdissenlent : cela sulfit, dis-je, IH»uroutenir ulll'ésullat. La suggestion peul être ellicace, mênlU sans SOITIll1eil. eRlez immobiles el ne vous inR quiétez pas». Je ne cherche pas, dans cet état d~esprit dn ~I~jel,à provoquer les effets cataleptiformes; car celuiri- ~ilnI>Jefl1cnl engourdi, mais toujourR en éveil, tou((

4

PROCÉDÉ

D'HYNOPTISATION

jours enclin à se ressaisir, sort facilement de sa torpeur. Quelquefois alors, 111e contentant d'un engourdissement douteux, et sans vouloir vérifier si le sujet est réellement influencé, je l'abandonne à lui-mêrne, l'invitant à rester dans celle torpeur pendant quelque temps. Certains y restent assez longtemps, sans pouvoir dire s'ils l'ont fait volontairement ou invo]ontajrement. OrdinairelDent à la seconde ou à la troisième séance, par cette éducation suggestive du sujet, j'arrive à provoquer un degré plus avancé d'hypnolisation non douteuse, avec catalepsie suggeRtive, ou n1êlTIP, avec ROmnalTI bulisme. Si chez quelques-uns, on réussit Inieux en procédant avec douceur, chez d'autres, rebelles à la suggestion douce, il vaut Inieux brusquer, parler d'un ton d'autorité pour répriIner la tendance au rire ou la velléité de résistance involontaire que cetle manœuvre peut provoquer. Beaucoup de personnes, je le répète, déjà à la première séance sont impressionnées; d'autres seulement à la seconde ou à là troisième. Après une ou deux hypnotisalions, l'influence devient rapide. Il suffit souvent de les regarder, d'éLendre les doigts devant leurs yeux, de dire: « Dormez», pour que, en quelques secondes, instantanén1ent n1ême, les yeux se ferment et tous les phénolnÔnes du sommeil sont là. D'autres n'acquièrent qu'au bout d'un certain nombre de séances, en général peu nomhreuses, l'aptitude à s'endormir vite. Il m'arrive parfois d'endormir successivement sept ou huil malades, chacun en un rien de temps. Puis viennent aussi d'autres, réfractaires ou plus difficiles à endormir. Je n'insiste que quelques minutes; une seconde ou une troisième séance amène souvent le sommeil non ohtenu il la prcrniÔrc. Les sujets ehez lesquels la suggestibililé hypnotique est très développée s'endorlnent, pour peu qu'on leur donne l'idée de dormir. On peut les hypnotiser par correspondance, en leur affirmant par exemple qu'aussitôt la Jettre lue, ils dormiront; on peut les hypnotiser par téléphone, comme l'a fait 1\1.Liégeois. Quelle que soit

IlYPNOTISl\fE

SOUS LE CHLOROFORME

5

la voie par laquelle la suggestion arrive à l'entendement, elle produit son effet. Quelques personnes s'hypnQtisent sous le chloroforn1e, avant d"être chloroformées. Tous les chirurgiens ont vu de~ patients s'el1dorrnir brusquement, sans excilation, nprès quelques boufféesde J'anesthésique, alors que certainemenL celui-ci n'a pas fait son œuvre. J'ai .observé ce fait ~ur des clientes que je chloroformais devant le denti~te pour de~ extractions de dent. Aussi, mettant celle oh~cr\rn(ion à profit, j'ai soin, chaque fois que je chloroforme, de ~nggéror au malade dès la première inRpiration, qn"il va. dormir doucement et rapidement. Chez quelque5-uns le son1meil hypnoLique vient ainsi avant le sOffilneilchloroformique. S'il est assez profond pour déterminer une anesthésie complète, ce que j'ai vu, },£,péra.Lionpeut être faile sans attendre. Si non, je continue l'inhalation du chloroforme j l1squ'à l'anest.hésie totale, laquelle arrive plus vite, la suggestion aidant; et procéùant ainsj, je préviens dans ces cas la période ù' excit alion. IJ ne faudr'ai1 pas croire que les sujets impressionnés soient tous des névropathes, des cerveaux faibles, des h~.slériques, de~ femInes; la p]upart de mes observatio.ns ~e rapportent à des hon1mes que j'ai choisis à dessein pour répondre it cette objection. Sans doute, l'impres~ionnèl UitéeRtvariable; les gens du peuple, les cerveaux b dociles, lCRanciens militaires, les artisans, les sujets habitués à l'obéissance passive, m'ont paru, ainsi qu'à 1\1.Liéboault, plus aptes à recevoir la suggestion, que les Cl"\fveanxraffinés, préoccupés, qui opposent une cerlaine résistance n1orale, souve-nt inconsciente. Les n1i~nés, Jes mélancoliques, les hypocondriaques sont souvent difficiles Ollimpossibles à endormir; il faut que la volonlé morale de dormir soil là; il faut que ]e sujel f'e lai~se aller, sans résistance cérébrale, aux inj onctions de l'endormcur; et je le répète, l'expérience 1110ntre que la trèR grande n1ajorité des personnes y arr~venl facilofnent.

6

DEGRES

D'H"YPNOTISME

J'ai endormi des personnes très intelligentes, appartenant aux classes élevées de la société, nullement nerveuses, au moins dans le Rens que nous atlachons à ce mot. Sans doute les personnes qui mettent un pùint d'honneur à démonlrer qu'elles ne sont pas hypnotisables, qu'elles ont Je cerveau Inieux équilibré que les autres, qu'eUes ne sont pas suggestibles, ne peuvent souvent être endormies, car elles ne savent pas se mettre dans l'état psychÏque nécessaire pour réaliser la suggestion du son1meil; elles refusent de l'accepter consciemment ou inconsciemment, elles se font une sorte de contre-su ggestion. I.Jedegré du sommeil provoqué varie suivant les sujets. Quelques-uns n'éprouvenl qu'un engourdissement plus on moins prononcé, de la pesanteur des paupières, de la somnolence; c'est le plus petit nombre. C'est le p1"en~ier degf'é de M. Liébeault. Celte 501nnolence peut disparaître aussitôt que l'opéraleur cesse d'influencer; elle se proJonge pendanl quelques minutes chez certaines personnes, plus longtemps chez d'aulreR, pendant une h~ure par exen1!Jle. Les sujets restent souvenl inertes; d autres exécutent quelques mouvements, changent de position, se retournent, mais continuent à rester somnolents. A l'une des séan('es suivantes, ce sommeil peut passer à l'un des degrés plus avancés; d'autres fois, au contraire, on ne peut aller au-delà. Chez une dame, j'ai établi la somnolence durant une demi-heure à une heure, plus de cent fois, Inais rien que cette somnolence du prenlier degré. Cerlaines personnes n'ont pas de somnolence à propremen t parler, mai.s elles gardent les paupières closes et ne peuvent Jes ouvrir; elles parlent, répondent aux questions, disent qu'elles ne dorment pas. Mais je Jeur dis: « Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux» ; elles font des efforts infructueux pour les ouvrir, les paupières sont COlnmecataleplisées. Il m'a paru, je ne puis cependant l'affirmer, que cette forme d'hypnotisme est plus

DEGRÉS

D'HYPNOTISME

7

fltéquente chez les femmes que chez Jes hommes. Une d"clles faisait des efforts inouïs pour séparer les paupières; elle rin it, parlait avec volubilité; je luj répétais: « E~saroz de les ouvrir»; elle y mettait toute sa force de yolonlé sans y réu~sjr jusqu'à ce que je fis cesser le chnrme en disant: « Vous pouvez les ouvrir. » J"appelle cela. encore une variété du premier degré. J.~nn second deg1~é,les sujets gardent les paupières closes, lcut,::;melnbres sont en résolution; Hs entendent
touL

co qu'on leur dit, toqt ce qui se dit autour d'eux.

l\lais il~ restent assujettis à la volonté de l'endormeur; leur cerveau e~t dans cet état que les magnétiseurs appellent 1~?Jpotaxie u charme. o Ce degré est caractérisé par la catalepsie suggestive. Nous dé8ignons par ce mot le phénomène suivant: Aussitôt le sujet endorn1i, en résolution) sije lève son bras, il rc~(e en rair; si je lève la jambe, elle reste en l'air: les membres conservent passivernent l'attitude qui leur est imprimée. Nous appelons. cette catalepsie, suggestive, paree que, conlme il est facile de s.en assurer, elle est purClncnLpsychique, liée à l'état passif du sujet qui garde aulolnatiquen1cnll'attitude donnée, comme il garde u~e idée rcque. On voit en effet chez le même sujet ou chez Jeg diver:; sujets, le phénomène s'accentuer plus ou n1oins~ suivant la profondeur du sommeil, suivant la rt~ccptirilé p:"ychique. D'abord cet état cataleptiforme est il peine luarq ué; ]e membre soulevé reste bien quelques ~ccondes en l'air, mais retombe ensuite avec une certaine hésitation. Ou bien l'avant-bras seul reste en l'air; si on yeut soulever le membre supérieur tout entier, ayant bras et bras, il retoInbe; Jes doigts isolément ne conservenl pas l'at.titude qu'on leur imprime, mais la nulÎn tout entière et l'avant-bras restent fixés. Quelques sujets, si on lève par exemple leur bras rapidemenL et qu'on l'abandonne, le laissent retomber; n1ai~ ~i OrJJe maintient quelques secondes en l'ait, de

8

DEGRÉS

D'HYPNOTISME

façon à fixer pou~ ainsi dire l'idée de cette attitude dans le cerveau, alors Il reRLe. Enfin chez d'autres, on n'obtient ]a catalepsie que par suggestion formulée verbaletnent : il faut dire à l'hypnotisé : vos bras restent en l'air, vos jambes restent en l'air. Alors seulement ils restent. Quelques-uns gardent l'attitude nouvelle passivernent, si on ne leur dit rien; mais si on les défie d'en sortir, ils se ressaisissent pour ainsi dire, font appel à leur volonté engourdie et baissent leur membre; souvent alors Hs se réveillent. Ces cas constituent des deg1"és inlermédiaÏ1"esentre le p1"emier et le second degl'1é.La plupart, au contraire, ne peuvent en dépit de tous leurs efforts modifier l'attitude imprimée. On suit ainsi par le mode spécial de l'état cataleptiforme le développement progressif de la suggestibilité. Chez un très grand nombre cet état est d'emblée très accentué; dés la première hypnotisation, les membres gardent spontanément l'attitude communiquée, sans qu'il soit nécessaire de formuler la suggestion; ils y restent, tantôt fixés aussi longtemps que l'hypnotislne persiste, tantôt retombant lentement, graduelJement, au bout de quelques I)linutes, un quart d'heure, une den1Î heure ou plus encore. A leur réveil, quelques-uns des sujets qui n'ont pas dépassé le second degré se figurent qu'ils n'ont pas dormi parce qu'ils se rappellent avoir tout entendu; ils croient y avoir' mis de la complaisance, Inais en répétant l'expérience, la catalepsie suggestive reparaît. Si ce n'esl pas un s01nlneil, c'est au moins un état psychique spécial qui ditninue la force de résistance cérébrale, qui rend le cerveau docile il la suggestion. Dans un f1"oisiènzedeg1'1é,}Iengourdissement paraît plus prononcé, la Rensibilité taclile peut être émoussée on éteinte; outre la catalepsie suggestive, le sujet est susceptibles de 1no1tvemenls automatiques. Je tourne ses deux bras, l'un autour de r autre; je dis: « Vous ne pouvez plus arrêter. » Les bras continuent à

DEGRÉS

D'HYPNOTISME

9

tourner plus ou moins longtemps ou indéfiniment. Le sujet entend Lout ce qui se dit autour de lui. Chez quelques-uns, cet automaLiSlne rotatoire succède il lïmpulsiol1 comrnuniquée aux bras; la suggestion par la pal"ole n'est pas nécessaire. On peut aussi dans ce degré déterllliner de la contr'acture suggestive. 1..0 qual,"ièn1,e deg,"é est caraclérisé, ou tre les phéno111èncR précédents, par la pel.te de relations avec le 1non<1e extérieur. Le sujet entend ce que dit l'opérat.eur, il n'entend pas ce que disent les autres personnes, ce qui se dit autour de lui: ses sens ne sont en communication qn'avec ]'endormeur. ~Iais ils sont susceptibles d'être 111is n relation avec tout Je Inonde. e Les cinquième et sixièlne deg,"é,'),caractérisés, pour ~I. Liébeault, par l'oubli au réveil de tont ee qui s'est passé pendant le sommeil, constituent le somnambulisme. Le cinquième degré est ]e sOlnna1nbulisme lége1": les sujets se rappellent encore vaguement, ils ont entendu confusén1ent.à de cerlains moments: certains SOl1venI'Sse réveillent spontanémenL. Anéantissei ment de la sensibilité, cataJepsie suggestive, mouveDlcnts autolllatiques, hallucinations pa1' suggestion: c'e~t nlors que lOllS ces phénomènes dont nous a1Jons parler plus en détail atteignent leur plus grande expres~i()ll. Dans le sOlnnalnbulisme profond ou sixièn1e degré, le ~()uvenir dû lout ce qui s est passé pendant le 80mn1eil est absolu1l1cnt éteint et ne peut se réveiller spontan(Î1nent. NOlls ",errons pIns loin que' ces souvenirs peuvent toujours être réveillés rt1"lificiellement. Le sujet reste endormi à la volonté de l'opérateur et flevient un aulOll1ate parfait, docile à tous ses ordres.

Celte division du sommeil en plusieurs degrés est pUrClTIPlllthéorique: elle permet de classer rhaque sujet intJuencé, sans grande description. Il existe des i.

-10

v Al\IÉTÉS DE SOl\lMEIL

variantes, des intermédiaires entre ces divers degrés; on observe toutes les transitions possibles, depuis la simple torpeur et le somn1eil douteux jusqu'au somnambulisme le plus profond. J'ajoute que la docHiLéaux suggestions et la facilité de provoquer les divers phénomenes ne sont pas toujours en rapport avec la profondeur du sommeil. Certains sujets dorlnent peu, répondent aux questions, se rappellent tout à leur réveil, et cependant la contracture, l'insensibilité, les mouvements au tomatiques cdmmandés ou comlllunÎqués. les suggestions thérapeutiques ré ussiF\senlbien chez eux. Cela deviendra facile à concevoir quand j'aurai parlé de la suggestion à J'état de veilJe. D'autres, an conlraire, fombent dans un sommeil lourd, profond, ne se rappellent absolument rien à leur révei1. Pendan t q u'jJs dOrlTlent, on a beau les interroger, les harceler de queRtions, ils restent inertes. La catalepsie suggestive s'obtient difficiJement chez eux; ils ne gardent que peu de tempR les bras en l'air. Les suggcstiODR, acteR, iHusions, han ucinations, commandés pour le réveil ne sont pas réalisés; on dirait qu"ï]s ne sont pas en rapport avec J'opérateur. Et cependant ils suffit de prononcer le mot: «( Réveillez-vous », pour qu'ils se réveilIent spontanément; preuve. évidente que ce rapport existe. J'ai obtenu chez un homme dont le sommeil était celui que je vjens de décrire, en apparence inerte, des effets thérapeutiques immédiats par la suggestion raud itive : retour de sensihilité, disparition de dOllleur, accroisseOlent de la force musculaire mesurée au dynamomètre, preuve que, l11algré son inertie apparente, il éLait reslé pendant son sommeil en rapport avec moi. D'autres enfin répondent à toutes Jes questions, parlent avec vqlubiJilé,' paraissent, sauf l'occlusion des yeux, earn plètement réveillés; ils ne sont pas cataleptisab les ou ne le sont que peu; on ne peut pas provoquer d'hallucination ni d'illusion chez eux. Et cependant, a.u réveil, l'amnésie est complète. Chaque dormeur a, pour ainsi dire, son individualité

DU RÉVEIL

11

propre, sa manière d'être spéciale. Je veux simplement établir pour le moment que l'aptitude à réaliser les phénomènes ~uggestifs n'est pas toujours proportionnelle à la profondeur du sommeil. Le réveil pent êLre spontané. Les sujets qui dorment légÙr'emcnt à leur première séance, ont parfois une tendanee it se réveiller rapidement; il faut les maintenir S()l1~ charme en tenant leurs paupières closes ou en le répétant de temps en tempR : « DornH~z». Bientôt 1'ha},itude du sommeil est acquise par l'organisme; l'hypn()ti~é ne se réveille pIns, t.ant que l'hypnotiseur est à ~es L'Ù{ ; quelques-nns se réveiUent aussitôt qu'ils ne f~~ scntent plu~ cette influence. La plupart, abandonnés à ctlx-Inênles, continuent it dormir pendant plusieurs 111inutcs,une den1i-heure, une ou plusieurs heures; j'ai lai~8é une de l11es malades dormir pendant quinze heures, un fiulre pendant dix-huit heures. Pour obtenir le réveil immédiat, je procède par suggegtion yocale, CODIfiepoar obtenir le sommeil. Je dis: « C'c~t Uni, réveillez-vous. .» El ce mot prononcé même Ù voix basse suffit chez les sujets déjà plusieurs foÏs hypllOti~é8 pour obtenir un réveil immédiat. Chez quelques-uns, il faut répéter l'injonction: « Vos yeux s.ou\ï'ent, vou!=; tes réveillé. » Si cela ne Ruffit pas, l'action ê de souffler une ou 'plusieurs fois sur les yeux provoque le révcil ; janHlis je n'ai dLirecourir à d.autres procédés, tel~ qne lORa:;persioJ1sd'eau froide; le réveil a toujours éld on ne pent plus facile. Hien de plus étrange parfois que ce réveil. Voici un ~l1iel P'flsOffil11eil profond; je l'interroge, il me répond; ~ïl e!:>t causeur de sa nature, il pour.ra parler avec voluhilité. An milieu de sa conversation, je dis brusque-

tuent: « {{éveillez-vous . Il ouvre les yeux eLn'a aucun »

~ol1venir de ce qui s'est passé; il ne se rappelle pas In'avoÎr parlé, lui qui a parlé un dixième de seconde peul-être avant de se réveiller. Pour rendre le phénonlène plus frappant, je le réveille parfois binsi : « Comptez jusqu' h '10; quand vous direz à haute voix 1.0, vous

1.2

DU RÉVEIL

je lui dis: « Vous allez compter jusqu'à iO; quand vous
serez à 6, vous serez réveillé, mais vous continuerez jusqu'à 10. » Arrivé au chiffre G, il ouvre les yeux el continne. Quand il a fini, je lui demande: « Pourquoi compLez-vous? » Il ne se rappelle plus avoir compté. J'ai répété Inainles fois cette expérience sur des personnes lrès in telligentes. Chez cerlaines hystériques, i1 faut procéder avec prudence, éviter de toucher les points douloureux, de provoquer des zones hystérogènes; car alors une crise hystérique peut être produite, le sommeil hypnotique peut faire place au sommeil hystérique et l'opérateur n'être plus .en relaLion avec Je sujet. Alors la suggestion reste sans Intluence. A leur réveil, quelques personnes continuent à resler somnolentes; il sutlIt de passer quelquefois les mains transversalemement, de manière à agiter l'air au-devant de leurs 'yeux, pour dissipeI' cet engourdissement. D'autres SAplaignent de lourdeur dans la tête, ciecéphalalgie obtuse, de vertiges; pour prévenir ces sensations diverses, je dis au sujet, avant de le réveiller: « Vous allez vous réveiller et vous serez bien itvo.tre aise; vous n'avez aucune lourdeur de têle, vous vous sentez tout à rai t bien », et le réveil suggestif s"obtient sans aucune sensation désagréable. Le tablcau suivant, communiqué à M. Dumont par M. LiébeauJt, donne une idée de la. proportion dans laquelle un nombre relativement considérable de sujets de tout âge, de tout sexe et de tout tempérament se son t trouvés répartis dans les différentes catégories du sommeil.
Année Réfl'actairos 1.880. SU?' 1,01. I pel'wonnes souJ11.ises à l'h?/pnolisation. SOmlTIeÏl très profond.

serez réveillé '). Au monlent où il dit 10, ses yeux s'ouvrent; il ne se rappelJe pas avoir compté. D'autres fois,

. . . . 27 Somnolence, pesanteur. 33 Sommeillégp,r . . . 1.00
Sommeil profond. . 0 460

SOlnnambuli<)me léger.

232

Somnalnbulisme profond 131

31-