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Décider de vivre

De
128 pages

L’ouvrage retrace – à deux voix – la genèse du Centre Élisabeth Bouissonnade à Montpellier, l'un des premiers en France à accueillir des femmes et leurs enfants victimes de violence familiale. À la différence des foyers institutionnels de l'époque, le Centre devait accueillir ensemble mères et enfants ; il s'est mis en place grâce à une coopération « innovante » entre un Collectif féministe et une jeune équipe municipale. La première partie comporte des témoignages, paroles de femmes hébergées, journal de l'équipe intervenante, réactions du public. La deuxième partie esquisse des réflexions sur les problèmes humains soulevés – certains encore actuels -, analyse le fonctionnement du Centre et fournit quelques données statistiques, puis arpente brièvement le chemin parcouru depuis trente ans.


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Marie BARTHESetNicole NOURIGAT
Décider de vivre
LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAMILIALE
Genèse du Centre d’hébergement
Élizabeth BOUISSONNADE
Préface d’Hélène MANDROUX
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Et de la région Languedoc Roussillon
Présentation du livre : L’ouvrage retrace – à deux voix – la genèse du CentreÉlisabeth Bouissonnade à Montpellier, l'un des premiers en France à accueillir des femmes et leurs enfants victimes de violence familiale. À la différence des foyers institutionnels de l'époque, le Centre devait accueillir ensemble mères et enfants ; il s'est mis en place grâce à une coopération « innovante » entre un Collectif féministe et une jeune équipe municipale. La première partie comporte des témoignages, paroles de femmes hébergées, journal de l'équipe intervenante, réactions du public. La deuxième partie esquisse des réflexions sur les problèmes humains soulevés – certains encore actuels -, analyse le fonctionnement du Centre et fournit quelques données statistiques, puis arpente brièvement le chemin parcouru depuis trente ans. Auteurs :Marie Barthes est directrice de recherche au CNRS, Nicole Nourigat est éducatrice spécialisée.
Préface
Table des matières
Montpellier lutte depuis 30 ans contre la violence familiale
Témoignages
Réflexions – Solidarité – Progrès – Histoire
Quelles avancées depuis trente ans ?
Qui était Élizabeth Bouissonnade* ?
Et maintenant,
Annexes
Remerciements
«...Maintenant il faut que je décide de vivre ! »
Interview de N., hébergée au Centre,
printemps 1979
Cher lecteur, Chère lectrice,
Préface
« Décider de vivre », ce livre va vous raconter l’histoire du Centre d’Accueil et d’Hébergement Féminin Élizabeth Bouissonnade de Montpellier. Ses auteures, Marie Barthes et Nicole Nourigat, fidèles à leur expérience pionnière de bénévoles du Collectif « SOS-Femmes », ont choisi un titre qui s’adresse aux femmes qui ont vécu l’expérience douloureuse de la violence conjugale.
« Décider de savoir », c’est peut être ce sentiment qui a aiguillé votre intérêt vers cet ouvrage ! Si j’ai choisi de m’adresser à vous, lectrices, lecteurs, c’est parce que la violence faite aux femmes ne se nourrit que trop d’un individualisme croissant qui nous amène à ne nous occuper que de « nos affaires », à détourner le regard des épreuves, des malheurs subis par nos proches, nos voisins.
Vous avez décidé de rompre avec la chaîne néfaste de l’indifférence ambiante ? Essayez tout d’abord d’appréhender ce que sont la douleur et l’horreur vécues au quotidien. Le médecin que je suis connaît malheureusement trop bien les dégâts et les terribles conséquences que la violence faite aux femmes engendre. Les témoignages recueillis ici, disent tout ou presque de l’avilissement moral, du dénigrement social, des ruptures familiales, des traumatismes des enfants, avec comme dénominateur commun, la peur permanente. Les « Simples histoires de femmes », véritables études cliniques qui rendent compte de drames parfois vécus jusqu’à un dénouement tragique m’ont profondément touchée.
Vous allez découvrir au fil des pages, le récit d’une aventure humaine partagée et de l’espoir retrouvé. Ces histoires de vie ne sont pas « toujours la même triste chanson » comme il est si joliment dit dans un extrait du « cahier de liaison » rempli par les intervenants bénévoles. Ce livre relate le quotidien du Centre, les problèmes matériels, logistiques, les relations avec les « organismes extérieurs », hostiles pour certains individus ou administrations de l’époque, ambiguës ou empreintes d’incompréhension pour d’autres. Il aborde aussi les difficultés relationnelles entre les résidentes car la vie en communauté, la présence d’enfants en bas âge, dans de telles circonstances ne sont pas toujours chose facile. C’est l’engagement sans faille des militantes qui permet de trouver des solutions au cas par cas, évidentes ou informelles par les circuits non officiels. À ces femmes des premiers combats pour l’égalité des droits, pour l’avortement, pour le libre choix à disposer de son corps, ce livre rend hommage.
En ma qualité de Maire de la Ville de Montpellier je le reprends à mon compte avec conviction, car ces femmes ont su mettre en pratique et donner un sens à des mots qui ont pour moi une valeur inestimable, Citoyenneté, Proximité, Solidarité !
La démarche exemplaire initiée par ces bénévoles et militants répondait à des besoins.
C’est sous l’impulsion de Georges Frêche, alors Maire de Montpellier et après accord de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales que le Centre associatif a été « municipalisé » en le rattachant au CCAS. Il fallait pérenniser l’accueil dans l’urgence et le soutien moral des femmes victimes de violences avec leurs enfants. L’existence du centre a permis la mise en place d’une politique publique originale unique en France, il est le seul centre de ce type géré par une collectivité locale. Repère incontournable en la matière pour le
Languedoc Roussillon il a été désigné pour expérimenter dans la région un accueil téléphonique, le 39 19, numéro national unique pour les violences faites aux femmes.
Dès ses débuts Bouissonnade n’est pas seulement un « centre d’hébergement ». Une équipe socio-éducative participe activement à des initiatives portées collectivement par les intervenants sociaux présents sur la ville en matière de prévention : prise en charge de jeunes filles susceptibles de subir des mariages forcés, lutte contre la prostitution, traite des êtres humains, soutien à la parentalité… Mais aussi, soin et accompagnement des auteurs de violences faites aux femmes, sujet longtemps tabou et sur lequel nous devons progresser.
De multiples partenariats, une trame de « réseaux » sont là pour faire face et pallier aux différents problèmes que crée le phénomène des violences intrafamiliales qui touchent femmes, enfants, mais aussi certains hommes dont le rôle et le statut familial ont été fragilisés par les bouleversements sociaux.
Associatif au début, le Centre Élizabeth Bouissonnade a posé les bases d’une action que Montpellier, la ville aux mille et une vies, poursuit aux côtés de ceux qui, par obligation institutionnelle ou conviction militante, ont fait leur le combat humaniste de l’égalité des droits entre hommes et femmes.
Pour que celles et ceux qui ont tant souffert hier, puissent connaître demain mille et un bonheurs, mille et une joies !
Hélène MANDROUX
Maire de Montpellier
Montpellier lutte depuis 30 ans contre la violence familiale
Il y a un peu plus d’un an, un gros titre de « Midi Libre » – Le Département lève le tabou sur la violence familiale – nous a conduit à rappeler ce qui a déjà été mis en place depuis 1978 à Montpellier.
Le travail d’historique présenté ci-dessous retrace la genèse et les premières années du Centre d’Hébergement « Élisabeth Boissonnade », dans sa phase associative, avant qu’il ne devienne directement géré par la Municipalité de Montpellier.
À l’automne 1978, le Collectif « SOS – Femmes », constitué l’année précédente pour répondre aux problèmes de violence intra-familiale, réussit à obtenir de la municipalité de Montpellier des locaux et des moyens. Un petit Centre d’hébergement ouvre au 1er janvier 1979, rue Frédéric Bazille, afin de recevoir et de protéger temporairement des femmes victimes de violence de la part de leur compagnon. Ces femmes, contraintes de fuir leur foyer, sont hébergées avec leurs enfants. À partir de 1976, et répondant à la même urgence, plusieurs Centres analogues ont été ouverts dans d’autres villes (Flora Tristan à Clichy en 1978, ... à Marseille, ... à Nantes ...).
Auparavant, le Collectif Montpelliérain tenait des permanences au local du Planning Familial, 10 rue Chaptal, mais ne pouvait offrir de solution immédiate en cas de situation critique et dangereuse.
Ces premiers locaux, exigus et peu adaptés, sont néanmoins bondés dès la première semaine. Malgré la bonne volonté générale, tout manque – espace, jardin, salle de jeux, goûters, tickets de cantine scolaire – mais au moins la sécurité est assurée à l’intérieur. Peu à peu, l’organisation qui s’instaure permet de répondre aux problèmes les plus urgents.
Les femmes hébergées font le ménage et, à tour de rôle, assurent la garde des enfants non scolarisés. Les repas sont fournis par la municipalité.
Une directrice est choisie parmi les membres du Collectif. Pendant cette première période, elle est seule pour effectuer les innombrables tâches de la journée. Deux autres personnes assurent à tour de rôle la responsabilité du Centre à partir de vingt heures, sept jours sur sept. Le dimanche, des sorties sont organisées à l’initiative des membres bénévoles du Collectif qui passent aussi quelques heures au Centre le soir pour aider la responsable. Il faut assurer l’accueil téléphonique, l’accueil physique et l’accompagnement des personnes qui se présentent soit pour être hébergées, soit pour obtenir des informations et de l’aide psychologique, résoudre les problèmes d’intendance, de santé, accompagner les démarches pour refaire des papiers d’identité, à l’ANPE, à la sécurité sociale, demandes de logement, d’aide sociale, scolarisation, formation, divorces, tout en veillant à la sécurité.
Lors de ce démarrage, outre l’appui solidaire de la mairie, la présence bénévole et la compétence de plusieurs avocates ont été d’une aide précieuse dans certains cas très {1} graves . Grâce à la compréhension d’une responsable de la police, il a été très vite possible que les femmes soient reçues dignement dans les commissariats de Montpellier lors des dépôts de plainte. La coopération des enseignants a été acquise pour que les enfants du Centre ne risquent pas d’être enlevés à la sortie de l’école. Une femme médecin généraliste est venue assurer gratuitement des consultations au Centre. Les contacts avec le Planning Familial et le CIDF, ainsi que d’autres associations, sont fréquents.
Après quelques mois, le Centre reçoit l’agrément de la DASS, et bénéficie d’un prix de journée, géré par la mairie. Au cours de l’année 1979, ce petit Centre qui comporte 10 à 12 places, héberge en tout pour des périodes plus ou moins longues 114 femmes et 114 enfants, et refuse des demandes. Plusieurs centaines d’entretiens de conseils et informations ont lieu (cf. Rapport d’activité 1979). En 1978, la Préfecture de l’Hérault avait dénombré, après plaintes déposées : 220 femmes battues, et 1 homme battu.
En février 1980, le Centre déménage dans de nouveaux locaux, plus vastes. Plusieurs collaboratrices sont nommées, l’équipe passe de trois à six personnes : une directrice adjointe, une monitrice-éducatrice et une secrétaire.
Nous baptisons le nouveau Centre du nom d’Élisabeth Bouissonnade en souvenir d’un épisode peu connu de l’histoire de Montpellier : en juin 1645, une révolte eut lieu, contre les fermiers généraux du roi qui prélevaient illégalement trois fois le même impôt, dit du « Joyeux Avènement du Roy à la Couronne ». La majorité des insurgés étaient des femmes. (Cf. Archives de Montpellier).
Dans la mesure où du personnel qualifié et rémunéré prend en charge la gestion quotidienne du Centre sous la houlette de la Mairie, les membres bénévoles du Collectif « SOS – Femmes » y deviennent progressivement moins présentes. Le Collectif s’attache dorénavant à rechercher des logements, ainsi que des formations professionnelles et des emplois pour les femmes devant quitter le Centre. Un réseau se crée entre les Centres existant en France, ainsi que ceux d’autres pays européens. Les équipes des différentes villes échangent les informations et leurs modalités propres de fonctionnement. Ce réseau a permis d’accueillir ou de renvoyer sur d’autres villes des personnes qui auraient été gravement en danger en restant dans leur région d’origine.
Aujourd’hui, le Centre Élisabeth Bouissonnade existe toujours. Il a déménagé, et ses {2} responsables actuelles raconteront sans doute son histoire récente .
Au bout de ces années, le problème de la violence intra-familiale reste majeur, dans chaque classe de la société, et dans chaque pays. En France, chaque année une centaine de femmes succombe sous les coups de leur compagnon. Et combien d’enfants ?
Les mentalités ont commencé à changer, cette violence est moins occultée, tabou, tournée en dérision qu’autrefois. Les victimes arrivent à trouver des lieux de parole, sont incitées à déposer plainte, la loi permet d’écarter du domicile le conjoint violent pour ne pas obliger les victimes et les enfants à quitter leur foyer. Cette loi est-elle appliquée ? Pendant toute une période, des consultations psychologiques ont eu lieu pour les hommes violents, {3} dans certaines villes , au moins tant que des subventions ont pu payer un local, la plupart des praticiens intervenant bénévolement.
Aujourd’hui, avec trente ans d’analyse des pratiques et de progrès des disciplines cognitives, l’accompagnement des familles en situation de rupture est mieux adapté.
Néanmoins les situations de violence persistent, un chemin énorme reste à parcourir. Le but ultime est de faire cesser cette violence-là. L’implication active et financière de toutes les instances, locales, régionales et nationales, est plus que jamais nécessaire et bienvenue pour combattre cette barbarie inacceptable.
Dans ce qui suit, nous retraçons le démarrage du Centre, avec ses improvisations : à