Dédale et Icare

De

Créer des automates, inventer des labyrinthes complexes à s’y perdre, remodeler les lois de la nature et s'envoler vers le soleil : les figures associées à Dédale continuent d’animer nos rêves en dépit d’un essor des techniques qui a transformé ces défis en expériences familières. Le mythe grec du premier artiste-ingénieur mobilise en effet un symbolisme universel en construisant la scène – masculine – des origines de la culture, quand la chute de son fils, Icare, illustre le statut tragique de sa transmission. La culture européenne, des lettres aux arts - peinture, sculpture, musique, danse, cinéma -, a constamment interprété la fable au fil des siècles. Le Moyen Âge marque le mythe du sens chrétien de la faute, alors que la poésie baroque célèbre l’énergique Icare, fils émancipé que tout oppose au fils déraisonnable de l’Antiquité. Du xviiie au début du xixe siècle, les utopies politiques et techniques annexent Dédale et Icare, mais à l'Âge industriel, c'est le seul Icare qui devient à la fois le pionnier de l’aéronautique et la figure impuissante de la sublimation artistique. La culture contemporaine, plus que jamais, retisse la fable. Les artistes découvrent de nouveau la figure de Dédale l’inventeur de labyrinthe en même temps que celle de son autre fils, le Minotaure, part d’ombre des multiples visages de l’artiste. Michèle Dancourt déchiffre l’histoire et les métamorphoses des fictions singulières forgées autour des deux noms mythiques à travers textes et images, et leurs jeux. Elle ouvre des chemins inédits dans le dédale des inventions artistiques, de Gilgamesh à Joyce, du skyphos Rayet à Brazil de Terry Gillian.


Publié le : jeudi 16 juin 2016
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EAN13 : 9782271091574
Nombre de pages : 219
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Dédale et Icare Métamorphoses d’un mythe
Michèle Dancourt
Éditeur : CNRS Éditions Année d'édition : 2002 Date de mise en ligne : 16 juin 2016 Collection : Art ISBN électronique : 9782271091574
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782271059598 Nombre de pages : 219-[32]
Référence électronique DANCOURT, Michèle.Dédale et Icare : Métamorphoses d’un mythe.Nouvelle édition [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2002 (généré le 16 juin 2016). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782271091574.
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© CNRS Éditions, 2002 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Créer des automates, inventer des labyrinthes complexes à s’y perdre, remodeler les lois de la nature et s'envoler vers le soleil : les figures associées à Dédale continuent d’animer nos rêves en dépit d’un essor des techniques qui a transformé ces défis en expériences familières. Le mythe grec du premier artiste-ingénieur mobilise en effet un symbolisme universel en construisant la scène – masculine – des origines de la culture, quand la chute de son fils, Icare, illustre le statut tragique de sa transmission. La culture européenne, des lettres aux arts - peinture, sculpture, musique, danse, cinéma -, a constamment interprété la fable au fil des siècles. Le Moyen Âge marque le mythe du sens chrétien de la faute, alors que la poésie baroque célèbre l’énergique e e Icare, fils émancipé que tout oppose au fils déraisonnable de l’Antiquité. Du xviii au début du xix siècle, les utopies politiques et techniques annexent Dédale et Icare, mais à l'Âge industriel, c'est le seul Icare qui devient à la fois le pionnier de l’aéronautique et la figure impuissante de la sublimation artistique. La culture contemporaine, plus que jamais, retisse la fable. Les artistes découvrent de nouveau la figure de Dédale l’inventeur de labyrinthe en même temps que celle de son autre fils, le Minotaure, part d’ombre des multiples visages de l’artiste. Michèle Dancourt déchiffre l’histoire et les métamorphoses des fictions singulières forgées autour des deux noms mythiques à travers textes et images, et leurs jeux. Elle ouvre des chemins inédits dans le dédale des inventions artistiques, de Gilgamesh à Joyce, du skyphos Rayet à Brazil de Terry Gillian.
SOMMAIRE
Introduction
Première partie. Histoire du mythe
Chapitre premier. Le mythe antique de Dédale et Icare Situation de Dédale La conception grecque de la technè Dédale l’artisan L’ambivalence du démiurge Le labyrinthe et la danse Le labyrinthe dans le poème de Virgile Le duel de l’Artisan et du Souverain Père et fils Dédale entre Prométhée et Ulysse
Chapitre II. Les transformations du mythe, du Moyen Âge au siècle des utopies Dédale au Moyen Âge, « li bons charpentiers » La Renaissance : Dédaleredivivus Icare à l’âge baroque et à l’âge classique Dédale et Icare dans le discours utopique
Deuxième Partie. L'invention d'Icare, splendeur et misère
Chapitre III. Émancipation de l’image d’Icare dans l’« œuvre ouverte » La chute : autour du tableau de Bruegel,Paysage avec la chute d’Icare L’éblouissement : autour de l’Icare de Goltzius Baudelaire : « Les plaintes d’un Icare » Les Icares d’Apollinaire Figures modernes de l’éblouissement : Georges Bataille et André Masson Célébration du vol : Matisse Uneekphrasiscontemporaine : la tapisserie féminine de laChute d’Icarede Christophe Ransmayr
Chapitre IV. Icare, lieu commun, de l’archétype au stéréotype La diffusion des images L’institutionnalisation de l’image Icare, lieu commun textuel Nostalgie de l’antique : Icares académiques Icare, modèle à imiter L’antique et le moderne : Icare et Euphorion (Goethe) e La réduction de l’image d’Icare au xix siècle Icare, pionnier de l’aéronautique Survivance d’Icare dans la culture de masse
Chapitre V. Le rabaissement burlesque d’Icare
e e Inventionsburlesquesauxvietauxviisiècle
e e Inventions burlesques au xvi et au xvii siècle Contre la sacralisation frelatée de l’antique Dérision et grotesque de l’Icare moderne Icare, pur signifiant d’un jeu (Queneau)
Troisième Partie. La relecture moderne du mythe, Dédale et ses fils
e Chapitre VI. Résurgence de Dédale, l’artiste au xx siècle « Le sublime est en bas » (Victor Hugo) e Sikélianos, Dédale à Delphes au xx siècle Joyce,aliasDedalus
e Chapitre VII. Les réécritures du mythe auxx siècle Icare, sujet du récit mythique Dédale, sujet du récit mythique Le Minotaure, sujet du récit mythique : un autre fils de Dédale
Conclusion
Bibliographie
Table des illustrations
Index
Illustrations
Introduction
Dédale, Icare, le labyrinthe. Bas-relief du xviie siècle (Musée de Compiègne).
Le mythe grec de Dédale et Icare sollicite un imaginaire universellement partagé, comme l’atteste l’activité onirique de chaque homme, riche d’envols, de chutes et d’errances labyrinthiques. e L’ancienneté des représentations de labyrinthes (III millénaire), partout répandues, sans qu’on puisse établir s’il s’agit d’un archétype ou d’un motif qui se serait transmis, se conjugue avec le foisonnement des figures d’hommes volants dans toutes les cultures. Dans la geste mésopotamienne de Gilgamesh, le héros voyage avec Enkido, mi-taurin mi-humain, qui rêve d’un enfer-labyrinthe où errent des créatures revêtues de plumes. La mythologie germanique met en scène le forgeron Wieland, maître du Labyrinthe en Islande : mutilé (comme Héphaïstos, doublet divin de Dédale), il parvient à échapper à un roi qui le persécute en endormant la reine sur son trône (comme Héphaïstos paralysant Héra) et en se fabriquant des ailes. On pourrait multiplier les exemples de ces analogies troublantes qu’ont recensées Jung et ses disciples en quête d’un vocabulaire archétypal. Notre propos est ailleurs : non pas poursuivre un sens toujours en fuite qui désignerait une origine, mais déchiffrer, comme autant de transformations, les fictions singulières forgées autour de ces noms lumineusement établis dans la tradition européenne : Dédale, Icare. Il se peut cependant que les nombreuses relectures qui font bouger la Fable désignent un paysage symbolique stable : horizon de sens dont l’interprétation n’est sans doute pas réductible à la traduction que constitue tout commentaire, mais mobilisée, chaque fois, par la réinvention du mythe. L’origine de tout mythe est, comme le dit Marcel Détienne, « introuvable » ; à plus 1 forte raison avec cette fable qui porte sur une origine de la culture et un héros civilisateur, mais ne nous est connue que comme déjà littéraire et artistique dans la culture antique. Ce sont les poèmes raffinés d’Ovide et de Virgile qui donnèrent forme à ce mythe de l’Artiste. Aussi faut-il traverser lesMétamorphosespour déchiffrer lePaysage avec la chute d’Icarede Bruegel ou leDedalusJoyce, ainsi que les traces moins célèbres de Dédale et Icare qui ont foisonné de pendant vingt siècles. Comme l’a montré Aby Warburg en histoire de l’art, tel champ de la culture européenne ne prend sens que relié aux sources antiques, à travers le réseau complexe des
médiations nouées par la tradition. Dans cette perspective, Robert Curtius souligne dans son livre La Littérature européenne et le Moyen Âge latin, précisément dédié à la mémoire d’Aby Warburg, que « la littérature européenne est une "unité spirituelle” qui se dérobe aux regards quand on la fragmente. Pour elle, tout passé est présent, ou peut le devenir ». Et même, la survie de la tradition européenne ne tiendrait-elle pas, suggère-t-il, à cette lecture « traversière » et totalisante du passé dans le présent ? La vitalité de cette culture est inséparable du retour de personnages devenus mythiques : « La dernière œuvre de Gide, la plus parfaite, est unThésée » (qui donne aussi la parole à Dédale et Icare...). « On est européen quand on est devenucivis romanus. » On l’est d’autant plus qu’on mesure les écarts culturels : ainsi la prééminence d’Icare sur son père e à partir du xvi siècle, alors que dans la tradition antique le fils était une figure négative. Ce jeu des écarts signe encore la résurgence de Dédale dans la modernité puisque Joyce commença à « transposer le mythesub specie temporis nostri » dansPortrait de l’artiste en jeune homme (d’abord publié en français sous le titreDedalus) ; puis persista avecUlysse. Dédale et Ulysse, deux héros de l’intelligence rusée que les Grecs appelaientmétis, deux héros de l’errance, y prennent figure actuelle, d’autant plus saisissante qu’est exploré l’héritage de la culture antique qui a essaimé dans un long « travail » d’anamnèse, d’infidélité, d’exégèse et d’invention, comme opère le « travail du rêve » par condensation, déplacement, application d’une rhétorique des figures. Mais, dira-t-on, l’Occident faustien sillonne aujourd’hui les airs, propulse les architectures les plus audacieuses, conçoit, pour mieux fonder son rapport au monde, des structures électroniques merveilleusement complexes et labyrinthiques. Le même chercheur, Langford avec son équipe du Massachussets Institute of Technology, qui jouait, croyait-on, à refaire en 1988 le parcours des hommes volants sur un avion à pédales, leDaedalus, a mis au point en 1993 un avion extrêmement léger,Perseus, capable de voler sans pilote et d’observer les « trous » de la couche d’ozone. Dans un autre domaine, un livre récent de Jean-Pierre Le Dantec qui fait le point sur l’architecture contemporaine, s’intitule Dédalele héros.ce compte, qu’importe le récit des origines, l’histoire À de Dédale inillo temporeEn vérité, nous gardons aujourd’hui encore la posture du pâtre, du ? laboureur et du pêcheur d’Ovide, tête levée, avec ce soupçon que les Dédales contemporains, fascinés par la technique, sont peut-être moins les créateurs qu’ils se figurent que des relais inconscients dans la grande machinerie technologique. L’antique unité de l’art, de la science et de la technique que recouvrait le maître mot de Dédale, technè, et que ressuscita exceptionnellement Léonard de Vinci, a volé en éclats. Émerveillés par les prouesses techniques, en même temps que nous en déplorons les ravages virtuels ou actuels, nous tournons, inquiets ou désabusés, autour des devinettes d’un art désormais coupé du savoir, marginalisé malgré le culte (suspect ?) rendu à l’artiste : toutes les analyses d’Edgar Wind dansArt et anarchie (1963) convergent vers le constat que « si l’art actuel est parfois si criard, c’est qu’il s’adresse à un public qui devient sourd ». Si la crise est de l’art, comme il est courant de l’entendre dire, elle tient surtout à cette rupture entre art et technique qui prive les inventions humaines de l’évidence esthétique propre à rendre le monde habitable. Aussi pouvons-nous peut-être prêter l’oreille aux voix anciennes, porteuses d’une mémoire, si fragmentée qu’elle soit, accepter le « beau risque » inhérent aux incantations qu’on se fait à soi-même à travers la parole mythique et, par le commentaire, pratique archaïque s’il en est, tenter de déchiffrer l’archéologie, sinon d’un savoir, du moins d’une « légende » : le passé fait d’autant plus signe à cette fable de l’artisan-artiste qu’elle a pour enjeu l’invention de l’avenir. Deux titres de revues contemporaines manifestent notre expérience éclatée de ce que les Grecs appelaienttechnè : Icare, Revue de l’aviation française, et, à l’opposé,Daedalus, Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, qui entend combiner toutes les implications artistiques et
scientifiques des recherches contemporaines, revendiquant même l’invention poétique de ses jeux de mots,logodaedaly. Dans son premier numéro, daté de mai 1935, cette revue établissait, contre le nom d’Icare, l’idéal du modèle perdu : « À une époque de vols tous azimuts, on trouve plus d’Occidentaux familiarisés avec le nom d’Icare le fils.Icaremême, c’est un nom ailé. Mais c’est au père que nous avons emprunté le titre du nouveau journal de notre Académie. Nous le lui avons emprunté pour la bonne raison que Dédale jouissait d’une réputation polyvalente de savant, artisan, capable de poser aussi bien que de résoudre des devinettes ; et un individu qui commettait des fautes humaines, mais n’en était pas moins architecte, sculpteur, naturaliste, et qui travailla les métaux, frappa monnaie, inventa la hache, le fil à plomb, la vrille et la colle ; un homme de caractère, et quelque chose de plus qu’un rêveur dans la mesure où il prouva qu’il était un des meilleurs et des plus efficaces virtuoses de l’évasion ». Une autre partition entre les deux noms mythiques illustre l’ambivalence redoutable de la démiurgie scientifique, créatrice et destructrice à la fois. Quand le biologiste John Burdon Sanderson Haldane, spécialiste de génétique des populations, entreprit en 1923 d’exalter les virtualités créatrices de la science, ce fut sous le titre Daedalus, or Science and the Future. L’année suivante, le mathématicien Bertrand Russell lui 2 répliquait dans un petit ouvrage nomméIcarus or the Future of Science. Pressentant les dangers 3 des manipulations génétiques, les conséquences négatives de la compétition industrielle (et souvent guerrière) à l’échelle planétaire, les pesanteurs des techniques de contrôle et d’organisation propres aux sociétés post-industrielles, il voyait en Icare l’emblème de l’humanité, apprentie sorcière d’unetechnè qui n’a rien modifié de ses passions collectives : « Icare, ayant appris de son père à voler, fut détruit par son imprudence. Je redoute que le même destin ne frappe les populations à qui nos modernes hommes de science ont appris à voler. » Avant d’occuper ces positions antithétiques, Dédale et Icare ont connu, dans la culture européenne, une longue histoire mouvante dans un jeu complexe de substitution, d’alternance et d’occultation. L’appartenance de cette fable à un mythe plus étendu qui fait appel à d’autres figures captivantes comme Minos, Pasiphaé, Ariane, Thésée a dû favoriser la dissémination des signes. Il s’agit en effet d’une « histoire toute tissée de nœuds » ; Dürrenmatt aurait pu dire à propos du mythe crétois ce qu’il écrit du cycle thébain : « [...] il n’y a pas d’histoire secondaire. Tout a un sens. On ne peut pas bouger une ficelle à un endroit sans remuer le tout. » C’est que, selon la définition de Marcel Mauss : « Un mythe est une maille dans une toile d’araignée et non un article de dictionnaire. » Remarquable est l’intrication des cycles héroïques grecs qui content dans un temps resserré les écroulements crétois, mycénien, troyen et le surgissement d’Athènes. Par exemple, deux générations seulement séparent le meurtre du Minotaure et l’assassinat d’Agamemnon : un fils de Thésée, Acamas, était caché dans les flancs du cheval de Troie. Rappelons l’histoire de Dédale et de son fils.Dédale, appartenant à la famille régnante d’Athènes, les Erechthéides, est lié à des héros de mythes d’autochtonie, des hommes-serpents, Erechthée et son fils Cécrops. Il ne relève pas de la branche politique, celle des Cécropides qui délègue le pouvoir à Égée, puis àThésée, cousin de Dédale, mais de la branche des Métionides, placés sous la protection des dieux-artisans Athéna et Héphaïstos qui sont d’ailleurs avec Gaïa à l’origine de la lignée. Sculpteur prestigieux, Dédale réalise des effigies de dieux qui ont l’air vivantes, douées de regard et de mouvement. C’est aussi un inventeur d’outils (le fil à plomb, la glue...). Sa sœurPerdix lui demande de former son fils, le jeuneTalos, appelé aussiKircinos. L’apprenti, manifestant des dispositions extraordinaires, met au point le compas, le tour du potier, la scie. Son oncle, dans un mouvement de jalousie, le précipite du haut de l’Acropole et ensevelit furtivement le cadavre. Surpris, il explique qu’il enterre un serpent. Sa sœur, désespérée, se pend. Selon une autre version, Athéna métamorphose en perdrix le corps de Talos précipité. Découvert, Dédale doit s’expliquer devant l’Aréopage : il est condamné à l’exil ou bien, devançant le verdict, il s’enfuit sur la mer et débarque en Crète.
Le roi de Crète,Minos, issu des amours de Zeus-Taureau et d’Europe et élevé parAstérios, père putatif et nourricier, accueille l’artisan et le prend à son service. Dédale continue de sculpter : ainsi pourAriane un bas-relief représentant une danse (à moins qu’il ne s’agisse d’une piste de danse) et une statue votive d’Aphrodite. Dédale a un fils,Icare, d’une esclave du palais,Naukraté. Un jour, il accepte de satisfaire la passion amoureuse de la reinePasiphaé pour un taureau extraordinaire suscité par Poséidon. C’est que Minos n’a pas voulu sacrifier au dieu ce taureau, gage de son droit à la souveraineté dans sa rivalité avec son frère Sarpédon, et Poséidon se venge ainsi de cette impiété. Dédale construit une vache de bois recouverte de cuir et montée sur roulettes qu’il pousse lui-même dans le pré de Gortyne. Il favorise ainsi la naissance d’un enfant hybride,Astérion, le Minotaure, fétiche de la puissance royale de Crète, à qui sont sacrifiés chaque année (ou tous les neuf ans) de jeunes Athéniens – tribut dont Athènes doit s’acquitter pour expier le meurtre d’Androgée, fils aîné de Minos, tué par le taureau de Marathon qu’Égée l’a envoyé combattre (ce même taureau dont Thésée viendra plus tard à bout). Le roi Minos demande à son artisan de concevoir un lieu qui abrite et dissimule le monstre ; Dédale construit le labyrinthe. Arrive parmi les jeunes otages athéniens Thésée, fils putatif du roi d’Athènes, Égée ; son vrai père est Poséidon, il le prouve en allant chercher un anneau au fond de la mer pour Minos. À ce titre il est le demi-frère d’Astérion-Minotaure qu’il veut tuer pour abattre la thalassocratie crétoise. Ariane qui est amoureuse de lui, demande à Dédale d’inventer un stratagème pour que Thésée puisse sortir du labyrinthe une fois le meurtre accompli. Dédale lui fournit un peloton de fil dont elle tiendra une extrémité (ou bien une couronne lumineuse forgée par Héphaïstos, ce qui souligne nettement le rite d’accession à la souveraineté). Après la mort du Minotaure et la fuite de Thésée avec Ariane, Minos, qui a tout appris, veut tirer vengeance de son artisan – que la reine Pasiphaé cache. Selon certaines versions, il enferme Dédale et Icare dans le labyrinthe ; selon d’autres, il se contente de contrôler les côtes de Crète grâce à son robotTalos (fabriqué soit par Héphaïstos, soit par Dédale lui-même), pour interdire aux prisonniers toute possibilité de fuite. Acculé, Dédale ose emprunter la voie des airs avec son fils. Malgré les conseils paternels de prudence et de mesure, Icare, exalté, s’approche trop du soleil qui fait fondre la cire des ailes. Dédale aperçoit quelques plumes sur la mer. Il retrouve le corps de son fils et l’enterre sur l’île qui s’appellera Icaria, cependant que la mer devient Icarienne (ou bien c’est Héraclès qui procède à l’enterrement, ce pour quoi Dédale lui dédie, à Pise, une statue). Une version mineure rapporte que Dédale et Icare ont réussi à fuir la Crète par la mer et qu’Icare s’est noyé en débarquant maladroitement sur l’île qui portera son nom. Une autre version encore place Dédale parmi les passagers de Thésée : lors d’une escale à Délos, Thésée voue à Aphrodite la statue que Dédale avait sculptée pour Ariane et Dédale invente en l’honneur d’Apollon la Danse de la grue (géranos) qui mime les cheminements sinueux du labyrinthe. D’après la version la plus connue, Dédale poursuit son vol jusqu’à Cumes où il voue ses ailes à Apollon dans le grand temple qu’il lui édifie. Sur les portes de ce temple, il sculpte les épisodes de son aventure crétoise, mais ses mains retombent, impuissantes, quand il veut représenter la chute de son fils. Dédale se met bientôt au service du roi des Camiciens de Sicile,Cocalos, qui avec ses trois filles l’entoure de prévenances en échange de grands travaux hydrauliques à Sélinonte et sur l’Alabon, de l’érection d’un temple d’Aphrodite à Eryx et surtout d’un abri inexpugnable pour le trésor royal. Or Minos a lancé une expédition guerrière pour retrouver et punir son artisan. Arrivé en Sicile, il se fait recevoir par Cocalos qui, contrevenant aux lois de l’hospitalité, l’ébouillante dans son bain sur les conseils de son ingénieur. Dans une autre version, Minos, loin de recourir à la force, emploie la ruse. Pour débusquer Dédale, il fait circuler dans les cours royales de Méditerranée une devinette : comment faire passer un fil à travers une coquille de bigorneau
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