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DÉMOCRATIE (DE LA) CHRÉTIENNE À FORCE DÉMOCRATE

De
208 pages
Comment un parti politique peut-il conserver sa position dans le champ politique ? Préserve-t-il ses idées et l'essentiel de sa doctrine, s'il rénove ses structures en s'unissant à d'autres formations proches mais différentes de lui ? Que peuvent en dire des journalistes ? Pour essayer de trouver des réponses, l'auteur a saisi une opportunité : la refondation du Centre des Démocrates Sociaux, rebaptisé en Force Démocrate le 25 novembre 1995.
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De la Démocratie chrétienne à Force démocrate: échos d'une mutation politique

Collection Communication Sociale
dirigée par Mireille Vagné-Lebas Professeur des Universités

Inhérente à notre vie, la communication est aujourd'hui un objet de recherche consacré des savoirs. Communiquer est un acte quotidien intime, relationnel et social participant à la vie sous toutes ses formes et ses logiques, à chaque instant dans le rapport de l'homme et de ses univers. Inscrite dans la société toute entière, la communication se trouve impliquée dans la pensée, le mot, le signe ou le sens, dans les innombrables circonstances et situations de tous les âges de l'être humain, et ce, dans tous les contextes, depuis toujours... Cette collection, à la convergence des sciences et disciplines et respectant la richesse de cette complexité, s'offre à rassembler dans une dimension fondatrice les acquis des travaux de chercheurs, universitaires ou professionnels, et d'en faire le point en séries spécifiques. *Série *Série *Série *Série *Série Concepts- Théories-Méthodes Communication Jeunesse Communication Publique Tribune des professionnels Essais et Thèses Déjà parus Cyrille Bossy, Steven Spielberg: un univers de jeu, 1998. Isabelle SACRE,Les informations en information/communication, 1998. Christian LAGUERRE, cole, informatique et nouveaux comportements, E 1999. Myriam BAHUAUD, Droits dérivés. Le cas Babar, 1999.

Collection Communication Sociale Série Essais et Thèses

Marie-Nelly

Denon-Birot

De la Démocratie chrétienne à Force démocrate: échos d'une mutation politique

Préface de Mireille Vagné-Lebas
Professeur des Universités

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9016-6

Merci Mireille

PREFACE
CONTEXTE Déferlantes, scandées, assourdissantes et incessantes. Déluge de mots, lettres, images et signes, enjôleurs ou accusateurs, prometteurs ou tranchant net: «examen, Etat, ministre, citoyenneté, public, participation, liberté, société, économie. Vérité... » Jeu de la scène médiatique où le temps morcelé, l'indéterminé et le brouillage règnent en maîtres. Tohu-Bohu initial où les hommes engloutis sous les langages, sous l'imprécision verbale, vaquent tant bien que mal. Opacité générale où se diluent le sens et les idées dans la fabrication audimat des reflets, caverne platonicienne réinventée au quotidien. Doit-on dire comme Anna Harendt «crise de la culture», « appauvrissement lié aux médias »... «société au désespoir» ? Non pas, mais indices inquiétants d'agonie de l'idéal émancipateur de la pensée. Reste que l'on peut se poser la question: le brouhaha ou la cacophonie nous auraient-ils anéantis au point de nous rendre étrangers au monde de l'esprit? Savoir, humanité et pensées se dissolvent dans le triomphal mais fragile bruit. médiatique, misérablement récurrent et pourtant inévitable. Fabuleux bavardages, vérités matérielles, et vérités formelles, et aussi fallacies. Intentions, conventions, émotions et argumentation. Barthes lui, disait: «Argumentation. Spectacle et sens. Des mots. Des discours. Des objets, du monde, de la société». Infinité d'atomes de sens déposés au réceptacle toujours mystérieux de l'être, et régence de la Parole de l'Instant épuisant le sens jusqu'au verbiage...

DEMOCRATIE Système politique fondé sur la délibération publique visant un consensus nécessaire à la tractation, et à l'affranchissement du sujet. Que signifie? Agora des convictions et controverses où s'affrontent les rhétoriques, les stratégies, les mots en échos redondants: meetings, presse, radio, télévision... web. Flots. Flux et reflux. Contradiction. La démocratie n'appartient-elle pas au temps très lent de la construction d'une cité humaine, à défaut d'être idéale? Quelle parole l'édifie? La Parole politique, et celle du peuple (l'opinion publique ?), théoriquement unique? Opinion publique: notion à revisiter. Découpée en tranches, en catégories de publics à atteindre lorsque l'homme politique gouvernant ou en désir de l' être - s'adresse à elle, elle le sanctionne par son vote ou bien son adhésion. Ironie du système: une évidente confusion règne entre espace public (celui de la délibération) et espace médiatique, entre espace public et opinion publique. Citoyen amalgamé, englué dans l'espace «public» de son «opinion », mesurée à l'aune du pourcentage. Citoyen ayant pour débattre le bref et relatif instant de silence consenti dans l'isoloir, ou lorsqu'il signe son adhésion à un parti... Citoyen au coût socialement calibré et à acquitter, simultanément flatté et traqué dans l'espace médiatique relayant la parole politique. Mais cette parole des hommes qui désirent «faire» la démocratie -c'est-à-dire agir sur le réel- cette parole se dilue elle aussi dans le bruit, obéissant à la logique communicationnelle qui à occupé son champ, tributaire des médias. Il ne lui reste plus qu'à céder à ce qui est devenu marketing politique. Séduction, conviction, jeux de mots.

-

DEMOCRATIE CHRETIENNE Un concept qui a traversé près d'un siècle et demi de révolutions, d'idéaux, de guerres et de paix. Oubli de l'histoire? Des hommes, de leurs idées, de leurs vies? Que reste-t-il d'eux, de l'expérience passée? Peut-on évaluer ce legs de leurs 8

pensées? Capital symbolique... Parole du Temps, reconstruit, retrouvé. Question: après ces hommes, quel monde doit être inventé en langage cohérent d'idées ou de valeurs? Quelle identité séculière visible, authentique, crédible?
Chrétienté, spirituel et religieux

- je

crois

-participent

de cet

univers des siècles et des siècles de la quête absolue, humaine et indicible. Parole spirituelle d' « en-ce-temps-Ià-intemporel »...

ALORS ?
Parole Politique et Parole de l'Instant se confondent et se mêlent dans l'épuisement du sens. Univers meurtrier du Verbe. Superficialité et confusion au confluent de temps divergents. Coexistence paradoxale d'éclats de sens. Parole spirituelle et intemporelle croisant l'Histoire, parole du temps, paroles de vies, se tressent, se dénouent, resurgissent ou s'oublient... le temps d'écoule ou se fige. Paroles vivantes ou mortes.. .

PREFACE: lecture en perspective. Et sens intime: lieu et non-lieu. Dedans la caverne les reflets d'une refondation d'un Parti dans une parole journalistique. Et hors de la caverne, dans les ruptures et les métamorphoses de sa trajectoire, de la foi à la «force» ou à « l'union », la question de l'actuelle substance de ce Parti.. Citoyen? Peuple à lui seul. Prince, manant, marchand, colblanc, savant, ignorant, surpris au petit matin. Irrémédiable intuition ouatée de contingence. Et quoi? Le citoyen, petit prince anonyme, dans le temps social de la réappropriation de l'esprit et du verbe, se voit confier la tâche de ratifier son propre destin. Terrible et merveilleuse condition humaine, irréductible condition moderne, entre l'unité et la fragmentation.
Mireille Vagné-Lebas. 7 décembre 1999.

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"Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de .la souveraineté nationale et de la démocratie. "
Art 4 de la Constitution de la yèrœ République.

AVERTISSEMENT

AU LECTEUR

15 et 22 mars 1998. Les élections régionales et les élections cantonales ont eu lieu... Après les turbulences qu'elles ont engendrées que faut-il attendre de plus? Plus que jamais se posent des questions qui, pour le grand public mis tous les jours en face de problèmes sociaux de plus en plus contraignants, ne paraissent pas essentielles. Mais ces questions appellent des réponses, des réponses politiques et urgentes. 20 mars 1998. C'est l'ouverture du "problème" RhôneAlpes. Lors des élections régionales de mars 1998, Charles Millon avait été élu, le 20 mars, à la présidence de la région Rhône-Alpes avec les trente-cinq voix du Front national. "Gauche" et "Droite" étaient arrivées à égalité dans cette région avec soixante sièges chacune1. Plusieurs fois au cours de l'année 1998, les échos venant de cette région ont plus ou moins défrayé la chronique médiatique. Cet amalgame de faits a certainement accentué le mal-être des partis dits de la droite classique. Et de là, il a, semble-t-il, plus ou moins présidé à la tentative de recomposition du pôle de la droite républicaine et du centre. Tentative qui agite le paysage politique français depuis un certain nombre de mois. Le quotidien" La Croix" du 21 mars 199tf rendit compte d'une émission consacrée aux régionales, "Face aux chrétiens" dont l'invité était Pascal Perrineau3. Ce dernier déclarait: à propos de la droite (droite classique): "[..] Il doit y avoir une droite plurielle qui sache rendre lisible sa
Le cas de cette région n'est pas Wl cas isolé, d'autres régions ont eu des présidents qui eux aussi" bénéficièrent" de l'apport de voix FN. Pour le pôle UDF : Bourgogne avec J-P Soisson, qui démissionna le 25 mars 98, Midi-Pyrénées avec M. Censi qui démissionna dès son élection, FrancheComté avec F. Humbert qui lui aussi démissionna lors de son élection, Languededoc avec J. Blanc, Picardie avec Ch. Baur, Centre avec B. Harang, Corse avec J. Rossi). Sources: journal Sud-Ouest des 25 et 27 mars 1998. 2" On s'achemine sfuement vers Wle grande crise ", page 4. 3 Directeur du Centre d'études de la vie politique française (CEVIPOF). 13
1

diversité: un pôle démocrate chrétien, une famille libérale. une famille héritière du gaullisme. Ce sont trois composantes essentielles, elles doivent exister ': 25 mars 1998. Dans un contexte où les politiques et les médias ont été plus prolixes que de coutume, un homme, un "chef de parti politique '; François Bayrou4, a proposé, pour un cartel électoral appelé UDF, une démarche qui obligerait cette entité politique à une transformation de ses structures, et,

par suite de ses" mentalités politiques.
JJ

,,5

du 1er avril 1998, Jacques Duquesne Dans" La Croix pose en titre de son article une question qui va devenir centrale dans les mois suivants: "Peut-on créer un véritable parti du centre? ': Il ressort de cet article que: "le centre a perdu beaucoup de ses militants et dirigeants potentiels, qui lui venaient notamment des mouvements de jeunesse catholique. '; que: "Cette rupture se produisit dans les années soixante, notamment en raison de l'attitude des démocrates chrétiens dans les guerres de décolonisation, et de l'affaiblissement de ces mouvements parallèle à celui du catholicisme chez les jeunes '; et que" le grand bénéficiaire de cette rupture jùt le PS ': 26 avril 1998. Charles Millon constitue son mouvement" La Droite ': Mai 1998. Claude Goasguen, secrétaire général de Force démocrate, ainsi que de l'UDF, annonçait le 27 mai sa décision de rejoindre Démocratie libérale et le groupe présidé par José Rossi. Le 16 mai, Alain Madelin et les libéraux de Démocratie libérale6 quittent l'UDF. Juin 1998. Le 2 juin voit naître l' "Alliance '; nouvelle confédération de l'opposition fondée par le RPR, l'UDF et DL.
4

François Bayrou est alors le président de Force Démocrate, parti centriste faisant partie de l'UDF. TIfut aussi président de l'ancien CDS de décembre 1994 à fin novembre 1995. 5 sa du 26 mars 1998, page 4 : " Qui m'aime me suive". "Le député du Béarn veut créer un nouveau parti sur les décombres de l'UDF". 6 Pour la plus grande partie d'entre eux.

14

16 septembre 1998. François Bayrou est élu président de l'UDF. Trois candidats étaient en présence: Hervé Mariton, Philippe de Longevialle et François Bayrou. 28 et 29 novembre 1998. Le congrès extraordinaire de Force Démocrate et le premier conseil national de la Nouvelle UDF se sont déroulés. Feu Force Démocrate a fusionné au sein de cette" nouvelle" formation, et a abandonné son identité... il est vrai vieille de trois années. L'UDF, mouture 1998, se recompose autour de l'ancienne Force démocrate avec les adhérents directs et les membres du PRIL7. Le PPDF devrait rejoindre la nouvelle formation au cours des premiers
mois de 1999 et le Parti Radical ne s

y incorporerait

qu'après

avoir fêté le centenaire de sa création, donc après 2001.

La nouvelle UDF "Désormais il n y aura plus qu'une
settle carte de membre, un seul président (François Bayrou) et un seul siège commun (dans les locaux de Force démocrate, le parti de Bayrou). FD apporte le gros des effectifs au nouveau parti: 48 députés et une trentaine de sénateurs. Dimanche il fusionnera avec les Adhérents directs (7 députés) et avec le PRIL (pôle républicain, indépendant et libéral, 7 députés). Dans quelques mois, ils seront rejoints par le Parti populaire pour la démocratie française d'Hervé de Charrette qui sera président délégué de l'UDF (2 députés). Seul le Parti radical (trois députés) garde son statut de personne morale ,8. Janvier 1999. Il s'est déroulé ce que certains ont appelé le "psychodrame lyonnais ,9. Un épisode" révélateur" crée un chambardement dans les rangs de la droite républicaine dont les conséquences feront, peut-être, long feu. L'élection de Charles Millon ayant été annulée, c'est après bien des bouleversements d'alliances et de paroles" égarées" (non tenues ?), qu'Anne-Marie Comparini, membre de la Nouvelle UDF, est élue à la présidence de la région Rhône-Alpes. La
PRIT-: Pôle Républicain Indépendant et Libéral, fonné par d'anciens adhérents de Démocratie Libérale n'ayant pas suivi Alain Madelin lors du départ de DL de l'UDF ancienne fonnule. 8 Libération des 28 et 29 novembre 1998, page Il. 9 Sud Ouest du samedi 6 février 1999. 7

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nouvelle présidente a eu le soutien de Raymond Barre, députémaire de Lyon; et, les voix du RPR et de DL lui manquant en grande partie, ce sont les voix socialistes qui ont permis son élection. 7février 1999. Le premier Conseil national de la Nouvelle UDFo a eu lieu à Bordeaux, avec à l'ordre du jour l'Europe, le projet européen de cette formation et sa stratégie pour les élections européennes du 13 juin 1999. Ce même jour, l'ensemble des participants a voté, à l'unanimité, pour la constitution d'une liste indépendante aux élections européennes, liste que François Bayrou s'est engagé à conduire. De cette démarche, ainsi que de l'ensemble des événements précités, je ne serai, ici, ni juge, ni partie. L'essai qui va suivre propose la synthèse des résultats d'une étude réalisée il y a quelques mois dans le cadre universitaire (troisième cycle en Sciences de l'Information et de la Communication), et dont le sujet était la "refondation du CDS en 1995': Jusqu'à quel point la refondation du CDS a-t-elle anticipé de la fùsion d'une partie des formations de l'UDF originelle dans la "Nouvelle UDF" ? Aujourd'hui, au cours du premier semestre 1999, si les événements confirment une part certaine des commentaires de la presse consultée en novembre 1995, ils infirment aussi quelques autres" certitudes" des journalistes de l'époque. Lequel, de l'acteur, ou du rôle, est-il le répétiteur?

Réunissant 2557 conseillers nationaux selon le supplément au numéro I de Démocratie Info, journal de la Nouvelle UDF, en date du 10/02/99, page 1.

10

16

INTRODUCTION
Et, en 1995, la Démocratie sociale d'inspiration démocrate chrétienne épousa la Sociale Démocratie...

L'énoncé du problème Comment un parti politique peut-il conserver sa position " spatiale" dans le champ politique français, en protégeant ses idées, tout en procédant à une rénovation de ses structures, via des unions avec des obédiences proches mais différentes? Comment des hommes politiques, à la tête de partis, peuvent-ils évoluer vers le pouvoir, sans avoir l'air de se " disjoindre" des idées qu'ils défendent tant au sein d'une formation partisane que dans les" hémicycles sacrés" de la République? Pour essayer de trouver des réponses nous avons saisi, comme une opportunité de laboratoire concret, le cas de la refondation du Centre des Démocrates Sociaux, transformé en Force Démocrate le 25 novembre 1995 en s'unissant au Parti Social Démocrate. Pour" voir" l'acte programmé par François Bayrou Il, nous avons utilisé le filtre constitué par dix quotidiens de la Presse nationale et régionale. Pour comprendre le discours de la presse, tant sur le passé du CDS que sur l'avenir supposé de Force Démocrate, nous nous étions posée de nombreuses questions. Nous voulions savoir quel regard la presseI2 avait porté sur les hommes, sur le CDS, et sur cet événement. L'étude de ce coIpus fut réalisée après avoir établi, à partir de trois hypothèses s'imbriquant à la manière de poupées russes, une série de questions dérivées. Ces dernières ont guidé toute la catégorisation et donc décidé du découpage des articles concernant cet événement aujourd'hui vieux de plus de trois ans.
II

Président du CDS depuis le 10 décembre 1994. 12Dans les jours qui entouraient l'événement. 17

. . .

Que pouvait-on lire dans cet acte politique? L'adaptation tacticienne d'un parti souvent mal identifié, situé à la périphérie du pouvoir, dans le but de devenir -par le fait d'alliances externes et de glissements d'alliances internes- la composante dominante de l'UDF? L'ambition personnelle d'un homme le poussant à conduire le mouvement politique, qu'il dirige, à devenir un parti de rassemblement et de gouvernement, pour un enjeu proche, et à son profit: les élections présidentielles de 2002 ? Ou un événement beaucoup plus structurel: l'ambition collective d'élargissement des bases militantes du parti, de sa notoriété, de l'affirmation d'une identité qui soit plus " moderne", par le dépassement du concept de démocratie chrétienne et l'adoption d'un courant de pensée plus laïc?

Avant d'en arriver à la vision journalistique, nous avons tenté d'avoir, en amont, une vision de la portée événementielle de cette" refondation du CDS". Nous avons donc choisi d'évoquer, rapidement, l'historique de la genèse et de la transformation du concept" Démocratie chrétienne" en France. Ce survol s'est fait au travers de mouvements et de partis dits démocrates d'inspiration chrétienne, en cherchant à mettre en évidence quelques-unes de leurs singularités et la continuité de leurs thèmes politiques.

n est primordial pour un parti politique de diriger ses efforts
en we de la conquête du pouvoir et de s'adresser à deux publics différents. L'un, son public générique, pour lequel il inscrit l'action dans une perspective commune à l'ensemble de ses membres. L'autre, un public d'électeurs - réels ou potentiels pour lequel il élabore une ofUe politique et programmatique qui se doit d'être la plus large possible, afin de créer un " espace de syncrétisme" permettant de réaliser, au mieux, les objectifs du parti. n est prévisible que, dans une société où les mutations sont de plus en plus fréquentes, une structure partisane devienne 18

S'adapter aux mutations et à la conjoncture

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rapidement obsolète. Pour continuer d'exister, et d'apporter à la collectivité sa propre vision de l' "agir politique ", elle doit renouveler ses discours et programmes en fonction des évolutions, culturelles et sociologiques, de l'électorat. TIs'avère, aussi, parfois indispensable qu'un parti politique ne se contente plus de faire évoluer son discours, ni de vouloir faire partager un projet plus ou moins héritier de sa "tradition ". La formation politique peut alors choisir de disparaître, afin renaître en élargissant ses bases et en adaptant ses thèses, sans pour autant renier totalement sa culture d'origine. Les changements qui en découlent, imposent, pour être crédibles, qu'il y ait information, sinon explication, du phénomène. Afin que le projet prenne corps, dans le public, il est nécessaire qu'un système discursif se mette en place, engage sur le terrain militant et communicationnel externe les indispensables manoeuvres de persuasions, de suggestions, de réflexions. Puis, le discours préexistant ayant fait son chemin, les faits peuvent enfin matérialiser les théories, et opérer les mutations ou les transformations projetées. Nous sommes, ici, en face d'un projet: la refondation, dont la perspective se veut à long terme: le pouvoir. Dessein qui se situe dans une temporalité forcément à moyen terme: le système politique soumis aux fluctuations des consultations électorales. Le tout étant traité dans un outil à court terme: la presse quotidienne.

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Survol d'une singularité Le CDS, parti démocrate d'inspiration chrétienne13, était en 1995 situé au centre droit dans le système politique ftançais. Cette deuxième composante de l'Union pour la Démocratie Française (UDF) y vivait des relations malaisées. Mal identifié par l'électorat français, le CDS avait participé à plusieurs gouvernements. Devant réaliser une véritable mutation sociologique, sans pour autant abandonner les valeurs qui lui étaient propres, ce
13

TIen reconnaissait sa filiation depuis le Congrès de Metz en 1986.

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parti avait choisi de disparaître pour donner naissance à une nouvelle structure partisane. Après dix-neuf ans d'existenceI4, il avait décidé de sa dissolution le 24 novembre 1995. Dès le lendemain, samedi 25 novembre, à Lyon, sur le site du Parc EUREXPO, le CDS et le PSD muaient en un nouveau parti

politique: Force DémocrateIS. Au cours de ce Congrès de
Refondation, une " Charte des valeurs ", et les statuts provisoires de FD, avaient été distribués aux participants et aux médias. L'adoption des statuts définitifs était programmée pour le 30 avril 1996. Démarche synthétisée Afin de mieux cerner le "dit" des journalistes, nous proposons au lecteur de partir de la maturation des idées pour en arriver à leur concrétisation par la fondation de partis politiques. Et, par le biais des articles de presse autour de cette refondation du CDS, nous avons vérifié le questionnement préalable à l'étude. En posant la trame historique, nous pensons que ce survol de plusieurs décennies peut éclairer, sinon justifier, certaines des réactions trouvées dans les journaux analysés. Dans une première partie nous posons quelques bases pour une approche non exhaustive du centrisme, de la référence démocrate chrétienne, du catholicisme politique au XIXe siècle et des premières formations politiques démochrétiennes. La deuxième partie s'appuie sur les années de l'après-guerre, jusqu'au 25 novembre 1995. Et, c'est dans la troisième partie que les échos de la presse présentent l'analyse du "mariage en grandes pompes" du défunt CDS avec le PSD. Par la suite, les résultats et finalités des investigations devraient ouvrir d'autres pistes de réflexion, sous condition que la politique, et le " zapping" électoral de nos concitoyens, nous laissent quelques chances de nouvelles vérifications de ces "hypothèses "... dans un avenir qui ne saurait tarder.
Le CDS avait été créé à Rennes les 21, 22 et 23 mai 1976. 15 Marque déposée à Paris auprès,de l'INPI le 14 février 1996 sous le numéro d'ordre 96610640. 20
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