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Démonstration de l’existence d’une dualité corps-esprit

De
162 pages

Imaginez qu’un jour on arrive à vaincre chez vous le processus de vieillissement. Imaginez alors qu’au sein de votre cerveau on change, chaque jour de votre vie, un neurone par un autre de composition physico-chimique strictement identique. La permutation opérée ne pénaliserait pas le fonctionnement de votre cerveau, ce dernier n’ayant, via l’opération, pas changé de structure. Au bout d'environ 275 millions d’années, tous vos neurones d’origine finiraient par être remplacés.
Qui serait alors cet individu qui existerait dans ce cerveau ? Serait-ce encore vous ou serait-ce quelqu’un d’autre ? Et si à présent on reconstituait avec vos anciens neurones votre cerveau d’origine, qui existerait dans ce cerveau reconstitué ? Serait-ce vous ou serait-ce quelqu’un d’autre ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-06328-4

 

© Edilivre, 2017

1
Introduction

Le constat de ma propre conscience d’exister a depuis très longtemps été pour moi un sujet de curiosité et d’étonnement. Chacun d’entre nous fait chaque jour l’expérience de sa propre conscience d’exister. La conscience d’exister, c’est ce qui nous anime au plus profond de nous-même et nous fait dire que nous sommes vivants. Nous expérimentons la conscience, qui s’impose à nous comme expérience intime. Descartes disait « Je pense donc je suis », exprimant ainsi le fait que l’existence de notre conscience constitue une des vérités premières qui s’impose à nous de manière irréfutable une fois que nous avons remis tout le reste en cause.

Pourtant, aussi évidente et irréfutable que soit pour moi l’existence de ma propre conscience, il m’est bien difficile d’en donner une définition précise.

Qu’est-ce que réellement la conscience ? Qu’est-ce qui la caractérise ? Quels sont les mécanismes qui sont à l’origine de son existence ? Ma conscience est-elle le produit de phénomènes physico-chimiques qui ont lieu dans mon cerveau, ou ma conscience implique-t-elle quelque chose de plus que ces phénomènes ? Ma conscience cessera-t-elle inexorablement d’exister lorsque je serai mort, ou continuera-t-elle d’exister d’une manière ou d’une autre après ma mort ?

La question de la persistance ou non de la conscience après la mort est un sujet à la fois fascinant, mystérieux et sensible, car si la conscience, avec l’émerveillement qui l’accompagne, constitue une des premières certitudes que nous ayons, une autre certitude, celle que nous mourrons tous un jour, vient dans une certaine mesure relativiser cet enthousiasme. Si ma conscience doit cesser un jour d’exister, alors chaque instant qui passe me rapproche de cette échéance et m’apparaît comme doté d’une valeur inestimable, car je ne peux pas tout voir, tout vivre, tout faire, je dois faire des choix, renoncer à d’autres, et je n’aurai pas l’éternité pour me rattraper.

D’une certaine manière, un grand nombre de craintes que je peux avoir sont une conséquence, directe ou indirecte de la conscience que j’ai de ma propre fin, de la déchéance qui l’accompagne, ou de celle des êtres qui me sont chers. Si je crains d’être malade, c’est, d’une part à cause de la souffrance que cela occasionne, mais cela peut aussi être, dans une certaine mesure, parce que je sais que cette maladie peut déboucher sur une fin plus proche que celle que j’avais imaginé. Si je crains de ne pas réussir à faire quelque chose dans ma vie, c’est parce que je sais que cette vie est limitée dans le temps, que ma vie ne sera pas celle que j’aurai voulu avoir, et que le nombre de chances dont je dispose pour réussir ce que je compte y faire est limité. A contrario, si j’avais l’absolue certitude de vivre une éternité de temps en bonne santé en pleine possession de mes moyens, le fait de ne pas avoir encore accompli certaines actions dans ma vie m’apparaitrait comme sans grande importance, car j’aurais toute l’éternité pour me rattraper.

La question de la persistance ou non de la conscience après la mort constitue encore aujourd’hui un vrai mystère qui résiste à toutes les avancées scientifiques, laissant chacun d’entre nous irrémédiablement ballotés entre d’un côté, l’émerveillement de notre conscience d’exister, et de celle des êtres qui nous sont chers, voire de celle de chaque individu faisant partie de l’humanité, et de l’autre, la certitude que cette conscience s’arrêtera un jour dans ce monde-ci, sans qu’il y ait de possibilité de savoir avec certitude ce qu’il pourrait y avoir après.

Cet ouvrage ne prétend pas apporter de réponse certaine à la question de la persistance ou non de la conscience après la mort. Néanmoins, par des raisonnements formels, et partant de constats que chacun de nous est à même de faire, j’essaie d’y mettre en évidence un certain nombre de paradoxes qui remettent, à mon sens, en cause quelques idées reçues, qui tendraient à conclure, un peu rapidement, parfois sur le fondement des nombreuses avancées récentes de la science et de la médecine, que la conscience est le seul produit du support matériel par lequel elle semble se manifester, à savoir notre cerveau. Je m’attacherai en particulier à démontrer que, si le cerveau est une condition nécessaire à ce que le « Je » qui anime chacun d’entre nous puisse interagir avec le monde que nous connaissons, et les uns avec les autres dans ce même monde, ce même cerveau ne suffit pas à expliquer l’émergence de ce même « Je », qu’il ne constitue donc pas une condition suffisante, et qu’il existe donc nécessairement autre chose.

Autrement dit, ce que je pense pouvoir démontrer au travers de cet ouvrage, c’est qu’il existe bien une dualité entre le corps d’une part, et la conscience d’exister d’autre part : le corps, y compris le cerveau, et la conscience de soi, sont deux entités distinctes.

Quand je parle de démontrer, je veux dire par là que j’utiliserai dans mes raisonnements, autant que possible, la logique formelle, des raisonnements mathématiques simples, en particulier le raisonnement par récurrence, pour mettre en évidence ces paradoxes, à partir d’hypothèses simples et vérifiables (du moins je le crois) par chacun, à condition de disposer d’un bagage minimum, relevant de concepts mathématiques qui sont généralement enseignés au Lycée.

Cette réflexion remet en cause de manière directe le point de vue biologiste qui considère que la conscience est le fruit de l’activité physico-chimique au sein du cerveau, idée largement développée par des auteurs connus tels que Jacques MONOD dans « Le Hasard et la Nécessité », ou encore Jean-Pierre CHANGEUX dans « L’Homme neuronal ».

C’est donc par un raisonnement logique formel, couramment utilisé par cette même communauté pour mener expériences et démonstrations, que j’ai voulu prouver que l’émergence directe de la conscience d’exister à partir de la matière est, en l’état actuel des théories avancées, impossible.

Il ne s’agit pas non plus pour moi de proposer un retour en arrière et de revenir aux vieux démons d’anciennes théories vitalistes. Ce que j’entends démontrer dans cet ouvrage, c’est que, comme bien souvent, la réalité est plus complexe qu’il n’y parait. Pendant des siècles la théorie officielle consistait à dire que la conscience était le fruit d’une création divine. Aujourd’hui, les théories scientifiques ont largement remis en cause ce dogme et nous nous retrouvons tous comme les citoyens orphelins d’un Univers constitué de particules et d’énergie, dont l’évolution semble régie par des lois impersonnelles réductibles à des équations mathématiques.

Pour ma part, je pense que les conceptions modernes ont sans aucun doute été pour partie construites par un souci de recherche de la vérité, mais aussi que, comme à l’occasion de toute remise en cause d’un dogme, elles sont parfois, je pense, allées plus loin dans l’affirmation de certaines vérités que ne l’auraient permis la stricte observance de la démarche scientifique, sans doute en partie en réaction vis-à-vis des excès induits par l’affirmation des dogmes antérieurs.

En ce qui concerne les raisons qui ont motivé la rédaction de cet ouvrage, je me les explique par le fait que :

• Ayant d’une part été élevé dans une famille croyante de tradition catholique, l’existence de la conscience après la mort m’a souvent été présentée comme un postulat.

• Ayant dans le même temps reçu, de mon père d’une part un certain sens de l’esprit critique, et via mon parcours scolaire d’autre part une éducation scientifique, j’ai appris à n’accepter comme vérité que ce qui peut être démontré, partant de postulats ou d’hypothèses partagés, de faits et d’expériences reproductibles, et moyennant des raisonnements logiques formels indiscutables.

Ainsi, depuis un âge assez jeune, j’ai dû composer entre d’un côté, l’intuition qui m’a été exposée avec force conviction que la vie ne s’arrêtait pas en ce monde et qu’il y aurait un après, que la conscience demeurait intacte et qu’elle continuerait d’exister au-delà du monde que nous percevons, et de l’autre le constat qu’il n’existait, au sens cartésien du terme, aucune expérience partageable et reproductible qui puisse démontrer l’existence de cet après. Au contraire, les avancées de la médecine tendraient plutôt à suggérer que la conscience est le fruit de ce qui se passe au sens physico-chimique au sein du cerveau, et qu’une fois que le cerveau n’est plus, il n’y a plus de conscience.

Cet ouvrage est le fruit de la confrontation de ces deux idées à première vue contradictoires, et de leur cheminement dans mon esprit depuis un certain nombre d’années.

2
Comment définir la conscience de soi

Le phénomène de conscience, qui caractérise chacun d’entre nous, ce sentiment d’exister, d’être soi, d’être vivant, nous l’expérimentons tous. Le fait que je sois conscient s’impose à moi, à chacun d’entre nous comme une évidence. Pourtant, aussi évident qu’il soit, le phénomène de conscience demeure difficile à définir, comme en témoigne la définition ci-dessous (extrait de la définition donnée par l’encyclopédie Wikipedia en 2014, et dont la définition a été modifiée depuis) :

« La conscience est un phénomène difficile à définir précisément en raison de la difficulté à comprendre sa nature et ses contours, d’autant qu’il est loin d’être certain que ce qui cherche à la comprendre, la conscience elle-même précisément dont la raison est un outil stylisé, soit capable de se saisir elle-même (« le couteau ne peut se couper lui-même » disent les bouddhistes). La conscience est, du point de vue de certaines philosophies et de la psychologie, la faculté mentale qui permet d’appréhender de façon subjective les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (les états émotionnels, les pensées.) et plus généralement sa propre existence ».

Etre conscient, c’est… être conscient. Nous savons tous ce que cela veut dire, mais il est difficile, pour la définir, de relier la conscience de soi à autre chose qu’à elle-même. La conscience est ce qui nous fait sentir que nous existons et que le monde existe. Sans conscience, nous serions comme des machines, sans aucune perception, aucun ressenti, notre vie n’aurait aucun sens. Sans conscience, pas de bonheur ni de souffrance, pas de sentiment d’exister. Le monde serait un ensemble de matière plus ou moins organisée, sans personne pour témoigner du fait qu’il existe.

La conscience est une des qualités auxquelles nous tenons tout particulièrement, car la perte définitive de la conscience, c’est ce que nous associons généralement à la mort.

Si je suis conscient, mon existence à l’instant présent m’apparait comme une évidence irréfutable. Si je suis mort et que ma conscience n’est plus, alors je n’existe plus, il m’est donc impossible de constater la non existence de ma propre conscience. Seules d’autres personnes peuvent la constater. Lorsque je serai mort, si ma conscience n’est plus, alors je ne pourrai plus percevoir ni le monde ni le temps. Je suis donc irréfutablement conscient de ma propre existence, et à l’opposé, il me sera impossible de constater ma propre mort, si avec celle-ci ma conscience n’est plus.

En définitive, nous pourrions définir la conscience de soi, en partant du postulat cartésien, comme… la première évidence qui s’impose à chacun d’entre nous comme une vérité, à chaque instant où nous existons.

3
Conscience de l’existence de soi et conscience de l’existence des autres

Autant l’existence de ma propre conscience m’apparaît comme une évidence, autant l’approche que je peux avoir de la conscience d’exister des autres est différente.

D’abord, en ce qui me concerne, je me perçois de l’intérieur, alors que je perçois la conscience d’exister des autres de l’extérieur. Il s’agit d’un premier constat qui, bien que pouvant paraître évident, n’en est pas moins fondamental, et nous le verrons plus loin, très important dans un certain nombre de démonstrations qui vont suivre.

Par ailleurs, tandis que je ne peux remettre en cause ma propre existence, il m’est théoriquement possible, à contrario, de remettre en cause l’existence des autres, et de considérer que ces autres personnes sont des sortes de machines, très sophistiquées certes, mais dénuées de conscience.

Bien entendu, dans la vie réelle, je me garderai bien de faire une telle hypothèse. Supposer qu’autrui puisse ne pas exister serait une attitude totalement égocentrique, surtout si je considère que ma propre existence constitue un fait irréfutable.

Pourtant, sur le plan strictement logique, alors que je perçois directement ma conscience d’exister, sans possibilité de la remettre en cause, c’est indirectement que je perçois l’existence de la conscience des autres. C’est en raisonnant par analogie vis-à-vis de mon propre comportement que je déduis que les autres sont conscients comme je le suis moi-même. Cette analogie étant très forte, il ne me viendrait pas à l’idée, dans ma vie quotidienne, de remettre en cause l’existence des autres. Mais sur le plan de la logique formelle, il y a bien une différence.

Autrement dit, chacun d’entre nous fait le constat irréfutable de sa propre existence, sans pouvoir prouver celle-ci de manière irréfutable aux autres.

Sur le plan strictement formel, il me serait bien difficile de définir avec précision, lorsque j’interagis avec le monde extérieur, quel sont les critères qui font que je considère que mon interlocuteur est conscient ou non.

Si mon interlocuteur est une personne, bien entendu, l’analogie physique avec l’être que je suis est si forte, et par ailleurs les phénomènes physico-chimiques qui sous-tendent le comportement de cet autre individu sont tellement similaires à ceux qui sous-tendent mon propre comportement, qu’il m’apparaît totalement dénué de sens de remettre en cause le fait que cet autre individu soit doté de conscience, du moment que j’en suis doté moi-même.

La question est beaucoup plus difficile à trancher lorsque celui ou ce avec quoi j’interagis n’est pas un être humain. Alan Turing a bien conçu un test censé permettre de discerner, dans le domaine de l’intelligence artificielle, le fait qu’un interlocuteur soit une machine ou un être humain. En ce qui concerne les animaux, différents tests ont également été mis au point pour déterminer, chez chacun d’eux, s’il existe ou non une conscience, et quel est, comparé à celui de la nôtre, le degré de développement de celle-ci. Ainsi, une classification a été établie selon les espèces, identifiant les individus de certaines d’entre elles comme dotées d’une conscience d’exister. C’est notamment le cas en ce qui concerne les dauphins par exemple.

Cependant, pour aussi sophistiqués que soient ces critères et ces tests, ils ne permettent pas de démontrer, au sens strict, l’existence ou non d’une conscience avec la même force que l’existence de celle-ci s’impose à nous lorsqu’il s’agit, pour chacun d’entre nous, de notre propre conscience d’exister.

On pourrait, avec les progrès croissants de l’informatique, considérer que l’on arrivera un jour à concevoir un logiciel qui arrive à passer sans encombre tous les tests évoqués ci-dessus. Pour autant, un logiciel n’est jamais qu’un logiciel, c’est-à-dire une suite d’instructions totalement déterministes en fonction de paramètres d’entrées donnés. Le comportement de ce logiciel nous donnerait sans doute l’illusion de l’existence d’une conscience, de la même manière qu’un logiciel est aujourd’hui parfaitement capable de nous donner l’illusion de sa capacité à effectuer un tirage aléatoire, alors qu’en réalité tout tirage effectué par ce dernier est en réalité pseudo-aléatoire, c’est-à-dire donnant l’illusion de l’aléatoire, bien que parfaitement déterminé. De la même manière, il est aujourd’hui possible de concevoir des logiciels capables de battre des champions aux échecs ou au Go. Pour autant, cette capacité ne signifie pas que ces logiciels sont dotés d’une conscience d’exister. Les machines que nous fabriquons sont de plus en plus performantes ; elles dépassent dans bien des domaines les capacités de l’être humain, et avec les progrès de l’intelligence artificielle, des domaines que l’on croyait jusqu’ici réservés à l’intelligence humaine finissent à leur tour par être le terrain d’action des machines. Cependant, malgré ces avancées considérables, aucune de ces machines n’a pu, jusqu’à aujourd’hui, montrer le moindre signe révélant l’existence en son sein d’une conscience d’exister.

En ce qui concerne l’être humain, si on fait l’hypothèse que la conscience est le fruit des réactions physico-chimiques qui ont lieu dans le cerveau, alors on dispose, partant du constat irréfutable que chacun peut faire que sa propre conscience existe, d’un moyen de démontrer que la conscience des autres existe également. En effet, puisque ma conscience existe, et puisque le corps des autres est structuré comme le mien et que le cerveau des autres fait l’objet de réactions physico-chimiques analogues à celles qui se produisent dans mon cerveau, alors je peux conclure que, puisque ma conscience existe, cette existence s’imposant à moi comme un fait irréfutable, alors, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la conscience des autres existe aussi.

Cette démonstration, pour être valide, suppose que je fasse une hypothèse, qui établit un lien de cause à effet entre l’existence d’une structure biologique et de réactions physico-chimiques particulières, d’une part, et l’existence d’une conscience d’exister, d’autre part.

Il est vrai que les avancées modernes de la science et en particulier des neurosciences et de la médecine laissent généralement penser qu’il existe un lien indéfectible entre la conscience et ce qui se passe dans le cerveau de celui qui la vit. Nous verrons plus loin dans cet ouvrage que la conscience d’exister que nous expérimentons tous dispose d’une caractéristique intrinsèque qui, lorsqu’on l’examine de près, conduit à sérieusement remettre en cause l’indéfectibilité de ce lien, ou plus exactement la fusion entre la conscience de soi et les réactions physico-chimiques qui ont lieu dans le cerveau.

Pour résumer la différence de perception que nous avons de notre propre conscience et de celle que nous avons de la conscience des autres, je dirais que :

• Ma conscience, je la vis directement de l’intérieur et je ne peux la mettre en doute. Elle s’impose à moi comme une évidence irréfutable

• La conscience des autres, je la perçois de l’extérieur et leur existence ne constitue pas pour moi une évidence directe, mais celui d’une déduction que je fais par analogie par rapport à l’existence de ma propre conscience, moyennant l’hypothèse selon laquelle on considère que le phénomène de conscience de soi est le fruit de l’activité physico-chimique au sein du cerveau de chacun d’entre nous.

A priori, ce que je perçois ainsi de mon point de vue, est également perceptible par chaque autre personne, de manière symétrique, de son propre point de vue : toute autre personne perçoit sa propre conscience comme un fait irréfutable et perçoit l’existence de la conscience des autres, y compris la mienne, non comme une évidence directe, mais comme une déduction logique de l’existence de sa propre conscience.

4
La conscience de soi et le temps

4.1 La conscience individuelle et le temps

Si j’examine le rapport qui existe entre ma conscience d’exister et le temps, je constate que ma conscience s’est exprimée et s’exprime encore aujourd’hui au sein de ce dernier de manière discontinue :

• Tel que je le perçois, ma conscience d’exister a eu un début, qu’il me serait d’ailleurs assez difficile à positionner de manière précise dans le temps, quelque part entre ma naissance et mes premières années d’existence.

• Lorsque je dors, ma conscience cesse temporairement de s’exprimer, même si pendant de courts laps de temps, pendant mes rêves, elle semble parfois refaire surface.

• Enfin, selon toute probabilité, il m’apparaît aussi que ma vie sur Terre ne sera pas infinie, et qu’il arrivera un jour où je quitterai ce monde. Est-ce que ma conscience cessera d’exister pour toujours à partir de ce moment-là ? Certains diront que oui, d’autres que non. Aujourd’hui, la persistance de la conscience après la mort biologique est une question de croyance et de conviction personnelle, et il n’existe pas de preuve formelle indiscutable permettant de trancher dans un sens ou dans l’autre.

En examinant de plus près les périodes pendant lesquelles, tel que je le perçois, ma conscience n’a pas existé, dans mon très jeune âge, pendant mon sommeil, il m’apparaît que la conscience que j’ai aujourd’hui de mon passé s’appuie inévitablement sur ce que ma mémoire est en mesure de me rappeler.

Cela implique que si, pendant un intervalle de temps donné, je suis conscient mais que pendant ce même intervalle, ma mémoire cesse d’imprimer ce que je suis en train de vivre, alors une fois cet intervalle de temps passé, je serai incapable de dire si, pendant ce même intervalle de temps, ma conscience a bien existé ou non.

J’en déduis immédiatement que pour toutes les périodes pour lesquelles je n’ai, aujourd’hui, aucun souvenir d’avoir été conscient, pendant mon jeune âge, pendant mon sommeil, il m’est en réalité impossible de dire si pendant ces intervalles de temps, c’est ma conscience, ou ma mémoire, qui n’a pas fonctionné.

Si je considère mon jeune âge, ma famille et mes proches sont capables de raconter des événements que j’ai vécus, pendant lesquels je me suis exprimé, et pour lesquels, selon toute vraisemblance, de leur point de vue, j’étais conscient. Cependant, de mon côté, je n’ai pas toujours gardé en mémoire le souvenir de ces événements. Il existe donc des moments où, dans ma vie, ma conscience a existé, mais il m’est impossible aujourd’hui de me les rappeler.

Un constat analogue peut être fait en ce qui concerne le sommeil. Qui n’a pas déjà eu la sensation, en se réveillant, d’avoir vécu tout un tas de rêves, puis de se rendre compte que le souvenir de ceux-ci s’efface rapidement ? Dans ces circonstances également, le fait que j’oublie ce que j’ai vécu pendant mes rêves fait qu’il ne m’est plus possible de dire, après coup, si j’ai rêvé ou non, donc si j’ai été, d’une certaine manière, conscient d’une réalité, même si c’était celle de mon rêve, ou non.

Ma conscience et ma mémoire ne fonctionnent donc pas toujours ensemble : je peux être conscient, mais si ma mémoire n’enregistre pas ce que je vis, une fois l’instant passé, je ne peux plus dire après coup si j’étais conscient ou non.

Par conséquent, la perception que j’ai aujourd’hui de l’existence passée de ma conscience correspond aux moments où simultanément, ma conscience et ma mémoire ont fonctionné. Corollairement, pour tous les instants pour lesquels je n’ai pas de souvenir, il m’est dans l’absolu impossible de dire, sans un témoignage extérieur, si ces instants correspondent à des moments où ma conscience n’a pas existé, ou uniquement à des moments où ma mémoire n’a pas enregistré ce que j’ai pu vivre à ces instants.

Donc, en ce qui concerne les instants dont je ne me souviens pas, c’est-à-dire pendant mon sommeil, avant mes plus lointains souvenirs de jeunesse, je peux dire que ma mémoire n’a pas fonctionné, mais il m’est impossible de savoir avec certitude si ma conscience a existé ou non.

La conscience que j’ai aujourd’hui de mon existence passée est totalement dépendante de ma mémoire.

Si la technologie réussissait à produire un clone de ma personne et à reproduire dans son cerveau l’exacte configuration du mien, avec mes connexions neuronales, mes souvenirs, alors mon clone serait persuadé, de bonne foi, d’être moi, d’avoir vécu ma vie, alors qu’en réalité, il n’aurait rien vécu de tout cela. Ce clone serait persuadé de bonne foi d’être moi, et d’exister depuis ma naissance. Il le serait tout aussi persuadé que je le suis moi-même, alors qu’en réalité, il n’aurait absolument rien vécu de tout cela.

Cette expérience imaginaire démontre que dans l’absolu, même si dans la réalité quotidienne nous nous garderons bien de le mettre en doute, rien ne démontre formellement à chacun d’entre nous qu’il a existé dans le passé. La seule chose que nous puissions chacun dire avec certitude, c’est qu’au moment présent, nous existons. En ce qui concerne notre passé, il est bien sûr très probable que nous ayons existé, mais en poussant le raisonnement à l’extrême, le fait que nous nous souvenions d’avoir existé ne constitue pas une preuve formelle de cette existence passée.

Sans doute certains objecterons que l’expérience que je mentionne ci-dessus, qui envisage la réalisation d’un clone parfait de moi-même, est imaginaire. Je répondrai que, bien qu’imaginaire, rien n’interdit de penser qu’un jour elle ne devienne pas possible, même si en définitive ce ne soit sans doute pas vraiment souhaitable. Par ailleurs, rien n’interdit, même si cette expérience n’est pas aujourd’hui techniquement réalisable, de simplement considérer qu’aucune loi connue de la physique n’interdit qu’elle devienne un jour possible, et d’en tirer des conclusions. Après tout, pendant longtemps on a considéré que le chiffre -1 n’avait pas de racine carrée, jusqu’à ce qu’un jour quelqu’un fasse l’hypothèse contraire, et découvre le monde des nombres imaginaires, ouvrant la porte à la découverte de tout un pan des mathématiques, et permettant au passage de résoudre dans le cas général les équations du troisième degré.

Un certain nombre de faits, scientifiquement avérés cette fois-ci, illustrent par ailleurs mes propos précédents concernant la manière dont nous percevons notre passé. Il s’agit du cas de personnes ayant perdu la faculté de stocker de nouveaux souvenirs. Ces personnes, dotées d’une conscience d’exister comme vous et moi, ont subi à un moment de leur vie un traumatisme cérébral affectant la circonvolution de l’hippocampe. Cette région du cerveau étant impliquée dans le mécanisme de stockage des souvenirs dits autobiographiques, ces patients se retrouvent comme figés à un moment de leur vie, persuadés, des années après leur accident, qu’ils sont en train de vivre le jour qui suit tout juste ce dernier. Ils sont tout à fait capables de se rappeler leurs anciens souvenirs, correspondant aux événements antérieurs à leur accident. Cependant, chaque jour qui passe, leurs nouveaux souvenirs s’effacent, ils se réveillent en ayant totalement oublié leurs souvenirs de la veille, et recommencent ainsi leur vie jour après jour sans cesse au même point. Dans le film intitulé « Amour et amnésie », réalisé par Peter Segal en 2004 avec Adam Sandler et Drew Barrymore, l’héroïne principale illustre précisément ce cas.

Le cas de tels patients illustre à quel point la conscience que nous avons de notre passé est dépendante de notre mémoire, et comment il est effectivement possible, pour des personnes réelles, de se retrouver totalement trompées, dans l’ignorance de la réalité de ce qu’elles vivent, leur passé récent étant irrémédiablement effacé jour après jour.

Puisque nous ne pouvons être formellement certains de rien en ce qui concerne notre passé, peut-être aurons-nous davantage de chances en ce qui concerne notre futur.

Malheureusement, enfin, heureusement peut-être en réalité, en ce qui concerne le futur, à fortiori, rien ne nous permet non plus, pas plus que pour notre passé, de préjuger avec certitude ce que sera notre existence. D’abord, pour le futur, ce n’est plus notre mémoire, mais notre capacité d’anticipation qui régit la manière dont nous le percevons. Bien entendu, cette capacité d’anticipation s’appuie sur la mémoire de ce que nous avons déjà vécu. Mais autant la mémoire est censée nous ramener le souvenir d’une période révolue, donc sur laquelle il est désormais impossible d’agir, autant l’anticipation que nous faisons en ce qui concerne le futur s’appuie en grande partie sur des hypothèses, sachant que le futur n’est pas encore « écrit », et que ce dernier peut s’avérer in fine très différent de ce que nous avons pu prévoir à priori. Fort heureusement, nous pouvons dans la majorité des cas faire confiance en l’avenir, et supposer que nous continuerons d’exister pendant un certain temps. Dans l’absolu, cette existence future constitue une hypothèse. Je peux très bien mourir d’une crise cardiaque sans qu’aucun signe précurseur ne se soit manifesté pour me le laisser supposer. Il peut m’arriver tout un tas d’événements soudains que je n’aurai pas prévus et qui pourront transformer totalement mon existence sans que j’aie pu le prévoir.

En définitive, quand je suis conscient, comme cela a été dit dès le début de cet ouvrage, cette conscience que j’ai d’exister s’impose à moi à l’instant présent comme une évidence irréfutable, mais mis à part cette certitude présente, rien, ne me permet d’affirmer avec une absolue certitude, ni que j’ai existé dans le passé, ni que j’existerai dans le futur.

Comme chacun de nous peut le constater, il existe le temps objectif et le temps subjectif. Le temps objectif est celui qui est défini par la science, qui est mesurable, bien que relatif au sens de la relativité d’Einstein. Le temps subjectif est celui que chacun de nous perçoit. Le temps subjectif est différent du temps objectif car des intervalles de temps qui au sens de la physique ont la même durée dans un même référentiel galiléen peuvent, d’un point de vue subjectif, tantôt nous paraître courts, tantôt nous paraître longs. Il arrive parfois de se dire qu’au fur et à mesure que la vie avance, le temps semble aller de plus en plus vite. Enfin, lorsque nous ne sommes plus conscients, nous cessons de percevoir le temps qui passe, si bien que si pour une raison ou une autre nous cessons d’être conscients pendant un intervalle de temps donné, l’instant qui précède et l’instant qui succède à cet intervalle de temps nous paraissent rapprochés, alors qu’en réalité ils peuvent être très éloignés. Si un être humain devait, tel un « hibernatus » (par référence au film bien connu réalisé par Édouard Molinaro, sorti en 1969, mettant notamment en scène l’acteur Louis de Funès), rester inconscient pendant plusieurs dizaines d’années, et finissait par se réveiller, alors les instants juste avant et après sa période d’inconscience seraient perçus par lui comme proches, la période d’inconscience elle-même étant perçue comme « sans durée ».

La manière dont nous percevons le temps dépend de facteurs tels que l’état émotionnel dans lequel nous sommes, et du degré de conscience qui est le nôtre à chaque instant.

4.2 La conscience et l’évolution

L’évolution de la vie sur Terre est un processus globalement progressif. Au début, il y a plus de trois milliards d’années, la vie était le fait d’organismes unicellulaires. Avec l’évolution et le mécanisme de la reproduction, les premières espèces ont cédé la place à d’autres, de plus en plus complexes et de plus en plus évoluées, jusqu’à l’apparition des premiers mammifères, puis des premiers primates, et enfin de l’être humain.

Ce qui est remarquable, c’est que chacun d’entre nous descend, en ligne directe, des micro-organismes primitifs, en passant par de nombreuses espèces. Une question que je me suis souvent posée, est alors de me demander quel furent, parmi mes nombreux ancêtres, les premiers qui furent dotés d’une conscience d’exister. Car si je considère la lignée qui me sépare d’un de mes ancêtres unicellulaires, il doit bien y en avoir un premier à avoir eu la conscience de sa propre existence, comme cela est démontré plus formellement ci-après.

En effet, si on considère que les premiers micro-organismes n’étaient pas doués de conscience d’exister, on peut formuler les hypothèses suivantes :

– Je considère un de mes ancêtres unicellulaire que j’appellerai U0.

– Je considère par ailleurs la suite finie (Un) des êtres vivants me reliant à mon ancêtre U0, par voie de descendance, mon rang dans cette suite étant noté N.

Par définition, pour tout entier n compris entre 0 et N-1, Un est parent de Un + 1.

U0, organisme unicellulaire, n’était pas doté d’une conscience d’exister. Certains viendront peut-être remettre en cause cette hypothèse, considérant que tout être vivant est doté d’une conscience d’exister, à son niveau. Si tel était le cas cependant, le premier à être doté d’une conscience serait alors l’être U0 et la démonstration s’arrêterait là. Je vais donc faire à présent l’hypothèse que le premier organisme unicellulaire U0 n’était pas doté d’une conscience d’exister.

Si je considère à présent l’ensemble des entiers n compris entre 0 et N tels que l’individu Un est ou était doté de conscience, il est facile à démontrer que cet ensemble est totalement ordonné (par l’indice associé à la suite (Un)), et qu’il contient donc un plus petit élément. Par conséquent, il existe un premier individu de la lignée (Un) doté de conscience, tel que tous ses précédents dans la suite (Un), c’est-à-dire tous ses parents, grands-parents et ancêtres quels qu’ils soient, au sein de la suite (Un), n’étaient pas dotés d’une conscience d’exister.

En d’autres termes, parmi la lignée de mes ancêtres me reliant à un organisme unicellulaire dont je descends en ligne directe, il existe un premier individu doté de conscience tel que tous ceux qui l’ont précédé dans cette ligne directe n’étaient pas dotés d’une conscience d’exister.

Sans doute est-il possible que, pour ce premier individu de la lignée (Un), cette conscience se soit exprimée de manière « fugace », c’est-à-dire qu’elle ait commencé par faire de brèves apparitions, espacées par de longs moments d’inconscience. Même aujourd’hui, la conscience dont nous faisons chacun l’objet n’est pas continue : lorsque nous dormons, nous cessons d’être conscients. Il est envisageable qu’au cours de l’évolution, la conscience d’exister soit apparue de manière progressive, jusqu’à devenir une caractéristique quasi-permanente de l’état d’éveil comme c’est le cas pour l’être humain aujourd’hui.

Je ne peux cependant m’empêcher de me questionner sur ce que pouvait ressentir cet ancêtre, dont les parents n’avaient pas de conscience de leur existence, et qui a disposé lui-même, ne fusse que de courts instants, de cette conscience d’exister.

4.3 Conscience et mémoire

Le contenu de ma mémoire, ce que j’ai vécu, mes connaissances, mes compétences, ce que je sais faire, tout cela fait partie de ma personnalité. Ma mémoire est en perpétuel mouvement : elle stocke de nouvelles informations, en oublie d’autres. Ma personnalité change au fur et à mesure de mon existence. Ma conscience d’exister, quant à elle, existe indépendamment de ces changements. Que se passerait-il si on reconfigurait ma mémoire pour en changer le contenu ? Est-ce que je perdrais ma conscience d’exister dans mon corps ? Que se passerait-il si on implantait dans ma mémoire des souvenirs qui ne sont pas les miens ? Est-ce pour autant je perdrais ma conscience d’exister ?

Même si, comme cela a été précisé plus haut, ma conscience d’exister s’appuie sur ma mémoire, en particulier pour savoir si j’ai existé dans le passé, ma conscience d’exister et ce dont je me souviens m’apparaissent en définitive comme étant deux entités bien distinctes :

• Ma mémoire constitue un ensemble d’éléments sur lesquels ma conscience peut se porter, au même titre que d’autres éléments qui me viennent de mes...