Des Africains noirs en France

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296402867
Nombre de pages : 120
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Du même auteur

Sénégal, l'Etat Abdou Diouf ou le Temps des incertitudes, Collection points de vue, 1986

Des tirailleurs sénégalais aux... blacks

LES AFRICAINS

NOIRS EN FRANCE

@ L'Harmattan, 1986 ISBN: 2-85802-864-8 ISSN: 0761-5248

Mar Fall

DES TIRAILLEURS

SÉNÉGALAIS

AUX ... BLACKS

LES AFRICAINS NOIRS EN FRANCE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

SIGLES

AFfAM : Association Pour l'Accueil des Travailleurs Africains et Malgaches. AOF : Afrique Occidentale Française. CAl: Contrôle et assistance des indigènes. CDRN : Comité de Défense de la Race Nègre. FEANF: Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France. MRAP : Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples. NACCP : Association pour le progrès des gens de couleur. PAl: Parti Africain de l'Indépendance. PCF : Parti Communiste Français. RNDP : Révolution Nationale Démocratique et Populaire. VIC : Union Inter Coloniale. VIE : Union Internationale des Etudiants. UNIA: Association universelle pour l'amélioration des Noirs.

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INTRODUCTION

Depuis le début des années 80, les Africains noirs en France ou les Blacks comme on dit dans certains milieux, percent le mur longtemps érigé entre eux et la société. Ils font preuve d'un réel dynamisme; ils apparaissent au grand jour. Situation nouvelle lorsque l'on sait qu'ils sont présents dans l'Hexagone depuis des décennies, précisément depuis la Première Guerre mondiale où l'on a vu

débarquer des dizaines de milliers de « tirailleurs sénégalais» réquisitionnés pour la défense de ce qui était à

l'époque la « Mère-Patrie ».
Hormis quelques textes déjà anciens (1) et des articles de presse d'inégale valeur disséminés dans les journaux et revues, force est de constater que cette population n'est pas étudiée comme le sont d'autres composantes de l'immigration en France. Aucun travail d'ensemble n'a été réalisé jusque-là, si ce n'est le travail de Ph. Dewitte; pourtant cette communauté s'enracine de plus en plus dans l'ancienne métropole; il semble même, au vu de ses conduites actuelles, qu'elle n'envisage pas le retour définitif sur le continent noir. Des familles se sont constituées ou reconstituées, des enfants sont nés ici et fréquentent les mêmes structures scolaires que les jeunes Français. Le mur, comme une ligne de partage, une sorte de barrière sanitaire consolidée 9

chaque jour, est en train de se lézarder, libérant des énergies créatrices. Des associations, journaux, revues, maisons d'édition, radios, groupes de musique, de danse et de théâtre créés à l'initiative des Africains noirs prennent place dans le paysage culturel. Phénomène de mode? Enracinement progressif? Début d'une prise de parole autonome? Notre hypothèse est qu'il y a, derrière toutes ces manifestations et interventions, l'émergence d'un acteur social privé jusqu'ici de parole et de sens, la communauté noue. Ce fait social qui se constitue sous nos yeux et dans lequel nous sommes partie prenante, introduit une question nouvelle, celle liée à la place des organisations hexagonales première manière, qu'elles soient politiques, syndicales, humanitaires ou autres; organisations qui ont servi de médiateur entre la société ou plus exactement l'Etat et la diaspora noire. En effet, ont-elles encore lieu d'être du strict point de vue du rôle joué jusque-là, dès lors que les acteurs sociaux noirs, organisés dans leurs propres associations (ou inorganisés), produisent une parole culturelle etlou politique, réductrice ou totalisante? Parole qui revendique une autonomie de pensée et d'action Cela est d'une importance capitale: il n'y a pas si longtemps, l'immigration africaine noire était définie par sa privation de sens. Cette période semble révolue avec l'apparition d'une génération qui parle à la fois critique culturelle et critique sociale, qui se donne les moyens d'une expression autonome dans une démarche d'intégration conflictuelle. Ceux qui sont à l'initiative de cette démarche et qui ont opéré, me semble-t-il, une rupture avec un discours misérabiliste sur la diaspora noire, se veulent les détenteurs et les producteurs de leur propre sens. Autrement dit, ils se refusent à être une matière première, un alibi, un prétexte à l'action et Iou l'inaction politique et idéologique pour d'autres, ceux qui s'« occupaient d'eux ». Ce texte restitue les conduites sociales, politiques et culturelles actuelles de la minorité noire. Il trace aussi de manière succinte sa présence depuis les tirailleurs sénégalais, de leurs mobilisations politiques et culturelles au lendemain de la Première Guerre mondiale, en passant par
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les précurseurs du mouvement de la négritude et ceux de l'indépendance politique de l'Afrique. C'est ce fil conducteur qui permet de faire le lien entre les questions liées à l'assimilation et celles qui se posent aujourd'hui en termes d'intégration conflictuelle. Au-delà de l'actualité politique immédiate, qui place tous les immigrés du Tiers monde au centre de la vie politique nationale, faire un voyage au sein de la communauté noire longtemps ignorée revêt pour nous une importance particulière.

Notes
Quelques titres:
Jean-Pierre Ndiaye, Négriers modernes. Les travailleurs noirs en France, Présence Africaine, Paris, 1970. Sally Ndongo, Voyage forcé d'un militant, éd. Maspéro, Paris. La coopération franco-africaine, éd. Maspéro, Paris, 1972. UGTSF (Union des Travailleurs Sénégalais en France), Le livre des travailleurs africains en France, éd. Maspéro, Paris, 1970. Rêves d'en France. Des Africains parlent, qui les écoute, éd. l'Harmattan, Paris. Oumar Dia-Renée Colin-Nogues, Yâkâré-L'autobiographie d'Oumar, éd. Maspéro, Paris, 1982. Numéro spécial. Black, in Autrement, Paris, 1983, n° 49. Blaise Ndiehoya-Massaer Diallo, « Un regard noir », in Autrement, Paris, 1984. Justin Gandoulou, Entre Paris et Bakongo, Centre Pompidou, Paris, 1983. Philippe Dewitte, Les mouvements nègres en France 1919-1939, éd. L'Harmattan, Racines du Présent, Paris, 1985. 11

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