//img.uscri.be/pth/ff4075277c29869647164c3d6beff5e2d2dcdc8d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

DES FAMILLES FACE À LA NAISSANCE

De
298 pages
A travers cette anthropologie de la naissance, nous suivrons le parcours des femmes durant ces étapes, leur rapport à la prise en charge médicale de la naissance, nous partagerons quelques moments de la vie des familles.
Voir plus Voir moins

DES FAMILLES FACE À LA NAISSANCE

Collection Savoir et formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs. Dernières parutions

Dominique FABLET (Eds.), La Formation des formateurs d'adultes, 2001. Anne BARRERE, Les enseignants au travail, routines incertaines, 2002. Gilles BILLOTTE, L'équipe pédagogique: vers une nouvelle identité professionnelle des enseignants, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN, Laformation autodirigée, 2002. Colette LATERRASSE, Du rapport au savoir à l'école et à l'Université, 2002. Yves MEUNIER et Daniel CHETOUI, Les éducateurs de jeunes enfants: une identité professionnelle en évolution?, 2002. Jean-Luc RINAUDO, Des souris et des maîtres, 2002. Philippe CARRE et André MOISAN (eds.), L'autoformation, fait social? Aspects historiques et sociologiques, 2002. Jean-François MARCEL (éd.), Les sciences de l'éducation: des recherches, une discipline, 2002. Christiane MONTANDON, Approches systématiques des dispositifs pédagogiques: enjeux et méthodes, 2002. Collectif du MOULIN, Intégrer les formations ouvertes - Résultats et analyse d'une conférence de consensus, 2002 Dominique FABLET, Les interventions socio-éducatives, 2002. Collectif, L'identité chez les formateurs d'enseignants. Echanges francoquébécois, 2002. Jean-François CHOSSON, Pratiques de l'entraînement mental, 2002.

Collection SAVOIR ET FORMATION

Bernadette TaLARD

DES FAMILLES FACE À LA NAISSANCE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3486-3

Sommaire

Avant-propos... À la quête d'informations Anthropologie: variabilité, permanence Introduction Naissance et santé publique Sociologie de la santé
Éducation pour la santé.

...

7 8 9 .13 14 22 27

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

Questions de départ

1-Terrain

......

.31
31 40 43 47 47 48 54 55 55 62
... ... ... .. 75

Le quartier de Lille-Moulins La population du quartier Les maternités 2- Méthode, enquête et rédaction Premières rencontres dans le quartier Rencontres à la maternité Salengro Mise en forme du texte 3- Dire la grossesse ... ... Connaissance des sexes Corps et individu
Conclusion.. . . . . . . .. . .. . . . . . . .. ... ... ... ... .. . . . . . . . . . . .. ...

4-Préparer la naissance Diagnosticet déclaration
L'échographie.. Préparation matérielle. . . . . .. ... ... . ... . . . . . . . .. .................

77 77
... .. . . 87

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 91

5-La naissance:
Rite Les de lieux passage du

le passage
en passage. maternité?

99
.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 99

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 102

La séparation des corps 6-Le séjour à la maternité Une période de marge. .... ... ..... Les lochies Nourrir le bébé: biberon ou sein? Les soins au cordon
Les cadeaux Conclusion.

... ...

110 129 129 136 140 166

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 169 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 71

7-Décrire la parenté Trois relations
Nomination et parenté.

...

173 174 176 179 180 182

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 75

Choix des éléments descriptifs Mise en forme des informations Conventions graphiques Conclusion

8-La filiation..

...

...

..183
183 191 206 209
212

Filiation et nom de famille de l'enfant Filiation et inscription lignagère Filiation et acculturation Filiation, nomination et classe sociale
Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

9- L'alliance

...
culturellement

...
endogames

...213
213 215
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 222

Situationmatrimoniale Mosaïquedes couples
Couples

Conclusion 10- Frères et sœurs
Les frères, les sœurs
entre

233 ..235
et la naissance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 235
germains. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 236

Différences

Traitement égalitaire des germains Autour des parents Entre ftères et sœurs ... ... .... ... ...
Ruptures.

... .. .... ...

242 250 252 259 261 261 264 271 273 ..283 295

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 257

Conclusion C on cIusio n. ... ... Du bloc obstétrical à l'état civi1. Trois modalités de nomination Mémoire familiale Rite et naissance en maternité Référen ces bib liogra phiq ues... Tab le des matières

Avant-propos
Dans ce livre, vous suivrez la préparation de la naissance, l'accouchement et l'attribution des noms de l'enfant dans les familles d'un quartier populaire de la ville de Lille. Mon point de vue est celui d'une anthropologue, médecin de formation initiale. À la suite de ce travail, j'ai rejoint les sciences de l'éducation. La question des liens entre mes travaux d'anthropologie sociale et les sciences de l'éducation fait donc maintenant partie de mes activités ordinaires d'enseignant-chercheur. En quoi l'embryon, le fœtus puis le nouveau-né sont-ils concernés par l'éducation? Si on ne considère que les apprentissages scolaires comme la lecture et l'écriture, l'éducation commencerait quand l'enfant est capable de marcher, de parler et que notre société le juge apte à apprendre. Les plus jeunes à fréquenter le système scolaire sont les enfants de deux à trois ans ; 41 % des enfants de trois ans sont scolarisés en France dans les écoles maternelles. Pour ceux de moins de deux ans, les nourrissons, ce sont les familles et les structures de la petite enfance qui sont concernées par les questions éducatives. Dans cet ouvrage, je m'intéresserai à la phase située encore en amont: les conditions d'accueil et d'intégration de l'enfant à sa famille. Pour que la problématique de l'éducation ait un sens, en ces moments où la promesse de vie humaine se construit, il ne faut probablement pas restreindre la question au futur enfant, mais considérer la famille dans laquelle il prendra place. Les futurs parents et l'ensemble de la parenté préparent la naissance à leur manière. Nous les suivrons dans leurs préoccupations. Mais ils ne sont pas seuls à veiller sur la progéniture. Une intense surveillance sociale et médicale accompagne le processus de la grossesse et de l'enfantement. Nous verrons comment se passent les relations entre les futurs parents et ceux qui sont mandatés par la société pour les accompagner dans ces moments.

Des familles face à la naissance À la quête d'informations Le regard porté est celui de l'ethnologue, le récit qui en résulte fait part d'une attitude compréhensive à l'égard de situations et de propos qui sortent parfois de l'ordinaire. Ces propos sont retranscrits avec fidélité. Aussi, ce livre pourra intéresser les professionnels qui ne rencontrent les parents que dans les cadres institutionnels (crèche, hôpital, PMI...). En effet, la liberté du travail de l'ethnologue lui permet de rester quelque temps au contact des familles sans enjeu institutionnel. À force d'être en quête d'informateurs et d'observations, l'ethnologue devient une personne informée au-delà de son propre objet d'étude. Travaillant dans le domaine de l'ethnologie française, la présence sur un terrain durant plusieurs mois, voire à plusieurs reprises durant plusieurs années, est source d'informations non seulement en termes de recherche mais également en termes de connaissance de la vie sociale. Mes thèmes de recherche (la naissance et la petite enfance) s'accompagnent d'un intérêt particulier pour les populations défavorisées. Au contact de cette population, et plus particulièrement au sein d'un quartier de la ville de Lille, les informations recueillies débordent largement du cadre fixé par les objets d'études. Les situations d'observation conduisent à écouter les parents, aller au domicile des familles, fréquenter avec eux une structure de soins, connaître leurs relations avec des associations travaillant dans le champ de l'action sociale, les accompagner dans les démarches administratives, aider à l'approvisionnement, se déplacer en leur compagnie dans les transports en commun, se rendre à une distribution de denrées alimentaires par la Croix-Rouge, être présente lors de l'inscription à la Halte-garderie, les conduire sur leur lieu de vacances, etc. Toutes ces circonstances sont créées par l'observation participante. Ces moments de présence permettent de comprendre les difficultés auxquelles les personnes de milieu populaire sont confrontées, les représentations sociales qui y ont cours, mais aussi des sentiments d'impuissance vécus au quotidien et certaines attitudes paradoxales. Les observations rendent également perceptibles les injonctions parfois contradictoires que ces familles reçoivent des professionnels avec lesquels elles sont en relation. De ces situations d'observation se dégagent en dehors, ou plus exactement, en périphérie de l'objet de recherche, un ensemble d'éléments concrets, de sentiments exprimés, d'impressions répétées, qui sont ensuite confrontées au corpus anthropologique.

8

Avant-propos Anthropologie: variabilité, permanence En effet, le savoir anthropologique peut conduire à une attitude compréhensive à l'égard les uns des autres et à une relecture de notre propre culture d'origine. La connaissance d'autres sociétés est précieuse. À partir des deux dimensions, spatiale et temporelle, apparaît la relativité de nos normes en matière de représentation de la conception, des conditions de la naissance et de soins aux nouveau-nés. Deux démarches complémentaires permettent de réfléchir sur ces questions: d'une part, nous pouvons envisager d'autres civilisations et la manière dont chacune possède un réseau cohérent de représentations, de croyances, d'interdits et d'inj onctions, de structures religieuses, politiques et économiques, et d'autre part, considérer, par un regard historique, la façon dont notre société y a répondu au fil du temps, dans divers contextes sociopolitiques. Ce cheminement est propre à découvrir l'anthropologie, car d'une société à l'autre, d'un siècle à l'autre, nous constatons la présence de thèmes récurrents comme l'existence d'une représentation de la conception, l'articulation de cette représentation avec les interdits ou les injonctions sexuelles au cours et au décours de la grossesse, la position des hommes et des femmes dans la société et ses répercussions sur leurs rôles respectifs au moment de l'arrivée de l'enfant, l'existence d'un rite de passage au moment de la naissance, de préconisations quant aux traitements des matières issues du corps humain et particulièrement celles provenant de l'accouchement, les conditions de nomination de l'enfant et son intégration à une structure de parenté, la présence de modalités de circulation d'enfants au sein d'une société donnée. Bien entendu, pour chacune de ces questions, les réponses peuvent être radicalement différentes, mais ce qui est commun, c'est qu'aucune des sociétés n'a laissé au hasard (ou à la nature!) le soin de dicter une conduite et de donner un sens. C'est à ces problèmes posés aux hommes, jamais laissés aux aléas des circonstances et cependant résolus en respectant des règles propres à chaque société, que se rattache la notion d'invariant. Alors, bien entendu, l'anthropologie invite à mettre un peu de curiosité, voire d'impertinence dans notre vie quotidienne en interrogeant les gestes les plus ordinaires, les représentations en cours, fussent-elles scientifiques. Dans le domaine de la naissance, la comparaison entre les cultures provoque de nombreuses questions. Considérons le cordon ombilical. Pourquoi couper le cordon ombilical de telle manière ? Avec 9

Des familles face à la naissance quels instruments? Quelles précautions d'asepsie? Pourquoi proposer tout ou partie de ces gestes au père? Pourquoi mettre les bandes ombilicales puis quelques décennies plus tard se contenter d'une compresse? Comment réagissent les familles qui, au fil des naissances, ont reçu des conseils différents? Quelles raisons donnons-nous aujourd'hui à telle ou telle recommandation? Comment ces justifications s'intègrent-elles dans le paysage de nos valeurs et de nos croyances? Sur quoi appuient-elles leur autorité? Quels vecteurs transmettent les recommandations en matière de puériculture? La comparaison entre cultures invite donc à nous interroger sur le sens de nos propres pratiques en matière de grossesse et de prime enfance en tentant de les rattacher à un faisceau cohérent de représentations et de structures sociales. En effet, considérer que le caractère holiste des sociétés appartient au passé ou aux sociétés exotiques relève pour partie de l'ethnocentrisme, en considérant que nous, les hommes et les femmes

du XXIe siècle ne serions pas soumis à une quelconque idéologie ou
valeur qui s'imposerait à notre société. Pour une autre part, cette manière de rejeter l'holisme dans un ailleurs lointain ou passé témoigne également de la difficulté qu'il y a à porter un regard distancié sur notre propre civilisation. De plus, il n'est pas certain que cette analyse des mécanismes en jeu ici, chez nous, soit facilement acceptable, car souvent, ceux qui sont responsables de ses fondements ne sont pas conscients de jouer à la fois un rôle technique et un rôle social. Ainsi, en est-il par exemple de la sphère médicale. Tandis que les procédures de soins s'améliorent, la manière dont ceux-ci sont dispensés se modifie et influence les modes de vie et les rituels autrefois établis. La médicalisation participe maintenant aux différentes étapes critiques de la vie humaine. Que ce soit pour naître, pour être soigné en cas d'accident, à certains moments de différentes maladies, ou pour mourir, la place de l'hôpital est devenue centrale en un siècle. Or, cette réalité s'est établie sans que pour autant l'ensemble des soignants accepte que cette place technique s'accompagne d'un rôle symbolique. Certes, des pratiques anciennes ou apportées du pays d'origine persistent même si elles restent discrètes au sein des institutions et si les médias n'en parlent pas. Ainsi, reprenant notre exemple du cordon ombilical, certaines femmes se conforment aux conseils médicaux et se contentent de la compresse, d'autres imposent la bande ombilicale à l'équipe soignante, d'autres encore attendent leur retour à domicile pour les utiliser, d'autres enfin n'utilisent plus ce bandage mais rendent cette absence responsable de la survenue d'une éventuelle hernie ombilicale. 10

Avant-propos Dans l'intimité des familles continuent de se poser les questions en rapport avec la confrontation des anciennes et des récentes manières de procéder. Mais ceci n'est qu'un aspect des survivances de pratiques non savantes. En effet, au sein même des idées nouvelles, elles s'insinuent également en raison de l'humanité des personnes qui les établissent et des outils dont nous disposons pour penser et élaborer la science ellemême. Ce regard distancié sur notre propre société permet également d'envisager que nos réponses sont probablement les meilleures pour nous, (ou un certain nombre d'entre nous), ici et aujourd'hui. Cependant, qui osera afflffiler qu'aucune découverte, aucun événement ne viendra pas modifier les préceptes qui s'imposent aujourd'hui? Si on accepte cette démarche qui relativise le caractère faussement immuable des recommandations, peut-être serons-nous conduits à accepter des écarts par rapport à ce que nous considérons comme la conduite idéale attendue d'un père ou d'une mère. La prise en compte des attentes des parents en serait d'autant plus aisée. Toutes les considérations esthétiques, spirituelles, sociales, économiques, culinaires..., et il en est de toutes sortes, les parents, les médias, les établissements sanitaires, les structures de la petite enfance, etc. les transmettent aux enfants comme des évidences. C'est la force de chaque culture de considérer paradoxalement ces critères comme naturels, allant de soi, alors qu'ils sont culturels et transmis. L'enfant en est pétri dès sa naissance, peut-être même avant qu'il ne naisse alors qu'il n'était encore qu'un fœtus. On peut comprendre alors que lorsqu'il abordera l'école, il a déjà cumulé de nombreux savoirs, mais que ceux-ci ne sont pas nécessairement partagés avec ses copains de classe, ni même valorisés par le système scolaire. Il sera alors devant la difficulté de cumuler deux cultures, d'adopter certains traits de l'une, de l'autre, de faire la synthèse ou de laisser sédimenter les informations qu'il recevra de part et d'autre. Bref, l'enfant se présente à l'école déjà empreint de tout ce qui ne s'écrit pas, mais qui s'inscrit dans les corps, les goûts, les noms, etc. Ce sont ces premiers éléments d'éducation que nous découvrons ici grâce aux personnes qui m'ont accueillie chez elles entre 1993 et 1999 et au personnel de l'établissement hospitalier qui m'a reçue de 1995 à 1998. Je leur adresse, à tous et à toutes, mes sincères remerciements.

Il

Introduction
«La généalogie dans son principe ne vise pas seulement le faisceau des réalités biologiques, mais bien l'ensemble des systèmes institutionnels fabriqués par l'humanité pour survivre et se répandre. » Pierre Legendre (1996, p.6) L'enfant est un maillon de la transmission de patrimoines aussi divers que les biens, les savoir-faire, les croyances... la culture. Il est issu de la relation entre deux personnes et à travers elles, deux familles. La naissance et les premières années de la vie constituent donc des momentscharnières. L'anthropologie permet de considérer la place de l'enfant par rapport à l'ensemble de la société et constitue ainsi une manière particulière d'envisager la maternité et le statut du jeune enfant. Elle apporte également la connaissance de cultures les plus diverses, décrivant les modalités d'accueil du nouveau-né et d'éducation du jeune enfant ayant un sens par rapport à une société donnée. Des siècles nous séparent du début de l'élaboration du baptême, du mariage et des funérailles. Quel regard porter aujourd'hui sur les rites de notre propre société? Comment créer cette distance fictive nécessaire à l'observation ? Avec l'aide des anthropologues et des historiens, nous disposons d'une abondante littérature qui parle de l'autre et éclaire le présent de notre société urbaine. Cependant est-il possible de définir le rite de l'intérieur de sa propre communauté? Aujourd'hui, avec l'avènement de l'ethnologie française, de l'ethnologie urbaine, le chercheur en anthropologie est-il un indigène explorant sa propre culture? Comment cela est-il possible?

13

Des familles face à la naissance Les valeurs mises en avant par la société française évoluent. Si le rituel était autrefois étroitement contrôlé par les religions, l'avènement de la nation française et de la laïcité au cours du dix-neuvième siècle a déplacé les rituels de l'église vers la mairie. La légitimité des actes civils a remplacé celle des actes paroissiaux. Dans le domaine de la santé, la religion a là aussi perdu une partie de ses prérogatives au profit de l'activité médicale. Certaines activités ritualisées se sont également développées dans les cathédrales de l'activité médicale et de la santé. Ceci est vrai de l'activité thérapeutique, mais cette constatation peut être particulièrement notée en ce qui concerne la naissance et la mort. La modification profonde des rites autour de la naissance depuis un siècle peut être considérée comme très rapide. En quoi, ces bouleversements ont-ils modifié les relations dans la parenté et le statut du nouveau-né? À partir d'un terrain dont une partie de la population est stigmatisée, qualifiée de défavorisée, je me suis interrogée sur les relations entre l'évolution des rites de naissance et la nomination.

Si ce travail vous fait part de ma démarche anthropologique,elle
ne peut être présentée qu'en ébauchant tout d'abord des éléments connus antérieurement. Ils proviennent d'autres disciplines et plus particulièrement de la santé publique, de la sociologie et de l'éducation pour la santé. Aussi, dans cette introduction, je propose trois parties qui illustreront les apports extérieurs à l'anthropologie (santé publique, sociologie et éducation pour la santé). Les questions abordées par ces domaines et restées sans réponse ont abouti à une démarche de recherche dont la présentation constitue le quatrième point de l'introduction. C'est également à partir d'une insatisfaction personnelle quant à la nature même de ces connaissances que je me suis tournée vers l'anthropologie, cette science de l'homme qui tente de montrer les liens entre l'individu et le corps social, qui fait de la rencontre l'instrument de sa connaissance, qui cultive l'humanité du chercheur retravaillée sans cesse par la présence et la parole de l'autre. Naissance et santé publique Depuis longtemps, la société française investit considérablement à l'égard de la naissance et de la petite enfance (Rollet-Échalier, 1990 ; Norvez, 1990) et continue à s'inquiéter plus particulièrement de la grossesse et des premières années de vie.

14

Introduction

C'est en 1945 que fut créé le service de Protection maternelle et infantile (PMI) dans le but de protéger les enfants à naître et ceux en bas âge (avant six ans). Son objectif immédiat fut de ramener la mortalité infantile à la situation d'avant-guerre puis d'améliorer encore cet indicateur (Monnier, 1980). Le service de PMI dont la responsabilité est passée de l'État au département à l'occasion de la décentralisation a pour mission de veiller au déroulement de la grossesse et de la naissance, à la surveillance de la santé de la mère durant cette période et à son éducation quant aux soins à donner à son enfant. Elle doit également s'assurer de la croissance harmonieuse de l'enfant dans un milieu familial qui lui apporte l'hygiène, la nourriture et l'affection nécessaires. Durant la période prénatale, les lieux d'intervention privilégiés de la PMI sont les maternités et, pour les nouveau-nés et les jeunes enfants, les « consultations de nourrissons» qui se tiennent dans les quartiers (à l'intérieur d'une maison de quartier, d'un centre social, d'un centre d'hygiène municipa1...). Vers ces lieux les mères et les enfants se déplacent. Il existe également des professionnels qui se rendent au domicile des parents ou des futurs parents. Il s'agit des sages-femmes (durant la grossesse) et des puéricultrices (durant les premières années de l'enfant).
Programme de périnatalité entre 1970 et 1980

De 1970 à 1980, l'État a promu un programme centré sur la période de la grossesse, de l'accouchement et de la première semaine de vie, c'est-à-dire intéressant davantage la naissance que l'ensemble de la vie de l'enfant avant six ans. Les principaux motifs de cet intérêt pour cette période sont les suivants:
-

le faible nombre de naissances; la persistance en France d'une mortalité périnatale élevée par rapport

-le coût que représente la naissance d'un enfant handicapé pour la collectivité;
-

aux autres pays européens. Après examen des différentes possibilités et de leur coût financier par la méthode de Rationalisation de choix budgétaires (RCB), un «programme finalisé de périnatalité» fut décidé et mis en place durant la période 1970-1980. Son but était de diminuer le taux de mortalité périnatale et de le ramener en dix ans de 26 pour 1000 à 18 pour 1000 enfants. Conjointement était énoncé l'objectif d'une diminution des 15

Des familles face à la naissance handicaps acquis durant cette période de la vie: «Réduire les conséquences dommageables sur les plans humain, économique et fmancier, des décès et des handicaps imputables à la grossesse et à l'accouchement» (Norvez, 1990, p. 221). Concrètement, la surveillance prénatale a été renforcée, l'équipement des maternités a été amélioré, la réanimation du nouveau-né en salle d'accouchement s'est généralisée à toutes les maternités, des centres de réanimation néonatale ont été créés. Bref, des structures très spécialisées ont vu le jour, tandis que des maternités pratiquant peu d'accouchements et ne disposant pas d'un plateau technique suffisant ont fermé leurs portes. Il faut souligner qu'autour de ces objectifs, un consensus national a été trouvé et que les actions entreprises ont été définies par des personnes de compétences variées (obstétriciens, pédiatres, médecins de santé publique, économistes, épidémiologistes...). Ceci est d'autant plus remarquable qu'aucun autre domaine de la santé publique (excepté à un moindre degré, la mortalité par accident de la route) n'a, à ce jour, fait l'objet d'une telle planification par objectifs (Monnier, 1980). Cette harmonisation des moyens et des objectifs a renforcé une évolution déjà amorcée depuis 1945. Les résultats en terme de mortalité périnatale ont été atteints, voire dépassés. Cette évolution s'est poursuivie après la période 1970-1980. Depuis 1980, des disparités régionales en terme de mortalité périnatale persistent bien que s'atténuant. La mortalité infantile est passée de 21,9 à 4,8 pour mille entre 1965 et 1996, en France, tandis qu'elle passait de 29,7 pour mille à 5,6 pour mille dans la région Nord - Pas-de-Calais (Tillard, 1999). Parallèlement à l'évolution de la mortalité périnatale, l'activité des praticiens s'est transformée. C'est ainsi que le nombre de césariennes a considérablement augmenté, passant pour la France de 6,1% en 1972 à 10,9% en 1981 puis 15,5 % en 1995 (Rumeau-Rouquette, 1983 ; Blondel, 1997) tandis que les accouchements à domicile se faisaient de plus en plus rare, signant l'importance de la prise en charge médicale et hospitalière de la naissance.
Évolution durant les années 1980 et 1990

Les modifications de l'organisation de la naissance durant la période 1970-1980 se poursuivent et s'orientent vers un développement de la médecine fœtale et une prise en charge coordonnée de la mère et de l'enfant. Avec l'avènement de la télémédecine, les réseaux de soins se 16

Introduction

mettent en place. Les lieux d'accouchements se sont diversifiés. Les situations les plus ordinaires sont prises en charge à proximité du domicile des parents. Plus la difficulté de traitement augmente, plus le centre spécialisé et hautement technicisé permettant de la prendre en charge se situe à distance du domicile de la femme enceinte. Le développement des techniques de Procréation médicalement assistée (PMA), la lutte contre la douleur, l'amélioration de l'échographie et les progrès de la réanimation néonatale se sont poursuivis et étendus. La péridurale s'est développée: de moins de 5 % des accouchements en 1981 à 49 % en 1995. Dans le même temps les anesthésies générales étaient réalisées en moins grand nombre (5 % en 1995 contre 14 % en 1981). L'échographie continuait de se répandre jusqu'à concerner la quasi-totalité des accouchements en 1995 : 0,3 % des naissances n'ont été précédées d'aucune échographie contre 18 % en 1981 (Blondel, 1997). Le contexte national des actions concernant la santé des femmes enceintes et des jeunes enfants permet de comprendre que les professionnels de santé, quand ils interviennent dans ce domaine, se sentent porteurs d'une volonté nationale, émissaires d'un pouvoir politique, détenteurs d'un savoir, d'une technique au service d'une grande cause. De programme en programme (HCSP, 1994), les progrès médicaux en matière de prise en charge de la grossesse et de l'accouchement tendent vers des limites où se conjuguent la viabilité du fœtus prématuré, les moyens d'investigation, les investissements financiers. .. mais certainement aussi les limites de l'acceptabilité humaine des techniques et des surveillances mises en œuvre.
La population et l'encadrement médico-social

Si une majorité de la population accepte l'évolution de l'encadrement de la grossesse et de la naissance et se soumet aux nouveaux «devoirs» des futurs parents, une partie n'adhère que modérément aux différentes injonctions médico-sociales. Face aux réticences, voire aux refus de certaines familles et dans ce contexte de recherche d'efficacité obstétricale et sociale, sans dispersion des moyens matériels et humains, les professionnels médico-sociaux et les décideurs en matière de santé publique ponctuent chaque nouvelle déclaration dans le champ de la périnatalité d'une même intention: diminuer le nombre de grossesses peu surveillées. La définition de cette 17

Des familles face à la naissance faible surveillance varie suivant les points de vue. Pour les autorités en matière de santé publique (HCSP, 1994), ce sont les grossesses ayant bénéficié de moins de trois examens prénataux qui sont considérées comme telles, tandis que les chercheurs mettent la barre un peu plus haut, prenant en compte non seulement les suivis de moins de quatre examens, mais également les grossesses surveillées uniquement pendant le troisième trimestre et les accouchements à domicile (Blondel, 1996). D'autres recherches comptabilisent enfin les grossesses ne satisfaisant pas aux obligations définies par le décret d'application du 14 février 1992 et donc considèrent comme peu suivies toutes celles ne bénéficiant pas d'une visite durant le premier trimestre puis une visite mensuelle à partir du quatrième mois (Goyau-Augereau, 1996). Cette faible fréquentation des médecins en cours de grossesse étant corrélée à la prématurité1 et aux naissances de petits poids2, le moyen (la surveillance) se transforme alors en objectif. Diminuer de 50 % le pourcentage de grossesses peu suivies (moins de trois consultations) en cinq ans est un des quatre buts du plan périnatalité de 1994. Les études épidémiologiques dressent à grands traits le portrait de la femme peu suivie sur le territoire national: jeune, ayant de nombreux enfants, sans couverture sociale, vivant seule ou dont le compagnon est sans emploi... Béatrice Blondel souligne qu'en France, «1,1 % des grossesses bénéficient de moins de quatre consultations prénatales, ou sont suivies uniqement durant le troisième trimestre, ou encore donnent lieu à une naissance à domicile» (Blondel, 1996, p.735). Compte tenu de la fréquence de ces facteurs dans les « milieux défavorisés», ceux-ci se trouvent désignés par les professionnels comme « groupe à risque ». On a tôt fait alors d'oublier que ces grossesses peu suivies, si elles sont plus nombreuses là qu'ailleurs, n'en sont pas moins rares et que les indicateurs épidémiologiques nationaux ne reflètent que partiellement les circonstances de la naissance à Lille, Paris ou Marseille. La stigmatisation des populations défavorisées a alors tendance à s'accompagner d'une perception homogène des classes populaires et des territoires où celles-ci sont le plus implantées. Les origines lointaines de la surveillance prénatale, fortement connotées de contrôle social des pauvres se trouvent ainsi subtilement retrouvées (Kintz, 1973).
1Est considéré comme prématuré le nouveau-né venant au monde avant la fin de la trente-septième semaine d'aménorrhée. 2Est considéré comme nouveau-né de petit poids, le bébé pesant moins de 2 500 grammes à la naissance. 18

Introduction À l'homogénéisation de la perception s'oppose la diversité du vocabulaire et son incessante remise au goût du jour. Des expressions nouvelles voient le jour, d'autres tombent en désuétude. Beaucoup d'énergie est déployée pour parler de faibles revenus familiaux et de chômage des parents. Comme si dire « Pauvre », mot peu employé, était devenu indécent. Les perceptions des uns et des autres se cachent derrière un vocabulaire différent suivant la spécialité.
Pauvres, précaires ...

La terminologie « populations défavorisées» est employée dans le domaine de la santé publique (épidémiologie, promotion de la santé, planification, inspection de la santé...) pour désigner différentes populations dont la population du quart-monde, les populations immigrées, les populations au chômage, les populations à faibles revenus. Pour les épidémiologistes, cette expression est attachée à l'idée de cumul de facteurs de risque responsables d'une surmortalité et du taux, plus élevé que dans la population globale, d'un certain nombre de maladies; on parle aussi en épidémiologie de « groupe à risque élevé» ou de « population à risque ». Comme le soulignent M. Jenicek et R. Cleroux, il n'existe pas de consensus sur ces expressions « qui peuvent avoir plusieurs significations» (Jennicek, 1983, p. 97). Dans le sens le plus large, c'est la population exposée à un facteur donné qui peut être relié, sur le plan étiologique, à la maladie. Dans un sens plus restreint, il s'agit des populations à la fois exposées (à un facteur donné) et susceptibles (à la maladie). Parfois, il est employé pour désigner une population à risque élevé, c'est-à-dire les personnes qui ont, par rapport au reste de la population, un risque accru de succomber à la maladie à la suite d'une exposition unique, répétée ou prolongée au(x) facteur(s) étiologique( s), pour un ensemble de motifs (des raisons héréditaires, des propriétés endogènes, des comportements particuliers ou des raisons encore inconnues). Ces expressions «groupe à risque élevé» ou «population à risque» sont issues du domaine de l'épidémiologie. Les personnes s'occupant davantage de santé communautaire ou de planification de la santé utilisent plutôt le terme de «populations défavorisées ». «Exclus, laissés pour compte de la croissance, marginalisés, socialement désavantagés, sous-privilégiés, tiers-monde parmi nous (pour les migrants), quart-monde (s'agissant des autochtones), voilà autant de 19

Des familles face à la naissance qualificatifs affectés à un pourcentage croissant de la population...» constatent les auteurs du livre Santé Publique, santé de la communauté (Monnier et al., 1980, p. 423). La définition de ce livre publié en 1980 inclut également l'idée de l'extension de cette frange de la population (<< nombre croissant de la un population»). En effet, si entre les années 1945-1970, «la pauvreté apparaît comme une condition qui tend à se transmettre de génération en génération, à se "reproduire"» (Wresinski, 1987) à la fin des années 1970, l'expression « nouveaux pauvres» fait son apparition, traduisant la confrontation d'une partie nouvelle de la population avec l'exclusion sociale, cette population jusque-là bien insérée à la vie sociale étant confrontée au chômage. De manière générale, le terme défavorisé définit une population par rapport à une autre: «dé-favorisée» par opposition à favorisée. « Cette approche est devenue le mode d'analyse le plus communément reconnu. Ainsi, par exemple, la commission des communautés européennes considère-t-elle qu'une personne est pauvre dès l'instant qu'elle perçoit un salaire inférieur au revenu annuel moyen de son pays. » (Sassier, 1990, p. 345). La définition de la Communauté économique européenne est la suivante: «peuvent être considérés comme pauvres les individus et les familles dont les ressources sont si faibles qu'ils se trouvent exclus du mode de vie, et des activités normales de l'Ètat dans lequel ils vivent ». Plus récemment, les « défavorisés» sont passés de mode et les propos se sont orientés d'une part, dans le sillage des sociologues vers l'analyse des processus de disqualification (Paugam, 1993) et de désaffiliation (Castel, 1995) et d'autre part par volonté politique dans la lutte contre la précarité et l'exclusion (HCSP, 1998). Quoi qu'il en soit, la richesse du vocabulaire témoigne de l'intérêt pour le sujet, de la variété des professionnels qui se penchent sur lui et souligne l'effort de cohésion sociale déployé tant au niveau politique que professionnel. Pour ce qui est des programmes de santé publique ou d'éducation pour la santé, il semble que les efforts faits pour l'ensemble de la population buttent contre des obstacles que certains désignent comme étant des obstacles culturels lorsqu'il s'agit d'exprimer les résistances d'une partie de la population à l'évolution du système de soins. Ne partagerait-on pas la même culture?
Culture et pauvreté

Oscar Lewis en introduction à l'ouvrage Les Enfants de Sanchez a défendu le concept d'une culture des pauvres. 20

Introduction

«Pour ceux qui croient que les pauvres n'ont pas de culture, le concept de culture des pauvres peut paraître contradictoire dans ses termes mêmes. Cela semblerait, d'autre part, accepter la pauvreté comme une donnée de fait et lui conférer une certaine dignité. Là n'est pas mon propos. En anthropologie, le mot culture implique essentiellement une certaine tradition dans le mode de vie retransmise de génération en génération. En appliquant ce concept à celui des milieux pauvres, je voudrais attirer l'attention sur le fait que dans des nations modernes, la pauvreté est non seulement un état de privation économique, de désorganisation ou d'absence de quelque chose, mais qu'elle présente également un côté positif dans la mesure où elle est douée d'une structure, d'un système de rationalisation et d'autodéfense sans laquelle les pauvres ne pourraient guère survivre. En bref, il s'agit d'un mode de vie relativement stable, transmis d'une génération à l'autre par l'intermédiaire des lignées familiales. » (Lewis, 1986, p. 29). Cette vision de la sous-culture de la pauvreté par Oscar Lewis semble s'opposer à celle de Labbens qui considère que «leur conformisme est remarquable et que leur "identité culturelle" se caractériserait plutôt par un retard». De même, le père Joseph Wresinski fondateur en 1956 du mouvement Aide à toute détresse quart-monde (ATD quart-monde) reconnaît un mode de vie des pauvres mais estime que les « valeurs du pauvre sont celles de la communauté de laquelle ils se trouvent en marge». Mais reconnaître un mode de vie aux pauvres et constater que « la pauvreté apparaît comme une condition qui tend à se transmettre de génération en génération, à se "reproduire"», n'est-ce-pas, d'une certaine manière désigner une sous-culture? Richard Hoggart présente La Culture du pauvre, (titre français de l' ouvrage). Il nous dépeint la vie de la classe ouvrière entre 1930 et 1960, en Angleterre. Quand il plante le décor et décrit les principaux personnages, il présente une tradition orale centrée sur le foyer où la mère gère à la semaine l'argent que le père a gagné par son travail et veut bien lui donner pour nourrir, vêtir et entretenir la maisonnée. Le père vit toute la j oumée à l'extérieur de la maison. Quand il y rentre, il est « maître chez lui ». Les relations de voisinage, les commerces de la rue font que l'on est attaché à son quartier... « Ainsi, dans la gestion du budget comme dans la plupart des charges de la vie domestique, c'est à la femme qui conformément à la tradition est responsable, puisque le mari est censé être" parti" gagner 21

Des familles face à la naissance au dehors l'argent du ménage. À son retour, il doit trouver table mise et chair abondante. On doit lui épargner les soucis et lui ménager une détente. » (Hoggart, 1981, p.80). Cette description n'est pas sans rappeler Le Monde privé des ouvriers que j'aurai l'occasion de citer à plusieurs reprises (Schwartz, 1990). En France, en 1968, Colette Pétonnet fait figure de précurseur dans sa première œuvre Ces gens-là (Pétonnet, 1968). La description de la vie dans les cités de transit de la région parisienne se poursuit dans On est tous dans le brouillard (Pétonnet, 1979) auquel j'emprunterai, dans le chapitre sur les rapports avec les professionnels de santé, quelques citations à propos de la perception du corps et de l'attitude par rapport à la santé. Enfin, Monique Sélim (Sélim, 1984, 1996) dans son article à propos du quartier de Sevrin à Amiens est sans doute confrontée à un terrain qui se rapproche de celui que j'ai choisi pour ce travail. Il s'agit en effet d'un « très ancien site d'industrie textile avec imbrication du lieu de travail et de la résidence jusqu'à la seconde guerre mondiale... ». Ce quartier connaissait des politiques de restructuration de l'habitat comme d'autres quartiers proches du centre-ville. Il présentait une répartition des logements entre un habitat ancien et des HLM construites dans les années 1960. Ces écrits ne permettent pas d'isoler une culture du pauvre en France mais ils rapportent chacun à leur manière les difficultés d'intégration de certains quartiers ou de certaines familles à chacune des institutions: travail, école, monde sanitaire... Comme je l'ai laissé entendre dans le prologue, je ne suis pas tentée par l'idée que les pauvres auraient une culture différente de celle de l'ensemble de la population dont ils sont issus. En revanche, essayer de comprendre ce qui les tient à distance des moyens mis à disposition par la société pour répondre aux besoins sanitaires de la population me passionne. En poursuivant cet objectif de recherche et en l'appliquant au domaine de la naissance, peutêtre apporterai-je une modeste contribution au vaste projet de Robert Castel: « Il faudrait réinscrire les déficits dans les trajectoires, renvoyer à des dynamiques plus larges, être attentif aux points de bascule qui génèrent les états limites. » (Castel, 1995, p.20). Sociologie de la santé La naissance ayant rejoint l'hôpital, les travaux sociologiques présentant les perceptions différentes de la santé suivant les conditions de 22

Introduction

vie et particulièrement suivant les catégories socioprofessionnelles rejoignent en partie mes préoccupations sur les interactions entre l'entrée de la naissance dans le monde médical et la population d'un quartier. Claudine Herzlich a publié en 1969 l'analyse d'une première enquête menée auprès de classes moyennes et supérieures. Ce fut le début d'une série de travaux dont ceux de Jeanine Pierret qui, utilisant la même typologie en quatre formes de santé, s'est intéressée à l'ensemble des catégories sociales, en différentes localisations françaises (Pierret, 1983). «La santé, c'est ne pas être malade... » Cette idée est extrêmement répandue puisqu'elle est citée par une personne sur deux et que toutes les catégories sociales la partagent. En revanche, « La santé c'est ce qui est le plus important... » déclarent les catégories populaires de l'échantillon. « Cette valorisation ne signifie pas que la santé soit une finalité, un but en soi, mais plutôt le pilier indispensable de la vie qui prend son sens par rapport au travail et à l'activité. » (Pierret, 1983, p. 236). De même, les enquêtes relatées par Alphonse d'Houtaud (d'Houtaud, 1994) en Lorraine montrent combien certaines références sont répandues parmi les cadres, tandis que d'autres sont plus fréquentes chez les ouvriers et les agriculteurs. Cette enquête menée auprès de 4 000 personnes se présentant pour un bilan de santé repose sur l'utilisation d'une question ouverte « Qu'est-ce que la santé?» Dans le classement général des expressions viennent en tête deux formulations faisant référence à la santé physique. L'une est positive « être en pleine forme », l'autre négative « ne pas être malade ». Ensuite est citée la notion d'équilibre qui, en plus de la dimension physique «l'équilibre physique », introduit la dimension mentale « l'équilibre moral ». Les catégories socioprofessionnelles se différencient par deux aspects. Les cadres accordent une grande importance à la santé vue comme un équilibre. Rejoignant bon nombre de conseils de modération véhiculés par les campagnes de prévention, les notions de santé des cadres expriment une capacité ressentie à intervenir sur leurs habitudes de vie et leur environnement. Le stress, vécu comme obstacle à la santé, est indirectement désigné. Les expressions «une vie sans contrainte» et « profiter de la vie» correspondent à l'image inverse de la tension du lieu de travail. La santé revêt également une notion subjective « être bien dans sa peau ». Si l'absence de maladie n'est pas très représentée dans ce groupe, la santé physique est cependant exprimée par « ne pas sentir son corps», expression qui n'est pas sans évoquer « le silence des organes» de Leriche. 23

Des familles face à la naissance Quant aux ouvriers et aux agriculteurs, ils sont sensibles à la santé comme notion incarnée dans un bien-être somatique permettant le travail. Ils sont également vigilants aux aspects de surveillance de cette santé physique que l'auteur regroupe autour de la notion de «prévention», mais qui relève davantage d'une démarche de dépistage (<< passer un bilan régulier », « se surveiller») que d'une intervention sur le mode de vie ou les comportements. Cette valeur intrinsèque de la santé est probablement liée à la sollicitation du corps dans l'activité professionnelle. Ils expriment le lien entre richesse et santé, la santé étant une nécessité pour accéder au travail: « la santé, c'est la plus grande richesse ». Ces différences de perceptions ne s'arrêtent pas aux portes de l'hôpital. Les professionnels qui y travaillent n'adoptent pas nécessairement les mêmes représentations tandis qu'ils enfilent leurs blouses, pas plus que les malades en franchissant le seuil. .. Les différences culturelles qui s'expriment par la variété des images associées à la santé et les comportements qui en découlent sont parfois mises sur le compte d'un manque d'information ou d'une éducation non appropriée. N'y aurait-il pas un effort d'éducation particulier à accomplir en direction de ces populations qui ne considèrent la santé que comme une absence de maladie? La tentation est forte pour les professionnels de la santé d'imaginer pouvoir gommer ces différences en répandant leur savoir et leurs recommandations sur l'ensemble de la population. Ceci se ressent jusque dans la manière dont l'anthropologie est perçue et dont l'objet des études est défini. Éducation pour la santé En France, par une succession de choix, la politique de santé publique a conduit la naissance vers le domaine sanitaire et plus particulièrement dans l'univers hospitalier. Bien que la femme enceinte ne soit pas assimilable à une personne malade, elle est menée régulièrement durant la grossesse et pour la naissance sur le territoire de la maladie et de la science médicale occidentale. Les premiers écrits concernant l'éducation pour la santé sont issus du champ de la santé publique (Bury, 1988). Élaborés en Belgique et au Canada, ils ont été secondairement importés en France. Les articulations de l'éducation pour la santé avec l'anthropologie réduisent souvent celle-ci à une fonction utilitaire: aux anthropologues de faire des hypothèses avec une méthodologie qualitative, aux épidémiologistes de les tester et de les vérifier quantitativement, ou réciproquement (Agar, 1996). Dans d'autres 24

Introduction

présentations de l'articulation entre anthropologie et santé publique, le savoir-faire anthropologique est employé pour déterminer les valeurs auxquelles les populations accordent de l'importance et pour décomposer les représentations sociales en différentes images. Ces notions élémentaires (valeurs, images) sont ensuite examinées suivant le sexe, l'âge, le niveau d'études, la catégorie socioprofessionnelle et l'appartenance linguistique (Massé, 1997). L'anthropologie gagne peutêtre un caractère opérationnel, mais dans le même temps, elle perd toute spécificité par rapport à la sociologie, abandonnant une vision globale de la société étudiée. Les recherches anthropologiques qui se sont intéressées aux pratiques éducatives ont fait de la transmission de la culture, du développement de la personnalité et des modes d'apprentissage, leurs principales préoccupations. Mais ce pan n'est pas centré sur le thème de la santé (Erny, 1981 ; Mead, 1963 ; Rabain, 1979). Au contraire, il développe comment se construit l'identité de l'individu, les participations familiales et sociales à cette élaboration (parenté, rite de passage, mythologie, etc.). À la recherche d'une approche de l'éducation pour la santé qui respecte la méthode anthropologique, d'autres travaux sont également concernés, ceux de l'anthropologie de la maladie. Même si, de prime abord, la santé est peu nommée tandis que la maladie est abondamment citée (Fainzang, 1989; Laplantine, 1986; Retel-Laurentin, 1987; Touati, 1993 ; Augé, Herzlich, 1984; Cros, 1996), leur lecture informe tant sur les représentations concernant le corps que sur les moyens reconnus pour éloigner la maladie ou soigner celui qui en est atteint. À ces lectures concernant les sociétés exotiques, il convient d'ajouter les travaux qui se sont penchés sur l'histoire des représentations du corps et des notions de santé et d'hygiène dans la société française (Loux, Richard, 1978 ; Loux, 1978, 1990 ; Vigarello, 1985, 1993 ; Goubert, 1986). Soucieux de prendre en considération le fait social total (Mauss, 1950), les anthropologues hésitent à isoler une sous-discipline. Ils continuent de débattre sur l'opportunité d'une recherche transversale de la maladie à travers les âges et les civilisations. Ainsi, pour Marc Augé, la maladie est considérée comme une forme élémentaire de l'événement, au même titre que la naissance, la mort, etc. «Ce sont des événements biologiques individuels dont l'interprétation, imposée par le modèle culturel, est immédiatement sociale. » (Augé, 1984, p.39).

25

Des familles face à la naissance En raison de cette intrication du biologique et du social, il met en doute l'idée même d'anthropologie médicale. « L'anthropologie médicale, pour sa part, réalise ce tour de force de classer des données indépendantes de tout contact culturel (encore qu'elle ait affaire aussi à des situations où joue l'influence occidentale) et de les rendre par là dans une large mesure incompréhensibles. » (Augé, 1984, p.48). Il renouvelle cette négation d'un domaine particulier deux ans plus tard dans un article intitulé «L'Anthropologie de la maladie ». Il y insiste sur le fait qu'il n'existe qu'une anthropologie qui se donne des objets empiriques distincts (Augé, 1986). Dans les monographies, au travers de ce qui est dit de la manière d'obtenir de beaux bébés, d'éduquer les enfants et de permettre aux adolescents un accès à la vie d'adulte, les descriptions de nombreuses sociétés parlent de l'éducation et de la santé. En effet, ce qui touche à la santé de l'homme concerne l'ensemble de la vie sociale, ce que Pierre Erny énonce de la façon suivante: « Étudier la manière dont une population fait face à la maladie touche à l'ensemble de sa culture: à ses représentations de la personne, et plus spécialement du corps, à ses croyances, à sa manière de vivre, de se nourrir, de se loger, de se vêtir, de travailler, à son environnement climatique, économique, végétal, animal, à sa vie relationnelle, émotionnelle, affective, spirituelle, à la manière dont elle élève ses enfants... »(Erny, 1997, p.9). Une nouvelle fois, même si c'est à propos de la maladie que l'auteur s'exprime, le développement de la phrase ne parle pas seulement d'un fait biologique. Les anthropologues n'ont pas inventé le concept de santé globale, qui s'est traduit par l'adoption de la définition de la santé par l'OMS, définition si chère à ceux qui se présentent comme partisans de la promotion de la santé. Cependant, ils n'en étaient pas très éloignés quand ils décrivaient les représentations de la maladie et la manière d'y remédier. Dans différentes sociétés exotiques, l'homme souffrant fait l'objet d'un investissement social important qui se traduit par une mise à l'écart des activités ordinaires. En effet, la maladie est souvent présentée comme la sanction d'une négligence ou d'une transgression sociale tandis que l'homme en bonne santé remplit ses devoirs, exerce les droits qui correspondent à son rang social. Par ailleurs, si le concept d'éducation à la santé n'existe pas en tant que tel en anthropologie, la transmission de savoir-faire en matière de 26

Introduction

prévention n'est pas propre à l'Occident et à la seconde moitié du vingtième siècle. Les travaux des historiens et des anthropologues montrent combien nous sommes tributaires de l'héritage d'idées qui remontent à l'Antiquité, idées souvent partagées avec d'autres civilisations. Certes la justification scientifique des principes de la prévention a changé progressivement de fondement théorique à mesure que la science renouvelait son corpus, mais les connaissances n'ont pas annihilé certains principes comme la modération et l'équilibre. À côté du discours paradoxal de l'excès réservé à des moments (fêtes, carnavaL..) ou des personnes (artistes, sportifs. ..), le sujet reçoit au quotidien des invitations à la modération que l'on retrouve dans le discours actuel tant à propos de la consommation de boissons alcoolisées que de l'alimentation. De ce point de vue, la modération semble être une valeur qui traverse les civilisations et les époques. Au rang des méthodes préventives, on comptait les vertus du contact avec un objet bénéfique ou une personne de renom (Ravololomanga, 1991, p.72). La force des contacts (Vigarello, 1993, p. 20) était perçue comme protectrice. En contrepartie, des comportements cherchaient à éviter des contacts présentés comme provoquant la putréfaction. Ainsi le contact des femmes durant les règles était sensé provoquer la perte de la viande conservée au saloir. Cette propriété particulière des femmes les jours de règles reposait sur leur souffle. Ce pouvoir des menstruations cédait le pas à un état de vulnérabilité durant la grossesse (Verdier, 1990). En écoutant les paroles des femmes et des couples à propos de la naissance, il semblait intéressant de chercher les permanences, ou au contraire les évolutions des connaissances à propos de la naissance, leur concordance ou leurs contradictions avec le discours médical. Questions de départ Les différentes perceptions de la santé décrites par les sociologues ne sauraient suffire à comprendre les réactions de certaines familles. Comme le suggère Didier Fassin, on ne peut occulter certains évitements du système de soins en les masquant derrière un «tout culturel». Les faibles taux de recours aux soins « sont invariablement interprétés comme la conséquence d'un "obstacle culturel"... Deux éléments semblent ainsi particulièrement occultés. En premier lieu, les déterminants socioéconomiques et socio-politiques des disparités de la mortalité maternelle: à force de faire de la surmortalité des Indiennes une question 27

Des familles face à la naissance culturelle, on en oublie leurs conditions de vie et de travail, les problèmes de terre et les formes de discrimination, qui sont effectivement à l'origine de ces inégalités devant la mort. En second lieu, le fonctionnement du système de soins, et notamment des maternités: l'insistance des acteurs de la santé publique à présenter les mauvaises performances des services en termes de couverture médicale comme la conséquence d'un attachement à la tradition et un rejet de la modernité permet d'éluder par avance toute critique sur les qualités techniques et humaines de la médecine officielle. » (Fassin, Defossez, 1992, p. 23). Cet exemple suggère de ne pas dissocier les comportements d'une tranche de la population d'une réflexion sur le mode de vie et pour ce qui nous concerne des rapports des personnes en situation précaire au monde du travail ou au chômage, à l'habitat, au monde de l'éducation, à l'aménagement du territoire urbain... bref de l'ensemble de la vie politique (Fassin, 1996). D'autre part, l'article invite également à ne pas esquiver la question de l'efficacité du système de soins et de la qualité de l'accueil réservé par les professions de santé aux populations rencontrées, en se réfugiant derrière un «tout culturel» qui renvoie sur l'autre la responsabilité du non-recours aux soins. Pour ce qui concerne les rapports au corps, ce travail a été mené dans la perspective d'observer un double mouvement: celui de l'évolution des conditions d'exercice de l'obstétrique et celui du vécu de la naissance par les familles. En me penchant sur un quartier « sensible », cependant moins défavorisé que d'autres, le quartier de Lille-Moulins, j'ai tenté de comprendre la diversité et la nature des réactions des familles par rapport à ces évolutions. Mon travail de DEA sur la place de l'enfant dans les familles du quartier avait été l'occasion d'une première exploration du vécu de la naissance dans le quartier de Lille-Moulins. De cette observation et des entretiens avec les familles, un thème différent de celui du vécu de la grossesse s'était dégagé. Il s'agissait du thème de la circulation des enfants. La fréquence des «placements» était importante puisqu'était concernée la moitié des 37 enfants âgés de 3 à 20 ans dont la naissance avait été envisagée lors de ces rencontres. C'est dire qu'à un moment où un autre de leur histoire, ils avaient séjourné de manière prolongée à l'extérieur du domicile de leur(s) parentes). La crainte vis-à-vis des professionnels de santé paraissait intrinsèquement liée aux relations entretenues entre les travailleurs sociaux et les institutions de soins. Cette inquiétude pouvait se transformer en une franche méfiance lorsque les parents avaient connu pour eux-mêmes durant l'enfance ou pour l'un de 28

Introduction

leurs enfants une situation de placement. Enfants vivant à l'extérieur de leur famille et réticence au recours au médecin étaient donc étroitement liés. Certaines difficultés durant ces premiers entretiens ont guidé une partie de la méthode adoptée pour la suite de la recherche. En effet, les enfants placés ou éloignés de la famille nucléaire n'étaient pas présentés comme faisant partie de la fratrie, mais je découvrais leur existence à partir de la reconstitution du parcours génésique. Avaient-ils été oubliés? Comment tant d'enfants pouvaient-ils trouver refuge auprès des grandmères ou être retirés de leurs familles? S'agissait-il de difficultés économiques, de conceptions éducatives désapprouvées par notre société ou d'une défaillance de l'inscription de l'enfant dans sa parenté? Devant le faible nombre de placements prenant en considération les membres de la famille élargie susceptibles d'accueillir l'enfant, je me demandais quelles responsabilités les oncles, les tantes et les grandparents étaient en mesure d'exercer auprès de l'enfant. Quels étaient les liens familiaux entre frères et sœurs? Ces différents éléments me menaient vers l'amont, vers le moment de la grossesse et de la naissance, mais également sur le terrain de la parenté. Ils me conduisaient à rechercher des moyens de mieux connaître cet événement de la naissance et la manière dont l'enfant prenait place dans la famille. Parmi les questions évoquées ci-dessus, j'ai entrepris de commencer cette recherche en privilégiant d'une part l'inscription de l'enfant dans sa parenté au moment de la naissance, d'autre part la préparation et le déroulement de la venue au monde dans le contexte de l'obstétrique actuelle. Aussi, après la description du terrain et de la méthode, la présentation se compose de deux parties. La première reprend le déroulement chronologique de la grossesse à l'accouchement en essayant de voir en quoi l'organisation actuelle de la naissance constitue un rite de passage et comment sont perçues par les familles, les évolutions de l'organisation de la naissance durant ces vingt dernières années. La seconde partie examine les noms reçus par l'enfant à la naissance. Les différents types de famille du quartier y sont envisagés ainsi que les rapports entre les trois relations de parenté et la nomination de l'enfant. La conclusion synthétise chacune de ces deux parties et ouvre vers des questions qui émanent des résultats.

29