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Des morts, des vivants et des choses

De
156 pages
A partir d'un travail de terrain dans le territoire des Antankarana, au nord-ouest de Madagascar, cette ethnographie traite des pratiques locales de résistance liées au développement de la pêche crevettière. Cette étude montre comment sont maintenues les formes du pouvoir ancestral sur un territoire dit sacré, alors que dans la communauté récente les Antankarana et les immigrants sont en quête de bénéfices engendrés par la valorisation de la pêche et l'abondance de la ressource marine. Garantes de la bonne entente entre les ancêtres et les vivants, les femmes sont ainsi des actrices de premier plan dans les transformations identitaires de leur communauté.
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Collection InterCultures
Collection fondée par Laurier Turgeon et dirigée par Laurier Turgeon et Pierre Ouellet
Cette nouvelle collection réunit des études interdisciplinaires qui traitent des dynamiques interculturelles et des phénomènes de métissage passés et présents, d'ici et d'ailleurs. Elle accueille une large gamme de thèmes: les frontières culturelles, les médiations culturelles, la communication et la consommation interculturelle, les conflits interculturels et les transferts culturels. Les travaux sur la mondialisation tendent à expliquer l'expansion des économies et des cultures occidentales depuis un lieu central, l'Europe, vers les autres parties du monde. Cette approche centriste présente généralement les différences culturelles comme un obstacle à l'idéal de l'universalisme qui veut que le monde devienne un seul et même lieu. Les ouvrages de cette collection présentent le monde comme un lieu de contacts et d'échanges entre des groupes différents plutôt que comme un ensemble cohérent et unifié qui s'étend depuis un pôle central. Au lieu de définir les cultures comme des ensembles homogènes et fermés qui contribuent à construire des catégorisations ethnoculturelles, ils les étudient comme des entités ouvertes, interactives et mobiles dans le temps et dans l'espace. L'accent est mis sur le syncrétisme pour expliquer l'émergence de nouvelles formes culturelles.

DES MORTS, DES VIVANTS ET DES CHOSES
Ethnographie d'un village de pêcheurs au nord de Madagascar

Hélène Giguère

DES MORTS, DES VIVANTS ET DES CHOSES
Ethnographie d'un village de pêcheurs au nord de Madagascar

~ CELAT
LES PRESSES

L'Httmattan
DE L'UNIVERSITÉ 2006 LAVAL

Les Pressesde l'Université Laval reçoivent chaque année de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec une aide financière pour l'ensemble de leur programme de publication. Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada par l'entremise du Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition pour nos activités

d'édition.

Cartographie: Stéphane Campeau Photographie: Frédéric Dupré Conception infographique et mise en pages: Diane Mathieu Graphisme de la couverture: Hélène Saillant Révision linguistique: Geneviève Soucy

@ LES PRESSES DE LUNIVERSITÉ LAVAL, 2006 Tous droits réservés. Imprimé au Canada Dépôt légal 1er trimestre 2006 ISBN: 2-7637-8324-4(PUL) ISBN: 2-296-00096-7(LHarmattan)

Distribution de livres Univers 845, rue Marie-Victorin Saint-Nicolas (Québec) Canada G7A 3S8 Tél. (418) 831-7474 ou 1800859-7474 Téléc. (418) 831-4021 http://www.ulaval.ca/pul

LHarmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - France Tél. 01 40467920 Fax 01 4325 8203

PRÉFACE

Pour l'anthropologue, l'expérience du terrain est souventvécue comme un rite de passage, à la fois douloureux et enrichissant, et au fort potentiel transformateur. Avant toute visée scientifique, la recherche ethnographique est d'abord une expérience profondément humaine. Comme le faisait remarquer Dan Sperber, la meilleure ethnographe n'est pas forcément celle qui a les meilleurs rapports humains, c'est plutôt celle qui les comprend le mieux et qui en reconnaît les enjeux.Cellequi ne craint pas non plus de « défamiliariser le familier ». L'ouvrage d'Hélène Giguère est un vibrant témoignage à cet effet. Des morts, des vivants et des choses est aussi une analyse riche et originale du combat que se livrent, sur le territoire sacré des Antankarana au nordouest de Madagascar, les forces de la tradition, de l'ancestralité et des identités locales et celles de la mondialisation, de l'idéologie du développement et de la modernité. De tels combats, dont l'issue est plus qu'incertaine, ont cours aujourd'hui dans plusieurs régions du globe. Lorsque la modernité et sa mIe, l'idéologie du développement, abordent les rivages d'autres traditions, d'autres cosmologies, d'autres socialités, elles sont reçues de manière mitigée, en même temps qu'elles sont susceptibles de réveiller des divinités endormies. C'est avec une grande sensibilité qu'Hélène Giguère nous présente les formes de la résistance des Antankarana face aux impératifs de la modernité et du développement qu'ils ne refusent pas a priori - d'ailleurs le voudraient-ils qu'ils
ne le pourraient pas!

-

mais qu'ils tentent d'aménager

sans renier ce qui pour

eux a de la valeur, soit la légitimité du pouvoir royal, le culte des ancêtres et les rites de possession, ces derniers comme autant de pratiques signifiantes et d'expériences de communication et de négociation entre les vivants et les morts. Le développement de la pêche crevettière dans la région de la baie d'Ambaro a bouleversé les pratiques et les économies halieutiques traditionnelles. Les nouvelles opportunités économiques ont quant à elles entraîné l'arrivée massive dans la région de migrants de différentes ethnies malgaches, ce qui n'est pas sans occasionner des tensions et des conflits. Là comme ailleurs, modernité et développement deviennent, plus souvent qu'autrement, synonyme de perte d'autonomie, d'inégalités sociales grandissantes, de monétarisation des rapports sociaux et d'individualisation de la personne. Les réseaux locaux de solidarité et d'appartenance sont perturbés et l'état malgache postcolonial n'a pas pris le relais afin d'assurer une sécurité sociale pour tous et chacun. On assiste dès lors à un déficit de confiance dans les

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rapports interpersonnels et interethniques, un climat qui non seulement consolide les pouvoirs de la sorcellerie, mais lui fournit de nouveaux lieux d'expression. Des morts, des vivants et des choses nous conduit au « corps» d'une crise sorcière. Or, ce phénomène, on ne peut plus contemporain, et loin de se limiter à Madagascar puisqùil a été observé dans plusieurs régions du globe, ne figure pas parmi les préoccupations des marchands de « modernité» et de rentabilité économique. Le séjour d'Hélène Giguère à Madagascar et parmi les Antankarana a été rendu possible grâce à un projet de recherche en anthropologie maritime sous la direction d'Yvan Breton, professeur au Département d'anthropologie de l'Université Laval de 1972 à 2001. Ce livre lui est dédié en hommage à son dévouement et à son support indéfectible envers des générations d'étudiants, et en hommage aussi à sa vision, à sa passion et à son travail pionnier auprès des communautés de pêcheurs, des côtes sud-américaines aux côtes africaines. Yvan Breton poursuit son implication auprès de ces communautés afin de faire valoir les savoirs locaux, et de les appuyer dans leurs luttes et leurs négociations face à des intérêts transnationaux trop peu soucieux de leurs dynamiques sociales et de leur devenir.

Sylvie Poirier Département ci'anthropologie Université Laval

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CHOSES

AVANT-PROPOS

Avec le recul, l'analyse des données aidant, se révèle la richesse non seulement anthropologique mais humaine de la communauté choisie pour cette étude. Les conditions particulièrement difficiles de ce terrain ont nécessité des alliances qui, et j'en suis à la fois surprise et heureuse, se sont maintenues malgré la distance. A la liste de amis nommés précédemment, et auxquels je voue une profonde gratitude, j'ajouterai Tsimiharo III, roi des Antankarana, Albert Batiston, directeur de la circonscription des pêches et de l'aquaculture de la province d'Antsiranana, CassamAli, membre de l'Académie régionale malgache, Virginie Milson, chef de service de documentation pour l'Université d'Antsiranana, et les chercheurs du Centre National de Recherches Océanographiques (CNRO). Nous avons également bénéficié d'échanges très cordiaux avec M. Jaovelo-Dzao, le sous-préfet d'Ambilobe, le maire d'Antsaravibe et les directeurs des sociétés de pêche et de collecte de la région (PNB, Donné et fils, Société de l'Ankarana et Multi- Export). Grégoire Farantsa a transcrit plusieurs entrevues et les a traduites du malgache au français. Lui-même immigrant vivant avec une Antankarana, il était un intermédiaire privilégié auprès des deux groupes principaux de la communauté. Cet ouvrage a bénéficié du généreux encadrement d'Yvan Breton. Sa confiance manifestée en mon travail, mes aspirations et mes engagements ont permis de réaliser cette enquête dans le cadre de ses recherches sur l'apport de l'anthropologie dans la gestion des pêcheries (financé par le Conseil de Recherche en Sciences humaines du Canada de 1996 à 1999). Sylvie Poirier partage la responsabilité de l'orientation de ce livre. Elle m'a transmis les fruits de sa connaissance sensible des pratiques religieuses et de résistance et m'a guidée avec une justesse impressionnante vers des lectures et des réflexions que je porterai avec moi sur les routes à venir. Jean-Jacques Chalifoux a aussi émis des précisions constructives très appréciées. Les encouragements et le respect de mes aspirations personnelles de la part de ma famille sont directement liés à l'investissement, la conviction et la confiance que j'ai nourris et que je nourris toujours envers l'apport de l'anthropologie dans le développement de notre société et de son engagement à l'égard de ceux qui la constituent. Je remercie Frédéric Dupré avec qui j'ai partagé chaque étape de cette aventure. Nous avons mené des études distinctes dans le même village et avons bénéficié d'échanges fructueux et stimulants qui ont constamment amélioré notre compréhension respective des pratiques locales et des conjonctures nationales. Il existe autant de méthodes possibles qu'il y a de chercheurs et de sujets. Enfin, je remercie chaleureusement le Centre interuniversitaire d' études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT), et d'une façon particulière Laurier Turgeon, pour la publication de cet ouvrage.

A Yvan

Breton

INTRODUCTION

Il y aurait tant à écrire... Ce pays est vraiment rempli de surprises et d'inattendu! Nous sommes enfin rendus au villaged'Ambavan'ankarana. La route était magnifique mais comme elle n'était plus praticable pour les trois derniers kilomètres, nous les avons marchés, sac au dos, à la tombée du jour, en pleine noirceur. Leroi avait demandé à des hommes d'apporter le reste de nos bagages, dont soixante kilos de riz. L'accueilau village fut tellement chaleureux ! Sans pouvoir nous parler, les gens nous souriaient et semblaient savoir qui nous étions... Plusieurs se demandent néanmoins si nous sommes venus pour acheter leur village.Lesrumeurs circulent. Lesregards sont longs et curieux, fuyants quelquesfois [extrait du journal de bord, 22 juin 1997, Ambavan'ankarana, Madagascar]. Ainsi a commencé cette enquête sur l'impact des croyances et pratiques traditionnelles dans les pêcheries crevettières malgaches. Le domaine des croyances, du symbolisme, de l'unification du visible et de l'invisible, du corps et de l'esprit, notamment à travers le culte de possession, étaient des aspects qui m'attiraient et qui ont constitué le cœur de la préparation théorique de ce terrain (Atkinson, 1992 ; Boddy, 1994; Csordas, 1990; Lambek, 1981 ; 1993). Mon séjour parmi les Malgaches, plus particulièrement les Antankarana, m'a offert la possibilité d'entrevoir une autre façon de concevoir le monde, de percevoir les réalités matérielles et immatérielles. De cette rencontre est né un défi: celui de la traduction d'une expérience biographique dans un langage scientifique (Geertz, 1996). Les ouvrages sur Madagascar traitent largement de l'omniprésence et des effets du culte des ancêtres et du culte de possession, nommé tromba, sur toute l'étendue du pays. Je me suis alors demandée de quelle façon ces ancêtres défunts arrivaient à intervenir dans une activité lucrative récemment développée et intensifiée, telle que la pêche crevettière. Celle-ci excluait-elle progressivement ces ancêtres? Puis, l'enquête avançant, j'ai pris connaissance d'une variété d'autres réalités de la sociabilité malgache que je qualifierais de personnifiées. Dans l'ensemble de ces réalités, les êtres vivants sont investis d'une force personnifiée (la foudre, un génie, des sirènes, un poison ou un défunt - royal, roturier, faste ou néfaste -).

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DES VIVANTS

ET DES

CHOSES

La sorcellerie, de plus en plus présente depuis quelques années, utilise également ce processus de personnification du mal: un défunt habite le corps de la victime pour la tuer; un poison porté par un défunt possède un individu, etc. C'est ce que localement on nomme le njary nintsy. L'ampleur du phénomène de la sorcellerie m'a étonnée. Un peu malgré moi, elle est venue me chercher, par des regards, des sensations, des expériences. Ma formation en anthropologie me poussait tellement à relativiser le concept du Mal, trop emprégné de la pensée judéo-chrétienne, que je n'y croyais plus. Naïveté? Idéalisme? Rationalisme? La raison importe peu. J'ai néanmoins vécu durant huit mois avec cette brûlante découverte: certaines personnes pouvaient légitimement et réellement vouloir et faire du mal à quiconque lui inspirait la convoitise, la jalousie ou la peur. J'ai dû négocier avec mes propres émotions et celles d'autrui. Je ne voulais ni ne devais glisser dans la subjectivité pour mener à bien mes recherches. Pourtant, autour de moi, le discours ne tournait qu'autour des émotions: peur, méchanceté, méfiance, jalousie, cette dernière étant l'explication officielle de tout acte de méchanceté et de sorcellerie. Je ne m'étais pas préparée à cela. Je n'avais lu ni Augé ni Favret-Saada avant mon départ. Bref, j'ignorais presque tout de la sorcellerie, m'étant plutôt concentrée sur le phénomène de la possession. J'ai comblé ces lacunes théoriques dès mon retour, processus nécessaire à l'analyse des données cumulées. Le développement de la pêche crevettière Des 60 000 pêcheurs à Madagascar, 3 000 sont impliqués dans la pêche crevettière, et ce, dans deux régions principales, dont la baie d'Ambaro. La baie d'Ambaro possède environ 175 kilomètres de côte, grandement composée de mangroves ce qui favorise la reproduction de la crevette et en fait l'une des régions les plus riches du pays. Depuis 1990, la moyenne des captures crevettières se chiffre à 12000 tonnes par an, desquelles sont exportées 8 000 tonnes, ce qui représente Il % des recettes d'exportations du pays. Dans l'ensemble halieutique national, 80 % des captures sont assumées par les pêcheurs traditionnels qui n'ont, pour la plupart, que très peu de rapports avec la pêche industrielle, notamment en raison de leur isolement (Breton et al. 1996). Les récentes avancées de la pêche industrielle, encouragées par les politiques nationales, stimulent de nombreuses migrations de travailleurs sur la côte, engendrant, de surcroît, une confrontation d'intérêts et de cultures. Lorsqu'on considère ces données sur le développement halieutique, il appert que la filière crevettière est en croissance, qu'elle est une des priorités de l'État malgache et qu'elle a un impact grandissant sur les populations locales attirées par les avantages lucratifs. Différents aspects des cultures locales, soit celles des Antankarana et des immigrants, se confrontent donc constamment avec l'émergence d'enjeux nouveaux issus d'une plus grande organisation de la pêche, autrefois autarcique et désormais basée sur l'exportation. Sachant cela, la question qui a motivé ma démarche et ma réflexion est donc celle-ci: quel est le degré d'interaction entre, d'une part, les pratiques et

Introduction

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l'autorité locale des entités personnifiées (ancêtres et autres) et, d'autre part, le rationalisme économique d'un capitalisme mondial? De quelle(s) façon(s) cette interaction entraine-t-elle la transformation et la redéfinition à la fois du processus de développement de la pêche crevettière et du système culturel de croyances et de pratiques ancestrales? Ce livre comprend quatre chapitres. Le premier chapitre met en contexte à la fois l'évolution de l'industrie crevettière dans la baie d'Ambaro, la consolidation du groupe culturel nommé Antankarana, son organisation politique et la formation d'un village de pêche confronté à un phénomène majeur d'immigration. Le second chapitre se concentre sur les formes traditionnelles de pouvoir, principalement par le culte de possession nommé tromba qui met en scène des ancêtres défunts, royaux pour la plupart, incarnés dans le corps des vivants. La co-présence de ces deux catégories d'acteurs (défunts et vivants) se retrouve dans l'ensemble du mémoire puisque c'est dans leur dialogue que s'accomplit la destinée des Antankarana et de ceux qui vivent sur leur territoire. Le troisième chapitre se tourne vers les formes de la sorcellerie, leurs applications et leur moteur. Y sont alors présentés quelques exemples démontrant bien que le développement économique a pour effet de consolider les pratiques de sorcellerie là où elles préexistaient. Celles-ci contribuent à représenter le corps comme étant une arène politique à l'intérieur de laquelle les rivalités s'affrontent (Lattas, 1993) et à exacerber certaines émotions qui nuisent au développement d'associations et de concertations au sein d'une collectivité. Le quatrième chapitre se veut conclusif. Il aborde des thèmes récurrents liés au développement maritime: l'exclusion progressive des femmes des procès de production modernisés, donc non traditionnels, et l'immigration causée par l'attrait pécuniaire d'une activité en pleine expansion. L'ensemble de ces chapitres est enrichi de données théoriques afin de créer un dialogue entre celles-ci et l'empirie (Paillé, 1994) en plus de permettre la construction d'un discours scientifique sensible et vivant. Ce travail puise ses références dans plusieurs approches théoriques dont la relation dialectique entre le global et le local, le savoir et le pouvoir, l'anthropologie religieuse, celle des émotions et de l'expérience. Les concepts choisis seront développés et intégrés à l'ethnographie. Force est, néanmoins, d'expliciter ici la pertinence de certains d'entre eux. Le plus récurrent est certes celui de la résistance. Ortner (1986, 1995 : 190) affirme que la littérature portant sur ce concept (Comaroff, 1985; Comaroff & Comaroff, 1993; Ortner, 1995; White, 1986) présente certaines carences ethnographiques, notamment en ce qui concerne la faiblesse des analyses de la politique interne, de la richesse culturelle et de la subjectivité au sein des groupes « dominés ». Ce travail contribue à renflouer cette « minceur ethnographique» relevée par Ortner, notamment avec un intérêt pour la dynamique et la subjectivité interne au groupe pouvant être qualifié de dominé. Ceci, parce que les Antankarana sont soumis non seulement aux décisions de leur roi, mais également aux migrations intérieures. De plus, immigrants et Antankarana ont