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(DÉS)OBÉISSANCE ET DROITS HUMAINS

De
290 pages
Depuis Milgram, les recherches montrent que, dans les conduites sociales en général et celles d'obéissance et de désobéissance en particulier, le pouvoir des déterminants situationnels l'emporte trop souvent sur les dispositions personnelles. Les contributions tentent de savoir comment l'acte d'obéissance et de désobéissance se situe par rapport à l'acteur, à l'objet de l'acte, à l'ordre donné ou à la norme ambiante, au contexte socioculturel et historique.
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(DÉS)OBÉISSANCE ET DROITS HUMAINS
De la psychopathologie à l'anthropologie

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal

Rêve de Corps, Corps du Langage, collectif. Oralité et Violence, K. NASSIKAS Emprise et Liberté, collectif. La pensée et le trauma, M. BERTRAND Mot d'esprit, inconscient et événement, M. KaHN La diagonale du suicidaire, S. OLINDa-WEBER Journal d'une anorexie, K. NASSIKAS Le soleil aveugle, C. SANDORI Ferenczi et l'école hongroise de psychanalyse, E. BRABANT Les fantômes de l'âme, C. NACHIN Psychanalyse en Russie, M. BERTRAND Freud et le sonore, E. LECOURT Pour une théorie du sujet-limite, V. MAZERAN et S. OLINDa-WEBER Ferenczi, patient et psychanalyste, CoJlectif dirigé par M. BERTRAND Le cadre de l'analyse, CoJlectif: colloque du Cercle Freudien La métaphore en psychanalyse, S. FERRIERES-PESTUREAU L'expérience musicale. Résonances psychanalytiques, E. LECOURT Dans le silence des mots, B. ROTH. La maladie d'Alzheimer, "quand la p5yché s'égare... ", C. MONTANI. Lire, écrire, analyser: la littérature dans la pratique psychanalytique, A. FONYI. L'image sur le divan, cornment l'image vient au psychanalyste, F. DUPARC. Herbes vivantes, Espace analytique et poésie, J. PERSINI Métamorphoses de l'angoisse. Croquis analytiques, J. ARDITI-ALAZRAKI Idées en folie. Fragments pour une histoire critique et psychanalytique de la psychopathologie, J. CHAZAUD Cet obscur objet du désir, C. DUMOULIE Les matins de l'existence, M. CIFALI Les psychanalystes et Goethe, P. HACHET Œdipe et personnalité au Maghreb, Éléments d'ethnopsychologie clinique, A. ELFAKIR Le pervers narcissique, Alberto EIGER

Ethnologie et psychanalyse, N. MOHIA-NA VET

Sous la direction d'Adam KISS

(DÉS)OBÉISSANCE ET DROITS HUMAINS
De la psychopathologie à l'anthropologie

J. Altollnian, R. Aubrac, C. Brodellr, M. Cartier, É. Féron, lC. Giabicani, M. Jourdan, A. Kiss, E. Laborie, C. Macdonald, J.S. Murer, M. Pedretti, M.C. Pipérini, G. Roidot, J.L. Sudres, Trinh V.T.

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2002

ISBN: 2-7475-2094-3

PRÉSENTATION (Dés)obéissances, mises en contexte
Adam KISS

Notre précédent essai de coopération interdisciplinaire nous a permis d'élargir notre cercle d'origine, fonné il y a six ans de psychologues et d'anthropologues dont le lieu d'activité est soit en Asie, soit en FranceI, en y invitant des collègues africains et africanistes. Au point d'arrivée de nos travaux ayant pour objet l'empathie2, je m'étais étonné que nous ne nous soyons pas intéressés au rapport qui pourrait exister entre cette itnpression de partage éprouvée par un sujet et ses actes. Or, de la problématique de l'el11pathie,que cela paraisse évident Ollnon à première vue, il n'y a qu'un pas jusqu'aux préoccupations que peuvent inspirer l'obéissance et la désobéissance, ou même une apparente passivité qui ne saute pas d'emblée aux yeux dans cette alternative. En effet, la question de l'empathie de l'acteur peut se poser à l'occasion de toute conduite qui agit sur un autre sujet; elle n'a pas manqué d'être soulevée souvent lorsque l'acte,
I Membres, pOlir la plupart, du Centre d'Étude et de Recherche en Psychopathologie, UFR de Psychologie, lJniversité de Toulouse Le Mirail et de l'Institut de Recherche sur le Sud-Est Asiatique, CNRS Marseille. 2

A. Kiss, éd. (2000) L'Efnpathie et la rencontre interculturelle.

Pari s~ L'Harmattan.

après coup, paraît inhumain. Ce n'est pas pour autant qu'il devient facile d'approcher ces conduites. Peut-être justement parce qu'elles s'imposeraient au premier plan alors qu'elles devraient à tout prix en disparaître: le pouvoir n'aime pas tous les feux de la rampe. La plupart du temps, l'anthropologue se veut observateur, je crois, même s'il se reconnaît observateur participant. Comment prendrait-il position dans des controverses brûlantes? Et le psychologue n'a toujours pas oublié qu'il devait naguère se prétendre neutre. Le débat sur la scientificité desdites sciences humaines, sur les limites et les possibilités, sur les indications et les contreindications de cette scientificité, n'a pas vraiment abouti à des conclusions claires et consensuelles, que je sache. Allez donc demander à un psychologue de s'engager à un devoir de résultat, vous verrez comment il se presse! Quant au travail d'équipe, à plus forte raison le travail d'équipe interdisciplinaire, il reste plus facile à mettre en discours qu'en pratique. Que faire, dans ces conditions? Je dirais: se convaincre que le possible, soit-il tellement minime qu'il risque de susciter le sourire peut, même par là, se mettre à s'agrandir. Que l'indifférence des uns et l'hostilité des autres, peuvent montrer également l'évidence d'une idée et le pouvoir qu'on lui prête. Cela pourrait être pris pour, voire s'avérer, une manière de traiter le fait que, dans telle organisation internationale, on réponde au chercheur: la problématique de la désobéissance, quand bien n1ême il s'agirait de celle qui s'oppose à des ordres contraires aux droits humains, susciterait une désapprobation des États membres, dangereuse pour celui qui s'y exposerait. Ou le fait que, dans les organisations nationales, on ne réponde pas du tout. 6

Les anthropologues sont-ils plus habitués à observer des sociétés simples et les psychologues des relations intra- et inter-subjectives que de vieilles nations européennes ou d'anciennes colonisés qui s'exterminent les uns les autres? Qu'à cela ne tienne, on peut inviter quelques acteurs de terrain et ajouter quelques chercheurs d'anthropologie et de psychologie politiques3. Le résultat de cette aventure sera sans garantie d'homogénéité, de représentativité, même parfois d'à-

propos. Nous n'en sommes pas à publier un manuel, même si, de plus en plus, on n'achète et ne lit que des manuels, - ni même une somme, mais à rassembler quelques matériaux épars. Quand nous en serions aux chrestomathies et aux abrégés, peut-être saurions-nous déjà faire ce qu'il faut, or en France, ni collectivement ni individuellement on ne peut se targuer plus qu'aux EtatsUnis, pour ne prendre que ces deux paradigmes des Droits et de la Liberté, que dans les Balkans, ou en Afrique, ou ne serait-ce que dans les prisons et les commissariats locaux, on ait fait montre de compétence. D'ailleurs, heureusement, la mise en perspective critique du point où nous en sommes, n'a pas tardé: un des participants a exprimé l'avis qu'''envisager la désobéissance sous l'angle moral ne présente pas d'intérêt intellectuel'" et un autre que l'approche quasi-expérimentale de l'obéissance était inacceptable précisément sous l'angle éthique, parce que "perverse, conduisant à la dégradation du sujet". J'ai bon espoir qu'avant longtemps nous réussirons à mener à son terme un vrai débat autour des

3

Aux Etats- Unis, la psychologie politique est reconnue, depuis
Une

une vingtaine d'années, comme une spécialité à part entière. Association Française de Psychologie Politique vient d'être créée.

7

problèmes sur l'articulation entre la déontologie et la pertinence des recherches sur la désobéissance. Mais, au moment où nous avons décidé de choisir le thème du présent volume, nous n'en étions pas là et, même à l'heure où cet ouvrage paraît, nous n'y sommes pas encore. En relisant l'ensemble de nos contributions, je suis surpris que, pas plus que moi jusqu'à ce moment, personne parmi les auteurs ne se soit attardé à l'examen du rapport entre Droits Humains d'un côté, culture et psyché de l'autre. Je crois percevoir, pour ma part, un certain

parallélisme,par exemple,entre la question de la nature à dominante soit universelle, soit culturelle - du
psychisme, et celle concernant le bien-fondé de la prétention universelle des Droits Humains. Par conséquent, pour suivre nos débats, puis pour organiser les chapitres qui composent cet ouvrage, j'ai dû bricoler un ponton psychologique entre droit et devoir. On dit que le droit objectif est une règle sociale sanctionnée par la puissance publique et le droit subjectif ce qui permet à un individu d'exiger une prestation4. On comprend ainsi pourquoi on entend plus souvent "j'ai le droit" et "tu as le devoir" que l'inverse: le sujet a tout avantage à continuer de rêver, puis à prétendre s'il le peut que la satisfaction de son désir lui est due par autrui. Encore semble-t-il nécessaire de vérifier que les objets des droits humains sont vraiment désirés dans tous les contextes culturels par tous, pour eux-mêmes et pour tous les autres. Nous nous emploierons à procéder à cet examen
4

Voir R. Gui1ien et J. Vincent, dir. (] 999) Lexique des ternIes
12c édition. Paris, Dalloz.

juridiques.

8

autant que nous pourrons. Si c'était le cas, la désobéissance à un ordre qui en prescrit le refus à soi-même ou à quelqu'un d'autre, serait de rationalité et d'éthique universelles. Mais à présent nous en sommes à l'heure de plusieurs génocides et de nombreuses violences collectives, banalisés, ignorés. Nous sommes aussi à l'heure de ]a fracture croissante entre les économiquement et socialement exclus d'une part et les socialement dominants et les économiquement nantis de l'autre. La questioll peut se poser, suivant la définition donnée au terme, si la résolution de ces problèmes d'actualité relève du domaine de la psychologie. On aura compris: ma réponse est affirmative. Pour ce qui est du champ, Ervin Staub confirme: "La psychologie politique a pour but d'observer la société, les processus culturels, et de les relier à la psychologie individuelle et groupale5." Et le développement de la psychologie politique lui-même n'est que le résultat de l'application conséquente de la découverte (imposée notamment par des recherches sur l'obéissance comme celles de Milgram) que, dans les conduites sociales en général et celles d'obéissance et de désobéissance en particltlier, le pouvoir des déterminants situationnels l'emporte de loin sur les dispositions personnels.6

5

E. Staub (2000) Message aux 5èmes Journées internationales Th. Blass (1991) Understanding Behavior in the Milgram

d'étude CERPP-IRSEA, Toulouse. ()

Obedience Experiment. The Role of Personality, Situations, and Their Interactions. Journal of Personality and Social Psychology. Vol. 60, N° 3. 9

Cela montre que les psychologues ne sont pas condamnés à prendre une attitude psychologisante. Au contraire, cela les inviterait à penser les phénomènes intersubjectifs orientés par l'hypothèse des déterminants extérieurs, autant et plus que par celle des déterminants intérieurs. Et la part de responsabilité qui leur incombe, s'ils passent auprès des praticiens et des chercheurs dans d'autres domaines scientifiques pour ne s'être jamais dépétrés de psychologisme, est à la mesure de la rareté de leurs études concrètes, notamment cliniques, qui démentiraient ce jugement. Ces préalables posés, nous pouvons en venir à préciser le point de fuite de 110tre essai collectif. La question à laquelle nos contributions, éclairées par l'apport de nos disciplines respectives, pourraient esquisser des réponses partielles, est de savoir comment l'acte, d'obéissance et de désobéissance, se situe par rapport à l'acteur, à l'objet de l'acte, à l'ordre donné ou à la norme ambiante, au contexte socioculturel et historique, référé aux Droits Humains. Ces droits seraient entendus au sens large et minimal comme portant sur des prestations que tout humain revendiquerait pour lui, et partant serait en mesure d'admettre comme exigibles par autrui. Les contributions étant très libres et sans autre consigne préalable qu'une orientation très générale suggérée par le thème, ni les textes ni leur présentation ne peuvent prétendre à suivre quelque règle précise. Malgré leurs recouvrements et leurs discontinuités et les liens peu formels qui s'établissent entre eux, il ne me semble pas trop arbitraire de les intégrer dans deux sous-ensembles 10

aux frontières un peu vagues: le premier, plus centré sur l'acte (évoqué par les acteurs eux-mêmes ou par des témoins plus ou moins directs) ; le second, sur la réflexion, la problématisation, en un mot la théorie de l'acte.

J. Actes et témoignages
L'exposé de Raymond Aubrac évoque la désobéissance civique du gendarme qui, pendant sa fuite, l'héberge au lieu de l'arrêter. Il considère que son hôte agit pour obéir aux lois de la morale naturelle. Parlant de cette d~sobéissance, premier pas vers la Résistance 1940-1945, il conclut qu'on désobéit pour obéir. Et de s'interroger en conclusion et en guise d'accès au problème, décisif, de la transmission de l'expérience de la Résistance, sur la manière dont cette désobéissance-là devrait s'enseigner. Le Général Georges Roidot confirme l'assertion de Raymond Aubrac: lui aussi, dit avoir désobéi au Maréchal et obéi à son colonel. Ce passage d'une obéissance à une autre appelle un examen plus complet que je réserve à une étude prochaine. Je m'en tiens ici à pointer la manière, décrite par le Général Roidot dont, soldat, officier, il est devenu "disponible pour résister" à Vichy et au Troisième Reich. En effet, d'abord lié par le serment de fidélité qu'il a prêté au Maréchal Pétain, il s'est senti délié lorsqu'il a découvert que son serment a perdu son "objet". l.la loyauté au serment, à la parole donnée, à l'engagement pris est un élément récurrent de la représentation de l'obéissance. Ce

qui me paraît distinctif est justement le repérage - ou l'oubli - de cet objet (ou encore de l'objectifvisé, du but
intentionné) sur lequel est fondé le lien.

Il

Trinh Van Thao nous invite à un grand saut dans l'espace et à un long voyage dans le temps. Simultanément, il nous communique un glissement à peine perceptible. Le lecteur occidental se sent dépaysé entre les lettrés vietnamiens du 14e au 20e siècle; en revanche, il lui faut être plus attentif pour apercevoir la distance qui sépare "notre" soumission - insoumission et obéissance désobéissance et "leur" xuat - xu, engagement désengagelnent. De Nguyen Trai (fin I4e-début ISe siècle) à Nguyen Khac Vien (récemment disparu), la question qui se pose à

l'intellectuelextrême-orientalserait plutôt celledu degré d'engagement dans l'exercice du pouvoir symbolique et de son adhésion au pouvoir en place, compte tenu de l'écart qu'il y a entre les exigences de la magistrature politique du mandarin - de

de la juste mesure confucéenne -

l'empirie à l'abus en passant par l'opportunisn1e -

et la

magistrature morale -

dans sa version idéalisée -

du

lettré retiré, devenu ermite. Pourtant, sans même aller jusqu'aux actes de résistance, le retrait, manifestant la distance éthique que le lettré prend par rapport à un pouvoir avec lequel il n'est pas du tout ou pas pleinement en accord., l'expose SOllvent à la disgrâce, aux persécutions et peut lui coûter la vie. Fang Lizhi, physicien, universitaire dissident chinois des années 1980, n'a lui non plus que des conférences pour acte, c'est un chef d'accusation suffisant en régime totalitaire. S'il nous est familier par ses thèmes dont il débat et par la similitude superficielle qu'il présente avec des figures de l'opposition intellectuelle soviétique, Michel Cartier montre sa filiation directe des censeurs impériaux de la plus haute tradition de son milieu, ce qui nous incite à 12

réviser nos préjugés, s'il nous en reste, concernant la nature, souvent automatiquement présumée progressiste et innovant, de la désobéissance. La désobéissance civile d'Irlande du Nord pourrait s'attaquer à un autre de nos préjugés: celui qui consiste à admettre que les pays occidentaux respectent les Droits Humains. Élise Féron nous le rappelle: les discours sur la démocratie, la justice, l'égalité... servent à soutenir aussi bien les mouvements de désobéissance civile qu'à légitimer leur répression. Selon John Rowls, l'action non-violente contraire à la loi, pour changer la loi ou la politique gouvernementale a pour concomitants une faible légitimité du pouvoir contesté, un espace public peu développé et une forte répression. L'effort de traduire cette supposition en termes psychologiques me paraîtrait prometteur. Je ne suis pas certain qu'une telle action, victorieuse, conduise nécessairement au changement de nature du pouvoir, et partant à plus de justice dans les relations. Ce que Marc Jourdan dit de l'état présent des liens instersubjectifs et groupaux, par exemple, dans certaines institutions d'enseignement françaises, exprimerait plus de désespoir, un désespoir plus gris, que l'évocation des années de la Résistance ou celle de la situation irlaI1daise: ils douteraient qu'un mouvement de résistance, voire peutêtre une structure quelle qu'elle soit, répondent, une fois la "désobéissance éthique~' vaincue, à la soumission consentie, respectivement à l'anomie: "il n'y a pas de désobéissance, quand il n'y a plus d'autorité... la violence réagit à la violence". Mis dans ce contexte, le témoignage de Janine Altounian ne sonne que plus menaçant. Soit, les enfants des rescapés du génocide armél1ien doivent désobéir à leur famille d'origine et à leur famille d'adoption pour accéder à 13

la parole. Mais cette parole dit le refus des deux familles, un ni... ni... dont aucun lien ne peut résulter, si ce n'est celui d'une revendication née de dettes que nul paiement ne saurait éteindre. Ne contribuera-t-elle pas à ressusciter le rejet pas tout à fait mort qu'elle incrimine? 1~outechose inégale par ailleurs, et degré d'élaboration rhétorique mis à part, c'est un discours que, de Jérusalem à Vénissieux, sur fond d'actes terroristes et de vandalismes, dans la bouche de diplomates à l'ONU et de lascars en commissariat de banlieue, nous entendons tous les jours. Sans savoir comment convaincre les héritiers des victimes de l'avantage sans alternative à se mettre à exiger d'euxmêmes également, pour le bien public, commun. Il s'inscrit ici, en guise de transition entre témoignages et commentaires, la réflexion d'Emmanuel Laborie à propos de son film Un pas dans la nuit. Le cinéaste souligne l'importance de la "réappropriation" de la mémoire de la Résistance par les gél1érations qui n'ont pas vécu les événements. Il en vient à préconiser de "nous en remettre à l'invention de notre regard". Ce thème à lui seul mériterait une discussion entière. Certes, l'histoire est toujours recomposition. Et malgré toutes les précautions de précision et de vérité, la question peut se poser de savoir ce qu'on ajamais appris de l'histoire, tant celle-ci bégaie et se répète, au moins à peu près si ce n'est pas à l'identique. Mais que pourrait transmettre à l'avenir notre invention du passé, un passé imaginaire? Puis se présente un autre défi lorsque l'historien, le

documentariste se fait chercheur, pour une recherche, -

comme Jean-Louis
-

Dufour pour réaliser notre (Dé~)obéissance

Maquette

car là, il serait en demeure de

trouver le dispositif paradoxal qui, tout en permettant la 14

reproductibilité, l'appropriation.

devrait

favoriser

l'in1prévu

par

II. Commentaires et théories
Mon étude enchaîne: et avant l'appropriation, par la découverte, celle que nous n'avons pas encore faite, pourtant pressés par bien des obéissances qui excluent, jusqu'à imposer la famine ou perpétrer l'extem1ination méthodique, le génocide... En effet, entre Bolk et Kaës, en passant par Freud, nous arrivons à expliquer la banalité de l'obéissance comme l'évitement de la détresse originaire de l'enfant, que l'adulte rejoue par rapport au groupe et le chef qui en incarne l'idéal. Mais nous ne savons de loin pas assez comment la première désobéissance se produit, et comment la culture ambiante et l'expérience personnelle peuvent y contribuer. Après la première partie consacrée à l'acte de désobéissance, voici donc la seconde qui prend pour objet ce qui permet de penser la désobéissance. Pas d'acte sans acteur. Qui agit? Suivant le point de vue choisi, on l'appellera le sujet, le mOÏ, leje. .., concepts qu'il faudra bien définir dès qu'il s'agira de tenir un discours cohérent sur l'acte situé par rapport à une norme, pour tenter d'anticiper et de comprendre. Mais ce n'est pas (encore) notre propos. Jean-Luc Sudres rappelle, avec R. Spitz, la dimension de la portée du non comme organisateur psychique, et tient son "estampage" dans la vie institution11elle et 15

sociale, à quelques nuances près comme je le fais à la suite de R. Kaës., pour le prix payé contre l'appartenance groupale. Généralisant ellcore le propos de M. Jourdan, J.L.Slldres illustre sa thèse non seulement par les mœurs de l'institution hospitalière et psychanalytique filais, avec une vigueur particulière, par ce qui est arrivé aux mineurs français. Par contraste, en quelque sorte sur l'ubac de l'identité., Jeffrey S. Murer souligne, en inversant le modèle de J. Kristeva, - qui nous décrit en "étrangers à nous-mêmes", - que le nettoyage ethnique s'explique par le désir d'élÎlniner de nous-mêmes nos propres défauts., "nousmêmes dans l'autre". Et d'en conclure qu'entre humains la différence prétendue ne devrait jamais être acceptée en tant que fait objectif. Par un autre contraste, la prestation de Jean-Claude Giabicani présente la désobéissante résistante comme un "faire face" là où les autres se détournent, un acte au présent dont les acteurs ne savent pas le pourquoi, un acte impossible à enseigner ni à apprelldre. Cette position a le mérite de mettre radicalement en question le vœu de Raymond Aubrac, ainsi que la faisabilité et le sens de ma propre recherche. De plus, si j'ai bien compris., elle suggère un débat à portée pratique sur la part consciente et inconsciente du moi, en se situant à l'opposé du Général Roidot qui dit s'être libéré à l'engagement de la Résistance quand, réflexion faite, il a jugé son serment privé d'objet. Stimulant! Au contraire., Mario Pedretti, trouve bien un sens interne à la désobéissance; il estime en revanclle que la désobéissance civile n'admet allcune explication purement individuelle. À l'en croire, la désobéissance civile constitue une interrogatioll publique, ponctuelle, mûre d'une norme 16

légale évolutive, une ascèse délTIocratique exigea11te.Une critique de la raison majoritaire et une invitation à innover. (Rappelons tout de même que toute désobéissance n'est pas forcément démocratique pour autant... Mais c'est une autre histoire, une de plus.) En partant de l'observation que, chez les Palawan, le refus d'obéir de l'enfant est sans appel, Charles Macdonald avance que la désobéissance ne devrait être concevable que dans les sociétés à contrôle social fort et à autonomie individuelle élevée. Cette répartition théorique des sociétés paraît très suggestive et demande à être confirmée. Il serait intéressant de répertorier les objets de refus chez les adultes Palawan, chez lesquels le besoin de fonder l'identité (relevé par J.L. Sudres) est en principe satisfait. Un tel inventaire pourrait indiquer si les ordres à effet contraire aux intérêts fondamentaux (du sujet et de l'objet de l'acte) font partie des commandements refusés. On pourrait y chercher le "serment" fondateur de certains liens et l'objet du serment dont la disparition délie (suivant l'exemple du Général Roidot). Enfin, pour renouer avec la problématique de la transmission en général et de l'enseignement de la désobéissance en particulier (R. Aubrac, J.C. Giabicani), le "mandiq" ("je ne veux pas") pourrait être avantageusement comparé au refus opposable selon nos mœurs occidentales: on peut en observer à profusion entre la "non-directivité" de jeunes parents cultivés et la "carence d'autorité" dans les banlieues... C'est précisément dans ce monde occidental que nous ramène Claude Brodeur et trouve que notre civilisation, à peine sortie de l'obsession du devoir, risqlle de tomber dans l'obsession du droit. Et, aussi original que concret, il propose, pour répondre à la revendication illimitée, abstraite et privée de responsabilités, de lester le désir du 17

sujet d'une communauté de base de son choix, en quelque sorte. I\;fais le travail d'équilibration par le réseau, tout performant qu'il est au Canada, en Italie, en Suisse ., à mon sens., en France ne jouit pas (encore?) de tout le crédit qu'il mérite. Car nous ne pouvons pas nous satisfaire, je crois, de penser ou même d'écrire. Le travail de Marie-Christine Pipérini le rappelle: la désobéissance de l'écrivain consiste, comme le dit Kundera., à contredire tout le monde. L'écrivain s'insurge, certes, contre les apparences., mais il ne doit résister qu'à un lectorat - somme toute., volontaire et bienveillant. Nous ne sommes pas dans l'ancien empire vietnamien, ni lnême dans la République Populaire de Chine contemporaine. La situation des sciences humaines par rapport à la littérature ne me semble pas suffisamment clarifiée. Nous

ne devons pas

-

le pourrions-nous?

-

rompre avec les

Lettres. Mais, en matière de désobéissance aux ordres inhumains comme pour d'autres objets., les sciences humaines doivent autre chose et plus que la littérature. Ce plus et cette autre chose., je crains, nous ne l'offrons pas assez, cette fois. Cette insuffisance inspire la prinicpale autocritique de notre effort interdisciplinaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de contredire ce qui est déjà dit. Il Y va de notre identité (ou du moins du bienfondé de celle-ci), étayée, outre la continuité et la distinction, sur notre autonomie, seule issue productive de la soumission, seule légitimité de vouloir dire quelque chose sur la désobéissance., à plus forte raison à l'enseigner, si cela se pelit.

18

I.

ACTES ET TÉMOIGNAGES

EXPLORATION DE LA DÉSOBÉISSANCE
Raymond Aubrac

Depuis des semaines nous étions contraints de vivre clandestins et cachés, ma femme et moi, car les polices allemandes et françaises nous recherchaient après mon évasion de la prison de Montluc. Nos camarades nous abritaient dans les villages de l'Ain et du Jura, en attendant cet avion britannique qui devait venir nous chercher. C'était l'hiver 1943-1944. Le gendarme de Bletterans nous reçut dans sa petite maison. Il nous avait laissé sa chambre à coucher. Nous devisions après la soupe du soir, chacun livrant ses pensées sans livrer ses secrets. "Pendant toute ma vie, nous dit-il, - les choses étaient très simples. J'ai fait respecter la loi en appliquant les règlements. Mais maintenant tout est changé. Je devrais vous arrêter, et je vous héberge dans ma maison. J'ai compris qu'il me fallait désobéir. Cela a été dur, mais je l'ai fait et j'en suis heureux."
Je me pris à songer à cette désobéissance devenue vertu et si largement partagée. Toutes les femn1es, tous les hommes qui participaient à la résistance en France ou hors

de France, étaient des volontaires, et leur premier acte de volontariat avait été une décision de désobéissance. l)ésobéissance aux lois de Vichy, mais allssi, souvent, désobéissance aux règles de la hiérarchie, aux habitudes du n1ilieu, parfois aux contraintes familiales. Ce comporte111entel1traÎnait des risques et ouvrait la porte à l'espoir. Il était devenu un des fondements de l'honneur du pays. Le Général de Gaulle était l'homme qui avait dit non. La désobéissance appelait donc une réflexion, une véritable exploration et si le destin d'un pays pouvait dépendre de la capacité de ses citoyens à s'engager dans cette voie, ne fàllait-il pas chercher comn1ent ces citoyens, ou ces futurs citoyens, pourraient y être préparés? La pren1ière difficulté est d'ordre sémantique: "désobéissant ne se dit guère que des enfants" indique mon dictionnaire. Ce n'est pas de cette désobéissance-là que nous parlons. Elle appelle une sanction, mais n'ouvre pas vers un avenir. Le mot "résistance" conviendrait mieux, car il impliqlle une continuité, et même une organisation et une solidarité. Mais on rejoint la résistance, on ne rejoint pas la désobéissa11ce.On passe par la désobéissance pour entrer dans la résistance, donc les deux termes ne sont pas synonymes. Parmi les à peu près synonymes, nous préférerions "trallsgression". Mais faute de mieux, et pour la comJTIodité du propos, nous C011serverons "désobéissance" . Le second problème est typologique. Il faut distinguer entre différentes catégories de désobéissance, et choisir faute de pouvoir les examiner toutes. Nous laisserons de côté la désobéissance des enfants, naturelle, spontanée et peut-être nécessaire à leur développement. Nous laisserons aussi de côté celle des voleurs, des truands, des assassins qui ne répond qu'à un instinct sans motivation d'ordre 22

moral, bien que les désobéissants qui nous intéressent soient parfois amenés à des actes semblables aux leurs. De quelle désobéissance s'agit-il donc? C'est la désobéissance civique, celle qui concerne le citoyen et son rôle dans la vie de son pays ou de sa communauté. Nous disons civique et pas civile, car elle intéresse aussi les militaires. La transgression qui nous intéresse, c'est celle dictée par la conscience pour obéir aux lois de la morale naturelle. C'est une décision individuelle de faire ce qui est interdit ou de ne pas faire ce qui est ordonné, dès lors que l'ordre est ressenti comme injuste et inacceptable, en pleine connaissance des risques encourus. C'est parfois aussi une décision altruiste, au bénéfice d'une communauté qu'on veut servir ou entraîner, en commençant par un exemple individuel. C'est la transgression de Prométhée, qui donne aux hommes le feu que les Dieux voulaient conserver, celle de Jésus qui désobéit aux règles du sabbat, celle de Gandhi qui va chercher du sel contre les règles du pouvoir. C'est celle des médecins qui pratiquaient des interruptions de grossesse avant qll'elles ne soient autorisées, ou des soldats américains refusant de partir au Vietnam. C'est aussi la transgression du Général de Gaulle qui s'établit à Londres, ou celle des jeunes Français qui refusent le Service du travail obligatoire et rejoignent les maquis. Il faudrait connaître les motivations qui incitent à désobéir et les obstacles à franchir pour passer à l'acte. Mais le sujet est trop vaste pour nous historiquement, psychologiquelnent, philosophiquement. Nous limiterons donc nos réflexions à ce que nous connaissons un peu: la

23

désobéissance qui, de 1940 à 1945, a été le premier pas vers la Résistance.

Les motivations

de la transgression

La désobéissance n'est pas de génération spontanée. Le paradoxe, c'est qu'on désobéit pour obéir. Ce qu'il faut discerner, c'est ce à quoi ou à qui on obéit. Certes, il s'agit d'une décision individuelle, c'est-à-dire une décision dictée par la conscience. S'agissant de ce phénomène de désobéissance civique qui va de 1940 à 1945, en s'accélérant, il faut le différencier dans le temps, ou plutôt constater que les motivations au début, disons dans les derniers mois de 1940, sont souvent différentes de celles de la dernière année. Au début, la désobéissance est une réaction quasi immédiate à une situation considérée comme intolérable, injuste, inadmissible. Voir son pays occupé par une puissance étrangère qui y dicte sa loi, et qui accepte un pouvoir apparemment national mais à son service, incite fortement à "taire quelque chose" pour s'opposer, ou au moÏ11stémoigner de son désaccord. Il faut noter qu'en général cette décision individuelle résulte d'un échange avec un (ou plusieurs) autre(s), on ne la prend pas tout seul. C'est la réaction du patriotisme. Plus tard la motivation a les mêmes racines, mais elle est confortée par une série de facteurs:
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la perspective

de rejoindre un groupe déjà organisé

ou qui s'organise qu'il s'agisse de ceux qui répondent à l'appel du Général de Gaulle ou de ceux des mouvements ou des réseaux de la résistance intérieure, 24

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le sentiment de la perte de légitimité du pouvoir
et de l'apparition d'une

"officiel" existant en France, légitimité de la transgression,
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dans certains cas, souvent chez les jeunes, U11 attrait vers ce qui est ressenti comme une aventure, une forme de bonheur,
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la crainte d'éprouver un regret, ou une souffrance dans certains cas une motivation d'orgueil ou même

morale si, ayant ressenti la motivation, on n'y cède pas, d'ambition. Ainsi Charles de Gaulle écrivait-il, dans Le fil de l'épée, en traçant le portrait de l'homme de caractère: "le fait qu'il tire de lui-même et non d'un ordre sa décision et sa fermeté l'éloigne souvent de l'obéissance passive... on s'appuie seulement sur ce qui résiste, et il fallt préférer les cœurs fermes et incolTImodes aux âmes faciles et sans ressort" , - à ces incitations s'ajoute une motivation particulière aux catégories poursuivies par les autorités allemandes ou par Vichy: militants des partis de gauche et des syndicats, francs-maçons, juifs, jeunes convoqués pour le Service du travail obligatoire, etc.
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enfin il faut mentionner

l'évolution

de la guerre

mondiale où l'espoir cl1angede camp dès le début de 1943 ce qui va, dans certains cas, inciter même quelques fidèles serviteurs de la collaboration à changer de camp, eux aussi (Papon... ).

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Les obstacies à la désobéissance
Dès que la conscience ressent une motivation à la transgression, elle resse11taussi les obstacles. Le premier est tout simplement l'habitude d'obéir, acquise dès le plus jeune âge dans la famille, puis à l'école, puis dans la vie militaire ou civile. L'obstacle est fort, et sa force varie suivant les milieux sociaux, les métiers ou l'appartenance religieuse. En vérité le respect de la loi est, à tous les niveaux, lié à la vie de l'homme parmi ses semblables. Dans leur nouvelle légitimité, beaucoup de résistants s'y référent dans leur combat et plus encore

après leur victoire. "Restaurons l'autorité de l'Etat" proclame le Général de Gaulle, cet éminent désobéissant, dès la Libération. Il faut examiner les obstacles dans leur évolution avec le temps. Au début, fin 1940, quand la résistance n'est pas encore un jeu très dangereux, le premier obstacle est peut-être un sentiment d'impuissance, la futilité de toute entreprise d'opposition à cette énorme machine d'oppression et d'exploitation qui s'est installée sur le pays. Dès que les premiers signes de résistance apparaissent, le pouvoir officiel mobilise contre elle de gigantesques moyens de propagande. D'un côté l'invincibilité de l'armée allemande qui tend à démontrer la vanité de toute opposition, de l'autre le prestige du Maréchal et l'infaillibilité de son patriotisme. Mais l'obéissance aux lois, le respect de la puissance de l'occupant ou le prestige du Maréchal ne suffisent bientôt plus. Lorsque la légitimité bascule, lorsqu'à l'Est la Wehrmacht s'enfonce dans sa longue retraite, lorsque 26

Pétain s'accroche aux apparences du pouvoir, alors il faut intensifier une répression déjà largement commencée. La répression devient féroce avec la création de la Milice, et jusqu'à l'engagement des chars et des avions allemands contre les maquis. Mais peut-on dire qu'elle a mis fin à la désobéissance? Elle a contraint la Résistance à perfectionner son organisation, mais elle n'a pas ralenti son recruten1ent, et peut-être au contraire. Enfin il faut mentionner les obstacles qui résultent, pour beaucoup, surtout les plus âgés, du sentiment de responsabilité personnelle: charges de famille ou responsabilité sociale. Il est plus facile à un garçon de 18 ans qu'à un père de famille, un chef d'entreprise, un colonel ou un préfet de choisir la désobéissance.

Quelle pédagogie?
Chaque homme, chaque fell1l11ede ces dizaines de milliers d'individus qui ont rendu l'honneur à notre pays dans la Résistance, el1 France et hors de France, a volontairement choisi la désobéissance. Pour elle, pour lui, les obstacles ont été surmontés, le passage à l'acte a eu lieu lorsque les motivations l'ont emporté. C'est la liberté qui a gagné. Si la Résistance n'avait pas existé, les armées allemandes auraient peut-être été vaincues par nos alliés anglais, soviétiques et américains. Mais notre pays aurait-il vraiment recouvré son indépendance? De la liberté des individus est née celle de la collectivité. L'historien René Rémond, qui préside la Fondation nationale des Sciences politiques, examinant la dernière 27

n10itié du siècle, a écrit: "la revendication de la personne comme sujet autonome est au cœur de tous les mouvements qui rejettent les règles imposées par une autorité extérieure, que ce soit celle de la loi, des instances morales ou des contraintes sociales" (Nouvel Observateur, 23/12/1999). Dès lors une double question se pose: faut-il élaborer une pédagogie qui prépare les jeunes à être prêts, en cas de besoin, à transgresser les règles? et, si oui, COlument s' y prendre?

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(DÉS)OBEISSANCES ET DROITS HUMAINS POUR LES RÉSISTANTS ET LES MILITAIRES
Georges Roidot

Entrée en désobéissance
En 1941, à tout juste 20 ans, comme élève à Saint-Cyr replié à Aix-en-Provence, j'avais dû prêter serment de fidélité au maréchal Pétain pOLIr tout ce qu'il me commanderait "pour le biel1 du service et le Sllccès des am1ées de la France". J'ai estimé par contre que les ordres qui m'ont été donnés les 10 et 27 novembre 1942, consignes des llnités dans leurs casernes lors de l'invasion de la zone sud, puis dissolutiol1 de l'arn1ée et livraison de ses an11es, ne correspondaient pas au bien du service ni au succès des armes de la France et, qu'en conséquence., mOl1 serme11t devenait sans objet. J'étais donc disponible sûr aux Allemands. pour résister., à Vichy et bien