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Préface de Charles-Édouard Vincent, directeur d’Em-maüs Défi
www.joellelosfeld.com
EDITIONSJOELLELOSFELD Littérature française
Du même auteur chez le même éditeur :
Les oiseaux de paradis, 2011.
Chez d’autres éditeurs :
Ce bruit, Jean-Pierre Huguet Éditeur, 2011. Balayer fermer partir, Éditions du Seuil, 2008.
Des objets de rencontre
COLLECTION DIRIGÉE PAR JOËLLE LOSFELD
L’auteur tient à remercier le Centre national du livre et le Programme régional de résidences en Île-de-France, qui ont soutenu cette résidence chez Emmaüs Défi et permis l’écriture de ce livre.
Illustration de couverture : D’après photo © Christina Reichl Photography / Getty Images.
© Éditions Gallimard, 2014.
ISBN : 978-2-07-253213-9
Lise Benincà
Des objets de rencontre
Une saison chez Emmaüs récit
Préface de Charles-Édouard Vincent, directeur d’Emmaüs
ÉDITIONSJOËLLELOSFELD
Préface La part de rêve
L’histoire d’Emmaüs Défi est l’histoire d’un rêve. Un rêve qui a été partagé par une petite équipe avec une telle force qu’il a pris forme audelà de mes attentes. Ce rêve, c’est celui de sortir des gens de la rue, pour de bon. Leur permettre de retrouver un toit, un travail et surtout une place dans la société. Et, petit à petit, de regagner l’estime de soi, si struc turante et si précieuse, anéantie par des années passées dans le mépris ou l’indifférence de son prochain. Ce rêve chargé d’espoir est d’autant plus puissant qu’il est là, à portée de main, et cette proximité dégage une énergie phénoménale : on y arrivera, il n’y a aucun doute làdessus. Chaque fois que je décris ce rêve à quelqu’un, je vois mon interlocuteur passer de l’incrédulité à l’espoir.Souvent, il rejoint alors notre groupe de supporters rêveurs et permet au rêve de devenir un peu plus réel. Car ce rêve fait vibrer une corde sensible en chacun de nous. Il éveille notre aspirationà la générosité,
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à la beauté, il s’adresse à notre humanité. Avec les années, on a appris à contrôler cette aspiration, voire à l’étouffer parce qu’on a peur, parce qu’on a perdu ses illusions, parce qu’on s’est résigné. Parce qu’on nous a dit de mûrir ou de devenir un peu sérieux quand même. Pourtant, il suffit que quelqu’un arrive et dise avec enthousiasme et détermination : « Si, c’est possible ! », pour que la corde se mette de nouveau à vibrer de toute sa force… et nous donne irrésistible ment envie d’y croire. Ainsi j’ai expliqué autour de moi à quoi ressemblait mon rêve et des mains se sont levées pour m’aider. En l’espace de six ans, avec très peu de moyens, nous avons construit une structure qui accueille aujourd’hui plus d’une centaine de personnes en situation d’exclusion. L’espoir en un monde plus doux et plus humain est l’utopie que nous avons affichée et qui nous a permis de réaliser des choses extraordinaires. Tout cela ne s’arrêtepas à de belles paroles ni à un discours théo rique ; c’est un vécu très fort, une réalité palpable. Emmaüs Défi est une entreprise comme les autres, avec ses comptes d’exploitation, ses bilans prévisionnels et ses obligations de résultats. Mais c’est une entreprise avec un supplément d’âme. Avec une part de rêve. Et cela change tout. Le souffle qui anime notre structure est un feu précieux dont il faut perpétuellement entretenir la flamme. C’est pour alimenter ce feu que j’accueille à
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bras ouverts des projets comme celui de Lise Benincà. J’ai besoin de gens qui m’aident à maintenir cette flamme, à la rendre plus concrète et vivante chaque jour. L’idée d’écrire de belles choses autour des objets qui nous sont donnés et grâce auxquels toute notre organi sation fonctionne apporte une dimension supplémen taire à ce que nous faisons. Car il ne s’agit pas seule ment d’essayer de donner un travail à des gens qui n’en ont plus. Il s’agit aussi très souvent de les réconcilier avec euxmêmes et de les aider à répondre à cette ques tion qui les taraude : « Estce que je m’aime ? Estce que les autres m’aiment ? » Des projets artistiques comme celui de Lise nous accompagnent sur le terrain de l’estime de soi. En effet, ils créent un décalage avec le regard que l’on porte habituellement sur les personnes en difficulté. Les travailleurs sociaux sont là pour les aider à surmonter les difficultés matérielles et quotidiennes, tandis que la démarche artistique ouvre de nouvelles perspectives, la possibilité d’une légèreté retrouvée, l’idée que la beauté peut s’exprimer de bien des manières et toujours surprendre quand elle surgit là où on ne l’attend pas. Impliquer les salariés en insertion dans cette aven ture d’écriture participe des choses qui font du bien et me conforte dans l’idée que nous sommes dans la bonne voie. Si Emmaüs Défi suscite ce genre de propo sitions de la part d’artistes ou d’écrivains, c’est que
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notre ouverture d’esprit se perçoit, c’est que le feu qui brûle ici s’aperçoit de l’extérieur et qu’il donne envie à d’autres personnes, dans des registres très différents, de venir y contribuer. Quand je me perds dans les tableaux de bord, les problèmes financiers ou les soucis du management, quand je sens que je suis à sec, je me repose toujours la question : qu’estce qui fait avancer Emmaüs Défi ? Ce n’est pas l’organisation, ce n’est pas la stratégie, ce ne sont pas les développements que j’envisage : tout cela fait partie du cadre, de l’armature… Non, ce qui fait avancer, c’est cette part de rêve, qui est comme un feu, puissant. Alors, quand quelqu’un vient me proposer d’ajouter à ce feu son étincelle d’intelligence, de talent et d’amour, je dis forcément oui.
Charles-Édouard Vincent directeur d’Emmaüs Défi