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Désastres et alimentation : le défi japonais

De
145 pages
Séismes, tsunamis, éruptions volcaniques et typhons, sans oublier leurs effets secondaires, rythment depuis longtemps la vie dans l'archipel japonais. En effectuant une table rase, les crises qu'ils entraînent permettent à chaque fois une remise en question, un renouveau, et constituent un élément fondamental du lien entre les hommes, leur culture et leur milieu. Les auteurs des articles ici regroupés développent ce point en tenant compte à la fois du volet de la production et de la consommation alimentaire.
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86
Dans ce numéro spécial il a été délibérément choisi de replacer le
séisme qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 dans le temps long,
de façon à en cerner les limites. Les images de cette catastrophe, DÉSASTRES
largement médiatisée, ont rappelé la vulnérabilité des sociétés
humaines face à l’enchaînement des risques naturels et humains. ET ALIMENTATION :
À la succession de destructions et à l’accident nucléaire de la
centrale de Fukushima, s’est ajoutée une crise alimentaire qui a LE DÉFI JAPONAIS
révélé, au-delà du cas proprement japonais, le lien étroit existant
sous la direction de entre alimentation et catastrophes.
Nicolas BAUMERT et Sylvie GUICHARD-ANGUIS
Séismes, tsunamis, éruptions volcaniques et typhons, sans oublier
leurs effets secondaires, rythment depuis longtemps la vie dans
l’archipel japonais. En effectuant une table rase, les crises qu’ils
entraînent permettent à chaque fois une remise en question,
un renouveau, et constituent un élément fondamental du lien entre
les hommes, leur culture et leur milieu. Les auteurs des articles,
choisis parmi des spécialistes japonais pour la majeure partie,
développent ce point en tenant compte à la fois du volet de la
production alimentaire et de celui de la consommation. Ils mettent
l’accent sur les ruptures provoquées par les crises mais aussi sur
la continuité d’une culture alimentaire propre au Japon montrant
que le défi est celui d’un retour à une normalité à chaque fois
réinventée et repensée en fonction de la modernité de l’époque.
Revue
Géographie et
ISBN : 978-2-343-04262-6
15,50
Désastres et alimentation : le défi japonais
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n° 86,été2013
DESASTRESETALIMENTATION:
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??????La revue Géographie et cultures est publiée quatre fois par an par l’Association Géographie et
cultures et les Éditions L’Harmattan, avec le concours du CNRS. Elle est indexée dans les
banques de données Pascal-Francis, GeoAbstract et Sociological Abstract. Les vingt-deux
derniers numéros sont consultables en ligne : http://gc.revues.org/
Fondateur : Paul Claval
Directrice de la publication : Francine Barthe-Deloizy
Secrétariat de rédaction : Yann Calbérac
Secrétariat d’édition : Emmanuelle Dedenon
Comité de rédaction : F. Barthe-Deloizy (UPJV Amiens), Y. Calbérac (Reims), E. Dedenon
(CNRS), H. Dubucs (Paris IV).
Comité de lecture : A. Berque (EHESS), M. Blidon (Paris I Panthéon Sorbonne), P. Claval
(Paris IV), L. Dupont (Paris IV), J. Estebanez (Université Paris-Est Créteil), V. Gelézeau
(EHESS), C. Ghorra-Gobin (CNRS), S. Guichard-Anguis (CNRS), C. Guiu (Nantes),
C. Hancock (Paris XII), J.-B. Maudet (Pau et des Pays de l’Adour), B. Pleven (Paris I),
Y. Raibaud (Bordeaux III), A. Volvey (Artois), S. Weber (Paris-Est), D. Zeneidi (ADES-
CNRS).
Comité scientifique : G. Andreotti (Trente), L. Bureau (Québec), B. Collignon (Paris I), J.-C.
Gay (Montpellier), M. Houssaye-Holzchuch (ENS Lyon), C. Huetz de Lemps (Paris IV), J.-R.
Pitte (Paris IV), J.-B. Racine (Lausanne), A. Serpa (Salvador de Bahia), O. Sevin (Paris IV),
J.-F. Staszak (Genève), M. Tabeaud (Paris I), F. Taglioni (La Réunion), J.-R. Trochet
(Paris IV), B. Werlen (Iéna).
Correspondants : A. Albet (Espagne), A. Gilbert (Canada), D. Gilbert (Grande-Bretagne),
J. Lamarre (Québec), B. Lévy (Suisse), J. Lossau (Allemagne), R. Lobato Corrêa (Brésil),
Z. Rosendhal (Brésil).
Cartographie : Florence Bonnaud
Maquette de la couverture : Emmanuelle Dedenon
Image de la couverture : Nishio-shi Iwase bunko
Mosaïque de la couverture : Gabriela Nascimento
__________
Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) – Paris IV Sorbonne CNRS UMR 8185 –
28 rue Serpente, 75006 Paris – Courriel : revue.geographie.cultures@gmail.com
Abonnement et achat au numéro : Éditions L’Harmattan, 5-7 rue de l’École polytechnique
75005 Paris France. Chèques à l’ordre de L’Harmattan.
France Étranger
Abonnement 55 euros 18 euros
Prix au numéro 18 euros
__________
ISSN : 1165-0354 ISBN : 978-2-343-04262-6
©L’Harmattan, 2014SOMMAIRE
5 Introduction : désastres et alimentation, le défi japonais
Nicolas BAUMERT et Sylvie GUICHARD-ANGUIS
13 La transformation des pratiques et des sensibilités alimentaires après
le désastre de 1923 : modernisation et popularisation du nouveau
Tokyo
Ikuhiro FUKUDA
31 Productions agricoles et mesures contre les famines aux époques de
Muromachi et d’Edo
Nobuhiro ITO
49 Les réactions des consommateurs japonais suite à la contamination
nucléaire de mars 2011 et leurs conséquences sur le rapport au
territoire
Louis AUGUSTIN-JEAN et Nicolas BAUMERT
65 La reprise des activités agricoles dans les régions contaminées après
l’accident de Fukushima : un défi lancé aux agriculteurs
Kenichi ISHII et Shantala MORLANS
83 Les teikei – les précurseurs au Japon de l’agriculture biologique –
face à la catastrophe nucléaire de mars 2011
Etona ORITO
101 L’apport des partenariats solidaires entre producteurs agricoles et
consommateurs en temps de crise
Jean LAGANE
119 Notes de terrain – Portraits de quelques paysans et acteurs du
système Teikei après la catastrophe de Fukushima
Hiroko AMEMIYA
Lectures
133 3.12 ou l’exil planétaire
135 L’art culinaire au Japon
137 , le milieu humain
Événement
139 Rencontres Nationales Culture et Alimentation – Culturalia 2014
)?GRNOTE
Dans l’ensemble des articles de ce numéro, les transcriptions des mots
japonais sont faites en Hepburn modifié et les voyelles longues sont
TXpHHFLQGLRQWDO ?XQ LW ? F /HV QRP propres japonais sont
également transcrits selon l’ordre traditionnel, le nom de famille précédent le
prénom. Enfin, sauf indication contraire de la langue, dans les articles
traduits, les références originales sont en japonais.
4
WHDDW]VLUUYVKRINTRODUCTION
2 ? 2
Disasters and food culture: The Japanese challenge
1Nicolas BAUMERT
Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC)
Université de Nagoya
2Sylvie GUICHARD-ANGUIS
Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC)
CNRS
Le séisme du 11 mars 2011 qui a frappé le Japon a provoqué une catastrophe
majeure dont les images, largement diffusées dans les médias, ont rappelé
par la violence de l’aléa (évalué à 9 sur l’échelle de Richter), la vulnérabilité
des sociétés humaines face à l’enchainement des risques naturels et humains.
À la succession de destructions ayant fait près de 20 000 victimes, et à
l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima n° 1 près d’Iwaki, s’est
ajoutée une crise alimentaire sévère qui a réveillé des peurs enfouies sur la
dangerosité des produits en provenance des régions contaminées. À l’échelle
internationale, ce phénomène a été marqué par des interdictions
d’importations et une multiplication des tests visant les productions
alimentaires nippones. La crise a révélé, au-delà du cas proprement japonais,
le lien étroit existant entre alimentation et catastrophes. D’abord, parce que
les catastrophes détruisent les cultures et l’appareil de production, mais aussi
parce qu’en ingérant un aliment, en satisfaisant ce besoin vital, l’homme
prend un risque. Toute culture alimentaire avec ses habitudes et ses interdits
est aussi l’histoire de la prise en compte de ce risque qui dans les sociétés
développées se matérialise par la mise en place de normes sensées rassurer le
consommateur (Poulain, 2002 ; Fumey, 2010).
La modernité qui, grâce à la science et à la mise en relation commerciale de
territoires de plus en plus vastes, se proposait de sortir l’approvisionnement
du monde de l’incertitude et de la fragilité face aux aléas naturels a sur ce
point en partie échoué. Non seulement la famine chronique continue de sévir
dans nombre de pays, mais, là où régnait la «sécurité alimentaire », des
crises inattendues comme les épizooties d’encéphalopathie spongiforme
bovine ou les grippes aviaires ont sensibilisé les sociétés à la vulnérabilité de
1
Courriel : baumert@ilas.nagoya-u.ac.jp
2 Courriel : sguichard_anguis@hotmail.com
w
Géographie et cultures,
leurs systèmes de production et d’approvisionnement, toujours plus
complexes et coupés du lien avec leur environnement immédiat (Sabban,
2006). C’est dans la lignée de ces crises que la contamination nucléaire issue
de l’accident de la centrale de Fukushima se situe et constitue une rupture :
un échec de la religion du progrès, de son hubris et de sa démesure qui
replace, là où on ne l’attendait plus, l’horizon de la catastrophe et renforce
les convictions de certains groupes minoritaires qui, depuis longtemps,
prônent l’abandon de l’agriculture dite productiviste et la sortie d’un système
basé sur la croissance infinie, toujours plus vorace en énergie (Juvin, 2008).
Illustration 1 – Ansei Kenmonshi (détail)
Nishio-shi Iwase Bunko
Dans ce numéro spécial, qui a donné lieu à la tenue d’un symposium
3international à l’université de Nagoya au mois de février 2014 , nous avons
délibérément choisi de replacer la catastrophe du 11 mars 2011 dans le
temps long, de façon à en cerner les limites. Il nous a semblé indispensable,
après trois ans, de prendre du recul et de replacer les drames humains
3
Historical and cultural studies of food and disasters in Japan, Université de
Nagoya, 22-23 février 2014. Les directeurs du numéro tiennent à exprimer leurs
remerciements à l’Université de Nagoya (Graduate School of Language & Cultures
et Mei-Writing – Institute of Liberal Arts & Sciences) pour l’organisation de ce
symposium ainsi qu’au laboratoire ENeC et à la Maison franco-japonaise pour leur
soutien scientifique.
x
??
rsu ?t??zx?Géographie et cultures,
associés à cette catastrophe dans une perspective historique en prenant en
compte à la fois le volet de la production alimentaire mais aussi de celui de
la consommation. Séismes, tsunamis, éruptions volcaniques et typhons, sans
oublier leurs effets secondaires (inondations, glissements de terrain,
incendies, famines et épidémies) rythment depuis longtemps la vie dans
l’archipel japonais et leur énumération constitue un chapitre inévitable de
l’histoire de chaque localité. En effectuant une table rase, les crises qu’ils
entraînent permettent à chaque fois une remise en question, un renouveau, et
constituent par là même un élément fondamental du lien entre les hommes,
leur culture et leur milieu.
Les destructions répétées ont constitué pendant des siècles voire des
millénaires des fléaux tels qu’au Japon une grande partie des rites, et en
particulier ceux des grandes localités, matsuri, sont apparus afin de conjurer
ces maux. La culture et le sacré surgissent aussi de la violence et du chaos,
ici créateur, comme l’a montré René Girard et, ce n’est peut-être pas un
hasard si, en réfléchissant sur le caractère violent, à la fois récurrent et
SUpYVLEOH LP GX HXLOL SSRQ OH SKHORVRSKL DLVDSRQ ML VX:DW WV7H?
justement développé le concept de pour rendre compte de la
complémentarité entre la corporéité humaine, les organisations sociales et les
4milieux de vie . Ce concept, autant philosophique que géographique est
5traduit en français par «médiance » et permet, par sa transversalité, de
dépasser les débats sur les déterminismes naturels ou leurs négations. Il
s’applique parfaitement à l’étude de l’alimentation, car il révèle l’ensemble
de ses échelles et en montre la dimension structurelle de l’existence
humaine, tant individuelle que collective, en particulier dans les moments
tragiques que constituent les catastrophes. Les articles de ce numéro
développent ce point en mettant l’accent sur les ruptures provoquées par les
crises mais aussi sur la continuité d’une culture alimentaire propre au Japon.
En prenant l’exemple du grand HQW EOHP HP WU GH UH HU GX QW? GH TX
fit, uniquement à Tokyo, plus de 91 000 victimes et qui a détruit 70 % de la
ville, Fukuda Ikuhiro montre comment la reconstruction de Tokyo, basée sur
la modernisation de l’espace urbain sous l’influence culturelle occidentale, a
transformé la manière de se nourrir dans la capitale. Bien avant les
destructions de la Seconde Guerre mondiale, 1923 marque le début de la
popularisation de la culture américaine avec l’apparition des restaurants des
grands magasins et la prolifération des bars et des cafés à l’occidentale. En
détruisant ce qui restait de l’ancienne culture d’Edo, la catastrophe de 1923 a
4
Il insiste en particulier sur le caractère « typhonique » du Japon avec le retour
saisonnier de ces évènements climatiques destructeurs (Watsuji, 2011, p. 190-220).
5
La traduction par médiance est d’Augustin Berque, voir en particulier sa préface à
la traduction de )?GR (ibid., p. 12-28).
y
?GRIL.D?ULX?MLQDPW
rsu ?t??zx?Géographie et cultures,

complètement changé les mœurs et la vie quotidienne des habitants de la
capitale, posant, entre tradition et modernité, les bases du Japon
d’aujourd’hui.
2

Illustration 2 – Ansei F bunsh (détail)
Nishio-shi Iwase Bunko
Les sociétés modernes ont développé des outils de prévention et de lutte
contre les catastrophes qui font que les dégâts sont aujourd’hui, dans les pays
les plus développés, plus matériels qu’humains (Dauphiné, 2003).
Historiquement la situation a longtemps été inversée et, au-delà des aléas
violents du milieu nippon, il ne faut pas oublier que les famines et leurs
corollaires, les épidémies, ont ravagé beaucoup plus la population. Le nord-
est du Japon a tout particulièrement été affecté par quelques-unes des plus
grandes famines qu’ait connues l’histoire du pays. Quatre d’entre elles, au
cours desquelles des témoignages historiques de cannibalismes sont attestés
(Plutschow, 2006), portent le nom des ères durant lesquelles elles ont sévi :
Genroku (1699 et 1602), H reki (1755 et 1763), Tenmei (1782-1787) et
Tenp (1833-1839) (Herail et al., 1990, p. 389-390). À partir d’une analyse
des politiques agricoles mises en œuvre pour lutter contre les famines entre
e ele milieu du XIV siècle et la fin du XIX siècle, It Nobuhiro montre que
celles-ci n’étaient pas tant dues à une rigueur exceptionnelle du climat mais
plutôt à une mauvaise adaptation des productions, car les élites de ces
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