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Désir de mère et nom du père

De
224 pages
L'homme-parlêtre est un être de désir, qu'en est-il dans le procès de sa reproduction: espérance d'immortalité en transmettant ses gênes aux générations qui vont lui succéder ? Désir de complétude ou de "comblétude" ? Etre femme, être mère, quels désirs ? Quel est ce désir impétueux qui pousse une femme à être enceinte puis à enfanter, parfois coûte que coûte ? Qu'est-ce qu'un père ? Tels sont les thèmes abordés dans ce numéro.
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PSYCHANALYSE ET TRADITIONS

8
DÉSIR DE MÈRE ET

NOM

Du

PÈRE

(RIfB&f
upe de Recherche et d'Application des Concepts PsychalUllytiques

*
et Psychiatriques en Afrique Francophone

I ~

Fondateur:

Dr. Y. Kaufmant, psychiatre & psychanalyste.

Directeurde publication:Y.Kaufmant 23, rue Pouchet -75017 Paris. E-mail: yves.k.aufmant@libertysurf.fr
COMITÉ DE RÉDACTION

Tél: 0144 853969 Fax: 01 42 28 07 33

Rédacteur de publication: P.-G. Despierre, psyclulnalyste. Rédacteur associé: C. Duprat, psychanalyste. Secrétariatde rédaction: Tél/Fax: 01 4357 46 00 E-mail: GRAPPAF@Wanadoo.fr
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Mr. le Professeur ago Guy Briole, psychiatre & psychanalyste. Mr. le Professeur Momar Gueye, psychiatre. Mr.le Professeur Arouna Ouedraogo, psychiatre.

Mr.le Professeur Roger Wartel, psychiatre & psychanalyste. Me. le Dr. A. M. Kaufmant, psychiatre & psychanalyste. Mr. ~ Pernot, psychanalyste et ethnologue. Me. le Dr. L. Sriber, psychiatre & psychanalyste. Mr. le Dr. C. Vereecken, psychiatre & psychanalyste.
CORRESPONDANTS

B. Lolo, psychiatre. o. N' doye, pychologue. M. Liart, psychanalyste & sociologue.

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Pllotos:Petrus

SOMMAIRE
DÉSIRS DE MÈRE & NOM DU PÈRE

3 M. Liart
7 P.-G. Despierre

Editorial Anniversaire
COTÉ MÈRE

de Freud

17 27 51 61 71

B.Lolo Femmes & désirs de maternité A.-F:Gennotte Séropositivité & désir d'enfant F.Koehler Désir de mère & structure Y:PsaIti Les patientes F.I.V. E.Lemoine-LuccioniPsychanalyse & technologie
COTÉ PÈRE

79 91 107 121 129 147 165

P.-G.Despierre Y:Kaufinant ¥. Kaufmant y: Kaufinant P.-G.Despierre F. Lauwaelt C. Duprat

Qu'est ce qu'un père? Le père mort De l'attribut des toubabisés La place du Père L'oncle maternel À l'ombre des ancêtres A. Hampâté Bâ

209

RUBRIQUEAFRICAINE
Rebecca

Conte & poème africains

213

RUBRIQUE AsSOCIATION

1

@ L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan l@Wanadoo.ft

Paris

ISBN: 978-2-296-02721-3
EAN : 9782296027213

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Editorial
M. Liart

U

ne rencontre pluridisciplinaire

est toujours un

pari. Voyons si cette expérience confirme ou infirme le proverbe berbère qui dit: "Le rendez-vous ne vaut jamais la rencontre." Si la modernité pose de façon tellement cruciale la question" qu'est-ce que procréer ?" c'est parce que quelque chose semble avoir été dérangé dans l'ordre naturel des choses. La Science, en effet, a disjoint la procréation du désir sexuel. La filiation semble donc déchue d'un socle que l'on croyait immuable: la descendance semblait réglée à tout jamais par la nature. Or, la P.M.A.l est une thérapeutique de la stérilité qui est venue transformer les conditions anthropologiques de la procréation en rendant inutile le désir sexuel entre les deux géniteurs. On pourrait donc dire à première vue que c'est le discours de la science qui a dérangé l'ordre naturel des choses. La perspective du clonage apparaît dans l'imaginaire collectif comme la suite logique du progrès de la procréation scientifique. Le clonage thérapeutique est, depuis peu, devenu une réalité. Les comités de bioéthique sont en éveil afin que l'on ne dépasse pas ce stade. Quel est le rôle de la psychanalyse dans

1- RM.A.: procréation médicalement assistée.

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tout cela? Peut-être celui de tenter de mettre un peu d'ordre dans l'angoisse moderne. Car si l'on examine les choses un peu plus sérieusement, on découvre que l'anthropologie nous a montré depuis longtemps que dans les sociétés traditionnelles, nous trouvons des institutions sociales qui ont exactement la même fonction que les biotechnologies modernes, à savoir celle d'offrir un palliatif à la stérilité. La filiation n'est donc pas un simple dérivé de l'engendrement, elle n'est jamais uniquement biologique, elle est toujours aussi sociale. La naissance d'un sujet est toujours reprise dans le discours d'un groupe social, lequel diffère selon les cultures. A partir de l'expérience analytique, le discours des personnes qui ont recours à la PMA nous apprend essentiellement que les technologies médicales mettent tout simplement à nu la position réelle de l'enfant dans les structures de parenté. En effet, elles mettent un peu cruellement en évidence le fait que l'enfant n'est pas le résultat d'un quelconque "rapport sexuel" entre les parents, mais le fruit d'un fantasme entre les deux géniteurs. Ce recours à l'anthropologie nous montre bien la nécessité d'un travail pluridisciplinaire. Le présent recueil d'articles, d'exposés est un appel au dialogue entre les différentes disciplines en vue d'une meilleure compréhension d'un symptôme social. Freud et Lacan, tout au long de leurs enseignements, nous ont appris que la psychanalyse doit se laisser enseigner par les autres disciplines (la philosophie, l'anthropologie, la linguistique), ainsi que par les points de butée que questionne la science (médecine, biologie, mathématiques). Freud et Lacan ont tous deux été de grands "pilleurs" des champs connexes afin de travailler à créer l'objet propre à la psychanalyse, c'est à 4

dire l'inconscient. Inversement, la psychanalyse a eu une influence sur ces disciplines connexes. Lacan, dans son Acte de Fondation, insiste sur la nécessité d'une articulation de la psychanalyse aux sciences affines, c'est-à-dire d'une réflexion sur les connexions entre la psychanalyse et les sciences conjecturales. C'est dans ce sens que nos correspondants tentent d'explorer l'intersection entre médecine et psychanalyse. Markos Zafiropoulos dans son livre, Lacan et les sciences sociales, faisait remarquer que l'ignorance du sociologique de la part des psychanalystes contemporains les entraînent souvent à proférer des prédictions catastrophiques. Un défaut de savoir sociologique peut en effet entraîner les psychanalystes dans un discours un peu alarmiste. Un exemple en est cette référence constante à la thèse de Durkheim sur le déclin de la fonction paternelle, que Lacan a reprise dans un texte ancien de 1938, intitulé Les complexes familiaux dans la formation de l'individu. Cette thèse, aux yeux des sociologues, est tout à fait dépassée aujourd'hui. Elle suppose en effet l'existence d'un père mythique. Or celui-ci n'a jamais existé dans aucune société. Le père réel a toujours été carent, mais de façon différente selon les époques et selon les cultures. Donc là où le sociologue ne voit que des variations sociales, le psychanalyste a tendance à faire des prévisions apocalyptiques. Cette remarque doit questionner les psychanalystes, notamment à propos de la question de la procréation médicale où la problématique de la fonction paternelle est en jeu, mais aussi à propos de la filiation homosexuelle où se pose la question de savoir si la fonction paternelle est sexuée ou non. La psychanalyse doit donc impérativement continuer à se faire enseigner par les champs connexes si elle veut pouvoir tenir un discours sur les 5

symptômes sociaux de la modernité. N'oublions pas que Lacan, dans son dernier enseignement, ne parlait plus en termes de
1/

déclin de lafonction paternelle./ISa référence n'é-

tait plus la théorie de Durkheim. A partir des années 70, Lacan a théorisé la possibilité pour le sujet de mettre en place des suppléances à cette carence paternelle, voire à la forclusion du Nomdu-Père. Il s'agit donc d'un discours beaucoup plus optimiste parce qu'il offre à la modernité la vision d'un sujet capable de faire face au réel. Lacan répondait ainsi à la question qu'il posait lui-même en 1956, à savoir: que deviendra le complexe d'Œdipe à la suite de toutes ces biotechnologies? Le psychanalyste doit adapter ses concepts aux changements du réel. La théorie lacanienne est un exemple de théorie en constante évolution. En ce sens on peut dire que Lacan nous a préparés à affronter notre époque.

AAAAAA

Bon anniversaire monsieur Freud *
P. -G. Despierre

A
*A l'occasion du 150 ème anniversaire de Freud, autrineurologue chien 1856 né le 6 mai à Freiberg,

u commencement était la cellule fécondée puis ce
fut la blastula et la morphogénèse. Construction à partir d'une gastrula dissociée, d'un ectoderme, d'un mésoderme, d'un endoderme, pour aboutir à un embryon puis passant par le foetus, mettre au monde un "Humain". De même à partir d'un organisme mystérieux on passe d'un être indifférencié à un être assujetti à sa mère puis à un Sujet (S) si faire se peut, soit un être de langage, "un parlêtre". Pour cela, parmi les multiples approches possibles des successeurs de Freud, nous aborderons cette question avec la théorie lacanienne autour de (R. I. S.) Réel, Imaginaire, Symbolique qui sont les trois registres selon lesquels fonctionne le psychisme humain dans sa relation intérieur-extérieur et dont les ratages constituent la psychopathologie. R : LE RÉEL Cette notion de réel est indépendante de tous sujets, ça s'impose, ça ne peut pas se dire, ça peut seulement s'imaginer, ça ne peut se symboliser. C'est: "ça est", du verbe être. Impossible à dire. Ce que nous appelons réalité, par contre, n'est que du réel passé au travers de notre moulinette

Moravie.
Père de la psycha-

nalyse.

7

imaginaire, et d'un outil symbolique, le langage, pour pouvoir en communiquer aux autres. Par exemple, "quel bruit ferait un avion robotfranchissant le mur du son, là où il n'y aurait personne ?" Dans ce cas, aucun, puisqu'il n'y a personne pour l'entendre. Déplacement d'air, compression de l'air... ? Provoquant ce que notre science objective apelle des ondes, pour tenter une explication. Ceci pour essayer de montrer quel premier contact a le petit humain avec le monde qui l'environne dès la sortie de son monde aquatique, avant que lui advienne la capacité de représentation des choses, puis la parole.
I : L'IMAGINAIRE

C'est le domaine des images, des représentations, des impressions que nous acquiérons des objets de notre environnement. Registre qui fonctionne lorsque notre jeune système nerveux central est prèt à enregistrer psychiquement des évènements de toutes sortes.
S : LE SYMBOLIQUE

C'est le langage, notre mode de communication entre intérieur et extérieur à nous-même et vers les autres. C'est la démonstration de Freud avec l'expérience du "Fortda". Pour communiquer, on perd quelque chose, car tout ne peut pas se dire. Ainsi le peintre ne peut exprimer toutes ses émotions sur la toile, de même pour l'écrivain etc... Par contre tous ces artistes induisent chez l'autre qui regarde leur oeuvre des sentiments, cela grâce à leur propre imaginaire qui en est chatouillé. Mais ces sentiments, issus de leurs propres perceptions, ne ressortent, que favorisées à être ressenties à cette occasion. Ceci posé, que se passe-t-il avec notre petit d'homme dès sa sortie du cocon utérin ? 8

Muni de tout ce bagage là, au début, les choses se passent pense-t-on comme si le bébé restait attaché à sa mère par le sein, c'est à dire: "un bébésein-mère" comme un ensemble indissocié. Ce qui donnera lieu ultérieurement à l'usage du terme d'imago maternelle pour évoquer de façon allusive cette époque, survivance imaginarisée d'une relation duelle. Freud nous rapporte qu'entre la première tétée (inaugurale de la relation) et la deuxième il n'y a pas de besoin alimentaire, mais qu'au moment de l'apparition du besoin, soit au seuil d'une deuxième tétée il y aurait comme une hallucination de la première satisfaction (image, impressions...) et c'est dans ce phénomène qu'il situe la naissance de l'imaginaire. La répétion ultérieure avec la troisième tétée puis les nombreuses autres construites sur le nourrissage, la quête du sein, à partir de l'imaginarisation de la première relation signent l'entrée dans le monde extérieur par rapport au monde inutéro déja perdu. L'infans aborde alors le monde des humains, comme d'un retournement de doigt de gant. fi passe de maman-la-chose au monde des humains. Dès lors il est assujetti à l'imaginaire, au monde des images, de ses sens naissants..., qui s'élaborent en vrac dans sa "vie intérieure". Lacan nous apporte là quelques compléments sur l'ordonnancement qui s'y produit. Cette organisation intra-psychique se termine en général vers 18 mois par le "stade du miroir"durant lequell'infans passe par diverses constatations. 1° Avec au début l'anaclytisme, où il se voit dans le miroir, comme les petits chimpanzés que G. Duhamel a élevé avec ses deux fils: moi et l'autre spéculaire c'est pareil, l'identification est totale, lui c'est moi et moi c'est lui, réciproquement. On va même jusqu'à chercher derrière le miroir qui s'y cache.

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2° Moi et l'autre spéculaire dans le miroir; nous ne nous percevons plus que comme images. C'est-à-dire autres que réels puisqu'il nous est possible de nous imaginariser et dès ce moment nous nous différencions de façon jubilatoire. 3° Enfin c'est la différenciation définitive des images, lui c'est lui et ça c'est mon image, je m'y reconnais là. C'est l'instant où le "Je" apparaît. Dès lors le réel est définitivement rejeté à sa place d'indicible et le petit de l'homme est aliéné au monde par l'imaginaire, puis la parole qui seront ses seuls moyens de communication avec les autres, le monde extérieur ainsi qu'avec son monde intérieur. À la même époque, se chevauchant avec l'expérience précédente, Freud nous explique le processus de symbolisation avec le "Fort-da" : soit un enfant jetant dans un coin, systématiquement, un jouet lorsque sa mère s'absente, avec l'exclamation d'un "Oooh". Un peu plus tard Freud constate le même phénomène avec une bobine attachée à une ficelle au berceau. L'enfant de même jetait la bobine faisant "Fort" (loin en allemand) à la disparition de sa mère hors de sa vue et de son ouie, puis tirant la ficelle il faisait réapparaitre la bobine dans une jubilation de "Da, da, da"(ici, oui, oui en allemand). Freud en perçut la signification et la formula comme l'expression de la pulsion d'emprise sur l'évènement (sur le manque vécu par l'enfant). Symbolisation du manque de la mère, transformation de l'angoisse de perte de cette mère par une maitrise de la situation dans un cadre ludique qui est déjà langage. Comme langage ici naissant, c'est un mode d'em-

prise sur un réel (insoutenable avec un imaginaire envahissant qui peut rendre fou) qui est contré; c'est alors qu'on peut citer la phrase de Lacan, "Le mot tue la chose" où le symbolique appaise, une vraie parole soulage des poids de notre back

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ground, vécu autrement indicible. Ainsi le nouage de R. I. S. constitue-t-il le sujet "normal" dans son psychisme, à quelque névrose près. Les trois cercles R. I. S. sont indissociables, si l'un se détache les deux autres aussi. La psychose serait avérée s'ils ne pouvaient se détacher car formant alors une continuité entre Réel-Imaginaire-Symbolique, dans une sorte de feuille de trèfle remplaçant ces cercles borroméens, ou cercles d'Euler servant à topologiser cette situation structurale.
QUID DE L'APPAREIL PSYCI-llQUE SELON FREUD?

Pour illustrer la théorie freudienne: inconscient, préconscient, conscient on nous pardonnera la grossière image de l'iceberg, où ce qui est en dessous de la surface des eaux est invisible. Ainsi illustré le conscient ne serait que cette petite partie émergée de la masse du psychisme, l'inconscient la zone sous le niveau de la mer (mère, là où tout commence) et le préconscient cette zone d'échanges thermiques entre les eaux d'en bas et les eaux d'en haut reliant ces deux lieux ainsi figurés. L'inconscient (Ics) est pour Freud le lieu des représentations de choses enfouies, là où le mot et l'image sont indifférenciés, ce qu'il nomme "les représentants des représentations". C'est pour rendre compte de la différence des phénomènes entre névrose et psychose qu'il fait la distinction entre représentation de chose et représentation de mot. Les représentations de choses c'est l'Ics, les représentations de mots pris dans le sens plus matériel de traces acoustiques (signifiant) c'est le préconscient (Pcs). Ainsi dans le rêve, le langage du rêve est une régression topique vers l'Ics dans un langage souvent fait d'images, limitée au Pcs. 11

L'lcs ne fait pas de différence entre l'image et le mot, son sens, là il n'y a pas de notion de temporalité, pas de bien, pas de mal, ni de oui ni de non... C'est le lieu où se réfugient les impressions, les représentations des évènements non symbolisés. En l'absence d'un investissement en représentation de mots les pensées sont dans l'Ics, refoulées en ce lieu. Les pensées de l'Ics ne peuvent venir au conscient (Cs) qu'en liant les représentations de choses avec leurs représentations de mots (passage au symbolique), en l'absence de cet investissement elles restent refoulées. Le Pcs est un véritable ectoderme psychique, lieu des traces accoustiques des mots, des métaphores, des métonymies. C'est ce que Freud nomme processus secondaire. Si l'Ics est pur sens, le Pcs est filtré, ici le signifiant et le signifié sont différenciés, /ltout ne peut pas se dire" et /lIe mot tue la chose" ainsi que le dira plus tard Lacan dans sa relecture de Freud. Quant au conscient (Cs), son accès est modulé par la censure du surmoi, avatar de l'éducation de l'enfant. Quid du refoulement? Il semble que d'après ce que nous avons vu, ce qui est refoulé soit une représentation de choses non liées avec une représentation de mots; contenus latents des rêves, actes manqués, lapsus...etc. Tout se passe comme si une mémoire (Ics) gardait d'une cause passée, une prédisposition qui continue d'agir mais insuffisante pour déclencher d'elle-même un processus. TIfaut une deuxième cause ultérieure et homologue à la première, sorte d'allusion ou plutôt un facteur métonymique pour l'activer et que ça produise un effet qu'on nomme un symptôme. Cette deuxième cause est celle nommée refoulement et son effet produit est le symptôme correspondant. Lorsqu'on peut faire le chemin inverse, c'est à dire faire passer dans le Cs le refoulé, ce retour du

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refoulé fait que le symptôme devient sans objet et disparait de la surface du Sujet: c'est l'objet de la thérapie freudienne. Freud a pressenti à l'origine de tout ce processus un pôle énergétique qu'il appelle Libido. n définit cette libido comme l'homologue quant à l'amour, de la faim quant à l'instinct de nutrition, dans le cadre de l'évolution de l'infans à l'homme, parlê-

tre, Sujet (S) de son les.

.

La libido reste proche du désir sexuel (mais non identique au génital qui n'advient qu'après maturation des gonades) cherchant la satisfaction, à quelqu'âge que ce soit. Située aux limites psychiques et somatiques, la libido en désigne l'aspect psychique. La libido d'objet est une affectation à un objet externe, la libido du moi est assimilée au narcissisme primaire. Freud a pu dire que "la libido d'objet diminue lorsqu'augmente la libido du moi et réci-

proquement".

Qu'EN

EST-IL DE L'ORDRE FAMILLIAL ?

"L'ordre famillial nefait que traduire que le Père n'est

pas le géniteur et que la Mère reste à contaminer la femme pour le petit d'homme". Cette lecture du mythe œdipien formalise en une structure le père comme fonction en tant que Nom du Père et la mère comme objet de son désir et le phallus comme signifiant. L'œdipe, structure princeps dégagée par Freud, instaure pour l'être parlant tout à la fois la Loi qui interdit l'inceste et son corrélat, mis en valeur par Lacan dès le début de son enseignement soit l'accès aux lois de la parole et du langage. En ce sens l'œdipe n'est rien d'autre que ce que Freud nomme "la réalitépsychique", fonction qui oeuvre et régule pour le sujet son accès à la réalité, c'est à 13

dire aux constructions imaginaires et symboliques qui lui permettent de se protéger du Réel, de le supporter et ainsi d'établir un lien social. Dans ce processus le Père est tour à tour: privateur, frustrateur, castrateur, avant d'aboutir à la fin de l'œdipe à l'identification du petit homme à un trait du père, I(A). 1- Privateur
"Tu ne peux faire de cet enfant l'objet phallique que tu

désire car il te manque" semble-il dire à la mère, tu dois le chercher ailleurs ("je suis là pour y pourvoir"). Ici le manque est réel, "comme un trou dans le réel" dit Lacan, et l'objet de la privation est symbolique. 2- Frustrateur Le père interdit à l'enfant l'objet réel qu'est la mère: c'est "l'interdit de l'inceste". Ici le manque est un dommage imaginaire mais l'objet de la frustration est réel. Le domaine de la frustration est celui de la revendication à quoi aucune satisfaction ne peut être apportée. 3- Castrateur "Pour l'avoir, le phallus, il faut d'abord qu'il ait été
posé qu'on lité d'être d'avoir ne peut pas l'être ainsi castré Ie phallus". "To (le phallus); be or not cette possibito be", disait est essentielle dans l'assomption

Hamlet. Ici le manque est symbolique (et la jouissance est limitée dans la mesure où elle renvoie à l'interdit de l'inceste, référence symbolique par excellence), et l'objet est imaginaire. C'est ainsi que l'enfant ressent le manque d'objet (phallique) qu'il fut pour un temps pour sa mère à son début de vie, sur trois modes: Privation, frustration et castration. Avec un manque: Réel-ImaginaireSymbolique. Et l'objet: Symbolique-RéelImaginaire. Au déclin du processus oedipien le Père n'est plus un rival pour le garçon mais un modèle, il se 14

situe à l'unique place qui peut être la sienne, celle du désir de la Mère. L'idéal de "Papa Maman et Moi". Être adulte ça commence par: reconnaitre le manque dans l'Autre comme quelque chose d'impossible à combler, l'enfant alors accepte le manque dans le procès de son désir. L'enfant abandonne sa place d'objet du désir de l'Autre, maternel ou équivalent, au bénéfice de celle de Sujet désirant, où il rapporte à lui des objets élus comme substitutifs du désir (métonymie) de l'objet perdu (objet cause du désir, -le paradis perdu...) Alors le petit garçon s'identifira à un trait du Père et la petite fille par amour pour celui-ci s'identifiera au rôle de sa mère pour un jour avoir "un enfant du père" avec un substitut de son père, c'est à dire un garçon élu par son choix, sans pour autant être consciente de tout ce cheminement.

AAAAA

~

Femmes,
et désirs de maternité

B. Lolo*

Définir

l'êtrefemme ?

.

Le Dr. Bethe Lola * est camerounaise, pédo-psychiatre, doc-

teuren
Psychanalyse & Pratiques sociales. Responsable d'une unité de psychiatrie à l'hôpital Laquintinie de Douala, Cameroun.

La femme a toujours semblé être une énigme pour les hommes, les anthropologues et les psy. Comment définir cette femme? La majorité des définitions sont établies par rapport au masculin. Le féminin devient donc l'autre face du masculin. Le pendant, le contraire, l'opposée, l'après ... etc. La lecture des mythes peut susciter d'un premier abord ce type de définitions bien que nous sachions qu'il faille dépasser cette première approche qui représente le discours manifeste à déchiffrer. Le discours biblique dans le livre de la genèse n'échappe pas à cette caricature quand il présente la femme comme crée à partir de la côte de l'homme. En effet cette présentation du mythe ne peut être qu'une invite à une autre lecture. C'est seulement autour de la maternité que cette définition d'un autre masculin n'est plus systématique. La femme est seule à être mère, à porter l'enfant dans ses entrailles. Cette difficulté à définir la femme exprime-t-elle notre problème avec les symboles et notre vision dichotomique du monde Aussi suggérons-nous que cette difficulté à concevoir le symbolique,
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difficulté à lâcher une vision dichotomique du psychisme fasse que la mère ne peut être imaginée dans un registre différent, non lié avec le père. Et pourtant, beaucoup d'indices poussent à reconsidérer toutes ces données de base et à entrevoir une femme comme porteuse de deux dimensions distinctes: la compagne de l'homme
mais aussi, la mère de l'humanité. Malgré de multiples tentatives de définitions, la femme va donc refuser d'entrer dans cette simplification du symbolisme. Cette difficulté est bénéfique car annulant la réciprocité et l'égalité, elle nous ouvre à la singularité du sujet1emme. Féminin et masculin quelle la différence pour dire sa singularité? Les psychanalystes semblent avoir essayé plusieurs fois d'épingler le féminin, essayé de repérer sa marque de fabrique. Mais cela ne va pas sans difficultés à cause de la prégnance du masculin et du concept du phallus. La difficulté provient aussi du fait que l'on interpelle le féminin par le biais du symbole, c'est une difficulté à mettre le féminin en mots. H. Deutsch, insiste sur la féminité en associant féminin, vagin, sein avec oralité, bouche et pénis. Pour elle, "le vagin n'a aucun rôle érogène". L'acmé de la jouissance sexuelle serait atteint lors de l'accouchement. "La femme féminine est celle qui réussit
à établir la fonction maternelle du vagin et à abandon-

ner les revendications du clitoris". Il pourrait ainsi y avoir une sexualité hors du masculin. Pour K. Abraham, "Il existerait dès la prime enfance, une première éclosion vaginale de la libido féminine, qui sera destinée au refoulement, c'est une réaction
vaginale précoce

au pénis du père". Quant à M.

Klein, elle va chercher à imposer une théorisation autour de la prééminence du sein maternel, et ainsi de la précocité de ce qui fait la spécificité de 18