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DÉSOBÉIR
À LA PRÉCARITÉ

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La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail

échapperait-il à cette loi ?

          Laurence Parisot, dirigeante du Medef, Le Figaro, 30 août 2005.

1. Désobéir à la précarité ?

Depuis une trentaine d’années, les dirigeants des gouvernements des pays industrialisés organisent la dérégulation de l’économie, la disparition du service public et le démantèlement des systèmes de protection sociale. L’objectif : développer la précarité pour faire baisser le coût du travail, augmenter la rémunération des actionnaires à court terme, et réduire l’indocilité structurelle des travailleurs. Cette politique est caractéristique du capitalisme dans sa phase dite néolibérale, et rompt avec la période des « trente glorieuses », qui vit au contraire s’établir un partage des fruits de la croissance plus favorable aux salariés. Aujourd’hui, près de quatre embauches sur cinq se font sous des formes précaires : CDD, intérim, et pour des durées de plus en plus courtes : un mois et demi en moyenne. Les contrats précaires représentent ainsi plus de 20 % des emplois et leur proportion ne cesse de s’accroître. Encore ces statistiques n’incluent-elles pas les temps partiels imposés (caissières, restauration rapide, nettoyage…) qui constituent désormais l’une des formes communes de la précarité. La précarité est devenue l’horizon obligé des nouvelles générations qui entrent sur le marché du travail, sauf pour les plus diplômés. Elle comporte de multiples facettes, qui s’interpénètrent : précarité et instabilité de l’emploi et donc du revenu, du fait de l’alternance de périodes de chômage et d’emploi précaire et du recul des garanties de l’indemnisation du chômage ; précarité du logement, vu la hausse effrénée de la spéculation immobilière ; précarité de la santé ; précarité due aux pressions policières et au risque d’incarcération dans les quartiers populaires…

Parallèlement à cette précarisation, le maintien d’un niveau élevé de chômage est également un outil de sujétion et de pression à la baisse des salaires pour le capital. On compte entre 4 et 5 millions de chômeurs, et le niveau du chômage atteint 42 % dans les quartiers classés en zones urbaines sensibles (ZUS).

Ainsi se substitue peu à peu à l’État-providence un État pénal1, qui d’un côté réduit les aides sociales, et de l’autre développe la pénalisation et l’incarcération de ceux qui subissent la précarité. C’est l’alternative « chômage ou prison » pour une certaine catégorie de jeunes exclus de l’emploi stable et habitant les quartiers populaires, considérés comme des « surnuméraires ».

Pour les chômeurs et les précaires, l’incertitude de l’accès à l’indemnisation et sa faible durée se doublent désormais, avec la création de Pôle emploi et du RSA, d’un contrôle de plus en plus intrusif, proprement « biopolitique », pour reprendre une expression de Foucault, sur toute leur subjectivité : il faut être toujours disponible, pour n’importe quel emploi, y compris pour des emplois ne correspondant ni à ses compétences ni à ses souhaits, et faire la preuve de cette disponibilité par des démarches aussi incessantes que vaines de recherche d’emploi. Une logique très éloignée du soutien à une véritable démarche de retour vers l’emploi et qui s’apparente davantage à la mise en place d’un contrôle généralisé de tous les instants de la vie, destiné autant à faire accepter l’inacceptable, la précarité de l’emploi et celle de la vie, qu’à brider toute possibilité de développement d’une vie et d’une créativité autonomes, c’est-à-dire extérieures au marché du travail.

En même temps, des couches de plus en plus larges de la jeunesse, en particulier, ne souhaitent plus l’avenir de l’exploitation salariale et de la précarité sans fin, et cherchent à reprendre le contrôle de leur vie. Ils mettent en œuvre des formes de résistance originales en même temps que de multiples façons d’échapper à la sujétion salariale.

Populations précaires et formes de précarité

Le chômage, en hausse régulière, touche officiellement un peu moins de 4 millions de personnes. C’est sans compter les nombreuses personnes qui ne s’inscrivent pas, soit parce qu’elles n’ont droit à aucune indemnisation suite à de petits boulots, ce qui est le cas de nombreux jeunes, soit parce qu’elles n’attendent pas grand-chose des offres d’emplois de Pôle emploi, soit parce qu’elles sont découragées : ainsi, par exemple, des femmes voulant revenir sur le marché de l’emploi ou des personnes qui, du fait de leur âge avancé, ne croient plus en leurs chances de trouver un emploi.

Le chômage est de moins en moins bien indemnisé : certes, la dernière convention d’assurance chômage, signée – fait historique – par la seule CFDT, début 2009, a diminué la durée préalable d’emploi pour accéder à l’indemnisation, la ramenant de 6 à 4 mois, ce qui a permis à près de 200 000 personnes de plus d’être indemnisées. Par contre, cette convention a terriblement raccourci les durées d’indemnisation, les calant sur les durées d’emploi préalables. Ce qui veut dire que quelqu’un qui a travaillé 8 mois touchera des indemnités pendant 8 mois au lieu de 23 mois auparavant. Ceci fait sortir les chômeurs beaucoup plus vite de l’indemnisation, les transformant en « chômeurs en fin de droits » plus précaires encore.

On estimait qu’en 2010 il y aurait un million de « fins de droits » non indemnisés. Certains auraient accès au RSA (revenu social d’activité) ; mais le RSA est soumis à des conditions draconiennes et, du fait des contrôles inquisitoires auxquels il donne lieu, n’est pas toujours réclamé. On peut par exemple se voir imposer de demander l’aide de sa famille, ses enfants ou ascendants, avant de le toucher. Ainsi, moins de la moitié des chômeurs recensés sont indemnisés, et ceci depuis des années. Le RSA, qui fut présenté en son temps comme une réponse à la précarité, organise en fait son institutionnalisation, et a pour cela été dénoncé par toutes les organisations de chômeurs. En effet, son objectif n’est pas à proprement parler l’accès à un emploi stable. Dotant les personnes d’un « socle » de revenu équivalent au RSA s’ils ne travaillent pas, socle complété quand ils travaillent par un revenu dégressif à mesure que leur temps de travail et leur salaire augmentent, il encourage de fait les petits boulots. Il constitue ainsi pour les employeurs une prime à la précarité, encourageant l’offre de bas salaires, proportionnellement « mieux complétés » par l’État. De son côté, le « RSA-jeunes », annoncé à grand renfort de propagande par un gouvernement qui s’était fait rappeler à l’ordre par la Halde pour discrimination à l’encontre des jeunes de moins de 25 ans, exige d’avoir travaillé deux ans à temps plein sur les trois dernières années. Il ne concernera donc qu’une minorité des jeunes qui en auraient besoin2.

Les organisations de chômeurs réclament depuis des années un relèvement significatif des minima sociaux (à hauteur du smic ou de 80 % de celui-ci), une garantie de revenu décent pour tous, avec ou sans emploi et avec le libre choix de son emploi. Elles ne sont jamais associées aux négociations paritaires sur l’assurance-chômage, alors qu’elles représentent les premiers concernés.

CDD, intérim. La durée moyenne des embauches en contrats à durée déterminée et en intérim n’excédant pas le mois et demi, on peut imaginer le « turn over » qui en résulte. De plus en plus de salariés, et notamment les jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail, sont condamnés à une alternance sans fin d’emplois précaires et de périodes de chômage. Certes la situation des diplômés est meilleure, mais le délai est de plus en plus long pour arriver à se stabiliser quelque peu dans l’emploi. Le contrat à durée indéterminée (CDI), qui devrait être la norme, se fait de plus en plus rare. L’usage du CDD, en principe limité à des périodes de suractivité, s’est banalisé, y compris dans le secteur public, les salariés accumulant indéfiniment les CDD, y compris sur les mêmes emplois, dont ils restent les titulaires précaires éternellement. En violation flagrante de la loi. Quant à l’intérim, c’est la variable d’ajustement par excellence, dont le volume gonfle ou s’effondre selon les périodes de croissance ou de crise. Des secteurs comme l’automobile en font un mode de gestion permanent de la main-d’œuvre.

Le temps partiel n’a cessé lui aussi de se développer, jusqu’à représenter près de 18 % des salariés en 2008. Rarement choisi, il touche principalement les femmes. Ainsi, par exemple, des caissières de supermarchés sont obligées de fractionner leurs journées de travail en fonction des heures d’affluence de la clientèle : une poignée d’heures le matin, puis le midi, avec une longue pause non payée, donc perdue, entre les deux. Et au final, un revenu insuffisant. Le secteur de la restauration rapide fonctionne aussi largement sur le principe du temps partiel imposé. En 2008, un quart des salariés à temps partiel percevaient moins de 550 euros par mois de salaire, et la moitié, moins de 820 euros. Avec des retraites de misère à la clé.

Stages. Chaque année, 1,2 million de stages sont signés. Un étudiant sur deux effectue au moins un stage durant ses études, et si l’on en croit une étude de la défunte Association pour la promotion et l’emploi des cadres, parue en 2003, près de 95 % des jeunes diplômés de niveau bac +4 font au moins un stage...