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Désobéir au sexisme

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64 pages

De quoi se plaignent-elles ? Les femmes ont désormais le droit de voter, la possibilité de s’exprimer, de participer au fonctionnement de la société, de procréer librement. Pourtant, elles paient souvent au prix fort cette émancipation, dans une société encore profondément machiste, qui continue d’exercer sur elles toutes sortes de violences physiques et symboliques.

C’est pourquoi de nombreuses féministes s’emparent aujourd’hui des outils de la désobéissance pour tenter à nouveau de faire bouger les lignes.

Précis et complet, cet ouvrage aborde tous les thèmes liés au sexisme : l’image de la femme aujourd’hui, notamment dans la publicité et les médias ; l’éducation « genrée » des enfants ; les inégalités professionnelles ; l’IVG ; la violence conjugale ; le travail gratuit qui continue d’alimenter l’économie domestique ; « l’humiliation ordinaire »...

Les Désobéissants sont un collectif qui entend promouvoir et former à l’action directe non-violente et la désobéissance civile. Xavier Renou en est l’un des membres fondateurs ; il dirige la collection Désobéir aux éditions le passager clandestin.


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DÉSOBÉIR AU SEXISME

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www.centrenationaldulivre.fr

« Le féminisme est un beau mouvement pacifique, qui n’a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours. »

Benoîte Groult

« Quand les femmes auront du pouvoir, on verra bien ce qu’elles en feront. En attendant, qu’elles le prennent. »

La Barbe !

« Le problème, c’est Martine Aubry. Cette dame est dogmatique. C’est une frustrée. Comme dirait Bigeard [chef tortionnaire parachutiste pendant la guerre d’Algérie], il faudrait lui envoyer un parachutiste. »

Jean-Paul Luce, chef d’entreprise, à une réunion publique du Medef, en 1999

« La guerre menée contre le corps des femmes est une guerre contre notre droit d’exister telles que nous sommes, avec toutes nos imperfections et nos défauts, bosses, creux, rides et lignes, tous les traits avec lesquels nous sommes nées et qui se transforment, avec la vie qui passe, l’âge et l’approche de la mort [...]. En définitive, la guerre contre le corps des femmes est un conflit désespéré contre notre humanité et contre notre droit d’exister en dehors de toute domination et de toute violation ; nous vivons littéralement un état de siège, une invasion au plus profond de nous-mêmes, où nos corps sont des territoires occupés, où nos esprits, nos cœurs et âmes sont à découvert et notre existence même mise en jeu. »

Carla Rice, in Mon Corps est un champ de bataille, Lyon, Ma Colère, 2005

1. Pourquoi désobéir au sexisme ?

Pourquoi devrions-nous poursuivre le combat de la cause des femmes ? De quoi se plaignent-elles ? Les femmes ont désormais le droit de voter, la possibilité de s’exprimer, de participer au fonctionnement de la société et de s’y faire une place, ce qui pourrait ressembler à de l’égalité. Grâce à l’accès à la contraception et à l’avortement, elles ont repris en main la maîtrise de leur destinée. Elles se sont ainsi libérées d’une servitude ancestrale, réputée indéfectible puisque liée à la nature même, à la biologie, aux hormones. Quel miracle révolutionnaire de la médecine que celui qui permet aux femmes de faire autre chose dans la vie que d’enfanter ! Quelle source d’épanouissement pour les femmes que d’exister enfin en dehors de la procréation et de l’intendance d’un nombreux foyer ! Cette libération-là est bien plus que sexuelle, c’est l’ouverture sur le monde. Que veulent-elles de plus ? Ne devraient-elles pas se satisfaire de ces acquis et ficher la paix à ces pauvres hommes déboussolés par la brusque perte de leur domination ? Quelle déstabilisation pour ces messieurs, qui peinent souvent à accepter à leurs côtés et à traiter en sujettes égales celles qui, si récemment encore, étaient obéissantes, dépendantes et asservies.

Elles sont parvenues il y a une cinquantaine d’années à sortir du seul rôle d’épouse rangée et d’honorable mère qui leur était concédé. Elles ont affirmé haut et fort leurs droits à la réalisation professionnelle, à l’accès au pouvoir, au choix de leur(s) partenaire(s), à la jouissance sexuelle, dont les hommes bénéficiaient de tous temps. Chaque jour elles font la preuve de leurs compétences et de leur légitimité. Sauf que les femmes paient souvent au prix fort cette émancipation dans une société demeurée profondément machiste. Les vieux clichés résistent et certains aimeraient bien, semble-t-il, revenir en arrière...

De l’image dégradante à la prostitution et au viol

La libération des corps et des sexualités, dans un mouvement de boomerang, fait désormais payer un lourd tribut à l’image de la femme dans une société dont la logique ultralibérale utilise de façon marchande la nudité, en particulier féminine. Partout en France, des corps de femmes à demi nues, sans graisse ni défaut, offertes, sont exhibés au regard de tous – dès le plus jeune âge, forgeant les mentalités – sur les affiches visibles en format géant dans les rues, sur les autobus, les panneaux lumineux, les couvertures de magazines. On ne s’étonne plus de cet étalage de chair excitant les sens pour vendre une voiture, un yaourt, un parfum. Hors de tout puritanisme, il faut interroger les effets sur les consciences de ces représentations féminines. Car il suffit de prendre le bus aux heures de ramassage scolaire et de tendre l’oreille pour se rendre compte à quel point la confusion règne et les injures sexistes faites aux toutes jeunes filles sont usuelles. Même si beaucoup n’en sont plus là, comment s’étonner face à un tel bombardement de sensualité féminine que certains persévèrent dans la perception simpliste de la femme sainte ou pute, Marie intouchable et respectable ou Marie-Madeleine consommable sur place ?

Sur une grande chaîne de télévision aux heures de grande écoute, des femmes potiches mutiques aux décolletés opulents et déguisées en call-girls de bandes dessinées viennent encadrer des invités, qui, eux, prennent la parole pour des grivoiseries ou des propos sérieux. Nos esprits en sont si bien imprégnés que ces étalages de chair pour faire vendre ne choquent plus personne. Bien mieux, ils sont revendiqués par certains groupes qui se battent contre l’image qu’ils pensent antinomique de la femme soumise et voilée. Mais au fond, quelle différence entre la femme voilée et la femme aux attributs surexposés ? Dans un cas comme dans l’autre, la femme en question n’est-elle pas réduite à son corps, tel un objet, à l’usage exclusif de son conjoint (qui lui n’est pas voilé) ou offerte aux regards de tous ? Telle femme libre, assumée, qui se permet d’être séduisante, ne répondant pas à l’icône de l’honorable épouse et mère, n’est-elle pas forcément une garce ? Un tout petit pas à franchir pour considérer qu’elles sont « toutes des putes (sauf ma mère) » et qu’on peut les traiter comme telles – c’est-à-dire mal.

En un peu plus d’une génération, ce que les médias français montrent des corps tant féminins que masculins est passé de presque rien à presque tout. Cette dictature s’impose à tous sous couvert de modernité décomplexée, mais répond en fait aux exigences d’un libéralisme qui peut tout s’offrir et tout se permettre pourvu que ça rapporte. C’est le moyen commode, peut-être, de reprendre un peu du pouvoir concédé aux femmes : les femmes ont gagné la possibilité d’une virtuelle ascension sociale, en échange elles perdent le droit au respect. Normal, non ? Avec en prime l’impossibilité de pouvoir critiquer le caractère dégradant de l’image que l’on donne d’elles, sous peine d’être traitées de rigides, frigides ou puritaines.

Les mêmes médias se font le relais des discours lénifiants évoquant la possibilité d’une prostitution choisie, en réalité ultra-minoritaire. C’est une façon de faire oublier que, pour la plupart, les femmes prostituées ne sont pas entrées par choix dans la prostitution, mais pour survivre : selon les études disponibles, près de 955 % d’entre elles désirent en sortir ; que dans leur écrasante majorité, elles ont été victimes de la globalisation et de la traite des femmes et mises sur le trottoir à l’âge de quatorze ans en moyenne ; qu’elles endurent au quotidien le rejet, les insultes et le mépris du voisinage, ainsi que les brimades et la répression des forces de l’ordre ; que pour tous, elles ne sont rien, y compris pour un grand nombre de clients, encouragés par la relation marchande et sexiste à considérer qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de la marchandise qu’ils ont payée et souvent moins attirés par l’acte sexuel lui-même que par le sentiment de domination que procure cette relation inégalitaire dans laquelle il est possible d’imposer ses exigences. Exigences qui se passent parfois du consentement même de la prostituée : 933 % d’entre elles sont victimes de violences de la part de clients – coups, viols répétés, parfois jusqu’au meurtre – sans qu’aucun recours ne leur soit possible1.

Ainsi, si tu n’as rien à vendre, pas même ton image ou ta force de travail, tu peux encore vendre ton corps, puisqu’il y a de la demande et, pour te soutenir, des « industriels du sexe », comme se font appeler les nouveaux proxénètes. Il s’agit dans les faits d’un système d’exploitation qui frise bien souvent l’esclavage. Une exploitation du corps des femmes qui repose sur les inégalités entre les sexes et entre les classes sociales et les renforce. À n’en pas douter une forme de prostitution choisie existe, qui concerne une poignée de femmes prostituées. Que précisément ce soit ces femmes-là que les médias décident de placer sous le feu des projecteurs n’est certes pas anodin pour l’image de la femme. N’est-il pas temps de remettre en cause le mésusage que les médias font de leur immense pouvoir, dans ce domaine comme dans bien d’autres ?

Cet accès permanent et banalisé au corps des femmes, qu’il soit visuel par le biais des médias ou de chair et d’os via la prostitution, conduirait-il certains hommes à considérer les femmes qui les entourent « en libre service » ? Chaque année en France, 75 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, deux cents par jour, une toutes les sept minutes ! Ces hommes seraient-ils incapables de contrôler leurs pulsions ? Ou bien ont-ils pris l’habitude de ne se figurer les femmes que comme des objets de consommation courante, des corps marchandises ? Moins d’une femme sur dix ose porter plainte après un viol. Combien de temps encore les femmes vivront-elles dans la crainte d’être violées, ou la honte de l’avoir été, sans que leur agresseur, lui, ne ressente la moindre culpabilité ?

Les femmes victimes de violence

La violence domestique est la principale cause de mortalité ou d’invalidité des femmes entre 16 et 44 ans, avant le cancer ou les accidents de la route. Tous les trois jours, en France, une femme meurt sous les coups de son compagnon. La violence physique, souvent banalisée par le conjoint violent, s’accompagne généralement d’une violence psychologique insidieuse, quotidienne, qui vise à rabaisser la femme et lui ôte même la capacité de réagir et de se rebeller. Cette violence masculine retranchée au sein du foyer, d’autant plus perverse qu’elle s’exerce dans ce lieu sensé symboliser la sécurité, a souvent pour témoins les enfants. Une situation comparable au viol : 122 % des femmes victimes de violence physique et...

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