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Désobéir pour le logement

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64 pages

Près de deux millions de logements et quarante millions de mètres carrés de bureaux vides, et plus de quatre millions de mal-logés et de sans-abri ; l’organisation de la pénurie au profit des investisseurs ; la relégation à la périphérie des populations les plus démunies ; une politique du logement social hypocrite, fondée sur la spéculation ; le nombre des expulsions en augmentation constante...

Face à cette appropriation par quelques-uns de l’espace, il semble plus qu’urgent de désobéir pour inventer de nouveaux modes de vivre et d’habiter ensemble.

Les Désobéissants sont un collectif qui entend promouvoir et former à l’action directe non-violente et la désobéissance civile. Xavier Renou en est l’un des membres fondateurs ; il dirige la collection Désobéir aux éditions le passager clandestin.


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DÉSOBÉIR POUR LE LOGEMENT
Les Désobéissants sont un collectif activiste qui forme à la désobéissance civile et accompagne ceux qui entendent se battre pour le bien commun. http://www.desobeir.net/
Collection dirigée par Xavier Renou
Ont contribué au présent ouvrage : Alix Dreux, Laurent Dubouchet et Iris Hermans
Éditions le passager clandestin 1 rue de l’Eglise 72240 Neuvy-en-Champagne http://www.lepassagerclandestin.fr
Couverture : Yanni Panajotopoulos (yanni@pleineouverture.com) Relecture : Anne Kraft
http://www.centrenationaldulivre.fr
ISBN (papier) : 978-2-916952-32-1 ISBN (ePub) : 978-2-36935-330-0
DÉSOBÉIR POUR LE LOGEMENT
« Nous ne devrions choisir de squatter que dans la perspective unique de contester, et de modifier, une organisation globale de l’existence fo ndée sur la propriété privée, des logiques individualistes, un rapport à autrui, à l’ argent, au travail, etc. qui aboutit à l’énorme gâchis de vie, de joie, de biens et de mat ières premières dont nous sommes à l’échelle de la planète comme à celle de nos vies, les témoins. »«
Squatter doit être un acte politique », tract anonyme cité in Sabine Klaeger, La Lutine. Portrait sociostylistique d’un groupe de squatteurs à Lyon, L’Harmattan, coll.«Espaces discursifs », 2007.
« Je veux, si je suis élu président de la Républiqu e, que d’ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. »
Nicolas Sarkozy, 18.12.2006, à Charleville-Mézières.
En 2009, le collectif « les morts de la rue » a rec ensé nominalement 405 personnes mortes dans la rue. Une liste non exhaustive.
« J’en ai assez de me faire jeter/De toutes ces age nces immobilièresJ’en ai assez de me faire jeter/De tous ces apparts au loyer trop cher Alors je cherche et je trouverai/Cet appart qui me manque tantAlors je cherche et je trouverai/Cet appart qui me tente tantQui me tente tant, han han Particulier à particulier/Cherche appartement pas trop cher,Jeunes en galère, petits salaires, Cherchent juste à pouvoir se loger, Se loger »
« Particulier à Particulier » Paroles d’Alix Dreux (Jeudi Noir), sur la musique de la chanson des années 80 « Partenaire particulier »
1. Désobéir pour le logement ?
Pour quelles raisons devrait-on désobéir aux lois q ui régissent la distribution des logements ? En d’autres termes pourquoi devrait-on s’investir davantage dans la lutte qu’entreprennent ceux qui s’élèvent contre le modèle imposé ?
Une pénurie structurelle de logements
On peut distinguer deux types d’espaces : des espaces dits « en tension », c’est-à-dire soumis à une forte pression démographique (travailleurs, étudiants, personnes âgées aisées, etc.), et des espaces qui ne sont soumis qu ’à l’évolution lente de la démographie. Dans les premiers, la sélection social e est inévitable en l’état, car l’augmentation de la demande au regard de la faible offre de logements disponibles entraîne une augmentation importante des prix. Dans ces espaces à forte attractivité, comme Paris, Lyon et Marseille par exemple, la répa rtition des logements obéit davantage aux lois inégalitaires de l’argent qu’aux besoins réels de la population. Les propriétaires ont ainsi un pouvoir énorme sur les locataires potentiels, soumis à une rude concurrence qui autorise tous les dérapages... On sélectionne le locataire sur sa fortune, la stabilité de son emploi, le peu d’enfants à charge, mais aussi sur son nom, sa culture, la couleur de sa peau, son orientation sexuelle ou son mode de vie présumé. La capacité à accumuler des capitaux et se conformer à la norme prime donc sur le droit et la nécessité. Cette situation se traduit par une ségrégation 1 spatiale qui organise l’éloignement des classes pauvres ver s la périphérie. Une situation que la dernière crise économique et l’aug mentation régulière des loyers depuis dix ans n’ont fait qu’aggraver. Entre 2000 et 2009, le revenu après impôts des ménages a augmenté de 25 % en moyenne, tandis que le prix des logements anciens augmentait, lui, de presque 100 %.
La politique du logement a eu pour mission historique de compenser la loi d’airain de l’offre et de la demande en favorisant à la fois la construction de logements neufs, la réhabilitation des logements anciens et l’accessibilité de tous à un logement, loué ou possédé. Seulement, depuis le milieu des années 198 0 et le tournant néolibéral des politiques publiques, les protections qui encadraie nt le marché immobilier sont supprimées les unes après les autres, au seul profit des propriétaires, pour qui la pénurie de logements est la garantie d’une progress ion constante de la valeur des biens acquis comme du niveau des loyers encaissés.
Des logements vides et des millions de mal-logés
La France compte plus de 3,5 millions de mal-logés (surpeuplement, absence de sanitaire, de cuisine, insalubrité) dont 500 000 qu i vivent chez un tiers, 100 000 au camping, 40 000 dans des bidonvilles, auxquels s’aj outent 600 000 sans-abri. Pour tous, la possibilité d’avoir un domicile décent et sécurisé est une condition
primordiale pour toute vie sociale digne. Sans logement, difficile de trouver un emploi et de le conserver, de respecter des horaires régul iers ou d’exercer ses droits politiques, comme de mener une vie de famille ou de scolariser ses enfants. Sans logement salubre, difficile aussi, tout simplement, d e rester en bonne santé. L’impossibilité de conserver en lieu sûr les biens essentiels de la vie quotidienne prive au passage le reste de l’économie d’une consommation importante. De plus, une fois passé par la rue, le fait de retrouver un logement ne suffit plus dans bien des cas à la réintégration sociale et psychologique dans la société : un suivi familial, social voire médical est alors nécessaire... Le coût social et h umain résultant du mal-logement comme de l’absence de logement doit être pleinement intégré dans l’évaluation des conséquences désastreuses des politiques de logemen t de ces trente dernières années. Pourtant, l’INSEE recense 2 millions de log ements vides (depuis au moins deux ans) dans l’ensemble du pays, et 136 000 rien qu’à Paris. Une partie d’entre eux sont certes trop petits ou insalubres, mais pas tou s, loin de là ! 14 villes de plus de 100 000 habitants comptent même plus de 10 % de log ements vacants sur leur territoire. Sans compter 3 millions de résidences s econdaires (soit 10 % du parc), habitées, en moyenne, un mois et demi par an.
Pourquoi la simple loi de l’offre et de la demande n e suffit-elle pas à résorber cet écart dramatique ? D’abord, il n’est pas rare, même si ce n’est pas la majorité des cas, de voir que certains grands propriétaires, qui sont parfois des personnes morales et notamment de très grandes entreprises, l’Église, voire des collectivités territoriales ou l’État, ignorent ou négligent une partie de leurs b iens immobiliers simplement parce qu’ils en ont trop ou que leur gestion s’est perdue dans des mailles bureaucratiques. Des logements, voire des immeubles entiers sont parfois laissés vacants, aussi, parce qu’on s’en dispute l’affectation ou surtout la propr iété, quand par exemple leur propriétaire légitime vient à décéder. Moins margin alement, il est certain qu’en période de croissance irrégulière mais structurelle du prix de la pierre, il peut être plus avantageux de laisser le bien vacant afin d’être prêt à le vendre à tout moment, et notamment à la première hausse accélérée du prix du mètre carré, quand par exemple on annonce des transformations massives et bénéfiques (du point de vue du prix du bâti) dans un quartier ou une ville. Cette logique spéculative se marie bien avec cette autre raison de ne pas mettre sur le mar ché tous ses biens immobiliers : renforcer artificiellement la pénurie actuelle de logements afin de maintenir le niveau général des loyers au plus haut sur un territoire d onné. Du côté des petits propriétaires, il y a la crainte ou l’embarras asso ciés à l’introduction de locataires dans les murs, qui demande une gestion plus ou moins lourde qui n’est pas toujours du goût de tous. On préfèrera parfois s’acquitter d es sommes modestes réclamées par les autorités fiscales aux propriétaires de loge ments vacants plutôt que de s’embarrasser des charges et risques afférents à la mise en location de biens immobiliers. Les collectivités locales préfèrent souvent laisser vacants des logements plutôt que de devoir transformer ceux-ci en logemen ts sociaux, au risque d’attirer une population peu solvable, peu souhaitée par les classes sociales plus aisées, et plus coûteuse sur le plan des infrastructures et des aides sociales.
Un marché de la construction qui ne marche pas
La construction de logements neufs par le secteur p rivé est largement insuffisante. Pour simplement faire face à l’augmentation de la d émographie, sans même commencer à résorber le mal-logement, un minimum de 500 000 nouveaux logements par an serait nécessaire. Mais il ne se c onstruit aujourd’hui qu’entre 300 000 et 400 000 logements par an. Le simple renouvel lement du parc immobilier existant ne se fait donc pas, ce qui explique sa dé gradation progressive et l’augmentation, par conséquent, du nombre de logements indignes voire insalubres. Au rythme actuel des constructions, il faudrait plu s de 700 ans pour renouveler l’ensemble du parc ! Mais aucun des logements existants n’est construit pour résister sept siècles ! En fait, les promoteurs immobiliers ne construisent que ce qu’ils ont au préalable vendu : ils achètent un logement, mettent en vente les futurs logements, sur plan, et déclenchent ensuite la construction, une fois les ventes effectuées. S’il n’y a pas de réservations, il n’y a pas de construction. Donc il n’y a pas de stock et les prix ne peuvent pas fluctuer en fonction de l’offre et de la demande. Les seuls déterminants du prix sont donc les coûts : la const ruction, les frais d’architecte, la marge du promoteur et... le prix du terrain, qui ne cesse d’augmenter dans les espaces en tension. Il représente aujourd’hui 25 % du prix du logement, en moyenne, mais près de 50 % dans les zones les plus attractives. En l’absence d’une progression équivalente du pouvoir d’achat, il est impossible pour la plupart des foyers d’accéder ainsi à la propriété, et donc de déclencher de nouv elles constructions. La crise financière et immobilière de 2008-2009 a encore aggravé cette situation : les banques ont restreint l’accès au crédit, et des familles fr agilisées ont reporté leurs projets d’accession à la propriété.
Plus fondamentalement, la responsabilité revient au ssi à un aménagement du territoire et une organisation de l’économie qui en couragent la concentration des populations dans les grands centres urbains, où le manque d’espace disponible pour la construction de nouveaux logements s’accroît en conséquence. On a jusqu’ici répondu à ce problème structurel par la constructio n de bâtiments toujours plus élevés, non sans générer de nouveaux problèmes liés à ce type d’habitat. Mais la légitime résistance des populations face à l’érecti on de tours, et l’impossibilité de multiplier ces constructions verticales dans certains espaces ne permettront plus très longtemps de fuir la question de la relocalisation de l’économie.
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