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DESTRUCTION INACHEVEE

De
158 pages
" cette image tordue, grimaçante, me semblait la copie exacte du mal qui t'habitait intérieurement et dont jusqu'à présent je n'avais pu décrypter les symptômes ". L'auteur nous livre à travers cette histoire vécue, une vision profane des symptômes épileptiques et de la perversion narcissique de son ex-conjoint, ainsi que de son combat pour s'en délivrer, elle et ses enfants.
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Anne CASTEL

DESTRUCTION INACHEVEE...
Récit de vie

~

L'Harmattan
5-7, rue de l'École
Pol y technique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

ITALIE

@ L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2184-2

A mesfils
que J.'aime plus que tout au monde. Je leur dédie ce livre pour de temps à quitter ont été victimes, Nous n'étions que l'un et l'autre sachent pourquoi J.'ai mis tanr dont ils ne leur

leur père et comprennent le rfi/et ou l'amour

que le ma4 la souffrance être l'objet,

dont ils semblaient

étaient pas destinés. tous trois que des miroirs sur lesquels se projetaient ses désirs inconslients.

Je remercie les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, m'ont aidée tout au long de ce chemin difficile. Celles que Je mentionne dans ce livre en priorité, mais aussi d'autres plus sourire, d'une poignée Merci anonymes qUt~ d'une phrase, d'un mot, d'un ma souffrant'e... ne puis nommer... de main, ont adouci ma solitude, discrétion,je

à vous tous que, par

Je tiens à signaler au lecteur que tout ce qui est écrit dans ce livre, tous les termes médicaux que j'emploie ne sont que le moyen d'exprimer un ressenti purement personnel, par rapport à ce que j'ai vécu au niveau du couple, mais qu'ils demeurent sur un mode interrogatif et ne constituent en aucun cas un diagnostic. Je laisse ce soin aux médecins qui se pencheraient sérieusement sur ce cas.

LETTRE À MON MARI

« Ceci est la deuxième lettre que je t'écris en trente ans. La première je l'avais déchirée, sachant déjà qu'elle ne t'atteindrait pas ou que tu en ferais usage pour me nuire, pour t'esclaffer, devant l'absurdité d'une telle démarche. Dans ton univers on n'écrit pas à la personne avec qui l'on vit. C'est signe de dérangement mental. L'objet de cette lettre, je ne m'en souviens pas. Je me souviens seulement d'un sentiment grandissant de malaise que je n'arrivais pas à dissiper face à tes agressions subites, à tes désirs envahissants. Je voulais faire le point, te redire mon amour et ma bonne volonté, mais je voulais qu'aussi tu tiennes compte de mes efforts, tu cesses d'être injuste envers moi. Tentative avortée. J'avais déposé la lettre bien en vue pour que tu la trouves à ton retour du travail. Je disais t'attendre en bordure de mer, à quelques kilomètres de notre domicile. Je m'y suis rendue effectivement, j'ai fait quelques pas sur la grève et il m'est apparu clairement, l'espace d'une seconde, que tu ne comprendrais pas. Je suis rentrée, j'ai détruit ma lettre et t'ai attendu comme à

l'accoutumée. J'ai eu peur de ta réaction, peur de provoquer une autre discorde, peur que tu l'exploites contre moi, peur de te perdre. Nous étions jeunes mariés. Ma souffrance n'altérait pas encore l'intensité de mon amour pour toi. Je ne supportais pas l'idée que tu t'en ailles fâché et à chaque retour me jetais dans tes bras. La force de ton étreinte, ton désir passionné me rassuraient et dissipaient toute confusion. Tu m'aimais à n'en pas douter. N'avais-tu pas pleuré avant notre mariage quand je pensais à te quitter. Le curé de ta paroisse avait pris la peine de se déplacer pour me dissuader de t'épouser: « Ce n'est pas quelqu'un pour vous. Vous valez mieux que cela. Il est bête. » Et ta mère avait ajouté: « Il n'est pas facile à vivre ». Mais tu m'avais suppliée. Je n'avais retenu que tes larmes. Aucun obstacle, j'en étais persuadée, ne viendrait à bout de mon amour. Nous avons vécu ainsi pendant trois ans. Quelques sorties, quelques voyages, quelques réunions familiales, aucun ami. « Je ne veux personne chez moi» aurait dû m'alerter, me faire réagir, mais j'étais déjà prise au piège de ta jalousie. Qui sait, n'être qu'à toi, refuser tout contact extérieur, viendrait peut-être à bout de tes soupçons. J'intériorisais tes reproches. Tes désirs étaient pour moi des injonctions. De ce temps-là je n'ai d'autre souvenir qu'une insatiable appropriation de ma personne, dont j'étais complice à coup sûr, mais psychologiquement je ne pouvais dire non sans déclencher 10

violence, culpabilité, frustration. Je multipliais mes efforts pour te satisfaire, être conforme à tes désirs, j'abandonnais toute vie propre. Amour, devoir, fidélité, sacrifice, associés à une confiance naïve, à un besoin très fort d'affectivité, constituaient pour toi un ancrage sûr et facile. Tu profitais de mes points faibles pour mieux t'assurer de ma dépendance, de ma reconnaissance, de mon besoin de toi, mais parallèlement tu entretenais un sentiment maternel et réparateur face à ton éternelle position de victime. Situation ambiguë qui ne pouvait que se retourner contre moi. Bien sûr je me révoltais contre ta violence mais n'est-on pas, en théorie, responsable de la violence de l'autre. De cette époque, la seule blessure que je n'arrivais pas à cicatriser c'était ta jalousie, car elle m'atteignait dans ce qui était intouchable, sacré, mon amour et mon intégrité. Par un retour paradoxal, je ressentais cette jalousie comme une trahison, un reniement. J'aurais pu parcir à l'époque. Nous n'avions pas d'enfant. Mais c'était avouer mon erreur, ma défaite vis-à-vis de ma famille, de mon entourage au sein duquel on ne divorçait pas. Je redoutais de me retrouver seule, désavouée par tous mais surtout par moi-même car tu avais su, tout ce temps, instiller en moi un désamour profond, une dévalorisation totale. Et puis tes menaces commençaient à se faire jour. De plus, je n'avais personne à qui parler, qui eût pu deviner, pressentir ce que mes paroles étaient incapables d'exprimer. Partir sans soutien, sans même comprendre ce qui m'arrivait, n'eût fait qu'aggraver mon désarroi. Surtout je n'imaginais pas alors qu'un être humain puisse être sans affect. Je voulais que tu prennes conscience à tout prix de mon amour pour toi. Je demeurais tenace, combative et m'appliquais à donner de mon 11

couple une image heureuse, positive. Malgré des signes qui, plus tard, m'apparurent évidents, il ne pouvait être question de maladie mentale ou, dans ce cas, c'est moi qu'il fallait enfermer. « Il y a des fous dans ta famille, disais-tu, si je voulais je pourrais t'interner. » C'est dans ce contexte que je mis au monde notre premier enfant. Je l'avais désiré et tu partageais ce désir, preuve matérielle aux yeux des gens de ta virilité. Le peu d'attention, de respect que tu manifestas lors de ma grossesse, n'avait pas aboli l'espoir de jours meilleurs. Certes, je ne m'appuyais déjà plus que sur moi-même mais cet enfant ne pouvait qu'ouvrir ton cœur, élargir ton regard et raffermir nos liens. Hélas, si je pouvais tout accepter de toi, en me culpabilisant du mal dont j'étais victime, je ne pouvais admettre que tu agresses quelqu'un d'autre en profitant de sa fragilité, de sa faiblesse, surtout quand cet autre était ton propre enfant. Il avait huit jours quand, pour la première fois, tu levas la main sur lui. Il pleurait. On était au creux de la nuit. En le giflant tu étais persuadé de le faire taire. Tu agissais ainsi avec tes chiens. J'émergeais à peine d'un sommeil profond. Stupeur, paralysie. J'avais reçu un coup mortel. Mais au matin n'y pouvais croire. Un accident qui ne se répéterait plus. C'était compter sans la pulsion subite qui te propulsait hors de toi, au moindre dérangement, à la moindre contrariété. M'interposer n'eût fait qu'aggraver les choses et tu ne m'en laissais pas le temps. Je ne pouvais plus tard que réparer, me serrant contre mon enfant. Car la parole une fois de plus pour dénoncer l'intolérable me manquait. Il n'était sans doute pas question d'enfant martyr, seulement d'un geste infâme, inacceptable. Qui eût pu comprendre, sans tout gâcher, sans tout détruire, sans apporter la
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honte sur nous trois. Je m'en ouvris pourtant à ton père mais les choses en restèrent là, dans le domaine du non-dit. D'ailleurs, ton flis ne pleurait plus la nuit et le jour je pouvais le protéger de toi. Certains hommes, à ce qu'il paraît, ne supportent pas les pleurs d'enfant. Pour toi, je le savais, c'était un réflexe de jalousie, un refus de me partager avec quelqu'un d'autre, un refus d'être dérangé dans ton confort égoïste et bourgeois. Et puis ce flls te ressemblait à ce qu'on t'avait dit. Comparaison dangereuse, idiote. Il te ressemblait, donc il prenait ta place et tu t'identifiais à lui. Je le compris plus tard: la haine et le mépris de toi qui t'habitaient, ainsi que tes propres défauts, tes propres tares, tu les transférais sur lui. Mais j'étais loin d'imaginer qu'il s'agissait en fait pour mon enfant et pour moi-même, d'une entreprise de destruction. D'~illeurs je n'aurais pu y croire. À mes yeux tu demeurais victime de ta violence, ce qui n'empêchait pas tes sentiments à notre égard. La vie reprit son cours, normale en apparence. Mais je n'arrivais pas à endiguer ton irritabilité, à en cerner la cause et ne pouvais te confier ton flls un seul instant sans qu'aussitôt je le retrouve en larmes. Un soir, il avait quelques mois, je l'avais assis sur sa chaise et m'apprêtais à donner son repas. Tu grommelais, mécontent. Il se mit à pleurer. La tension monta. Je voulais qu'il se taise. Que tu ne t'en prennes pas à lui mais, surtout, ne plus t'entendre toi. Machinalement, d'un geste brusque, je poussai sa chaise. Elle bascula. Il aurait pu se tuer. Tu te précipitas aussi vite que moi. Il n'avait rien de cassé. J'étais impardonnable mais tu étais le seul coupable, le seul responsable de ma faute. Tu eus peur à n'en pas douter. Quelle éclaboussure, quel scandale, si le malheur était arrivé. 13

Il était habituel que tu m'accables de reproches pour des choses insignifiantes, que tu y reviennes sans fm. Pourtant là tu ne me dis rien et jamais tu n'en reparlas. Le lendemain, tous trois, nous fûmes nous promener. Tu portais ton fils dans tes bras. Le visage bleui, comme s'il ne s'était rien passé. Pour ma part, j'oscillais entre des sentiments contradictoires. Je m'en voulais d'une part mais t'en voulais plus encore et me culpabilisais à nouveau à ton égard. J'aurais voulu parler. Le non-dit, une fois de plus, l'impossibilité de te joindre, se refermaient sur moi. De ce jour, la vigilance ne me quitta plus car tu avais atteint ton fus à travers moi. Tu ne m'en £is pas reproche et pour cause: ce geste me plaçait à ton niveau dans la capacité à faire le mal. M'en souvenir provoque en moi une douleur égale à celle que j'éprouvais alors. Il est possible de détruire par procuration et s'en laver les mains. Sans rien changer aux apparences, mon amour se replia sur mon bébé. Amour fusionnel, amour symbiose, dont il aurait à l'évidence beaucoup de mal à se défaire mais amour qui nous protégeait tous deux. Je souhaitais un autre enfant. Donner un frère à mon aîné. Qu'il ne soit plus l'unique cible de son père. À deux, j'en éprouvais le sentiment, ils seraient plus forts pour se soutenir et s'entraider. Quelques temps plus tard le ciel m'accorda un autre petit garçon. La venue d'une fille n'eût fait que renforcer le rejet et aggraver la situation. Mon nouveau-né était d'un tempérament facile. Pour lui tu ne ressentis pas cette jalousie, avouée pour ton aîné, quand, à peine sorti de mon ventre, on te le présenta. Avais-tu compris que l'on ne dresse pas un enfant comme un chiot, avais-tu peur d'un accident possible ou peur que je fmisse par tout avouer ?... Jamais tu ne le frappas. Mais sa blondeur annulait avec toi toute possible ressemblance. Tu m'en fis la remarque. Il n'était pas de 14

toi. Une écorchure de plus à mon amour meurtri. Car ta jalousie et ta méfiance étaient devenues omniprésentes. Tu t'inventais des scénarios. Non seulement je te trompais mais je t'enfermais dans ta chambre, t'administrais du poison, des somnifères pour faire l'amour avec le premier venu. Où que j'aille, cette jalousie me poursuivait. Que je fasse mes courses, que je rende visite à ma famille, que je m'absente quelques heures, j'étais angoissée en permanence, toujours pressée, toujours sur le qui-vive, il fallait que je rentre au plus tôt, toujours cette crainte d'une possible crise à mon retour. Ta cible privilégiée était le mari de ma sœur, l'un des rares hommes qui franchissaient le seuil de la maison. Mais ton imagination morbide n'était jamais à court. On fit un voyage en Italie avec les enfants. On s'arrêta quelques jours à Veruse. Même à l'étranger ta méfiance s'exacerbait. Je te trompais avec le gondolier. J'avais des rendez-vous nocturnes avec des jeunes gens qu'on avait dû croiser en se promenant etc. etc. au point que la fenêtre « ouverte» de notre chambre d'hôtel me rendait suspecte à tes yeux. Délires de schizophrène I... Un jour sans crier gare, tu pointas sur moi ton fusil. D'un seul coup, sans préambule. Je n'avais pas senti la crise arriver, étant occupée aux tâches quotidiennes. « Bon maintenant tu vas me dire avec qui tu me trompes ou je te descends. » Tu n'en étais pas à ton coup d'essai mais cette fois je pris peur et me réfugiai avec mes fils chez tes parents. J'y restai une huitaine de jours. Abasourdie. Incapable de prendre une décision. Je ne savais que faire. S'il n'y avait eu mes enfants, je serais partie. Mais partie 15

honteuse et déstabilisée. Car tu me tenais imbriquée dans ta toile. Tout à la fois tu m'aimais et tu me rejetais. Moi je souffrais, je me révoltais, mais surtout je doutais de moi face à tant d'incohérence. De plus, il m'était impossible d'exprimer la violence interne à notre couple. Les mots ne sortaient pas. Par pudeur; par honte. En apparence, c'était juste une crise de couple qu'il fallait colmater pour le bien des enfants. Ton père me conseilla de reprendre la vie commune. Mon médecin aussi. Pour ma part, je savais intuitivement que si je divorçais tu détruirais mes flls. Tu t'y employais déjà insidieusement. Je repris donc espoir et retournai à la maison, fermement décidée à repartir sur de bonnes bases. Car à présent j'étais un peu moins seule. J'avais ouvert une brèche du côté de ma famille, de la tienne, du côté médical. Je me revois en larmes à mon retour, mendiant ton amour pour nous trois. Mais, hormis tes mains qui m'enlaçaient et ton désir pressant, il n'y avait personne en face de moi. Mise à part une possessivité accrue O'étais revenue, il m'était donc impossible de vivre sans toi) cette rupture passagère ne changea rien à ton comportement. Le soir, fréquemment, en catastrophe, je me réfugiais dans la chambre de mes fus. Tu cognais dans la porte fermée à clef, tu hurlais, m'insultais. Et d'autres soirs tu me violais. Ma résistance t'excitait. Finalement tu t'acharnais sur un pantin désarticulé. Je n'arrivais pas à te satisfaire. Impossibilité de dire non. Ce n'était jamais assez. Pourtant, je n'étais pas sans désir, sans plaisir, loin de là mais j'éprouvais le besoin absolu d'une harmonie entre mon corps et mon esprit, entre mon désir et le tien, alors que ta violence, ton besoin exaspéré de sexe semaient en moi fracture, dissociation. Ni douleur ni fatigue ni deuil ne modéraient tes pulsions. Tu ne respectais rien. 16

Quelques mois plus tard je me confiai à mon médecin de famille. J'étais perturbée au plus haut point. Nous vivions, à n'en pas douter, dans un univers dément, mais j'étais fermement décidée à faire la lumière, quitte à découvrir ma propre folie. Nous étions mariés depuis dix ans. Sans le savoir, c'était mon premier pas vers ce qui me libérerait de toi. Mais je tâtonnais douloureusement. Tu demeurais profondément ancré en moi. Je me sentais perdue, sans repère et n'avais plus aucune valeur . à mes yeux. « Moche» disais-tu. Qui d'autre que toi pourrait me trouver désirable. « Cinglée». Comme le reste de ma famille. Je « n'aimais rien ». Il est vrai que j'avais abdiqué tout désir propre. Et, profitant de mon éducation religieuse un peu stricte, je n'étais pas une « femme» mais une « bonne sœur ». A force de les marteler, ces mots entraient en moi. J'étais la cause unique de ton rejet. Et « bonne à rien ». Comment en douter quand tu jetais à terre, sans y avoir goûté, une matelote d'anguille qui ne ressemblait pas en tout point à celle que ta mère préparait. Quand je me décidai à demander de l'aide, il était devenu normal pour moi qu'on ne m'aimât pas. Du bout de mes ongles à la racine de mes cheveux, j'éprouvais un total rejet de ma personne. Mais j'avais encore assez de force pour me battre. Ma force c'était ma droiture et mon intégrité. J'irais jusqu'au bout. Savoir, comprendre et sauver mes enfants était devenu mon seul objectif. Vous m'avez dit, Docteur: « Ce que je te demande, je ne le demanderais à personne d'autre». Mais j'ignorais que je m'engageais pour vingt années de lutte, de désespoir, de souffrance, parsemées il est vrai aussi, 17