Deux figures importantes dans la culture Dagara

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La culture Dagara est habitée par un monde d'êtres spirituels et par la femme dagara, lien culturel en transit entre les familles du père et du mari. Dans ce système, Kontond, être spirituel invisible et immanent aux choses matérielles, est le hérault civilisateur de l'homme dagara. Parachuté du ciel, il doit éduquer et conduire l'homme vers l'Invisible, le Naannmind, vivant en haut des cieux avec les ancêtres. Malgré les tentatives d'évangélisation, le culte de ces êtres est toujours aussi vivace : lisez plutôt !
Publié le : samedi 15 août 2015
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EAN13 : 9782336389356
Nombre de pages : 148
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spirituels (Kɔntɔnd, Saa, Tengand, Naanŋmind) et par la femme dagara, lien culturel fondamental
père et celle de son mari).
(corporels et spirituels) et les éléments non vivants,
ensemble de lois et de règles. Dans ce système, Kɔntɔnd, être spirituel invisible et immanent aux choses matérielles créées, est le Hérault civilisateur de l’homme dagara. Dans la conscience dagara, Kɔntɔnd serait le ïls aîné du Dieu créateur du ciel et de la terre, parachuté du
d’éduquer et de conduire l’homme vers l’Invisible, le « Naanŋmɩnd », vivant au plus haut des cieux avec les ancêtres des familles et de la société globale.
forces spirituelles. Après cent ans d’évangélisation, ɔ , ordonné prêtre le 14 avril 1968, est docteur ès sciences sociales. Il a occupé de nombreux postes
de la recherche, vice-recteur de l’UCAO, secrétaire général de la Commission de pastorale sociale de la CERAO, etc.). Il a fondé l’institution missionnaire OCADES-CARITAS-BURKINA.
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Somé Dεr JosephMukassa
DEUX FIGURES IMPORTANTES Somé Dεr Joseph DANS LA CULTURE DAGARA
Le Kɔntɔnd et la femme
DANS LA CULTURE DAGARA
L’ armattan International Burkina Faso
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07109-1 EAN : 9782343071091
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DEUX FIGURES IMPORTANTES DANS LA CULTURE DAGARA
Somé Dεr Joseph Mukassa DEUX FIGURES IMPORTANTES DANS LA CULTURE DAGARA Le Kɔntɔnd et la femme dagara
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1. Le Kɔtɔnd Kܧtܧnd est un être spirituel immatériel, omniprésent et omniconscient de tout ce qui arrive à l’être humain dans la famille et dans la société globale. Il est immanent à toute chose matérielle créée et passe pour le chemin, la vérité et la paix sociale dans tout l’environnement humain. Au courant de tout ce qui arrive à l’homme par son omniscience, c’est Kܧntܧnd, qui dicte à l’homme le comportement à suivre dans toutes les situations, toute croyance confondue. L’être dagara (homme ou femme) possède dans sa demeure un sanctuaire de Kܧntܧnd où il fait des célé-brations consistant en des libations ou des cultes ou des ex-votos privés dans les grandes étapes de la vie de l’homme : voyage, décès, initiation, travail économique, pèches, chasse, etc. Ainsi ma propre mère d’heureuse mémoire, une païenne et animiste convaincue, était persuadée que ce sont ses kܧntܧmɛ (sing kܧntܧnd), grâce aux libations qu’elle leur faisait, qui me protégeaient pendant mes voyages en avion et qui me ramenaient en famille sain et sauf. Le Dagara moderne de la ville (le chrétien, le fonctionnaire) ou le paysan du village, ne peut pas l’abandonner, tant il le prend aux tripes. Il est le nœud des croyances traditionnelles populaires et coutumières. Il est la clé de voûte de l’écosystème dagara, cet ensemble
d’êtres vivants (corporels et spirituels), et un ensemble d’éléments non vivants qui leur sont associés vitalement en un système global de société régi par un ensemble de lois et de règles sous forme d’institution acceptée par tous les membres du groupe. Tel est l’écosystème dans lequel vit l’homme dagara. Dans ce système, Kܧntܧnd est un Hérault civilisateur de l’homme dagara. Il est dans la conscience dagara le fils aîné du dieu créateur du ciel et de la terre parachuté d’en haut du ciel sur la terre, il a pour rôle d’éduquer et de conduire l’homme vers l’Invisible "ɴaanƾmɩnd" où vivent les ancêtres des familles et de la société globale. Idéologiquement imprégné de toute cette conception du Dieu invisible avec ses légats puissants (Kܧntܧnd, Tengand et Saa), on peut affirmer que la foi traditionnelle de l’homme dagara est ontologiquement fondée en Dieu sur Kܧntܧnd et ses médiateurs, Saa et, Tengand. Et il est difficile à l’homme moderne (le chrétien, le fonctionnaire) dont la foi chrétienne est intellectuellement fondée sur le Christ, Jésus de Nazareth, de ne pas recourir à ces puissances surnaturelles qui semblent résoudre tous leurs problèmes de vie sociale dagara avec une certaine satisfaction relative. C’est Kܧntܧnd qui a montré à l’homme dagara toute sa culture. Kܧntܧnd de façon invisible après avoir de bien de façon et de manière, éduqué l’homme dagara dans la famille et dans la société globale, de générations en générations, sans trop de succès, entra dans l’histoire des hommes sous une forme visible. Kܧntܧnd engendra Kܧntܧnd bile et ses frères et sœurs kܧntܧnd bili qui sont des êtres charnels complets en chair et en os visibles et de très petites tailles, pas commodes et sociables avec l’homme "nɩsal". Ils sont doués d’une intelligence et d’une force de pénétration des consciences incomparable Malheureusement, ils sont l’ennemi juré de l’homme "nissaal" pour des raisons
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historiques dans l’histoire du peuple dagara. L’autre aspect de la culture dagara, après Kܧntܧnd, c’est la femme dagara.
2. La femme dagara Le statut de la femme dagara dans la famille "yir" et dans la société globale est culturellement exceptionnel. La famille dagara "yir", est assimilée culturellement à la femme. La femme dagara culturellement, il faut la situer chez son père dans son domicile avant son mariage et au domicile de son mari après le mariage. Dans l’un et l’autre domaine, elle n’a pas droit à la succession dans la famille et elle n’a pas droit à la terre. Elle ne peut pas présider un sacrifice familial. Dans tous les deux domaines, elle est une personne en transit, nullement installée conforta-blement et définitivement. Elle est comme on dit, debout entre deux chaises. Chez son père, elle est considérée comme une personne devant quitter la maison un jour (à son mariage), chez son mari, on se méfie d’elle, elle est considérée comme une personne capable de repartir. Chez son père où elle sera bien accueillie en cas de mésentente avec le mari .D’un côté comme de l’autre, a femme dagara est culturellement, une personne la plus indépendante qui soit dans la société dagara. La jeune fille, dès son bas âge, dans l’éducation, on lui fait assimiler en conscience tous ces éléments d’être et de savoir être et tout cela forme une conscience traditionnelle inculturée dans la conscience et mémoire collective des jeunes filles, futurs mères au foyer. Et on comprend à présent qu’après le mariage, la femme ne change pas de nom chez les Dagara pour prendre le nom de famille de son mari. C’est la condition pour qu’elle soit épouse, autrement elle serait le frère de son mari et leur union serait incestueuse. Elle mourra avec le nom de famille de
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