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Développement rural et méthodes participatives en Afrique

De
206 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 333
EAN13 : 9782296297890
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Développement rural et méthodes participatives en Afrique

Dans la collection
Dirigée par Dominique

It

Alternatives rurales"
Desjeux et Bahacar Sali

Dernières parutions:
Pierre-Marie Metangmo, Développer pour libérer. L'exemple de Bafou: une communauté rurale africaine. Jean-Pierre Magnant, La terre Sara, terre tchadienne. Maryvone Bodiguel, Le rural en question. Politiques et sociologues en quête d'objet. Michel Morisset, L'agriculture familiale au Québec. Dominique Desjeux, Stratégies paysannes en Afrique Noire. Essai sur la gestion de l'incertitude. Le cas du Congo. Marie-Denise Riss, Femmes africaines en milieu rural. Verena Pfeiffer, Agriculture au Sud-Bénin: passé et perspectives. André Guichaoua, Destins paysans et politiques agraires en Afrique Centrale. Tl : L'ordre paysan des hautes terres du Burundi & Rwanda, T2 : La liquidation du monde paysan congolais. Ledea-Ouedraogo, Entraide villageoise et développement. Groupements paysans au Burkina-Faso. N'Kaloulou Bernard, Dynamique paysanne et développement rural au

Congo. Sautier & O'Deye, Mil, mais, sorgho: techniques et alimentation au Sahel. OCDE, club du Sahel, Pusaf Cilss. Streiffeler & Mbaya,Zaire, village, ville et campagne. Vincent, Manuel de gestion pratique es associations de développement rural du tiers monde. Tl :Organisation, administtation, communication. T2 : Gestion financière. Bodiguel & Lowe, Campagne française, campagne britannique. Jacques Franquen, Agriculture et politiqu.e agricole en France et au

Québec.
Gérard Collomb, Du bon usage de la montagne. Touristes et paysans. Collectif, Le fait technique en agronomie. M. Jollivet, Pour une agriculture diversifiée. D. Martin, Le Larzac. Utopies et réalités. Collectif, Les entrepreneurs ruraux, agriculteurs, artisans, commerçants, élus locaux. Jean-Marc Gastellu, Riches paysans de Côte d'Ivoire. Marie-Claude Maurel,Les apsysans contre l'Etat. Le rapport de forces

polonais.
Densi Woronoff (éd.), Révolution et espace forestier.

@L'HarmaUan,

1995

ISBN: 2-7384-2985-8

Anne-Marie HOCHET - N'gar ALIBA

Développement rural et méthodes participatives en Afrique
La Recherche-Action-Développement, une écoute, un engagement, une pratique

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Aux paysannes et paysans rencontrés depuis 1959, à tous ceux pour lesquels "projet" a été synonyme de "catastrophe", à tous ceux qui pensent l'avenir de leur pays et nous obligent à la lutte pour le respect de leurs initiatives.

Avant-propos

Ce livre, avant de l'écrire, nous l'avons vécu pendant dix ans avec des paysans du Mali et du Tchad et, également avec les jeunes collègues que nous avons entraînés à la recherche-acûon-développement Nous ne présentons ici, ni un manuel ni un guide, mais la Recherche-Action-Développement (R.A.D.) telle que nous l'avons pratiquée et enseignée, telle qu'elle nous a conduits, mes collègues africains et moi-même, au contact des paysans, à rejeter les concepts faciles pour forger ensemble des outils fonctionnels. Nous n'avons poursuivi qu'un but: trouver avec les intéressés la méthode d'intervention la moins aliénante pour les communautés rurales et la plus valorisante possible. Ainsi que nous le disait un ami, chef de village: "Quelqu'un qui te permet de devenir, toi aussi, quelqu'un... c'est bon." Dans la première partie de ce livre, nous donnons un aperçu global de ce qu'est la Recherche-ActionDéveloppement (R.A.D.) en demandant au lecteur de nous pardonner l'utilisation, pratique, du sigle. Ensuite nous développerons certains de ses aspects sur les plans théoriques et techniques. Les thèmes ainsi traités correspondent aux demandes d'information les plus fréquentes, formulées par les cadres tchadiens que nous avons rencontrés lors de séminaires de formation. Que cela n'induise pas en erreur, il n'y a pas de recette en R.A.D. et la pratique "vécue" n'est ici qu'un exemple critiquable et perfectible comme tous les exemples.

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Nous avons choisi, enfin, de présenter quelques réflexions sur des thèmes importants, suscitées par la pratique de la R.A.D. au Mali et au Tchad. A la demande de l'éditeur, nous fournirons une bibliographie, bien que ce travail n'ait pas pour but de fournir une documentation en dehors de l'exploitation du vécu et des données de terrain. Le présent travail se situe en dehors de toutes ces querelles d'écoles qui ne font que marginaliser les "gens de terrain" et empêcher la recherche réelle et l'expression de la réalité vécue. Nous indiquons donc un certain nombre d'ouvrages parmi ceux qui ont le plus touché l'auteur aux cours de sa vie professionnelle,. tout en sachant qu'un livre-jalon est fait pour être dépassé...

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Première partie
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9~ 1Q. Il. 12. Présentation globale de la Recherche-ActionDéveloppement L'autogestion et la décolonisation des outils conceptuels du développement

Présentationméthodologique
Le terroir ou la terre vécue par le paysan L'organisation du milieu rural La cellule économique de base Le respect de la priorité et l'engagement contractuel Auto-évaluation et suivi des actions ayant fait l'objet d'un contrat d'appui Réponse appropriée et "Ponds Souples" La R.A.D et la réorientation d'un projet conçu au départ dans une optique différente La R.A.D. et la vulgarisation des technologies appropriées Le devoir de curiosité

1. Présentation globale de la R.A.D.

Pourquoi la R.A.D. ?
Des éclaircissements préliminaires sont nécessaires: on n'adopte pas ~ne méthode parce que les autres sont mauvaises, mais parce qu'elle est appropriée, sinon, on joue à l'apprenti sorcier. Au début des aménagements de la SAED au Sénégal, les chefs de famille du village de Gaé étaient consternés: "Tu diras aux Nassara (Blancs) qu'au moins ils ne touchent pas à notre sous-bois". ' Devant un forage, en Guinée-Bissau, dans l'une des îles Bijagos: "Vraiment on voulait un puits, quand la pompe est en panne, ce n'est pas possible d'envoyer un seau par le tuyau!" Et encore, dans l'Ader-Doutchi-Maggia: " Ils sont venus, ils ont mesuré nos champs et sont repartis sans rien nous dire..." Au Niger, sur les bords du fleuve: " Notre périmètre a marché, grâce à notre trésorier. On nous avait dit de placer l'argent des redevances à la BNDA, nous avons refusé et, Abou, notre trésorier, l'a bien caché; il a dormi dessus sans y toucher. Au moment de payer les engrais et les insecticides, il a tout ressorti, nous avons vite acheté; les autres n'ont pas pu sortir leur argent de la banque..." "On a beaucoup labouré au tracteur à Séfa, la terre est comme de la poudre; maintenant on nous demande de remettre les paysans à la charrue, mais même la charrue..." Pe'ndant que parlait ce moniteur, un souvenir s'imposa: celui d'un vieux d'Orodara qui disait: " Il ne faut pas Il

violenter la terre..." et refusait les innovations des Blancs... Séfa est au Sénégal, Orodara au Burkina Faso... Et les paroles des paysans, rares et précieuses, provoquent l'analyse et la recherche. Écouter les paysans, se laisser enseigner, penser avec eux et ne jamais penser "à leur place", c'est éviter d'abord que tout ce mal arrive, c'est trouver des solutions ensuite. La R.A.D. prend ces vérités en compte. Quand il s'agit d'éviter des erreurs, il faut expliquer en quoi cette méthode diffère des autres et faire ainsi abandonner tel ou tel comportement dangereux pour l'avenir. Nous aurons donc le souci de décrire la R.A.D. en tant que recherche commune vécue avec les partenaires paysans, et de montrer comment et en prenant quelles précautions elle peut être exploitée positivement.

Qu'est-ce que la R.A.D. ?
La Recherche-Action-Développement est une méthodologie de développement reposant sur des principes de base. Le respect de ces principes de base a permis l'élaboration d'une méthodologie appropriée. Nous n'avons pas voulu donner à la R.A.D. le nom de philosophie de peur de bloquer par ce concept des lecteurs qui verraient sous ce terme une absence de concret. Nous rappelons seulement à ces derniers qu'en matière de développement on ne peut faire l'économie de la réflexion. Les principes fondamentaux de la R.A.D. peuvent se présenter ainsi: a) Le développement ne peut être à la fois conçu au sommet et réalisé à la base. C'est cette erreur que nous trouvons fréquemment à l'heure actuelle, à l'origine de beaucoup d'échecs, quand une étude spécifique, souvent tardivement demandée, vient mettre en lumière les causes de dysfonctionnement d'un projet.

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b) La reconnaissance, a priori, des communautés de base, comme aptes à prendre elles-mêmes des initiatives en matière de développement. Ce principe implique, bien entendu, des exigences: - identification des communautés de base; - reconnaissance de leur savoir ; - respect de leurs aspirations. Le savoir paysan est considéré comme une réalité dont il faut découvrir le contenu. c) Une décolonisation des outils conceptuels du développement est nécessaire. Nous en analyserons quelques-uns, telle l'animation, la sensibilisation, etc. Ds sont tous marqués par leurs origines historiques et un a priori infériorisant à l'égard du milieu .

concerné.

d) La ''participation'' est participation de la structure d'appui aux réalisations décidées par les communautés de base et non l'inverse. Le respect de ce principe révolutionne totalement le comportement habituel des strUctures d'appui, voire d'encadrement (répercutant elles-mêmes celui des grands bailleurs de fonds), intervenant en milieu rural. Ces structures monopolisent souvent le pouvoir de décision, au risque de n'être pas suivies par les acteurs principaux du développement que sont les membres des communautés .

rurales.

e) Le projet de développement n'est plus qu'un programme prévisionnel d'actions, budgétisé, mais dont la réalisation reste toujours conditionnée aux décisions des communautés de base. f) L'autopromotion n'est pas un but lointain, mais une pratique sociale, un processus amorcé dès la première action de développement entreprise. Ce principe a pour corollaire une exigence de comportement: - valorisation du savoir paysan; - valorisation des potentialités locales d'abord, avant tout recours à l'extérieur. Donc recours aux connaissances paysannes comme aux partenaires locaux du développement: artisans, 13

commerçants, transporteurs, "connaisseurs" paysans dans tel ou tel domaine. g) L'appui implique la fourniture à la demande de moyens matériels ou financiers, de formation en technologies appropriées, en gestion (selon des modalités à élaborer avec les demandeurs), etc., ou encore de fonds permettant l'engagement, le cas échéant, d'entreprises locales. L'appui exclut l'''encadrement'' comme obstacle à l'autopromotion. En cas de fourniture de formation par la structure d'appui, le formateur, dans quelque domaine que ce soit, doit être quelqu'un: - dont les paysans ont fait l'éducation; - qui les comprend, les respecte et cherche avec eux des solutions à leurs problèmes; - qui a des aptitudes à la pratique de la formation réciproque; - qui effectue des suivis avec honnêteté et réalisme, et entraîne les bénéficiaires à l'auto-évaluation. h) La réponse à la priorité exprimée par une communauté de base et faisant l'objet d'une initiative de la part de cette communauté est la condition sine qua non de la réalisation de toute autre action de développement que cette communauté pourra entreprendre avec un appui extérieur. Ce n'est pas une étape qu'on peut sauter; par contre, une réponse positive à la priorité première devient très productive et, outre le fait qu'elle atteint son but, elle rend possibles bien d'autres actions. Le respect de ces principes est contraignant et déstabilise en quelque sorte ceux que des méthodes classiques sécurisaient - bien à tort - par leur mode de programmation et leur dirigisme. C'est faute de les vivre également que nombre d'organismes qui revendiquent des méthodes participatives en trahissent sérieusement l'esprit, au risque de les discréditer aux yeux de l'opinion publique. Le chapitre suivant tente de faire le point sur l'usage réel d'outils conceptuels dévalorisés par des pratiques abusives.
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2.L'autogestion et la décolonisation des outils conceptuels du développement

La critique conceptuelle que nous proposons ici peut choquer, cependant nous avons pu en constater l'utilité lors des formations d'agents de développement que nous avons eues à dispenser: elle soulage ceux qui ont eu à subir certaines directives en contradiction avec leurs pensées profondes. D'autre part, elle en oblige d'autres, récemment formés ou déformés, à réfléchir. A titre d'exemple, étudions le sort des concepts suivants. Le mot "sensibilisation" a été si galvaudé qu'on a totalement oublié son sens originel, qui était de faciliter à un individu ou une communauté la prise de conscience de l'une ou l'autre réalité de la vie courante. Le mot "participation" est mentionné dans les documents de projet pour indiquer la part active que les paysans devront prendre au projet qui leur est proposé ou, plus exactement, imposé. Nous préférons considérer la question dans l'optique d'un organisme d'aide participant à la résolution des problèmes d'un village ou d'un groupe de villages, aux côtés des paysans-acteurs.

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Les bénéficiaires sont: Ceux qui peuvent réaliser quelque chose dans leur intérêt, avec raide reçue.

Les bénéficiaires ne sont pas: Les personnes ou collectivités pour lesquelles le projet a été conçu de l'extérieur et d'en haut. Ceux qui peuvent réaliser ou Le groupe-cible.

Ceux qui, grâce au projet, perdent la responsabilité de leur exploitation agricole et de leur terroir villageois, mais ont à payer seuls les err~urs d'un projet mal conçu. Ceux qui ont la parole pour Ceux qui n'ont pas la parole, l'élaboration du projet, qui ceux que l'on met en est participation à leurs demeure d'accepter un actions de développement et contrat à l'élaboration ne les "vise pas" ... comme on duquel ils n'ont pas tire sur une cible, sans se participé. soucier de l'endommager... Ceux qui connaissent le prix Ceux qui ne connaissent pas des facteurs de production les.coûts de production de qu'on leur prête ou donne. ce qu'on leur fait produire selon des techniques imposées. Ceux qui gardent le pouvoir Ceux qui obéissent à des de décision quant à leurs consignes de production. options culturales. Ceux qui, grâce au projet, Ceux qui, grâce à ont davantage de revenus à l'intervention extérieure, se consacrer au "mieux-être". retrouvent avec. des charges trop lourdes et ont dû changer de mode de travail ou même de vie, sans en avoir les moyens. Ceux qui pourront se passer Ceux qui dépendent de l'aide. tellement de l'aide qu'on ne peut mettre fin au projet.

accepter l'aide, négocier un contrat. Ceux qui gèrent leur exploitation et leur terroir.

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Le villa e est: Un ensemble social structuré, ou destructuré partiellement, toujours en évolution selon le .eu de forces ui le com osent. Un ensemble de familles ayant des relations entre elles. Une communauté à connaître et res cter. Un milieu humain qui a ses règles de vie sociale. Une communauté de familles attachées à leur terroir, et qui gèrent ce terroir. Un ensemble de familles vivant une situation économique commune même si des différences de niveau de vie existent. La raison d'être du projet. Une communauté gérée par des adultes. Une communauté pourvue d'un savoir-vivre et d'un savoir-faire. Une communauté rurale qui se défend contre un projet qu'on lui im ose. Une communauté rurale qui réalise son ro' et. Une communauté rurale qui a ses conflits internes. Une communauté qui connaît son environnement et en tire arti. Une communauté en relations bonnes ou mauvaises avec les communautés villageoises voisines.

Le villa e n'est as: Un effectif de population, ou un nombre d'actifs avec ses sex-ratios, simplement un ensemble de données démo a hi ues Une addition de foyers. La cible d'un projet.
Un milieu à organiser, selon un schéma étranger, par le biais d'un encadrement Des gens qui vivent "comme des bêtes" selon l'expression d'un cadre administratif, et qu'on peut dé lacer... Un ensemble de familles vivant dans un contexte économique ne dépendant que d'elles ou du projet.

Une entité sociale à laquelle on ne s'adresse ue lors u'on a échoué. Un groupe d"'enfants" qu'il faut édu uer. Un groupe-récepteur en

a rentissa e.
Un ensemble de menteurs et de tricheurs contre lesquels il faut se rémunir. Une communauté rurale qui exécute des ordres et doit s'en tenir là. Un milieu passif et soumis à son chef sans luttes d'influences. Un groupe de familles qu'on peut déplacer sans leur porter préjudice.

Un groupe de familles vivant repliées sur elles-mêmes et coupées du monde extérieur.

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Sensibiliser, c'est: Constater en réunion de villages les dégâts de la déforestation, ar exem le. Montrer qu'il est possible de révenir une catastro he. Aider, en réunion de villages, à prendre conscience d'un dysfonctionnement dans l'utilisation de l'aide. Démontrer, faire constater. Faire, avec un 'village, l'analyse économique qui éclairera sa décision. Rédiger avec le village un contrat d'aide sain. Montrer qu'on ne peut planter une haie vive au début des luies. Apprendre à tailler correctement les arbres.

Sensibiliser, ce n'est as: Convaincre par la contrainte.
Imposer une solution techni ue. Faire la morale après avoir accusé l'un ou l'autre responsable.

Chercher à convaincre par un discours ennu eux. Affirmer la rentabilité d'une opération sans la démontrer. Courir après les remboursements en mena ant. Mettre une amende pour une clôture en branches d'é ineux. Mettre des amendes pour les arbres massacrés par les cou es abusives.

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Il y a stratégie artici ative : Les techniciens, soutenus par les bailleurs de fonds, participent aux actions villageoises de dévelo ment. L'innovation est sollicitée par les paysans qui peuvent et veulent l'ex 'rimenter. Les populations cherchent et sollicitent des informations.
Les populations tentent d'intéresser les intervenants à leurs urgences: "Aidez-nous car nous voulons faire un puits, nous sommes sans eau". Les paysans, en situation d'autodéveloppement précisent à l'équipe de projet ce qu'ils veulent faire, jusqu'où va leur force; et les deux parties né ocient un contrat d'aide. Le document de projet est rédigé avec les paysans, à partir des priorités qu'ils ont exprimées, et en respectant l'ordre chronologique de réalisation sur lequel il y a eu consensus.

fi n'y a pas stratégie artici ative : Les populations rurales sont fortement invitées à travailler selon le projet conçu par les cadres. Les populations sont contraintes d'accepter l'innovation imposée.
Les cadres distribuent des directives mais pas de l'information. Ds ne comprennent pas, nous ne pouvons aller plus vite, "nous sommes en phase de sensibilisation", répond l'encadreur ré onse entendue. Lors de l'édification du projet, la participation paysanne a été établie sans consultation des paysans. Les cadres remplissent des termes de référence inconnus des 0 ulations. Cinq ou six experts, après un temps d'étude limité, rédigent en bureau, à huit clos, le document de projet qui suivra la filière classique, sans même que les populations concernées en aient eu connaissance. Les agents techniques sont des "boy-coton" nouvelle formule, accablés de directives. L'évaluation externe, seule, est habilitée à dire si l'aide a été utilisée et si elle peut ou doit encore être fournie. "Réparez votre digue, nettoyez votre canal, ou on vous retire vos arcelles. "

Des conseillers techniques sont mis à la disposition des o ulations. Les populations font le point sur les résultats qu'elles ont obtenu.

"Venez voir notre digue."

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La communauté de base, c'est: Une communauté villageoise, un groupe familial de pêcheurs, un groupe traditionnel d'artisans etc. Une cellule sociale existant bien avant toute intervention de développeurs professionnels. Une communauté dont les liens sont divers: famille, compétences, hiérarchie traditionnelle, relations d'autorité ou d'entraide, liens reli ieux ou oliti ues etc.

La communauté de base, ce n'est as: Un groupement coopératif de conception étrangère.

Un groupement créé d'autorité par les cadres d'un projet pour en faciliter la réalisation, conformément au ro ramme. Une liste de noms fournis à un "animateur" de passage.

Une initiative de base, c'est: Une initiative prise par une communauté de base conformément à sa propre décision.

Une initiative qui peut s'inspirer de connaissances traditionnelles ou nouvelles et qui a le même groupe pour décideur et acteur. Une initiative qui peut être prise par plusieurs villages ou groupes ensemble.

L'initiative de base, ce n'est pas: Une initiative prise par des cadres cherchant à entraîner des paysans, ou la pseudoinitiative d'un groupe créé de toutes pièces sous l'influence d'un agent extérieur. Un petit créneau de choix laissé aux paysans à l'intérieur d'un programme établi d'avance, en dehors d'eux. L'initiative de cadres subalternes par rapport aux consignes de cadres supérieurs.

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L'appui à l'initiative de' base. c'est: Un appui demandé par la communauté de base pour l'une de ces entreprises. Un appui dont les modalités sont mises au point avec le demandeur. Un appui qui n'écrase pas de dettes la communauté aidée. Un appui assimilable par la communauté concernée. Un appui qui permet à la communauté aidée de progresser à son rythme. Un appui complémentaire de l'effort fourni par le demandeur.

L'appui à l'initiative de base ce o'est pas: Un appui dont l'utilité aurait été fortement suggérée aux "bénéficiaires" . Un appui dont les modalités sont fixées d'en haut selon une conception rigide du projet d'aide. Un appui qui endette beaucoup, et à long terme. Un appui au-dessus des capacités d'approbation de cette communauté. L'exécution d'un calendrier luimême déterminé par le calendrier du bailleur de fonds. Un appui correspondant à une décision unique pour tous les villageois de l'aire de compétence du projet. Aider et ioformer, ce n'est pas: Encadrer le milieu rural.

Aider

et informer,

c'est:

Répondre à une demande de manière précise et selon un accord entre les deux partenaires. Tenir le milieu-acteur au courant des possibilités qui s'offrent à lui.

Implanter un encadrement pratiquant la rétention d'information et prenant les responsabilités à la place des acteurs. Exproprier le milieu rural de ses Laisser le milieu s'organiser luimême pour utiliser l'aide, après chances de prendre en charge sa propre organisation en voulant qu'il ait identifié les compétences. l'organiser de l'extérieur. Reconsidérer le vocabulaire est Prétendre animer, c'est croire que la nécessaire mais pas suffisant. C'est communauté rurale concernée n'a ni surtout le complexe de supériorité vie ni essor propres. qu'il faut combattre en se mettant à Prétendre organiser le milieu, c'est l'école du milieu rural de la vouloir substituer sa propre communauté de base concernée!. compétence au pouvoir d'organisation interne du milieu concerné.

1 Cf. la dernière circulaire reçue si vous êtes agent de développement dans un village, et votre document de projet si vous êtes cadre de l'équipe de direction d'un projet.

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3. La R.A.D. : présentation méthodologique

Nous donnerons une présentation globale de la méthode afin que le lecteur puisse en comprendre les différentes étapes et leur articulation entre elles. Après avoir donné ce premier aperçu, nous étudierons en profondeur les aspects les plus importants et au sujet desquels nous avons reçu le plus de demandes d'information de la part des collègues souhaitant pratiquer la R.A.D. Un programme de développement .conçu selon la méthodologie R.A.D. se déroule selon deux axes: la recherche et l'action, et en plusieurs étapes au cours desquelles recherche et action seront toujours complémentaires. La première phase, qui s'achèvera par la rédaction du document de projet, fait une part plus grande à la recherche, car elle comporte l'identification de l'aire de compétences du projet ainsi que des communautés de base et de leurs motivations. Cette recherche est dynamique: elle inclut des actionstests faisant elles-mêmes l'objet d'observations et de recherches. Les phases suivantes sont des phases plus "opérationnelles". Mais la recherche conduite conjointement par l'équipe de projet et les populations concernées y a sa place: évaluation des technologies utilisées, des modes d'organisation produits, mise au point des méthodes d'action (avec auto-évaluation), élaboration de documents divers nécessitant toujours une connaissance plus approfondie du terrain, etc. 22