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Devenir adulte aujourd'hui

De
230 pages
Comment devient-on adulte aujourd'hui ? En comparant des transitions vers la vie adulte dans plusieurs pays, ce livre examine la construction de ces processus, à la fois individuels et collectifs, mais aussi les sens que prennent les rapports intergénérationnels, les expérimentations juvéniles et les notions d'autonomie dans des contextes sociétaux divers, aux contraintes, ressources, modèles culturels et temporalités variables : à chaque société sa, ou plutôt ses jeunesses.
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Devenir adulte aujourd'hui
Perspectives internationales

Collection Débats Jeunesses dirigée par Bernard Roudet Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire La collection «Débats Jeunesses» a été créée en appui à AGORA Débats Jeunesse, revue de l'INJEP, éditée par L'Harmattan. Le comité de rédaction de la revue constitue le comité éditorial de la collection. Le secrétariat de rédaction est assuré par Apolline de Lassus.
Jean-Pierre AUGUSTIN, Jean-Claude GILLET, L'animation professionnelle. Histoire, acteurs, enjeux. Valérie BECQUET, Chantal de LINARES(dir.), Quand les jeunes s'engagent. Entre expérimentations et constructions identitaires. Manuel BOUCHER, Alain VULBEAU(dir.), Émergences culturelles et jeunesse populaire. Turbulences ou médiations? Martine COHEN(dir.), Associations laïques et confessionnelles. Identités et valeurs. Olivier DOUARD(dir.), Dire son métier. Les écrits des animateurs. Olivier DOUARD,Gisèle FICHE (dir.), Les jeunes et leur rapport au droit. Olivier GALLAND, Bernard ROUDET(dir.), Les valeurs des jeunes. Tendances en France depuis vingt ans. Geneviève JACQUlNOT (dir.), Groupe de recherche sur la relation enfants médias, Les jeunes et les médias. Perspectives de la recherche dans le monde. Yannick LEMEL,Bernard ROUDET (coordonné par), Filles et garçons jusqu'à l'adolescence. Socialisations différentielles. Éric MARLIÈRE, Jeunes en cité. Diversité des trajectoires ou destin commun? Pierre MAYOL, Les enfants de la liberté. Études sur l'autonomie sociale et culturelle des jeunes en France. Geneviève POUJOL(dir.), Éducation populaire: le tournant des années soixante-dix. François PURSEIGLE, Les sillons de l'engagement. Jeunes agriculteurs et action collective. Patrick RAYOU, La cité des lycéens. Bernard ROUDET (dir.), Des jeunes et des associations. Maxime TRAVERT, L'envers du stade. Le football, la cité et l'école. Alain VULBEAU, Les inscriptions de la jeunesse.

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01268-X

Sous la direction de

Claire Bidart

Devenir adulte aujourd'hui
Perspectives internationales

L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique; FRANCE L'Harmattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

75005 Paris

L'Harmattan ItaIia Via degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

LISTE DES AUTEURS

Cyprien Avenel, sociologue, Caisse nationale des allocations familiales, enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris. Claire Bidart, sociologue, Laboratoire d'économie et de sociologie du travail, CNRSuniversité de la Méditerranée-université de Provence, Aix-en-Provence. Marc Breviglieri, sociologue, Groupe de sociologie politique et morale, EHESSCNRS, Paris, enseignant à l'IUT de l'université Paris-Descartes. Vmcenzo Cicchelli, sociologue, Centre de recherche sur les liens sociaux, CNRSuniversité Paris-Descartes, enseignant à l'université Paris-Descartes. Olivier Galland, sociologue, Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique, CNRS, Maison des sciences de l'homme, Paris. Maribel Garcia Gracia, sociologue, membre du groupe de recherche «Éducation et travaih>, université autonome de Barcelone, Catalogne, Espagne. Sandra Gaviria, sociologue, Centre interdisciplinaire de recherche en transports et affaires internationales, université du Havre-CNRS, membre associé du Centre de recherche sur les liens sociaux, CNRS-université Paris-Descartes, enseignante à l'université du Havre-institut universitaire de technologie. Magdalena Jarvin, sociologue, membre du «Car Internet Research Program» de l'université d'Ottawa, membre associé du Centre de recherche sur les liens sociaux, CNRS-université Paris-Descartes. Daniel Lavenn, sociologue, centre Maurice Halbwachs-Maison de la recherche en sciences humaines, université de Caen. Jean-Marie Le Goff, démographe, Centre lémanique d'études des parcours et modes de vie et Institut interdisciplinaire d'études des trajectoires biographiques, université de Lausanne, Suisse. Léa Lima, sociologue, Universita degli studi di Milano-Bicocca, Dipartimento di sociologia e ricerca sociale, Milan, Italie. Rafael Merino Pareja, sociologue, membre du groupe de recherche «Éducation et travaih>, université autonome de Barcelone, Catalogne, Espagne. ArmeUe Testenoire, sociologue, groupe de recherche Innovations et Sociétés-université de Rouen, enseignante à l'université de Rouen. Laurence Thomsin, géographe et démographe, chercheur qualifié du Fonds national de la recherche scientifique, Institut des sciences humaines et socialesunité de recherche «Life Events' Data Analysis» (LEDA), université de Liège, Belgique. Karine Tourné, sociologue, Centre d'études et de documentation économique, juridique et sociale, CNRS, Le Caire, Égypte. Cécile Van de Velde, sociologue, centre Maurice Halbwachs, CNRS-EHESS-ENS, Paris, enseignante à l'université de Lille III.

TABLE DES MATIÈRES

Liste des auteurs.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 6

Introduction Les transitions vers l'âge adulte: différenciations sociales et culturelles, par Claire Bidart .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 9
PREMIÈRE PARTIE COMMENT LES SOCIÉTÉS «FONT-ELLES» LEURS JEUNESSES? CHAPITREI

21

Devenir adulte en Europe: un regard anthropologique, par Olivier Galland. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 23
CHAPITRE II

«Se trouver», ou le temps long de la jeunesse au Danemark, par Cécile Van de Velde. . . . . . . . . .. .. 37
CHAPITRE III

Le temps de l'insertion dans les politiques sociales, en France et au Québec, par Léa Lima. . . . . . . . . . . .. 55
CHAPITRE IV

Comprendre la catégorie d'« adolescent» dans les sociétés méditerranéennes, par Marc Breviglieri et Vincenzo Cicchelli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 71

DEVENIR

ADULTE

AUJOURD'HUI.

PERSPECfIVES

INTERNATIONALES

DEUXIÈME PARTIE QUELS AGENCEMENTS ENTRE LES SPHÈRES DE LA VIE? CHAPITRE V

87

Modèles de passage vers l'âge adulte: la Suisse, au carrefour des cultures européennes, par Jean-Marie Le Goff et Laurence Thomsin
CHAPITRE VI

89

Quand les jeunes Espagnols et les jeunes Français quittent leurs parents, par Sandra Gaviria . . . . . . . . .. 111
CHAPITRE VII

Changements dans la transition vers la vie adulte en Catalogne, par Maribel Garcia Gracia et Rafael Merino Pareja. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 125
CHAPITRE VIII

Sortir la nuit à Stockholm et à Paris: un indicateur de la transition biographique, par Magdalena Jarvin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 145
TROISIÈME PARTIE AUTONOMISATlON ET RENÉGOCIATlONS CHAPITRE IX

IDENTITAIRES

161

Se dire adulte en France: le poids des origines sociales, par Claire Bidart et Daniel Lavenu
CHAPITRE X

163

Des femmes sans jeunesse? par Armelle Testenoire CHAPITRE XI

Les mères précoces,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 181 . . . . . . . . . . . .. 195

Se marier en Égypte, par Karine Tourné.
CHAPITRE XII

Quelle autonomie pour les jeunes issus de l'immigration maghrébine?, par Cyprien Avenel. . . . . . . . . . . . . . .. 211

Conclusion Jeunes et sociétés: évolutions et ambivalences, par Claire Bidart

229

INTRODUCTION

Les transitions vers l'âge adulte: différenciations sociales et culturelles
Claire BIDART

AR quels processus et quels cheminements les jeunes deviennent-ils des adultes dans leurs sociétés? Comment se construisent historiquement et socialement ces transitions? Quels différences peut-on voir dans leurs rythmes, leurs ordonnancements, mais aussi dans les sens que prennent ces étapes dans des environnements sociaux et culturels divers? Telles sont les questions que nous souhaitons aborder dans cet ouvrage. Le constat d'une variété croissante des parcours d'entrée dans la vie adulte a suivi de près celui d'un allongement général de la jeunesse et d'une désynchronisation des «seuils» du passage à l'âge adulte. On serait ainsi passé d'un modèle normatif relativement simple concentrant les étapes dans le temps et dans l'espace social (le départ du foyer des parents s'articulant avec l'entrée dans la vie professionnelle et la constitution d'une nouvelle famille, de façon assez homogène), à une diversité de modèles plus ou moins distendus, spécifiques, entrecroisant les rythmes et

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PERSPECflVES

INTERNATIONALES

les étapes. La jeunesse n'apparaîtrait plus ni comme une classe d'âge, ni comme un éventuel groupe social. Certains observateurs vont alors jusqu'à parler d'une «individualisation» des parcours, altérant un peu sans doute l'analyse et l'explication sociologiques des phénomènes et des comportements, toujours pertinentes même si ceux-ci sont plus complexes qu'auparavant... On doit en outre se demander si cette complexité ne réside pas davantage dans la finesse croissante des outils et des analyses que dans les données elles-mêmes, celles-ci pouvant être de plus déformées par nos lunettes historiquement et géographiquement étalonnées sur l'Europe (ou l'Amérique) de la fin du xxe siècle, sans parler du fait que les modèles antérieurs ont pu être caricaturés, simplifiés et abusivement généralisés. Pour autant, la jeunesse recouvre une réalité spécifique: elle est une expérience précise, un moment particulier d'entrée dans la carrière, de mise en œuvre éventuelle des héritages et des atouts, de choix impliquant divers domaines de la vie, d'acquisition progressive de rôles sociaux globaux. Cette expérience et son vécu «font» sens, un sens qui donnera ses couleurs à la suite du parcours, et non l'inverse; plusieurs auteurs dénoncent en effet le centrage excessif des focales sur un âge adulte vers lequel tout tendrait, point d'aboutissement qui seul valide les réalisations, les engagements et les projets de la jeunesse... sans être jamais véritablement défini. La jeunesse ne peut être simplement définie comme une attente ou un manque d'état d'adulte. Les jeunes sont des acteurs, des sujets de leur histoire, même s'ils ne s'inscrivent pas encore dans certains rôles sociaux centraux comme celui de travailleur, d'époux ou de parent; nous le verrons en particulier par l'exploration de certaines situations limites, hors normes ou manifestant peut-être l'émergence de nouvelles normes ou de nouvelles divisions sociales. Les éléments définissant le jeune et l'adulte perdent un peu ici de leur caractère dichotomique, essentialiste, statique, au travers d'exemples précis montrant plutôt des dynamiques à l'œuvre, des progressions, des expériences vécues. Ces processus ne sont pas non plus alignés sur une temporalité linéaire mais montrent plutôt, nous le verrons, leur combinatoire et leur relativité en fonction des contextes, des époques, des situations... Nous avons ainsi retenu le terme de «transition », dans la mesure où il privilégie la dimension dynamique et s'éloigne des 10

INTRODUCTION

conceptions «essentialistes» de la jeunesse comme classe d'âge ou comme groupe social unifié. Les notions de «seuil» ou de «passage» s'avèrent trop fixistes, catégoriques, voire «adultocentriques». Il s'agit plutôt d'envisager les façons dont les jeunes avancent vers la vie d'adulte dans les sociétés dans lesquelles ils vivent. Plutôt que de rechercher la vérité d'un passage radical et univoque, nous explorons ici des étapes hétérogènes, des domaines aux temporalités distinctes, des états relatifs et des processus relationnels complexes, dans toutes leurs subtilités et leurs entremêlements. Par la confrontation de contextes divers, au moyen de comparaisons internationales ou par l'exploration de réalités culturelles contrastées, nous tentons de mettre au jour des facteurs intervenant sur les transitions vers l'âge adulte: facteurs inscrits dans les structurations sociales (législations, politiques publiques.. .), dans les contextes socia-économiques et politiques (systèmes éducatifs, marché du travail, formes de citoyenneté...), dans les systèmes culturels (modes de transmission intergénérationnelle, conceptions philosophiques et religieuses, émergence de valeurs nouvelles...), mais aussi facteurs relevant d'échelles et de temporalités plus restreintes (histoires familiales, événements biographiques, interactions relationnelles...). Les comparaisons de ces rapports divers entre les jeunes et les sociétés dans lesquelles ils vivent, l'analyse des différentes façons dont s'articulent leurs transitions biographiques et les particularités des contextes sociétaux nous aideront à percevoir les enjeux et les déterminants de leurs insertions sociales. Comment rentrent-ils dans des rôles adultes, comment les font-ils évoluer? Chaque société, chaque ensemble culturel ordonne la façon dont «sa» jeunesse est socialisée; pourtant, des évolutions sont sensibles, ainsi que des situations de déséquilibre, de paradoxe. Celles-ci montrent que les systèmes sociaux sont complexes, dynamiques, partiellement cohérents, mais aussi que les jeunes peuvent être des acteurs de ces mouvements. La comparaison montre également sa pertinence dans la dimension historique: époques et générations définissent diversement leurs jeunesses, leur confèrent des positions, des ressources et des sens variés. L'analyse de cohortes différentes situées dans leurs contextes historiques, économiques et politiques permet là aussi de dégager des caractéristiques du lien entre jeunes et sociétés.

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ADULTE

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PERSPECTIVES

INTERNATIONALES

Au sein même de chaque système culturel mais aussi au long d'axes qui leur sont transversaux, les jeunesses montrent par ailleurs leurs diversités et leurs inégalités. Garçons et filles,jeunes issus des classes supérieures, moyennes ou populaires en particulier, révèlent des manières bien différentes de devenir adulte. Souvent aussi marquants que les différences culturelles, ces clivages sociaux en sont partie intégrante, contribuent à les définir, à les orienter, et infléchissent leurs réalisations. Tout autant que les comparaisons à grande échelle, les investigations précises et localisées susceptibles d'éclairer des expériences contrastées sont ici prises en considération. En cherchant à isoler les facteurs pertinents qui jouent sur cette diversité des âges, des rythmes, des parcours, des conceptions, les auteurs révèlent, plus que des causalités linéaires, des faisceaux de facteurs qui ensemble contribuent à construire les transitions vers la vie adulte, dans chaque société. Les explications des différences sont ainsi multidimensionnelles, renvoyant à l'histoire, aux politiques publiques, aux mœurs, aQXcultures macro- et microlocales, aux périodes, etc., de même qu'elles se situent à des échelles diverses, allant du groupe de parents ou d'amis à la société globale ou à la civilisation. Elles sont également articulées entre elles, de manière spécifique dans chaque société qui agence à sa manière les rapports entre l'État, le système de formation, le marché du travail, la référence à la justice, les politiques familiales, etc. Par ailleurs, les sphères de la vie interagissent entre elles dans la définition des parcours: les projets professionnels et matrimoniaux, les parents et les amis, les quartiers et les institutions sociales... jouent le plus souvent des rôles combinés. Plutôt que d'identifier des variables isolées, les travaux présentés ici font apparaître des configurations, des agencements sociétaux spécifiques dont les origines renvoient à des ensembles culturels plus larges encore, englobants ou transversaux. L'explication de la diversité actuelle des modes de transition vers la vie adulte se situe ainsi dans l'imbrication des réalités sociales et des systèmes complexes d'interprétation. Enfin, quelle que soit l'échelle envisagée, le «détour» par les représentations sociales est décliné tout au long de cet ouvrage. Conceptions des acteurs, valeurs familiales, normes culturelles, principes de civilisation... nous permettent de mieux comprendre tant les grands flux démographiques que les comportements individuels, en passant par les structures sociales ou 12

INTRODUCTION

les politiques publiques. En effet, si la morphologie sociale, la démographie et la statistique déterminent des «seuils» biographiques et étudient leurs agencements, pour autant la question sociologique reste entière: que signifient ces seuils, et en quoi définissent-ils cette portion de la vie? Les sens donnés à ces réalités sociales et à ces étapes sont donc ici privilégiés. Les conceptions de la famille, de l'autonomie, de l'individu, des rôles sexués, de la réussite sociale, par exemple, interviennent fortement dans les choix biographiques et dans les rapports sociaux qui tracent les grandes tendances. Nous cherchons ainsi à cerner les logiques compréhensives dans lesquelles se dessinent les transitions vers l'âge adulte. L'ouvrage se divise en trois parties, dont voici les grandes lignes.

1

- Comment

les sociétés «font-elles»

lenrs jennesses

?

Les temporalités des transitions vers la vie adulte sont diverses selon les contextes historiques et sociétaux. Les institutions, les politiques publiques, mais aussi les regards portés par les analystes sur la jeunesse contribuent à les définir et à les structurer. À partir du constat d'importantes variations dans les âges et les ordonnancements des transitions vers la vie adulte, émergent des questions renvoyant aux facteurs explicatifs de ces variations. Cette analyse nous fait remonter très loin dans le temps et dans les origines des structures sociales de différents pays et aires culturelles. Partant de données comparatives sur les rythmes et les agencements des transitions vers la vie adulte dans les différents pays d'Europe, Olivier Galland «remonte» le fil des facteurs susceptibles d'expliquer les contrastes marquants. Il met ainsi l'accent sur la différenciation des modèles, en insistant sur l'importance des contextes de leur émergence et de leurs transformations. Il identifie les composantes démographiques, économiques, politiques de ces contextes, mais montre surtout que l'analyse de ces modèles nous emmène encore plus loin, jusqu'aux traditions culturelles et à l'histoire des civilisations. Des éléments anthropologiques comme les rapports entre mère et fils ou la notion de l'honneur sont impliqués dans les modalités de socialisation des jeunes adultes, conférant par exemple des sens très divers au fait de vivre chez ses parents... Les traditions 13

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ADULTE AUJOURD'HUI.

PERSPECTIVES

INTERNATIONALES

culturelles, les types d'État-providence et les modalités du contrat intergénérationnel sont en outre interdépendants. Olivier Galland tisse ainsi des fils entre divers ordres de facteurs comme les conceptions de la famille, les taux de célibat, la composition des maisonnées, les taux d'activité féminine, en signalant l'importance centrale des rôles sexués. Cécile Van de Velde, en détaillant le modèle nordique et plus précisément le cas des jeunes Danois, identifie à travers cet exemple l'intrication des éléments qui façonnent les transitions: formes d'intervention de l'État, modes d'intégration, normes familiales... et, là aussi, représentations culturelles. Les valeurs d'indépendance qui prévalent aujourd'hui renvoient à la tradition historique d'initiative individuelle et d'égalitarisme caractéristique des sociétés protestantes. Là aussi, on remonte à la référence anthropologique très ancienne, celle de la «famille nucléaire absolue ». La jeunesse danoise actuelle montre des transitions particulièrement longues et dédiées à l'expérimentation personnelle. Les jeunes quittent tôt leurs parents et, favorisés par des aides importantes et peu contraignantes de l'État, par une situation économique favorable, par des passerelles continuelles entre études et emploi, par une valorisation de la vie en solo, par une «défamilialisation» des parcours et des normes... prennent le temps de grandir en privilégiant leur développement personnel. Le rapport entre les modes de transition et les structures sociales est précisément développé ici, sans négliger l'étude des représentations exprimées par ces jeunes, lesquelles montrent bien le sens que prend ce «moratoire» pour les jeunes Danois. Léa Lima nous fait pénétrer dans les spécificités des politiques publiques françaises et québécoises pour mettre en avant leurs différences au regard de la «chronologisation» du cycle de vie, de la définition fonctionnelle de cette période biographique et de l'inscription des droits et devoirs conférés à la jeunesse. Elle pointe les logiques et les dynamiques d'institutionnalisation dans chacun de ces pays, en montrant les enjeux des évolutions des dispositifs. Une grille assez fine d'analyse de ces politiques, qui s'ancre dans de multiples dimensions et rend compte des dynamiques historiques, permet d'éviter de s'arrêter à l'idée d'une destructuration des repères d'âge. TIs'agit plutôt de questionner le lien entre institutionnalisation et standardisation des parcours. 14

INTRODUCfION

Marc Breviglieri et Vincenzo Cicchelli mettent en lumière les enjeux et les dangers de l'exercice comparatif, qui revient trop souvent à supposer universelles les catégories importées dans des contextes différents. Reprenant alors la généalogie de la catégorie «adolescence» depuis les États-Unis, ils se montrent vigilants quant à son éventuel déplacement vers les sociétés méditerranéennes. Ils démentent l'idée d'une «américanisation» de ces populations, en soulignant l'écueil politique qui consiste à définir ces régions en termes de manques ou de retards. Ils remontent la chaîne des principes politiques, des idéologies et des valeurs qui «équipent les institutions» jusqu'aux questions du bien commun et du sens du juste, en désignant les irréductibles différences entre les sociétés du pourtour occidental méditerrànéen quant aux formes du «vivre ensemble» qui façonnent les expériences adolescentes. Si ces travaux nous rappellent l'impact de l'avènement des sociétés industrielles et de l'allongement de la scolarisation en particulier sur la standardisation des parcours et l'émergence de la période transitoire de la jeunesse, ils nous disent aussi que les racines des différences dans les modes de transition remontent bien plus loin encore dans le temps. Elles résident dans les cultures, les civilisations, les horizons moraux qui contribuent à définir les représentations de la famille, de l'individu, du travail, des rôles sexués.

2 - Quels agencements

entre les sphères de la vie?

On pénètre ici davantage dans l'étude des processus d'accès à l'autonomie. Selon les pays, selon les cultures, quels sont les priori- . tés, les délais, les moratoires, en fonction des diverses sphères de la vie qui «font sens» en la matière? Le rapport au travail se montre certes pertinent, mais les facteurs explicatifs résident aussi dans le rapport à la famille, à la maison parentale, dans les relations avec les pairs... Au nord de l'Europe, le temps de l'exploration et de la formation, du «grandir seul» ; au sud, celui de l'inscription dans la lignée familiale, de 1'«être avec»... Des différenciations de genres, de générations, de classes sociales traversent également les pays et renvoient à des conceptions diverses de l'individu et de la socialisation. Des changements à l'échelle historique et des processus biographiques à une échelle plus individuelle s'entrecroisent ici. 15

DEVENIR

ADULTE AUJOURD'HUI.

PERSPECTIVES

INTERNATIONALES

Jean-Marie Le Goff et Laurence Thomsin nous confirment l'ancienneté des racines des différences entre pays du nord et du sud de l'Europe, en montrant la place particulière de la Suisse au carrefour d'influences diverses, latine et germanique, catholique et protestante... En comparant les calendriers biographiques des jeunes Suisses avec ceux de leurs voisins (Allemands, Autrichiens, Français, Italiens), et cela pour plusieurs générations, ils identifient deux types de parcours rpais surtout affirment la nécessité d'affiner et de compléter les «bornes» généralement envisagées, en ajoutant des considérations de durée (dans un emploi ou un logement) et de distance (changement de commune et éloignement du logement des parents). Ils enrichissent ainsi la réflexion méthodologique en vue de mieux cerner les évolutions et les différences dans les modalités des transitions vers la vie adulte, tout en pointant la spécificité du modèle suisse. En comparant les façons dont les jeunes Français et Espagnols quittent le foyer de leurs parents, Sandra Gaviria montre qu'ils suivent des processus différents de «construction de soi». Les jeunes Espagnols quittent la maison familiale bien plus tard que les jeunes Français, et le font en général pour se marier et fonder eux-mêmes une famille. Le domicile des parents reste à leur disposition même après qu'ils l'ont quitté. L'autonomie pour eux se joue en famille, celle-ci conférant la part centrale de leur identité. Les jeunes Français, en revanche, partent pour vivre seuls avant de fonder une famille, et leur identité se construit dans une dimension plus individuelle. Les différences de calendriers révèlent alors leurs fondements culturels. Contre une vision de la jeunesse comme groupe d'âge et une conception linéaire de la transition, Maribel Garcia Gracia et Rafael Merino Pareja défendent la perspective biographique et l'étude des processus de transition. Les dispositifs institutionnels mis en place, les évolutions des systèmes économiques nationaux, mais aussi les différenciations sociales internes à un même pays font toujours de ces transitions une question sociale. À partir d'une enquête auprès des jeunes Catalans, ils identifient les facteurs multiples impliqués dans les évolutions des itinéraires des jeunes, allant du système éducatif au marché du travail, tout en passant aussi par les aspirations des familles, les qualifications professionnelles attendues et réalisées, les aides apportées par les parents, les origines sociales, le genre... Les transitions biographiques révèlent alors leurs enjeux sociaux et politiques. 16

INTRODUCTION

Magdalena Jarvin montre l'importance des groupes de pairs et des «scènes» publiques dans le processus de socialisation. En comparant les pratiques de sortie nocturne des jeunes Suédois et Français, leurs comportements dans les bars, leurs descriptions de la sociabilité nocturne, elle pointe les enjeux identitaires à l'œuvre dans ces différences. Alors que pour les jeunes Suédois ces sorties constituent une sorte de «passage obligé» qui reste très borné dans le temps, pour les jeunes Français on peut les pratiquer, les délaisser, y revenir, et construire une plus grande continuité avec les espaces privés. Magdalena Jarvin relie cette différence à l'autonomisation plus précoce au Nord, qui permet la constitution de normes entre pairs, alors qu'en France les espaces familiaux et amicaux, privé et public, sont davantage imbriqués et complémentaires. Ces exemples nous permettent de préciser ce qui constitue les «expérimentations» de la jeunesse: qu'expérimente-t-on, quels sens prennent les expériences, font-elles vraiment «seuil»? Pour qui? Avec qui?

3

- Autonomisation

et renégociations

identitaires

Qu'est-ce que devenir adulte, devenir autonome? Ces notions méritent d'être questionnées plus profondément. Elles révèlent aussi des différenciations sociales. On entre plus précisément maintenant dans des distinctions transversales aux contextes nationaux, plus qualitatives et subjectives, aussi. On constate alors que les transitions sont relatives, partielles, et que bien des jeunes récusent les injonctions sociales ou reconnaissent peu les seuils usuels. La dimension de la transmission intergénérationnelle est aussi évoquée ici. Les ancrages familiaux et territoriaux interviennent, mais se recomposent et se renouvellent. Sortir de la jeunesse ne se fait pas sans la prise en compte des divers espaces d'insertion des individus. Claire Bidart et Daniel Lavenu reviennent sur la notion de transition en questionnant sa borne supérieure: vers quoi avance la jeunesse? Qu'est-ce que l'entrée dans l'état d'adulte? Afin de contribuer à éclairer cette fausse évidence, ils ont posé à plusieurs reprises la question à un panel de jeunes Français: se considèrent-ils comme adultes, et pourquoi? Ils analysent alors les attributs de ces jeunes, mais surtout les argumentaires qu'ils 17

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PERSPECTIVES

INTERNATIONALES

mobilisent. Les jeunes issus des classes populaires et les jeunes issus des classes supérieures montrent des «manières» différentes de se dire adulte (ou non adulte). Si certains se déclarent adulte «de fait », d'autres attendent d'être adulte «pour soi ». Les transitions apparaissent ici souvent partielles et relatives aux situations et aux contextes relationnels. La question de l'individualisation des parcours est discutée à la lumière de ce clivage bien social. À partir du «cas limite» des mères précoces en France, Armelle Testenoire nous montre que des' décalages par rapport à une norme temporelle biographique peuvent révéler des changements sociaux à l'œuvre, perceptibles dans la prise en considération des rapports intergénérationnels. Elle réinscrit ainsi les parcours féminins dans leur lignée. Dans un premier temps, cette mise en perspective montre la permanence d'un modèle populaire «familialiste» distinct de la norme dominante en matière de calendrier biographique. Mais ce regard identifie aussi, dans les interstices de ce modèle, des processus de prise d'autonomie qui distinguent ces jeunes femmes de leurs mères et révèlent des mutations sociales en cours. La combinaison complexe de l'ancrage familial et de l'autonomie des jeunes contribue là aussi à éclairer la spécificité des classes populaires et les limites du mouvement contemporain d'individualisation des parcours des jeunes. Karine Tourné étudie une autre tendance historique globale, celle de l'année de plus en plus tardive du mariage en Égypte, qui dans le temps d'une génération apparaît comme une conséquence de changements économiques et sociaux. Elle montre l'injonction contradictoire à laquelle sont confrontés des jeunes, désignés comme incompétents économiquement, à réaliser un mariage nécessaire à leur inscription sociale. Le contrat social peut se distinguer là du contrat générationnel, l'autonomie restant inscrite dans les rapports familiaux: on peut devenir adulte en quittant ses parents pour fonder sa propre famille, mais on peut le devenir aussi en apportant de l'aide à ses parents. Mais Karine Tourné montre aussi que des «cas limites» apparaissent et révèlent une diversité d'expériences individuelles susceptibles d'indiquer des changements culturels à l'œuvre. Elle revient alors sur la notion d'autonomie. Cyprien Avenel, partant du contexte des quartiers réputés «sensibles», développe la question des modalités d'entrée dans 18

INTRODUCTION

la vie adulte des jeunes Français issus de l'immigration. Quelles sont les stratégies d'autonomisation de ces jeunes qui subissent, plus que d'autres, des situations de chômage, de précarité voire de discrimination? Loin d'être «tiraillés» entre deux cultures, ces jeunes développent des identités parfois réactives, qui doivent compter avec une ethnicisation s'affirmant plus comme une construction sociale et un rapport entre groupes sociaux que comme une définition substantive. Garçons et filles interprètent des rôles différents mais pas toujours complémentaires, où l'autonomie se joue envers le groupe de pairs, le quartier, l'école, la famille, le travail, dans des tensions complexes. Tous ces textes nous conduisent ainsi à envisager les normes culturelles à l'œuvre dans les transitions vers la vie adulte, tant à l'échelle des comparaisons internationales que dans les divisions internes à une société et transversales à ses âges. Les jeunes, dans leurs rapports avec ces normes et avec leurs sociétés, apparaissent comme révélateurs des changements sociaux à l'œuvre. Cette perspective, déjà développée par la commission «Jeunesse» du Commissariat général au plan!, a été reprise lors des premières Rencontres jeunes et sociétés en Europe et autour de la Méditerranée2, qui se sont tenues à Marseille en octobre 2003. Ces rencontres, dont la plupart des textes présentés ici sont issus, ont affirmé la nécessité de concevoir les jeunes (ou les jeunesses) dans leurs rapports avec les sociétés dans lesquelles ils vivent. C'est dans cette lignée que cet ouvrage se propose de traiter la question des transitions vers la vie adulte.

Notes
1. ÛiARVET nir, La 2. Pour plus cf leur D. (00.), CoMMISSARIAT GÉNÉRAL DU PLAN,Jeunesse, le devoir d'aveDocumentation française, Paris, 2001. d'information sur ces rencontres qui se tiennent tous les deux ans, site Web: http://jeunes-et-societes.cereq.fr/

19

PREMIÈRE

PARTIE

COMMENT «FONT-ELLES»

LES SOCIÉTÉS LEURS JEUNESSES?

Chapitre I - Devenir adulte en Europe: un regard anthropologique, Olivier Galland
Chapitre Il - «Se trouver », ou le temps long de la jeunesse au Danemark, Cécile Van de Velde Chapitre III - Le temps de l'insertion dans les politiques sociales en France et au Québec, Léa Lima Chapitre IV - Comprendre la catégorie d'« adolescent» dans les sociétés méditerranéennes, Marc Breviglieri et Vincenzo Cicchelli

CHAPITRE

I

Devenir adulte en Europe: un regard anthropologique
Olivier GALLAND

A jeunesse s'allonge, les seuils de passage se désynchronisent, les étapes de transition vers le statut adulte se diversifient: ces tendances se retrouvent à peu près partout en Europe, mais lorsqu'on étudie de manière plus attentive les déclinaisons nationales de ces tendances globales, on est frappé de la diversité persistante des modèles européens de la transition vers l'âge adulte. Après avoir donné un aperçu de cette diversité, nous voudrions proposer quelques pistes de lecture anthropologique et historique qui nous semblent aujourd'hui souvent négligées dans l'interprétation de ces phénomènes.

L

Des modèles

contrastés

Les contrastes des formes de transition vers l'âge adulte restent saisissants aujourd'hui encore en Europe. Il suffit pour s'en convaincre de considérer la statistique simple du taux de corésidence des jeunes avec leurs parents dans les différents pays européens (figure 1).

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ADULTE AUJOURD'HUI.

PERSPECfIVES

INTERNATIONALES

Figure 1 Jeunes de 22 à 25 ans vivant chez lenrs parents dans les pays européens (%)
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Source: Eurostat, Panel communautaire

des ménages, vague 3 (1996).

L'opposition est nette entre les pays du sud et du nord de l'Europe. Les jeunes Méditerranéens sont extraordinairement tardifs dans la décohabitation familiale, alors que les Nordiques sont très précoces. Entre 22 et 25 ans, par exemple, il n'y a plus que 15 % des Danois qui vivent chez leurs parents, alors qu'on compte encore 88 % des Italiens et 89 % des Espagnols. Comme l'a montré Alessandro Cavalli (1993,2000), cette décohabitation très tardive des jeunes Méditerranéens ne signifie pas qu'ils restent soumis aux règles non écrites d'un modèle familial archaïque. Bien sûr, ils poursuivent très tard la cohabitation avec les parents, mais cela ne les empêche pas de jouir d'une grande liberté dans leur vie privée. Simplement, les traditions culturelles des pays du sud de l'Europe rendent improbable le fait de vivre hors de toute structure familiale. Les conditions économiques jouent également certainement un rôle: elles ne sont pas favorables à un accès précoce à l'autonomie (taux de chômage élevé et faibles aides publiques destinées aux jeunes). Toutefois, la corésidence avec les parents ne paraît pas liée à des raisons strictement économiques: en Italie du Nord, 60 % des jeunes hommes qui résident chez leurs parents travaillent et le chômage pousse beaucoup plus à cohabiter avec les parents au sud qu'au nord de la Péninsule. Le fait de résider chez les parents semble donc relever beaucoup plus d'un choix au nord, où il est fréquent, qu'au sud où il est plus rare (Saraceno,2oo0). 24

DEVENIR

ADULTE

EN EUROPE

- O. GALLAND

En d'autres termes, selon Chiara Saraceno, «vivre à la maison semble être une stratégie de court ou moyen terme qui permet de plus hauts niveaux de consommation et une vie pl~s facile, dans un contexte où les jeunes ont un considérable degré de liberté, tout en bénéficiant d'une haute qualité de "service". Ils ont aussi la possibilité d'épargner, et, par-dessus tout, de développer des stratégies bien ciblées d'éducation et de formation et d'entrée sur le marché du travail, puisqu'ils peuvent se permettre de choisir et d'expérimenter de nombreuses solutions». Nous verrons que ce modèle n'est finalement pas si éloigné du modèle français. Pour tenter de comprendre comment fonctionnent les différents modèles d'accès à l'indépendance, on peut examiner la vitesse d'accès aux différents attributs du statut adulte (résidence indépendante, vie en couple, revenu régulier, travail stable) pris séparément, comme le propose le tableau 1. Ce tableau montre que chaque pays a des combinaisons spécifiques de précocité et de retard en fonction des attributs que l'on considère. Un seul pays est précoce sur toutes les dimensions de l'indépendance: le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni reste à l'écart de la tendance générale qui voit la jeunesse se prolonger. Le modèle culturel et institutionnel de la jeunesse dans ce pays reste fondé sur l'idée que l'entrée dans la vie adulte doit se faire le plus vite possible. L'Espagne et l'Italie sont tardives sur toutes les dimensions. Les autres pays sont tardifs sur certains attributs, précoces sur d'autres. La France et l'Irlande sont, par exemple, deux cas opposés. Les jeunes Français quittent leurs parents et forment un couple assez vite, bien qu'ils soient tardifs pour obtenir un travail stable et disposer de leurs propres ressources. S'ils peuvent le faire, c'est évidemment grâce à l'aide familiale qui leur permet de s'émanciper partiellement avant d'être complètement maîtres de leur revenu. C'est le cas opposé pour les jeunes Irlandais: ils sont très tardifs pour avoir un logement indépendant et vivre en couple, alors qu'ils ont assez vite un travail et des ressources personnelles. Dans ce cas, ce sont peut-être plutôt des facteurs culturels que des facteurs économiques qui ralentissent l'accès à une vie indépendante.

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