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Devenir des processus pubertaires

De
172 pages
A partir de cures d'adolescents et de jeunes adultes, l'auteur met en lumière la fulgurance des processus pubertaires, souvent restés inachevés. Par leur courage et leur endurance ces jeunes analysants retravailleront les processus bloqués pour accéder enfin à la subjectivité. Reprendre le travail d'adolescence semble indispensable et très fructueux pour l'avancée, puis le dénouement de la cure psychanalytique.
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DEVENIR DES PROCESSUS PUBERTAIRES

Psycho- Logiques

Du même auteur

BaiadeJ enp!Jchana(yJe, Etoile, 1999 (épuisé) EnjànceJ etp!Jchothérapie, L'harmattan, 2000 V ~ageJ enp!Jchana(yJe, L'harmattan, 2003

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6217-4 EAN: 9782747562171

Christine de CRA UVELIN

DEVENIR DES PROCESSUS PUBERTAIRES
DANS LES CURES DE JEUNES ADULTES

Que sont les processus pubertaires devenus?

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Psycho - logiques Collection dirigée par Alain Brun et Philippe Brenot
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques. BALKEN Joséphine, Mécanismes de l'hypnose clinique, 2004. BALKEN Joséphine, Hypnose et psychothérapie, 2003. MALA WIE Christian, La carte postale, une oeuvre. Ethnographie d'une collection, 2003. WINTREBERT Henry, La relaxation de l'enfant, 2003. ROBINEAU Christine, L'anorexie un entre deux corps, 2003. TOUTENU Denis et SETTELEN, L'affaire Romand Le narcissisme criminel, 2003. LEQUESNE Joël, Voix et psyché, 2003. LESNIEWSKA Henryl(a Katia, Alzheimer, 2003. ROSENBAUM Alexis, Regards imaginaires, 2003. PIATION-HALLÉ Véronique, Père-Noël: destin de l'objet de croyance, 2003. HUCHON Jean, L'être vivant, 2003. ZITTOUN Catherine, Temps du sida Une approche phénoménologique, 2002. LANDRY Michel, L'état dangereux, 2002. MERAI Magdolna, Grands Parents Charmeurs d'enfants, 2002. LUONG Can-Liem, Psychothérapie bouddhique, 2002. RAOULT Patrick-Ange, Passage à l'acte. Entre perversion et psychopathie, 2002. CASTEL Anne, Destruction inachevée, 2002. BOUISSON Jean REINHARDT J.C., Ageing thresholds and vulnerability, 2002. TIRY Gérard, Approches du réel, 2002. LUONG Can-Liem, Psychologie politique de la citoyenneté du patriotisme de la mondialisation, 2002. SIRVEN René, L'enfant de 6 à 12 ans ou l'âge docile, 2002. SEBAN Gilles, Création artistique et figuration délirante, 2002. VIGUIER Régis, Un idéal pour la vie, 2002.

BEN REJEB Riadh, Intelligence test et culture, 2001.

TABLE DES MATIÈRES

T AB

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MAT

I È RE

S

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

7

FIAS

H. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 9

INTRODUCTION
M M CO URS E D ID IT AR NO TI 0 N DE FRA

..

11 12

Le tran{fertJur lap!yl'hanaIYJe l'adoleJ(ente de
Y AGE.

0 D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 5 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 7

AiÉTHODE

DE IRA. T/AIL

18

CHAPITRE

I

- LA THÉORIE

21

LES DEUX PROCESSUS D ADOLESCENCE 21 Le pro (eJJUJpubertaire 23 Rupture de développement ou ~'ClJJure d'hiJtoire 25 Le pro(eJJuJ de Ju~jeetivation dit adoleJeenJ 26 29 La.fin de l'adoleJ(enee - leJprotesJusd'adultité LARGUAiENT: L'AT~ANTAGE D'uN PREMIER CONTAC'TO[) D'uNE PREAiIÈRE CURE A L ADOLESCENCE 32 Au départ, l'adoleJ(en(e 35 Suivent leJ repriJes 36 _Formulons don( l'f?ypothèsede travail 37 OutilJ théoriqueJpour (e/te ~ypothèse 37 /i PROPOS DE LA T/IOLENCE PUBERTAIRE 39
IlL US IRA. TIO N. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 4 1

ConJtru(tionJ en analYse

47

Reprisessous tranifert Reprendreune cure ù site Fonctionde l'0o/etadolescens SOUIEUE Parlons du tranifert Parlons du contre-tranifert CHAPITRE II

57 58 60 69 70 72 75

- LA CLINIQUE

77

~O RENCE ... 77 UFO x 92 MICHEUNE 111 La cure de Micheline ou analYser son adolescencedans l'après-coupIl 3

Un affectdépressifva suivre,logiquede laperte

120

CHAPITRE III - RÉFLEXIONS SUR LES MECANISMES CONVIES. . .. . .. . .. . .. . . . . .. . .. . . . . .. . .. . . . . . . . .. . . . . . . . .. . .. . .. . ..123 AXES THEORIQUES. La pulsion d'emprise De l'empriseversl'obsolescence Distinctionsentrelesrepriseset les curesclassiques Considérations CONCLUSIONS... BIBLIOGRAPHIE 126 126 135 154 155 .165 ...171

FLASH I~e vieil homme J'applique en pointant JeJ deux braJ décharné.r bien tendus au-deJsus de sa tête courbée. Il prend son tempJ. Respirant un bon coup, regardant encore une fois la su1jàce liJse de l'eau turquoise, il plonge enjin correctement. Émergeant de l'onde, il entame une brasse lente mais bien rythmée. La caméra s'immobilise alors sur son visage pour y saisir .furtivement un éclat extraordinairement J'eune et lumineux, pétillant dans le regard presque adolescent de ce centenaire qui voulait apprendre à plonger. (Reportage de Lilan Purdom. T._F.1 juin 2001).

Le processus pubertaire de subjectivation processus adolescens, réactualisé, survivant ou inachevé l'adulte motive l'ensemble de ce travail.

dit dans

Que devient notre adolescence? Ne meurt-elle pas complètement? L'éclat dans ce regard serait-il un reste de processus pubertaire toujours vivant? Un fait est certain: nous gardons tous une nostalgie, un regret, un lien indélébile avec cette période clé de notre vie. À la question piège: - Et ton adolescence alors? Chacun de nous vacillera légèrement ou éprouvera un mélange d'affects confus voire inquiétants. Le terme de processus adolescens (Gutton, 1996) vient du latin adolescens; verbe adolescere = croître, grandir, se développer. A fortiori ce verbe accordé au participe présent, désigne encore mieux dans cette perspective psychanalytique le processus de subjectivation spécifique à l'adolescence. Cet essai s'oriente vers une spirale infinie, véritable plongée dans l'opacité des structures de l'inconscient,

toujours à l'œuvre, toujours actives comine les processus pubertaires, leurs devenirs et leurs incidences ultérieures sur la vie adulte, leurs advenues toujours possibles. Freud aimait la métaphore de la voie, du chemin (weiJ, sentiers escarpés, sinueux, parcours d'endurance ou des voies associatives, escalades, points d'arrêts. . . Suivons con tradictoires. sa piste en proposant deux métaphores

D'une part la course de traîneaux à chiens d'Iditarod en Alaska qui commémore chaque année le sauvetage de 90 enfants grâce au courage et à l'endurance du chien Balto. D'autre part, le cas d'un lithopédion cet einbryon fossilisé dans la paroi utérine, retrouvé au hasard d'une autopsie ou d'une échographie, petite statuette blanchâtre, ange cristallisé niché ad vitam aeternam dans la matrice: image saisissante extraite d'un manuel de gynécologie. Choc visuel pour tenter d'imaginer le fructueux ou la mort des processus de subjectivation pour les construire, ou alors calcification représentation idéale des processus pubertaires utilisés. Soit: la course d'endurance pour sauver les opposée à cette disgrâce de la nature, les lithopédions, empêche de naître tout en les gardant dans la mère. devenir : course interne, jamais enfants, qui les

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INTRODUCTION

La clinique de l'adolescence puis des reprises de cures après l'adolescence, les rémanences psychothérapiques chez le jeune adulte permettent d'évaluer le devenir des processus pubertaires. Que reste-t-il de ces processus? Que sont-ils devenus? La puberté ne semble pas capable de les anéantir complètement. Les nouvelles recherches centrées sur l'adolescence nous offrent des concepts, des outils cliniques aux orientations novatrices et pleines d'avenir. La «révolution freudienne» n'a pas exploité tout son potentiel et peut-être ne sommes-nous qu'au sous-sol de l'immense construction que le génial architecte viennois nous légua. C'est bien avec des jeunes filles «hystériques» en proie aux tumultes de leur pubertaire que Freud découvrit la psychanalyse. Le post freudisme passa l'adolescence sous silence, éludée par les psychanalystes jusqu'allx travaux relativement récents des auteurs cités plus bas qui se sont penchés sur ses processus. Nous supposons que cette éviction a une raison bien concrète et un sens profond, qu'elle est inhérente justement au principe même de la constitution de l'inconscient.

L'horreur de la scène pubertaire devrait normalement succomber au refoulement parce que trop violente, trop insupportable et effroyablement pathologique en l'état pour l'évolution du sujet. Le cas de Florence (page 78) montre combien la carence de refoulement rend sa vie insupportable et lui donne un sentiment aigu de folie. Dès lors, il est facile de comprendre le besoin de refoulement ou d'oubli profond des visions atroces qui la persécutaient. Cela paraît logique. Se pencher avec tendresse sur la sexualité des petits pervers polymorphes est touchant de bienveillance. On économise ainsi de flirter avec la dangerosité des processus pubertaires, l'enfance étant si loin, si belle, si nostalgique, enfin, pour tout dire, moins dérangeante. Cette scène pubertaire (fantasmes à fleur de peau d'inceste et de parricide) est vite occultée ou censurée au profit de la scène primitive et de la sexualité infantile. Les théories sexuelles infantiles si charmantes et anodines ne dérangent aucunemel1t les chercheurs unifiés par leurs concepts. Dans cette optique, l'adolescence n'aurait pas grand intérêt pour eux; un grand saut par-dessus peut éviter la brèche. Dans une telle opération intellectuelle s'est perdu, à l'insu des protagonistes, un trésor: celui de la saisie fructueuse des processus pubertaires, désorganisateursorganisateurs, entremêlés ou successifs. Un 110n-dit, selnblable à un vieux secret de famille, recouvre l'histoire du devenir de l'adolescence, avec cOlniquement la même timidité ou malaise qu'induisent ces fameux processus.

Le transfert sur la psychanalyse

de l'adolescence

Est indispensable pour ce travail la notion de «transfert sur la psychanalyse de l'adolescence» (Gutton, 2000, p. 191). Ce courant de pensée est fondamental pour l'analyse des processus à l'œuvre dans les cures de jeunes adultes, qu'ils soient venus ou non consulter pendant leur

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adolescence. Il semble impossible de comprendre le jeune adulte sorti de l'adolescence par son âge, sa maturatiol1 psychique et sa situation sociale, sans relnarquer les nombreux résidus et débris de processus pubertaires nécessitant une mise en dépôt dans le parcours analytique et éventuellement un redéploiement ultérieur a,rec achèvelnent de leurs constructions. Ainsi se constituent des filiations d'analystes engagés dans cette pensée et «conférant, également dans leur pratique avec les adultes, une place. aux processus d'adolescence au devant de la scène inconsciente» (idem, p. 191). En analysant un jeune adulte, avec en plus une certaine «résonance flottante» (Sandler, R._F.l). n °3, 1976, p.40, cité p.189), on saisit forcément les processus d'adolescence, plus ou moins en souffrance, souvent comme mal cicatrisés ou en « stand by». Ce transfert sur la psychanalyse de l'adolescence pointe la nouveauté dans la chronologie de l'histoire du sujet adolescent qui consulte mais aussi dans la vie, avec nos propres enfants, dans notre propre analyse, dans la pratique de la cure d'adulte, les supervisions ou les contrôles. Je pense à ce jour que l'écoute est enrichie par cette conceptualisation. Elle peut éviter de nombreux écueils redoutables auxqllels je me heurtais avant d'entreprendre ce travail de recherche. La connaissance et la reconnaissance des processus pubertaires donnent une grande tolérance, élargissent les rails analytiques et permettent aux jeunes adultes de revenir tra,railler sur eux-mêmes, puisque les «trails » (cette traduction de l'anglais aide: il s'agit des traces et de la piste en même temps) sont déjà existants dans notre psychislne, prêts à accueillir les demandes réitérées. Cette orientation théorique offre un outil majeu~ dans notre pratique avec les adolescents bien entendus, mais surtout avec les adultes, les habitués qui sont déjà venus consulter à l'adolescence, avec aussi les analysants classiques qui demandent dans leur 13

parcours, toujours à un moment charnière, de retravailler le processus adolescenspour pouvoir se subjectiver pleinement. La méconnaissance de ce moment charnière peut conduire à l'interruption de la cure. L'explosiol1 du pubertaire brut, non construit, chez l'adulte peut être dramatique. Un cas clinique récent illustre le danger du jaillissement brutal des processus d'adolescence cristallisés
ante portes.

Il s'agit de Bab: Bab est un homme de trente-deux ans. Il vient pour la première fois consulter. Cette démarche lui est difficile. Il dit n'avoir jamais parlé de lui. Il travaille depuis l'âge de quinze ans et regrette de n'avoir jamais profité, jamais eu de bon temps, ni de révolte à l'adolescence. J'entends: pas ou peu de mise en route des processus pubertaires. Jusque-là, rien de bien original. Mais l'entretien tourne vite à l'imprévu des pleurs qui échappent, à l'affect qui surgit comme une bête féroce. Bab, très mal à l'aise se sent tombé dans son piège. Une horreur et un désordre intense évoquant le chaos pubertaire l'envahissent, mettant brusquement sa pensée en action, l'emballant même. «Je n'avais jamais parlé avant, je l'aimais tant, je l'aimais tant». Il veut évoquer un cousin pourtant lointain, qui vient de mourir dans leur village natal, mais qu'il l1e voyait pas souvent. On sait bien qu'un deuil peut en cacher un autre. Récemment il est allé à l'enterrement et a séjourné chez ses parents. Pas un mot sur eux. Pas un mot S1.lr sa femme et son fùs de trois ans. La dépression grave est déclenchée par la mort de ce substitut par procuration. Je suppose que cette perte a un lien avec un arrachage pubertaire retardé ou enfin possible, comme un lithopédion soudainement mis à l'air libre. Cette façon d'entrer dans le travail analytique sur un effondrement psychique est toujours très périlleuse, sans fondations pubertaires. l/aprèsmidi même, il se suicide. Sidération du pubertaire convoqué brutalement, sans le garde fou du processus de 14

subjectivation. Ce cas dramatique pousse à prévoir le devenir du pubertaire. « Je l'aimais tant! ». S'agit-il du père grandiose de l'infantile qui doit être déchu par le pubertaire? Bob emporte ses processus naissants dans la tombe. rrrop tard pour les monter, pris de court par le traumatisme de la mort du cousin, symbolisant peut-être la séparation entrevue comine inéluctable d'avec un père idéal? Il en est de inêine pour tous les héros des romans de Patrick Modiano, spécialiste de la pensée « rêvante », non seulement Accident nocturne (2003) ou La petite bijou (2000), mais toute son œuvre décrit le drame des processus pubertaires paralysés chez le jeune adulte. Pour illustrer le parcollrs des jeunes analysants qui ont eu plus de chance, la métaphore de la course d'Iditarod, certes un peu féerique, pourra nous aider. Tout en racontant une histoire vraie, elle permettra l'évocation visuelle du déploiement des processus à l' œuvre tout au long des cures.

LA COURSE D'IDITAROD Les patins du traîneau chargé à bloc crissènt sur l'arête aiguë de la berge du Yukon. Des semaines d'entraînement, de nombreuses nuits sans sOinmeil, 1860 km parcourus sur la glace et sur la neige; 48 pattes puissantes s'enfoncent dans les congères friables. Vingt inètres séparent le visage de l'homme (le musher) du museau fumant du chien de tête. Pas de bride, pas de frein, des mots seulement pour commander. Un dernier regard en arrière. Les cabanes en rondins sont de plus en plus petites entres les sapins des rives du Yukon. La traversée de l'Alaska a commencé. Cette course de l'Iditarod trail porte aussi le nain d'Alaska 's ultimate challenge. Elle part d'Anchorage et débouche sur la iner de Béring, à Nome, Après la traversée de la toundra immaculée sous son manteau ouaté, merveille 15

du grand Nord. Depuis 1973, cette course fait l'événement en l'Alaska. Elle commémore la performance extraordinaire du chien Balto qui en 1925 parcourut les 1860 lun par moins quarante degrés, en pleine tempête de blizzards, pour rainener les sérums antidiphtériques d'Anchorage à Naine où l'épidémie faisait rage. Les parents, des chercheurs d'or, commençaient à creuser les petites tombes, plusieurs enfants étaient déjà morts, presque tous les autres étaient malades. Tous regrettaient l'ambition mirifique du nouveau monde. Par son courage, et sa connaissance parfaite de la piste qu'il parcourait deux fois par mois pour livrer le courrier, le bon chien Balto, ce solide malamute (nom dérivé d'une tribu, les ~fahlemuts, indiens du nord de l'Alaska qui utilisaient ce chien), resta bien dans les trails, défiant ainsi l'aveuglante tempête, et rapporta juste à temps les médicainents, les pattes gelées, dévorées par la glace. Il fut pansé et tous les enfants de Nome furent sauvés. Certains, âgés de 80 ans à ce jour peuvent encore en livrer le témoignage extraordinaire. Depuis, chaque année en mars, l'Alaska est sens dessus dessous. Les mushers atteignent Nome en dix jours, tandis que les plus lents mettent jusqu'à quatre semaines. La statue de Balto trône dans Central Park à New York. La commémoration par l'exploit reproduit, les pistes qui font trace, le sauvetage infantile, les rênes remplacées par des paroles, les freins au bon vouloir du leader (du musher), les trails à respecter malgré la tourmente comme condition: autant de jeux langagiers qui invitent à l'analogie a,rec les cures psychanalytiques. Riche est le double sens de cette histoire qui, comine un dessin d'enfant en séance, nous livre un bel outil métaphorique. Le parcours de la course est déjà frayé à travers la toundra, hypothétiquement dans le psychisme pOl-lssé par le désir de subjectivation qui vise une étape après l'autre

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jusqll'à la ligne d'arrivée. Chaque nouvelle étape met le cap sur une nouvelle reprise, un nouveau point de départ. L'analyste y serait le musher, le contrat analytique le code langagier (Mush 1 = Go I), le site et le cadre les trails où l'on doit rester et revenir pour se sauver. L'échec de la cure serait son abandon dans le « slush» boue de neige fondue. Winnicott (1969) disait qu'il pratiquait la psychanalyse parce que « le patient avait besoin de passer par-là, comme condition de guérison, pas l'analyse pour l'analyse» pour arriver finalement jusqu'au bout. Ce qui compte, c'est poursuivre le travail, ne jamais abandonner, ne jamais s'égarer en dehors, se perdre loin des trails. Comment ces analogies juxtaposées, transposées de l'Iditarod aident à l'argument? La consistance de la métaphore évoque une sirnilitude avec la notion freudienne de frayage qui sera mise à l'épreuve.

LA NOTION

DE FRAYAGE

Ce terme est utilisé très tôt dans l'œuvre de Freud, en 1895, lorsqu'il tentait de trouver un «modèle neurologique 1 du fonctionnement de l'appareil psychique. » : L'excitation choisira la voie déjà frayée au tra-vers des neurones, lorsqu'il y a eu diminution de la résistance, c'est un frayage. Bien plus tard dans Au-delà du princzpe de plaiJir (1920), Freud se selvira encore une fois de cette notion, lorsqu'il est amené à réutiliser le modèle neurologique. Déjà frayées, déjà marquées du passé, les voies psychiques intérieures et les pistes du grand Nord se ressemblent dans leurs schémas structuraux. Les diverses étapes font écho avec les passages pré-indiqués dans les ramifications complexes des neurones.
l (Laplanche

et Pontalis,

1978, P. 172).

17

Le « Sortir» (Rassial, 2000), n' est-il pas le lnaître mot du travail d'adolescence? Sortir de la crise, sortir pour affronter le monde et les autres, sortir par moins q1Jarante degrés pour suivre utle piste incertaine effacée par les blizzards ou l'amnésie infantile... cependant pré-balisée de façon structurale. Traverser l'adolescence ou les glaces du Yukon présentent sans doute la même incertitude, le risque de s'y figer ou de s'y perdre est comparable. l.e courage et l'endurance seront indispensables, le risque inévitable. Rassial (2000, p. 17) frôle cette métaphore en citant l'épisode Freud-Mahler où la promenade serait conviée pour prendre « à revers l'errance supposée à l'adolescent. .. » et le premier tour de la cure n'est accompli que selon la logique polysémique de «faire un tour enselnble ». Je propose un tour pour de vrai, gigantesque immense et périlleux, si l'on anticipe d'avance les rémanences psychothérapiques à venir. Les anciens adolescents reviendront et sauveront leur subjectivité, le frayage étant inscrit d'ores et déjà dans le tral1sfert.

MÉTHODE

DE TRAVAIL

D'une part la lnéthodologie se basera sur l'étude des concepts nouveaux issus des travaux de Laufer, G-utton, Cahn, Lacan, Laplanche, Green... Faire des liens entre les divers concepts et théorisations des processus avec les événemel1ts caractéristiques lors des cures à l'adolescence et les différentes reprises de nos jeunes analysants est au cœur de la démarche. La méthode consiste principalelnent dans la recherche d'éléments cliniques extraits des ouvrages des psychanalystes qui ont décrypté et conceptualisé les processus pubertaires. Ces véritables outils de travail ,Tant contribuer à l'investigation sur la clinique des reprises:

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vérifier comment ces processus perdurent et / ou subissent 2 des transformations visant les «processus d'adultité ». Reconnaître les processus pubertaires pathologiques ou inachevés et plus pratiquetnent étudier la façol1 dont la psychanalyse peut ponctuellement les faire évoluer est le but de ce travail. Bien que l'adolescence soit terminée en son temps chronologique, elle sera suffisamment remaniée par le site, le cadre et les interprétations de transfert pour déboucher sur une analyse classique. D'autres part, dans le chapitre cas seront rapportés:
-

II sur la clinique,
cure

trois

Le cas de Florence,

avec

une

à l'adolescence,

une cure à vingt-trois ans avec de véritables

ans, une dernière conclusions.

cure autour de trente

Le deuxième cas, Lifox, comprend: des notes succinctes sur trois séances à l'adolescence, le résumé de l'histoire de la deuxième cure, des notes précises sur la cure actuelle: troisième reprise.

- Le troisième cas, Micheline, est une observation de cure en reprise, il comprend: un résumé de quelques entretiens à l'adolescence, une première reprise ou l'obsolescence sera omniprésente et une fin de cure dite classique.

2 Gutton,

1996.

19