Dhammapada

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Dhammapada
Considéré comme un fleuron des écrits canoniques du bouddhisme, le Dhammapada en est l’un des textes les plus populaires, par sa capacité à exprimer l’essence de la pensée bouddhique sous une forme simple et poétique.
Composé de quatre-vingt-trois versets (les pada), qui rapportent des paroles prononcées par le Bouddha au cours de ses quarante-cinq années de prédication, le Dhammapada se présente comme un exposé de la doctrine bouddhique. Tel est en effet le sens de Dhamma qui désigne la loi naturelle régissant l’ordre des choses, celle que le Bouddha a découverte en s’éveillant à l’ultime vérité.
S’en pénétrer, sentir leur pouvoir de conviction ou d’évocation, c’est sans doute ainsi qu’il faut lire ces versets qui nous apportent l’enseignement du Bouddha si directement grâce à leur spontanéité, leur simplicité, leur beauté évidente.
Le Dong
Né en 1943, ancien élève de l’École polytechnique, c’est un excellent connaisseur de la philosophie du bouddhisme.
Version française, introduction et notes établies par Le Dong
Publié le : lundi 15 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021314373
Nombre de pages : 185
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Ce travail est dédié à la mémoire de Le Liem.

Merci à Anne Faure-Bouteiller et à Trinh Dinh Hy pour leur relecture vigilante, ainsi que pour leurs observations et suggestions, qui n’enlèvent rien, bien entendu, à la responsabilité qui est la mienne quant aux erreurs et défauts qui subsistent.
L.D.

D’homme qu’on blâme absolument ou qu’absolument on loue,

Il n’y en eut jamais, il n’y en aura jamais,

Et il n’en existe pas à l’heure qu’il est.

Dhammapada, 228

Introduction


Dans la profusion d’ouvrages que constituent les écrits canoniques du bouddhisme, le Dhammapada occupe une place particulière, par sa forme littéraire comme par sa dimension compacte. Considéré comme un fleuron de cette littérature, il en est l’un des textes les plus populaires, par sa capacité à exprimer l’essence de la pensée bouddhique sous une forme simple et poétique, propre de ce fait à parler au plus grand nombre.

Composé de quatre cent vingt-trois versets (c’est l’un des sens de pada), qui rapportent des paroles prononcées par le Bouddha en diverses circonstances au cours de ses quarante-cinq années de prédication, le Dhammapada se présente avant tout comme un exposé de la doctrine bouddhique : tel est en effet le sens de Dhamma, qui signifie Loi, non celle des hommes, mais la Loi naturelle régissant l’ordre des choses, celle que précisément le Bouddha a découverte en s’éveillant à l’ultime Vérité.

En donnant à entendre directement le Bouddha enseigner sa Voie – un autre sens possible de pada –, l’œuvre se rattache sans conteste à ce bouddhisme désigné maintenant comme ancien ou primitif, qui est celui que le Bouddha a lui-même prêché de son vivant il y a plus de vingt-cinq siècles, et dont est issue en droite ligne la branche qui porte aujourd’hui le nom de Hinayana ou Petit Véhicule. Ce bouddhisme ancien a constitué après la mort de son fondateur la seule expression du bouddhisme pendant plusieurs siècles, parvenant dans l’ensemble à maintenir son unité doctrinale jusqu’à l’avènement à ses côtés, vers le début de l’ère chrétienne, d’un mouvement de réforme majeur, celui du Mahayana ou du Grand Véhicule. Si des mouvements de diversification sont bien apparus avant le Mahayana, entraînant la formation de multiples sectes, leurs divergences sont en effet restées à un niveau secondaire. On considère que la doctrine du bouddhisme ancien, l’« ancienne école de sagesse », représente dans son essence le noyau central du bouddhisme, celui qui est à la base de tous ses développements ultérieurs. Que le Dhammapada en soit un exposé n’est pas la moindre des qualités qui lui confèrent toute sa valeur au sein de la littérature canonique.

Il faut également savoir que, s’il fait partie des écrits les plus anciens, sa composition, comme du reste celle des autres ouvrages, n’a été réalisée qu’assez tardivement dans le cours de l’histoire du bouddhisme. Ce n’est que quelques siècles après la mort du Bouddha qu’ont été entrepris par les disciples les grands chantiers d’écriture des textes, alors que tout l’enseignement s’était transmis jusque-là de manière uniquement orale, grâce à un prodigieux travail de mémorisation effectué de génération en génération. Œuvre de la secte des Theravadin et faisant partie de son canon (il appartient, dans le deuxième recueil de celui-ci, appelé le Sutta-tipaka, au cinquième groupe de textes, le Khuddaka-nikaya, qui rassemble les textes courts), le Dhammapada a donc été écrit dans la langue qu’elle pratiquait, le pali, une langue ancienne et populaire qui n’était pas celle dans laquelle le Bouddha avait enseigné, le maghadi, mais devait en être assez proche, toutes deux faisant partie de la même famille de langues indo-européennes. Malgré toutes ces circonstances, les spécialistes s’accordent à penser, grâce à l’analyse comparée des documents, que l’authenticité des propos du Maître a été généralement préservée. Considérons donc que, derrière chacun des versets du Dhammapada, c’est bien la parole du Bouddha qui se fait entendre pour l’essentiel.

Exposé de la Doctrine, le Dhammapada ne l’est certes pas à la manière de nombre d’autres écritures canoniques, où le projet pédagogique repose souvent sur un appareil rhétorique conséquent, qui n’hésite pas à utiliser formules stéréotypées, longues répétitions, reprises, pour mieux atteindre son objectif. Même si certains des versets qu’on va lire ont pu être extraits de sermons plus longs, l’art qui prime ici est plutôt celui de la formule ramassée, concise, apte à exprimer par elle-même et en peu de mots une affirmation de valeur générale, et à l’imposer par la force d’un énoncé incisif, ou par celle, plus évocatrice, de l’expression poétique. Dans cet exercice, un philosophe n’excelle sans doute jamais tant – et le Bouddha en était un, même s’il se serait défendu d’un tel titre – que lorsqu’il réagit en jetant ses pensées sur le vif, face à des situations qui le stimulent autant qu’elles ont valeur d’exemple. Le Bouddha n’a pas manqué d’occasions de ce genre au cours d’une vie riche d’événements, et leurs circonstances sont d’ailleurs connues et des plus variées. On leur doit cette succession de propos courts où se déroulent, comme autant d’instantanés sur le contenu de la Doctrine, et dans une forme toujours vivante et recourant à des images simples et faciles à saisir, déclarations de caractère théorique (comme ces versets 277 à 279 souvent cités), aphorismes, maximes, sentences, préceptes moraux, dont certains ont la résonance d’une sagesse universelle (5, 103), voire d’un bon sens populaire (228, 260), ou encore exhortations et injonctions, ainsi que rappels à l’ordre, semonces et mises en garde (9, 121, 369, par exemple), sans oublier ces versets plus rares – exception faite du dernier chapitre – où le Bouddha a choisi de s’exprimer à la première personne (320, 326, 353). Il n’y manque pas même quelques passages énigmatiques, comme laissés à la postérité pour en éprouver les capacités d’exégèse (294 et 295 ou 398).

S’il peut sembler naturel que le recueil s’ouvre, avec son premier chapitre, sur le thème de l’opposition entre le bien et le mal, la diversité des sujets traités dans les vingt-cinq chapitres suivants ne manque pas, en revanche, de déconcerter, leur enchaînement linéaire ne laissant nullement voir un fil directeur manifeste. Il n’y a pourtant pas lieu de s’en étonner outre mesure, s’agissant d’une œuvre censée compiler et organiser des propos forcément épars à l’origine. À chercher à tout prix une structure sous-jacente, on serait tenté, par exemple, de rattacher à la Vigilance et à l’Esprit deux autres chapitres se situant plus loin dans le recueil mais traitant également de la maîtrise de soi, un sujet cher au bouddhisme : le Soi et la Colère ; de reconnaître ensuite, après le Sot et, en contraste avec celui-ci, une série de portraits, ceux des hommes méritants, qui commence avec le Sage et l’Arahant (le méritant par excellence), se poursuit de loin en loin avec le Bouddha, le Juste et le Bhikkhu (l’ascète bouddhiste), pour culminer avec le Brahmane (ou plus exactement la figure idéale du brahmane dans la vision du Bouddha). Les chapitres sur le Mal, la Violence, le Bonheur, le Plaisant, les Impuretés, la Voie, les Variétés, les Enfers, la Soif formeraient alors un groupe traitant principalement du devoir moral, des bonnes et mauvaises conduites, de la purification, de la recherche de la délivrance. Resteraient comme chapitres plus isolés la Vieillesse, ensemble de réflexions sur la nature éphémère de la vie, et les Fleurs, les Mille, le Monde et l’Éléphant, qui rassemblent chacun, de manière plutôt formelle, des versets partageant un même mot (« mille » ou « cent », « monde ») ou une même image (« fleurs », « éléphant »).

D’autres lectures seraient tout aussi justifiables, d’autant que, à l’intérieur d’un même chapitre, l’unité thématique des versets ne saute pas toujours aux yeux, même si l’on arrive à reconnaître des séquences homogènes. Peut-être l’unité de l’œuvre réside-t-elle simplement dans la Doctrine même qui l’imprègne, et faut-il la découvrir dans la trame horizontale qui semble traverser le découpage vertical en chapitres, trame où l’on retrouve de fait les thèmes fondateurs de l’enseignement bouddhique : le caractère impermanent et illusoire du monde, la nature douloureuse de l’existence, la vanité des attachements et des désirs, le devoir de faire le bien et d’éviter le mal, la nécessité d’être son propre maître et son propre sauveur, la possibilité de se délivrer de la souffrance. Thèmes qui sont toujours présents, en tout ou en partie, dans chaque chapitre, où ils se trouvent déclinés et éclairés selon un angle propre à son sujet spécifique, qui conserve son intérêt intrinsèque. Rien d’étonnant que, par moments, l’on retrouve d’un chapitre à l’autre, l’écho d’une même idée, d’une même formulation, d’une même image. Avec ces quelques thèmes présents à l’esprit, on peut d’ailleurs lire ce recueil au hasard des pages, une manière tout à fait légitime de le découvrir, quitte à revenir ensuite à une lecture plus organisée. Toute la Doctrine est là, en tout cas, et peu importe finalement la structuration du discours. Et si l’on doit ne retenir qu’un seul thème et désigner celui qui soutient tout l’ouvrage, ce ne peut être à l’évidence que le Nibbana, l’extinction des désirs qui conduit à la libération définitive, le seul but qui vaille aux yeux du Bouddha, car « de même que la mer ne contient que la saveur du sel, la Doctrine ne contient qu’une seule saveur, celle de la Délivrance ».

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