Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Dhuoda. Sa vie, sa personnalité

De
0 page

« Dhuoda. » Ce nom donné à une rue d’Uzès, est aussi celui d’une rue et d’un collège de Nîmes. Nom sans âge, étrange, qui éveille la curiosité. On le trouve au hasard d’une lecture sur l’histoire des deux villes : c’est celui d’une carolingienne du IXe siècle qui a rédigé à Uzès un petit manuscrit intitulé « Liber manualis », soit « Manuel ». Si nous nous y intéressons particulièrement dans notre région, c’est grâce à la découverte à Nîmes vers la fin du XIXe siècle d’une copie de manuscrit datée du Xe ou XIe siècle, hélas fragmentaire et détériorée. Fort heureusement, Édouard Bondurand, un archiviste de la ville, s’est attaché à déchiffrer l’écriture en minuscule caroline alignée avec soin sur les pages du parchemin. Il en a fait la traduction du latin au français afin de le mettre à la portée de tous.

Colette Dumas est docteur en histoire de l’art et particulièrement attirée par la période médiévale au sens large, ses arts et ses lettres. Son intérêt s’est porté sur des femmes de l’histoire, peu étudiées mais remarquables, auxquelles elle rend hommage en une sorte de biographie sensible. Ce cinquième ouvrage propose la toute première femme écrivain, Dhuoda, une femme de la Renaissance carolingienne.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Colette Dumas Dhuoda
sa vie, sa personnalité
à travers son
Manuel pour mon fils
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Et de la région Languedoc Roussillon
Table des matières
Avant-propos
- PREMIÈRE PARTIE - Les évasions d’une recluse
- DEUXIÈME PARTIE - Rencontres avec Dhuoda à travers son œuvre
Épilogue
Documents annexes
Collection Patrimoine des régions dirigée par Bernard Malzac
© Lucie éditions, 2011 34 bis, rue Clérisseau – 30 000 NÎMES contact@lucie-editions.com www.lucie-editions.com
Avant-propos
« Dhuoda. » Ce nom donné à une rue d’Uzès, est aussi celui d’une rue et d’un collège de {1} Nîmes. Nom sans âge, étrange, qui éveille la curiosité . On le trouve au hasard d’une lecture e sur l’histoire des deux villes : c’est celui d’une carolingienne du IX siècle qui a rédigé à Uzès un petit manuscrit intitulé «Liber manualis », soit « Manuel ». Si nous nous y intéressons e particulièrement dans notre région, c’est grâce à la découverte à Nîmes vers la fin du XIX e e siècle d’une copie de manuscrit datée du X ou XI siècle, hélas fragmentaire et détériorée. Fort heureusement, Édouard Bondurand, un archiviste de la ville, s’est attaché à déchiffrer l’écriture en minuscule caroline alignée avec soin sur les pages du parchemin. Il en a fait la traduction du latin au français afin de le mettre à la portée de tous. Un autre travail de fourmi, e de comparaison avec une autre copie de manuscrit de datation ultérieure (XVII siècle) conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris, lui a permis d’en combler les lacunes. Il a ainsi tenté de s’approcher au mieux du texte de l’original disparu, celui dicté par Dhuoda à un clerc nommé Guilbert, Wislabert selon les traducteurs. L eManuel pour mon fils est un précieux outil pour affiner les connaissances des historiens sur cette époque tumultueuse qui voit l’éclatement de l’empire de Charlemagne. En effet, Dhuoda y fait allusion aux troubles historiques survenus au cours de sa vie. Par ailleurs, c’est un touchant témoignage humain puisqu’elle y apparaît avec une sincérité et une grande dignité et, sous couvert de « miroir » moral, elle s’y exprime sans pathos, humblement et avec des mots mesurés qui cachent par pudeur un pur amour maternel frustré et, parfois, un grand désarroi personnel. Une seconde traduction duLiber Manualis de Dhuoda, postérieure à celle d’Edouard Bondurand, a fait remonter cet ouvrage à la mémoire de nos contemporains tout en permettant {2} de compléter le premier défrichage de 1887 : L’historien Pierre Riché a fait une critique {3} pertinente et savante du manuel à l’aide d’une traduction nouvelle et grâce à un nouveau témoin, un manuscrit découvert à la Bibliothèque Nationale de Barcelone (dont la transcription e {4} date du XIV siècle) . Par ailleurs, la vie tragique de cette femme remarquable a inspiré tout naturellement les érudits de notre région et même éveillé parfois quelques fantasmes chez les romanciers. Où est la vérité ? Nul ne le saura jamais. Tout semble dit, écrit, publié, mis à la disposition de tous. Y a t-il encore quelque chose à rajouter ? Et, pourquoi pas ? Hantée par Dhuoda, j’ai flâné dans la ville d’Uzès à la recherche de traces des édifices où elle a vécu. À ma grande déception je n’en ai pas retrouvé car le passé architectural de la e ville les a recouvertes de ses strates : À la cité épiscopale primitive du V siècle a succédé au moyen âge le quartier canonial de l’évêché autour de la cathédrale Saint-Théodorit flanquée de sa tour en dentelle du joli nom de « Fenestrelle ». En vis-à-vis vers l’ouest, le castrum primitif seigneurial d’Ucetia n’est plus. C’est maintenant le « Duché » avec sa tour Bermonde et deux autres tours, celle de l’évêque et celle du roi. Mais encore aujourd’hui, vers l’est, une fois les édifices romans dépassés, c’est la nature. J’ai tenté d’y retrouver l’esprit de Dhuoda dans son face à face avec les douces collines qui bordent la vallée de l’Eure.
Ce jour-là, mon horizon était tel qu’il devait être alors, le même ciel proposait toujours ses mille et une combinaisons de nuages dans une infinité de tableaux, les effluves de vent passant depuis des siècles sur les garrigues sauvages, les vignobles, les jardins odorants étaient au rendez-vous. Près de la discrète source de l’Eure captée jadis par un aqueduc construit par les Romains pour leur ville de Némausus,Nîmes actuel, l’eau vive de l’Alzon le cascadait encore. C’était donc là, sous les murs de la cité de l’évêque retenue par le rempart Est, que Dhuoda ressassait des pensées qu’elle eut juste le temps de consigner dans un manuel manuscrit peu avant sa mort. Par chance, grâce à l’écriture, elle nous les raconte encore.
-PREMIÈREPARTIE- Les évasions d’une recluse
{5} Uzès, automne 840 .
Je suis encore jeune, à l’approche de la quarantaine, et fière d’être la mère d’un grand garçon de bientôt quinze ans dont, hélas, je suis séparée par l’impitoyable raison d’État. Cet automne, je promène sur le flanc de la rousse vallée ma nostalgie d’un amour humain au passé chaotique, mais je caresse l’espoir, aussi fragile et balbutiant que le petit être que je porte en secret en moi, de rattraper le temps perdu lorsque, après ma délivrance, je tendrai à bout de bras vers mon seigneur ce nouvel et bel enfant. Peut être, en échange de cette offrande, aurons-nous le bonheur d’être enfin tous réunis, Bernard, Guillaume mon aîné, le nouveau-né et moi, leur servante. Je suis exilée depuis le début de l’automne à Uzès sur ordre de mon époux et sous la garde de l’évêque Elefantus. Ce n’est pas parce que j’ai fait offense à Bernard, Dieu m’en aurait déjà punie par un éternel remords. La raison en est plus simple : ma présence le gênait. {6} Il y eut beaucoup d’intrigues après la mort brutale en juin de notre roi Louis , un événement qui a provoqué le partage de l’empire. A la cour d’Aix, j’avais eu l’occasion d’apprécier les {7} qualités du plus jeune de ses fils, Charles , que l’on appelait « Benjamin ». De son côté, Bernard trouva plus d’avantages à soutenir les deux aînés, Pépin d’Aquitaine allié à Lothaire. Bien que je me gardais de tout reproche ou même de toute allusion, mon regard, même détourné, mon silence même, témoignaient que je ne pouvais approuver des actions ou des {8} alliances indignes de l’héritier de Guillaume de Gellone . Depuis ce temps, Bernard est en Aquitaine avec notre fils dont il s’efforce de faire un bon écuyer. Et moi, je suis seule dans cette tour, une dépendance du palais de l’évêque, avec pour unique réconfort la prière ou l’écoute de la parole de Dieu qui me parvient par la voix du clerc Wislabert, mon aumônier et confesseur. La nuit est pressée de tomber à la saison d’hiver. Je me surprends souvent à fixer, fascinée, la flamme oscillante de la lampe et à laisser mes pensées vagabonder hors de cette salle sévère. Elles voltigent vers les absents et de préférence vers les lieux où j’ai connu joie ou insouciance. Je cède au sommeil quand il n’y a plus d’huile dans la lampe, en remerciant Dieu des beaux crépuscules complices de mes évasions…
…Vers la capitale de l’Empire, Aix.
Que de nostalgie ! C’est l’an 823. Ma famille et moi venons de quitter la Gaule du sud pour répondre à l’invitation de notre empereur Louis. Un long voyage harassant nous conduit à travers l’empire vers sa capitale, Aix. Dès mon arrivée je parcours l’immense palais impérial à la recherche de sa chapelle afin de retrouver Dieu en sa demeure. Je découvre la colonnade de l’atrium puis, sous l’énorme porche, l’entrée ouest de l’escalier à vis de la tourelle dont je gravis les quelques degrés. Ils débouchent sous les voûtes sombres du déambulatoire, je fais quelques pas et là, quel éblouissement ! La lumière ! En haut, à travers les fenêtres élancées de la coupole, le soleil projette ses rayons sur les tesselles d’or qui cernent la mosaïque du Christ en majesté. Tout autour, les vingt quatre vieillards de l’Apocalypse tendent des couronnes en signe d’adoration. J’ai vingt ans et mon âme en est illuminée. Puis, je baisse mon regard à mon niveau. Sous le grand arc triomphal, à la lueur des flambeaux, l’autel du Saint-Sauveur rutile de reliquaires en or diaprés de gros cabochons de saphir, d’améthyste, d’émeraudes, de turquoise et de rubis. Derrière, je devine le portrait de notre premier
empereur, Charles le Grand, dominant le sarcophage en marbre ciselé où repose sa dépouille. Il semble vouloir poursuivre encore sa tâche et apporter ordre et connaissance. Je retourne en ce lieu pour assister à l’office du dimanche. Je me fonds alors dans l’assistance qui se presse entre les fines colonnes de marbre ou derrière les grosses grilles de bronze. Elle envahit les déambulatoires, piétine le tapis de mosaïque du sol, tout cela afin de ne pas manquer l’entrée de l’Empereur. Pourquoi le surnomme t’on le Débonnaire ? Veut-on dire par là qu’il est clément ? Conciliant ? Qu’il manque d’autorité ? Les langues s’activaient parfois dans les couloirs du palais mais elles se taisaient sur mon passage et semblaient vouloir respecter les oreilles chastes de la jeune visiteuse. Je n’en compris la raison que plus tard. Peu après mon arrivée dans la capitale, c’est aussi là, dans ce lieu envoûtant, que j’avais croisé le regard de Bernard pour la première fois. Il se tenait au pied des cinq marches du trône, raide, sombre, avec un regard d’aigle. Il scrutait l’assemblée de fidèles à la recherche du visage de celle qu’on lui avait signalé comme une épouse potentielle. En me découvrant, c’est à peine s’il s’était radouci. Pourtant, il a pu comprendre dès cet instant que...
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin