Dialogue sur le handicap et l'altérité

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« Tu ne peux pas comprendre, tu ne vis pas ce que je vis » : sous couvert d’un très grand respect de l’autre, ce constat en arrange en fait plus d’un, « handicapé » ou non. Pour sortir du registre de la plainte et prendre conscience de la proximité du handicap (à côté de nous, voire en nous), il suffit d’affirmer la présence à soi et aux autres, de toute personne humaine : nous sommes faits pour nous entendre et pour nous comprendre ; pour voir comment, dans la différence, brillent encore plus nos ressemblances.

Dans ce qui aurait pu s’appeler « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir de la vie intime d’une personne handicapée, sans jamais oser le demander », un philosophe se laisse interroger par une personne en situation de handicap, et réciproquement. Les sujets les plus tabous sont abordés avec la franchise, et la lucidité non dénuée de délicatesse, que seule autorise l’amitié.

Contrairement aux apparences, nous sommes tous potentiellement en situation de handicap. Inversement, aucune « personne » en tant que telle n’est « handicapée ». Il convient d’accéder, avec les auteurs de ce livre, à la puissance libératrice du dialogue, pour se réapproprier ces vérités.

Publié le : mercredi 11 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782100576746
Nombre de pages : 256
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Ouvrage numérique publié avec le soutien du CNL

CNL

À mes enfants…
Aux différences plutôt qu'à l'indifférence…
Et à la mémoire de Nicole Diederich.
Marcel Nuss

Pour Émilie…
À la mémoire du Pr Pierre Pfitzenmeyer,
dont j'admirais tant les compétences en gérontologie
et les profondes qualités humaines.
Pierre Ancet

Pierre Ancet remercie la Région Bourgogne
et le Centre Georges Chevrier de l'Université de Bourgogne
pour leur soutien lors des rencontres préparatoires à l'écriture de ce livre.

Préface

Vivre en empathie

Serge Tisseron

Ils étaient deux, deux à parler de ce dont parlent les hommes quand ils sont entre eux : des femmes, de la solitude, de l'amitié et de l'intimité. Il y avait celui qui peut marcher et celui qui ne le peut pas, dont le désir de courir restera à tout jamais, comme il le dit lui-même, « virtuel ». Ils étaient deux et ils ont choisi que nous devenions trois. Marcel Nuss et Pierre Ancet ont en effet décidé d'ajouter une troisième voix à leur dialogue et de me demander cette préface. Je ne crois pas que ce soit avec le souci de proposer aux lecteurs un mode d'emploi. Ils n'en auront pas d'autre pour aborder ce texte que leur propre sensibilité et leurs propres expériences du monde. Je vois plutôt dans leur décision le désir de placer leur rencontre intersubjective sous le signe d'un regard extérieur. Un désir qui me paraît en parfaite cohérence avec leur démarche. Car s'il est beaucoup question aujourd'hui d'intersubjectivité, c'est malheureusement souvent en oubliant qu'il n'y a de « je » et de « tu » que par rapport à un « il ». En me demandant cette préface, Marcel Nuss et Pierre Ancet témoignent de la nécessité d'ouvrir toute relation intersubjective à la dimension du tiers. Une nécessité qui n'est jamais aussi importante que lorsqu'on aborde la place que nos sociétés font au handicap.

D'abord il y a Marcel Nuss. Son œuvre sur cette question est incontournable. Dans ses travaux précédents, il nous a montré qu'il est impossible de continuer à aborder le « handicap » du point de vue de ce qu'il empêche. Il est essentiel de lui substituer l'attention à ce que chacun peut pratiquer et donner – notamment sur le plan affectif — plutôt que d'en rester à ce qu'il ne peut pas faire. Cela signifie de nous rendre attentif à la capacité qu'a chacun de créer une relation spécifique au monde qui fait écho à la nôtre tout en déroulant d'autres normes.

Ensuite, il y a la rencontre avec Pierre Ancet. Ils se lancent ici dans une vibrante défense et illustration de la curiosité insatiable de l'autre. Bien que ce fil ne soit tiré par aucun des deux compères, l'attitude qu'ils développent me paraît exactement correspondre à ce qu'on appelle l'empathie[1]. Ce mot désigne, rappelons-le, notre capacité d'éprouver, au moins partiellement, ce que ressent l'autre, et d'avoir une représentation de son expérience du monde, même si c'est forcément à partir de nos propres expériences. À ce titre, l'empathie n'est ni bonne, ni mauvaise en elle-même, et elle peut tout autant être mise au service de la réciprocité que du désir d'emprise. Dans le premier cas, elle suscite l'entraide et la solidarité tandis que dans le second, elle entretient des formes parfois très subtiles de manipulation des esprits et des consciences. Mais il existe aussi une autre définition de l'empathie, qui en fait un choix éthique indispensable à une organisation sociale pacifique. Cette empathie-là ajoute à la possibilité d'avoir une représentation du monde intérieur de l'autre le désir d'une reconnaissance mutuelle, et l'acceptation du fait que passer par l'autre est la meilleure — et la seule ? — façon de se connaître soi-même. C'est l'empathie « extimisante », ainsi nommée parce que le désir d'extimité est justement celui de se connaître à travers l'autre[2].

L'éthique empathique reconnaît toutes les singularités et pose l'horizontalité des relations — à travers la reconnaissance mutuelle et le désir d'extimité — comme leur première et principale composante, avant leur caractère hiérarchique ou vertical. La reconnaissance des parcours de vie différents de chacun y est posée comme une source d'enrichissement mutuel. Et tel est bien en effet la philosophie de ce dialogue entre Marcel Nuss et Pierre Ancet. Leurs différences importent finalement moins que leurs ressemblances, et je laisse au lecteur le plaisir de les découvrir. Il s'y familiarisera avec un nouvel humanisme organisé à partir de ce qui nous réunit : le désir de vivre, de profiter des occasions qui nous sont données d'avoir du plaisir, d'en parler et de l'échanger. Car ce dialogue à deux voix est d'abord le texte de deux gourmands de parole. Il y a un plaisir à être au monde et un plaisir à le raconter.

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