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Dictionnaires des codes homosexuels (2eme partie)

De
338 pages
Le Dictionnaire des codes homosexuels, répertoire unique en son genre, réunit les 184 symboles qui surgissent le plus souvent d'une oeuvre homosexuelle à une autre. Ces codes homosexuels ne sont pas des "réalités sur les homosexuels", mais uniquement des signes utilisés par un désir particulier, le désir homosexuel, qui cherche à se dire tout en étant nié par ceux qui l'expriment.
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DICTIONNAIRE DES CODES HOMOSEXUELS

Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Série « Globalisation et sciences sociales» dirigée par Bernard Hours
La série «Globalisation et sciences sociales» a pour objectif d'aborder les phénomènes désignés sous le nom de globalisation en postulant de leur spécificité et de leur nouveauté relatives. Elle s'adresse aux auteurs, dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, susceptibles d'éclairer ces mutations ou évolutions à travers des enquêtes et des objets originaux alimentant les avancées théoriques à réaliser et les reconfigurations disciplinaires consécutives. Derniers ouvrages parus Fabien GALZIN, La dictature du chiffre. Le libéralisme, la science et le « psy », 2008. Clotilde CHABUT, Parents et enfants face à l'accouchement sous X, 2008. A. B. LENDJA NGNEMZUE, Les étrangers illégaux à la recherche des papiers, 2008. E. BAUMANN, L. BAZIN, P. aULD-AHMED, P. PHELINAS, M. SELIM, R. SOBEL L'argent des anthropologues, la monnaie des économistes, 2008. Helmut F. KAPLAN, Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, 2008. Claudie BAUDINO, Prendre la démocratie aux mots, 2008. Pierre LUMBROSO, Libre d'être putain? Manifeste pour une prostitution choisie, 2008. Marc de Cursay, Corse: la fin des mythes, 2008. Michel ADAM, L'Association image de la société. Le modèle associatif et ses enjeux, 2008. Romain GRAËFFL Y, Logement social et politique de nondiscrimination en Europe, 2008. Bruno TIllBERGE (Sous la dir.), La question des compétences sociales et relationnelles, 2007.

Philippe ARI1~O

DICTIONNAIRE

DES CODES HOMOSEXUELS
2ème partie (de l à W)

Guide de lecture des essais Homosexualité intime et Homosexualité sociale

L'Harmattan

cg L' Harmattan, 2008 5-7, rue de J'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://w\\w.librairieharmattan.com diffusion. harmattan "Il\\ anadoo. fr harmattan ,.ti'\\ anadoo. Ir

ISBN: 978-2-296-06678-6 EAN : 9782296066786

«Les adolescents se trahissent toujours par un excès de symbolisme. » (Suzanne dans Hélène de Manferrand, Journal de Suzanne, Éd. de Fallais, Paris, 1991, p. 359)

MODE D'EMPLOI

DU DICTIONNAIRE

DES CODES HOMOSEXUELS

Pour accompagner votre lecture des essais Homosexualité intime et Homosexualité sociale, voici le Dictionnaire des codes homosexuels, un petit guide référençant par ordre alphabétique (de «actrice-traîtresse» à « Wagner») tous les codes homosexuels indiqués par une note de bas de page dans le texte principal. Il y en a 184 en tout, sachant qu'il pourrait y en avoir bien davantage ou beaucoup moins selon l'appréciation de chacun, et que certains se font échos, l'univers symbolique renvoyant à l'inconscient collectif universel. Pour chacun d'eux, j'ai donné toutes les œuvres fictionnelles sur lesquelles je les avais vus figurer, puis, sur une deuxième partie de tableau, leurs improbables actualisations dans la réalité concrète, en traçant entre la fiction et la réalité une frontière bien nette, celle de la coïncidence (et surtout pas celle de la causalité I). J'attire toute votre attention sur le fait que ces codes ne sont nullement, et ne devront jamais, constituer une grille de lecture ni un portrait-robot des homosexuels, bien que de l'extérieur ils apparaissent comme une tentative de pathologisation et d'essentialisation du désir homosexuel. Ils sont tout le contraire: plus j'ai énoncé que le désir homosexuel avait ses images propres pour se dire, plus (et voilà le paradoxe) j'ai cherché à montrer que «l'homosexuel» n'existait pas et que l'homosexualité n'était pas l'identité profonde des personnes qui se sentent «homosexuelles ». Je le répéterai jusqu'à mon lit de mort s'il le faut, mais ceci est fondamental pour ne pas dénaturer ma démarche. On ne peut en aucun cas considérer les symboles relevés dans ce dictionnaire comme des outils pour isoler le désir homosexuel du désir hétérosexuel (d'autant plus que vous constaterez rapidement que le langage iconographique qu'utilise le désir homosexuel est presque identique à celui du désir hétérosexuel), ni comme des vérités ou des faits réels sur les personnes homosexuelles. Même si certains symboles parviennent à être dans certains cas partiellement actualisés en réalités fantasmées dans le quotidien d'un grand nombre de personnes homosexuelles, à cause de l'intervention d'une conscience humaine qui les croient totalement vrais ou totalement faux parce qu'elle maintient avec eux un rapport idolâtre souffrant, il n'en reste pas moins qu'ils doivent toujours demeurés là où ils sont nés, c'est-à-dire au pays des mythes et des fantasmes. Leurs actualisations ne sont jamais systématiques, et notre liberté humaine, si petite soit-elle dans les circonstances de la vie où elle est mise à mal, est inviolable. Il est donc clair que ce dictionnaire ne doit pas servir de test ou d'ensemble de « critères» pour détecter en soi et chez les autres l'existence d'une identité homosexuelle figée et éternelle: nos désirs sont évolutifs, notre sexualité en inconstante construction, si bien qu'il serait totalement absurde de prétendre, après lecture de ce répertoire, que par 8

exemple toutes les personnes homosexuelles aiment les chats, ont une mère possessive, ou se passionnent pour la corrida. Si certains lecteurs finissent par le penser, une deuxième lecture plus attentive du texte principal s'impose. Les codes homosexuels n'ont été soulignés d'une part qu'en vue d'inclure l'homosexualité dans une perspective universelle et évolutive de la sexualité, et d'autre part, pour remettre en cause le mythe de l'identité homosexuelle tout en défendant l'existence d'un désir particulier et parfois éphémère, le désir homosexuel, et de ses supports humains que sont les images. Pour intégrer à ce dictionnaire une création (film, discours, roman, chanson, peinture, pièce, etc.) en tant qu'« œuvre homosexuelle» (expression largement discutable, j'en conviens), il a fallu à mon sens: soit que le thème principal ou secondaire de l'œuvre en question se rapporte explicitement au désir homo-érotique. soit que l'homosexualité du créateur de cette œuvre soit affichée et connue des media, ou relativement latente. soit que l'artiste soit vénérée e) comme une icône de la communauté homosexuelle, ou que le public visé par sa création artistique se revendique gay ou gay friendly. Néanmoins, l'imprécision entourant le concept d'identité homosexuelle, de par la nature même du désir homosexuel qui repose essentiellement sur l'ambiguïté, montre que la désignation « œuvre homosexuelle» s'applique à des créations que certains pensent strictement hétérosexuelles, et qu'elle louvoie fatalement avec la caricature. Loin de discréditer entièrement le sérieux du Dictionnaire des codes homosexuels, cela prouve bien une chose: d'une part, quand nous parlons du désir homosexuel, nous ne nous référons pas à des faits et des actes réels, et d'autre part, nous abordons toujours plus globalement la question des désirs humains écartelants, qu'ils soient homosexuels, hétérosexuels, ou bisexuels. Le désir hétérosexuel et le désir homosexuel utilisent les mêmes codes iconographiques pour se dire, même s'ils ne s'actualisent pas pareil: la seule différence entre les deux est que le premier intègre la différence des sexes de manière brutale, et que le second la rejette, pour des résultats tout aussi violents. Mon relevé n'a rien d'exhaustif ou de purement objectif. Par la force des choses, j'ai opéré des choix selon ce que je suis, ce que je connais, ce que j'aime ou j'aime moins, ce que j'avais envie d'exprimer et de défendre. Il m'est impossible de nier que ce florilège a été inspiré, et donc limité, par mon histoire personnelle, mon contexte d'écriture, mes goûts, mes rencontres, mes lectures, mon âge, etc.. Cependant, il n'en est pas pour 9

autant que générationnel, individuel, idéologique, subjectif. J'ai veillé à diversifier au maximum mes outils d'analyse et les sources, si bien que j'ose prétendre qu'il constitue une banque de références solides pour tout chercheur et passionné de l'homosexualité. Il doit donc être pris comme un ensemble hétéroclite mais cohérent et à visée universelle. De prime abord, les ouvrages référencés apparaîtront de valeurs très inégales, tant les codes homosexuels, renvoyant à la culture humaine mondialisée, ratissent large... et pas toujours vers des créations de qualité: le désir homosexuel, s'appuyant fortement sur le kitsch ou le camp, c'est-à-dire des genres « pacotille» et totalitaires, risque de donner à ma liste un air de pot-pourri psychédélique peu crédible, puisque se mélangent des ouvrages intellectuellement très honnêtes à de purs «navets» cinématographiques et littéraires, des témoignages d'intellectuels reconnus comme des « génies» à des interviews de stars éphémères « à la Warhol» (j'ai marié sans complexe Marcel Proust avec Alizée !). Mais malgré tout, avec le temps et ma petite expérience, je me suis quand même rendu compte que ce répertoire pouvait servir de clé de lecture d'un très grand nombre d'œuvres homosexuelles (y compris celles que je n'ai pas encore vues !), et faire écho à beaucoup de discours et de vies de personnes homosexuelles (les individus homos que je ne connais pas encore étant eux aussi inclus). C'est dire la portée universelle que contiennent ces annexes. Des esprits sceptiques verront peut-être dans mon travail d'analyse symbolique du désir homosexuel une extrapolation, et se tueront à me prouver une évidence que je sais déjà: que la fiction n'est pas la réalité. Or, les mythes ont beau ne rester confinés que dans l'imaginaire, ils recouvrent au moins une certaine réalité de la conscience humaine, donc ils parlent de manière atemporelle aux Hommes de 7 à 77 ans. Je n'ai fait que citer des exemples et des individus provenant de la culture artistique mondialisée : certains pourraient se servir de cet angle de vue pour ne pas s'identifier à ceux qu'ils considèrent comme des artistes farfelus vivant dans un univers artificiel bien lointain du leur. À ceux-là je répondrais que d'une part il n'existe pas une cloison étanche entre les personnes homosexuelles soi-disant superficielles, citadines, connues, et obsédées sexuelles du « milieu homosexuel », et les personnes homosexuelles inconnues, intègres, fidèles, vivant « hors milieu» (je les renvoie aux pages sur le paradoxe du libertin homosexuel dans l'ouvrage principal) ; et que d'autre part, si j'avais pu cité les nombreuses et parfois incroyables phrases que j'ai entendues au hasard des conversations anodines avec mes amis homosexuels, je l'aurais volontiers fait. Ce n'est pas dit que je ne le fasse pas un jour pour vous montrer combien ce que j'ai écrit s'applique non seulement au petit monde du show business mais aussi à bon nombre de sujets homosexuels peu excentriques, simples, et absolument pas adeptes du mode de vie homosexuel présenté à la télévision. 10

Je peux vous assurer qu'après le Dictionnaire des codes homosexuels, vous ne regarderez plus les films et ne lirez plus les romans à thématique homosexuelle pareil. Je vous fais cadeau d'une paire de lunettes originale (oo. et à double-tranchants si vous la mettez à l'envers !). Donc attention. .. et bonne lecture à vous!

L'auteur

~care (chute )1

A - FICTION a) Le Dersonnae:e homosexuel se Drend Dour Icare: La pièce Une Rupture d'Aujourd'hui (2007) de Jacques-Yves Henry, «Flying With One Wing» (2004) d'Asoka Handagama, «L'Oiseau de Feu» (1970) de Maurice Béjart, le roman Les Aigles foudroyés (1997) de Frédéric Mitterrand, le roman El Salto dei Angel (1985) d'Eduardo Mendicutti, le roman El Palomo Cojo (1991) d'Eduardo Mendicutti, l'hommeoiseau des photographies de Jacques Crenn, Kevin dans la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, «Vingarme» (1916) de Mauritz Stiller, «Herme's Bird» (1979) de James Broughton, le tableau Les Griffes du Dormeur (1995) de Michel Giliberti, le tableau Envol d'elle (1995) de Michel Giliberti, le roman Un Ange est tombé (2000) de Claude Neix, le tableau Icare (2003) de Philippe Peseux, la pièce Confidences entre Frères (2008) de Kevin Champenois, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres Cruautés (2008) de Gilles Tourman, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, etc.. Marguerite Yourcenar débute sa carrière littéraire par un drame en vers, Icare (devenu Le Jardin des Chimères en 1921). Marcy se compare à un oiseau qui s'écrase au sol dans la pièce Un Mariage follement gai! (2008) de Thierry Dgim. «Ces petites plumes voletaient dans les rayons du soleil... » (Jarry évoquant son petit canard «Canardo » dans la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman) «Je suis né dans le soleil. » (Le héros de la pièce L'Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650, adaptée en 2008) de Savinien de Cyrano de Bergerac) b) Le Dersonnae:e homosexuel tombe: Hyo-Shin dans le film« Memento Mori» (1999) de Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, Nicolas Luhel dans le film «L'Ennemi naturel» (2003) de Pierre-Erwan Guillaume, la pièce La Descente d'Orphée (1957) de Tennessee Williams, le roman Un Garçon d'Italie (2003) de Philippe Besson, «Le Planeur» (1999) d'Yves Cantraine, «Chute libre» (1993) de Joel Schumacher, les chutes d'eau dans Ie film «Happy Together» (1997) de Wong Kar-Wai, Jonas dans Ie film «Fotostar» (2002) de Michele Andina, « Accatone» (1961) de Pier Paolo Pasolini, «Prinz in H6lleland (Prince en Enfer) » (1992) de Michael Stock, «Nés en 68 » (2008) d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Philippe dans le film « Un Amour à taire» (2005) de Christian Faure, les chansons «L'Amour n'est rien », « Vertige », ainsi que le vidéo-clip de la chanson « Que mon Cœur lâche »de Mylène Farmer, «Je t'aime toi» (2004) d'Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, « La Caida de Sodoma» (1976) de Pedro Almodovar, « Thelma et Louise» (1991) de Ridley Scott, « Thomas trébuche» (1998) de Pascal-Alex Vincent, la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman, la chute de Maxime dans le spectacle musical Un Mensonge qui dit toujours la Vérité (2008) d'Hakim Bentchouala, la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton, « Bas Fond» (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt, « Paradis perdu» (1939) d'Abel Gance, le roman Le Garçon sur la Colline (1980) de Claude Brami, etc..

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« Laure et Lise s'enlisent encore. » (c. f. la chanson « Laure et Lise» de Renaud Hantson) Dans le film « La Mouette» (1996) de Nils Tavernier, Valéria, au moment de déclarer sa flamme, dit à Laurence: « Laurence ... J'ai peur de tomber... ». Laurence lui demande

étonnée: « De tomber? » Valériafinit: « ... de tomberamoureuse.»
La nouvelle Marcovaldo Tarsile de la Tour Montigny Xuclar I Fer Ampolles (1975) de Terenci Moix raconte l'histoire d'un homme dont l'obsession de sa vie est la « longitude ». Le Joueur d'échecs (1943) de Stefan Zweig a une vision unilatérale du monde: son univers est plat comme un échiquier. Le vertical surgit inopinément de l'horizontal: c'est le cas dans le film « Freak Orlando» (1981) d'Ulrike Ottinger (la chute dans les graviers succède à la scène du miroir narcissique), dans la chanson « Comme J'ai Mal» de Mylène Farmer (( Je bascule à l 'horizontal, démissionne ma vie verticale. ») « La première fois, ça a été comme un shoot. Je suis monté jusqu'à descente. » (Le héros dans la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé) la cime de cette

« Qui arrête les colombes en plein vol à deux au ras du sol? Une femme avec une femme. » (c. f. la chanson « Une Femme avec une Femme» du groupe Mecano) Dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d'Augustin d'Ollone, il est question de « l'orgasme de la chute libre ». «Mais j'ai glissé avec délice... Certes!» d'Étienne Daho) (c. f. la chanson «Les Attractions-Désastre»

« Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente. » (c. f. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer) « Vertige ascensionnel» (c. f. la chanson « Comme un Igloo» d'Étienne Daho) « Cette pente était si belle. N'allez pas regretter. La descente était de celles qu'on ne peut éviter. J'ai succombé à cette avalanche. » (c. f. la chanson « La Pente» des Valentins) « Qu Ji a-t-il de plus beau qu'une chute? Qu'un beau destin raté? » (Denis D'Arcangelo dans la pièce Le Cabaret des Hommes perdus (2006) de Christian Siméon) « Je descends à la verticale, pendant que mon sang se répand là-haut. » (La voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s'était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro)
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fontière à franchir avec précautionmm--mnnnnm--m-m-n-

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: Je vous renvoie à l'autobiographie Impotens Deus (2006) de Michel Bellin. lean-Paul Sartre parle au sujet de Jean Genet du « complexe d'Icare », c'est-à-dire d'un dynamisme de la chute (Jean-Paul Sartre, Saint Genet, Éd. Gallimard, Paris, 1952, p. 127).

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« En enfant de bourgeois éclairés, j'avais été élevée dans l'idée que tout m'était possible. Et chaque renoncement me faisait dégringoler d'un échelon dans l'estime de moi-même. Quand je pense que mon livre préféré de Camus était La Chute!» (Cathy Bernheim, L'Amour presque parfait, Éd. du Félin, Paris, 2003, p. 74)

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* Voir également Isolitud~, lfusio~, et Icouple homosexuel enfenné dans un ciném~ dans le Dictionnaire des codes homosexuels. A - FICTION Le couDle homosexuel, dans un élan androe:vniaue ée:ocentriaue, veut vivre une solitude à deux en autarcie sur une île: L'île Moustique dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d'Emmanuel Pierrat, le roman La Isla (1961) de Juan Goytisolo, « Un Pyjama pour deux» (1961) de Delbert Mann, «Together Alone» (1991) de P. J. Castellaneta, «Lucia y el Sexo» (2001) de Julio Medem, «Isle of Lesbos» (1996) de Jeff B. Hannon, le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, le roman L'Île aux Dames (1895) de Pierre Louys, « The Last Island » (1990) de Marleen Gorris, la chanson «Canary Bay» d'Indochine, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d'Hervé Claude, la chanson «JBG» d'Alizée, «Mediterraneo» (1991) de Gabriele Salvatores, le site gay hispanophone « Isla de la Ternura », « L'Évadé de l'Île au Diable » (1972) de William Witney, « Regarde la Mer » (1997) de François Ozon, le roman L'Île d'Arturo (1957) d'Elsa Morante, « Collateral » (2004) de Michael Mann, la série Les Enfants des Îles (1980-1981) de Pierre et Gilles, «La Chair et le Diable» (1927) de Clarence Brown, «Avant le Déluge» (1953) d'André Cayatte, «Island of Lost Souls» (1933) d'ErIe C. Kenton, « Voodoo Island » (1957) de Reginald Le Borg, «Deep Waters» (1948) d'Henry King, « The Tempest» (1979) de Derek Jannan, «11 Mare» (1962) de Giuseppe Patroni Griffi, « Agostino» (1962) de Mauro Bolognini, l'île de Key West dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, les films « Vampyros Lesbos» (1970) et «La Comtesse noire» (1973) de Jess Franco, «Wilby Wonderful» (2005) de Daniel McIvor, «Le Lézard noir» (1968) de Kinji Fukasaku, «Frans en Duits» (1995) d'Orlow Seunke, « L'Île Atlantique» (2005) de Gérard Mordillat, etc.. Dans le roman La Peau des Zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, les personnages homosexuels en couple affinnent expérimenter « la solitude à deux sur une île » (p. 33). «Julien Brévaille, en face de moi, est mon île et mon rêve. » (Yves Navarre, Portrait de Julien devant lafenêtre (1979), Éd. H&O, Béziers, 2006, p. 47) «D'une certaine manière, nous sommes parfaitement libres d'agir comme nous le voulons l'un par rapport à l'autre, tu comprends? Comme si nous étions dans une île déserte. Une île où nous serons peut-être seuls des années. Ceux qui nous oppriment sont hors de notre cellule, pas à l'intérieur. Ici personne n'opprime personne. » (Valentin à Molina, dans Manuel Puig, Le Baiser de la Femme-Araignée, Éd. Seuil, Paris, 1979, pp. 192-194) «Plus mes relations avec lui devenaient étroites, plus je m'isolais du monde extérieur: en même temps que la chaleur de cette sphère intérieure, je partageais l'isolement glacial de son existence, totalement en marge. » (Stefan Zweig, La Confusion des Sentiments (1928), Éd. Livre de poche, Paris, 2006, p. 67)

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«J'aurais aimé être un pédé heureux. Dehors, c'est pas possible. Ils ne comprennent rien. Ils confondent tout. Le vice et l'amour... » (Éric Caravaca dans ]e film «Dedans» (1996) de Marion Vernoux) «Nous sommes isolées du reste du monde. » (Cy Jung, Mathilde, je l'ai rencontrée dans un Train, Éditions gaies et lesbiennes, Paris, 2005, p. 33) «J'ai toujours rêvé de vivre sur une île sauvage. » (Cyri] dans Thibaut de Saint Po], Pavillon noir, Éd. Plon, Paris, 2007, p. 208) «Refais le rêve obscur d'une île. » (c. f. la chanson «Looking for my Name» de My]ène Farmer)
fontière à tranchir avec précaution-----------------------------------

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fictionpeut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique:
L'î]e de Capri est un lieu de villégiature particulièrement apprécié par certains membres de ]a communauté homosexuelle: Oscar Wilde, André Gide, George Eekhoud, Jean Cocteau, ]e baron d'Ade]swa]d-Fersen, Somerset Maugham, E. F. Benson, Norman Doug]as, Nata]ie Barney, Romaine Brooks s'y retrouvaient. D'autres vont à ]'île de Lesbos. «L'île.' chez moi thème récurrent. »(Christian Giudicelli, Parloir, Éd. du Seuil, Paris, 2002, p.42)

linceste (père et fils homos tous les deux)1

Voir également !mère possessiv~, Itrère, fils, père, amant, maître, Die~, ~édophi]i~, et * linceste entre trère~, dans ]e Dictionnaire des codes homosexuels. A - FICTION Le personnae:e homosexuel entretient une relation incestueuse avec un proche parent: «Les Damnés » (1969) et « Sandra» (1965) de Luchino Visconti, ]e roman Le Vieillard et l'Enfant (1954) de François Augiéras, ]e roman L'Amant de mon Père (2000) d'A]bert Russo, les films « Belle Maman » (1999) et « Ma Mère » (2003) de Christophe Honoré, « Mon Fils à moi» (2006) de Martial Fougeron, ]e roman Le Neveu (1964) de James Purdy, «Vo]ver» (2006) de Pedro Almodovar, «Lustt;r» (2001) d'Everett Lewis, «A]ice» (2002) de Sylvie Ballyot, «The Maids » (1975) de Christopher Mi]es, « Ostia » (1970) de Sergio Citti, « Sexe fou» (1973) de Dino Risi, «Sitcom» (1997) de François Ozon, «L'Enfer d'Ethan» (2004) de Quentin Lee, ]e roman La Confusion des Sentiments (1928) de Stefan Zweig, «Jin Nian Xia Tian (Fish and E]ephant)) (2001) de Yu Li, «La Classe de Neige» (1997) de Claude Miller, les films « Sonate d'Automne » (1978) et surtout ]a relation père/fils dans « À travers ]e Miroir» (1961) d'Ingmar Bergman, «Le Langage perdu des Grues» (1991) de Nige] Finch, Joli Papa (2003) d'Alain Meyer, ]a pièce Soudain l'été dernier (1958) de Tennessee Williams, ]a figure du père possessif et omniprésent dans ]a pièce Le Retour au Désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, ]e roman L'Inceste (] 999) de Christine Angot, «Le Ba] des Vampires» (] 967) de Roman Polanski, ]e roman El Retrato amarillo (1956) de Manue] Mujica Lainez, «Twist» (2004) de Jacob Tierney et Adrienne Stem, «E] Amor del Capitân

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Brando» (1974) de Jaime de Arminan, «Festen» (1998) de Thomas Vintenberg, Leonard Bernstein et son projet d'opéra d'après Lolita de Nabokov, «Priscilla Folle du Désert» (1995) de Stephan Elliot, les chansons «L'Amour naissant» et «Regrets» de Mylène Farmer, «Les Cousines» (1970) de Louis Soulanes, la chanson «Celui que j'aimerai» de Cindy dans le spectacle musical Cindy, «Après lui» (2007) de Gaël Morel, «Une Soirée étrange» (1932) de James Whale, le roman L'Espace mortel (2005) de Patricia Duncker, les films «Madame» (1997) et «Le Temps qui Reste» (2005) de François Ozon, le roman Le Fou du Père (1988) de Robert Lalonde, la chanson «My Heart Belongs To Daddy» (1938) de Cole Porter, Ie roman Dream Boy (1995) de Jim Grimsley, la nouvelle Adi6s Mamâ (1981) de Reinaldo Arenas, «Le Silence» (1962) d'Ingmar Bergman, «Jeux de Nuit» (1966) de Mai Zetterling, l'inceste avec la mère dans le film « Agostino» (1962) de Mauro Bolognini, « Sex » (1971) de Paul Morrissey, l'inceste père/fils dans le film «Premier Amour, Version infernale» (1968) de Susumu Hani, Celie violée par son père dans le film «La Couleur pourpre» (1985) de Steven Spielberg, «L'Histoire de Pierra» (1982) de Marco Ferreri, « Smukke Dreng (Joli Garçon) » (1993) de Carsten Sonder, l'inceste entre cousins dans le film «Rue du Bac » (1990) de Gabriel Aghion, «The Everlasting Secret Family» (1988) de Michael Thornhill, «Only the Brave » (1994) d'Ana Kokkinos, Lolita dans Ie spectacle de marionnettes L 'Histoire du Canard qui voulait pas qu'on le traite de Dinde (2008) de Philippe Robin- Volclair, « Charmants Cousins » (1983) de Jean-Daniel Cadinot, etc.. Dans Ie film «Funeral Parade of Roses» (1969) de Toshio Matsumoto, Eddie tombe amoureux de son père. Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, Romain maintient une relation incestueuse avec son cousin Marie-Jean. Dans le film «L'Île des Amours interdites» (1962) de Damiano Damiani, Arturo, à 15 ans, voue une passion pour son père. Dans le film «Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, Christian s'est fait violer par son père. Queti a été violée par son père dans le film «Le Labyrinthe des Passions » (1983) de Pedro Âlmodôvar. Michele, le héros de Confidence africaine (1931) de Roger Martin du Gard, né d'un rapport incestueux, meurt au commencement du livre. Dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le fils cherche à séduire sadiquement son père. « Daddy» est pris pour un Dieu: «Ouvre-moi ta porte pour l'amour de Daddy. » Dans le film «Shortbus» (2005) de John Cameron Mitchell, Jamie fait le bouche à bouche à un homme qui pourrait être son père. Dans le couple homosexuel « Torch Song Trilogy» (1989) de Paul Bogart, David, homosexuel de 15 ans, est adopté par le couple homosexuel Ed et Arnold. Dans le film «Dias de Boda» (2002) de Juan Pinzas, on apprend que Rosendo, le marié, et son beau-père ont eu une liaison homosexuelle. Dans le film «A Family Affair» (2003) d'Helen Lesnick, Rachel la lesbienne rêve qu'elle fait l'amour avec sa mère. L'homosexualité se double d'inceste dans le roman Les Hors Nature (1897) de Rachilde. Dans la pièce La Reine morte (1942) d'Henry de Montherlant, la relation entre le père (le roi Ferrante) et son fils (Don Pedro) est idolâtre, ambiguë: « Vous savez bien que je vous aime. » dit Don Pedro à son père; « On devrait pouvoir rompre avec ses enfants comme on le fait avec ses maîtresses » rétorque ce dernier. Le personnage homosexuel idéalise ses parents pour mieux se substituer à eux. Dans le film «Drôle de Félix» (1999) d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, par exemple, les rapports d'éducation s'inversent: ce sont les enfants qui éduquent leurs parents. Dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres Cruautés (2008) de Gilles Tourman, Leni Riefenstahl évoque la «beauté tragique de l'inceste ». Dans le film «Ma Mère préfère les femmes (surtout les Jeunes...)) (2001) d'Inés Paris et Daniela Fejerman, Sofia aime les femmes de l'âge de ses filles, et cela trouble certaines d'entre elles qui se demandent si elles ne sont pas, elles aussi, lesbiennes comme leur mère. Dans le roman J'apprends l'allemand (1998) de Denis Lachaud, Rolf le bisexuel a un oncle homosexuel, Peter, « celui qui vit dans la forêt, l'excentrique de la famille » (p. 62).

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«J'ai besoin d'érotisme à cause du corps de ma mère, de sa vie. Souvent elle disait: 'Je t'y prends!' à faire ceci cela. Me surveillant. » (Annie Emaux, Je ne suis pas sortie de ma Nuit, Éd. Gallimard, Paris, 1997, pp. 61-62) « Je suis une fille de l'inceste. Voilà pourquoi je meurs. » (Antigone dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau) « Un zeste de citron dans l'eau ... » (c. f. la chanson « Veni Vedi Vici » d' Alizée) « Helio, heW, t'es à moi... Lolita» (c. f. la chanson « Moi... Lolita» d'Alizée)
« Qu'aussitôt, tes câlins/Cessent toute ecchymose (...) Optimystique-moi, chanson « Optimystique-moi » de Mylène Farmer. C'est moi qui souligne) papa. il (c. f. la

« Mon cœur est à papa. » (Une réplique de la pièce My

Scum

(2008) de Stanislas Briche)

« Seul homme de la maison, j'oubliais avec une étrange facilité les liens du sang, faisant ainsi du géniteur aux yeux indiscrets un objet de convoitise et la cause première de nos maladies respectives!» (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), Éd. Gallimard, Paris, 1994, p. 96) « Pendant quelques minutes, il me sembla que j'étais son préféré. » (Zac en parlant de son
père, dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée)

« Je regardais toujours mon père se déshabiller. Jamais ma mère. Heureusement. » (Jacques Nolot dans le film « La Chatte à deux Têtes» (2002) de Jacques Nolot) «J'ai été surpris par le nombre de jeunes, des mecs d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années, cherchant expressément des partenaires de plus de 45 balais. » (Michael parlant des rencontres Internet, dans Armistead Maupin, Michael Tolliver est vivant (2007), Éd. de l'Olivier, Paris, 2008, p. 17) Le père et le fils sont gay tous les deux dans la pièce L'Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Another Gay Movie» (2006) de Todd Stephens (Andy va « tailler une pipe» à son père dans les toilettes), le film « Almost Normal» (2005) de Marc Moody (dans un monde gay, Brad voit chacun de ses parents en couple homosexuel), le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée (Zac aperçoit son père dans la boîte gay qu'il a coutume de fréquenter), « Family Outing» (2001) de Ben McCormack, «Odd Sock» (2000) de Colette Cullen, « Un Arrangement» (1998) de Didier Blasco, «Le Langage perdu des Grues» (1991) de Nigel Finch, Polito et son père dans le roman Las Locas de Postin (1919) d'Alvaro Retana, « Quelque Chose en son Temps» (1965) de Roy et John Boulting, « La Résidence» (1969) de Narciso Ibafiez-Serrador (la FAP lesbienne surprotège son fils unique gay), «Père, Fils» (2003) d'Alexandre Sokourov, «Simon, el Gran Varon» (2002) de Miguel Barreda, « Respire! » (2004) de Dragan Marinkovic (père et fille homosexuels), « Caresses» (1997) de Ventura Pons, « Merci... Dr Rey ! » (2001) d'Andrew Litvack, « Burlesk King» (1999) de Mel Chionglo, « Choujue Dengchang» (2001) de Cui Zi'en, «La Rivière» (1996) de Tsai Ming-liang, etc.. Dans le roman El Dia que muri6 Marilyn (1970) de Terenci Moix, Jordi et son oncle sont tous deux homos. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Jean-Marc est homosexuel comme son oncle Édouard.

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« Ma femme sait tout de moi, et notre fils saura tout lui aussi. Et il apprendra à respecter les autres et à se respecter lui-même. » (C. f. la phrase de conclusion du film « Alang Lalaki Sa Buhay Ni Selya (The Man in her life) » (1997) de Carlos Siguion-Reyna)
n nnn fontière à franchir avec précaution
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B - RÉALITÉ FANTASMÉE

La fictionpeut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique:
La romancière lesbienne Pat Califia, dans des anthologies comme The Leading Edge (] 987) et Macho Sluts (1988), défend des pratiques sexuelles radicales, dont l'amour sexuel entre mères et filles. Elle n'est pas la seule. D'autres (Adrienne Rich, Luce Irigaray, etc.) envisagent ]e lien mère/fille comme un modèle amoureux. Le père d'André Gide appelait toujours son fils « mon petit ami». Dans l'essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, JeanPhilippe (28 ans) est homosexuel et a subi les abus d'un oncle de 9 à ]6 ans. André (33 ans), sodomisé sauvagement par son père à l'âge de 13 à 16 ans, se dit à l'âge adulte d'orientation homosexuelle. Dans le film « Family Outing» (200]) de Ben McCormack (présenté comme une histoire vraie), un jeune homme qui va pour la première fois dans un sauna, découvre avec étonnement que celui qui va finalement le « sucer» n'est autre que son père. Jean Cocteau sous-entend que son père était homosexuel comme lui, et qu'il s'est suicidé pour cette raison: « Le pédéraste reconnaît le pédéraste... » (Jean Cocteau dans le documentaire « Cocteau et Compagnie» (2003) de Jean-Paul Fargier) « Mon époux aimait bien Jimmie. Je crains même qu'il ne l'ait trop aimé. » (Mrs Sewell en

parlant de son fils Jimmie, dans Gore Vidal, Palimpseste Mémoires (1995), Éd. Galaade,
-

Paris, 2006, p. 48)

« Mon coming out est devenu l 'outing de papa. » (Stéphane dans la revue Têtu, na 130, février 2008,p.134) Pier Paolo Pasolini dit éprouver « un amour sensuel pour son père urinant dans un fossé» (Pier Paolo Pasolini dans le reportage « Les Fioretti de Pier Paolo Pasolini, 1922-1975» (1997) d'Alain Bergada). « Quelques images me reviennent: il est assis dans l'auto. Son pénis est sorti. Il a une érection. » (Justin, 34 ans, abusé dès l'âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans Miche] Dorais, Ça arrive aussi aux garçons, Éd. Typo, Paris, 2008, p. 244) « Mon grand-père était un homme au sexe proéminent. (...) Pendant longtemps, j'ai été jaloux de ma mère à cause de mon grand-père. » (Reinaldo Arenas, Antes que anochezca (1992), Tusquets Editores, Barce]one, mars 200], p. 3]) « Nous rejoignons dans la nuit le lycée qui est à 20 km, route de Carhaix, celle de l'accident [de mon père]. C'est la chanson de Charlotte Gainsbourg avec son père, 'Lemon Incest': 'Je t'aime, je t'aime, je t'aime plus que tout... ',je suis certain d'avoir envie de pleurer (...). » (Christophe Honoré, Le Livre pour Enfants, Éd. de l'Olivier, Paris, 2005, p. 88) « En général 2 % des statistiques sur l'inceste mentionnent des actes mère/jils. » (Daniel We]zer-Lang, Le Viol au masculin, Éd. L'Harmattan, Paris, ] 988, p. 190)

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linceste entre frères (frères homos tous les deux)1

* Voir également ~umeau~, frère, fils, père, amant, Ischizophrénique~, et la partie «frère homophobe» de Dictionnaire des codes homosexuels. A - FICTION a) Le personna!!:e homosexuel maintient une relation inceste avec son frère: Klaus et Erika Mann dans le roman Frère et Sœur (1930) de Klaus Mann, l'inceste entre sœurs dans le film «L'Heure du Désir» (1954) d'Egil Holmsen, « 800 Tsu Rappu Rannazû, Fuyu No Kappa» (1994) de Kazama Shiori, le tableau Frères (1997) de Liu Xiaodong, Paul et Élisabeth dans le roman Les Enfants terribles (1929) de Jean Cocteau, Saïd et Karim dans le film «L'Embellie» (2000) de Jean-Baptiste Erreca, le roman Mon Frère, mon Amour (2003) d'Eyet-Chékib Djazari, le roman Frère (2001) de Ted Van Liedshout, le roman Mon Frère et son Frère (1993) d'Hakan Lindquist, le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, «Brothers» (2003) de Deniz Buga, «Paulo et son Frère» (1997) de Jean-Philippe Labadie, « Comme un Frère» (2005) de Bernard Alapetite et Cyril Legann, Julie et Brad dans le film «Almost Normal» (2005) de Marc Moody, Antigone et son frère dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, Mathilde et Adrien dans la pièce Le Retour au Désert (1988) de Bernard-Marie Koltès, le couple fusionnel Paul/Cindy dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le roman L'Agneau carnivore (1975) d'Agustin Gomez-Arcos, Linda et Christian dans le film «Festen» (1998) de Thomas Vinterberg, «Les Abysses» (1962) de Nico Papatakis, l'inceste entre sœurs dans le film « The Mafu Cage» (1978) de Karen Arthur, « Harry et Max» (2005) de Brian Epstein, « Mascara» (1987) de Patrick Conrad, « Aprimi Il Cuore » (2002) de Giada Colagrande, « Sister my Sister» (1994) de Nancy Meckler, «Les Blessures assassines» (1999) de Jean-Pierre Denis, la photo Comme des Frères (1982) de Jean-Claude Lagrèze, la jalousie entre frère et sœur dans le film « Enfances» (2007) de Yann Le Gai sur lngmar Bergman, la relation androgynique entre Suzanne et Pierre dans le roman Journal de Suzanne (1991) d'Hélène de Monferrand, etc.. Lucie et Lionel, le frère et la sœur du film « Comme des Voleurs» (2007) de Lionel Baier, vivent une relation très fusionnelle et finalement misérable: «Tout comme moi. On est pareils. On est des animaux morts. » (Lionel à Marie) Dans le film «Un Tramway nommé Désir» (1950) d'Élia Kazan, les deux sœurs Stella et Blanche forment un couple androgynique. Parfois l'inceste androgynique entre les frères est le fruit du divorce: «Et des frères à demi on aimera. »(c. f. la chanson« Je, Tu, Ils» de Zazie) « En perdant ma sœur, c'est comme si on avait arraché une partie de moi-même. » (Nicolas dans le téléfilm « Sa Raison d'Être» (2008) de Renaud Bertrand) «Je n'ai jamais haï personne excepté toi!» (Nietzsche à sa sœur Élisabeth, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres Cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; «Ne laissez pas sa sœur assassiner sa pensée. » (Lou Salomé en parlant de Nietzsche) « De mes trois frangins, y 'en a même pas un qui m 'a violé gamin! » dit Jarry avec une pointe de regret, dans la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman. Il n'arrête pas, d'ailleurs, de se comparer à ses frères...

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Le personnage homosexuel est secrètement jaloux du frère qu'il adore: «La préférence, elle, en revanche, je l'ai vue. Très vite. J'ai vu qu'on me préférait Thomas, que c'est à lui que les gens accordaient leur attention lorsque nous étions enfants puis adolescents, que c'est vers lui qu'on allait. Et je ne comprenais pas cette préférence, dès lors que je faisais l'effort d'admettre notre ressemblance. Pourquoi lui, plutôt que moi? Pourquoi toujours lui? (...) Ce sont des différences infimes, à peine perceptibles, et pourtant, à la fin, elles font de l'un un enfant choyé, un adolescent séducteur, de l'autre un garçonnet solitaire, un jeune homme mélancolique. » (Lucas en parlant de son frère Thomas, dans Philippe Besson, Son Frère, Éd. Julliard, Paris, 2001, p. 43) Dans le film «C.R.A.Z.Y.» (2005) de Jean-Marc Vallée, l'influence des frangins de Zac est perçue comme écrasante. Dans le film «Celui par qui le scandale arrive» (1960) de Vincente Minnelli, il existe une jalousie désirante entre les deux demi-frères, Théron et Rafe : l'un est un fils admis, l'autre est un fils bâtard. Ils finiront par inter-changer leur vie. L'homosexualité du personnage homosexuel est suggérée par la jalousie éprouvée entre frères par rapport notamment à l'amour parental: « Vous êtes bien de la même veine tous les deux. C'est pour ça qu'elle te préférait. » (Sandre parlant de leur mère à son frère Audric, dans Christophe et Stéphane Botti, L 'Héritage de la Femme-Araignée, Éd. Aina, La Rochelle, 2007, p. 13) « Belle jeunesse, vraiment! Ma mère, ma digne mère qui préférait mon imbécile de frère » (Lacenaire à Garance, dans le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Camé) b) Les deux frères sont homosexuels: «Lola et Bilidikid» (1998) de Kutlug Ataman, «Le Frère, la Sœur... et l'Autre» (1970) de Douglas Hickox, « Le Confessionnal » (1995) de Robert Lepage, «The Perfect Son » (2000) de Leonard Farlinger, «Rice Rhapsody» (2004) de Kenneth Bi, la pièce Confidences entre Frères (2008) de Kevin Champenois, etc.. Dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, Michael et Rob sont frères et homosexuels, ... tout comme leur sœur Jaclyn ! La pièce Confidences entre Frères (2008) de Kevin Champenois s'achève avec un échange de baiser sur la bouche entre les deux frères Samuel et Damien.
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B - RÉALITÉ FANT ASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: a) Certaines personnes homosexuelles éprouvent un désir haineux et idolâtre pour leur frère ou leur sœur: Dans l'essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, Pierre, d'orientation homosexuelle, a vécu l'inceste avec son frère Joseph. C'est le cas aussi de Jean-Sylvain avec l'un de ses frères. Pierre Louys admirait énormément son grand-frère Georges (c. f. le documentaire «Pierre Louys: 1870-1925» (2000) de Pierre Dumayet et de Robert Bober). La relation entre Bruno Ulmer (homosexuel) et sa sœur Catherine est clairement montrée comme incestueuse et maritale dans le documentaire « Une Vie de Couple avec un Chien » (1997) de Joël Van Effenterre. José Pascual s'amourache de son grand frère pour qui il ressent une attraction érotique depuis le jour où il lui avait vu les organes génitaux (Fernando Olmeda, El Ltitigo y la Pluma (2004), Éd. Oberon, Madrid, 2007, p. 144).

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« Tous ces hommes se sentent marqués par leurs expériences sexuelles avec leurs frères. Non sans désarroi, certains constatent qu'ils sont attirés par des hommes qui ressemblent étrangement à ce frère qu'ils détestent! » (Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons, Éd. Typo, Paris, 2008, p. 55) Dans l'autobiographie La Mauvaise Vie (2005) de Frédéric Mitterrand, on observe une constante comparaison aux frères aînés (p. 78). «Ce n'est pas le dégoût de la castration féminine qui est aufondement de leur homosexualité, mais la composante narcissique du choix d'objet sexuel. Au cours de l'enfance, le futur homosexuel éprouve des sentiments de rivalité et de jalousie particulièrement intenses envers ses frères aînés avec lesquels il doit partager l'amour de sa mère. Sous l'effet de l'éducation, ces pulsions sont refoulées. L'énergie pulsionnelle ne pouvant être annulée, elle se renverse dans son contraire: la haine viscérale pour les frères se transforme en amour homosexuel. » (Virginie Mouseler, Les Femmes et les Homosexuels, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1996, p. 73) «Dans ce texte sur l 'homosexualité féminine, Freud mentionne comme un élément clé la jalousie qu'éprouva la jeune fille lors de la naissance d'un frère. » (Daniel Borillo et Dominique Colas, L 'Homosexualité de Platon à Foucault, Éd. Plon, Saint-Amand-Montrond, 2005, p. 312); «Dans la prime enfance des motions de jalousie particulièrement fortes, issues du complexe maternel, s'étaient affirmées contre des rivaux, la plupart du temps des frères plus âgés. (...) Les rivaux haïs se transforment en objets d'amour. (...) Le choix d'objet homosexuel provient plus d'une fois d'un dépassement précoce de la rivalité vis-à-vis de l 'homme. » (Sigmund Freud, « Sur Quelques Mécanismes Névrotiques dans la Jalousie, la Paranoïa et l'Homosexualité», dans Névrose, Psychose et Perversion, cité dans Idem, pp. 343-344)
b) Les deux frères sont homosexuels:

Dans les personnes gay et frères connus, on retrouve le frère de Carlos Jauregui, les frères Mann,Tchaïkovski et son frère Modeste, Ferdinand et Gian-Gastone de Médicis, Lytton et James Strachey, les frères Sirkis du groupe Indochine, Stéphane Desbordes et son frère jumeau, etc.. Henry James, gay, a une sœur lesbienne. Dans la famille de K.D. Lang, ils sont 3 enfants sur 4 à se dire homosexuels (C. f. l'article «K. D. Lang: Elle World», dans la revue Têtu, n° 130, février 2008, p. 22). Lors de l'émission de Jean-Luc Delarue« Jour après Jour», sur France 2, en novembre 2000, une mère vient témoigner car son fils et sa fille se disent tous les deux homosexuels. «À 13 ou 14 ans, une relation sexuelle s'est établie avec mon frère aîné. Tout a commencé par du tiraillage. On s'est collés l'un sur l'autre. Je ne sais pas comment ça s'est passé, mais à un moment donné nos pantalons se sont baissés... Je n'ai pas été forcé. Je ne voyais pas ça comme un abus. C'est par la suite que je me suis aperçu qu'il m'avait trompé émotivement, qu'il avait exploité ma soif d'affection. J'ai des séquelles encore aujourd'hui de cette trahison-là. (...) Bizarrement, il était passif et c'est moi qui était actif, qui le faisais jouir, autrement dit. Lui, il était très peu participant, sauf pour faire les premiers pas. Il sait que je suis stimulé par son corps, par ce que je vois, il sait comment me prendre. Mon frère devient mon idole. On baisait depuis au moins 3 ans, régulièrement (. ..) Je me dis que je l'aimais, mais en dehors de nos activités sexuelles, on ne se parlait pas tellement. À vrai dire, il n'était pas vraiment présent dans ma vie. C'était seulement dans l'acte sexuel comme tel qu'il me donnait de l'amour. Mais à ce moment-là, j'en étais plus ou moins conscient. (...) L 'homosexualité reste associée à la trahison de mon frère. » (Justin, 34 ans, abusé dès l'âge

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de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons, Éd. Typo, Paris, 2008, pp. 246-248)

linfirmièr~

A - FICTION Le personna!!:e homosexuel tombe amoureux de son infirmière. ou est lui-même cette infirmière: «Herkulesfiirdoi Emlek» (1976) de Pal Sandor, «Freak Orlando» (1981) d'Ulrike Ottinger, les infirmières comparées à des anges dans la roman Le Joueur d'échecs (1943) de Stefan Zweig, l'infirmière à deux têtes dans la pièce Petit Traité de Manipulation à l'Usage des Honnêtes Gens (2007) de Gérald Garutti, «A Question of Love» (1978) de Jerry Thorpe, la pièce L'Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le roman N'Oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, « Persona» (1966) d' Ingmar Bergman, « Insatisfaites Poupées érotiques du Professeur Hitchcock» (1971) de Fernando Di Leo, la pièce Un Barbu sur le Net (2007) de Louis Julien, le roman Mathilde. je l'ai rencontrée dans un Train (2005) de Cy Jung, la pièce Eva Peron (1970) de Copi, «Un Tramway nommé Désir» (1950) d'Élia Kazan, «Un Allo sin Amor» (2005) d'Anahi Berneni, «Tout sur ma Mère» (1998) de Pedro Almodovar, Trois Poèmes à ma Nourrice (1929) de Saba, Ourdhia l'infirmière-nourrice dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, «Sonate d'Automne» (1978) d'Ingmar Bergman, «Œdipe (N + I)) (2001) d'Éric Rognard, l'infirmière de l'école dans la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman, «Allez coucher ailleurs» (1949) d'Howard Hawks, «La Falaise mystérieuse» (1944) de Lewis Allen, «La Déesse» (1958) de John Cromwell, «La Polka des Marins» (1951) d'Hal Walker, «MASH» (1970) de Robert Altman, «ZuTÜck auf Los! » (1999) de Pierre Sanoussi-Bliss, «Total Loss» (2000) de Dana Nechushtan, «Tras el Cristal» (1985) d'Agusti Villaronga, «Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux!» (1982) de Coline Serreau, «Du Côté des Filles» (1999) de Françoise Decaux, «Kazetachi No GogO» (1980) d'Hitoshi Yazaki, etc.. Dans le spectacle musical Panique à Bord (2008) de Stéphane Laporte, l'infirmière est la figure maternelle: Joséphine, la mère de Kevin, se déguise en soignante. Dans la pièce Angels in America (2008) de Tony Kushner, L'infirmière est comparée à une «bonne fée». Daventry, l'amant homosexuel du roman Je suis vivant dans ma Tombe (1975) de James Purdy, est associé à une infirmière. «Quoi que maman dise, elle était belle cette infirmière. Je l'aime. » (c. f. la chanson « Maman a tort » de Mylène Farmer) «Sous ses habits blancs elle faisait songer à une fée. » (Michel dei Castillo, Tanguy, Éd. Julliard, Paris, 1957, p. 200) «J'ai pensé à elle, Laura Jones, ma gouvernante galloise, dont je ne saurai jamais, en somme, si je l'ai aimée comme une mère ou comme une femme. L'un et l'autre, sans doute. » (Suzanne dans Hélène de Monferrand, Journal de Suzanne, Éd. de Fallois, Paris, 1991, p. 34) ; «Je me suis toujours demandé pourquoi elle m'aimait. J'ai vaguement pensé que j'étais

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un substitut maternel, comme on dit. Cette idée ne me plaît guère, mais il n'est pas mauvais de la regarder enface. »(Suzanne en parlant de sa compagne Héloïse, Idem, p. 78) « L'infirmière leva la tête et me regarda, les yeux encore pleins des images de son livre. Si je ferme les miens à présent - au moment où j'écris - et essaie de retrouver son regard, il me semble que je pourrais en déduire quel livre elle lisait. Une histoire pleine de crinolines - le froissement des robes, les années 1840: La Chartreuse de Parme peut-être. l'adressai à la jeune femme un petit salut. » (Laura dans Harry Muslisch, Deux Femmes (1975), Éd. Babel, Barcelone, 2005, p. 70) « C'est une femme merveilleuse, mais ô combien envahissante. (H') Elle joue à la moman inquiète, pis ça m'énerve. » (Luc à propos de l'infirmière « Garde Cinq-Mars », dans Michel Tremblay, Le Cœur éclaté (1989), Éd. Babel, Cap-Saint-Ignace (Québec), 1995, pp. 274-275)
mmm nnnnn---nnm fontière à franchir avec précautionm m m--

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: Dans le documentaire « Le Bal des Chattes sauvages» (2005) de Véronika Minder, des femmes lesbiennes disent leur passion pour les infirmières. « J'aimerais pouvoir être malade et avoir des dames. Je suis si sensible aux charmes des femmes. »(Virginia Woolf dans une lettre à Violet Dickinson, Letters ofVirginia Woolf l, Éd. Nicolson et Trautmann, Londres, 1973, p. 224, citée par Monique Huens, « La Quête d'amour », dans Magazine littéraire, n° 275, Paris, mars 1990, p. 34)

linnocence (péché « originel »/laverie)1

A - FICTION

a) Le personnal!e homosexuel, en rupture avec ses idéaux profonds, rêve de retrouver l'innocence de l'anl!e ou de l'enfant:

Le roman Les Innocents (1952) de Francis Carco, « Les Innocents» (2003) de Bernardo Bertolucci, « Le Temps qui Reste» (2005) de François Ozon, l'album « Le Square des Innocents» (1974) de Catherine Lara, « L'Innocent» (1976) de Luchino Visconti, le roman Journal d'un Innocent (1996) de William Cliff, le roman L'Innocent (1931) de Philippe Hériat, le roman El Inocente (1966) de Juan José Hernandez, la pièce El1nocente (1968) de Joaquin Calvo Sotelo, le roman L'Innocence du Diable (2001) d'Éyet-Chékib Djazari, le roman La Dernière Innocence (1953) de Cécile Bertin, le roman The Age of Innocence (1920) d'Édith Wharton, « Born Innocent » (1974) de Donald Wrye, « Ah ! Si j'étais restée pucelle » (1969) de Günter Schlesinger, « Neige» (1981) de Juliet Berto et Jean-Henri Roger, « Pequeiia Paloma Blanca» (2003) de Christian Barbé, « Innocence» (2003) de Bernardo Bertolucci, « Up The Chastity Belt» (1971) de Bob Kellett, etc.. Beaucoup de pièces de Tennessee Williams traitent de la perte de l'innocence.

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« Moi aussi, tout petit, je croyais en moi. Mais j'ai changé. » (Môn à ChaÏ, dans le film « Satreelex, The Iron Ladies» (2003) de Yongyooth Thongkonthun) « Tous mes idéaux, des mots abîmés. (...) Pourtant, je voudrais retrouver l'innocence. » (c. f. la chanson « Désenchantée» de Mylène Fanner) b) Le Jardin d'Éden et le péché d'Adam et d'Ève sont fréquemment fictions homo-érotiques: rappelés dans les

La chanson « Quand tu m'appelles Éden» d'Étienne Daho, la scène finale de la pomme entre Julien et sa maman dans le film « Mon Fils à moi» (2006) de Martial Fougeron, le recueil de poésies Ombre du Paradis (1944) de Vicente Aleixandre, le roman Le Jardin des Chimères (1921) de Marguerite Yourcenar, le roman Éden, Éden, Éden (1970) de Pierre Guyotat, le roman La Busca dei Jardin (1978) d' Héctor Bianciotti, la chanson « Paradis inanimé» de Mylène Fanner, le roman Invitados en el Paraiso (1958) de Manuel Mujica Lainez, les jardins picturaux des toiles de Pierre et Gilles, « Les Enfants du Paradis» (1945) de Marcel Carné, « Adam et Ève» (1995) de Joaquim Leitao, « Bug» (2003) d'Arnault Labaronne, « Les Majorettes de l'Espace» (1996) de David Fourier, les fresques La Création du Monde, Adam, Le Paradis de Michel-Ange (1475-1564), le roman Le Jardin d'acclimatation (1980) d'Yves Navarre, « De la Chair pour Frankenstein» (1994) d'Antonio Margheriti et Paul Morrissey, « Je t'aime toi» (2004) d'Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky, « La Meilleure Façon de Marcher» (1976) de Claude Miller, le roman Riches, cruels et fardés (2002) d'Hervé Claude, « Paradis perdu» (1939) d'Abel Gance, « Eden's Curve» (2003) d'Anne Misawa, etc.. « Allons bâtir ce nouveau monde où l'on ignore le péché.» Commencement» d'Étienne Daho) (c. f. la chanson « Au

« Hedwig, tu me donnes un bout de pomme? » (Tommy à Hedwig, dans le film « Hedwig and the Angry Inch» (2001) de John Cameron Mitchell) « Moi je suis comme le vent, j'emporte mon secret dans un jardin d'Éden, m'allonger dedans. » (c. f. la chanson « L'Alizé» d'Alizée) « Mathilde et moi, c'est un drôle de paradis, un jardin luxuriant. » (Cy Jung, Mathilde, je l'ai rencontrée dans un Train, Éditions gaies et lesbiennes, Paris, 2005, p. 29) « Mais en réalité, je préfère les représentations du péché originel. Cette faute que nous continuons de payer, elle m'a toujours intéressé. Et le cri silencieux d'Ève chassée du paradis, il m'apparaît tout à coup que cela pourrait être le mien. » (Luca dans Philippe Besson, Un Garçon d'Italie, Éd. Julliard, Paris, 2003, p. 43) c) Le personnaee homosexuel passe son amour à la machine: « Nettoyage à Sec» (1997) de Gilles Taurand, le pressing de la pièce D'habitude j 'me marie pas! (2008) de Stéphane Hénon et Philippe Hodora, « My Beautiful Laundrette» (1985) de Stephen Frears, « Odd Sock» (2000) de Colette Cullen, « Car Wash» (1976) de Michael Schultz, « When Night is falling» (1995) de Patricia Rozema, « Les Témoins» (2006) d'André Téchiné, « Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?» (1984) de Pedro Almodôvar, la pièce Howlin' (2008) d'Allen Ginsberg, la blanchisserie dans le film « Les Chattes » (1964)

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d'Henning Carlsen, « Mondo Trasho» (1970) de John Waters, les détergents dans la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, etc.. « You wash it, you wash it, you rince... you smell. It smells like aflower!» (Élie Kakou, dans son spectacle comique Élie Kakou au Point Virgule, en 1992) « Tu n'aurais pas un peu d'eau de javel? » (Balthasar à Louis, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d'Augustin d'Ollone)
mm m--m m--fontière à tTanchir avec précaution--m--m--m---m--m m--

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: a) La nostall!ie de l'innocence: Je vous renvoie à l'essai Preservation of Innocence (1949) de James Baldwin, au documentaire « Forbidden Fruit» (2000) de Sue Maluwa Bruce, Beate Kunath, et Yvonne Zuckmantel, etc.. Le Petit Prince de Saint-Exupéry est l'un des livres favoris de James Dean, Néstor Perlongher, Mylène Farmer, Jacques-Yves Henry. b) Certaines personnes homosexuelles recherchent le Jardin d'Éden: « C'est par un chemin bien long que je choisis de rejoindre la vie primitive. Il me faut d'abord la condamnation de ma race. » (Jean Genet, Journal du Voleur, Éd. Gallimard, Paris, 1949, p. 33) Certains auteurs gay se sont beaucoup intéressés au péché originel: Walt Whitman, Oscar Wilde, Pier Paolo Pasolini, Julien Green, John Cheever, Francis Bacon, etc.. « L'attraction qu'a pour moi le sens du péché originel, c'est qu'il s'agit, je crois, d'une expérience universelle. » (John Cheever, cité dans le site www.islaternura.com. consulté en janvier 2003) c) Passer l'amour à la machine ou au lavomatique : Je vous renvoie à la séquence de la machine à laver dans la pièce Ébauche d'un Portrait (2008) de Jean-Luc Lagarce, à l'article « El Sindrome de la Sala» (1988) de Néstor Perlongher, etc.. « On dit qu'un habitué assis sur le dernier siège de la dernière rangée se chargeait de baptiser le nouvel arrivant avec une fellation gratuite. Cette zone était connue sous le nom de 'la lavadora' (traduction tTançaise : « la machine à laver »). » (Fernando Maldonado évoquant le Cinéma Carre tas de Madrid, dans Fernando Olmeda, El Latigo y la Pluma (2004), Éd. Oberon, Madrid, 2007, p. 139)

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linversion

(carte )1

A - FICTION a) Le personnal!e homosexuel croit Que la révolution, c'est l'inversion: La chanson « Pull-Over» de Mélissa Mars, « Recto Verso» (1999) de Jean Marc Longval, le roman Le Monde inversé (1949) d'André Du Dognon, « Ridicule» (1996) de Patrick Leconte, la chanson « Épaule Tatoo» d'Étienne Daho, le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos, « The Rocky Horror Picture Show» (1975) de Jim Sharman, « Salo ou les 120 Jours de Sodome» (1975) de Pier Paolo Pasolini, la théorie du « criss-cross» (transfert de personnalités) de Bruno dans le film «L'Inconnu du Nord-Express» (1951) d'Alfred Hitchcock, le roman Vice et Versa (2008) de Fanny Mertz, « Feux croisés» (1947) d'Edward Dmytryck, « Le Monde à l'Envers» (1999) de Rolando Colla, les films « El Otro Lado de la Cama» (2002) et « Los Dos Ladas de la Cama» (2005) d'Emilio Martinez Lazaro, « Pan un Hombre en tu Vida» (1999) d'Eva Lesmes, « Le Nom de la Rose» (1986) de Jean-Jacques Annaud, le dessin L'Ange à l'Envers (1976) d'Endre Rozsda, le tableau Le Baiser (2003) de Bruno Perroud, « Celui par qui le scandale arrive» (1960) de Vincente Minnelli, la chanson « Pile/Face» dans la pièce Confidences entre Frères (2008) de Kevin Champenois, « Alexander: The Other Side of Dawn » (1977) de John Erman, etc.. Rien que le nom du groupe fétiche de la communauté gay, ABBA, suggère l'inversion. L'esthétique de l'inversion est homosexuelle. On observe l'échange des masques entre les personnages de Claire et de Solange dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet, entre Gaby et Louise dans le film « Huit Femmes» (2002) de François Ozon, entre la cali-girl de luxe et la prostituée-Cosette dans le vidéo-clip « California» de Mylène Farmer, etc.. « Lady, Lady Oscar, elle est habillée comme un garçon, au lieu de jouer à la poupée toujours elle galopait, Lady, Lady Oscar, tu vivais sous la Révolution, Lady, Lady Oscar, personne n 'oubliera jamais ton nom. »(c. f. le générique du mangajaponais « Lady Oscar ») «J'voudrais voir le monde à l'envers. » (c. f. la chanson « S.O.S. d'un Terrien en détresse» de Zéro Janvier dans le spectacle musical Starmania) « J'avais le cœur à l'envers. »(c. f. la chanson « Nuit magique» de Catherine Lara) « C'est l'envers qu'on retient, pas l'endroit d'où l'on vient. » (c. f. la chanson « Aimez-moi» de Bruno Bisaro) « Faites l'amour, nous la guerre, nos vies à l'envers. » (c. f. la chanson « Fuck them Ali » de Mylène Farmer) « Je m'échine à expliquer aux autres, à ceux qui n'en ont rien à foutre, qui me tapent sur l'épaule et qui se marrent, à quel point ce monde est à l'envers. » (Mireille Best, Camille en Octobre, Éd. Gallimard, 1988, pp. 206-207)

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b) Le personnae:e homosexuel s'identifie aux personnae:es de ieux de cartes: « Une Histoire sans Importance» (1980) de Jacques Duron, « Far West» (2003) de PascalAlex Vincent, « Un Tramway nommé Désir» (1950) d'Élia Kazan, « Tout sur ma Mère» (1998) de Pedro Almod6var, la pièce Sallinger (1977) de Bernard-Marie Koltès, « Accatone » (1961) de Pier Paolo Pasolini, le roi de cœur dans le film « L'Homme de sa Vie» (2006) de Zabou Breitmann, « Je préfère qu'on reste amis» (2005) d'Éric Toledano, le bar cuir gay Le Carré d'As dans le film « Le Marginal» (1983) de Jacques Deray, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, etc.. Dans la pièce Les Monologues du Pénis (2007) de Carlos Goncalves, Sylvain, le personnage homosexuel, travaille dans un bar gay appelé le Recto- Verso. Dans le film « Puta de oros » (1999) de Miguel Crespi Traveria, Adrian se prend pour le valet du jeu de carte espagnol el Guinote. Le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer relate les divagations de Lisa qui rencontre le Loup, un petit garçon tout plat. Beaucoup de personnages homosexuels jouent aux cartes: c. f. le film « Une Histoire sans Importance» (1980) de Jacques Duron, « Madame Satà» (2001) de Karim Ainouz, « Puta de Oros» (1999) de Miguel Crespi Traveria, « Far West» (2003) de Pascal-Alex Vincent, « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, « Reflets dans un CEil d'Or» (1967) de John Huston, le vidéo-clip de la chanson « Libertine » de Mylène Farmer, « Dias de Boda » (2002) de Juan Pinzas, « Un Tramway nommé Désir» (1950) d'Élia Kazan, « La Carte du Cœur » (1998) de Willard Carroll, le tableau Les Complices (2002) de Narcisse Davim, etc.. __mm__m__nnmnnm___nmfontière à franchir avec précaution-mnm--mm--mm---m----

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: a) Certains suiets homosexuels font du paradoxe ou de l'inversion le sommet de la destruction du mal. la Voie Rovale de la rédemption: Je vous renvoie à l'essai Recto/Verso (2007) de Gaël-Laurent Tilium. Avant de s'appeler « les homosexuels », les personnes homosexuelles portaient le nom d' « invertis » (le terme « inversion» fut créé par Charcot en 1889). La revue homosexuelle Inversions créée en novembre 1924 est devenue ensuite L'Amitié. « L'inversion est une déviation du cours naturel des choses. Mais souvent cette déviation

oblige l'individu à agir d'une manièreplus noble que ceux qui sont nés pour tout bêtement
consommer les fruits de la terre. » (Havelock Ellis, L'Inversion sexuelle (1909), cité dans Daniel Borillo et Dominique Colas, L 'Homosexualité de Platon à Foucault, Éd. Plon, SaintAmand-Moncrond,2005,p.374)
Marcel Duchamp, en 1950, se définit comme une « Prima Donna à l'envers ». Yves Saint Laurent est le premier couturier à faire porter des smokings aux femmes.

Jean-Paul Sartre évoque « cette inversion généralisée qui caractérise le mal. » (Jean-Paul Sartte, Saint Genet, Éd. Gallimard, Paris, 1952, p. 131) « Depuis petite, j'ai la passion d'inverser, juste pour voir. » (Virginie Despentes, King Kong Théorie, Éd. Grasset, Paris, 2006, p. 136)

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b) Certaines personnes homosexuelles s'identifient vraiment à une carte ou un couteau:
Miss Knife est un personnage créé par Olivier Py.

«Le côté face' de ma vie me prend la tête. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso, Éd. Altai, Saint-Amand-Montrond, 2007, p. II) «J'suis déguisé comme un couteau de boucher. » (Dadou la lesbienne dans la pièce Qui aime bien trahit bien! (2008) de Vincent Delboy) « Barbara que vous voyez là assise, c'est un peu comme un couteau à double face. lei aiguisé, ici aiguisé. Barbara telle que vous la voyez là, a un côté femme et un côté... Barbara est une femme sophistiquée.» (Un témoin décrivant l'homme transsexuel Barbara dans le documentaire« Woubi Chéri» (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut)

~ardins synthétiquesl

A - FICTION En I!:énéral, le iardin et la Nature sont fil!:és: «Soudain l'été dernier» (1960) de Joseph Mankiewicz, «The Garden» (1990) de Derek Jarman, le roman Archaos ou le Jardin étincelant (1975) de Christiane Rochefort, «Pink Narcissus» (1971) de James Bidgood, «Le Jardin suspendu» (1997) de Thom Fitzgerald, «Les Filles du Botaniste» (2006) de Daï Sijie, le roman Le Jardin des Chimères (1921) de Marguerite Yourcenar, le roman La Busca del Jardin (1977) d'Héctor Bianciotti, les tableaux photographiques de Pierre et Gilles, «Les Enfants du Paradis» (1945) de Marcel Camé, «The Garden of Eden » (1928) de Lewis Milestone, le roman Le Jardin d'acclimatation (1980) d'Yves Navarre, la chanson « L' Alizée » d'Alizée, la chanson « Paradis inanimé » de Mylène Farmer, Ie roman The Rubyfruit Jungle (1973) de Rita Mae Brown, Ie film «Le Jardin des Tortures » dans la chanson « Miss Paramount » du groupe Indochine, la jardinerie de Cédric dans le film «Juste une Question d'Amour» (2000) de Christian Faure, la serre dans le film « Les Lèvres rouges » (1971) d'Harry Kümel, « The Pleasure Garden » (1953) de James Broughton, le jardinier homosexuel du film «Jubilé » (1978) de Derek Jarman, «Le Jardin des Délices» (1967) de Silvano Agosti, «The Gardener of Eden» (1981) de James Broughton, «Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal » (1997) de Clint Eastwood, Juan le jardinier homo du roman Les Dix Gros Blancs (2005) d'Emmanuel Pierrat, «The Hanging Garden» (1997) de Thom Fitzgerald, «Sotvoreniye Adama (La Côte d'Adam)) (1993) de Yuri Pavlov, «El Jardin secreto» (1984) de Carlos Suarez, «Mas Alla dei Jardin » (1997) de Pedro Olea, le botaniste du film« Proteus » (2003) de Jack Lewis et John Greyson, etc.. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d'Armistead Maupin, le héros est jardinier et patron d'une pépinière. Dans le film «Soudain l'été dernier» (1960) de Joseph Mankiewicz, le jardin de Mrs Venable ressemble à une jungle artificielle de parcs d'attractions. Dans la pièce L 'Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, Audric a le pouvoir de créer des fleurs et s'intéresse à la botanique. Dans le

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film «Bug» (2003) d'Arnault Labaronne, la forêt d'Aurore est réduite à un décor de jeux vidéo. «Je déteste la campagne. Je n'apprécie la nature que dans les jardins des villes.» (Dominique dans Françoise Dorin, Les Julottes, Éd. Plon, Paris, 2001, p. 67) «Je viens de l'autre côté du miroir, (...) du côté du faux jardin. » (La voix narrative de la pièce Arthur Rimbaud ne s'était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro)
-nnnn nnnfontière à franchir avec précaution
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B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: Pendant la période artistique baroque appelée «Art Nouveau» (1880-1910), les artistes homosexuels obéissent au principe de l'imitation de la Nature, ce qui entraîne le goût des lignes sinueuses, des jardins synthétiques, des espaces lointains exotiques, et des modèles gothiques. Dans le documentaire « La Villa Santo Sospir» (1949), grâce à un jeu de caméra filmant au ralenti et en marche arrière, Jean Cocteau se présente comme un créateur de fleurs.

1« Je suis différent

)~

A - FICTION Le Dersonnae:e homosexuel s'auto-Dersuade d'une différence fondamentale: Le roman Carta abierta a un Muchacho « diferente» (1974) d'Antonio Dominguez Olano, « Diferente » (1961) de Luis Maria Delgado, « Quella Piccola Differenza » (1969) de Duccio Tessari, «I'm not One of Them » (1974) de Barbara Hammer, etc.. Au début du film «Comme un Garçon» (1998) de Simon Shore, Steven se démarque d'un groupe d'adolescents «cools» et« footeux ». « Vous êtes différent. » (Thibaut de Saint Pol, N'Oubliez pas de vivre, Éd. Albin Michel, Paris, 2004, p. 131) «Je me suis toujours senti un peu à part". »(Jean Guidoni, interviewé par le magazine Rebel en septembre 1993, cité dans Lionel Povert, Dictionnaire gay, Éd. Jacques Grancher, Paris, 1994, p. 130) «Je ne suis pas un homme comme les autres. (...) Je suis tellement différent. » (Cyril dans Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir, Éd. Plon, Paris, 2007, p. 11) «L 'homosexualité, c'est vivre à côté de ". être différent des autres. » (Patrice Chéreau cité
dans Lionel Povert, Dictionnaire gay, Éd. Jacques Grancher, Paris, 1994, p. 127)

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« Je veux être différent. » (Éric dans le film « Edge of Seventeen» «J'ai toujours été différent. » (Brad dans le film« Almost Normal»

(1998) de David Moreton) (2005) de Marc Moody)

«J'éprouvais pour la première fois un plaisir de perversité à différer des autres; il est difficile de ne pas se croire supérieur, lorsqu'on souffre davantage. » (Marguerite Yourcenar, Alexis, ou le Traité du Vain Combat, Éd. Gallimard, 1929, p. 69) «Tout le monde se moquait de moi, même ma famille ; après je me suis habitué et j'en aifait mon avantage et ma différence. » (Quentin Crisp cité dans Lionel Povert, Dictionnaire gay, Éd. Jacques Grancher, Paris, 1994, p. 151) La réaction de Leo dans le roman Un Garçon d'Italie (2003) de Philippe Besson illustre que la soi-disant « différence homosexuelle» est une réalité fantasmée. Au départ, il présente sa singularité comme une nature: «Je sais bien que j'ai toujours été du côté de l'ombre, que je suis toujours resté en dehors. » (p. 30) Plus tard, le lecteur se rend finalement compte que l'éloignement a été désiré par un consensus mou: «En fait, ce n'est pas juste parce que je n'ai pas été invité. Depuis toujours, je suis celui qu'on cache, celui qui est interdit de paraître. Je me suis accommodé de ce secret. J'ai même trouvé mon compte à cette dissimulation. Je n'ai pas eu le désir de les rencontrer... » (Idem, p. 48)
--_m-mmnmmm_mmmmfontière à franchir avec précaution-nmnmnmmmmmnmn

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fictionpeut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique:
Je vous renvoie aux documentaires « Glamazon : a Different Kind of Girl » (1993) de Rico Martinez, «Boy I Am» (2006) de Sam Feder et Julie Hollar, etc.. Déjà, en 1919, Magnus Hirschfeld réalisait avec Richard Oswald le premier film homosexuel militant, dont le titre «Ander AIs Die Andem» (Différents des Autres) est éloquent. «J'ai su très tôt que j'étais différente. » (Claire, un homme transsexuel, dans le documentaire «Nous n'irons plus au Bois » (2007) de Josée Dayan) «Malgré tout, j'étais un petit gars souriant. Je le vois sur les photos. Mais, en dedans, je me
sentais tout mal. J'avais comme deux personnalités.

A l'extérieur,

j'étais

un bon petit gars

rangé, bon en classe. En dedans de moi, je me sentais différent des autres. J'avais des inquiétudes. » (Justin, 34 ans, abusé dès l'âge de 4 ans par son père, son oncle, et son frère aîné, cité dans Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons, Éd. Typo, Paris, 2008, p. 246) « J'avais, d'une certaine façon, décidé de ne pas être conformiste et j'avais réussi, d'une

manière ou d'une autre, à lefaire accepter.» (Gore Vidal, Palimpseste - Mémoires (1995),
Éd. Galaade, Paris, 2006, p. 124) «Le facteur dominant de ma vie, celui qui dépasse tous les autres en importance, est constitué par la conscience d'être différent. » (Donald Webster Cory cité dans André Baudry, Marc Daniel, Les Homosexuels, Éd. Casterman, Paris, 1973, p. 85) «J'ai toujours su que je n'étais pas dans la norme. » (Jean-Luc Romero, On m'a volé ma vérité, Éd. Seuil, Paris, 2001, p. 27)

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« Accepté certes, intégré, aimé par ma famille, mes amis -, mais différent. » (Bertrand Delanoë, La Vie, Passionnément, Éd. Robert Laffont, Paris, 2004, p. 14) « Pourquoi je ne suis pas comme eux ? » (Alexandre Delmar, Prélude à une Vie heureuse, Éd. Pédro Torres & Éditions Textes Gais, Paris, 2004, p. 28) L'auteur parle de « ce sentiment indéfinissable d'être différent des autres. »(Idem, p. 64) «J'aimais mieux me faire pointer du doigt comme drogué que comme gai. Les soirées de famille, les mariages, les sorties, tout ça me rappelait que je n'étais pas comme les autres. » (Un témoin dans Michel Dorais, Mort ou Fif, VLB éditeur, Québec, 2001, p. 74) « Dans toutes les situations, je fus toujours pour tous un intrus. » (Fernando Pessoa dans le documentaire « Pessoa l'Inquiéteur» (1990) de Jean Lefaux) « Je suis très fière de ma nature. Pas seulement pour mon physique. Mais seulement pour cette différence. »(Barbara, l'homme transsexuel du documentaire « Woubi Chéri» (1998) de Philip Brooks et Laurent Bocahut) « Il faut marteler que la diversité est une source inépuisable d'enrichissement collectif, que nos différences culturelles, générationnelles ou identitaires sont un atout pour notre société. » (Bertrand Delanoë dans l'introduction à Louis-Georges Tin, Dictionnaire de l'Homophobie, Éd. PUF, Paris, 2003, p. 7) L'embellissement de la différence cache bien souvent un déni de celle-ci. Par exemple, Lara Fabian, dans sa chanson gay friendly « La Différence» couronnant l'amour homosexuel, nous raconte l'histoire de « l'exceptionnelle différence» pour ensuite conclure qu'elle n'existe pas: « La différence, quand on y pense... Mais quelle différence? » La demande du « droit à la différence» et du « droit à l'indifférence » est une variante du conformisme individualiste: on prône les « vertus de la banalité» (Michael Pollack, Une Identité blessée, Éd. Métailié, Paris, 1993, p. 179) et on souhaite « être comme les autres sur un pied d'égalité, et trouver une place confortable dans la société» (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, Éd. Seuil, Paris, 1996, p. 676). Une différence désincarnée et poétique est chantée: « J'entreprends de raconter l 'histoire de la perpétuelle différence.. plus précisément, de raconter l'histoire des idées comme l'ensemble des formes spécifiées et descriptives de la non-identité. » (Michel Foucault, Dits et Écrits I, 1954-1988, Éd. Quarto Gallimard, Paris, 2001, p. 712. C'est moi qui souligne); « Pour libérer la différence, il nous faut une pensée sans contradiction, sans dialectique, sans

limite et ne regroupe aucune des contraintes du même.. une pensée qui n'obéit pas au modèle scolaire (qui truque la réponse toute faite), mais qui s'adresse à d'insolubles problèmes .. c'est-à-dire à une multiplicité de points remarquables qui se déplace à mesure qu'on en distingue les conditions et qui insiste, subsiste dans un jeu de répétitions. » (Idem, p. 958)

négation: unepensée qui dise oui à la divergence .. unepensée affirmativedont l'instrument est la disjonction.. une pensée du multiple - de la multiplicité dispersée et nomade qui ne

« Vous n'aimez rien, ni personne, même cette différence que vous croyez vivre, vous ne l'aimez pas. Vous ne connaissez que la grâce du corps des morts, vos semblables. » (Marguerite Duras s'adressant aux personnes homosexuelles dans La Maladie de la Mort, 1982)

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«L 'homosexualité n'est pas une marque de différenciation par rapport aux autres, mais plutôt le signe d'une opposition radicale aux autres. » (Benedetti Carla cité par Gian-Luigi Simonetti, «Pier Paolo Pasolini », dans Louis-Georges Tin, Dictionnaire de l 'Homophobie, Éd. PUF, Paris, 2003, p. 305)

1« Je suis un Blanc-Noir

)~

Isubstitut d'identit~, linnocenc~, et lamour ambigu de l'étrange~, dans * Voir également~, le Dictionnaire des codes homosexuels. A - FICTION Le personnal!e homosexuel blanc dit Qu'il a la peau noire: La chanson « Black or White» de Michael Jackson, la chanson « Soy de la Raza Calé» de Miguel Frias Molina, «Black Mama, White Mama» (1972) d'Eddie Romero, «Black and White» (2000) de James Toback, «Madagascar Skin» (1995) de Chris Newby, «Frantz Fanon, Peau noire Masque blanc» (1996) d'Isaac Julien, «Noir et Blanc» (1986) de Claire Devers, la chanson « Je voudrais être Blanche» de Joséphine Baker, etc.. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d'Emmanuel Pierrat, David Bowie est retrouvé cramé dans sa machine à UV. Dans le film «Sexe, Gombo et Beurre» (2007) de MahamatSaleh Haroun, Dany l'homosexuel noir va devoir se faire passer pour le papa blanc d'un « enfant café au lait ». Leah, la Noire du film « Beautiful Thing» (1996) d'Hettie Macdonald, porte des masques de beauté blancs. La chanson «Tout doucement» de Bibi est play-backée dans le film «Chouchou» (2003) de Merzak Allouache. James Baldwin se met dans la peau d'un Blanc dans son roman Giovanni 's Room (1961). Omar, pakistanais, monte une blanchisserie dans le film «My Beautiful Laundrette» (1985) de Stephen Frears. Dans la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas, Billy est décrit comme un Blanc « noir », un «fils du blues », un «Noir américain passé au Décap 'Four ». Dans la pièce Une Saison en Enfer (2008) d'Arthur Rimbaud, adaptée par Nâzim Boudjenah, le protagoniste se peint en noir, et proclame: «Je suis de race inférieure de toute éternité. » «Je suis une bête, un Nègre. (oo.) Vous, vous êtes de faux Nègres!» (La voix narrative de la pièce Une Saison en Enfer (2008) d'Arthur Rimbaud) «Je suis un Nègre-Blanc qui se fait chier à bouffer du cirage. » (Un personnage blanc dans la pièce Le Cabaret des Utopies (2008) du Groupe Incognito) «Je t'adore, ma beauté nègre. » (Prior à son amant blanc, dans la pièce Angels in America (2008) de Tony Kushner)
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fontière à franchir avec précautionmn---umnmnnn--nmnn

B - RÉALITÉ FANTASMÉE La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n'est pas automatique: Je vous renvoie au documentaire «Out ln Africa» (1994) de Johnny Symons. On peut également penser au jeune photographe homosexuel de Montpellier, Chocolat Poire.

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«Je ne peux pas m'empêcher de me demander comment je réagirais à ces difficultés si ma peau était noire et si je vivais aux Antilles. » (Lionel Vallet cité Christophe Gendron, Triangul'Ère 4, Éd. Christophe Gendron, Paris, 2003, p. 54) Fabrice Emaer, le créateur du Palace, se décrit comme « une blondasse qui travaille comme une négresse » (c. f. la revue Têtu, n° 135, juillet-août 2008, p. 73). À la question «Qu'est-ce que vous aimeriez être? », Néstor Perlongher répond: «J'aimerais être Noir. Être un traître à la race blanche. Être, c'est devenir: devenir Noir, devenir femme, devenir enfant. » (Néstor Perlongher, «69 preguntas a Néstor Perlongher », dans Prosa plebeya, Éd. Colihue, Buenos Aires, 1997, p. 21) Le désir d'être une Noire est exprimée par Beatriz Preciado dans le documentaire «Se dire, se défaire» (2004) de Kantuta Quiros et Violeta Salvatierra. Dans les années 1930, Colette tient une rubrique qu'elle baptise «La Jumelle noire» dans une revue appelée Le Journal. Des femmes féministes noires (Gloria Hull, Patricia Bell Scott, Barbara Smith, etc.) ont rédigé en 1982 Ali The Women Are White, Ali The Blacks Are Men, But Some Of Us Are Brave. Le militant gay Pierre Vallières écrit Les Nègres blancs d'Amérique (1968). Simone de Beauvoir dit que Dieu est noir et qu'elle éprouve une attraction charnelle pour les femmes. Paule Thévenin fait allusion chez Jean Genet à «cet entêtement, à partir d'une certaine époque, à se déclarer non Blanc, à se vouloir à tout prix Colored Man» (Paule Thévenin, «Donner aux morts », dans Magazine littéraire, n° 313, Paris, septembre 1993, p. 36). Michael Jackson se fait réellement blanchir la peau. Dans Ie documentaire «Metamorphosis: the Remarkable Journey of Granny Lee» (2001) de Luiz Debarros, Granny Lee est un Noir homosexuel qui veut devenir Blanc. Nicco, une femme transsexuelle née blanche dans le documentaire « Boy I am» (2006) de Sam Feder et Julie Hollar, déclare qu'elle ne veut pas être un « homme blanc ». Dans La Beauté du Métis. Réflexions d'un Franco-phobe (1979), Guy Hocquenghem dit sa haine de « l'homosexualité blanche» embourgeoisée, et se demande s'il n'est pas « né homosexuel (...) comme une manière d'être à l'étranger, de lui appartenir et d'être chez lui ». Éric Burdon, le chanteur gay du groupe The Animais, est accueilli aux États-Unis par une pancarte à la fenêtre de son hôtel: « Éric Burdon loves Niggers.» Il déclare dans le documentaire « Sex'n'Pop, Part I » (2004) de Christian Bettges : « J'ai eu envie de descendre pour écrire en dessous: 'Bien sûr que j'en suis!' » « Je suis originaire d'un pays qui n'existe plus: le Sud. » (Julien Green à propos de la Guerre de Sécession nord-américaine, cité par Philippe Vannini, « Julien Green, l'Histoire d'un Sudiste », dans Magazine littéraire, n° 266, Paris, juin 1989, p. 96) « Les lesbiennes sont des femmes marron, des échappées de leur classe. » (Monique Wittig, La Pensée Straight (1979-1992), citée dans Daniel Borillo et Dominique Colas, L 'Homosexualité de Platon à Foucault, Éd. Plon, Saint-Amand-Montrond, 2005, p. 651) « Ce qui est remarquable, c'est que l'égalité entre Noirs et Blancs, hommes et femmes, semble avoir été générée par l 'homosexualité. » (Colin Spencer, « La Politique à l'Âge du Jazz », dans Histoire de l 'Homosexualité de l'Antiquité à nos Jours, Éd. Le Pré aux clercs, Paris, 1998, pp. 394-397) « James Baldwin est homosexuel parce qu'il a toujours désiré être blanc. » (Le Roi Jones concernant son ami noir James Baldwin, cité dans Michel Larivière, Dictionnaire des Homosexuels et Bisexuels célèbres, Delétraz Éditions, Paris, 1997, p. 55)

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