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Dieu avec l'être

De
368 pages
Rassemblant la recherche commune des enseignants de la Faculté de Philosophie de l'Institut Catholique de Paris, la collection Philosophie est entrée dans sa 10e année d'existence avec le volume Dieu. Le volume 11 de la collection prolonge ces réflexions, en donnant la parole au P. Dominique DUBARLE, qui en fut le promoteur. Sous le titre Dieu avec l'Être ce volume regroupe quelques études majeures de l'auteur concernant très directement une problématique centrale largement évoquée dans le volume précédent: la clôture de l'espace de l'onto-théologie ne laisse-t-elle plus d'autre issue que de dissocier définitivement Dieu et l'Être, ou bien l'expérience théologale chrétienne n'oblige-t-elle pas au contraire à reposer le problème en des termes entièrement neufs? Tel est l'enjeu majeur de ces essais d'ontologie théologale qui suivent un parcours historique allant de Parménide à saint Thomas d'Aquin, en passant par Platon, Aristote et saint Augustin.
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P R É S E N T A T IO N
A v e c le vo lum e 10 consacré à la qu estion de D ie u , lacollectionP h i l o s o p h ie, qui regroupe les travaux et recherchesd es enseignants de la Faculté de P hiloso p hie de l’InstitutC ath oliq ue de Paris, entrait dans sa dixièm e année d’exis8 ten ce. A u m om ent d ’entam er une nou velle d écad e, il a parusouh aitable de m arquer le seuil ainsi franchi par un ouvragedont la présen tation diffère de celle des autres volu m es. D an sle prolon gem ent de l’im m ense chantier ouvert par la qu estiond e D ie u , nous avons voulu regrouper en un volu m e quelq uescontributions m ajeures du Père D om in iq u e D u barle, qui fut leprom oteur de cette collection. Les textes réunis ici concern en ttous le prob lèm e on tolo giq u e en ce qu’il a de plus fo n d am en 8 tal, et ils ten tent de définir son lien avec la qu estion de D ie u .D ’où le titre arrêté par l’auteur lui-m êm e :D i e u a v e c l'ê tr e . C e titre, qui pourrait ressem bler à un e provocation, necom porte aucune intention polém iq u e. Il désigne le proposcontrai de l’ouvrage, qui couvre le champ entier de l’o n tolo gieancien ne, de Parm énide à Saint Thom as d ’A q uin : la clôturede l ’o n to -th éo lo g ie ne signifie nullem ent que la p en sée deD ie u est quitte avec l’id ée de l’être ! En ce sens, l’ouvragerefuse de s ’enferm er dans l’alternative d ’une m étaphysique del ’e x o d e qui voudrait identifier D ie u et l’être, et d ’un ex o d eradical de cette m étaphysique qui m ettrait D ie u hors dep ortée de l’être. Les cinq chapitres balisent ainsi unetrajectoire historique qui récapitule les grandes éta p es de lap e n sé e on tolo giq u e en O ccident. M ais il ne s’agit pas d ’une
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sim ple rétrospective, sou cieu se de collecter des résultats, ils ’agit d ’abord de dégager des décision s, des choix fon d am en 8 taux, dont tou te p e n sé e ultérieure héritera. D ’où la nécessité de revenir pour com m encer à laM a g n aC h a r taénide.de Parm o è m e le p ancien ne, l’o n tolo gie  de L ’interprétation du P o èm e est com m andée par une in tentioncentrale : refuser de réduire la p e n sée de l’auteur à la seu leprob lém atiq ue o n to lo g iq u e, m ais tenir com pte égalemen t deson é p istém o lo g ie, et m êm e partir de cette éb auche d ’une« é p isté m o lo g ie » ou d ’un e prem ière doctrine du savoir, pourm ieu x com prendre le statut du discours o n tolo giq u e lui-m êm e. L es fam iliers de la p e n sée du P. D u barle reconnaîtrontici une des grandes constantes de sa p e n sé e : refuser ladichoto m ie d ’une p e n sé e spéculative et o n tolo giq u e cou p ée detou te effectivité du savoir et d ’un en ten d em en t scientifiqu edeven u im p erm éab le à l’expérience fondam en tale de lac o m p ré h e n sio n 1, qui, tel l’ES T parm én idien, transporte aucœ ur m êm e de la vérité « b ie n arrondie» en elle-m êm e. C e que l’auteur appelle le « n œ u d p arm én id ien », dessineune possib ilité fondam en tale pour tou te p e n sé e spéculative,qui sera rem ise en scèn e, sous des m od alités sans doutediverses, tout au long de l ’histoire de la philoso phieoccid en tale. M ais elle ne sera jam ais fo ndam en ta lementrem ise en cause. C ’est pourqu oi l ’auteur lu i-m êm e s’appliqueà m ettre en év id en ce qu elqu es aspects m ajeurs de cetterécurrence. A travers son analyse de l ’articulation plato n i8 cien n e de la dialectique et de l’o n to lo g ie , il cherche àréhabiliter la dialectique descen dante où la p e n sée transfigu8 rée par la con tem plation de l ’id ée du B ie n , retourne au m ond ehum ain qui est aussi celu i du savoir humain en ses m ultiplesm odalités. C e qu ’il s ’agit ici d ’exp loiter c ’est l ’id ée que l’Etrene se réduit pas à l’absolu su prêm e, «m a is qu’il com p orte,rationnellem en t p rop osé, l’univers d ’un conten u rationnel etdes fon ctions on tolo giq u es auxqu elles ce conten u et sesarticulations analytiques don nen t lie u » (p. 96).
1.formalisation du langageLogos et , Paris, Kliencksieck, 1977.
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Par son souci de m ontrer que la com préhension on tolo giq u eest capable de procéder à un tel rem em brem ent du savoirlu i-m êm e, Platon prolon ge ainsi l ’intu ition parm én idienn e,m êm e s’il perd de vue un autre aspect im portant de la doctrineparm én idienn e : la n écessité d ’intégrer le sujet à l’être, detirer toutes les conséquences de la d écou verte de l’identité dun o e i n et de l’être. M ais le carrefour parm énidien contienten core une autre prob lém atiq ue, elle aussi rarem ent re le v é e,e t qui constitue la secon d e originalité de la présen te rechercheo n tolo giq u e. C ’est elle qui justifie le sous-titre de l ’ouvrage :Essais« d ' o n t o l o g i e t h é o l o g a l e » .estl’exp ression o u o n s-le ,  A v étrange et déroutante. E lle est construite par analogie avec une expressionfam ilière aux th éolo gien s : les «vertu s th é o lo g a le s» . Lequalificatif th éolo gal sert alors à désigner la dispositionspirituelle de la foi ch rétienne en sa spécificité y com pris sacon n exion vivante au D ie u de Jésus-C hrist. Il circonscrit laprise de con science par l ’hom m e d ’une expérience irréducti8 blem ent origin ale, dont la raison hum aine ne peut pasdisposer à sa guise. U n e fois supp osée l’originalité de« l ’expérience th é o lo g a le » ainsi défin ie, la raison p hiloso p hi8 qu e se trouve co nfro n tée à deux tâches inséparables. D ’une part, celle de préciser l’organisation noético-ép istém ologiq u e correspondante. U n e « r a iso n » conçue defa ço n sim plem en t « u n i-d im e n sio n n e lle » ne saurait y suffire.C ’est pourqu oi le lecteu r du présent ouvrage se trouveraconfronté régulièrem ent à un usage pluri-dim ensionnel de laraison, dans laqu elle il faut distinguer au m oin s troisdim ensions : «l ' i n t e l l e c t’est-à-dire la « p e n s é e » », c antérieureà l’avènem ent de la raison proprem ent philoso p h iq u e, enparticulier la « p en sée » véh icu lée par l ’expression religieusede l ’hum anité. D ’autre part, la «r a i s o ntelli8» propre à l’in gen ce p hiloso p hiq ue, et enfinV e n te n d e m e n t, c ’est-à-direl ’in telligence scientifiqu e avec les m od alités et les déterm in a8 tions propres. D an s ce ternaire, le lecteur fam ilier de l’histoired e la p en sé e reconnaîtra sans difficulté l’écho de la distinctionqu e Kant aussi bien que H eg e l étab lissent entreV e r s ta n d etV e r n u n ft. U n e im portante étu de u barle du P. D est consacrée
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à l ’exam en et à la discussion de l’usage h ég élien de cetted istin ction 2. Pourtant, une des originalités rem arquables de la rechercheprésen te consiste dans une ten tative d’élargir ce coup leclassique en direction d ’un e éco n o m ie « ternaire » de la raison.Ici encore, tout se passe com m e si le p o èm e de Parménideavait frayé la v oie à un e intu ition jamais com p lètem ent m iseen œ uvre de façon réfléchie. En particulier, tou tes les th éoriesépistém olo giq ues qui ratifient le schém a d ’une « coup u reépistém olo giq ue » ab solue entre le « non-savoir » et le « p seu 8 do-savoir » d ’un côté et le « savoir » proprem ent dit de l’autre,m éconnaissant le fait que tout non-savoir préalable au type desavoir que prend en chargel ’e n te n d e m e n t ne doit pasnécessairem ent être con sid éré com m e « obstacle é p istém ologi8 q u e » ou com m e sim ple préju gé. D e nos jours, la p en séeherm éneutique aussi bien que la ph ilosop h ie du secon dW ittgenstein poursuivent à leur façon la m êm e intuition. C e que la p en sé e herm éneutiq ue désigne par l ’expressionsuggestive du « c o g ito b le ss é » , nous incite alors à affronterune deuxièm e tâch e, qui dom in e les deux derniers chapitresdu présent volu m e. D e nou veau , l’auteur cherche à échapperaux conséquences ruineuses d ’une alternative souvent form u8 lé e de nos jours sou s des m od alités diverses : l’originalitém êm e de l ’expérience th éolo gale ne la rend -elle pas réfrac8 taire à tout con cept de l’être ? Ici surgit le program m e d ’une« o n to lo g ie th é o lo g a le » éla b orée dans la m ouvance d ’unerelecture de deux m onu m en ts m ajeurs de la p en séechrétienne : Saint-A ugustin et Saint T hom as d ’A q uin.C om m e je l ’ai dit déjà, les analyses riches et denses de lap en sée de ces deux auteurs ne cherchent pas à ressusciter lescharmes plus ou m oins discrets d ’une « on to th éo -lo gie » quebeaucoup considèrent de nos jours com m e défin itivemen tdéfu nte. E lles tracent un program m e de recherche qui refused ’opposer trop vite et trop som m airem ent la « nom ination dem iséricorde» et la «n o m in a tio n de su b sta n ce» , appliquées àD ie u . M ais la «m ép rise o n to -th é o -lo g iq u e » peut seulem ent
2. «D ialectique hégélienne et formalisation» in : D . Dubarle/A. Doz, Logique et Dialectique, Paris, Larousse, 1972.
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être é v ité e, si la p en sée réussit à distinguer suffisam m ent leprob lèm e de la com préhensiono n t iq u e de D ie u , avec sonorganisation n oétiq u e (l’infinité de D ie u , l’im pénétrabilité deD ie u ) et le p rob lèm e de la com p réhensiono n t o lo g i q u e . Leprem ier con fronte la p en sée chrétien ne de St A ugu stin avecl ’héritage parm én idien, le seco n d avec l’héritage platonicien . L ’en sem b le de ces discernem ents décid en t de la portéed ’une o n to lo g ie authentiquem en t th éo lo g a le, c ’est-à-dired ’une recherche qui non seu lem en t dem eu re persuad ée quel ’o n tolo gie — les possib ilités d ’intelligib ilité véh icu lées par lesignifiant « ê t r e » — est d estin ée à jouer encore son rôleirrem plaçable de « p h ilo so p h ie p rem iè re » , mais qui en outreestim e que ce type de com p réhension peut enjam ber, sansdom m age aucun ni pour la foi ni pour la raison, la ligne dedém arcation entre le ph ilosop hiq ue et le th éolo giq ue. C ela ne sign ifie en aucun cas que le th éolo giq u e soit la« ter r e p r o m ise » ou la destination ultim e de tou te pen séeo n tolo giq u e. Il s’agit d ’une possib ilité et non d ’une nécessité.L es pages très den ses, que l’auteur consacre à l’ontochristolo-gie du V erbe chez St A u gustin ou à l’o n tolo gie du mystèrechrétien selo n lath é o lo g i q u eS o m m e quepreu ve , apportent la cette possib ilité n ’est pas con dam née à rester un chem in qui nem èn e nulle p a r t3.
3. Les cinq chapitres qui constituent l’ouvrage ont été publiés dans les revues suivantes : Chapitre I,Revue des Sciences Philosophiques et Théologi# ques 57, 1973, pages 3-34 et 397-432. Chapitre II,Recherches de PhilosophieII, pages 139-165, Paris, Desclée de Brouwer. Chapi tre III,Revue desSciences Philosophiques et Théologiques 53, 1969, pages 3-40 et 212-232. Chapitre IV,Revue des Etudes Augustiniennes1981, pages 148-288. XVI, Chapitre V,Angelicum,52, pages 485-520; 53, pages 228-336. 1975,
C H A P IT R E
PREM IER
LE P O È M E D E P A R M É N I D ED O C T R I N E D U S A V O IRE T P R E M IE R É T A TD ’U N E D O C T R I N E D E L ’Ê T R E
« Ce que no us possé do ns encore du po èm e d id a ct iq u e de P a rm énidetie n t en un m ince cahier, qui bien en ten du réd u it à rien les p ré te n tion s deb ib liot h èq u es entière s d ’ou vra ges p h ilo so p h iq u es, q ui croien t à la n éc essitéde leur ex is te n c e . Celui qui c o n n a ît les dim ension s d ’un te l dire p en sa n td o it au jou rd ’hui perdre to u te en v ie d ’écrire des livres »
d i t H eid eg g er d a n s soné ta p h y s iq u eIn tro d u c tio n à la M 1. N ous so u s criv o n s ici à l ’as s e rtio n de H e id eg g er, san s p o u r a u t a n t p e rd re to u t e en v ie d ’écrire des liv res. P a rm é n id e , si on l ’e n te n d b ien , a p p o r te à la p en sée p h ilo so p h iq u e u n en s e ig n e m en t d o n t la ju s te s s e p ro fo n d e éclaire e t s o u v e n t p e r m e t de re c tifie r b ie n des d év e lo p p eI m e n ts u lté rie u r s o b s cu rcis p a r la c o m p lex ité de l ’i n te llig ib ilité h u m ain e . R e v e n ir à lui p e r m e t de r é ta b lir u n e p re m i è re assise ferm e, p o in t p o u r a u t a n t é tr o ite n i rig id e, de la p en sée s p éc u la tiv e . C ar ce q u ’il a d it, u n e fois b ien co m p ris, a p p a r t i e n t à l ’in alién ab le de la ra tio n a lité p h ilo s o p h iq u e h u m ain e. S e u lem en t b ien e n te n d r e P a rm é n id e e t son p oèm e e s t chose de g ra n d e difficul té. L es d im e n I sions de son d ire p e n s a n t, c o m m e n t les d is ce rn er de façon s u ffisa m m en t p é n é tr a n te ? A q uelle le c tu re de ce m i n ce ca h ie r la p h ilo s o p h ie d o it-elle s ’ex e rc e r a u j o u r d ’h u i p o u r en r e tir e r u n e n s e ig n e m en t p ro f ita b le ?
1. T ra d u ctio n G ilbert,9 g CR1 958, p. 107.P a ris, P .U .F .,
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D I E UA V E CLÊ T R E
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SD EA R i m t I a hté I t I d E Tn A V d I R
P a rm é n id e a été s o u v e n t relu e t l ’h is to ire de la p h ilo so p h ie n o u s d o n n e d iv ers ex e m p les de ces re le c tu re s p h ilo s o p h iq u e s. U n p r e m ie r e s t celui d es an cien s, p lu s p a r tic u liè r e m e n t de P la to n , p u is d ’A ris to te , a u x p rises l ’u n e t l ’a u tr e avec la th ès e élé ate p a r excellen ce, celle de l ’u n ic ité in d iv is ib le e t im m u a b le de l ’É t a n t 2. M ais a u jo u r d ’h u i d ’a u tr e s re le ctu r es o n t été fa ites . E lles o n t eu p o u r r é s u lt a t de d é p lac er la q u es tio n . L a p en sée an c ie n n e a p o rté so n a t t e n t i o n p re s q u e ex c lu s iv e m e n t s u r ce q u i, d a n s le p oèm e, to u c h e e x p lic ite m e n t à l ’o nto lo g ie, a p p o r ta n t , au s u je t de l ’être, les élé m e n ts d ’u n e p r o b lé m a tiq u e d es tin é e à se p e r p é tu e r au sein de la tr a d i t i o n p h ilo s o p h iq u e . L es a u tr e s p a r tie s d e l ’œ u v re so n t alo rs d e m eu r ées d a v a n ta g e d an s la p én o m b re , tr a ité e s com m e si elles é t a i e n t p r e s q u ’e n tiè r e m e n t d é p o u rv u e s d ’i n t é r ê t a u tr e q u e d o x o g ra p h iq u e p o u r la p h ilo so p h ie. A u jo u r d ’hui la r e co n s id é ra tio n de l ’œ u v re en sa t o t a l it é s ’e s t fa ite p lu s so ig neus e e t, a u lieu d ’en re s te r a u x seu les p e rs p e c tiv e s de l ’o nto lo g ie, l ’in te r r o g a tio n s ’e s t to u rn é e v e rs ce q u ’il f a u t b ien a p p e le r l ’ép istém o l o g ie de P a rm é n id e . D a n s la m esu re où celle-ci e s t élucid ée, u n éclairag e n o u v e a u se p r o je tte s u r l ’o nto lo g ie p a rm é n id ie n n e e lle-m êm e, d o n t l ’e n s e ig n e m en t a b r u p t a si s o u v e n t sem blé p a r a d o x a l e t q u a s i m o rte l p o u r la p en sée. U n e co m p réh en sio n de c e tte o n to log ie b ien p lu s n a tu re lle e t do u ée de fé co n d ité ju s q u e p o u r m a in te n a n t d e v ie n t alors po ssible. A u ssi b ien est-ce c e tte vo i e de la co m p réI h en sio n ép istém o lo g iq u e p ré alab le , c h e r c h a n t à r e tr o u v e r l ’u n ité s y s té m a tiq u e de l ’en sem b le d u p oèm e, q u ’il sem b le t o u t in d iq u é d e p re n d re m a in te n a n t.
1.P a rm é n id e ière accession de la pensée auet la prem
Concept
Il y a t o u t in t é r ê t à e n tr e r d a n s c e tte v oie en p a r t a n t de l’i n t e r I p r é ta tio n q u e H egel a d o n n ée de la p h ilo so p h ie de P ar m é n id e . C ette i n t e r p r é ta tio n re s te en core p ro ch e de celle d e la tr a d itio n ,
2 . A la su ite d e H eid eg g er e t au p rix d ’u n a rch a ïsm e d e la n g a g e a ssez la rg em en ta cce p té p a r la p h ilo so p h ie d ’a u jo u rd ’h u i, on con ser v era t o u t au lo n g d e l ’étu d e p résen tela fid élité littér a le au v o ca b u la ir e p a rm én id ien co n cer n a n t l ’êt re, tra d u is a n t le grec«to eonn a tu r ellem en t’être » p lu s lo cu tio n « l p ar n o tre o n p a s » e t n p ar l ’« é ta n t  » u sitée. L es raiso n s p h ilo so p h iq u es d e ce reto u r à l a fa ço n a n c ien n e d e s ’ex p rim era p p a ra îtr o n t par la su it e. Q u a nt à l ’u sa g e d e la m a ju s cu le, il in d iq u e l ’in te n tio n d e sig n ifier d is tin c tiv e m e n tl ’a c cep tio n a b so lu e du term e, en d ésig n a n t ici le t o u t a ch ev é et in té g ra l d e ce q u i e s t,t o u t de l ’être e t d e l ’e x is ta n t d o n t P a rm é n id e, le prem ier, a fa it la co n sid ér a tio ne x p licite . D a n s la m esu re où il en sera b eso in , le p ro céd é sera éten d u ég a le m en t àq u elq u es a u tres term es : êt re, u n , esse n ce , sa v o ir . .., etc.
L E P O È M E D E P A R M É N I D E
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q u i a v u d an s P a rm é n id e a v a n t t o u t le p re m ie r a u t e u r d ’u n e d o c trin e p h ilo s o p h iq u e de l ’être . M ais elle e s t fa i te p a r u n p h ilo I so p h e q u i lu i-m êm e se p r é o cc u p e de l ’ê tre d a n s u n e s p r it n o u v e a u , so u cieu x de faire la jo n c tio n e n tre l ’o n to lo g ie o b j e c tiv e de la t r a d i I tio n e t u n e p rise en co m p te f o n d a m e n ta le m e n t ép is té m o lo g iq u e de l ’a c tu a lité s u b je c tiv e de l ’in tellig en ce, a s s u m a n t l ’u n e com m e l ’a u tr e e t t e n t a n t de les co n d u ire to u te s d e u x à l ’ u n ité d an s ce q u e le h ég élian ism e d én o m m e lo gique. De s o rte q u e c ’e s t chez H eg el q u e l ’on p e u t t r o u v e r les p re m ières e t san s d o u te les p lu s d écisives am o rces d ’u n e co m p réh en sio n de P a rm é n id e a lla n t v r a im e n t au -d elà des v u es de la p ensée an cie n n e, te lles en p a r t i I cu lier q u ’elles se s o n t fixées av ec les re d iscu ssio n s q u e P la to n , p u is A ris to te o n t faites de l ’e n s e ig n e m en t éléa te. P o u r H egel P a rm é n id e e s t le p re m ie r des p e n s e u rs q u i s ’élève d is tin c te m e n t au n iv e a u d u sa v o ir p h ilo s o p h iq u e , en e x p lic ita n t c e q u i c o n s titu e le p re m ie r m o m e n t d u C o n cep t, l ’ê tre com m e te l 8. A i nsi q u e le d it u n e a d d itio n au § 86 de l ’E n cy clo p éd ie :
... le co m m en ce m en t de la L o gique e s t le m êm e que le co m m en ce m en tde l ’histoire propre de la p hilo sop hie . Ce c o m m en ce m en t, nous le tro u v o n sdan s la philoso ph ie é lé atiq u e e t plus préc isém en t d ans celle de P a rm énide,lequ el appréhende l ’absolu com m e l ’être lo rs q u ’il d it : « L ’Ê tre se u le m en te st, e t le n éa n t n ’es t pas. » C’es t là ce q u ’on p eu t considérer com m e leco m m en ce m en t propre de la p hiloso ph ie , pour c e tte r aison que la p h ilo 8 soph ie, d ’une façon générale, es t une co nn aissan ce p en sa n te e t q u ’ici,pour la prem ière fois, la p ensée pure a été te n u e ferm e e t e st d ev en u e àelle-mêmesonobjet34.
E n i n v i t a n t ain si à re c o n n a ître chez P a rm é n id e la p re m ière ém erg en ce d u s av o ir e t d u C o n cep t, H egel in a u g u re l e re n o u v e lleI m e n t de la façon an c ie n n e de co m p re n d re l ’éléa tis m e . U n e p re m ière e t c a p ita le m ise en p lace de l ’i n t e r p r é t a t io n d u p o èm e e s t ainsi re n d u e p ossib le. P o u r t a n t , en d é p it de ce m é rite , l a v u e h ég élien n e d o it ê tre re d is c u té e. H egel, en effet, p en se le c o m m en c em en t du s av o ir p h ilo s o p h iq u e q u i se p r o d u it chez P a rm é n id e com m e ne s ’e f fe c tu a n t q u e s u iv a n t u n m o m e n tab straito n cep t, u C  d celui de l ’ê tre(S e inH egel).  chez o m e n t Ce m a b s t r a i t n ’e s t alors p o u r lui q u e la sim p le e n tré e en scène d ’u n e p re m ière ca tég o rie log iqu e q u e l ’éléa tis m e a eu le t o r t de v o u lo ir fixer p o u r elle-m êm e, alors q u ’elle e s t de soi p o in t de d é p a r t d ’u n m o u v e m e n t d ia le c tiq u e de
3. « ... ce d éb u t d u sa v o ir q ue P a rm én id e a effe ctu é , lu i q u i a tiré in te llec tu ellem en tau clair et é le v é sa rep rés en ta tio n (et p ar là ég a l em en t celle d es ép o q u e s p o stérieu res)ju s q u ’à la p en sée p u re, ju s q u ’à l ’être co m m e te l, e t a in si a su sc ité l ’élém en t du sa v o ir. »S cien c e de la L o g iq u e, éd. L a sso n . ite c e t t en citera pa r la su I, p. 34 . O H a m b u rg , 1 967, œ u v re de H eg el par le s in itia les W . L ., en in d iq u a n t à la su it e le to m e et la p a g in a tio nd e l ’é d itio n L asso n . 4.E n c y c lo p é d ie p hilo so p h iq u e sdes S cien ces .I. L e la lo g iq u e . a scien ce d T rad.B .od U R à E d Ianp. 52 1 .P a ris, V rin , 1 970,
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D I E UA V E CLÊ T R E
d é v e lo p p e m e n t e t de c o n c ré tis a tio n de l ’in te lli g ib ilité 5. C’e s t se m ép re n d re . C o n tre H egel il f a u t d ire q u e d an s le po èm e de P a rm é n id e le C o n cep t se tr o u v e a t t e i n t , de façon en core p rim iI tiv e a s s u ré m e n t, m ais b ien selon sa to t a l it é co n c rè te, c o n c rè te m e n t p ré s e n te à l ’in tellig en ce, n o n p o in t se u le m e n t s u iv a n t le p re m ie r d e ses m o m e n ts a b s tr a its te ls q u ’il se p r é s e n te n t d a n s la lo g iq ue h ég élienn e. N on s eu le m e n t cela e s t co nfo rm e à la n a tu r e d u r a p p o r t de l ’in te llig e n ce à la co m p réh en sio n q u ’elle rec h er ch e av ec la p h ilo I so ph ie e t q u i n e p e u t ê tre co m p réh en sio n p o u r l’in t ellig en ce q u ’en é t a n t co m p ré h en sio n d u t o u t , m ais le lan g ag e de P a r m é n id e lui-m êm e, q u e H egel n ’a p as o b serv é d ’assez p rès, a t t e s t e u n é t a t de la p en sée t o u t a u tr e q u e celui de la sim p le sais ie d ’u n m o m e n t a b s t r a i t (au sens hég élien) de l’in tellig ib ilité . P a rm é n id e , en effet, a u m o m e n t où il en v ie n t au lex iq u e de l ’ê tre p o u r d ire ce q u ’il a en v u e, n e se s e r t p a s de la lo c u tio n in fm itiv e « ê tre », m ais d u p a r tic ip e : é t a n t-eon, lo p a r co m p ar ais o n cu tio n d o n t, avec les m o d es de sig nifier p r o p res à l ’in fin itif, la p u iss a n c e de sig n ifier l ’é t a t « c o n c re t » de l ’in tellig ib le re s s o r t c la ir e m en t. H eideg ger, en l’o ccu rre n ce , a eu ra is o n d ’in s is te r s u r l ’im p o r ta n c e de la fidélité litté r a le au v o c a b u la ire an cien . P lu t ô t q u e d u m o t « ê tre », q u i p e u t s ’e n te n d r e de façon au ssi b ien a b s tr a ite q u e c o n c rète, il v a u t m ie u x se s e rv ir d u m o t « é t a n t », d éc alq u e d u te rm e grec q u i n e laisse p o in t de p lace à l ’am b ig u ïté . H egel, en re li s a n t P a rm é n id e , n e s ’e s t p a s assez défié de c e tte d ér iv e r e la tiv e m e n t s u b tile de la p ré o c c u p a tio n in telle ctu elle q u ’a tte s te , d an s ce rta in e s lan g u es m o d ern es , telles le fr an ça is e t l ’a llem an d , le p ass a g e de l ’u sag e a n tiq u e d u p a r tic ip e à celui, p lu s m o d ern e , de l ’in fin itif. D e u x choses, d ’ailleu rs, s e m b le n t a v o ir jo u é d an s l a pen sée h ég élien n e, au m o m e n t où elle a id en tifié la p ro p o s itio n q u e P a rm é n id e fa it de T É t a n t à celle de la caté g o rie o r ig in aire : « Ê t r e » de son p ro p re sy s tèm e. L a p re m iè re e s t le b eso in q ue H egel a de ré c u p é r e r à l ’in té r ie u r m êm e de son sy stèm e ce q u i c o n s titu e le s y s tèm e p ro p re de I’É lé a te . U n e telle ré c u p é r a tio n p e u t se faire. M ais chez H eg el elle se fa it m o y e n n a n t u n e r é d u c tio n q u i ra m è n e ce d o n t P a rm é n id e se sa is it e t d o n t il fa it p r o p o s itio n , à la sim ple c o n d itio n de m o m e n t in itia l d ’u n e saisie e t d ’u n e p r o p o s itio n p lu s « co n c rètes ». Ce n ’es t p o in t P a rm é n id e lu i-m êm e, n i la v é r ité effectiv e de sa pe n sée q u i p r e n n e n t alo rs p lace d an s le sy stèm e hég élien av ec la ca tég o rie o rig in aire
5. Cf.über d V o rlesu n g en der P ie Geschichte h ilo so p h ie,H éra clite chez: « C’e s t H éra clite q u e l ’Id ée p h ilo so p h iq u e se ren co n tre p ou r la p rem ière fo is d a n s sa fo r m u 8 la tio n s p éc u la tiv e ; le ra is o n n em en t d e P a rm én id e e t de Z éno n e s t e n te n d e m en ta b stra it... — Ici n o u s so m m e s en v u e de la terre fe rm e ; il n ’y a a u cu n e a ss ertio nd ’H éra clite q ue je n ’a ie a ss u m é e d a n s m a lo g iq u e. »