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Dire les maux

De
300 pages
Entre l'étude des rites et la pragmatique du discours, l'analyse des textes et celle des contextes, cet ouvrage montre les multiples motifs selon lesquels diverses cultures médicales font participer la parole au soin. S'éloignant de l'approche psychologique souvent proposée pour envisager la dimension thérapeutique du langage, il convoque non seulement l'ethnographie, mais aussi la psychanalyse, l'histoire et la philosophie.
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Dire
les
Anthropologie de les médecines
maux
la parole dans du monde
Pratique et Ethique médicales Collection dirigée par Richard Moreau et Roger Teyssou
La collectionLes Acteurs de la Science, prévue pour recevoir des études sur lscientifique moderne, se dédouble pour accueillir des ouvrages consacrésépopée spécifiquement aux questions fondamentales que la santé pose actuellement. Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des enjeux souvent essentiels pour la vie de lhomme. Elle reprend certains titres publiés auparavant dansActeurs de la science. Déjà parus François CLOUTIER,La médecine verticale, 2010. Gilbert et Anne-Christine PIERRE,Parole dune autiste muette, Enigme et évidence, 2010. Gérard MEGRET,Êtes-vous un bon malade ?,2010. Bernard JOUANJEAN,Physiologie du risque face à lHistoire, 2009. Eric SOLYOM,Les cahiers dun chirurgien. Témoin de la faillite du système de santé, 2009. Lionel CHARBIT,Linformation médicale. Informer le patient et le grand public : de l obligation légale à la pratique, 2009. Docteur Jean CHABRIER,Seules les femmes savent marcher avec des talons aiguilles. Souvenirs dun gynécologue accoucheur, 2008. Philippe RAULT-DOUMAX,Lassurance-maladie au risque de la mondialisation, 2008. Philippe PIRNAY,Laléa thérapeutique en chirurgie, 2008. Angélique SENTILHES-MONKAM,Lhospitalisation à domicile, une autre manière de soigner, 2007. Vincent DELAHAYE et Lucie GUYOT-DELAHAYE,Le désir médical, 2007. Georges DUBOUCHER,Adieu ma belle Médecine. Logique dune métamorphose, 2007. Aziz Charles MESBAH,Mémoires dun pédiatre, 2007. Bruno GREFFE,Mes gardes de nuit à lhôpital, 2006 Georges TCHOBROUTSKY,Les limites de la médecine,2006. Vanina MOLLO, Catherine SAUVAGNAC,La décision médicale collective, 2006. Jacques FRANCK,La ballade du généraliste,2006. Henri LAMENDIN,Petites histoires de lart dentaire dhier et daujourdhui, 2006. Arnault PFERSDORFF,Ethique et pédiatrie, 2006. Claude WAGNER,Lergothérapie, 2005. Philippe RAULT-DOUMAX,Etablissements de soins publics et privés. Y a-t-il un avenir au partenariat hôpital-clinique, 2005.
Sous la direction de Rémi BORDES
Dire les maux
Anthropologie de la parole dans les médecines du monde
LHarmattan
5-7,
©LHARMATTAN, 2011 rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55324-8 EAN : 9782296553248
Paris
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Se pencher sur les différentes manières qua lhomme de se soigner participe implicitement, quel que soit langle que lon adopte, dune démarche visantaussià questionner les méthodes thérapeutiques auxquelles nous-mêmes recourons ici et maintenant. De même, la façon dont un chercheur va appréhender les questions de santé dans une société éloignée de la sienne sera intrinsèquement liée à létat des savoirs et des techniques de soin dans le monde dont il est issu- cest-à-dire, à de rares exceptions près, lensemble postindustriel occidental (en postulant ici, par commodité, quune telle chose existe et soit relativement homogène). Ce livre ne fait pas exception, et la définition de son thème a inéluctablement à voir avec létat actuel de la biomédecine en France, en Europe et dans le monde. Il faut bien reconnaître quune majorité détudes en anthropologie de la santé ne srares exceptions près, à indiquer un tableau général de cetteattache pas, à de question. Le constat est tenu pour acquis et, à moins denquêter expressément sur lhôpital ou le médicament, comme nétant pas du ressort de lethnologue de terrain. Toutefois, puisquil ne sagit pas simplement là dunsujetde recherche, mais bien dunesituationhistorique avec laquelle toute recherche entretient détroites relations, sans doute peut-il savérer bénéfique dessayer de passer de limplicite à lexplicite en la matière.
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INTRODUCTION
En effet, aujourdnombreuses avancées récentes de la technosciencehui, les médicale (reproduction assistée, thérapie génique, transplantation dorganes, prothèses électroniques, etc.), soutenues par un effort scientifique massif et sans précédent, font naître des espoirs nouveaux de guérison pour certaines pathologies jusque-là difficilement prises en charge. Bien plus, au-delà des cas particuliers, ces technologies nouvelles et parfois imparfaitement maîtrisées semblent ouvrir des horizons quasi infinis à la thérapeutique, laissant augurer à moyen terme dune mutation médicale majeure, largement supérieure dans ses effets sociaux aux travaux fondateurs de C.Bernard ou de L.Pasteur au XIX° siècle (Latour, 1994 ; Prochiantz, 1990). Cette évolution nest sans doute pas sans lien avec celle de lorganisation sociale et économique du savoir médical, voyant lentrée progressive de chaque secteur du soin (cabinet, hôpital, laboratoire, pharmacie) dans une logique de marché. Nous assistons, en raison de ces dynamiques conjuguées, à un bouleversement sans précédent du domaine biomédical, entendu tant dans ses contenus scientifiques et thérapeutiques que dans les formes sociales et culturelles prises par ceux-ci. Il semble que cette évolution radicale soulève, malgré quelques réserves, un enthousiasme assez largement partagé : le progrès de la technicité médicale tend à être posé comme lapreuve la plus palpableque « la et que ces science avance » avancées sont intrinsèquement bénéfiques. Plus encore, certains idéologues tendent sans cesse àpositiverde cette manière la mutation technologique et sociétale globale à laquelle nous assistons sur presque tous les fronts de la vie collective: «demain, on pourrapresque tout guérir», argue-t-on pour suggérer aux sceptiques que le monde qui souvre est porteur de mieux-être. Qui en effet se permettrait de balayer dun revers de la main langoisse, expérimentée par tout un chacun à un moment ou un autre de sa vie, du patient en quête de guérison ? La maladie nous renvoie intensément à notre condition mortelle et fragile, et au sens de lexistence. Entre la potion et la saignée, le stéthoscope et la gélule, le médecin a toujours eu affaire à ces questions fondamentales, et les a toujours traitées, tant bien que mal, en même temps que la maladie. Il semblerait aujourdhui que la médecine en soit venue à absorber une part croissante de cette quête nécessaireau point quon croit pouvoir apaiser, par une simple invocation à lefficacité supposée des nouvelles thérapies, des inquiétudes diffuses qui débordent pourtant largement et de toute évidence le cadre de la médecine, et touchent au social, au religieux, au politique. Ce motif, consistant à légitimer par certaines avancées médicales le bouleversement global de la société humaine dont participent les nouvelles technologies, est symptomatique à bien des égards de notre contemporanéité. Il suggère à quel point toute forme de réflexion sur la santé et la maladie devient
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SOIGNER PAR LA PAROLE : PERSPECTIVES ANTHROPOLOGIQUES
cruciale aujourdhui. Cela est vrai non seulement bien entendu pour les thérapeutes et chercheurs, ou encore pour les spécialistes des sciences sociales, mais aussi, tout simplement, au titre d'une vigilance citoyenne à légard de notre société actuelle. Car les enjeux de la biomédecine sont au cur du monde que nous sommes en train de construire. Voilà donc le contexte qui pèse,volens nolens, sur cette recherche -comme sur toute autre ddans le domaine. A partir de là, de trèsailleurs nombreuses options sont bien entendu possibles. Nous prendrons ici un instant le parti de ne pas négliger leffort consistant à articuler le propos du présent travail avec cette situation partagée.
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Hormis les perspectives qui semblent se dessiner, quen est-il de la biomédecine ici et maintenant ? Face à une question aussi ouverte, deux options se présentent : accumuler des données descriptives, ou bien tenter une synthèse. La première sera plutôt loption prudente du socio-anthropologue, la seconde, plus risquée, sera sans doute celle du philosophe. Adoptons, provisoirement, cette dernière démarche. Force est de remarquer en effet que les deux phénomènes concomitants que nous avons repérés, à savoir lavancée prodigieuse des nouvelles technologies médicales (le versant scientifique du changement en ce domaine) et lintégration de la logique du marché au monde des soignants et ses périphéries (le versant social de ce même changement) reposent sur un ensemble de prémisses ontologiques assez similaires. Dun côté, lhomme et la société sont de manière croissantenaturalisés: ldans la perception dominante, une sorte dhomme devient, animal économique, défini par des besoins qui impliquent des stratégies concurrentielles de survie1; la société devient la somme anomique et dépourvue de sens des manuvres individuelles- du moins, le bon fonctionnement de notre monde gagne-t-il à ce que cette vision soit admise par le plus grand nombre, et tend-il de la sorte à limposer. Par ailleurs, le corps et la maladie sont de manière croissanteréifiés: le corps est devenu un matériau, détachable en segments isolés ; la maladie, une entité envisagée dans le détail de plus en plus intime de sa matière biologique. La question du lien entre les segments susceptibles dabriter une pathologie (gènes, cellules, organes, neurones) et lensemble qui les relie (lapersonne) est très généralement éludé (Novaes, 1991 ; Le Breton, 1999). On est en droit dobserver que ces deux types de prémisses sont assez convergents, par une certaineunitiénnlasnoiidemqu commun. Dans lesils ont en
1Notons quil sde la nature, comme lieu dagit là de la conception darwinienne une lutte pour la survie et dune sélection naturelle des espèces.
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INTRODUCTION deux cas, la complexité de lêtre humain se trouve évacuée au profit dune vision simple et réductrice, se voulant efficace dun point de vue instrumental. La version tout-économique du monde social entraîne une perception arithmétique du comportement souhaitable et du bien-être qui en découle ; si on reconnaît que des conduites ne reposant pas sur ce calcul peuvent se produire, celles-ci tendent à être montrées du doigt comme irréalistes et rétrogrades. En outre, dans la version tout-biologique de lhomme que propose la biomédecine, cest un peu comme si la complexité humaine nuisait au bon fonctionnement de larsenal thérapeutique : les valeurs, les idées des patients (vraies ou fausses), leurs inquiétudes, leurs désirs feraient dans une certaine mesure effet de brouillageet la guérison, qui a besoin de les réduire, serait de préférencesilencieuse,laissant « s avant toutexprimer » les instruments du diagnostic et les médicaments. Dans les deux cas, une impasse assez remarquable est donc faite sur lhomme commeêtre de langage- cest-à-dire de relations, dimagination, dintelligence active et créatrice. Pour que la biomédecine fonctionne- pour que léconomie produise de la croissance- il semble quil faille non seulement considérer de préférence, pour paraphraser (et détourner) E.Durkheim, le fait humain comme une chose, mais aussi, pourrait-on rajouter, comme une chosequi se tait. Nous laisserons à présent le relais aux sciences sociales, à même détayer le constat général par des observations qui ne manqueront pas damener des éléments convergents au dossier. Il faut accorder pour commencer que ces prémisses nont fort heureusement pas pour corollaire dans la pratique que les médecins ne sleur métier (quelques entretiens, mêmes rapides, avecinterrogent pas sur nimporte lequel dentre eux suffiront à prouver amplement le contraire), ni quils sont réticents à toute communication avec leurs patients. Seulement, ces considérations sont laissées à la discrétion de chaque praticien, et rentrent assez peu en compte dans lappréhension de la maladie, ni dans lacte de soin proprement dit. Quelques socio-anthropologues, ayant enquêté sur linteraction entre le biomédecin et son patient, se sont alors attachés à mettre à jour les non-dits présents dans cette relation qui est bien loin daller de soi. Un aspect problématique du rapport patient-médecin réside en particulier dans la rencontre entre deuxlangages. En effet, la science médicale est intrinsèquement porteuse dundiscours bon »biologique du malade, sur le «sur la réalité  acte thérapeutique ou les « mauvaises » conduites, etc. Ce discours ne correspond pas nécessairement à lexpérience du patient ou à ses propres représentations du corps et de la maladie. Celles-ci échappent bien souvent aux catégories du diagnostic biologique, et il y a toujours un nécessaire travail de « traduction » et/ou dévitement de la part du praticien. F.Laplantine (1986) fait observer à juste titre que les patients ont toujours une certaine connaissance de la science médicale, dont
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